‹ Palestine: Description géographique, historique, et archéologiqueChapitre 81 sur 106 · La deuxième colonie juive. — Ezra et Néhémia · texte numérisé non relu

La deuxième colonie juive. — Ezra et Néhémia

Dans la septième année d'Artaxerxès Longuemain (4.58)% Ezra, descea-

' Les arguments que nous venons d'alléguer en faveur de cette identité ont été développés, avec beaucoup de détails,. par Lt J. C. Justi , dans le Reperlorium d'Eiclihorn , t. XV, p. 1-38. Ou peut aussi voir Eicliliora , Einleilung, t. II[, p. 637-641.

^ Josèptie {Antiqit. I. XI, ch. 5 et 6) intervertit les rôles et les époques: selon lui, le roi Arlhachsasthii, protecteur des entreprises d'Ezra et de ISéhémia, est le même que Xerxès , et .-/jîi<er«« est son successeur Artaxerxès Longuemain. Mais le livre de .Néhémia(13, 6) parle de laSî'année d'.^rtachsasta, tandis que Xerxès ne régna que 2i ans. Des savants modernes (Micliaelis, Jahn), tout en prenant VArthachsaslha du livre de Néliemia pour Artaxerxès Longuemain, iilentilieut VArthachsastha d'Ezra avec .\ssuenis ou Xerxès. Les.arguments de Jahn f Archœolo gia,U, l,p. 259, sont fort peu iolides.—>otre

L'UNIVERS

dantdii prand prêtre Séraïa', quitta la Babylonie , son pays natal , pour se rendre', à la tète d'une nouvelle colonie , à la ville sainte de Jérusalem , qui était encore déserte et sans organisation civile et religieuse, quoique, de- , ' r o ■ . puis plus d'un denii-siècle, le Temple mes et leurs entants. Sur la demande eut été rétabli. Ezra porte le titre de d'Ezra, quelques familles lévites et SOPHER , ou scribe, mot qui , à cette deux cent vingt Nethinim vinrent en

printemps , au commencement du premier mois, pour un endroit appelé Ahava , situe sur une rivière du même nom , et où il avait donné rendez-vous à la caravane; environ quinze cents hommes s'y rendirent avec leurs fem-

époque, désignait un érudit, un doc ieur, qui s'occupait de l'interprétation etde l'enseignement des lois mosaïques et des écrits des prophètes. Le prophétisme, ou l'enseignement par inspiration et sousdes formes poétiques, cessa à cette époque , pour faire place à l'interprétation savante, par le moyen de laquelle on cherchait à rattacher à la lettre de la loi des doctrines plus récentes qui ne s'appuyaient que sur la tradition, et à résoudre des cas de conscience qui n'étaient pas prévus par la loi écrite. ï^zra donc , qui avait disposé son cœur à étudier la doctrine de Jéhova et à la pratiquer, et à enseigner dans Israël la loi et le droit (Ezra, 7, 10), sollicita du roi Artaxerxès la permission d'aller à Jérusalem avec une nouvelle caravane et de s'y occuper de l'organisation de la communauté conformément aux lois nationales du peuple hébreu. Le roi de Perse , avec l'assentiment de ses sept ministres, lui accorda un firman qui l'autorisa à émigrer en Palestine avec tous les Juifs qui voudraient se joindre à lui , à recueillir des dons parmi les Juifs de Babylonie, et à établir en Judée des tribunaux qui jugeraient selon les lois mosaïques. En même temps il donna ordre aux autorités persanes de la Syrie d'accorder à Ezra, sur les revenus de la province, des secours considérables en argent , en blé , en vin , en huile et en sel, et d'exempter les prêtres et les autres (Serviteurs du Temple de Jérusalem de toute espèce d'impôt. Ezra partit au

opinion est celle de la majorité des critiques modernes (Eichhorn, Gesénius, Winer).

