‹ Palestine: Description géographique, historique, et archéologiqueChapitre 52 sur 106 · Juges · texte numérisé non relu

Juges

Les Hébreux se trouvèrent alors dans la position d'un enfant dont l'éducation, commencée avec beaucoup de méthode par un maître habile et sévère, a été subitement interrompue. L'enfant, abandonné à lui-même, n'a encore que quelques idées confuses des doctrines qui lui ont été enseignées ; il les abandonne facilement, ou il les interprète sans intelligence. Il lui fautdetempsen temps une rude expérience pour lui rappeler les leçons utiles qu'il a si vite oubliées', et un bras qui le soutienne pour le faire rentrer, s'il est possible, dans une voie meilleure.

Se plaisant dans les douceurs de la paix, les Hébreux s'allièrent avec les Cananéens , et abandonnant de plus en plus le temple de Siloh, ils ne craignirent plus bientôt de se livrer au culte de Baal , d'Astarôth et de toutes les divinités phéniciennes. Le sentiment national, qui devait toujours se retremper dans le culte cen-

tral et dans les assemblées solennelles des fêtes mosaïques, se relâchait de |)Ius en plus, et bientôt les tribus isolées et sans chef se virent attaquées parles peuplades voisines, et par les ennemis qu'on avait tolérés dans l'intérieur du pays et qui recommencèrent à se recueillir et à acquérir des forces. De temps en temps un homme énergique se met à la tête de certaines tribus, ou même de la nation tout entière, pour faire revivre l'esprit national et pour secouer le joug étran^ier , mais il n'a pas toujours la faculté, ni même la volonté, de faire renaître le sentiment religieux et l'amour des institutions mosaïques, et, après sa mort , le peuple retombe dans l'anarchie.Pendant plusieurs siècles c'est une variat'^n perpétuelle de revers et de prospLité, d'anarchie et de dictature, mais des institutions mosaïques, il n'en est point question. On appelle cette période celle des Juges, parce que les héros qui , de temps à autre, se mirent à la tête du peuple , portaient le ùXxeAe Schophêt, mot qui en effet %\^n\ÛQ juge, mais qui désignait aussi , comme le mot phénicien sufjète, un homme revêtu du suprême pouvoir '.

Les schophetim, ou juges, ne furent pas toujours élus; nous ne savons rien de positifsur leurs fonctions et leurs droits qui n'étaient probablement pas basés sur une sanction légale; le sc^o/j/ieY s'emparait d'un pouvoir que lui mettaient entre les mains et son courage personnel et la nécessité du moment. Sa mission temporaire accomplie, il conservait ordinairement pendant toute sa vie une certaine autorité sur le peuple qui lui devait son salut; mais quelquefois il rentrait dans la vie privée, comme, par exemple , Gédéon (Juges , 8, v. 23 et 29). Ce n'est que vers la fin de cette période que nous trouvons dans les Juges de véritables chefs de la république ; déjà après la mort de Jephté nous voyons successivement trois Schophetim qui ne doivent leur di-

' Voy. ci-dessus, page 196.

gnité à aucun acte éclatant, et qui probablement turent aj)pelés au pouvoir par le choix du peuple qui reconnut enfin les avantages d'un pouvoir central régulièrement constitue. Ensuite Éliet Samuel jouissent d'une autorité très-étendue et signalent une époque intermédiaire entre la démocratie et la monarchie.

Au reste, il est impossible de présenter de l'époque des Schophetîm un tableau historique. Le livredes Juges, que seul nous pouvons consulter pour cette époque, n'est point un I i vre d'histoire; tout Y est raconté d'une manière décousue, et les événements se succèdent sans une suite rigoureuse et sans ordre chronologique. C'est un recueil de traditions détachées sur les temps des Schophetim , composé probablement sur d'anciens poèmes et sur des légendes populaires qui célébraient la gloire de ces héros. Ce recueil, qui date des premiers temps de la royauté, avait pour but , à ce qu'il parait , d'encourager le nouveau gouvernement à achever l'œuvre commencée par Josué, et de montrer au peuple tous les avantages d'une royauté héréditaire. Dans ce but il suffisait de montrer par une série d'exemples quels furent les désordres auxquels se livrèrent les Hébreux du temps de la république; quelles furent les suites malheureuses qu'avait eues la faiblesse des Hébreux vis-à-vis des Cananéens, et comment le pouvoir temporaire d'un seul les avait toujours préservés d'une ruine totale. Il ne faut donc pas penser à établir avec exactitude l'ordre chronologique des faits et l'époque de chaque juge. Lés savants se sont donné, sous ce rapport, une peine inutile et tous leurs efforts ont complètement échoué'. Il sufiira de dire que les chiffres que nous trouvons dans le livre des Juges et dans le premier livre de Samuel nous donnent, depuis la mort de Josué jusqu'au commencement du règne de Saùl , le nombre total de cinq cents

* On peut voir la discussion des différentes «"■pinions dans la Chronologie de Des Vi- ^:n.'ies, t. 1, p. 91 et suivantes.

ans'; ce qui ferait depuis la sortie d'Egypte, cinq cent soixante-cinq ans, tandis que le premier livre dcs Rois ((), 1) ne compte que quatre cent quatre-vingts ans depuis la sortie d'Égyptejusqu'à lafoudation du Temple sous Salomon ». Il faudrait supposer d'après cela que plusieurs des Schophetim gouvernaient simultanément dans différentes contrées.

Dans l'incertitude des dates et dans le manque de sources historiques , nous devons nous contenter de résumer ici les traditions renfermées dans le livre des Juges, pour donner un tableau général de l'état des Hébreux dans cette période, sans prétendre tablir la suite chronologique.

Dans les temps d'anarchie qui suivirent la mort de Josué et des Anciens, un roi de Mésopotamie, appelé Couschan-Rischataïm, étant devenu puissant, étendit peu à peu sa domination à l'ouest de l'Euphrate, jusqu'au pays de Canaan. Dans l'état où se trouvèrent alors les Hébreux, iis ne purent défendre leur indépendance ,

' Voy. Des Visnoles, 1. c. p. 135, 136. J'observerai qu'il Idut encore ajouter à ces cinq cents ans quelques époijues que le livre des Juges laisse indéterminées, savoir : l'époque de Sarayar ch. 3, v. :3I)et l'anarcliie qui précède la 3' servituJe, sous Yabin { ch. 4 , V. I) , de même les époques d'à narcliie qui suivent la mort de Gédeon (ch. 8, v. 33-35), et celle de Jair (ch. lo, v. 6). Aussi Josèphe dit-il dans un endroit que la république, sous les Juges, avait duré plus de cinq cents ans. Anliqu. XI, 4, 8.

