C. Les lettres
l. La langue hébraïque.
L'hébreu appartient à une famille de lansïues que parlèrent autrefois les peuples du sud-ouest de l'Asie , et qui se repandit aussi sur le littoral du nord
L'UNIVERS
et de l'est de l'Afrique. Primitivement les ditïerciits diiili'Otes de celle lainiile apparleiinient aux peuples de la Syrie , de la Palestine , de la Phénicie , de la Mésopotamie, de la Babylonie et de l'Arabie; un des dialectes arabes, celui des Himyarites, passa en Étbiopie, et la langue des Phéniciens fut transportée dans les nombreuses colonies de ce peuple commerçant , et notamment a Cartilage. Les progrès qu'on fit en Europe , vers la On du dernier siècle , dans la connaissance des langues asiatiques , firent naître le besoin de distinguer, par une dénomination particulière, la langue hébraïque et ses sœurs , que jusque-là on avait appelées , par excellence , langues orientales. Eichhorn introduisit la dénomination de langues sémitiques ' , qui est maintenant généralement adoptée , quoiqu'elle soit peu caractéristique ; car d'un côté ces langues furent parlées aussi par quelques peuples descendus de Cham , tels que les Phéniciens et les Éthiopiens , et d'un autre côté différents peuples qui , selon la Genèse , étaient descendus de Sem, tels que les Élyméens ( Perses ) et les Assyriens, parlèrent sans doute des dialectes appartenant à la grande famille des langues qu'on appelle maintenant indo-germaniques. Pour avoir un nom qui puisse mieux caractériser les langaes dites sémitiques , il serait peut-être plus convenable de les appeler langues dissyllabes ou trilitéres ; car les racines ont en général trois lettres, liées par deux voyelles, tandis que les racines des langues dites indo-germaniques n'ont ordinairement que deux lettres et sont monosyllabes.
On peut distinguer dans les langues dites sémitiques deux branches principales , Yaraméenne , ou sijro-chaldéenne , et Varabe ( y compris le dialecte éthiopien); entre les deux se trouve la langue hébraïque , avec sa sœur , la langue phénicienne. Si , par ses racines, l'hébreu a plus de rap-
' Voy. ^ichhoTXX, Allgemeine Bibliothe/i, t VI, p. 772-776.
ports avec les dialectes araméens , l^
est plus riche que ces derniers en formes nominales et verbales et en flexions grammaticales, et sous ce rapport il participe, jusqu'à un certain point , à la richesse de la langue arabe , avec laquelle il a la plus grande analogie grammaticale. Il y a certaines formes qui , manquant entièrement dans l'araméen, commencent à se montrer dans l'hébreu et se trouvent développées dans l'arabe.
Comme caractère général et distinctif de tous les dialectes sémitiques , on peut signaler surtout les points suivants : 1° Parmi les consonnes il y a une classe de gutturales qui n'ont point d'analogues dans les langues indo-germaniques; dans les voyelles il n'y a que trois sons bien distincts , représentés quelquefois par les trois lettres Jleph , waw et yod ( A , OU , I ) , mais dont les différentes nuances, existant dans la prononciation , ne sont marquées par aucun signe dans l'écriture ; car les points-voyelles de la Bible sont d'une invention relativement très-récente. 2'> Les racines, comme nous l'avons dit, sont pour la plupart trilitères et dissyllabes ; elles [deviennent monosyllabes , en apparence, lorsqu'une dès trois lettres radicales est un Àleph , un waw ou un yod , qui , étant des demivoyelles, disparaissent quelquefois dans la prononciation. 3° Dans le rapport du génitif, c'est le mot déterininé qui subit quelquefois une modification ; ainsi , par exemple, pour dire tordre du roi , on change le mot ordre., tandis que le mot roi reste invariable. L'arabe ancien a seul, à côté de cette particularité, une déclinaison imparfaite, mais qui n'est guère usitée que dans la poésie et dans leKorân • ; généralement les cas s'ex-
' L'accusatif seul a laissé des traces dans le langage vulgaire, où il sert à former des adverbes ; par exemple , yôman { un jour, aliquando ), de j/dm ( jour ); dâijiman (toujours ), de ddyim ( durant , perpétuel ) ; abadau ( jamais ), de abad { éternité ). On trouve aussi de ces adverbes en hébreu, par exemple : yômam [ pendant le jour ), omnam ( en vérité ),etc.; la terminaison am est l'analogue de la terminaison arabe an , et c'est là une
priment , comme en français , par la position des mots, ou par des prépositions. 4° Les cas obliques des pronoms personnels, ainsi que les pronoms possessifs, s'expriment par des syllabes jointes immédiatement au verbe, au substantif ou aux particules ; ces syllabes sont sppe\ées s iif/ixe s par les grammairiens. 5" La conjugaison n'a que deux formes pour les temps, mais les verbes offrent une grande variété de formes , pour exprimer différentes moditications, telles que le causatif, Vitératif, etc. ; dans la deuxième et la troisième personne , on distingue le féminin du masculin, et il y a aussi des formes pour le passif, le réfléchi el le réciproque. 6° Il n'y a ni noms ni \erhescomposés, a l'exception d'un certain nombre de noms propres et de quelques substantifs fort rares. 7° La syntaxe est très-simple; les propositions se suivent sans art , la diction prosaïque a une simplicité enfantine, et ne s'embarrasse pasdans de grandes périodes.
