‹ Palestine: Description géographique, historique, et archéologiqueChapitre 77 sur 106 · V histoire · texte numérisé non relu

V histoire

Nous avons dit plus haut ( d. 433 ) qu'il ne peut être question , chez les Hébreux , d'une véritable science historique ; mais il paraît qu'ils possé- «laient des ouvrages très-étendus sur l'histoire nationale. Les livres des Rois renvoient très-souvent aux annales des rois de Juda et d'Israël. Depuis le temps de David nous trouvons à la cour des rois hébreux un fonctionnaire appelé Mazkir, mot qu'on pourrait rendre par moniteur, et qui désigne très - probablement l'historiographe chargé de rédiger les événements mémorables de chaque règne. Ces annales furent continuées jusque vers l'époque de l'exil ; on les cite , pour la dernière fois, sous le règne de Joïakîni'. iNIalheureusement les annales sont perdues pour nous , de même que les histoires particulières de plusieurs règnes , composées par différents prophètes ^ Les livres historiques qui nous restent des anciens Hébreux, outre les documents du Pentateuque dont nous avons parlé dans d'autres endroits , sont les livres de Josué , des Juges , de Samuel et des I^o'S. , , .

Le livre de Josue, tant par le style que par l'esprit religieux qui y prédomine, a les plus intimes rapports avec le Pentateuque. Il offre aussi au critique le même genre de difflcultés.

L'opinion qui lui donne Josué pour auteur ne mérite pas de réfutation

> Voy. 2 Rois, 34 , 5 ; 2 Chron. 36 , ». » Voy. ci-dessus , p. 422 , col. 1.

sérieuse : du temps de Josué les enfants de Juda n'étaient pas encore établis à Jérusalem à côté des Jébusites(Jos. 15, G3), car les Hébreux ne firent la conquête de la basse ville de Jérusalem qu'après la mort de JoSué ( Juges, 1, 8 ) ; le nom même de Jérusa/emneremonte probablement pas au delà de l'époque de David. Josué n'a pu parler non plus des montagnes de Juda et de celles A' Israël ( 11 , 21 ), et il est même difficile de faire remonter ces termes géographiques avant l'époque du schisme. Enfin il serait absurde d'attribuer à Josué lui-même la citation d'un recueil de poésies dans lequel se trouvait inséré un poème qu'il avait composé lui-même à l'occasion de la défaite des Cananéens du midi '. Le passage où il est dit que les enfants de Juda n'ont pu expulser les Jébusites habitants de Jérusalem, qui y demeurentà côté des enfants de Juda jusqu'à ce jour, paraît indiquer un auteur qui écrivit avant David; car nous ne pensons pas, avec quelques critiques, qu'il soit ici question des Jébusites tolérés à Jérusalem par David et ses successeurs. D'un autre côté, comme nous venons de le dire, les expressions de montagnes de Juda et d'Israël paraissent indiquer une époque postérieure au schisme. Il est certain que le livre de Josué se compose de documents de différentes époques, qui y sont rapportés textuellement ; ces âocuments, en partie, remontent peut-être à Josué lui-même. Dans quelques passages nous trouvons des traces évidentes de deux documents différents qui ont été fondus ensemble ^ 11 est impossible de dire qui est l'auteur du recueil ou même de fixer approximativement l'époque à laquelleil fut composé. Le passage où il est parlé de la malédiction prononcée par Josué contre celui qui rétablirait les fortifications de Jéricho ( 6, 26 ), et ou l'on fait prédire à Josué un fait positif qui arriva du temps d'Achab ( 1 Rois,

' Voy. Josué, ch. 10 , v. 12 et 13 , et ci-dessus, p. 222 et 223. .

' ^ous en avons cité un exemple frappani page 221, col. 2, note 2.

16, 3 1), semblerait indiquer que le recueil des faiu de Josue ne fut rédige qu'après l'époque d'Acliab; car ce ne fut qu'alors que la malédiction de Josué put recevoir cette interprétation précise.

