‹ Palestine: Description géographique, historique, et archéologiqueChapitre 53 sur 106 · Éli et Samuel · texte numérisé non relu

Éli et Samuel

1?li. prêtre de la ligne d'Ithamar ' , fut élevé, à l'âge de cinquante-huit ans , à la dignité de Schophet. 11 paraîtrait qu'étant parvenu à restaurer le Tabernacle de Siloh et à y attirer de nouveau un grand nombre de fidèles (I Sam. 2, 14), il usurpa les fonctions de grand-prêtre qui appartenaient de droit à la ligne d'Eleazar.

Selon Josèphe, trois descendants de cette ligne avaient exercé le poutific^it depuis la mort de Pinehas, savoir, le fils de celui-ci que Josèphe nomme Abiézer, mais qui, selon la Bible, s";i|ipelait Abisoua% ensuite Bouki et

blable. Éli fut juge pendant quarante ans, dont les vingt derniers à peu, près coïncident avec la domination des Philist ns.

Nous plaçons les vingt années des aventures de Simson au milieu de la judicature d'Kli. Des Vignoles, qui voit dans Simson un \erilable Schophet et qui lui donne Éli pijur successeur immédiat, envisage le livre dts Juges sous un point de vue que nous ne sau rions admettre; pour lui tout est historique et il prend pour base de son raisonne ment jusqu'aux paroles que l'ange adresse .i la mère de Simson. Chronol. de l lus! . sainte , t. I , p. 65 et suivantes.

• Selon le 1" livre des Chronimies {24 .3 >. Achimélech (arrière-petit-dis d'Kli) el.iil des descendants d'Ithamar. Josèphe ausM dit expressément qu'Kli fut le preiiiuLgrand-prétre de la ligne d'Ithamar- Antu'H- V, Il , 5; VIII, I, 3. . ^,,.

>I Chron.,ch. 6, v. 35 (Vulg. v. 3 et 5 M-

PALESTI^'E.

Ouzi. Après ce dernirrEIi fut revêtu de la dignité de giand prêtre.

Avec Èli nous passons sur le terrain historique. Le premier livredeSaniuel (ch. 1—4) nous montre ce prêtre dans un âge avancé, assis devant la porte du sanctuaire à Siloh, sur le siège de Schophet. Ses deux (ils, Uophni et Pinehas, exerçaient les fonctions ordinaires du sacerdoce, mais ils profanaient leur saint ministère par la cupidité et par leurs mœurs dépravées. Ils se permettaient des vexations contre ceux qui venaient offrir des sacrifices , en s'appropriant violemment les meilleures portions de la viande, avant même d'avoir brûlé sur l'autel les parties grasses que la loi consacrait a Jéhova, et ils allaient même jusqu'à attenter à l'honneur des femmes qui venaient à l'entrée du sanctuaire faire des actes de dévotion'. Éli, homme pieux mais d'une extrême faiblesse de caractère, au lieu d'agir avec énergie contre ses fils dépravés et de les éloigner du sanctuaire qu'ils souillaient par leur conduite, se contenta de leur adresser de molles réprimandes. Peut-être aussi sa conduite n'était-elle pas exempte d'ambition, etdésirait-il conserver àses tlescendants la dignité de grand prêtre qu'il avait usuq>ée. Mais un lionime de Dieu, c'est à-dire un zélé partisan de la religion et des lois de Moïse , se présenta un jour à Éli au nom de Jéhova, pour lui reprocher sa coupable mollesse et pour lui prédire la chute desa maison. On voit bien qu'Éli n'était nullement l'homme qui pût entreprendre la restain-at on du culte de Jéhova, dont la conduite de s.'S fils devait éloigner un grand nombre de fidèles. Son grand âge et ses habitudes paisibles du sanctuaire le rendaient également peu propre à contribuer au rétabhssement de l'indépendance de son peuple que les Philistins opprimèrent de plus en plus. Pour sauver à la fois la religion et l'Etat, il fallut un nouveau Moise, un homme qui jouit de la confiance de tous et qui

*Voy. ci-desou», page i&s.

sut réunir tout Israël sous un seul drapeau. r>'liomme que la Providence avait clioisi pour cette haute mission, était déjà né et il grandissait sous les yeux d'Éli; c'était le jeune Samuel, consacré des sa naissance, par ses pieux parents, au service du sanctuaire.

A Rama, ou Ramathaïni-Sophîm ', sur la montagne d'Éphraïm, dans le canton de Benjamin , vivait un lévite % nommé Elkatiah , qui avait deux femmes : Hannah et Peninnah. Il avait probablement épousé la seconde a cause de la stérilité de la première, qui possédait tout son amour ( 1 Sam.

1,.5). Tous les ans il se rendait à Siloh, avec toute sa famille, pour offrir des sacrifices dans le sanctuaire de Jéhova. Un jour, dU repas qui suivait ordinairement le sacrifice , Hannah , mortifiée par sa rivale Peninnah, qui était entourée de ses fils etde ses filles, se rendit devant le sanctuaire, pour épancher devant Dieu son àme afiligée, faisant vœu, si elle avait un fils , de le

' Littér- Les deux hauteurs des Soiiphites. Soiiph, aïeul d'Elkanah, avait donné sou nom à cette contree ( I Sam. 9, 5).

