‹ Palestine: Description géographique, historique, et archéologiqueChapitre 48 sur 106 · Conquête de Canaan · texte numérisé non relu

Conquête de Canaan

Lorsque les trente jours de deuil furent accomplis , Josué, que Moïse lui-même avait installé comme son successeur, en lui imposant ses mains, ordonna de fiire les préparatifs du départ. Les Hébreux étant campés dans les plaines de Moab, en face.de Jéricbo, cette place, la clef du pays de Canaan, devait avant tout fixer leur attention. Aussi Josué avait-il envoyé d'avance deux hommes pour explorer la ville de Jéricho et pour connaître l'esprit des habitants. Les deux explorateurs étaient allés se loger chez une courtisane nommée Rahab, (jui , en les soustrayant aux investigations du roi de Jéricho , leur avait fait ronnaître le découragement des habitants effrayés de tous les prodiges que la Providence avait faits en faveur des Hébreux et surtout de la victoire remportée par Moïse sur Sihon et Og. Le rapport favorable que firent les explorateurs, à leur retour dans le camp, détermina Josué à faire opérer promptement le passage du Jourdain. Les Schoterlm apportèrent au peuple l'ordre de départ, et on se mit en marche de Siltim vers le Jourdain. Le fleuve coulait alors à pleins bords ; car on était au mois d'avril '.Les Cananéens négligèrent de défendre le passage du fleuve qui leur paraissait impraticable. Après trois jours de préparatifs, Josué ordonna

* Voy. ci-dessus, page 9.

aux prêtres qui portaient l'arche sainte, accompagnée probablement de la colonne de feu , de se mettre en marche pour servir de guide au peuple qui devait suivre l'arche à deux mille coudées de distance. Les prêtres n'ont pas plutôt mis le pied dans le Jourdain que le cours du fleuve s'arrête dans cet endroit; l'eau descendue d'en haut s'amoncelle et forme une digue, tandis que de l'autre côté l'eau découle vers la mer Morte et laisse le lit du fleuve à sec. Les prêtres placés avec l'arche au milieu du lit laissèrent passer tout le peuple; puis ils montèrent eux-mêmes à l'autre rive pour reprendre leur place à la tête des colonnes. On plaça douze pierres au milieu du fleuve et douze autres sur sa rive droite, près de Guilgal, pour servir de monument, aux générations futures, du passage miraculeux du Jourdain. C'est ainsi que le livre de Josué raconte cet événement mémorable. Ici, comme dans le passage de la mer Rouge, le fait historique a été sans doute amplifié par la tradition : le miracle n'est pas dans le passage en lui-même, car nous savons que le Jourdain est guéable dans plusieurs endroits; mais c'est la saison dans laquelle s'opérait le passage du Jourdain qui rend cet événement miraculeux.

Nous ne répéterons pas lesdifférente s conjectures des rationalistes; car il nous paraît difficile de faire la part du fait historique et celle de la tradition poétique, accueillie, quelques siècles plus tard, par l'auteur du livre de Josué.

Les Hébreux, après avoir passé le Jourdain, campèrent à Guilgal, le dix du premier mois, quarante ans après la sortie d'Egypte et environ quinze siècles et demi avant l'ère chrétienne.

Immédiatement après être arrivé à Guilgal, Josué ordonna la circoncision de tous les mâles; car cette opération avait été négligée pendant le séjoiir dans le désert. Le quatorze du mois on célébra la Pâque, et on mangea des pains azymes du blé du pays. Josue

PALESTIJVE.

Ht ensuite les préparatifs de la prise de Jéricho : chaque jour il Ut faire aux troupes en silence le tour de la ville; le gros de l'armée était suivi de l'arche auprès de laquelle se trouvaient sept prêtres sonnant du cor , et la marche était fermée par l'arrière-garde. Ces processions durèrent six jours , et Josué avait probablement pour but d'endormir la vigilance des ennemis par ces promenades insignifiantes; le septième jour ou alla ainsi sept fois autour de la ville, et au septième tour toute l'armée poussa le cri de guerre. Ce fut sans doute le signal d'un assaut générai; les murs s'écroulèrent subitement et la ville tomba au pouvoir des Hébreux.