* Ea ôtant de ces quatre cent quatrevingts ans les soixante-cinq ans qui s'étaient écoulés depuis la sortie d'Êgyple jusqu'à la mort de Josué , et 8i ans ([ui se passèrent depuis l'établissement de la royauté Jusqu'à la conbtruclioii du Temple, il ne nous resterait, pour la période des juL;es, que trois cent trente et un ans. Jt)sèplie substitue au nombre de quatre cent quatre \iiii;tsdu livre des Rois, celui de cinq cent quatre-vingtdouze [Anliqu. VIII, 3, I); mais celle date n'est basée, sans doute, que sur les calculs de Josèphe; ailleurs ce même auteur compte six cent douze ans (.Int. XX, I"; contre Apion, II, 2). Les calculs des Juifs (!« Chine , auxquels d'ailleurs nous ne saurions attacher que peu d'importance, paraîtraient s'accorder avec les dates de Josèphe. Voy. Taciti Opéra, éd. Brotier, t. lll, p. 507, etc., de Jiidaeis stnensibus.

L'UNIVERS

el ils devinrent tributaires du roi de iMi'sopotainie, (lui les opprima pendant huit ans. Mais ils trouvèrent un libérateur dans Otluii.l , (ils de Kenaz, qui, après dix-huit ans d'anarchie', l'ut le premier à prendre le titre de Schophèt et a rélabhr l'ordre et l'indépejidance. Otliniel , demi-frère ou, selon d'autres, neveu de Caleb », s'était déjà distingué par la conquête de Debir ou Kiryath-Sépher, et ce fait d'armes lui avait valu la main d'Achsa , (ille de Caleb \ Étant devenu Schophèt, il lit la guerre au roi de Mésopotamie; sorti vainqueur de cette lutte , il procura aux Hébreux quarante années de paix et de prospérité.

A la lin de celte époque, Eglon , roi des Moabites 4, s'étant allié avec les Ammonites et les Amalécites, envahit le territoire des Hébreux et s'empara de la ville des palmiers ou de Jéricho ^. 11 subjugua les Hébreux { du moins les tribus de la Perée et du raidi de la Palestine) et les rendit tributaires pendant dix-huit ans.

Un jour les Hébreux lui envoyèrent une députation , pour lui offrir un présent; à la tête des députés se trouva Ehoud (Aod), flis de Géra, de la tribu de Benjamin , homme gaucher ou ambidextre ^. Aprèsavoiraccompli sa mission et s'être retiré avec les autres députés, il revint seul pour

' Voy. Josèphe, Antiqu. VI, 5, 4.

» Le texte ait : Otliniel , fils de Keiiaz , frère cadet de Caleb (Jos. 15, 17; Ju^^es, I, 13; 3, 9). Selon les accents masoréthiques et la Vulgate, le mot frère se rapporte à Olhniel. Or, comme Caleb est appeléyj/s de Jéphoné, les rabbins supposent que sa mère avait épousé Kenaz en secondes noces, et que Othniel était le frère de Caleb du côté de sa mère. Selon les Septante, le moi fnre se rapporte a Kenaz; ils traduisent : ro9ovtr]X ulôç Kevàç àSîîvooO XdXeS , faisant de Caleb l'oncle d'Othniel. D'autres enlin considèrent Ccdeb et Olbniel comme frères germains, voyant dans Kenaz leur grand-père; car Caleb est appelé aussi le Kenezite (Nombres, S2, 12; Jos. 14, 6 et 14).

^ Jos. 15, 17; Juges, I, 13.

• Voy. ci-dessus, page 06.

5 Voy. page 4i.

* Il parait que la tribu de Benjamiu poss^ait beaucoup d'hommes exercés à se servir égalemeot des deux mains. Voy. Juges, ao, 16

demander au roi une audience particulière, ayant, disait-il, quelque secret à lui communiquer. Eglùnlitaussitôtretirer tout le monde. « .l'ai une mission di \ ine pour toi , » dit Éhoud , et le roi se leva de son trône. Alors Éhoud tira avec sa main gauche un glaive à deux tranchants qiu'il portait àsa droite caché sous ses vetementi> , et il plongea le glaive jusqu'à la garde dans le ventre du corpulent Églon. Ensuite il se retira promptement en fermant la porte sur lui , et sortit sans obstacle. Les gens du roi trouvant la porte fermée , n'osèrent d'abord pénétrer dans l'appartement , croyant que le roi voulait rester seul; mais après avoir attendu fort longtemps, ils se décidèrent à ouvrir avec la clef, et ils trouvèrent le roi étendu mort par terre. Éhoud avait eu le temps de s'enfuir, et il arriva sain et sauf à Seïra sur la montagne d'Éphraim. Là il fait retentir la trompette de la guerre; on s'assemble autour de lui ; il descend à la tête de ses troupes et s'empare des gués du Jourdain qui servaient de passage aux Moabites. Ayant ainsi coupé la retraite aux ennemies qui occupaient la Palestine, et empêché leurs frères de la rive gauche du Jourdain de venir à leur secours, il attaque les troupes moabites et eu fait un grand carnage. L'ennemi perdit environ dix mille hommes. Cette victoire fut suivie de quatre-vingts ans de repos '.

Les Philistins, à ce qu'il paraît, essayèrent alors, pour la première fois, d'attaquer les tribus du midi; mais Samgar, ûls d'Anath, s'étant mis à la tête d'une troupe de laboureurs armés d'aiguillons servant à piquer les bœufs , les repoussa avec une perte de six cents hommes. On fait ordinairement de Samgar le troisième Schophèt , et Josèphe dit qu'il mourut dès la première année de son règne.

• Josèphe [Ant. V, 4,3) dit que, à la suite de cette victoire, Éhoud, nommé chef de tout le peuple , gouverna pendant quatrt;vingts ans ; ce qui ne résulte nullement du texte du livre des Juges.

PALESTLNE.

Les Cananéens du nord que Josué avait vaincus près du lac de Mérôm ( Samochonitis ) étaient redevenus très-puissants , et avaient repris , en grande partie, le pays conquis par les Hébreux. Comme du temps de Josué, nous trouvons à leur tête un roi résidant à Hasor et portant le nom de Yabîn. Avec ses neuf cents chariots de guerre et une nombreuse armée", il opprima les tribus du nord , sur lesquelles il fit peser son joug pendant vingt années. Ses troupes étaient commandées par Sisera , qui avait son quartier général dans une ville appelée Haroseth des païens.

A cette époque vivait, sur la montagne d'Éphraïm, une femme célèbre appelée Débobah (abeille) et mariée à un certam Lapidoth. Ayant nourri son imagination des traditions religieuses des Hébreux, et douée d'un haut élan poétique , elle savait , par sa parole puissante, ranimer dans le peuple la croyance en Jéhova et les sentiments de piété étouffés par Tentraînement séducteur de l'idolâtrie cananéenne. Aussi lui donnait-on le titre de Nebia/i (prophétesse), et, assise dans un bois de palmiers entre Rama et Béthel , elle répondait, au nom de Jéhova, à la foule des Hébreux qui venait dans sa retraite lui demander des enseignements et des conseils. Elle s'était élevée par là au rang de Schophêt; car elle dirigeait par son influence toutes les affaires publiques et privées, et les enfants cC Israël montaient auprès (Telle pour se faire juger {Juges, 4, 5). Son âme généreuse se sent émue par les souffrances de ses frères; elle veut briser le joug honteux de Yabîn, ec rendre les tribus du nord indépendantes. Barak , Uls d'Abinoam, résidant à Kédès, dans le canton de Naphthali , jouissait , à ce qu'il paraît, d'une grande considération parmi ces tribus; c'est lui que Déborah fait appeler auprès d'elle, et elle lui ordonne au nom de

Josephe (ib. ch. 5, § l) ne lui donne pas moins di- aoo, ooo iiommes d'infanterie, 10,000 cavaliers et 3(xjO chariots.