^Selon le I" livre des Cfironiiiuesfch. 6\ Elkanali de.scendit de Keliath par la ligne de Korah. Des critiques modernes ont prétondu que la généalogie des Chroniques est supposée et avait pour but de faire de Samuel un lévile, a cause des fonctions sacerdotales que nous le voyons exercer dans certaines occasions. Mais si réellement oa eut voulu se permettre ia falsilicalion des tables gi'néalogiques, on aurait plut'jt fait descendre Samuel de la race d'Aliron; car, selon la loi , les lévites des autres lignes n'étaient pas plus propres que les simples Israélites à exercer le sacerdoce. Les autres arguments d s critiques ne sont pas plus solides. On a dit que Rama n'était pas une ville lévitiqne, et que d'ailleurs Elkanah , ou son aïeul , est appelé Ephralhi ( I Sam. 1,1), mot qui signitie Ephrnïmite (Juges, I"2, 5; I Rois , 1 1, 26 ) ; mais Ephralhi désigne aussi bi '0 un habitant de la ville de Bethléliem ( Ruth , 1 , 2; I Sara. 17, 12). Nous croyons doue devoir admettre l'authenticité de la Uible généalogique en supposant que l 'S ancêtres d'Klkanah étaient originaires de Belhl.'h 'm. Il est vrai que ni Rama ni Betliléhera n'étaient des villes lé\itique.s ; m.iia la loi qui accorda aux lé\ites quarante I .it villes en propriété, ne les empêchait m::lemeiit de s'établir partout ailleurs. iSo::atrouvons un exemple dans le lévite de M;fha 1, qui était égalemenl de Belhléin^m (J j

L'UNIVERS

consacrer au service de Dieu. Elle pria à voix basse-, Kli qui l'observait et qm voyait le mouvement de ses lèvres, sans entendre sa voix , croyait que c etait l'elïetde l'ivresse et il lui litune réprimande. Mais ayant appris la cause (le son aflliction , il la consola , en 1 assurant que sa prière serait exaucée; llannab partit consolée et pleine d esnoir La prédiction d'Eli s'accomplit dans la même année. Hannali mit au monde un fils, à qui elle donna le nom de Samuel '. Après l'avoir sevré, nrobablement à l'âge de deux ans ^, elle le conduisit à Siloh et le remit a Éli pour le consacrer au sanctuaire comme Naziréen. Samuel , élevé par le grand prêtre, fut employé sans doute au service ordinaire des lévites 3; il se faisait remarquer par sa piété, on voyait en lui un favori de Dieu et il était généralement aime. Il avait tous les jours l'occasion d'observer la conduite indigue des lils d'Éli , qui devait révolter son mnoceute piété et laisser une profonde impression dans son âme. Sa jeune imagination s'exalta pour Jéhova et pour sa loi qu'il voyait si mdignement outragés, et il se sentit de bonne heure la vocation de rétablir la doctrine de Moïse dans sa pureté primitive. Un soir il était couché dans le lieu saint , lorsqu'il crut entendre une voix qui l'appela plusieurs tois par son nom et qui lui révéla le jugement sévère dont la Divinité devait frapper la famille d'Éli. Le grand prêtre avait été témoin de son agitation pendant la nuit; car Samuel s'était rendu plusieurs fois auprès de lui , croyant d'abord que c'était lui qui l'appelait. Convaincu que le jeune enfant était agité par l'esprit de Dieu , Éli lui demanda le lendemain de lui

'Ss,Ti2"iy pour bîT^^naUJ» c'est-à-dire exaucé par Dieu.

2 Telle est l'opinion des commentateurs iuifs, et on peut l'appuyer par quelques passages duKoran , ch. 2, v. 233, et eh. 3i , V 13 11 résulte néanmoins d'un passage dii "' livre des Maccabées i 7,27) qu'on nourrissait quelquefois les enfants jusqu a 1 ?ge de trois ans. . ,

»Voy; 1 Sam. s, 15; comparez ci-dessus, page 171.

faire part de sa vision nocturne , et j le jeune Samuel lui parla des malheurs que les crimes de ses fils de , valent attirer sur sa maison. C'est ] ainsi que Samuel débuta dans la car- i rière de prophète ; selon Josèphe, il était alors âgé de douze ans '. Depuis cette époque il continua à manifester dans ses discours une exaltation religieuse qui paraissait alors extraordinaire, car la parole de Jéhova était rare en ce temps (1 Sam.

3, 1), et bientôt la réputation du jeune prophète se répandit dans tout le pays des Hébreux. ^

Il paraitraitqueles discours exaltes de Samuel furent pour quelque chose dans l'expédition malheureuse que les Hébreux entreprirent bientôt contre les Philistins (ib.4,1). Ces derniers étaient campés dans un endroit appelé Aphek '; attaqués par les Hébreux ils les repoussèrent vigoureusement et leur firent perdre environ quatre mille hommes. Les cbets hébreux délibèrent; on décide de tenter une nouvelle attaque, et, pour ranimer le courage des troupes , on fait venir de Siloh l'arche sainte, accompagnée des prêtres Hophni et Pinehas. Pour la première fois , depuis le temps de Josiié, nous voyons les symboles de Jéhova au milieu du camp, pour servir de Palladium aux combattants ; déjà les Philistins tremblent , en entendant les cris d'enthousiasme retentir dans le camp des Hébreux; mais ils sentent que, s'ils perdaient coura<^e, c'en serait fait de leur indépendance (ib. V. 9), et le danger imminent redouble leur bravoure. Les Hébreux sont vaincus et mis en déroute , après avoir laissé trente mille hommes sur le champ de bataille ; les deux fils d'Éli meurent en détendant l'arche sainte, et celle-ci tombe entre les mains des Philistins.

