SS
L'UNIVERS
selon la Bible, étaient exercés parles Hélireux , soit du temps de Moïse , soit a répoque des rois.
Leji/ar/et't la tisser anderie^ étant un besoin de premier ordre, faisaient partie généralement des occupations des femmes ( Prov. 31, 13 et 19).
Lors de la construction du Tabernacle, on parle aussi d'bommes occupés comme tisserands , selon l'usage de l'Egypte , où ce métier était exercé particulièrementpar les hommes'. Les femmes , chez les Hébreux , filaient et tissaient les différentes matières textiles non-seulement pour l'usage de la maison, mais aussi pour la vente (ib., V. 18 et 24). La Bible nous offre peu de traces du mécanisme pour le tissage; c'était sans doute le même que celui des peuples anciens en général; le métier était très-élevé, et l'ouvrière se tenait debout *. Nous trouvons un certain nombre de mots techniques qui prouvent que l'art de ûler et de tisser, de même que l'œuvre du cordier et du passementier, étaient arrivés chez les anciens Hébreux à un haut degré de perfection ; tels sont les mots : triple JV (Ecclés. 4 , 12), cordon on fil tordu ^, lin retors (Exode, 26, 1, etc.), chaîne et trame (Lév., 13, 48); on mentionne \t fuseau et la quenouille, (Prov. 31, 19 ), Vensuble du tisserand (I Sam. 17, 7), h navette (Job, 7, 6) et la cheville ou rattache (Juges, 16, 14).
On parle aussi de plusieurs tissus d'un art plus élevé, tels que le tasch- BÈs (Exode, 28, 4), espèce d'ouvrage pommelé ou fait à petits carreaux ( opus scutulatum ) 4 ; de tissus
' Voy. Exode, 35, 35; comparez Isaïe, 19. 9; Hérodote , II , 35; Heeren, Idren, II ,'2, p. 3G8 (original allemand). — Nous trouvons aussi plus tard des traces de tisserands chez les Hébreux ( I Sam. 17, 7; 2 Sam. 21, 19).
^ On trouve une description détaillée de tout le mécanisme et un beau dessin du métier dans l'ouvrage de Braun : Ve Festitu Sacerdol. Hebrœorum , 1. I, c. 16.
^ Pathil (Gen., 38, 18 ; Nomb., 15, .38) et CUEDiL (Deut., 22, 12 ), venant des verbes arabes /fl<a? et djadal ( tordre).
' ycv. Braun, 1. c. , 1. I, c. r, pag.
avec des figures ou des encadrements en fils d'or ( Ps. 4.'î , 14 ) ; d'ouvrages de broderie ou \A\i\oi Ae tapisserie , appelés KiKMA, et où il y avait une grande variété de couleurs (Juges, 5, 30). Celui qui faisait ces ouvrages s'appelait hoscheb (qui médite on invente , artiste) '.
A la fabrication des étoffes se rattache naturellement l'art du foulon et celui du teinturier, he/oulage servait non-seulement à donner aux tissus neufs la solidité convenable , mais aussi à nettoyer les vêtements et à les remettre à neuf. On employait pour cela plusieurs substances fortes, notamment le néther et le borith (alcali minéral et végétal) ^. Ce qui prouve que le foulage était exercé par des ouvriers particuliers, c'est que le prophète Malachi (3, 2) parle du borith des foulons, et que, dans les environs de Jérusalem, il y avait un endroit appelé le champ du foulon ^ , où probablement on faisait sécher les étoffes et les vêtements nettoyés par le foulage. — Quoiqu'on ne trouve pas dans la Bible les mots teindre, teinturier, etc. , on parle trop souvent d'étoffes et de vêtements de différentes couleurs pour que nous puissions douter de l'existence de la teinture chez les anciens Hébreux 4 ; mais leurs procédés nous sont complètement inconnus.
Les couleurs qu'on affectionnait le plus étaient le pourpre rouge ou violet et le cramoisi *.
Pour la confection de la chaussure, des ceintures ( 2 Rois , 1 , 8 ) et de différents ustensiles en cuir mentionnés dans la Bible (Lév., 13, 48 et 49), on avait besoin du tannage. Les cuirs fins, dont il est question quelquefois, tels que les peaux de béliers teintes en rouge et les peaux de thahasch
' Voy. Exode , 26, l et 31 ; 28, 6 ; 35, 32 et 35; 36, 8; 39, 8. Comparez notre description du Tabernacle et des vêtements sacerdotaux.
2 Vov. les passages cités ci-dessus, page 372, col. I , note I.
3 2 Rois , 18 , 17; Isaïe, 7, 3; 36, 2.
< Voy. Hartmann, die Hebrœerin etc.
-'■ ^oy. ci-dessus , pages 26 et 28.
( Exode , 25 , 5 ) , supposent même un certain progrès dans l'art de préparer fe cuir, et "nous ne saurions douter que les anciens Hébreux n'aient eu des tanneurs et des corroyeurs, bien qu'il n'en soitjamais question dans l'Ancien Testament.
La fabrication de toute espèce d'ustensiles déménage, d'armes de guerre, etc., ainsi que la construction et l'ameublement des maisons, nécessitaient des travaux variés en terre , en bois, en pierres et en métal.
Parmi les travaux en terre nous devons d'abord mentionner la fabrication des briques, qui remonte à la plus haute antiquité (Gen. 11,3); elle était d'autant plus nécessaire aux Hébreux, que leurs maisons étaient ordinairement construites en briques.
Les procédés généralement employés leur étaient connus; ils foulaient avec les pieds la terre grasse ou l'argile (>'abum, 3, 14), et ils y mêlaient de la paille (Exode, 5 , 7) ; les briques étaient cuites dans un four (INahum, 1. c; 2 Sam. 12, 31). — Us fabriquaient aussi les poteries (Ps. 2,9): le prophète Jérémie (18, 3) parle du potier faisant son ouvrage sur le tour ; cette machine , appelée obnaïm , se composait de deux pierres rondes ou de deux roues de bois placées l'une sur l'autre; la supérieure était plus petite que l'inférieure ^ 11 paraît résulterd'un passage des Proverbes (26,23) qu'on savait donner le vernis aux vases de terre au moyen de la litharge ». — Le verre (ZECHOUCHiTH) , inventé par les Phéniciens, était connu des Hébreux; mais on n'en parle encore que comme d'une chose rare et très-précieuse (Job, 28, 17).