Jéhova , le Dieu d'Israël , de se mettre à la tète de dix mille hommes des tribus de Zabulon et de Naphthali, pour attaquer l'armée de Sisera. Barak ne veut obéir qu'à condition que Déborah ira avec lui. « Eh bien, dit la prophétesse , j'irai avec toi ; mais aussi la gloire de cette lutte ne t'appartiendra pas, car Sisera sera livré aux mains d'une femme. »

Arrivé à Kédès avec Déborali , Barak y assembla ses troupes qu'il conduisit sur le mont Thabor. Sisera, ayant appris ce mouvement , assembla ses neuf cents chariots près du torrent de Kison'. Barak marcha contre lui , avec ses dix mille hommes, et en un seul jour l'armée ennemie fut totalement battue*. Les Cananéens fuyant en désordre furent poursuivis par Barak jusqu'à Haroseth, et ils furent tous passés au fil de l'épée. Sisera, descendu de son char, s'enfuit a pied; il chercha un refuge auprès de Jaël, femme du Kénile Héber (delà famille de Hobab, beau-frère de Moïse) ^, qui était établi dans les environs de Kedès. Jaèl , étant allée au-devant de Sisera, l'engagea à entrer dans sa tente; le guerrier accablé de fatigue demande un peu d'eau, elle lui donne du lait, et l'engage à se reposer, en lui promettant le secret. Mais lorsqu'il est endormi , elle l'assassine traîtreusement, en lui enfonçant un clou dans la tempe. Barak arrivé bientôt après, à la recherche de Sisera , est introduit dans la tente par Jaël , qui lui montre son ennemi étendu par terre. La défaite totale de Yabîn et des Cananéens du nord fut la suite de cette victoire, chantée par Déborah dans le célèbre cantique qui porte son nom , et qui est le plus ancien chant de victoire que

' Voy. page 8, col. I.

'Josephe (V, 5,4) fait intervenir un grand orage; les Hébreux ayant le vent par derrière , eurent pour auxiliaires la pluie et la grêle, qui accablèrent les Cananéens et qui les empêchèrent de combattre. Déborah dit aussi dans son cantique : « Bu haut des deux OH combattit; les astres, de leur carrière, combattirent contre Sisera. » tJuge», 6, 20. )

' Voy. ci-dessus, page 76, col. I, acte.

nous possédions, comme il est aussi un (les |ilus sublimes et des plus aecimplis dans son genre. Il est trop ! ien empreint des couleurs des temps rt des lieux pour que la criticpie doive jouter de son autlieiiticité. A côté du haut élan patriotique et de l'enlliousiasme religieux digne de la prophetesse, nous remarquons les mouvements moins nobles, mais bien naturels, du eœur humain, du cœur d'une femme. Après avoir parlé en prophetesse, en héroïne, voyez comme elle se plaît à faire l'éloge de la trahison de Jaël, aveccpielle sanglante ironie elle parle de la mère du malheureux général des Cananéens ' :

n 1^1 mère de Sisera regardait par « la fenêtre et gémissait à travers le <v treillis : Pourquoi son char tarde-t- « il à venir? Pourquoi les pas de ses « chariots sont-ils si lents.' Les plus « sages d'entre ses femmes la conso- « laient; elle aussi s'adressait à elle- « même cette réponse : Ne doivent ils n pas trouver (lu butin.'Ne faut-il pas « le partager? Une jeune lille, deux « jeunes lilles, pour chaque honnne; B du butin de différentes couleurs [lour « Sisera, des vêtements de couleur « brodés, des broderies doubles et « variées pour la parure du cou. »

Sous le rapport historique, nous apprenons par ce canti(pie que les tribus de Zabulon et de Naphthali, vivant sur le théâtre de la guerre, et principales victimes de l'oppression de Yabin, avaient combattu avec un courage héroïque (v. 1S\ Quant aux autres tribus, celles que Oéborali avait pu encourager par sa parole, en se rendant de la montagne d" Éphraïm à Kedès, telles que Benjamin, Kphraïm, Manassé, Isachar, n'avaient pas refuse leur secours. Dan et Aser, ainsi que les tribus de l'est du .lourdain, n'avaient pas répondu à l'appel. Celles de Juda et de Simeon, demeurant à l'extrémité méridionale du jiavs, ne sont pas mentionnées par Ùeborah ;

^ Sur le Cantique de Dt?borah, jugé et commenté sous le rapport poélique, voyez :!erder : Briefc\ etc. ( Lettres concernant l'étude de la lliéoloi;ie ) , 1. 1 , 7'" lettre

probablement elles n'avaient pas élé' appelées au combat.

Il resuite de la, avec évidence, que le pouvoir de Yabîn ne s'éteiaiait pas même sur toutes les tribus du nord, que les tribus des Hébreux ne formaient pas alors une re|)ubli(iiie unie, gouvernée par un pouvoir central , et que Déborah et Harak , tout en jouissant d'une grande iniluencedans leiu's districts, n'exerçaient nullement une autorité légale sur toute la nation. Dans cet état d'isolement, les tribus ne pouvaient manquer d'être en butte aux invasions de voisins hostiles. Selon le livre des Juges, une tranquillité de quarante ans suivit la victoire remportée sur Yabin ; nous ne savons pas si le texte veut parler d'une paix générale dans toute la Palestine, ou seulement dans les contrées du nord.

Quoi qu'il en soit, nous voyons bient()t apparaître au sud-est et à l'est un nouvel emiemi des Hébreux.

Les :\li(iianites, les Amalecites et d'autres tribus bédouines de l'Orient, faisaient souvent des incursions dans la Palestine. Parcourant le pays de l'est à l'ouest, jusque vers Gaza, ils y campaient avec leurs troupe.'iux et leurs nombreux chameaux ; ils pillaient les bestiaux des Hébreux, et, semblables aux nuées de sauterelles, ils ravageaient les campagnes, détruisaient ies récoltes, et amenaient la famine. Les Hébreux étaient obligés alors de mettre à l'abrï leurs bestiaux et les produits de la terre dans des souterrains et des lieux fortifies. Cette calamité durait depuis sept ans, lorsque, dans les environs d'Ophra, canton de Glanasse, il se présenta un prophète qui, parlant aux Hébreux au nom de Jéhova, leur lit voir dans les malheurs dont ils étaient frappes les suites de leur infidélité envers le Dieu de leurs ancêtres. Ensuite il se présenta" à

' Selon le texte ( Juges , 6 , 1 1 ), ce fut m» messiK/er de Ji/ioni (jui apparut a t.edeon; selon Joséphe, ce fut une appurllioii (çav- Taaaa ) sous la forme d'un jeune homme, ISou's crovons, avec (|ueU]uesconuiientateur8 juils, que le mcfsiun-r ilr Jcltora est W même que le piopliele qui avait parle au

PALESTIISE.