'Voy. contre cette opinion , Des Vigno-

^^^i tel 'endroit a dû être situé dans le midi de la Palestine et il ne faut pas le confond, e avec Sk dans la pleine d'Esdrelon qi:« nous Xontr..rons drtns les guerres de bau et dont nous avons parle dans notre Topograpliie i,p. 3iJ).

Un fuyard, arrivé à Siloh, y apporte ces malheureuses nouvelles ; Oh Taaièiie devant Éli , à qui il fait le récit lie tous les désastres de cette journée, jusqu'à lamortdeHophnietdePiiiehas; .nais, lorsque, à la lin, il parle de la prise de farche sainte, Éli tombe de son siège à la renverse, se casse la nuque et meurt à l'instant même. Il était âgé de quatre-vingt-dix-huit ans, et il avait possédé pendant quarante années la dignité deSchophet.

Sa bru, la femme de Pinelias, était alors près d'accoucher; en apprenant le grand désastre national et la mort de son beau-père et de son mari, elle fut surprise par les douleurs de l'enfantement; elle mourut en donnant le jour à un fils qu'elle appela I-cabôd (non-gloire). Il resta de Pinehas un autre fils mineur, nommé Achitob, par lequel la dignité de grand prêtre se conserva dans la famille d'Éli ( 1 Sam.

I Les Philistins avaient transporté l'arche à la ville d'Asdôd , où ils la ! placèrent dans le temple de Dagôn , ; près de la statue de ce dieu. Les prêi 1res philistins, à ce qu'il paraît, i voyaient de mauvais œil un pareil I trophèeplacé dans l'un de leurs temples I principaux. Le lendemain on trouva la. j statue de Dagon renversée. On la re- ■ leva et on la remit en place , mais, dans : la seconde nuit, elle fut de nouveau renversée et brisée; on trouva la tête et les deux mains sur le seuil du temple et il n'en resta que le corps de poisson qui en formait le tronc. En même temps une maladie épidémique, consistant en tumeurs douloureuses dans les parties secrètes • , se répandit dans la ville d'Asdôd , et les souris champêtres ravagèrent la campagne.

'La maladie des Philistins n'est pas encore sullisaminent éciaiicie ; ce qui fait la grande Oiiiiculte, c'est d'expliquer en même temps le mal en lui-même et son caractère épiaemique. C'est à cause de ce dernier, sans aoule, queJosèphe y a vu une dvssenterie accompagnée de vomissements; mais l'étymoiogie du mot hébreu nous fait voir trèsclairement qu'il s'agit de tumeurs, probablement contagieuses. On peut voir les difteren tes conjectures des savants dans "Winer, tSibl. Kcalwœrttrbuch , t. II, p 3ol-3o3

Les habitants d'Asdôd, attribuant ces calamités à la présence de l'arche sainte des Hébreux , ne voulurent pas la garder plus longtemps. On essaya de la placer à Gath ; mais là les mêmes calamités se renouvelèrent. Il en fut de même à Ekrôn , où l'on envoya l'arche en dernier lieu. Enfin au bout de sept mois, les prêtres et les devins, interrogés à ce sujet, conseillèrent de renvoyer aux Hébreux l'arche sainte accompagnée d'un présent expiatoire pour leur Dieu. Ce présent devait consister en cinq simulacres en or des parties affectées de tumeurs et en cinq souris d'or, selon le nombre des princes philistins '. On plaça l'arche, ainsi que la boîte renfermant le cadeau , sur un chariot neuf, attelé de deux génisses qui n'avaient pas encore porté de joug. Les bêtes abandonnées à elles-mêmes prirent le chemin de Beth-Schémesch , ville sacerdotale sur la frontière des Hébreux», ce que les Philistins considérèrent comme une preuve que l'arche avait été la cause de leurs désastres. On était alors au temps de la récolte du froment; les moissonneurs de Betl)- Schémesch voyant de loin arriver l'arche, poussèrent des cris de joie. Le chariot s'arrêta dans le champ d'un certain Josué ; on fit venir des lévites pour décharger l'arche, qu'on déposa sur une grande pierre, ainsi que la boîte renfermant les simulacres d'or.

Le chariot fut brisé , et avec le bois on alluma un feu pour brûler les génisses en holocauste. A Beth-Schémesch on célébra cet événement par des sacrifices solennels. Mais , la contagion s'étant probablement communiquée aux habitants de cette ville, il en mourut soixante-dix personnes,' et bientôt on compta, dans les environs, jusqu'à cinquante mille morts.

Comme chez les Philistins , on attribua l'épidémie à la présence de l'arche et particulièrement aux regards de

'C'est ainsi que, dans une circonstance analogue, les Athéniens envoient à Bacchus des images du Phallus. Voy. le scoliaste d'Aristophane, Acharii. , v. 24-2

» Voy. Josué, 13, 10; 21, 16.

L'UNIVERS

curiosit*'^ que des hommes profanes (non lévites) nv.iierit jetés dans l'intérieur (le rarclic. Sur la demande des gens de IJetli-Seliémeseli, les habitants de Kirvatli-Yaarîin envoyèrent prendre raVelie; on la plaça sur une hauteur, dans la niai.son d'un eerlain Abinadab (selon .losèphe, un lévite), et on la confia à la sarde de son lils Éléazar.