La langue hébraïque, dans son origine, fut sans doute identique avec la langue phénicienne, adoptée par Abraham et sa famille depuis leur entrée dans le pays de Canaan'. Plus tard, les idées religieuses et morales des Hébreux durent imprimer à cette langue un caractère distinct, et l'hébreu dut devenir un dialecte particulier , possédant une foule de mots et de tournures qui manquaient au phénicien. IMais pour le fond, les deux langues n'en formaient toujours qu'une seule ; on a vu (p. 87 ) qu'Isaïe appelle la langue des Hébreux langue de Canaan. Outre cette dénomination, qui parait appartenir au langage poétique du prophète, nous trouvons celle de langue judéenne ou juive > ; il est possible que la déno-
preuve évidente quel'hébreu avait primitivement une déclinaison. Il est vraiment étonnant que cette observation ait éctiappé jusqu'ici a tous les grammairiens , même à (iesénius et à Ewald, qui s'efforcent en vain d'expliquer la terminaison adverbiale am d'uni- manière plausible.
' \ oy. ci-dessus, p. 86-88.
» Voy. 2 Rois , 18 , 26 ; Isaïe , 36 , 1 1 et 13 ; Kéhémia, 13, 24.
mination de langue hébraïque était usitée chez les anciens Hébreux ', mais on ne la rencontre jamais dans leurs écrits; on ne la trouve que plus tard dans les écrits de Josèphe et des rabbins et dans le Nouveau Testament ; mais dans ce dernier elle désigne plutôt la langue que parlaient les Juifs du temps de Jésus , et qui était un dialecte araméen.
Quoique l'hébreu ne soit nullement la langue primitive du genre humain , ni même le plus ancien des dialectes sémitiques (car il dut être précédé du dialecte araméen ) , il est pourtant celui dans lequel nous sont conservés les plus anciens documents littéraires qu'on connaisse. Mais il nous est impossible de remonter jusqu'à l'origine de cette langue, établie en Palestine avant les Hébreux , et les documents que nous possédons ne nous permettent pas non plus de suivre les phases de son développement successif; car dans les plus anciennes parties du Pentateuque,si on excepte un petit nombre d'archaïsmes (p. 1.37 ), nous trouvons la langue hébraïque com- |)létement formée et arrivée au même degré de perfection que dans les livres écrits vers l'époque de l'exil. SI les livres qui nous restent diffèrent entre eux par le style et par certaines tournures particulières, ces différences ont leur source dans celles des sujets et dans la diction individuelle des auteurs; mais les formes de la langue sont les mêmes dans tous les livres.
En général, on ne peut distinguer que deux périodes : la première, qui nous intéresseici particulièrement, et qu'on peut appeler l'âge d'or de la langue hébraïque, va jusqu'à l'exil de Babylone; la seconde embrasse l'époque de l'exil et les siècles suivants jusqu'à l'époque des Maccabées, où le dialecte araméen , ayant envahi de plus en plus l'ancienne langue hébraïque, finit par la faire disparaître complètement, et devint la langue vulgaire des Juifs. Dans la première période, l'hébreu se montre dans toute sa pu-
' Comparez ci-dessus, page I02, col. 2, note 2.
L'UISIVERS.
reté • on n y rencontre d autre nie- [an-è que quelques mots égyptiens, notamment dans le Pontateuque.