On a essayé de donner différentes explications du récit merveilleux du livre de Josué, que les croyants se sont obstinés a prendre à la lettre et que les sceptiques ont cru devoir tourner eu ridicule, mais qui est emprunté sans doute à un antique poëme.

Les uns ont supposé un tremblement de terre qui aurait fait écrouler les murs; d'autres ont pensé que Josué avait fait miner les murs et que les promenades inoffensives autour de la ville avaient pour but de masquer les opérations. L'hypothèse la plus probable me paraît étrecelled'unassaut auquel le son des trompettes et le cri de guerre avaient servi de signal.

Dans le langage poétique de la tradition, on a pu dire que les murs de Jéricho s'écroulèrent au son retentissant des trompettes de guerre ' .

L'anathème fut prononcé contre la ville de Jéricho; tout ce qu'elle renfermait de vivant fut mis à mort , à l'exception de la courtisane Rahab et de sa famille; la ville fut brûlée avec tout ce qu'elle renfermait ; l'or et l'argent, ainsi que les vases de métal, furent seuls transportés dans le trésor du sanctuaire. Josué prononça une malédiction contre celui qui rebàti-

' C'est ainsi que Herder explique le récit

de la prise de Jéricho. Vov, Geint der he-

\ brwischen Poésie, t. H, cli."7, édit. de Carls-

rulie , p. i39. De même Hartmann daos son

ouvrage sur le Pentateuque, p. J12.

rait la ville de Jéricho , ou du moins qui rétablirait ses fortifications '.

Le quartier général de Josué, ainsi que letabernacle, restaitétabli à Guilgal. Un détachement d'environ trois mille hommesfut expédié pour la conquête de la ville d'Aï à l'est de Béthel . Au dire des explorateurs que Josué y avait envoyés d'avance, un petit nombre d'hommes devait suffire pour s'emparer de cette ville; néanmoins le détachement fut repoussé avec perte. Josué, effrayé de cet échec qui pouvait décourager le peuple, se prosternedevant Dieu; il est convaincu que cette défaite est un châtiment céleste. On trouve en effet qu'un homme de la tribu de Juda, nommé Achan , a retenu plusieurs objets de l'anathème de Jéricho. Achan avoue son crime et on retrouve dans sa tente les objets qu'il a détournés. Par ordre de Josué, lui, ses fils et ses filles sont lapidés par le peuple, et tout ce qui lui appartient est consumé par le feu.

Une seconde attaque contre A'i est conduite avec plus de prudence. Josué s'y rend lui-même avec toute l'armée ; trente mille hommes d'élite sont placés en embuscade à l'occident de la ville ^; le reste des troupes, ayant Josué en tête, campe au nord de la ville. Les habitants d'Aï ayant fait une sortie, les Hébreux simulèrent une fuite pour attirer l'ennemi loin de la ville. A un signal donné par Josué, les hommes qui étaient en embuscade entrèrent dans la ville abandonnée de ses défenseurs et y mirent le feu. Alors l'armée des Hébreux, qui avait feint de fuir, se retourna contre l'ennemi; ceux qui avaient pris la ville arrivèrent du côté opposé, et bientôt l'ennemi, se trouvant enveloppé de tous les côtés , fut totalement battu et détruit.

Aï eut le même sort que Jéricho ;

' Voy. ci-dessus, page 41.

' Voy. Josué, ch. s, V. 3. Selon le verset 12, il n'y avait eu que cinq mille hommes placés en embuscade; il est évident que les versets lo à 13 ne sont qu'une variante tirée d'un autre document, et qui, mise d'abord en marge , sera entrée plus tard dans le texte. Pour avoir le texte primitif, on doil passer du verset 9 au verset 14.

L'UNIVERS

mais cette fois les l)ostiaux et tout le butin furent abandonnés aux soldats.

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