II. Là Sauarie
Cette province, la plus petite des quatre, tire son nom de la ville de Samarie , qui depuis le roi Omri , son fondateur, avait été la résidence des rois d'Israël. Ses limites septentrionales sont celles du midi de la Galilée; à l'est elle est limitée par le Jourdain, au midi par la Judée; à l'ouest elle ne s'étendait pas jusqu'à la mer, car le pays de la côte à partir du Carmel appartenait à la Judée.
Les montagnes d'Éphraïm traversent la province du nord au midi, mais elle renferme au nord une partie de la plaine d'Esdrélon et à l'est la plaine du Jourdain avec quelques autres vallons formés par les branches orientales des montagnes. Le sol, même celui des montagnes, est très-fertile et encore maintenant assez bien cultivé; il produit du blé, du coton, du tabac, des olives, beaucoup de fruits et quelques soies. La plus belle végétation , des montagnes aux forme»
pittoresques, des vignes, des bois d'oliviers , des prairies et des champs arrosés par les torrents qui descen dent des hauteurs , font du pays de Samarie une des plus belles contrées de la Syrie. Maintenant on appelle cette contrée le pays de Nablous, qui en est le chef-lieu. Aujourd'hui, comme dans les temps anciens, les habitants, renfermés dans leurs montagnes presque inaccessibles , y sont jusqu'à un certain point à l'abri de la tyrannie de leurs maîtres et des^ commotions qui peuvent venir du dehors. Aucune grande route ne traverse la province, les voyageurs s'ea écartent généralement, attirés au ni^rd sur la route qui conduit de Damssà
' Yoluey, II, cli. ».
L'UNIVERS
la iner, et nu midi vers les mémonibles hauteurs de .lerusaieni. Les liabitauts u'ont pas perdu à cet isolement; beaucoup de iieiis aisés sont venus chercher chez eux un refuge contre la persécution, et ils passent maintenant pour le plus riche peuple de la Syrie '.
Mais c'est aussi le pays sur lequel lesvoyageursnousontdonné le moins de détails; aucune des cartes que nous possédons ne nous donne exactement la position et les distances respectives des différentes localités ». Dans l'histoire des Juifs nous verrons jouer aux Samaritains un rôle très-secondaire à côté des habitants de la Judée ; nous verrons aussi la ca\ise des inimitiés qui ne cessèrent de diviser les deux provinces, rorigine et le développement de la secte des Samaritains ^ dont quelques faibles débris existent encore aujourd'hui dans le pays de INablous , reconnaissant la loi de Moïse, dédaignant Jérusalem et se tournant dans leurs prières vers la montagne de Garizim, siège lie leur ancien sanctuaire.
Voici maintenant les villes les plus importantes de la province de Samarie, en commençant par la plaine du Jourdain et en montant de là dans l'intérieur.
Beth-sean, maintenant Bisûn, selon Burckhardt, à deux lieues du Jourdain et à 4 de Til)ériade. Du temps de Saiil cette ville était encore entre les mains des Cananéens ^; mais sous Salomon elle appartenait déjà aux Hébreux ■i. Les Grecs l'appelèrent Scytkopolis , ce qui a fait supposer à quelques savants que les Scythes , à l'époque de leur passage à travers la Palestine (631 avant J. C), passage dont parle Hérodote ^, avaient établi une colonie dans cette ville.
Alais il n'est pas probable que cet événement (dont, du reste, les monuments des Hébreux ne parlent pas)
' Voy. Voliiey,II, ch. 6,
2 Voy. Ritter, Erditunde, II , p. 393.
•5 Voy. I Sam. 31, iO.
" IRois, 4, 12.
*L. I, ch. 105.
ait pu donner lieu , après plusieurs siècles, ;i Hii clianiicment de nom, lorsque la langue grec(|ue se répandit en Palestine. D'autres ont supposé que "e nom de Sci/f/iopu/is était une corruption de Surcolk-po/is , mot moitié hébreu moitié grec, et qui signifie ville des tentes , hypothèse qui nous paraît encore moins satisfaisante que la première. Du temps de Josèphe, cette ville faisait partie du district de Decapolis ' , mais nous en parlons ici à cause de sa position à l'ouest du Jourdain. Dans les premiers siècles du christianisme elle était le siège d'un évêché , et d'un archevêché au temps des croisades. Maintenant Bisân est un petit village composé de 70 à 80 maisons. On y trouve encore des ruines considérables à travers lesquelles coule un ruisseau appelé il/oye^- Bisân. Burckhardt, qui a vu ces ruines , pense que la ville ancienne devait avoir trois milles anglais de circonférence. Au midi de Scythopolis, à une distance d'environ trois lieues, était situé
Salem ou Salumias, petite ville qui intéresse le lecteur chrétien, parce que Jean baptisait près de là, dans un endroit appelé yEnon (Évang. de Jean, 3,23). Selon saint Jérôme, c'est le Salem de IMelchisedek , que d'autres prennent pour Jérusalem.