CTla seconde période. nous voyons l'hébreu m(Me d'un certain nombre de mots persans, de formes et de tournuma.?.méennes. Néanmoins dex.se dans la Bible certains écrits que la Critique historique nous oblige de pKdansladeuxième période et
dont les auteurs cependant ont su imiter le langage pur des anciens, comme par exm^, la seconde partie du livre d'Isaïe et un certain nombre de psaumes.
L'hébreu, tel qu'il nous est conserve; dans la Bible, est iine langue assez pauvre ; à la vérité , il dut exister un grS nombre de mots hébreux qu'il n'v avait pas lieu d'employer dans les livres qui nous restent; mais la langue ne put jamais être tres-developpee pour les termes ayant rapport au commerce , aux sciences et aux arts, relativement très-peu cultives chez les Hébreux. C'est uniquement sous le rapport de la religion et de 1 agriculture quelle a pu acquérir une certaine perfection , et en eftet les livres bibliques déploient sous ces deux rapports une richesse de mots et d'expressions qui souvent sont intraduisibles même dans les langues les plus riches et les plus cultivées.
La petite étendue de la Palestine ne nous permet pas de supposer que l'hébreu ait été subdivisé en plusieurs dialectes. Nous trouvons seulement des traces d'une différence de prononciation de certaines lettres , notamment du Schin (p. 240); plus tard, les Galiléens étaient connus pour avoir une mauvaise prononciation , comme on le voit dans plusieurs passages du Thalmud et du Nouveau Testaments et il est possible que deja, dans les temps anciens , leur langage ait été corrompu par le voisinage des Syriens. — Ce fut sans doute dans la Judée que l'étude des livres sacres contribuait à conserver plus que partout ailleurs l'élégance et la pureté • Vov. les Evangiles , Malth. 26 , 73 ; Marc,
du langage. Pour apprendre à parler correcteiiient , on n'avait d'autre moyen que la lecture et le commerce des gens bien élevés ; car il n'est nullement probable que l'étude de la langue fût déjà réduite en règles.
//. L'écriture hébraïque.
L'art d'écrire remonte chez les peuples de l'Orient au delà des temps historiques , et son origine est enveloppée pour nous d'un voile impénétrable. Les anciens en attribuent 1 invention tantôt aux Phéniciens , tantôt aux Babyloniens , aux Syriens ou auxÉgvptiens',etilyenamemequi revendiquent cette gloire enfaveur des Hébreux ». Nous n'avons pas a nous occuper ici de la solution de ce problème historique; dans tous les cas, les Hébreux ont pu posséder de bonne heure l'art d'écrire (p. 140). Quelle que soit l'opinion qu'on se forme sur la question de l'authenticité du Pentateuque, il est évident que pour les plus anciens écrivains hébreux 1 origine de l'écriture se perdait dans 1 obscurité d'une antiquité reculée, et que l'existence de l'écriture du temps de Moïse était pour eux un fait historinue généralement reconnu 3. Les traditions grecques viennent a 1 appui de ce fait; car ce fut environ a a même époque que, selon Hérodote
V 58) et d'autres auteurs grecs , Cadmus apporta en Grèce 1 écriture
ils Phéniciens , les ayant apprises d eux, les transmirent aux HfUenes. pr^par.
» Eupolème, cite par tuseDe,i-'^F IV ofi rplte oDinion a trouve ic
'■SS'lSibTeïd. la 1.1 elles nomsgravésïor les orae^^^f/SfeuCe ailrl
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27', 3; 31, 9 et 22.
pandu chez les Hébreux , si toutefois c'est un fait historique que Gédéoa , voulant châtier les habitants de Succoth , se fit écrire , par un jeune homme qu'il avait fait prisonnier, les noms des chefs de cette ville ( Juges, 8, 14) '. Depuis le temps de David et de Salomon il est fait mention d'ouvrages d'histoire et d'autres compositions littéraires d'une certaine étendue , et on ne saurait douter que l'art d'écrire ne fut alors très-répandu, du moins dans les classes élevées de la société. Il y avait probablement des écrivains publics , notamment des Lévites, qui prêtaient leur ministère aux gens du vulgaire.