Des ouvriers en bois et en pierre sont envoyés à Jérusalem par Hiram, roi de Tyr, pour bâtir le palais de David (2 Sam. 5, 11), ce qui prouve qu'à cette époque les Hébreux n'étaient pas bien avancés dans l'art de la char-
' Voy. le dictionnaire hébreu-allemand de Gcsenius, i' édition (de 1834 ) , préface , p.i:ie\ii,et son Thésaurus ling . hebr. et chakL, t. I, p. 16.
2 Voy. Jalin, Archœologie , I, I , p. 412-
penlerie et de la maçonnerie. Salomon écrit lui-même au roi de Tyr qu'il a besoin d'ouvriers phéniciens , pour faire couper des cèdres sur le Liban , et qu'il n'y a personne parmi les Hébreux qui s'entende comme les Sidoniens à couper le bois (1 Rois , 5, 20). Mais, comme nous l'avons déjà dit, les Hébreux firent, depuis cette époque, de grands progrès dans les ouvrages en bois et en pierre. On ne dit pas que les charpentiers , les architectes , les maçons et les tailleurs de pierre employés aux réparations du Temple, sous le règne de Joas (2 Rois, 12 , 12 et 1 3) et sous celui de Josias , (ib., 22 , 6) fussent des étrangers. Les meubles et ustensiles de ménage , ainsi que les outils de labourage dont il est souvent question, même avant David , supposent plusieurs genres de travaux en bois, notamment la menuiserie et le charronnage. A toutes les époques de l'histoire des Hébreux il est fait mention des chariots et des voitures de voyage et de transport ', ainsi que des ouvrages de vannerie ^ Les instruments mentionnés dans la Bible, pour ces différents travaux, sont : diverses espèces de haches , de cognées, de scies et de marteaux, le compas , le cordeau , le fll à plomb , la craie rouge, le rabot, etc. ^.
Quant aux travaux en métal , ils étaient très-variés. Un chapitre du livre de Job renferme des traces de travaux des mines, et nous y trouvons quelques termes techniques fort remarquables qui révèlent une connaissance exacte des procédés de la métal-
' Voy. Nombres, 7, 3-8; 1 Sam. , 8, 11; 2 Sam., 6, 3; 15, l; I Rois, 12, 18; 16, 9; 22, 35; 2 Rois, 8, 21; 9, 27; 10, 15; 13, 7; Amos ,2, 13.
» Voy. Exode, 29, 3 et 32 ; Nombres, «, 15-19; Deut. , 26, 2 et 4 ; Juges, <>, 19; Amo=, 8, 1 et 2.
s Vov. Isaîe , lo , 15 ; 44 , 12 et 13 ; Juges , 4, 21 ; 5, 26; 9, 48; 2 Sam. , 12, 31 ; Ps. 74. 5 et 6 , Amos , 7, 7 , et pa-ssim. L'interprétation philologique de tous les mots hébreux renfermés dans les passages que nous venons d'indiquer ne saurait trouver place ici , mais elle ne manquerait pas de jeter ijueNiiie lumière sur le degré de perfection qu'a\ aient atteint les travaux de ce genre.
L'UNIVERS
Jurgie '. Mais on ne saurait conclure de ce j)assafj;e unique que les anciens Hébreux se soient occupés de l'exploitation des mines; il ne prouve autre chose si ce n'est que l'auteur du livre de Joi) , auquel toutes les merveilles de l'Arabie et de l'Egypte étaient si familières, et qui, sans doute, avait fait un long séjour dans ces pays, connaissait parfaitement les travaux des mines qui s'exécutaient dans les contrées voisines de la Palestine, et qu'il savait traduire en hébreu les termes de la métallurgie égyptienne ou arabe *. Les métaux que les Hébreux employaient dans leurs travaux venaient de l'étranger; on mentionne, dans l'Ancien Testament, l'or, l'argent, le cuivre ou l'airain, le fer, l'étain et le plomb. On connaissait ces métaux dès la plus haute antiquité, et nous les trouvons mentionnés tous ensemble dansl'énumération du butin fait par les Hébreux dans la guerre contre les Midianites (Nombres, 31, 22). La Genèse (4 , 21) fait remonter avant le déluge l'art de forger le cuivre et le fer, ce qui prouve que l'antiquité de cet art était pour les Hébreux antérieure à toute histoire. Sous Salomon on employa une immense quantité de métaux aux ouvrages de tout genre que ce roi fit exécuter. On a vu (p. 295) qu'il entretenait des relations directes avec plusieurs contrées de l'Arabie heureuse, d'oij il tirait de l'or, de l'argent et d'autres objets de prix (1 Rois, 10, 22); l'or, à cette époque, abondait tellement en Palestine , que l'argent même n'avait que peu de valeur (ib. v. 21). Dans les temps suivants, ce fut sans doute le commerce phénicien qui put fournir aux Hébreux les métaux dont ils avaient besoin; l'or venait toujours d'Ophir, de Saba et d'autres contrées de l'Arabie méridionale; l'argent, l'étain et
1 Voy. Job, ch. '28 , v. Ml , el Rosenmul- 1er, Scnolia in F et. Test. ( deuxième édition , ) 5' part. , pag. 662-676.
2 Vo-y. Hartmann, Die Hehrœerin , t. I, pages 93-95; Eicliliorn . Einleitung in das cUe-Tcstamcnt { quatrième édition ), t. V , p. i77 Comparez ci-dessus , page i7, col. 2.
le plomb venaient d'Espagne, et le cuivre de quelques contrées de l'Asie IMineureetdu midi du Caucase (Ézéch.
27, v. 12, 13 et 22). Le prophète Nahum (2 , 4) mentionne très-probablement l'arier sous le mot peladôth ', et Jérémie (15, 12) paraît l'indiquer par les mots fer du nord; car on sait que les Chalybes, qui habitaient près (le la mer Noire , étaient célèbres dans l'antiquité pour la fabrication de l'acier '. — Les Hébreux connaissaient l'art de la fusion des métaux, de l'affinage et de la coupellation; il en est souvent question dans les images des poètes hébreux ^. On savait aussi marteler, plaquer, souder et polir 4, Il nous reste , dans la Bible , beaucoup de mots hébreux ayant rapport à la manipulation des métaux, et qui prouvent que les anciens Hébreux connaissaient parfaitement les différents travaux en métal et leurs procédés; nous citerons les mots : 'fourneau, creuset {Vro\.^ 17, 3), soufflet {Jér., 6, 29), scorie et alliage (Isaïe, 1, 25) , enclume, marteau (ib. 41,7), etc. — Pour ce qui concerne l'emploi des différents métaux, nous devons mettre en première ligne l'airain ou lecuivre, qui était employé de préférence pour la confection de toute espèce d'ustensiles et même des armes,, notamment des casques , des boucliers, des cuirasses et des lances (1 Sam. 17, 5 et 6). En général, l'usage du cuivre, dans l'antiquité, est plus fréquent que celui du fer, dont la manipulation est plus difficile; les héros d'Homère n'ont que des armures de cuivre et on peut remarquer que partout l'emploi du cuivre a précédé l'usage du fer ^. On se rappelle
' Ce mot est le pluriel de palda ou palàd,. qui est le nom de Vacier dans plusieurs langues orientales; les Persans disent poî</drf, les Arabes foutddh onfâloudh, et les Syrienspalda.