Cédéon, fils de Joas, qui battait le froment dans un pressoir, n'osant pas le faire publiquement sur l'aire, à cause dts Midianites. « Jehova avec toi, vaillant bëros, •> dit-il à Gédéon. o Pardon , seigneur, répondit Gédéon , si Jéhova était réellement avec nous, comment tout cela nous serait-il arrivé? que sont devenus tous ses prodiges que nos ancêtres nous ont racontés en nous parlant de la sortie d'Egypte!

Hélas! Jéhova nous a abandonnes et i nous a livrés au pouvoir de Midian. » et Va, reprit Tautre, c'est Jehova qui te dit : « Avec ta force tu sauveras Israël du pouvoir de Midian, c'est moi qui t'envoie. » — « Mais, dit Gédéon , avec quoi sauverai-je Israël ? Ma famille I est la plus faible dans^Manassé, et moi ; je suis le plus jeune delà maison de ■ mon père. « — « Je serai avec toi, dit i Jéhova , et tu battras Midian , comme I si c'était un seul homme. » — Gédéon, I subitement inspiré, offrit un sacrifice à Jéhova, et lorsque la flamme s'éleva , le messager divin disparut , en disant : « La paix à toi ! » Dans la nuit Gédéon détruisit l'autel que son père Joas, de la famille d'Abiézer, avait élevé a Baal. Le lendemain, les gens de la ville, aj'ant su que Gédéon avait détruit l'autel de Baal, voulurent le tuer; mais Joas, prenant la défense de son fils, leur dit : « Si Baal est un Dieu, qu'il plaide lui-même sa cause. « De la on donna a Gédéon le nom de Jérubhaal, c'est-à dire : Baal plaidera acec lui •. Gédéon, désormais plein d'enthousiasme pour Jéhova, se sentit la force de combattre les ennemis. Il sut

'louple. Au rpsie, tout le récit du livre des iiiies Psl en\eloppéd"un voile ni\thique. ' C'est à cause de ce suruoui'de Jériibbaal que quelques savants ont cru paovoir idenlilier Gédéon avec Hi'roinbal , prêtre du dieu Jevo dont Sanchoniathon, seloa Porphyre (ap. Eusel). Prœii. ev. l, 9), aurait appris beaucoup de choses concernant les Juifs. Et c'est avec de pareilles combinaisons que Bochart et autres ont prétendu lixer l'âge de Sanchoniathon; et encore de nos jours Saint-Martin n'a pas craint d'appeler le témoignage de Porphyre une indication précieuse et propre, selon toute apparence , a /aire connaître la véritable époque de cet historien. Voy. Biogr. universelle, article Sanchoniathon,

faire partager son courage à toute l.\ famille d"Àbiézer, qui se r.issembla autour de lui , et, ayant envoyé des messagers a toutes les autres familles delà tribu de Manassé, ainsi qu'à Aser, Zabulon et >"aphtliali, il se vit bientôt entouré d'une nombreuse armée. Les Midianites étaient cainpés dans la plaine de Yezreël ; Gédéon fit assembler ses troupes sur uneliauteurau midi du camp ennemi, près d'une source, appelée Harod. Aimant mieuxcompter sur fenthousiasme des guerriers que sur le grand nombre qui n'etît fait qu'embarrasser la marche, il rt-nvoya tous ceux dont le courage était douteux. Dix mille hommes avides de combattre restèrent avec lui; mais Gédéon voulut d'abord employer un stratagème pour lequel il ne lui fallait qu'un petit nombre d'Iiommes déterminés. Les troupes s'étant rendues au ruisseau pour boire, Gédéon remarqua un certain nombre d'hommes qui ne se donnaient pas le temps de boire a leur aise, et qui prenaient à la hâte quelques gorgées d'eau puisée avec leurs mains. Gédéon crut reconnaître à ce signe ceux qui étaient le plus impatients de combattre ' ; ils étaient au nombre de trois cents, et ce fut avec eux que Gédéon voulut essayer son stratagème, en renvoyant, pour le moment, tout le reste des troupes.

Dans la nuit il se hasarda lui-même, avec son écuyer Pourah, jusqu'aux avant-postes de l'ennemi. La il entendit un homme raconter un songi qu'il avait eu et que son interlocuteur interpréta en faveur de Gédéon qui viendrait détruire le camp des Midianites. Cet incident confirma Gédéon dans son projet. Revenu dussitot auprès de ses trois cents hommes, il les divisa en trois bandes; il donna à chaque honnne une trompette et une

' Tel me parait être le sens du texte, el c'est aussi l'opinion de plusieurs commenta leurs. Joseptie, au contraire , pense que ceux qui buvaient a la hâte étaient les plus craintifs, et, selon lui, Gedeon auf'it choisi , par ordre de Dieu, ceux qui montraient le moins de courage, pour que le miracle fut plus éclatant. Voy. Jntiqii. > v 6> 3.

L'UNIVERS

(Tuclie de terre vide avec une torchs déduis. « Va' ijue vous me verrez faire , dit- il a ses liomnies, vous le ferez aussi; quand je sonnerai de la trompette, vous en ferez de même, et vous crierez : /'our Jêhova et pour Cédéoii! »

On était au commencement de la seconde veille, c'est-à-dire à dix heures du soir'. Les ennemis, qui venaient de placer les sentinelles, se livraient au sommeil. Gédéon marcha sur l'entrée du camp ennemi avec une bande de cent hommes; les deux autres bandes s'étaient placées à deux autres points différents. Gédéon et ses gens firent retentir leurs trompettes et brisèrentleurs cruches; les autres bandes en lirent de même. Tenant les torches dans la main gauche et les trompettes dans la droite, tous les hommes s'écrièrent : Guerre pour Jéliova et pour Gédéon! Les ennemis subitement réveillés, en entendant le son des trompettes et le cri de guerre , et en voyant le feu des torches autour du camp, se crurent entourés par une nombreuse armée». La terreur se répandit parmi eux ; ils poussèrent des cris et s'enfuirent à la hâte , et , dans le désordre , ils tournèrent leurs armes les uns contre les autres. Ils s'enfuirent au sud-est, vers Abel-Mehola^ , pour repasser le Jourdain. Alors toutes les troupes de Naphthali, d'Aser et de Manassé , que Gédéon avait d'abord fait retirer , se rassemblèrent pour se mettre à la poursuite des Midianites. LesÉphraïmites -aussi descendirent de leurs montagnes , et Gédéon fit occuper tous les gués du Jourdain jusqu'à Bethabara4. Il paraît cependant que les Midianites, en grande partie, avaient eu le temps de passer le Jourdain; car ce fut de l'autre côté du fleuve (Juges, 7, 25) que les Éphraimites

' Voy. ci-dessus, page I79.