Ceux qui faisaient particulièrement profession de l'art d'écrire portaient une écritoire dans la ceinture, comme l'indique un passage d'Ézéchiel (9 , 2 et 3 ) , et comme c'est l'usage encore maintenant chez les Orientaux. Nous ne trouvons pas de renseignements précis sur les matériaux dont on se servait pour écrire ; on mentionne le style ou le burin ( Héret ou et ) ', ce qui fait supposer qu'on écrivait quelquefois sur une matière dure ; mais on parle aussi de l'encre (Jérém., 36 , 18 ) et du canif du scribe ( ib. v. 23 ) , ce qui prouve qu'on avait des matériaux plus commodes. Pour les monuments publics et les documents auxquels on voulait assurer une longue durée , on employait la pierre (Exode, 31, 18) et "^quelquefois le plomb (Job , 19, 24). On écrivait aussi sur des tablettes de bois ; et noustrouvons que les prophètes s'en servaient quelquefois pour tracer leurs oracles ^. Pour les écrits d'une plus grande étendue, on se servait probablement, dans les temps les plus anciens , des peaux d'animaux ( p. 140 ) , des feuilles de palmier ou de la toile ^. L'usage du papyrus ne remonte peut-être pas assez
' ' Voy. ci-dessus, page23G, col. 2.
' Isa'ie ,8,1; Jérémie ,17,1; Job , 19 , 24. ' Voy. Ézéch. 37 , 16 : Isaîe , 3u, 8 ; Habac. a, 2.
* Voy. Eichhorn , EinJeitung, t. 1, p. 184 ; i. in, p. 10; on peut comparer les anciens libri lintei, dont parle Tite-Live , l. IV . c. 7 t 2u.
haut pour que nous puissions l'attribuer aux anciens Hébreux ; du moins Pline ( XIII, 21 ) ne le fait commencer qu'à l'époque d'Alexandre. Le mot MEGHiLLA. ( volumen) , qu'on trouve déjà dans un psaume de David ( ps, 40, 8) , prouve qu'on employait une matière dont il était facile de former un rouleau. L'instrument qui servait à tracer les lettres était sans doute unroseau, comme dans l'Orient moderne, et comme l'indique l'usage du canif , mentionné par Jerémie. Les détails que donnent les rabbins sur la manière de préparer les peaux et [encre pour les copies destinées à l'usage des synagogues ' , sont d'une date trop récente pour pouvoir nous servir de guide dans nos recherches actuelles.
"On distingue deux espèces d'écriture hébraïque : l'une est appelée samaritaine , car c'est celle dont se servent encore maintenant les Samaritains : l'autre a reçu , de la forme de ses caractères , le nom à'écriture carrée ; c'est celle qu'on trouve dans les manuscrits et les éditions de la Bible et dans tous les livres des Juifs. Les anciens rabbins appellent la première Y écriture hébraïque, et la seconde récriture assyrienne ; ce fut Ezra , disent-ils, qui introduisit l'usage des caractères assyriens , ou. plutôt chaldéens , avec lesquels/Jes Hébreux s'étaient familiarisés pendant l'exil de Babylone». Néanmoins, les opinions des thalmudistes sont divisées sur la question de savoir dans quels caractères étaient écrites les tables du Décalogue , et encore dans les temps modernes , beaucoup d'auteurs juifs et chrétiens, habitués à attacher à nos lettres hébraïques un caractère sacré, ont cru , par un pieux préjugé , devoir leur attribuer une haute antiquité et y voir la véritable écriture hébraïque
' Vov. Maimonide, Abrégé du Thalmiid , liv. II, 3" section ( Sépher Tliorah ), ch. I.
^ Thalmud de Babvlone, Synhedrin , fol. 21 h, 22 a. Saint Jérôme, qui avait sans doute entendu parler de cette tradiliou juive, va beaucoup trop loin, en aflirmanf, comme une chose certaine, qu'E/.ra inveuta la nouvelle écriture hébraïque. Voy. son Prologu» galcatus, dans les différentes értilions de la Vulaate.