^ Voy. Bochart , Geogr. sacra , part. 1 , 1. 3, c. 12.
^ Vov., par exemple, Isaïe, l, 22 el 25* Jérémiè, 6, 29; Ézéch. , 22, 18.
^ Vov. Exode , 39, 3 ; Nombres , 17 , 4 (ou- 10, :59); I Rois, 7, 45; Isaïe, 4i, 7, et passim.
'Voy. le Monde primitif, par le docteur
aussi les nombreux travaux en cuivre exécutés pour le tabernacle de INIoïse et le temple de Salomon. Le fer s'employait pour la confection des chariots de iiuerre et celle des intruments aratoires et autres outils, tels que les marteaux, les haches (2 Rois, 6, 7), les scies (2 Sam., 12, 31), etc. ; on en faisait aussi quelquefois des armes (1 Sam. 17, 7) et des ustensiles de cuisine, tels (|ue des poêles (Ézéch.
4, 3). Les chaînes des prisonniers étaient tantôt de fer, tantôt de cuivre, et. on disait le fer (Ps. 10.5, 18), ou les cuivres (Juges, 16, 21), dans le sens de chaînes, comme nous disons les fers. On trouve aussi des verrous de fer (Ps., 107, 16) et des verrous de cuivre (1 Rois, 4, 13). — L'or et l'arpent étaient employés à faire toute espèce de parures et certains ustensiles, comme chandeliers, tasses , coupes, etc.; on connaît l'immense quantité de vases d'or et d'argent que Salomon fit faire pour le Temple et pour son palais; ce roi avait même des boucliers d'or. Les idolâtres possédaient des images d'or et d'argent. — L'étain ' et surtout le plomb servaient à faire des poids (Zachar. 4 , 10 ; 5 , 8) ;1e fil à plomb des maçons (Amos , 7, 7) était fait en ce métaf. On écrivait aussi quelquefois sur des tablettes de plomb (Job, 19, 24). En outre, le plomb était employé, dans le travail métallurgique , pour l'affinage de l'argent \ C'est ce qui résulte évidemment d'une image du prophète Jérémie (6, 29), qui, parlant de la corruption de son peuple, s'exprime ainsi : « Le soufllet est brûlé, le plomb est consumé par le feu; l'ouvrage de purification a été en vain , les mauvaises parties n'ont point été séparées. » —
Link , traduit de l'allemand par M. Clément Mullet, t. II, pag. 3S8-39U
' Le mot hébreu bedu. signifie bien certainement étain; mais quelquefois il désigne aussi la substance scoriacée qui coule la première dans la fusion des métaux ( Isaïe , I, 2»). Le mot latin slanmnn s'emploie dans le même sens. Voy. Link, 1. c, page
• Comparez Pline, Hist. nnt., 1. 33, c. 31 : Exrugin tirgenliim non polest , nisi cum plumbo nifjrç, aut cum vend plumbi.
Nous ajouterons que les différents travaux en métal constituaient déjà chez les Hébreux plusieurs métiers bien distincts; il y avait des fondeurs, des forgerons ou des ouvriers en fer, des ouvriers en cuivre, des serruriers et des orfèvres '.
Il nous reste à parler de quelques ouvrages de fantaisie et de luxe, notamment de la joaillerie et de la parfumerie , qui chez les Hébreux , dès les temps les plus anciens, atteignirent une grande perfection. — Quoique la Palestine ne fournît pas de pierres précieuses, nous en trouvons une grande variété chez les Hébreux , qui les tiraient principalement de l'Arabie, soit directement (I Rois, 10,2 et 10), soit par rintermédiaire des commerçants phéniciens (Ézéch. 27, 22). Les espèces connues aux Hébreux sont renfermées dans les douze pierres précieuses qui se trouvaient sur le pectoral du grand prêtre (page 176) ^.
Les mêmes pierres , à l'exception de trois, sont nommées par Ézéchiel (28, 13) lorsqu'il décrit la magnificence du roi de ïyr. Il faut y ajouter le diamant, qui manque dans les ornements sacerdotaux, soit qu'il ne fût pas connu aux Hébreux du temps de Moïse, ou qu'il ne piît trouver place parmi les pierres du pectoral , qui toutes devaient être grarées. Le diamant est mentionné parles prophètes (sous
' Voy. Isaïe, 40, i9 ; 44, 12 ; l Rois, 7, l'i, 2 Rois, 24, 14 ; Jérémie, 29, 2; Prov. 2b, 4 ; et passini.
'' Nous ne pouvons ici donner place à l'explication des douze espèces énumérées dans l'Exode (ch. 28, v. ll--Z<\ et cli. 39, v. lu- 13 ), d'autant moins que les opinions varient sur rinlerprétation des mots hébreux. Le meilleur guide est Josèphe, qui devait connaître les douze pierres pour les avoir vues, et qui est presque toujours d'accord avec la version des Septante que saint Épiphane a expliquée dans un écrit particulier ( ucpi tûv tp' Xîôwv); mais l'interprétation des mots grecs eux-mémos présente quelquefois des difficultés. Nous nous contentons d ol)server que dans l'original hébreu on trouve les deux mois snppir (saphir) et yascliplie Gaspe) , sur lesqiels il ne peut y avoir aucun doute. Au reste, nous renvoyons a 1 om rage de Braun, De l'tulitn micerdotnm, 1. IL Ç- ». et à Rosenmiiller, Bihlische ISaltirgeschichte , t. 1 , p. 2S et suivantes.