Kli et ses (ils étant morts , il n'y eut, po ;rle moment, ni Seliophetni grand prêtre eu Israël, et personne ne provoqua le retour de l'arche à Siloh.

Samuel , encore tro|) jeune pour se racler des affaires publiques, retourna, à ce qu'il paraît, dans sa ville natale; c'est là que nous le retrouverons plus tard. Le joug des Philistins, depuis leur dernière \ictoire, avait dû devenir de plus en plus dur ; mais l'oppression produisit un bon effet moral, et toutes lestrihus des Hébreux sentirent, plus que jamais, le besoin de se grouper autour de Jéhova(l Sam.

Vingt ans s'étaient passés depuis que l'arclie sainte avait été transportée à Kiryath-Yaarhii ' , lorsque Samuel, après avoir médité en silence l'œuvre de la réforme, et croyant le peuple suffisamment préparé pour ses grands projets, sortit de sa retraite, pour se mettre a la tète de ses concitoyens , et pour les encourager à reconquérir leur indépendance. Il les exhorta d'abord a quitter toute espèce de culte idolcàtre , pour n'adorer que Jehova qui seul pouvait les délivrer du joug des Philistins. Voyant les Hébreux sincèrement disposés à se laisser guider par lui et à former un ensemble compacte autour des symboles du Dieu unique, il fit convoquer à Mispah une assemblée générale. Là les représentants du peuple confessèrent hautement qu'Israël avait péché €0 s'écartant du culte de Jehova ; en signe de pénitence, on jeûna ce jourlà et on fit des libations d'eau. Samuel fut solennellement proclamé Schophet d'Israël*.

' Voy. Des Vignoles, 1. 'c. p. 79 et suivantes.

* Voy. 1. c. , p. 86.

A la nouvelle de la grande assemblée qui se tenait a Mispah, les princes des Philistins s'émurent, et se mirent en mouvement, avecleurs troupes, pour marcher contre les Hébreux.

Ceux-ci, avertis du danger et pris à l'improviste, s'adressent à Samuel; le secours immédiat de Dieu pouvait seul les sauver, et ils veulent que le prophète intercède pour eux auprès de .(ehova. Samuel prie et offre un holocauste. Le sacrifice n'était pas encore achevé, lorsqu'on voit arriver les Philistins. IMais un violent orage met le désordre dans leurs rangs. Les Hébreux, profitant de cette circonstance imprévue, sortent de Mispah, fondent sur les ennemis et les re- 'poussent avec une grande perte jusqu'à un endroit appelé Beth-Câr. Samuel éleva dans oes environs une pierre monumentale, qu'il appela la pierre du secours. Le texte biblique nous laisse deviner, et Josèphe le dit clairement', que les Hébreux, encouragés par ce succès, et conduits par Samuel, prirent l'offensive contre les Philistins, Ceux-ci, vaincus par les Hébreux , furent forcés de rendre les villes qu'ils leur avaient prises et de leur accorder une paix honorable, après les avoir opprimés pendant quarante ans.

Ce fut probablement par une clause du traité de paix que les l^hilistins conservèrent un poste militaire à Gabaa*. Les peuplades cananéennes qui restaient encore en Palestine, vivaient également en paix avec les Hébreux. Tout tendait à favoriser les projets de Samuel , qui désormais pouvait tranquillement travailler à restaurer et à spiritualiser lemosaïsme et à rétablir l'unité dans la république et dans le culte. Il fixa sa résidence à Fxama, sa ville natale, où il dressa un autel à Jehova; mais tous les ans il faisait des tournées à Béthel , à Guilgal et à Mispah, où se tenaient des assemblées populaires, et où il dirigeait les délibérations des affaires publiques.

'Voy. 1 Sam. 7, 13; Josèphe, Aiiiiqu. VI, 2, 3.

2 1 Sam. 10, 5; 13, 3.

Samuel sentait bien qu'il faudrait du temps et beaucoup d'efforts reunis poui faire réussir 1 œuvre qu'il méditait et pour lui donner des ciiauces de durée, l/expérience de tout ce qui s'était passé depuis la mort de Josué ne lui permettait pas de se faire des illusions sur la force et la stabilité d'une loi écrite , sans autre garantie que la sanction du peuple obtenue par la force des circonstances, et sans qu'il y eût toujours, à la tète de la nation, des hommes qui sussent faire respecter cette loi. Il sentait également que la loi de Moïse aurait besoin de se développer et de se modifier avec les progrès de la nation, et que cependant, d'un autre côté, il serait dangereux de toucher à la lettre de la loi. Il fallait donc des hommes qui sussent interpréter la loi, en inspirant la vie et le mouvement à la lettre morte, des hommes entrant dans le vrai sens de la loi , et participant, pour ainsi dire, de l'inspiration du législateur. Le principe de la cominuni.-ation de l'esprit de Moïse avait été proclamé déjà par ce législateur luimême et il l'avait appliqué dans une circonstance particulière '. Il s'agissait, pour Samuel, d'en proliter pour Ja fondation d'un institut permanent, d'un collège d'orateurs inspirés, ou, comme on est convenu de l'appeler, d'une école de prophètes ^ Du moins c'est du temps de Samuel que nous voyous paraître pour la première fois les associations ou confréries de

' Voyez ce que nous avons dit plus haut, au sujet des soixaule-dix Anciens, pages 170 et. I9i.