* Des stratagèmes de ce genre sont rapportés aussi par les anciens auteurs profanes. Hannibal employa la ruse des torches ( Tite- Live, t. 22, c. 16 et 17); Marius celle des trompettes et des cris de guerre ( Salluste , Jugiirtha, c. 96 ).

^ Voy. ci-dessus, page 38.

* Voy. ci-dessus , page 73

apportèrent â Gédéon les têtes de deux princes midianites, nommes Or<^b et Zeéb, qu'ils avaient tués dans leur fuite. En même temps les Éphraimites voulurent chercher querelle à Gédéon de ce qu'il ne les avait pas appelés, dès le commencement, pour prendre part à la guerre; et, sans le calme et la modestie de Gédéon , cette querelle aurait pu dégénérer en une guerre civile. Mais le héros sut persuader aux Éphraimites, que, par la victoire qu'ils venaient de remporter surOreb etZeêb, ils avaient mérité de la patrie bien mieux que lui-même : « Qu'ai je donc fait, leur dit-il, à l'égal de vous.? Legrapillaged'Éphraïm ne vaut-il pas mieux queles vendanges d'Abiézer.' »

Après avoir ainsi calmé les Éphraimites , Gédéon passa le Jourdain, pour se mettre à la poursuite de deux autres chefs des Midianites, Zébah et Salmona, qui avaient pu se sauver avec quinze mille hommes. Arrivé à Succoth avec ses trois cents guerriers d'élite fatigués de la marche, il demanda aux habitants de fournir du pain à sa troupe; mais on lui répondit avec ironie : « Tiens-tu déjà Zébah et Salmona, pour que nous donnions du pain à ta troupe? » Une réponse semblable lui fut faite à Phanuel. Gédéon, ayant hâte de continuer sa marche, se retira avec des menaces. Il atteignit le camp ennemi à l'est de Nobah ou Kenath ' ; les Midianites, pris à l'improviste, furent battus, et les deux chefs fugitifs tombèrent vivantsentreles mainsdeGédéon. Celuici les ramena avec lui pour les montrer aux habitants de Succoth : «Les voici, leur dit-il, ce Zébah et ce Salmona, au sujet desquels vous m'avez insulté. » Un châtiment bien mérité , mais barbare, fut infligé aux soixantedix-sept chefs et anciens de la ville, dont Gédéon s'était fait écrire les noms par unjeune homme qu'il avait fait saisir. On les frappa avec des ronces, et on leur fit passer sur le

* Voy. ci-dessus , page 69.

corps des machines qui servaient à triturer le blé. Pe semblables scènes de massacre se renouvelèrent à Phanuel , dont on démolit le fort. Ensuite Gédeon ordonna à Jéther, son lils preluier-né, de tuer les deux chefs ennemis; mais lejeune homme hésita, et Gédéon se chargea lui-même de cette exécution. C'est ainsi que se termina la défaite des Midianites, que, depuis cette époque, nous ne voyons plus reparaître sur la scène.

La victoire remportée par Gédéon avait excité l'enthousiasme et l'admiration à tel point qu'une partie du Eeuple offrit a ce héros la souveraineté éréditaire, et c'est ici pour la première fois que nous voyons germer parmi les Hébreux, instruits par les adversités, l'idée d'un gouvernement fixe qui eût assez de force pour prévenir de nouveaux désastres. Mais Gédéon sentit probablement que l'esprit d'unité

r ne pénétrait pas encore toutes les

I tribus, et que, en acceptant la couronne de la main d'un parti , il ne ferait qu'augmenter la désunion et le désordre; il refusa donc, en disant :

" Ni moi ni mon fils, ne dominerons sur vous ; que Jéhova domine sur vous. »

Ce fut peut-être avec de bonnes intentions, et pour faire revivre par sou influence personnelle le culte de Jéhova, qu'il établit dans Ophra , sa ville natale, un brillant Éphod, ou

. oracle, pour lequel il s'était fait livrer par ses guerriers une partie de l'or provenant du butin. Mais par cet attentat flagrant contre la loi de Moïse, il établit une nouvelle concurrence Irès-dangereuse pour le sanctuaire de Siloh, le seul autorisé par la loi.

L'oracle d'Ophra eut une très-grande

' vogue , et Gédéon , rentré en apparence dans la vie privée, exerçait C eut-être par son Éphod une influence ien plus grande que celle que lui aurait donnée la souveraineté. Il vécut encore quarante ans, pendant lesquels aucun ennemi ne vint inquiéter les Hébreux.

Gédéon, qui avait épousé plusieurs femmes, laissa soixante-dix flls légitimes, et, en outre, une concubiae

qu'il avait eueàSichem, lui avait donné un Gis, nommé Abimélech. Il paraît qu'après la mort de Gédéon , ses nombreux lils manifestèrent des projets ambitieux; Abimélech, le plus pervers et en même temps le plus ambitieux de tous, se rendit à Sichem, où , par l'influence de la famille de sa mère, il sut se créer un parti. « Ne vaudrait-il pas mieux pour vous, flt-il dire aux habitants de Sichem, d'être gouvernés par un seul homme, que de l'être par soixante-dix.' souvenezvous que je suis votre proche parent. » Les Sichemites , disposés en sa faveur, lui donnèrent soixante-dix pièces d'argent prises dans le trésor du temple de BaaI-Berith, dieu phénicien , qui avait trouvé alors de nombreux adorateurs parmi les Hébreux '. Abimélech solda des vagabonds avec lesquels il se rendit à Ophra ; il fit massacrer tous ses frères, à l'exception de Jothàm , le plus jeune, qui s'était caché. Après ce forfait inouï il retourna à Sichem , où il fut reconnu roi. Son frère Jothàm eut le courage de se présenter sur le mont Garizim du haut duquel il adressa aux Sichemites le discours suivant :

« Écoutez-moi, habitantsdeSichem, « et Dieu vous écoutera : Les arbres « allèrent un jour élire un roi, et, s'a- « dressant à l'olivier, ils lui dirent: « Règne sur nous; mais l'olivier leur « répondit : Renoncerai-je à mon huile « par laquelle on honore Dieu et les « hommes, pour aller planer sur les « arbres ? — Et les arbres dirent au û- « guier: Viens, règne sur nous; mais « le figuier leur répondit : Renoncerai- « je à ma douceur et à mon bon fruit, « pour aller planer sur les arbres.? — « Et les arbres dirent à la vigne :

« Viens, règne sur nous; mais la vigne «■ leur répondit : Renoncerai-je à mon « moût qui réjouit Dieu et les hom- « mes, pour aller planer sur les ar- « bres? — Alors tous les arbres di- « rent au buisson épineux : Viens, « toi, règne sur nous. Et le buisson « épineux répondit aux arbres : Si c'est « avec sincérité que vous voulez

• Yoy. ci-dessus, page 89.

