La Pentecôte
A partir du jour de la cérémonie dont nous venons de parler, on comptait sept semaines, ou quarante-neuf jours, et le cinquantième jour était célébré comme une fête solennelle (ib. v. 15-21). Moïse l'appelle fêtedes semaines 4; plus tard on lui donna le nom grec de llcvT/./.ooTYi (cinquan-
• Voy. Exode, ch. 12, v. I6; Lév. ch. 23, v. 7 et 8; Nombres, ch. 28, v. 18 et
» Le texte dit(Lév. 23, il): Le lendemain du Sabbat; selon la tradition rabbinique, le mot Sabbat, pris dans le sens général de fêle, jour de repos, dé.>igne ici le premier jour de la fête de Pâques, et un passage dU; livre de Josiié ( 5 , I r ) est très-favorable à cette explication , qui est aussi admise par Josèphe ( ,t/«tiqu. lU, 10, 5). Cependant les Saducéens, prenant le mot Sabbat dans son sens ordinaire, prétendaient que l'orge devait être présentée le dimanche des sept jours de Pâques. Cette opinion est aussi celle des Samaritains et des Caraîles. Vov. le Hepertoriiim d'Eichhorn, t. IX, p. 13; frigland, De sectà Karœomni , c. 4, p. 23.
' Voy. ci-dessus, page |Gr.
4 Exode, 34, 22; Dcul. lO, 10 Cl 16.
tième) , d'où vient celui àé Pentecôte.
Cette fête se rattaciie à la Pàque, sous le rapport agronomique: la moisson commencée par l'orge, pendant la pàque , se terminait par le froment vers la Pentecôte, qui s'appelait aussi fête de la moisson (Exode, 23, 16), et qui était particulièrement consacrée au froment ( ib. 34, 22 ). Cette fête ne durait qu'un jour; son rite particulier consistait dans l'offre de deux pains fermentes, faits de Heur de farine de froment , comme prémices de la nouvelle récolte. De là le jour de la Pentecôte s'appelait aussi jour des prémices ( Nombres , 28 , 26 ).
Avec les deux pains on offrait un holocauste de sept agneaux , un jeune taureau et deux béliers, accompagnés des offrandes et libations d'usage, et un bouc comme sacrifice dépêché.
On y ajoutait un sacrifice pacifique de deux agneaux; avant de les immoler, on les joignait aux deux pains des prémices, pour pratiquer avec ces différents objets le rite symboliijue de ^agitation ( Lév. 23 ,20).
Ces différents sacrifices, que le Lévitique dit positivement être les accessoires des deux pains des prémices, ne doivent pas être confondus avec ceux que mentionne le rituel des sacrifices additionnels des jours de fête (Nombres, 28, 27 — 30). Selon ce rituel , on offrait pour ta fête de la Pentecôte des sacrifices particuliers qui étaient les mêmes que ceux de la Pàque (voy. ci-dessus). Aussi Josèphe compte-t-il en tout trois jeunes taureaux, trois • béliers et quatorze agneaux offerts en holocauste , et deux boucs, comme sacrifices de péché.
Selon le texte de la loi, la Pentecôte n'aurait été qu'un complément à la Pàque et la clôture » de la inois-
' Quoique le texte de Josèphe {Ant. III, lO, 6 ) porte xpioù; 5ûo, deux béliers[ (probablement par une faute des copistes), on doit lire TpEt;.
'^ C'est peut-être dans ce sens que Josèphe et les rabbins l'appellent .-Icéreth HuAsartha ( aTapOà \ nom dont le si'ns n'est pas bien clair (voy. ci-après 1, mais par lequel Moïse, desiijne les jours de clôture de la Pàque et
L'UNIVERS
son. La tradition cependant donne à la Pentecôte un sens liistorique et en fait
la famPiisR journée Où sur le mont Sina la loi nous fut donnée.
En effet, la proclamation du Décalofjue a dil avoir lieu dans les premiers jours du troisième mois(Exode, 19, ij, environ ci;iqiianle jours après la PAque. Mais la Pentecôte, que les Juifs rabbanites célèbrent toujours le G du troisième mois (Siwdn), ne pouvait pas se rattacher à une date fixe avant l'établissement du calcul astronomique, et les anciens Hébreux ont diî la célébrer entre le 5 et le 7. Aussi Moïse ne fixe-t-il nulle part la date de la Pentecôte, comme il le fait pour les autres fêtes.
c. La fête des Tabernacles.