^'Le mot NABi (au pluriel nebiIm ) est un participe passif qui signilie inspiié, on appelait ainsi celui qui se présentait comme inspiré de la Divinité et parlant en son nom. C'est dans ce sens qu'A.braham déjà est appelé A'aèi ( Genèse, 2o . 7 ;. Plus lard on Con tondait le Nabi avec le Clairvoyant (KoEH ou HozÉii,, et on lui attribuait la faculté de prédire l'avenir; c'est pourquoi les hersions TL-ndent Aaôi ])ar prophète. Voy. mes l'bservations dans la Bible de M Cahen , t. U (Exode), p. 5, et t. XVIII (Chroniques), i>. 77. Pour nous conformer au lacgage généralement adopté, nous nous servons du ■oxoi itrophète , auquel nous n'attachons toutefois que le sens {['orateur inspiré , ou d'i/*- ■lerprete de la doctrine mosaïque.

Nebivn (prophètes) ', et c'est avec raison qu'on a considéré Samuel comme leur fondateur et leur chef. Loin du bruit des armes et de la trompette guerrière, les jeunes prophètes chantaient les louanges de Jéhova aux sons plus doux du luth, de la llùte et de la harpe, et, dans une paisible retraite, ils méditaient sur Dieu et sur le vrai sens de la loi. Ils vivaient ensemble dans plusieurs villes, ou ils occupaient des quartiers particuliers , et ces villes sont généralement celles où se tenaient les assemblées publiques , et que Samuel visitait habituellement.

Nous les trouvons à Rama, patrie et résidence de Samuel , où ces propliètes habitaient un quartier aiipelé Nayôtli (demeures ) ; là leur assemblée était présidée par Samuel lui-même*; nous en verrons également à Béthel, à Guilgal et à Jéricho ^. Ces confréries étaient destinées à exercer une grande iniluence et à prendre rang parmi les pouvoirs de l'État, en représentant la loi , selon son véritable esprit , vis-à-vis des prêtres souvent trop attachés au culte matériel, et vis-à-vis du pouvoir exécutif dont elles devaient empêcher les empiétements. Ou verra dans la suite de notre histoire le rôle important que jouaieut les prophètes.

La paix que Samuel avait établie dans le pays, le noble usage qu'il ne cessait de faire de cette paix pour aflermir les institutions et pour consolider l'unité et la prospérité de la nation, faisaient naturellement apprécier aux Hébreux tous les avantages qu'il y avait à être gouverné par un chef habile et ferme. U eût été facile à Samuel de se faire proclamer roi ; mais il considérait l'établissement de la royauté comme étant en opposiiion avec le véritable esprit de la loi. Dans ses institutions, il voyait une garantie

• Les mots dont on se sert dans le texte sont HÉBEL { cordon , alliance ) et laiiak.v (assemblée); voy. I Sam. cli. 10, v. 5 cl In; ch. 19 , V. 20. lians les Antiquités nous revieu drons sur ces établissements.

■^ ISam. ch. 19. v. I8-2:î.

î Voy. ISam. ch. 10, v. 3, 5, 10; II Roi», ch. 2 ,"^v. 3 et 5; ch. 4, v. 38.

suflisante contre une nouvelle anarchie, et il pouvait espérer (jue désormais la nation ne manquerait plus d'hommes (jui pussent la gouverner dignement et la jtrotéger, grâces à son unité, contre les ennemis du dehors.

Samuel, assez avancé en âge et se sentant trop faible pour supporter seul toutes les charges de l'administration , voulut partager les fonctions de Sehophet avec ses deux lils , .Joël et Abiah, qu'il installa comme Juges à Beërséba, à l'extrémité méridionale de la Palestine'. Mais les fils ne marchèrent pas sur les traces de leur père ; de graves plaintes s'élevèrent contre leur administration; car ils se laissaient guider par leur intérêt personnel , et , au lieu de l'intégrité de Samuel , on ne voyait chez eux que corruption et injustice.

Les représentants de la nation pensaient avec effroi aux dangers qui menaçaient le pays, si Samuel venait à mourir. Ils désiraient ardemment que Samuel se donnât un successeur qu'il put guider lui-même pendant le temps qu'il lui restait à vivre, et qui , animé de l'esprit du prophète , sût maintenir dans la nation la paix , l'unité et l'indépendance. Mais, en même temps, ils voulaient assurer au pays tous ces avantages pour un avenir plus éloigné; ils demandèrent donc que le successeur de Samuel fût investi d'un pouvoir héréditaire et qu'on lui donnât le titre de Mélech (roi). Samuel redoutait ce titre et les droits étendus qu'il donnait à celui qui le portait. En même temps il y voyait une grave atteinte contre la constitution, selon laquelle Jéhova seul devait régner sur les Hébreux par sa loi. Néanmoins, comme il était exempt de toute ambition personnelle, sa conscience et l'esprit divin qui le pénétrait lui faisaient un devoir d'obéir à la volonté de la nation qui s'était prononcée, par l'entremise des Anciens. Toutefois il voulut essayer d'abord de

' Voj'. I Sam. ch. 8 , V. I et 2; Josèphe, Antiqil. VI, 3 , 2. Selon ce dernier, l'un des rt>Hix lils de Samuel était établi à Béthel et r autre à Beèrseba.

fléchir cette volonté par des avertissements salutaires, en montrant ce que pouvait devenir entre les mains d'un tyran , le pouvoir formidable qui lui aurait été confié. Il fit à l'assemMée le plus sombre tableau de la conduite d'un roi^; à la place de la liberté, il montra aux Hébreux le plus dur esclavage, leurs fils et leurs filles employés aux corvées et à des travaux de toute espèce , leurs biens dimés ou confisqués au profit des courtisans.