L'UNIVERS
dont se servait Moïse'. IVIais si l'on considère que les caractères des monnaies niaccabéennes sont presque identiquement les mêmes que ceux des Samaritains , on sera porté à croire que ce sont là les véritables lettres des anciens Hébreux , et que le prince Siméon les conserva sur ses monnaies, soit par prédilection pour l'antiquité nationale, soit pour faciliter lesi relations commerciales avec les Phéniciens , dont l'écriture avait les plus intimes rapports avec cette ancienne écriture hébraïque ^. La priorité de l'écriture samaritaine, ou, pour mieux dire , de celle des monnaies , est maintenant généralement admise par les savants; seulement illne faut pas prendre à la lettre la tradition rabbinique qui attribue à Ezra ce changement des caractères : Ezra est en quelque sorte un nom collectif, auquel la tradition juive rattaclie tout ce qui se fit, après l'exil de Babylone , pour la collection et la conservation des textes sacrés^. Ce qu'il y a d'historique dans la tradition du Thalmud , c'est que l'écriture des Hébreux se modifia peu à peu par l'inllueuce de l'écriture chaldéenne que les Juifs avaient apprise dans l'exil , et que , après un certain temps, l'ancienne écriture hébraïque, conservée par les Samaritains , disparut complètement parmi les Juifs, pour faire place à l'écriture clialdéenne , de même que le dialecte chaldéen fit disparaître l'hébreu. Dans la nouvelle écriture hébraïque on reconnaît la même que celle qui se trouve sur les monuments de Pal-
' Voy. surtout Jean Buxtorf, De VUerarum hebraicarum geniiind antiquitate, clans ses Disserlatioiics philol. IheoL, n° 4. Cet auteur, à l'exemple de quelques rabbins, attribue aux Hébreux deux espèces de caractères , les uns sacrés , qui sont nos caractères hébraïques, les autres profanes, qui sont les caractères samaritains.
* Sur notre pi. 8 on trouve un tableau comparatif des divers caractères phéniciens et hébraïques. De l'écriture phénicienne s'est formée celle des anciens Hébreux , ou l'hébraïque des monnaies, et de celle-ci dérive l'écriture que nous trouvons encore maintenant dans les manuscrits samaritains.
' Voy. Gesénius, Geschichic dcr hehrœiichxn Sprache unU Schrift , p. 157.
myre, avec cette seule différence, 'que l'écriture de Paimyre est plus cursive ' ; les légères variations sont sans doite l'œuvre des calligraphes juifs , qui peu à peu ont su donner à cette écriture un type plus beau et plus régulier. A la vérité , les inscriptions trouvées à Paimyre ne datent que des trois premiers siècles de l'ère chrétienne ; mais ce n'est pas une raison pour ne pas faire remonter plus haut les caractères de ces inscriptions. Il est très-probable que celles-ci nous retracent une ancienne écriture araméenne qui a pu être introduite chez les Hébreux quelques siècles avant l'ère cJirétienne*. Dans tous les cas, le changement dut être opéré avant l'établissement des synagogues; à l'époque de Jésus la nouvelle écriture dut être généralement établie , car dans cette écriture la lettre yod ou iota est la plus petite (Matth., 5, 18), ce qui n'a lieu ni dans l'écriture hébraïque des monnaies ni dans les caractères samaritains. Au reste, les deux écritures ne diffèrent que par la forme des caractères ; le nombre et la valeur des lettres sont les mêmes dans les deux , avec cette seule différence, que l'écriture dite carrée a cinq lettres finales qui n'existent pas dans l'écriture ancienne 3.
L'alphabet hébreu, comme tous les alphabets sémitiques, ne se compose que de consonnes, qui sont au nombre de vingt-deux. L'ordre des lettres de l'alphabet, chez les anciens Hébreux, fut toujours le même que celui qui , par tradition , a passé dans nos grammaires . hébraïques , comme le prouvent
> Voy. Barthélémy, Réflexions sur Valphabet et sur la langue dont on se servait autrefoisà Palmgre, dans les Mémoires de l'Acad. des Inscriptions, t. 26, p. 577 et suivantes ; Gesénius, Scripturœ linguœque Phœnicice Monumenta, g 53, et la PI. 5 de ce même ouvrage. A la page 64, Gesénius a présenté le tableau de la filiation des différentes écritures asiatiques et européennes dérivées de la souche phénicienne.
* Voy. Eichliorn, Einleitung, 1. 1 , p. 208 et 209.