VùS

'■ m'oindre pour être votre roi , venez ■> vous ahnter sous mon ombre; si- « non, un tVu sortira du buisson épi- » neux et dévorera les cèdres du Li- « ban. — Ainsi donc, si vous avez <■ agi avec sincérité et intégrité en pre- « nant Abiniélecb pour roi; si c'a été « pour vous montrer reconnaissants « envers Jérubbaal et sa famille —et « certes, il n'en est pas ainsi, puisque « vous avez fait massacrer tous ses « fils , et que vous avez pris pour roi « le flls de sa servante. — Si donc, dis- « je, vous avez agi avec sincérité, ré- « jouissez-vous d'Abiméiech et qu'il « se réjouisse de vous; sinon, qu'un « feu sorte d'Abiméiech et dévore les « habitants de Sicbem et de Beth- « ]\Iillo ' , et qu'un feu sorte de « ceux-ci et dévore Abimélech. »

Après avoir prononcé ce discours, Jotbàm s'enfuit hors des limites du petit royaume, et le bras d'Abiméiech ne put l'atteindre. Après trois ans la prédiction de Jotbàm s'accomplit.

Les Sichémites, mécontents d'Abiméiech, profitèrent un jour de son absence pour se déclarer indépendants : durant les fêtes des vendanges, un certain Gaal ameuta le peuple contre le gouvernement d'Abiméiech.

ZéhuI, gouverneur de Sichem, flt prévenir le roi, qui accourut avec des troupes. Gaal étant sorti au-devant de lui avec les autres rebelles fut batta et mis en fuite. La ville, prise le lendemain, fut détruite de fond en comble; Abimélech lit mettre le feu à la tour du temple de Baal-Berith, oij les principaux de la ville s'étaient réfugiés; environ mille personnes, hommes et femmes, y perdirent la vie. La ville de Thébès * , ayant pris part à la révolte des Sichémites , eut le même sort que Sichem. Les habitants se réfugièrent dans le fort, et Abimélech s'en étant approché pour y faire mettre le feu , une femme lui Jeta une meule sur la

' Nom d'un bourg dans les environs de Siheni.

^ Cette ville était située , selon Eusèbe et snint Jérôme, à treize milles romains de Sicliem, sur le chemin de Belh-Seàn ou Scythopolis.

tête et lui brisa le crâne. Abimélech, mortellement blessé, ordonna à sou écuyer de le tuer sur-le-champ, afin qu'on ne pût pas dire qu'il avait été tué par une femme. Ses troupes se dispersèrent aussitôt et la guerre fut finie. Telle fut la un d'Abiméiech et du royaume de Sichem, qui n'avait eu qu'une très-petite étendue; il paraît que la grande majorité des Hébreux était restée indépendante, et n'avait pris aucune part dans les querelles d'Abiméiech.

Nous trouvons ensuite un Schophêt; nommé Thola, de la tribu d'Isachar"; il résidait à Schamir, sur la montagne d'Éphraïm, où il mourut après avoir gouverné vingt-trois ans. Le livre des Juges (10,1) nous dit qu'il secourut Israël; mais nous ne savons pas dans quelle occasion. Après lui Jaïr, de Gilead, fut revêtu de la dignité de Schophêt; nous ne savons rien de lui, si ce n'est qu'il eut trente flls qui occupaient trente localités , appelées villages de Jaïr, et qui montaient autant d'ânes de luxe. Jaïr mourut après avoir gouverné vingt-deux ans, et il fut enterré àKamôn, dans la Pérée.

Près d'un siècle s'était écoulé depuis l'éclatante victoire de Gédéon qui avait laissé sans doute une profonde impression dans l'esprit des peuples voisins; mais ni Gédéon, ni ses successeurs, n'avaient rien fait pour constituer les Hébreux en corps de nation, pour rétablir le culte national et pour prévenir de nouvelles invasions. L'idolâtrie se répandit de plus en plus; on consacrait un culte à une foule de divinités païennes; Jéhova seul restait oublié. De nouveaux ennemis s'élevèrent contre les Hébreux ; la puissantetribude Juda, qui jusquelà paraît être restée en dehors de toutes lesluttes, commença elle-même à être inquiétée par de dangereux voisins ; car les Philistins étaient devenus de plus en plus forts, et ils prêtèrent la main aux Ammonites qui recommencèrent à faire valoir d'anciens griefs

' Ce juge manque dans Josèphe, probable ment par une inadvertance des copistes.

PALESTIINE.

©intre les Hébreux, et qui opprimèr Mit surtout les tribus établies q l'est lu Jourdain. Pendant dix-huit ans les Ammonites firent peser leur joug sur •es habitants de laPerée, et, passant le Jourdain, ils menacèrent li^s tribus du midi de la Palestine. Dans leur uialheu-, les habitants de Gilea 1, ou (Je la Perée, cherchèrent un refuge auprès du Dieu national; on renonça avec repentir aux différents cultes idolâtres, et , soLis les auspices de Jéhova , u.m assniblée générale fut convoquée à Mispah ou .Mispé-Gilead". Là on décida que celui qui ferait la guerre aux Ammonites serait nommé chef de tout le pays de Gilead; mais on ne trouva personne capable de se charger d'une mission aussi dangereuse.

Dans leur embarras les Anciens de Gilead jetèrent les yeux sur un certain Yipktah ou Jephté, qui, fils naturel d'un Gileadite, avait été chassé de la maison paternelle, par ses frères , nés d'une femme légitime, et s'était établi dans la contrée de Tob*, où, entouré de vagabonds, il se livrait au brigandage. Dans ses expéditions, il avait eu, sans doute, l'occasion de montrer un grand courage et il s'était fait la réputation d'un homm? vaillant (Juges, 11,1). Son héroïsme, di:^ne d'une meilleure cause, attira sur lui l'attention des Anciens de Gilead, qui envoyèrent auprès de lui , pour lui offrir le commandement contre les Ammonites et la principauté du pays de Gilead. Jephté refusa d'abord, en reprochant aux Gileadites d'avoir permis son expulsion; mais, sur l'assurance solennelle que lui donnèrent les Anciens de le créer chef suprême de Gilead, il consentit à prendre le commandement des troupes.