« Et alors, ajouta-t-il , vous gémirez sur le roi que vous vous serez choisi , mais Jéhova ne vous répondra pas. »

Le peuple néanmoins persista daiïs sa demande. Samuel alors renvoya l'assemblée en lui promettant de se charger de l'importante mission qui lui était confiée.

Le vénérable prophète avait trop d'amour pour son pays et pour les institutions qu'il avait cherché à consolider, pour ne pas désirer que les événements donnassent un démenti à ses sinistres prédictions. II obéit à regret à la volonté nationale , mais il obéit sincèrement et sans arrièrepensée. Il lui importait de trouver un homme capable de réunir les suffrages des représentants et qui cependant n'eût pas encore par lui-même assez d'importance pour oser se mettre au-dessus des institutions ; il lui fallait un homme qui se laissât guider par lui et à qui il pût inculquer ses principes. Il dut fixer tout d'abord son attention sur la tribu de Benjamin , au milieu de laquelle il vivait , et qui , étant la moins considérable, offrait, par sa faiblesse, le plus de garanties contre l'usurpation et le

> I Sam. cil. 8, V. II et suivants. Lea mots MiscHPAT H\M-MÉLECH Signifient évidemment la conduite du roi et non pas le droit du roi, comme le portent plusieurs traductions , entre autres celle de M. Cahen. Le mot mischpat se prend souvent dans le sens de coutume, manière d'être, conduite; voy. Juges, I3, 12; ISam. 2, I3; II Rois, 1 , 7, et ailleurs. C'est donc à tort que Volney , qui a si singulièrement travesti la vie de Samuel , accuse le prophète d'être Tau teur d'un statut royal qui établissait un despotisme inouï , une tyrannie légale. Cette interprétation est contraire au bon sens et » l'ensemble du texte.

despotisme. Quoique habitué à agir avec prévoyance et à miiric ses projets par une longue méditation , Samuel dut, dans cette circonstance nouvelle, s'abandonner aux inspirations du moment , et plein de confiance dans la voix divine qu'il avait cru entendre si souvent en lui-même, il se proposa de la suivre dans Pacte solennel qu'il devait accomplir. La Providence le mit bientôt en rapport avec un homme qui paraissait parfaitement convenir à ses vues.

Un certain Kîs , de la tribu de Benjamin, demeurant à Gabaa, avait un fils nommé Saiil , qui était dans la force de l'âge, d'une beauté remarquable et d'une haute stature. Kis ayant perdu des ânesses , envoya à leur recherche son fils Saùl accompagné d'un serviteur ; après avoir vainement parcouru plusieurs districts, ils arrivèrent dans la contrée de Souph, dans laquelle était située la ville de Rama. Saùl, craignant que son père ne fût inquiet de sa longue absence, voulut s'en retourner chez lui ; mais son serviteur l'engagea à aller d'abord interroger le célèbre Fojjant , ou prophète (Samuel), qui résidait à Rama, et sur l'objection de Saiil qu'ils n'avaient rien à offrir à 1 homme de Dieu , le serviteur observa qu'il lui restait encore un quart de sicle d'argent. Ils s'acheminèrent donc vers Rama. A l'entrée de la ville , ils virent des jeunes filles qui sortaient pour puiser de l'eau ; ils leur demandèrent la maison du rayant, et elles répondirent qu'il venait d'arriver à la ville ' , et qu'il allait se rendre sur la hauteur pour le sacrifice et le festin qu'il devait célébrer ce jour même.

En effet , Samuel avait invité , dès la veille, une trentaine de personnes à un repas solennel , espérant peut-être trouver parmi eux celui que Dieu avait élu pour être roi d'Israël'. A la porte de la ville, Saùl, ayant rencontré Sa-

' Il séjournait probablement à Navôth près de Rama, ou se trouvaient les élèves 4)rophetes.

^ Voy. 1 Sam. ch 9, v. I5 et 16.

muel sans le connaître , s'adressa i lui-même pour lui demander la maison du foijant. Samuel fut tellement frappé de l'extérieur imposant de Saùl qu'il reconnut en lui l'homme qu'il avait espéré trouver parmi ses convives. « Voici l'homme dont je t'ai parlé, lui dit sa voix divine, cest lui qui régnera sur Israël. » Je suis moimême le Voyant, répondit Samuel i Saùl, et il l'invita, ainsi que son ser« viteur , à assister au festin , en lui disant, en même temps, de ne plus s'inquiéter des ànesses, qui étaient retrouvées. Arrivés dans la salle du festin Saùl et son serviteur furent placés par Samuel à la tête des conviés , et le cuisinier apporta à Saùl la portion que Samuel avait fait réserver d'avance pour celui qu'il reconnaîtrait comme l'élu de Dieu. Après le repas Samuel se retira avec Saùl sur la plate-forme de la maison où ils eurent une longue conversation. Saùl passa la nuit chez Samuel ; un second entretien eut lieu le lendemain matin, et Samuel dut être très-satisfait de son élu; car il procéda immédiatement à la cérémonie provisoire de son élection.

Au départde Saùl, Samuel l'accompagna devant la ville; là le prophète ayant fait marcher en avant le serviteur de Saùl , dit à celui-ci de s'arrêter; il prit une fiole d'huile qu'il repandit sur sa tête , et lui annonça , en l'embrassant , que Jéhova l'avait oint pour être le chef de son peuple.