Abel-Méhola, également dans la plaine du Jourdain, et, selon saint Jérôme, à dix milles romains de Scythopolis , était la patrie du prophète Elle.
Dans l'intérieur nous remarquons les villes suivantes :
GmÉE (Djennîn) , sur la limite septentrionale des montagnes d'Éphraïm vers la plaine d'Esdrelou. Cette ville n'est pas mentioimée dans la Bible; mais, selon Josèphe, c'était la ville frontière de la Samarie, du côté de la Galilée, à 6 ou 7 lieuesN.de Samarie.
Yezbeelou Esdrelon (Stradela), à 4 lieues N. E. de Samarie, uno. des villes les plus importantes du royaume d'Israël, et qui avait donné son nom à
' De BqUo jud. , 1. 3, c. 3.
toute la plaine daus laquelle elle était située. Le roi Aclidb y avait un palais , des fenêtres ducfuel Isabel fut précipitée dans la rue, par ordre de Jéliu (2Ilois,9, 33). Au temps des croisades il n'y avait à la place d'Esdrelon qiiun petit bourg, que Guillaume de ïyr appelle parcum Gerinum. Brocfiard l'appelle Zarai/y;. Dans les environs d'Esdrelon était située, selon le livre de Judith , la ville de BethuUa, qui n'est point mentionnée ailleurs.
Samarie, ville forte bâtie par Omri , roi d'Israël , sur une montagne qu'il avait achetée d'un certain 5cÀemer ; de là le nom de Schomrôii (Samarie). Cette ville, située à environ IG li«ues N. de Jérusalem, devint, depuis la septième année du règne d'Oinri ', la résidence des rois d'Israël, qui avant cette époque avaient résidé à Thirsa. Détruite par Salmanassar, roi d'Assyrie, elle fut bientôt restaurée par les colons assyriens. Plus tard elle fut encore détruite par Jean Hyrcan , le Maccabéen. Rebâtie par Gabinius, gouverneur romain en Syrie, elle devint très-florissante sous ie roi Herode. Celui-ci y fit bâtir un temple eu l'houneur de l'empereur Auguste , et changea le nom de Samarie en celui de Sebasté (mot grec, en latin Augusta). Les écrivains erabes du moyen âge la mentionnent encore sous le nom de SebastUjya. Cotwyk, voyageur du XVI' siècle, n'en trouva plus que quelques ruines peu considérables. D'Arvieux y trouva encore les ruines d'une église , où l'on prétend montrer le tombeau de Jean-Baptiste entre ceux des prophètes Elisa et Obadia. Environ quarante ans après , Maundrell » vit à peine quelques traces de cette église. A leudroit de l'ancienne Sebasté, il ne trouva qu'un jardin , et au nord \in carré où l'on voyait de grandes colonnes. Clarke qui , en 1 80 1 , ne trouva flus aucune trace de Sebasté , place ancienne Samarie à 3 lieues S. de Djennin, où il vit sur »me montagne une forteresse appelée Santorri, in-
'Voy. 1 Rois, ch. 16, v. 23,21.
' A journey from Aleppo to Jérusalem , p. 69.
connue à tous les autres voyageurs.
Mais le témoignage de Maundrell est trop positif, et il n'est pas étonnant que cent ans après lui le nom de Se bastiyya edt disparu avec ses ruines.