L'fJMVERS.
le nom de schamîiO, comme un objet extrômenit'iit dur '. On a (l('jà vu dans la description des ornements du ;^rand prêtre que les Hébreux connaissaient l'art de monter les pierres précieuses et de les graver; il y avait pour ces travaux des artistes particuliers, appelés oM^v/tr* en pierreries (Exode, 28, 11). Nous trouvons les pierreries employées comme ornenient dans les couroimes royales (2 Sam. 12, 30); il est probable qu'on s'en servait aussi pour les bagues et les cachets ^ On employait aussi les coraux (ramoth) et les perles (peninîm) , et dans un passage de Job (28 , 18) , où on mentionne les uns et les autres, on paraît faire allusion à la pèche des perles par le mot méscheck (extraction). — Nous rappellerons encore ici les travaux en ivoire qui ornaient les appartements et les meubles -5; les travaux en corne , tels que certains instruments de musique (Jos. 6, 5), et les cornes dans lesquelles on mettait l'huile (1 Sam. 16 , 1) et le stibium (p. 370).
La composition des huiles odoriférantes , des onguents et des parfums , tant pour l'usage profane (p. 372) que pour les fumigations du sanctuaire (page 163), et la composition de l'huile sainte (p. 174), exigeaient un art particulier. Eu effet , nous trouvons , chez les Hébreux , une classe d'artistes qui portaient le noui de ROKÉACH (parfumeurs), et qui s'occupaient spécialement de la préparation des huiles et des onguents 4 ; quelquefois on employait les femmes esclaves comme parfumeuses (1 Sam. 8, 13). Parmi les prêtres il y avait aussi une division de parfumeurs pour le service du sanctuaire (1 Chr. 9, 30). — L'huile sainte se composait d'huile d'olive et de quatre espèces d'aromates, appelées:
MOR-DERÔR (myrrhe franche, qui coule spontanément et sans incision) ,
' Voy. Jérémle, 17, I ; Ézéch. , 3, 9; Zacharie, 7, 12.
^ Voy. Hartmann, I. c, 1. 1, p. 290.
^ Voy. ci dessus, pages 364 et 365.
• Voy. Exode, 3o, 25 et 35; Ecclésiasle, 10, I; I Chron. , 9, 30; 2 Chron. , iG, 14.
INKNAMÔN (cinnamomeou cannelle) ; KANÉ BOSEM (roseau aromatique.
calamus), et kidda , la même chose que KÉciA {cassia , casse aromatique). Le parfum servant aux fumigations du sanctuaire se composait également de quatre substances aromatiques , qu'on appelle : nataph (gomme de.storax, ou stade), SCHEHÉLETH ( l'operculc d'uu coquillage odoriférant, appelé 0Hyx;?2arinus ) , helbena (galbanum ) et LEBONA ZACCA ( cucens Dur ) ; on y ajoutait du sel '. Il était défendu par la loi mosaïque d'employer ces deux compositions pour l'usage commun , mais on faisait un fréquent usage de plusieurs des substances que nous venons d'énumérer, et de quelques autres , telles que l'aloès, le nard , le safran, le baume, leladanum'. Le plus grande partie de ces substancea aromatiques venaient de l'étrangers notamment de l'Inde et de l'Arabie; les Hébreux les tiraient principale, nient de Saba , sans doute par le commerce phénicien ^•
Pour ce qui concerne l'histoire desarts et des métiers en général, on peut observer qu'ils prirent de grands développements sous les derniers rois de Juda. Plusieurs ouvrages, qui d'abord s'exécutaient par les mêmes ouvriers (2 Chron. 2, 13), constituèrent plus tard des professions distinctes; de même, nous voyons surgir des métiers particuliers ayant pour objet les ouvrages qui d'abord se faisaient dans l'intérieur des familles, surtout par les femmes. Nous citerons comme exemples les serruriers, dont il n'est fait mention que vers l'époque de l'exil (2 Rois, 24, 14) et qui précédemment étaient sans doute compris dans la classe des forgerons. On a vu ( pages 363 et 373 ) qu'à Jérusalem du moins il y avait des personnes exerçant la profession de boulangers; le
• Voy. Exode, ch et 35
' Voy. Ps. , 45 , 9; Prov. , 7, 17 ; Cant. , 4 , I4 , et ci-dessus , pages 2i et 22.
3 Voy. Isaïe , 60 , 6 ; Jérémie , 6 , 20 ; Ézéchiel , 27 , 22.
prophète Ezéchiel (5,1) mentionne les barbiers. Après Texil , les professions lurent encore bien plus nombreuses parmi les Juifs ; les métiers étaient en grand honneur, et les savants eux-mêmes considéraient comme un devoir d'apprendre un métier qui pût les faire vivre. Les anciens docteurs juifs déclarent que toute érudition qui n'est pas accompagnée d'un métier finit par se perdre et conduit au péché; si quelqu'un, disent-ils, ne fait pas apprendre un métier à son fils , c'est comme s'il lui apprenait le brigandage'.
G. Commerce. — Mesures et poids.
— f'oyages. — Navigation.
La constitution mosaïque n'était nullement favorable au commerce, dont les développements non-seulement pouvaient déranger l'équilibre social et l'égalité que .Moïse voulait maintenir parmi les citoyens , mais aussi conduire à de trop fréquentes relations avec les nations étrangères et établir des liaisons dont le législateur voulait préserver son peuple.
Aussi le commerce actif eût été à jamais impossible parmi les Hébreux , SI la lettre de la loi avait toujours été observée fidèlement; en effet, il ne put jamais s'établir d'une manière durable et prendre cette importance que la situation géographique de la Palestine aurait du lui donner. Voici comment s'exprime à ce sujet l'historien Josèphe * : « Pour nous , nous (t habitons une contrée qui n'est pas « maritime; nous ne cultivons pas « les affaires commerciales, ni les re- « lations qu'elles servent à établir « avec les étrangers. Mais nos villes « sont situées loin de la mer, et ayant « en partage une bonne terre, nous « la cultivons avec soin. Plus que tous «les autres, nous aimons à nous « occuper de l'éducation des enfants ,
• Voy. Mischna , quatrième partie , traité Aboth (sentences des Pères), ch. 2, î? 2; Thalmud de Babylone, traité Kiddouschin , fol. 2U.
' Contre Apion, 1. I, c. H, édition de Havercamp, t. II, p. 443.