L'onction, probablement le symbole de l'inviolabilité, remonte , chez les Hébreux, à la plus haute antiquité. Tsous l'avons déjà rencontrée dans le sacre des prêtres (page 174); elle se présentera aussi dans l'initiation des prophètes (I Rois, 19,16), pouvoir spirituel établi par Samuel. I! n'est donc pas étonnant que Samuel donne l'onction h Saùl , destiné à être revêtu du pouvoir suprême. Loin de vouloir faire de Saùl un instrument des prêtres, il lui confère, par l'onction, une inviolabilité égale à celle du souverain pontife , et biejitôt il essaie de le taire entrer dans Vassocia-

LTIMVERS.

tion des prophètes qui représentait le parti du progrès, opposé au parti saccnlotal '.

Samuel , après avoir annoncé à Saiil sou élection , lui donna piusieiirs signes auxquels il devait reconnaître la vérité de tout ce que le prophète lui avait dit ( I Sam. 10, 2 —6). Il lui prédit entre autres que, arrivé à Gabaa, il rencontrerait une troupe de prophètes qui, aux sous des instruments , s'abandonneraient à leurs ins()irations divines. Saiil devait se joindre à eux et prendre part à leurs transports. Plus tard on devait se rendre à Guilgal, où devaient se célébrer les fêtes de l'installation du nouveau roi. Tout se passa comme le prophète l'avait annoncé. Arrivé à Gabaa et voyant la troupe de prophètes venir au-devant de lui, Saiil se sentit inspiré par l'esprit de Dieu, et il récita a son tour des chants et des discours prophétiques. Ceux qui le connaissaient s'adressèrent avec étonnement cette question (qui passa en proverbe) : Est-ce que Saiil est aussi parmi les prophètes? Mais quelqu'un des assistants répliqua : Kt qui donc est leur père à tous?

Samuel, de son côté, pour faire sanctionner l'élection de Saiil, convoqua une assemblée nationale à IMispah. Là il prononça une allocution dans laquelle il rappela de nouveau aux Hébreux que c'était pour se conformer à leur volonté qu'il allait leur donner un roi , quoique ce fût une ingratitude envers Jéhova qui les avait fait sortir d'Egypte et qui les avait sauvés de tous leurs ennemis. Faisant ranger le peuple par ordre de trihus et de familles, il déclara que Dieu avaitchoisi, pour luidonnerlaroyauté, la tribu de Benjamin; la famille élue était celle de IMatri , et , dans celle-ci , l'homme qui avait mérité d'être dé-

> On voit qu'il n'y a rien de plus innocent que l'acte symbolique de Vonction accompli par Samuel sur son élu , el que le prophète n'est rien moins que V inventeur du sacre des rois. Volney qui, pour combattre le droit divin, croyait devoir s'en prendre à la Bible, a sii'gai'èrement dénaturé tous les iails.

signé roi d'Israël était Saiil, fils d^ Kîs '. Le modeste Saiil s'était rendu à l'assemblée, mais n'osait pas se montrer; il fallut le chercher et ou le trouva caché au milieu des bagages.

Lorsque Samuel le présenta au peuple, celui-ci fit éclater aussitôt sa joie, et les cris de vive le roi ! retentirent de toutes parts.

Samuel rédigea aussitôt une convention dans laquelle il fixa les droits et les devoirs de la royauté. Nous ne connaissons pas le texte de cette convention ; mais elle avait sans doute les mêmes bases que la loi sur la royauté contenue dans le Deutéronome ^ . Le pouvoir royal était limité par la constitution, et le roi devait s'engager à rester fidèle observateur de la loi de Jéhova; sous cette condition seulement il pouvait espérer transmettre le pouvoir à ses héritiers (Deut. 17, 20). Mais dans la suite nous verrons le pouvoir royal se modifier sensiblement aux dépens de la démocratie, et nous aurions tort de conclure de l'histoire des rois de Juda et d'Israël sur la nature de la convention faite par Samuel. Nous verrons plus loin quelle a été de fait h royauté chez les Hébreux.

Cependant l'installation de Saul, qui devait avoir lieu à Guilgal, fut ajournée indéfiniment, soit parce qu'il n'existait aucun motif urgent pour priver immédiatement le prophète Samuel de la judicature , soit parce qu'une forte opposition s'était déclarée contre l'élection de Saiil , et qu'on voulût attendre une occasion favorable pour proclamer le nouveau roi à la face de tout Israël. Le fait est que des mécontents, que le texte désigne comme des gens pervers {Beliaal), osèrent publiquement manifester leur mépris pour Saiil, qui fit semblant de ne pas entendre leurs clameurs. Quoique désigné roi d'Israël , Saiil retourna à Gabaa pour

' Le sort dont parle le texte biblique ( I Sam. 10, V. 20 el 21 ) n'est sans doute qu'une amplilication merveilleuse du fait historique.

' Yoj'. ci-dessus , page 192,

s'y livrer, comme par le passé, à ses travaux des champs.

Un événement grave donna bientôt à Saiil l'occasion de sortir de sa retraite obscure et de se montrer digne de la confiance du peuple. Nahas , roi des Ammonites, qui avaiteuvahile pays à l'est du Jourdain , assiégea la ville de . Tabès-, les habitants demandèrent àcapituler, mais Nahas voulut leur imposer la condition que tous les habitants se fissent crever Toeil droit. Les Anciens de Jabès demandèrent un délai de sept jours qui leur fut accordé; ils envoyèrent aussitôt des messagers dans tout le pays des Hébreux, pour demander un prompt secours. Saùl était si peu reconnu roi d'Israël qu'on ne daigna pas même l'avertir directement de ce qui se passait. Un soir en revenant des champs , et en rentrant avec ses bœufs à Gabaa, il entendit les lamentations du peuple , car les messagers de Jabès venaient d'arriver dans la ville.