SiCHEM (Nablous), une des villes les plus anciennes du pays de Canaan , située dans une vallée entre le mont Ébal au nord et le mont Garizim au midi, à 2 lieues S. de Samarie. Au temps d'Abraham il y avait là un bois de térébiuthes appelé More (Genèse, 12, 6); mais déjà du temps de Jacob, nous y trouvons la ville de Sichem, sous un prince des Hévites, nommé Harnor. Ce prince avait un fils nommé Sichem, et il est probable qu'il fut le fondateur de la ville, à laquelle il do!:aa ie nom de son fils. Après la conquéie des Hébreux , Siche;n, appartenant au canton d'Éphraïni , devint une ville lévitique ; on y transporta les restesdeJoseph. Ce futlàqueJosué, avant de mourir, convoqua une grande assemblée nationale, et donna aux anciens et aux chefs des tribus ses derniers conseils. La ville fut détruite par le juge Abimélech contre lequel les Sichémites s'étaient révoltés (Juges, ch. 9). Nous ne la trouvons ensuite mentionnée que sous David (Ps. 60 , v. 8). Après la mort de Salomon, il se tint à Sichem une assemblée nationale par suite de laquelle eut lieu le schisme des dix tribus, .léroboam, le premier roi d'Israël, embellit la ville et y fixa sa résidence. Sous les rois de Perse, Sichem devint le siège principal du culte des Samaritains, qui bâtirent un temple sur le mont Garizim. Ce temple , après avoir duré environ deux cents ans, fut détruit par Jean Hyrean. Dans l'Évangile de Jean, la ville de Sichem est mentionnée sous le nom deSichar » ; près de la viUe se trouvait lepuits de Jacob, auprès duquel Jésus eut son entretien avec la Samaritaine. L'empereur Vespasien fit de Sichem une colonie romaine, qui reçut le nom de Flavia
• On pense que c'est un sobriquet que les Juils, par mépris, donnaient a la ville de Sichem; on y ferait allusion au verbe ij'j s'enivrer.
L'UNIVERS
Neapolis. Depuis cette époque l'ancU'n nom disparaît peu à [teu dans les auteurs. ï)e Ncnpolis les Arabes ont fait NahloKS, qui est encore aujourd'hui le nom de l'aiiticiue Sichem.
Cette ville eut de honne heure une comnnuiauté chrétienne; Justin le martyr y vit le jour. I/empereur Zenon expulsa les Samaritains du mont Gariziin et y bAtit une église; Justiuien rétablît à Siclvem cinq éiçlises que les Samaritahis avaient brûlées '.
INablous, incendiée pendant les croisades, fut rebâtie en 1283. C'est encore maintenant une ville considérable par son commerce et son industrie. Parmi les habitants on trouve 20 à 30 tannlles chrétiennes du rit grec et un trèspetit nombre de Samaritains pauvres et opprimés '. Les habitants de Nablous se distinguent par un esprit turbulent et guerrier; ils sont gouvernés par leurs propres cheiks, et le pacha a beaucoup à faire pour les tenir en respect. On montre au nord de la ville le tombeau de Joseph , sur lequel les musulmans ont bâti une petite mos- Q"ée. ., „ , , ..
SiLOH , ville de la tribu d Lphraim , où Josué fit placer le tabernacle ou le temple portatif, était située au midi de Sichem et au nord de Bethel. Il n'en reste plus aucune trace.
Bethel, petite ville d'une haute antiquité; elle s'appelait d'abord Louz.
Le patriarche Jacob, après y avoir vu en songe l'échelle qui touchait au ciel , lui donna le nom de Beth-êl (maison de Dieu). Elle fut prise par les Ephraiinites, quoique, parle sort, elle dut appartenir à la tribu de Benjamin.
Après le schisme Jéroboam y plaça l'un de ses deux veaux d'or ; c'est pourquoi les prophètes Osée et Amos appellent la ville Beth-aven (maison de crime). Elle «xistait encore du temps des Romains; Yespasien la conquit et y mit une garnison. Au temps de saint Jérôme, Betheln'étaitplusqu'une petite bourgade; les itinéraires n'en parlent pas.
«Vov. Relandii'oJtfsiini. P- '010.
» En I8I5 Otto de Richter ne trouva plus que ia familles samaritaines.
Nous devons encore mentionn«»r les villes de rkimnalh-Sérah et de Hiirsa, qui appartenaient à la province de Samarie, mais dont nous ne saurions fixer la position. La première fui donnée à Josué pour prix de ses «iiaiids services. Au temps de saint Jérôme , on montrait encore le tombeau de Josué sur l'une des montagnes d'I-:phraïm. — Thirsa mérite une mention comme ancienne résidence des rois d'Israël, avant la fondation de Samarie. L'amant du Cantique appelle sa hergère belle comme rAirsa(c.6,v.4).