« de l'observation des lois, et nous « faisons de la piété qu'elles inspi- « rent la tâche la plus nécessaire de '< toute notre vie. De plus, notre ma- « nière de vivre étant toute particu- » lière, rien dans les temps anciens ne « pouvait nous faire contracter avec « les Grecs des rapports tels qu'en « avaient les Égyptiens , par l'échange « avec eux d'objets exportés ou im- « portés. Ceux qui habitent le littoral «de la Phénicie s'appliquent, par « cupidité, au trafic et aux affaires « commerciales , etc. » Il ne faut pas cependant prendre ces paroles de Josèphe dans un sens trop absolu ; car, placés entre deux peuples commerçants, les Phéniciens et les Arabes, et se trouvant en possession d'une des grandes routes des caravanes , les Hébreux ne restèrent pas toujours oisifs spectateurs des grandes opérations commerciales dont ces deux peuples leur offraient sans cesse le spectacle séduisant. Depuis David, les Hébreux entretenaient des relations suivies et toujours amicales avec les Phéniciens (I Rois, 5, 15), et Salomon , ami du luxe et des richesses , ouvrit aux entreprises navales de ses habiles voisins leportd'Asiongaber,et faisant construire des vaisseaux, il s'associa lui-même à leur vaste commerce d'Ophir et de l'Inde (page 295). En retour de l'or et des autres objets de prix et de curiositéqu'il faisait chercher à Ophir, il donna probablement de l'huile et du blé, ou peut-être des articles qui , en échange de ces denrées , lui furent procurés par les Phéniciens. Nous savons positivement que Salomon fournissait chaque année au roi de Tyr une grande quantité de froment et d'huile fine d'olives , (1 Rois, 5, 25), et que bien plus tard on exportait pour Tyr ces articles , ainsi que le miel , le baume et le pannag , qui est probablement une espèce de pâtisserie ( Ézéch. 27 , 17 ). On a vu aussi (p. 295) que Salomon faisait exercer comme monopole, par des 7narcfuinds royaux ( 1 Rois ,10, 28), le commerce des chevaux (lu'il tirait d'Égvpte. Si nous ajoutons
L'UNIVERS
qu'il est qiiostion d'impôts payés à SaloiiioM par les inarcliaiids en gros et en détail ( J llois, 10, 15), on restera convaincu que le coninierce avait pris de grands développements sous ce roi, et que la magnifique Jérusalem, par son luxe et par Taflluence qu'attirait son temple central, était devenue un lieu de rendez-vous pour de nombreux négociants étrangers'.
Après la mort de Salomon, le commerce maritime d'Ophir fut négligé par les rois de Juda; Josapliat essaya vainement de le relever (p. 314) et son iils Joram perdit les ports du golfe Élanitique , lorsque les Iduméens se rendirent indépendants. Mais les relations commerciales avec les Phéniciens continuèrent dans les deux royaumes de Juda et d'Israël , comme le "prouve surtout le passage d' Ézéchiel (27, 17) que nous venons de citer, et on exportait aussi de l'huile d'olive pour l'Egypte (Hos. 12, 2), qui n'était pas riche en oliviers. IJn verset d'Isaïe(2, 16) nous fait présumer que, du temps de ce prophète, les Hébreux prenaient part à la navigation des Phéniciens dans la Méditerranée , ou bien qu'ils avaient encore des vaisseaux de Tliarsis , c'est-àdire des vaisseaux de long cours , dans le port d'Élath, que le roi Ouzia avait reconquis sur les Iduméens (p. 32.5).
Au même chapitre (v. 7) , Isaïe parle de l'immense quantité d'or et d'argent et des trésors sans bornes qui remplissaient alors le pays de Juda ; d'aussi grandes richesses ne pouvaient provenir que d'un commerce florissant. De même qu'Isaïe, les autres prophètes voyaient avec déplaisir le luxe et les richesses acquises par le commerce, qu'ils accablaient de leur mépris et qu'ils considéraient comme un métier de fourbes et comme dangereux pour le peuple , qui était souvent sacrifié à l'intérêt des spéculateurs. Parlant des péchés d'Israël ,
I Comparez Hartmann , dans ses Recherches liisloriques et critiques sur le Penlateuque,p. 75i et suiv. (Voy. ci-dessus, page i33 , uote. )
rioséa s'écrie (12, 8) : « Phénicien» (marchand), tenant en sa main des balances trompeuses, aimant à faire violence , Éphraïm dit : Je suis devenu riche, j'ai acquis de la fortune, etc. » « Écoutez cela, dit Amos (8, 4-6), vous qui absorbez le pauvre, qui ruinez les gens humbles du pays , et qui dites : Quand sera passée la néoménie, pour que nous vendions du blé ; le sabbat, pour que nous ouvrions (la vente) du grain , en faisant Vép/ia. plus petit, augmentant le sicle et falsifiant la balance pour tromper ; afin que nous achetions les pauvrespour de l'argent , et le nécessiteux pour une paire de chaussure, et que nous débitions la criblure du grain. »
Ces reproches nous font voir la classe pauvre manquant de pain par les fréquentes exportations de blés; l'existence des accapareurs maudits par le peuple nous est révélée aussi par les Proverbes (11 , 26). Les fréquentes relations avec les marchands phéniciens se révèlent aussi dans la belle description de la femme forte, qui , fait du linge et le vend , et fournit I des ceintures au Cananéen, ou Plié- i nicien (Prov. 31 , 24). Même encore vers l'époque de l'exil , Jérusalem, située sur la route qui conduisait de l'Arabie aux ports de mer phéniciens , et consommant par son luxe beaucoup de marchandises étrangères , dut voir affluer sur ses marchés, nonseulement les Tyriens que nous y rencontrerons même à une époque où la capitale de la Judée, renaissant de ses cendres , n'était habitée que par quelques pauvres colons (Néhémia, 13, 16 ) , mais aussi de nombreux négociants de l'Arabie et d'autres pays étrangers , et elle dut trouver, dans ce grand concours , des avantages que l'opulente Tyr elle-même voyait avec jalousie; car le prophète Ézéchiel (ch.
26), en prédisant la chute de cette marchayide des peuples ( ib., 27,3), lui reproche la satisfaction qu'elle avait manifestée de la destruction de Jérusalem, et lui met dans la bouche cette exclamation : Ahl elle est brice , la porte des peuples ; on se tourne
vfrs moi ; je serai remplie , car elle déserte.
Il résulte, ce nous semble, de tous les passages cités précéJeiiunent , que les Hébreux prenaient une part assez active au commerce des peuples voisins; mais nous ne saurions recueillir tians la Bible aucune donnée certaine sur le bilan du commerce des Hébreux.
