Les anciens
Chez les Hébreux comme chez tous les peuples de l'antiquité les .anciens (Zekéxim) exerçaient une grande autorité , et étaient l'objet d'un grand respect •*. C'était la longue expéTience qui taisait des vieillards les conseillers naturels et les juges du peuple. Plus tard le mot ancien devint un simple titre, donné à ceux qui, par leur naissance , par leur fortune ou par leur
\ Voy. surtout Deut. ch. 29, v. i et 9.
- Voy. Nombres , cli. 30, v. 2, ou Moise s'adresse aux chefs des tribus.
^ 11 est a remarquer que, dans aucun de ces passages , il n'est question des lévites et des prêtres.
* Voy. Job, 12, 12; ir,, lo; Homère, Iliad. X\, 204; XXIII, 788; Hérodote, II , 80; Aulu-Gelle, Noct. AU. II, 15.
W Livraison. (Palestine.)
intelligence , surent se placer à la tête de la tribu ou de la cité. Nous avons d(^a rencontré les Anciens chez le$ Hébreux en Egypte; nous les retrou vons dans le désert et à toutes leS époques de l'histoire des Hébreux.
Tantôt ce sont les Anciens de tout Israël ou des tribus ■ , tantôt ceux des ville» ». C'étaient probablement les anciens schéikhs ou les aînés des tribus et des familles, qui formaient l'élément aristocratique dans la république des Hébreux ; car dans les deux passages de Josuéetailleurs(I Rois, 8,1), on les distingue expressément d'une autre classe de chefs, qui, comme on le verra plus loin, étaient électifs. Les Anciens représentaient la cité ou la nation tout entière dans certains rites expiatoires ^.
Les Anciens des villes formaient l'autorité municipale, et fournissaientaussi une espèce de jury pour les affaires criminelles 4. Les Anciens de la nation assistaient de leurs conseils le chef suprême de l'État, avec lequel nous les voyons souvent en rapport direct, et auquel ils imposent quelquefois leur volonté. Moïse, au moment d'une rébellion menaçante , a recours à cette aristocratie; il' choisit soixante-dix Anciens pour servir de soutien à son autorité méconnue (Nomb. 11,16).
Josué un jour, après avoir subi une défaite, se prosterne devant l'arche sainte, lui et les Anciens d'Israël (Jos. 7,6). Ce sont les Anciens d Israël qui demandent à Samuel de résigner son pouvoir et d'élire un roi (I Sam.
8,4); ce sont eux encore qui plus tard donnent la royauté à David (II.
Sam .5,3). Après la défaite d'Absalom , David s'adresse z^w Anciens de Juda pour être rétabli dans la capitale (ib. 19, 12). Lorsque, après la mort deSalomon , Jéroboam et rassemblée (des
' Voy. Deutéron. 3i , 28; Josué, 7, 6; 1 Sam. 4, 3; 8, 4; II Sam. 3, 17; 5, 3; 17, 4; 19, 12; I Rois, 8, i et 3; 12, 6; II Chron. JO, 6 ; 34, 29 , et beaucoup d'autres passages.
^ Deuf. 19, 12; 21, 3 et 6; 22, 15 et suivants; Juges, 8, 14; I Sam, II, 3; 16, 4; I Rois. 21, 8.
3 Vnv. Deut. 21, I —8; Lévit. 4, 15; 0, I.
< î»eul. 21 19; 22, 15; 25, 7.
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L'UNIVERS
chefs démocratiques) d'hraël exposent leurs f^riel's au roi Reliabeam; celui-ci demande lies conseils a'/x Anciens qui avaient assisté son père Salonwn (I Rois , 1 2 , 3 -6). Nous voyons par tous ces exemples quelle était I mfluence de l'aristocratie des Anciens.
Mais ce n'était là qu'un reste des institutions patriarcales trop enracmees parmi les Hébreux pour pouvoir être entièrement abolies par le nouveau régime. Cette aristocratie recommandée au respect par les anciennes traditions, et qui, du reste, n'avait aucun privilège, pouvait devenir, dans les circonstances graves, un auxiliaire trèsutile pour le pouvoir. Mais il ne faut pas y voir un sénat permanent, régulièrement constitué. Le conseil des soixante-dix, élu par Moïse parmi les Anciens et les Schoterim^ , ne fut convoqué que pour un besoin momentané ; on s'est trompé en le confondant avec le Si/nedrium ou le tribunal suprême établi à Jérusalem après l'exil de Babylone , mentionné par .Tosèphe pour la première fois sous le règne d'Hérode^ Ce tribunal qui chez les Juifs n'est connu que sous un nom grec, ne remonte pas sans doute au delà de l'époque des Maccabées. A la vérité, il fut formé sur le modèle du conseil des soixante-dix ^ mais il est certain que celui-ci n'était pas un pouvoir permanent, et il n'en est plus question après l'événement^ qui lui avait donné naissance-*. Peut-être fautil voir dans ce conseil les premiers germes d'une institution qui se développa plus tard sous Samuel; je veux parler de l'institution des Orateurs ou Prophètes (Nebiîm) , dont le but
' Voy. Nombres, ch. u, v. 16 et suivants. Comparez Exode, ch. 24, v. I.
' Antiqu, XIV, 9, 4.
3 Le grand Synedrium , dit la Mischnah; avait soixante-onze memlires, en y comprenant le président, parce que Moïse rassemble soixante-dix anciens qu'il présida luimême. Voy. Synhedrin , ch. I,.^ 7. Le roi Josaphat avait déjà établi un tribunal semblable, composé de lévites, de prêtres et de chefs de famille (électifs); mais on ne dit pas qu'il ait eu soixante-dix membres. Vov. II Chron. ch. 19, v. 8— II.
♦Voy. Michaëlis, I. c. t. I, § 50; Jal:n, 4rchœologie, t. II , I" partie, p. 84.
était de faire connaître le véritable esprit de la loi et d'en développer le sens. Du moins nous trouvons ici le principe de la communication et de la propagation de l'esprit de Moïse; car , selon le text-e , Dieu communiqua aux soixante-dix Anciens l'esprit de Moïse , et ils prophétisèrent (Nomb.
11,2.S), c'est-à-dire ils parlèrent au peuple en hommes inspirés. Ce principe était utile et même nécessaire pour le développement progressif de la législation , et les interprètes^ de la loi , lévites ou prophètes , devaient remplacer le pouvoir législatif, qui manque dans la constitution mosaïque; car, comme nous l'avons déjà dit , le texte de la loi ne pouvait être ni augmenté ni diminué , et tous les développements ultérieurs devaient se rattacher à un texte écrit dans la loi mosaïque.