Le livre des Juges fut écrit , probablement, sous les premiers rois , dans le but que nous avons indiqué plus haut ( p. 231 ). Il se compose de deux parties: la première, qui va jusqu'à la lin du chapitre 16, renferme des traditions sur les ju^es d'Israël , et montre ce que pouvait, dans les temps de détresse , l'énergie d'un chef su-

firéme. Avecle l?"* chapitre commence a seconde partie , où l'auteur, sans doute pour montrer l'avantage d'une royauté héréditaire , raconte les désordres auxquels s'abandonnèrent les Hébreux du temps de la république.

Selon un passage de l'introduction (1,21), les Jébusitesoccupaientencore Jérusalem à côté des Hébreux, ce qui montre que le livre fut écrit avant la huitième année du règne de David. Dans la seconde partie ( 18, 30 ) on lit que les prêtres de l'idole de Micha exercèrent leurs fonctions auprès des DanitesjHS(7«'à la captivité ( des habitants ) du pays. Eichhorn conclut de là que cette partie fut ajoutée par un autre auteur après la conquête de Samarie par les Assyriens ' . Mais les mots que nous venons de citer ont l'air d'une glose; dans tous les cas, il me semble qu'ils ne peuvent guère se rapporter à l'exil des dix tribus, car nous savons par les livres des Rois que Jéroboam plaça l'un de ses veaux d'or dans la ville de Dan, où il n'était plus question de l'idole de Micha , et où certainement , pendant les règnes de David et de Salomon, le culte de Jéhova avait été rétabli. Nous croyons donc que tout le livre des Juges fut écrit au commencement du règne de David.

Ce livre, par son langage et parl'es-

Erit qui y règne , diffère très-sensilement des autres livres historiques de la Bible ; c'est plutôt un poème

^ Yoy. Einleilung , t. III , p. 429,

qu'une histoire. Tout y porte l'empreinte d'une naïveté et d'une simplicité que l'on ne retrouve, il me semble , dans aucun livre de la Bible, excepté dans le livre ]de lluth, qui renferme une idylle de la même époque.

Les deux livres de Samuel et les deux livres des Rois, qui, dans la version grecque et dans la Vulgate, s'appellent les quatre lieras des Rois , renferment une histoire suivie du peuple hébreu , depuis la naissance de Samuel jusqu'à l'exil de Babylone.

Ils portent en général un caractère d'authenticité historique, bien que, çà et là , nous rencontrions des détails qui ont un caractère épique , comme les aventures de David sous le règne de Saùl, ou qui sont puisés dans les traditions populaires, comme les légendes des prophètes du royaume d'Israël. Les quatre livres se lient très-naturellement les uns aux autres; on y reconnaît un plan bien suivi et une grande conformité de langage.

Quelques légères variations de style s'expliquent par la variété des documents anciens dont on se servit pour composer ces livres et dont souvent on a inséré des extraits textuels. L'unité du récit et du langage fait penser naturellement que les quatre livres sont du même auteur; or, comme il est parlé , à la lin du dernier livre, de la mise en liberté du roi Joïachîn, dans la trente-septième année de sa captivité, et de la pension qui lui fut accordée pendant tout le reste de sa vie, l'auteur n'a pu écrire avant les vingt ou trente dernières années de l'exil de Babylone. Mais son ouvTage est resté exempt de l'influence de la langue et des idées babyloniennes, que nous remarquons dans les livres historiques écrits après l'exil. Le rédacteur a puisé dans des documents en partie très-anciens et dont les auteurs furent contemporains des événements racontés. Du nombre de ces documents furent principalement les histoires particulières de différents règnes et les annales des deux royaumes, dont nous avons parlé plus haut.

L'UNIVERS

Ce qui prouve avec évidence que l'auteur copiait souvent textuellement les documents originaux, c'est qu'il dit quelquefois que tel état de choses dure encore jusqu'à ce jour, tout en parlant de circonstances qui nécessairement durent cesser avec la chute de l'État des Hébreux, comme, par exemple, le vasselage de plusieurs peuplades cananéennes , tributaires des Hébreux (1 Rois, 9, 21 ). Nous pouvons donc considérer les quatre livres de Samuel et des Rois comme les débris et le résumé de l'ancienne littérature historique des Hébreux '.

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