JNous dirons seulement que les prophètes , rigides censeurs de tous les abus et ennemis du connnerce , loin de jamais se plaindre d'un délabrement de la fortune nationale , parlent au contraire bien souvent des grands trésors et du luxe sans bornes ; on doit donc supposer que les produits delà terre, seule ressource réelle des Hébreux , suffisaient bien au delà aux besoins de la population, ou bien que les trésors conquis par les armes victorieuses de plusieurs rois et les contributions des peuples vaincus servirent à augmenter considérablement les ressources nationales , à rétablir l'équilibre entre l'actif et le passif et à faire face aux exigences du luxe. Dans cet état des choses, ce qui devait blesser les prophètes et tous les vrais partisans de la constitution mosaïque, c'était l'inégalité des fortunes particulières et le débordement de tous les vices que le luxe et les spéculations de la cupidité commerciale amènent à leur suite.
Le commerce de l'intérieur, notamment le petit commerce de détail dans les différentes localités . est une chose indispensable dans toute société civilisée ; les lois des Hébreux l'approuvaient implicitement, en prescrivant la plus stricte probité dans les poids et les mesures'. Le petit commerçant qui va de ville en ville et qui détaille ses marchandises sur les marchés , paraît être désigné plus particulièrement par le mot rochel ^ , tandis que le motsocHER désigne le
' Lévit., ch. 19, V. 35 et 36; Deut.,ch. 25, V. I3-1G.
' Voy. iRois, 10, 15; Cant. ,3, 6;Néhéinici , 3, 32. Comparez Misvkna, V partie, truite Maiiserôlh ( des dunes;, cil. 2, g 3, et le commentaire de Maimonide.
négociaiit qui fait le commerce eu gros et expédie des marchandises d'ut> pays à l'autre , par terre ou par mer ' . Le commerce en détail dut être particulièrement favorisé par le pèîeri nage ordonné pendant les trois grandes fêtes, et qui réunissait un immense concours de monde près du sanctuaire central. Dans les livres sacrés il est fait assez souvent allusion au petit commerce , par exemple dans ce proverbe : Mauvais! mauvais! dit l'acheteur; mais quand il remporte, il s'en' loue (Prov., 20, 14); de même dans le blâme qu'on verse souvent sur ceux qui cherchent à s'enrichir par des gains illicites, qui prêtent à intérêt, ou qui falsifient les poids et les mesures *. Le commerce était cependant entre les mains d'une classe relativement peu nombreuse, et même après l'exil , lorsque les spéculations commerciales prirent plus d'importance et furent favorisées par la dispersion et les fréquents voyages des Juifs, la grande majorité s'appliquait à l'agriculture, comme on le voit clairement par le passage de Josèphe cité plus haut. L'esprit commercial des Juifs modernes n'est point un héritage de leurs pères , mais une suite de l'oppression qu'ils éprouvèrent et de leur exclusion de toute autre industrie.
A la question du connnerce se rattache naturellement celle des mesures, des poids et de l'argent qui avaient cours chez les anciens Hébreux. La Bible nous fournit bien quelques données pour fixer la valeur relative des différents poids et mesures ; mais leur évaluation absolue est sujette à de grandes difficultés. Josèphe est le seul auteur ancien qui puisse nous servir de guide; car il indique souvent le rapport des mesures des Hébreux à celles des Grecs , qui nous sont mieux connues. Le Nouveau Testament et le Thalmud nous fournissent également quelques renseignements utiles.
' Voy. Genèse, 37, 28 ; Isaïe , 23 , 2 ; Prov., 31, l't.
■' Vov. Isaïe, 33, 15; 5G, Il ; Micha, 6, H; Ézèch. , 18, 13; 22, 12 ; Ps., 15, 5; Prov , U, 1 ; 20, 10; 28, 8.
L'UNIVERS
Il pourrait sembler, à la vérité, que tous ces ouvrages sont trop modernes pour que leurs données puissent s'appiicpier sans réserve aux temps aucieiis; mais si l'on rédéchit que les mesures et les poids, chez les Hébreux, étaient considérés en quelque sorte comme une chose sacrée, à cause de leur application aux dimensions du sanctuaire et de ses ustensiles, ainsi qu'aux offrandes, aux libations (page 163) et aux impôts sacrés (page 178), on ne trouvera pas invraisemblable que les Juifs après l'exil aient cherché à connaître exactement les mesures anciennes pour se conformer strictement aux prescriptions de la loi mosaïque. Le caractère sacré qu'on attribuait aux poids et aux mesures résulte aussi de ce verset des Proverbes (16, 11) : Lepesonet les balances justes appartiennent à Jéhooa : toutes les pierres du sachet {\es poids ) sont son œuvre. Pour l'évaluation des poids en particulier, nous avons une base à peu près sûre dans quelques monnaies macabéennes qui nous restent encore, et dont on connaît assez exactement la valeur intrinsèque, comme on le verra plus loin.
Nous ne pouvons nous livre! ici à une discussion détaillée sur cette matière , et nous nous contenterons de résumer les données puisées dans la Bible, dans les œuvres de Josèphe et dans les renseignements combinés de quelques autres documents antiques '. Nous parlerons successivement des mesures de longueur, de distance
' Parmi les auteurs modernes qui ont traite ce sujet nous signalerons : Bernard Larai, dans l'ouvrage cité ci-dessus, pa";e 2«8, col. 2, note l; — Eisenschmid, De Ponderib. et Mensuris Romanor., Grœcor. et Hebneor., édit. sec, Argentor. 1737, in-s, inséré aussi dans le Thésaurus d'Ugolini , t. 28 ; — F.rnst Berttheau, Zur Gtschichte der IsraœUten , zwei Abhandlunr/en (Beux dissertations, pour servir à l'histoire des Israélites) , Goltingue , 1842, in-8. — La dissertation de M. Bertheau est entièrement basée sur le savant ouvrage que le célèbre Bœkh a publié récemment sous le titre de Metrologische Untersuchun- Oen , etc.'( Recherches métrologiques sur les i oids , les titres des monnaies et les mesures lie l'antiquité, dans leurs rapports mutuels), Berlin, 1838, in-S".
et de capacité, des poids et des monnaies.
,'/. Les mesures de longueur, appelées MiDDÔTH, sont généralement empruntées à la main et au bras; on mentionne les suivantes : 1° ecba.