Avant d'entrer en campagne, Jephté voulut tenter des négociations,

• Voy. Juges, ch. lo, v. il; ch. n, v. 23 et 34 ; comparez Genèse, 3[ , 49. Cette ville, très-probablement la même qae Ramath- Mispé ( ci-dessus, page 72 ) , ne doit pas être conloQdue avec Mispah de Benjamia ( pa^e 43), ' ^^ °

^ Celte contrée étffit située, à ce qu"i' parait, entre l'AmmoniUde et la Syrie ; voy. II Saai. 10,8.

et il envoya des ambassadeurs au roi

des Ammonites, lui demandant de faire conn lître ses griefs. Le roi prétendit que les Hébreux s'étaient emparés jadis du pays des Ammonites, en s'établisiant entre l'Arnon et le Yabbok. .Mais Jephté fit comprendre au roi que, lors de l'invasion des Hébreux, ce pays n'appartenait plus aux Ammonites, qu'il avait été pris , avant cette époque, par les Amorites',et que Moïse l'avait loyalement conquis sur Sihon. Le roi d'Ammon , ajoutat-il , serait mal venu de faire valoir des droits effacés depuis trois siècles, sans qu'on eût jamais osé faire aucune réclamation, et la guerre, de sa part, serait injuste. Malgré ces observations, le roi d'Ammon continua les hostilités, et Jephté marcha contre l'ennemi .

Ce chef brave, mais barbare , qui jusque-là avait vécu au milieu d'une bande de brigands , et qui , nourri de superstitions païennes , ne connaissait de Jéhova que le nom , fit le vœu impie et sacrilège d'offrir comm? holocauste la première personne de sa maison, qui irait au-devant de lui, lorsqu'il retournerait vainqueur de cette guerre. Les Ammonites fure.it complètement défaits; Jephté envahit même leur territoire et leur prit vingt villes. De retour à Mispah, où il avait fixé sa résidence, le malheureux Jephté vit sa fille unique, qui, la première, vint le complimenter, en jouant du tambourin et en dansant. Le père désolé déchira ses vêtements ; liéparsonvœubarbare, il se crut obligé de sacrifier son enfant unique. La jeune fille, croyant elle aussi qu'un pareil sacrifice était une chose agréable au Dieu national , montra une calme résignation : « Mon père , dit-elle , tu asouvertta bouche à Jéhova; fais-moi ce que ta bouche a prononcé, puisque Jéhova t'a permis de te venger de tes ennemis, les fils d'Ammon.»

Elle demanda seulement un délai de deux mois, pour se ren Ire avec ses amies dans un lieu isolé au milieu des montagnes afin d'y pleurer sa vir-

' Voy. ci-dessus, page 9i.

uo

L'UNIVERS

ginité. Le père accorda sa demande; après deux mois elle revint, et le vœu s'accomplit » , sans que personne osât y mettre obstacle, et montrer qu'une pareille action était contraire aux lois et une abomination devant Jéhova; tant les doctrines de Moïse étaient alors peu connues et ses lois peu observées. Pendant longtemps les lilles d'Israël célébrèrent le souvenir de ce tragique événement, en s'assemblant, pendant quatre jours, chaque année , pour chanter des élégies sur la lille de Jephté.

L'expédition contre les Ammonites fut suivie d'une guerre civile : les Éphraïmites reprochèrent à Jephté, comme jadis à Gédéon , d'avoir fait la guerre sans leur avoir demandé leur participation ; ils passèrent le Jourdain, et se dirigeant vers la résidence de Jephté, ils menacèrent d'incendier sa maison. Jephté soutint qu'il avait fait un appel; mais que, personne ne venant à son secours , il avait étéobligé de marcher seul avec ses Gileadites. Il paraît que les Éphraïmites ne se contentèrent pas de cette réponse; car Jephté fut obligé de rassembler ses troujpes, pour repousser l'agression des Ephraïmites. Les Gileadites furent vainqueurs dans cette lutte ; et on ne fit point de quai tier aux gensd'i^^phraïm.

On chercha même à arrêter les fuyards isolés au passage du Jourdain, et pour les reconnaître , on leur fit prononcer le mot Schihboleth {épi ou tourbillon d'eau), ou tout autre mot renfermant la lettre Schiii. Les Éphraïmites ne pouvant pas prononcer cette lettre, disaient Sibboleth, et les fuyards, reconnus à ce signe, furent saisis et égorgés. Selon le livre des Juges (12,6), quarante-deux mille Éphraïmi-

' Le texte ( Juges, il , .39 ) ne permet pas de douter que Jeplité n'ait réellement offert sa fille en holocauste, et Josèphe dit expressément ( Anliqu. V , 7, 10 ) : 6ûaa; t^iv itaîSa wXoxaûrwtrev. Malgré cela, plusieurs tliéologiens ont cru devoir disculper le juge hébreu , et, en sul)lilisant sur les mots , ils ont soutenu que Jephté s'est borné à vouer sa lille au célibat. Une foule de dissertations ont été écrites sur celte matière. Voy. Michaëlls, Mos. Redit, t. III, § 145,

tes tombèrent dans cette malheureuse guerre

Jephté mourut, après avoir dominé six ans sur les Gileadites; il fut enterré dans sa ville natale , que Josèphe appelle Sébéa. Après lui nous trouvons trois Schophetîni à l'ouest du Jourdain : Ibsân de Bethléhem, qui eut le rare bonheur de marier trente fils et trente filles, gouverna sept ans. Élôn d'Ayyalôn, dans le canton de Zabulon, gouverna dix ans, et Abdôn de Piréathôn, dans le canton d'Éphraïm, huit ans. Ce dernier avait quarante fils et trente petits-fils, qui montaient des ânes de luxe, ce qui était un signe dautoritç.

Le bras de Jephté , qui avait vaincu les Ammonites, n'avait pu atteindre leurs alliés à l'ouest du Jourdain. Les Philistins avaient pris une attitude de plus en plus menaçante; les trois derniers Schophetîm n'avaient rien tenté contre des adversaires aussi dangereux. Il se prépara dans le midi une lutte qui devait être longue et opiniâtre, mais qui devait enfin unir les tribus sous un seul drapeau et faire revivre l'esprit national et l'amour des anciennes institutions. Pendant quarante ans nous verrons les Philistins dominer sur les tribus du midi (Juges, 13, I); la fière tribu de Juda,qui autrefois avait fait la conquête de Gaza, d'Ascalôn et d'Ékrôn, était obligée elle-même depayerun honteux tribut à ceux dont jadis elle avait été la maîtresse (ib. 15,11). Il se présenta alors, parmi les Hébreux, un homme qui préluda à l'humiliation des Philistins par l'attitude courageuse qu'il prenait devant eux et par les nombreux tours qu'il leur jouait. Cet homme futSamson, ou va\Q\i\ Simsôn^ l'Hercule des Hébreux. Dans le livre des Juges nous lisons deux fois que Sinisôn jugea Israël pendant vingt ans '; c'est-à-dire qu'il occupa le rang de Schophêt. Cependant dans tout ce qu'on raconte de lui, nous ne le voyons exercer aucun acte qui témoi-

' Ch. 15 , V. 20, et ch. 16, V. 31.

gne de son autorité; il we se met point à la tête des Hébreux pour les conduire à la guerre, il ne dirige pas leurs affaires intérieures ; sa conduite est sans gravité, et les gens de Juda ne le traitent pas avec le respect dd à un chef de la république' . Nous ne saurions donc voir dans Simsôn un homme revêtu d'un caractère politique ; si on l'appelle Schophet , ce ù'est là qu'un titre honorifique , qui lui fut donné à cause de la grande sensation que Qrent ses exploits individuels et ses tours de force. La relation de ses aventures est d'un intérêt médiocre pour l'histoire des Hébreux ; le récit du livre des Juges n'a même pas un caractère historique , et il ressemble plutôt à un conte populaire. Tout dans la vie de Simsôn , depuis sa naissance jusqu'à sa mort, est enveloppé d'un voile merveilleux.