Informé des insolentes propositions des Ammonites , il se sentit subitement animé d'une sainte ardeur pour la cause de ses compatriotes. Aussitôt il découpa une paire de bœufs et en remit les morceaux aux messagers pour faire proclamer dans tout le pays que tous ceux qui ne marcheraient pas à la suite de Samuel et de Saùl auraient ainsi leurs bœufs taillés en morceaux. Sur cet appel les Hébreux accoururent en niasse pour marcher au secours de Jabès; une demi-journée suffit pour mettre en déroute l'armée des Ammonites. Le peuple alors, plein d'admiration pour Saùl, demanda à Samuel défaire mettre à mort ceux qui s'étaient opposés à l'élection de Saùl; mais ce dernier calma l'effervescence du peujile en disant qu'il ne fallait pas souiller de sang le souvenir d'un si beau jour.

Samuel voulut profiter iminédiatement de l'enthousiasme qui venait de se manifester pour son élu ; il invita le peuple à se rendre à Guilgal !)our y sanctionner l'élection de Saùl et pour l'installer comme roi. De toute part les Hébreux accoururent

pour assister à cette importante solennité; on égorgea de nombreuses victimes , et le peuple s'abandonna à la plus grande joie. Samuel en résignant ses fonctions de Schophet, que, selon Josèphe, il avait exercées pendant douze ans ' , prononça un discours dans lequel, protestant de son désintéressement, il rappela les circonstances qui avaient déterminé le peuple à demander un roi. Selon lui, le peuple avait mal agi, et le sincère attachement à Jéhova et à son culte pouvait seul fonder son bonheur d'une manière durable ( I Sam. ch.

12.) Toute la nation rendit au dernier Schophet les plus éclatants témoignages de sa probité et de son parfait désintéressement. Un phénomène extraordinaire rendit cette scène encore plus imposante : un violent orage éclata sur l'assemblée, quoiqu'on fût à l'époque de la moisson du froment; le tonnerre grondait, accompagné d'une forte pluie. Le peuple fut saisi de terreur, croyant entendre la voix du ciel qui désapprouvait l'établissement de la royauté ; mais Samuel rassura l'assemblée.

Le mal , dit-il , vous l'avez fait; mais si vous n'abandonnez pas Jéhova pour les vaines idoles, lui aussi ne vous abandonnera pas, car il a voulu faire de vous son peuple. Le prophète promit ensuite d'être, comme par le passé, l'intermédiaire entre Jéhova et la nation , de prier Dieu pour le bienêtre de tous, et d'être toujours leur chef spirituel en leur enseignant la bonne voie.

En résignant sajudicature, Samuel ne renonça nullement à toute influence politique; il se proposa, au contraire, de surveiller le nouveau roi et de lui retirer sa protection dès qu'il cesserait d'être un fidèle vassal de Jéhova et de sa loi. Dans l'idée de Samuel , la royauté ne devait être qu'unejudi-

• Vov. Antiqu. VI, 13, 5 ; selon le Thalmud l'a judicature de Samuel aurait duré dix ans (Nazir, fol. 5), et selon le Si'der Oldm {ch. 13) onze ans. Le texte pré»ente Samuel comme un homme â^é (1. Sam. s, I ; 1-2, 2), mais il ne pouvait guère avoir à cetla époque que cinquante et quelques aunées.

L'UNIVERS

cature permanente el liéicditaire , et les institulio is devaient rester ce ([u'elles avaient été jusiju'alors. Aussi Saiil n est-il en queliiue sorte qu'un Sehophet, c'est-à-dire un chef républicain, portant Je titre de roi. Nous verrons même Samuel exercer encore longtemps une véritable tutelle sur son élu; son rôle politique n'est pas acbevé, et nous le verrons encore accomplir quelques actes importants qui mettront encore plus en relief les traits caractéristiques de ce grand homme.

Néanmoins, avec l'installation de Saiil, l'histoire des Hébreux entre dans une phase nouvelle, el une grande révolution est accomplie. L'État est définitivement constitué et les Hébreux formenten réalité un corps de nation animé du même esprit et repoussant en commun toute agression du dehors. Par l'établissement de l'ordredes prophètes, le peuple hébreu a fait, à la fin de cette période, un pas immense vers l'accomplissementde sa destinée.

Dans la période qui va suivre, et qui est la plus brdiante de toute l'histoire des Hébreux , nous reconnaîtrons l'influence des écoles prophétiques par le rapide développement delà poésie religieuse et du culte monothéiste.

La royauté, d'abord modeste, et se bornant à lutter pour l'indépendance de la nation, visera bientôt à étendre sa domination au dehors et à s'entourer d'un grand éclat à l'intérieur. Mais ce vain éclat ne tardera pas às'effacer; la pompe extérieure donnée au culte par un coi ami du luxe s'évanouira dans une nouvelle invasion du paganisme. L'idée seule qui est l'âme de l'histoire des Hébreux se développera de plus en plus dans l'ombre des modestes demeures des prophètes.

La révolution qui signale la fin de la période des Juges s'opéra vers l'an 1095 avant l'ère chrétienne.

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