* Ce sont les lettres que, sur notre pi. 8, nous avons rendues par K , M , N, P, Ç. C'est par l'erreur du graveur que le K final a été placé à coté du yod (.Vj.
plusieurs psaumes, les Lamentations lie Jérémie et le dernier chapitre des Proverbes, où chaque versetcommeiice par une autre lettre, suivant l'ordre de l'alphabet, rsous avons déjà dit que, dans les écritures sémitiques, il n'y a que trois lettres qui servent quelquefois de voyelles longues ; dans l'hébreu il n'y' en a que deux, savoir le wâw et le yod, qui désignent quelquefois les voyelles longues ou et i; les autres voyelles longues et brèves n'étaient exprimées par aucun signe, ce qui ne pouvait manquer de laisser quelquefois de l'incertitude sur la vraie prononciation , surtout lorsque l'hébreu eut cessé d'être une langue parlée. L'invention des points-voyelles ne remonte guère qu'au sixième siècle de l'ère chrétienne, et il est douteux qu'on eût avant cette époque quelques signes diacritiques pour guider le lecteur '. Les livres des anciens Hébreux étaient écrits très-probablement sans aucune ponctuation, comme le sont encore maintenant les rouleaux du Pentateuque sur parchemin destinés à l'usage des synagogues , et pour lesquels , sans doute, ou a conservé , par tradition , la coutume antique. Les livres des Samaritains sont également dépourvus de voyelles et de signes diacritiques , et par cette particularité, comme par le type des caractères , ils nous retracent \ mieux que les manuscrits des Juifs, l'image ■des livres des anciens Hébreux.
HL La littérature hébraïque^
Ce que nous avons dit de l'état des ■sciences et des études chez les Hébreux peut faire présumer que leur littérature n'ajamaisétébienvariée,etqu'elle se bornait à l'histoire nationale, aux lois et à la poésie didactique et religieuse, y compris les discours des j rophètes. S'il est vrai qu'une grande
\ De nombreux passages des œuvres de - linl Jérôme prouvent que, de son temps, 1<^ U-\te liébreu était encore écrit sans poinlsv<>> elles; mais il parait qu'on avait alors certAiiis signes pour l'accentuation. Voy. Geséii.x:' , Geschichie der kebrœischen'Sprache ■ nij Schri/t, p. 196 et suivantes
partie de la littérature hébraïque a été engloutie par le temps , il ne paraît pas moins certain que les débris qui nous en restent représentent les différents genres de littérature qui llorissaient chez les Hébreux, et qu'ils nous en offrent les plus belles parties. S'il faut prendre à la lettre ce que la Bible nous d'it des écrits scientifiques deSalomon (p. 16), nous ne pouvons toujours y voir que des poèmes didactiques, et non pas de véritables ouvrages de science.
Mais bien que cette littérature soit renfermée dans des limites étroites, ses débris mêmes sont pour nous d'une haute importance. Sans parler de la grande influence que les monuments littéraires des Hébreux ont exercée, sous le rapportreligieux, surune trèsgrande partie du genre humain, ils offrent un immense intérêt à l'historien, au littérateur, au poète. Tandis que les Assyriens , les Chaldéens , les Phéniciens et d'autres peuples de l'Orient ont complètement disparu et ne nous ont rien laissé'que leurs noms, tandis que les Égyptiens eux-mêmes , malgré leurhauterenomméede science, ne nous ont légué que quelques signes indéchiffrables, les Hébreux seuls, parmi les peuples qui les entouraient, ont arraché à la fureur des temps des monuments dont la haute antiquité défie les plus anciennes productions littéraires de l'Orient et de l'Occident.
Une foule de notions historiques sur les peuples de l'Orient nous manqueraient complètement si nous ne pouvions consulter les documents bibliques.
C'est danscesdocumentsseuls que nous trouvons quelques traces de l'histoire primitive du genre humain. Plus que toutes les œuvres poétiques de l'antiquité, la poésie des Hébreux pénètre dans les profondeurs du cœur humain; seule elle peut s'adresser aux hommes de tous les temps etde tous lesciimats, parce qu'elle. est la plus sublime expression du sentiment luimain animé par le souffle divin, et qu'elle emprunte ses images aux beautés de la nature , et non pas aux fables des traditions locales.
L'UNIVERS
Knexceptiint le recueil des lois mosaïques, dont nous avons parlé plus haut, toute la littérature des Hébreux peut se diviser en deux parties , l'histoire et la poésie. Nous nous renfermons ici dans l'époque hébraïque pure, et nous ne parlons que des livres écrits avant ou pendant l'exil ; mais il ne nous est pas permis d'entrer dans des détails critiques sur chacun des ouvrages qui nous restent , et nous sommes obligé de nous borner à quelques observations sommaires.