( Jér., .52. 31 ), le doigt, c'est-à-dire la largeur du doigt ou du pouce ; 2° té-
PHACH ( 1 Rois, 7, 26), ou T0PH4.CH
(Exode, 2.5, 25), le palme, c'est-àdire la largeur de quatre doigts ou delà paume; 3" zÉRETH(ib., 28, 16), la distance de l'extrémité du jx)uce à celle du petit doigt, ou V empan; 4° am- MAH, toute la longueur de l'avantbras , ou la coudée. La valeur relative de ces mesures n'est indiquée nulle part dans la Bible; pour la fixer, il faut consulter Josèphe et la tradition rabbinique. Dans l'Exode (2.5, 10) on donne à l'arche sainte deux coudées et demie de long, une et demie de large et une et demie de hauteur ; Josèphe, dans ses Antiquités ( III, 6 , 5), traduit les deux coudées et demie par cinq empans., et pour une coudée et demie il met trois empans, d'où il résulte que l'empan était la moitié de ta coudée. Les rabbins sont d'accord avec Joâèphe : selon eux aussi, le Zêreth est une demi-coudée ; la coudée moyenne, disent-ils, était de 5/j: pa/mes '■ , et chaque palme de quatre doigts. Nous avons tout lieu de croire ces données exactes, puisque nous retrouvons les mêmes proportions dans d'autres, systèmes anciens; ainsi, par exemple, les Grecs avaient des coudées d'un pied et demi, ce qui fait six aimes (7v«Xai3Tai), ou vingt-quatre doigts; Hérodote (II, 149) parle aussi d'une coudée de six palmes, en usage chez les Égyptiens. Nous aurions donc pour, la valeur relative des mesures hébraïques le tableau suivant :
Ammah 1.
Zéreth 2. 1.
Téphach 6. 3. 1.
Eçba 24. 12. 4. 1.
' Voy. le Dictionnaire de David Kimchi, I aux mots Zéreth et Tépkach; Maimoiiide, Com- ; rncntaire sur la Miscluia, cinquième partie , trailé Middoth , cli. 3, § 1 ; sixième partie , traite Kélim , ch. 17, g J.
11 suffirait de savoir la valeur absolu»'d'une de ces mesures pour connaître les autres; mais comme nous ne trouvons, à cet égard, aucune donnée positive, ni dans les écrits de Josèphe, ni dans ceux des rabbins, nous devons nous contenter d'une estimation approximative, en nous aidant des mesures égyptiennes, que les déc-ou vertes modernes ont permis de déterminer avec assez de précision. Il est trèsprobable que le système des Hébreux fut emprunté aux Égyptiens. — Les rabbinsdéterminentlesmesuresdelongueur d'après la largeur degrains d'orge
f (lacés les uns à côté des autres, comme e font aussi les Arabes et d'autres peuples de l'Orient ; on comprend ce qu'il y a de vague dans cette manière de mesurer, vu l'inégalité des grains d'orge. Maïmonide, qui s'est livré a ce sujet à des calculs minutieux, a trouvé que Veçbade la Bible était égal à la largeur de sept grains d'orge moyens ', ce qui donne pour Vammah 168. Or on a trouvé, par des calculs assez exacts, que la coudée arabe, qu'on estime à 144 grains d'orge (c'est-àdire à 24 doigts de six grains chacun), riiluite en lignes et décimales de ligne, en faisait 213,058 *, ce qui donnerait pour Vammah hébraïquede 168 grains d'orge 248,567, ou environ 560 millimètres. Nous ne prétendons pas donner ce résultat pour strictement exact, mais on verra qu'il ne s'écarte pas trop de la valeur très-probable des mesures égyptiennes; il peut du moins servir à constater les rapports qui existaient entre los mesures des Hébreux et celles des Égyptiens. Mais il se présente une autre question : les savants ont attribué aux anciens Hébreux plusieurs espèces de coudées^, ettout en rejetant des conjectures qui n'ont aucurfie base solide, nous devrons
' Voy. Maïmonide, Mischné Thorah , ou Abrège du Thalmiid , liv. II , troisième section ( Sépker Thorah ) , ch. 9 , § 9.
^ Voy. les Reclierclies métrologiques de Bœlvli, page 247; Berlheau, 1. c. . page 60.
5 Voy. Leusden , Phitotogtis hebrœomixiiis , p 211 , où on parle de quatre espèces de coudées, savoir, la coudée vulgaire, la sacrée, la royale et la géométrique.
toujours admettre chez 'es Hébreu:
deux espèces de coudées, .fjne an cienne ou mosaïque , usitée pour lei choses sacrées, l'autre moderne, pour l'usage vulgaire. Dans le 2^ livre des Chroniques (3, 3), on parle d'une fOMdée première ^ ou ancienne^ dont on se servait pour les mesures du temple de Salomon, ce qui fait supposer l'existence d'une coudée moderne ou vulgaire. Le prophète Ézéchiel (40,5; 43, 13), dans une vision où il voit les dimensions du temple futur, parle évidemment d'une coudée ayant un palme de plus que la coudée vulgaire, d'où il résulte qu'il y avait entre les deux coudées la différence d'un palme, ce que le Thalmud entend dans ce sens que la petite n'avait que cinq palmes de la grande ' ; mais il serait peut être plus convenable de leur donner le même rapport qu'avaient les deux diverses coudées égyptiennes, qui étaient environ comme 7 à 6. Il est probable, du reste, que l'une et l'autre étaient divisées respectivement en six palmes ; le Thalmud parle positivement de palmes plus ou moins longs ^. L'ancienne coudée mosaïque était sans doute la coudée royale égyptienne, et les diverses échelles qui nousrestentde celle-ci, combinées avec les mesures de plusieurs monuments égyptiens, donnent pour terme moyen, a peu près 525 millimètres ^.Ce résultat nous paraît d'autant moins douteux, qu'il ne diffère que de 35 millimètres de celui que nous avons trouvé par le calcul si vague de la largeur des grains d'orge. Ceci admis, nous trouverons pour la coudée vulgaire 450 millimètres, ou bien 433,5, selon qu'on admettra le rapport égyptien, qui est de 7 : 6, ouïe rapportthalmudique, qui est de 6 : 5. Chacune des deux coudées était divisée proportionnellement en
' Vov. Maïmonide, Comment. surlaMischna, traité Middolh,'i, l; -Mischna , traité Kétiin, 17 , 10; les commentaires de Raschi et de Kimchi à Ézéch. 40, 5.