Le quinzièmejourdu septième mois, commençait la fête des Tabernacles ou des cabanes (Succoth). Pendant sept jours les Hébreux devaient demeurer dans des cabanes, en commémoration de la vie nomade du désert (Lév. 23 , 42). La loi nese prononce pas sur la manière de construire les cabanes , mais nous voyons par un passage de Néhémia (8^ 15) qu'on y employait des feuillages d'oliviers, de myrtes, de pommiers, etc., et qu'elles se dressaient dans les rues et les places publiques , dans les cours des maisons et sur les toits. Cette fête, sous le rapport agronomique, signalait la fin de toutes les récoltes, la rentrée de tous les fruits des arbres et de la vigne '. La loi ordonne (Lév. 23, 40) de porter, le premier jour de la fête (comme symbole de la récoite), un faisceau composé de plusieurs plantes, savoir, le fruit d'un des plus beaux arbres, des spathes du dattier, la branche d'un arbre à feuilles épaisses et des saules de rivière. C'est du moins dans ce sens que le verset du Lévitique est expliqué par la tradition
rte la fête des Tabernacles. Voy. les notes sur Josèphe dans l'édition de Havercamp, 1. 1,
■ Voy. Exode, 23, 16; Lév. 23, 39; Deul.
selon laquelle le fruit du bel arbre , est le cédrat (V/niRor,), et l'arbre a feuilles épaisses est le myrte'. Tous les fidèles portaient de pareils faisceaux en procession, comme le font les juifs encore aujourd'hui. Cependant, il n'est pas certain que cet usage remonte au temps mosaïque; les adversaires de la tradition, tils que les Samaritains, les Saduceenset les Caraïtes, soutiennent que, dans le verset du Lévitique, il n'est question que des différentes plantes qu'il fallait employer pour la construction et l'ornement des cabanes, ce qui paraîtrait en effet résulter du passage de Néhémia.
La fête des Tabernacles était la plus grande et la plus joyeuse de toutes; on l'appelait la fête par excellence '. Le premier des sept jours était seul consacré au repos, mais tous les jours de cette fête on offrait de nombreux sacrifices additioiuiels.
Comme à toutes les fêtes on offrait un bouc pour le péché; mais l'holocauste se composait de deux béliers et de quatorze agneaux , auxquels on joignait, le premier jour, treize jeunes taureaux, le second douze, le troisième onze, le quatrième dix, le cinquième neuf, le sixième huit, et le septième sept. Les offrandes et les libations étaient en raison des victimes (Nombres, 29,12—34).
Inunédialement après la fête des Tabernacles, c'est-à-dire le 22 du septième mois, on célébrait un jour comme fête de clôture. Ce huitième jour était, •comme le premier, consacré au repos; il est appelé Acébeth^, nom que le Deutéronome (16,8) donne aussi au septième et dernier jour de Pâques. Le jour de Acéreth
' Josèphe (Jnliqu. III, lO, 4) est d'accord avec la tradition clés rabbins; pour /e fruit du bel arbre il met [xtjXov Tfjç riepcria: qu'il ne faut pas confondre avec la pèche, appepelée [j.ri),ov Trspjixôv- Josèphe lui-même l'explique ailleurs par xi'toiov citron. Ani. XIII , 13 , 5. Voy. les notes dans l'édition de Ha vercamp, t. I, p. 175.
* Voy. I Rois , eh. 8, v. 2 et 65 ; II Chron. Ch. 5, V. 3; ch. 7, V. 8 et 9.
» Voy. Lev. 23, 3G; Nombres, 29, 35; Néhémia, 8, 18; II Chron. 7, 9. Le mot Acérelh
PALESTIiNE.
est expressément disïinct des sept jours des Tabernacles; aussi le sacrilice additionnel de ce jour rentre-t-il dans les proportions ordinaires : oa offrait un taureau, un bélier et sept agneaux en holocauste, avec les accessoires d'usage en farine et en vin, et un bouc comme sacrifice de péché.
Nous n'avons pas à nous occuper ici de quelques autres cérémonies observées plus tard pendant la fête des Tabernacles , telles que les libations d'eau, les illuminations du Temple, les branches de saule portées en procession autour de l'autel.
Toutes ces cérémonies , dont parle la loi traditionnelle', n'ont aucune base dans la loi mosaïque.