Considérée comme historique sa vie présenterait des difflcultés insolubles; c'est un roman dont le héros est un personnage historique, un conte comme il y en a beaucoup chez les peuples d'Orient.

L'auteur nous fait voir dans Simsôn, dès sa naissance , un être extraordinaire. Sa mère, femme de Manoah, de Saréah, dans la tribu de Dan, était restée long temps stérile. Un ange lui annonce un jour qu'elle aura un fils qu'elle devra consacrer à Jéliova, comme iVa:i»r*, et qui commencera à sauver Israël de la main des Philistins; il lui ordonne de s'abstenir, pendant sa grossesse, de toute boisson enivrante et de toute chose impure. Revenu une seconde fois , en présence de Manoah, l'ange disparaît au milieu de la flamme du sacrifice offert à Jéhova. La prédiction de l'anse s'accomplit; l'enfant, appelé Simsôn, porte, comme Nazîr, une longue chevelure, qu'on laisse touj ours intacte, et qui lui donne une force gigantesque. Devenu grand , il va à Thimnatha , accompagné de son père et de sa mère , pour demander en mariage la fille d'un Philistin qu'il y avait

' Voy. cil. 15, V. II-I3.

^ Voy. ci-dessus, page 168.

16* Livraison. iPalestine.)

vue, et que la Providence avait destinée à devenir une cause de querelles entre Simsôn et les Philistins. Chemin faisant, Simsôn déchire un lion qui vient au-devant de lui. Quelqiie temps après, faisant de nouveau le voyage de Thimnatha , pour aller célébrer sa noce, il rencontre le cadavre du lion, dans lequel il trouve un essaim d'abeilles et un rayon de miel, ce qui lui donne l'occasion de proposer, à trente convives philistins, l'énigme suivante : « Du mangeur est sorti I aliment et du fort est sorti la douceur. «Les Philistins forcent la femme de Simsôn , par des menaces, de tirer de lui l'explication de l'énigme et de la leur communiquer. Simsôn, obligé de payer à chacun des trente convives le prix de la gageure , le fait aux dépens de trente Philistins qu'il tue à Ascalon.

Ayant quitté sa femme qui l'avait trahi, celle-ci se marie avec un autre. Revenu quelque temps après, Simsôn se voit repoussé; poursevengerilprend troiscentschacals', qu'il attache deux à deux par les queues , et ayant mis le feu aux queues, il laisse courir les animaux dans les champs des Philistins, dont il brûle ainsi les blés. Il tue, en outre, un grand nombre de ses eonemis et se retire. Les Philistins exigent de la tribu de Juda de leur livrer Simsôn ; trois mille hommes de cette tribu vont prendre Simsôn qui se laisse lier, mais arrivé auprès des Philistins qui l'attendaient dans un endroit appelé (plus tard) Léhl (mâchoire) , il déchire ses liens, et, avec la mâchoire d'un âne*, qu'il trouve sur son chemin, il tue mille ennemis. Un jour, étant allé voir une femme à Gaza , les Philistins vinrent entourer la maison; sans se déconcerter il se lève au milieu de la nuit, se fraie un chemin pour sortir de la ville, dont il enlève les portes, et les transporte sur une hauteur.

Mais son amour des femmes finit par lui devenir funeste. Il se lie, dans 1 1 vallée de Sorek^ , avec une certaine D;.-

' Voy. ci-dessus , page 32. . .

'- On reconnaît ici un mythe sur 1 oiii^in»' du nom de Léhi.

2,Voy. ci-dessus , page 23.

L'UNIVKRS.

lilah, qui , ^^gnéo par los PhilistinSj ne cesse de rimporliiiier pour connaître le secret de sa force. Après l'avoir trompée plusieurs fois, il linit par lui avouer que c'est sa longue chevelure deNazireen qui le rend si fort. Dalilah lui coupe les cheveux pendant le sommeil, et Simson est livré aux Philistins qui lui crèvent les yeux et le condamnent à tourner la meuledans une prison à Gaza. Un jour les princes des Philitins s'assemblent dans le temple de Dagon pour célébrer la lâche victoire remportée surleur redoutableennemi.

Le templeétait rempli d'hommes et de femmes , et on fait venir Simsùn pour le montrer en spectacle. Simson , dont la chevelure avait recommencé à croître, adresse une prière fervente à Jéhova-, il redemande sa force pour Ui. seul instant et il veut mourir lu> même en donnant la mort à ses ennemis. Ayant prié son conducteur de le placer près des coloimes qui supportaient le toit du temple, il les saisit, et, les faisant plier de toutes ses forces , il fait écrouler le temple, et se donne ainsi la mort à lui-même et aux trois mille personnes qui y étaient assemblées. Telle fut la lin "tragique de Simson; son corps fut cherché par ses frères qui le déposèrent dans leur tombeau de famille entre Saréah et Esthaol.

Ce résumé fidèle des détails romanesques que le livre des .luges nous donne sur la vie de Simson, suffira pourconvaincrelelecteur, quel'auteur n'a fait que reproduire des légendes populaires, qui, sans doute, cachent un fond historique, mais qui nous montrent aussi que la tradition n'avait conservé de Simson aucun fait éclatant qui puisse nous faire reconnaître en lui un chef du peuple. Celui qui, probablement, était revêtu, du temps de Simson , de la dignité de Schophet fut le prêtre Éli • , succes-

' Les opinions des savants varient beaucoup sur la chronologie de ceUe époque ; les uns voient dans Éli le successeur de Simson; d'autres supposent un interrègne entre Simson et Éli; d autres, enfin, voient dans Simson un contemporain d'Éli, et celte opinion nous parait la plus vraisem-

seur, à ce qu'il paraît, du Schophet Abdôfî*

Il s'ptait opéré alors un changement heureux dans l'esprit des tribus, qui sentirent de plus en plus le besoin de se grouper autour de la loi et autour d'un chef qui put la faire observer. Le sanctuaire de Siloh, longtemps oublie, recommença à recevoir les visites et les sacrifices des fidèles. Ce fut sans doute la {)uissance toujours croissante des Philistins, et le danger menaçant, qui unissaient les tribus des Hébreiix. Le prêtre bien intentionné, mais faible, qui gouvernait à Siloh n'était pas capable de régénérer la nation et le culte de Jéhova. Cette mission était réservée à un jeune Lévite , qui comprit tous les besoins et qui sut profiter des circonstances.

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