'' Thalmud de Babvlone, traité Siicca , fol. la. Comparez Buxtbrf, Lex/co/j thalmudicum , col. 900 et 2370.
3 Bœkh a trouvé 524 ,687 millimètres ou à peu près 232 ,55 lignes. Voy. Bertheau , 1. c. page 83.
L'UNIVERS
deux empans, six palmes et vingt-quatre doi;its. — Nous ne croyons guère possible d'aller plus loin dans l'évaluation des mesures de longueur des Hébreux sans se perdre dans de vagues conjectures. — Quant à la mesure appelée (jomed, qui n'est mentionnée <]u'uiie seule fois , dans le livre des Juges (3, 16), pour fixer la longueur de l'arme avec laquelle Éhoud tua le roi de Moab, elle est entièrement inconnue; mais comme il est dit qu'Élioud cacha l'arme sous ses vêtements , et qu'elle entra avec la poignée dans le corps d'Églon, on ne pourra guère admettre , avec quelques savants, que le gomcd était une coudée plus longue', et on préférera, avec la version grecque, y voir un empan, de sorte quel'arme, quiavaitV/eMX tranchants, serait une espèce de poignard. — Le KANÉ (roseau, verge) était un long bâton de six coudées servant à mesurer les bâtiments (Ézéch., 40, 5; 41, 8), ce qu'on faisait aussi avec une corde (ib., 40, 3; Amos, 7, 17).
Aux mesures de longueur se Irattachent celles des distances , ou les mesures itinéraires: mais les anciens Hébreux mesuraient les chemins d'une manière tres-vague. Nous trouvons dans r AncienTestament deux mesures itinéraires , dont l'une est appelée ki- BRATH AREC ( espacede pays ) », l'autre dérech'yôm (chemin d'un jour, journée)^. Il paraîtrait que la première était une mesure déterminée; du moins les Septante durent la considérer ainsi, car ils conservent , dans leur traduction, le mot hébreu, qu'ils prononcent c/ia6m^/(a. La version syriaque le rend toujours par parasange , ce qui ferait environ une lieue de France. Le derech yôm, c'est-à-dire le chemin qu'on peut parcourir à pied en une
' Telle est l'opinion de Jalin, ArchœoJogie , 1 , 2 , p. 37 , et de Gesénius , dans son Dictionnaire.
^ Cette expression se trouve dans trois passages : Genèse, 35, 16; 48, 7; 2 Rois. 5,
3 Voy. Nombres, II, 31; on trouve de même : cliemin de trois jours , de sept jours, etc : Genèse , 30, 3G ; 31 , 23 ; Deut. , 1 , 2 , et passim.
journée , est une mesure également vague ; mais on la trouve chez plusieurs peuples de l'antiquité ' , et elle est souvent employée jiar les géographes arabes (lu moyen âge. Kn comparant les différentes données des auteurs anciens et des Arabes, on trouve pour la journée moyenne environ sept lieues *. — Plus tard, à l'époque gréco-romaine , les Juifs comptaient pa^r stades et par mi/les ; ces mesures se trouvent dans le Nouveau Testament et dans le Thnlnuid , ainsi que le chemin sabbatique (Actes, 1, 12), qui était de deux mille coudées. — Pour l'arpentage, la mesure ordinaire était le cémed ( page 360 ) , dont on ne saurait indiquer la valeur précise.
B. Les mesures decapacité, appelées Mesourôth, étaient de deux espèces.
I. Pour les liquides on mentionne trois mesures différentes : 1° le bat h contenait, selon Josèphe 3, 72 xestes ( sextarii ), qui font un métrète attique, ou 38 litres et 843 millilitres; 2° le HiN, que Josèphe compareà deux cho^is ou congés attiques 4 ; or, comme le congé est un douzième du métrète, le hin sera un sixième du bath, ou G litr. 474 mill. ; 3° le log, qui n'est déterminé nulle part par Josèphe, forme, selon les rabbins, la valeur de six œufs, ou un douzième du hin S ce qui fait juste un xeste, ou environ 539 millilitres.
II. Pour les choses sèches noustrouvonsles mesures suivantes : 1° le cho- AiER (Lév., 27, 16), selon le prophète Ézéchiel ( 45, 1 1 et 14 ) égal à 10 bath. La même mesure est aussi appelée coh ( Ézéch., ib. ) 6, et sa moitié léthech
• Hérodote la fixe tantôt à deux cents stades (IV, 101 ) , tantôt à cent cinquante (V , 53 ).
ï Voy. Edrisii Afrka; curavit Joannes Melcliior Hartmann; edit. att.,Gotting., 1796, pr;Efat. , p. cxviu.
3 Voy. Antiqu. , VIII ,2,9.
4 Voy. ib. III, 8, 3.
s Voy. le dictionnaire de Kimchi au mot //(■»; Maïmonide, Comment, sur la Mischna, cinquième partie , préface au traité Menacholti.
<■' Josèplie ( Antiqu. , XV, 9 , 2) fait une grave erreur en fixant le cor à dix médini- Hcs attiques; au lieu de médimnes il faut lire métré tes. Bœkh cite à ce sujet un pas-
V Hos. 3, 2) ; c'est ainsi du moins que ce dernier mot est interprété par les rabbins et par saint .Jérôme. 2° L'É- PHA, un dixième du chômer, et par conséquent, égal au bath ( Ézécli. , 4.5, 1 1 ). 3° La sÉAH, selon les rabbins, ua tiers d'ép/ia ; de même selon Josèphe, qui dit que le saton ( séah ) est égal a un modius et demi d'Italie ' , ce qui fait 24 xestes ou un tiers du bath et de Vépha. 4° Le omer ( gomor ) est la dixième partie de Vépha (Exode, 16, 36 )■; c'est pourquoi on l'appelle aussi issARÔN (dixième ). 5° Le kab, selon les rabbins, un sixième de la séah , ou un dix-huitième de Vépha, c'est-à-dire quatre xe.s/esattiques ». — Pour montrer d'un coup d'oeil la valeur relative <le toutes les mesures de capacité, tant pour les liquides que pour les choses sèches, nous les représentons dans le tableau suivant, en prenant la plus petite, qui est \elog^ pour unité de mesure commune:
Chômer 1.
Bath j j
Epha P"- '•
Séah 30. 3. 1.
flin 60. 6. 2. 1.
Omer toa. 10. 3^. 1^. 1.
Kab 180. 18. 6. 3. 1|. 1.