' Dans la table généalogique (Ezra, 7, l)Ezra est appelé ftls de Seraia; mais il est évident que Jils veut dire ici descendant; car Seraia lut mis à mort, lors de la destruction de Jérusalem [en 588), 130 ans avant celte époque.

core se joindre à eux , et on se prépara au voyage par un jeûne général et enimplorantlaprotectionduciel. Ezra partit plein de confiance en Dieu; ne voulant devoir qu'a Dieu seul l'heureuse issue de son voyage, il refusa de se faire accompagner par les soldats du roi de Perse. La caravane se mit en marche le 12 du premier mois; les riches dons qu'on avait recueillis furent conflés à la garde de douze prêtres. Aucun accident ne troubla la marche, et au premier jour du cinquième mois, la caravane arriva heureusement à Jérusalem. Après trois jours de repos , Ezra fit remettre les dons aux prêtres et lévites du Temple, qui en dressèrent un état exact, et on offrit de nombreux sacrifices au nom de toutes les tribus d'Israël. Ezra expédia ensuite le décret royal aux satrapes de Syrie et obtint les secours qu'il avait réclamés. s

L'ancienne colonie , à ce qu'il paraît, était dans la plus profonde décadence. Elle se trouvait encore sous la direction de Joïakîm , fils du grand prêtre Josué'; mais il paraît que Joïakîm, qui dut être d'un âge trèsavancé , manquait d'énergie ou de capacité. Au lieu de maintenir la pureté de leur race, ce qui, de tout temps, avait été signalé comme une condition nécessaire pour le maintien des lois et de la religion de IMoïse, les Juifs, même les prêtres et les lévites, avaient contracté de nombreux mariages avec des femmes païennes. Le pieux Ezra ne s'était pas attendu à de pareils écarts ; quelques mois se passèrent sans qu'il en eût connaissance. Un jour quelques chefs du peuple lui ayant fait connaître l'état des

' Voy. Néhémia , 12, 26; Josèphe, Jtf tiqu. XI, 5, a.

choses, il déchira ses vêtements et resta assis à terre jusqu'au soir, sans prendre aucune nourriture. A l'heure du sacrifice du soir, il se leva, alla se mettre à genoux sur la place du Temple, pria à haute voix et confessa les poches du peuple. La foule qui s'assembla autour de lui, fut profondément émue de ses paroles et versa des larmes abondantes. Un homme sortit de la foule , et s'approchant d'Ezra , il proposa que tous ceux qui avaient contracté des mariages avec des païennes , prissent l'engagement d'expier leur faute, en se séparant de leurs femmes et de leurs enfants. Cette mesure cruelle, mais nécessaire, fut généralement approuvée, et Ezra fit jurer sur-le-champ tous les coupables qui se trouvaient présents d'accomplir promptement leur promesse. Il se rendit ensuite dans le cabinet de Johanan, petit-fils du grand prêtre Joïakîm , où, avant de prendre aucune nourriture', il décréta , de commun accord avec les chefs et les anciens, que tous les pères de famille de la colonie seraient invités à se rendre à Jérusalem, dans l'espace de trois jours, sous peine d'être exclus de la communauté et de voir confisquer tous leurs biens au profit du sanctuaire. On était alors au neuvième mois (novembre-décembre), et malgré la mauvaise saison , tout le monde se présenta à Jérusalem au bout de trois jours, le 20 du mois:

« Vous avez péché, leur dit Ezra, et « en prenant chez vous des femmes « étrangères, vous avez augmenté le «crime d'Israël; mais maintenant, « confessez-vous à Jéhova, le dieu de « vos pères, et faites sa volonté; sé- « parez-vous des peuples du pays et « des femmes étrangères. » Tous promirent d'obéir ; maisils représentèrent à Ezra les inconvénients qu'aurait la prompte exécution d'une pareille mesure pendant la saison des pluies, et ils demandèrent qu'on nommât une commission qui, conjointement avec les anciens et les juges de chaque ville, pût opérer petit à petit l'épuration réclamée par Ezra. Cette proposition fut adoptée ; la commission se réunit dès

le commencement du dixième mois, et , au bout de trois mois, ses opérations étaient terminées. Parmi les coupables se trouvèrent des hommes des plus hautes classes, et la famille pontificale elle-même s'était dégradée en admettant dans son sein des femmes païennes. Aussi n'est-il pas question de la coopération du grand prêtre dans les mesures prises par Ezra.

Il paraît qu'Ezra ne fut pas assez énergiquement soutenu par les chefs du peuple pour pouvoir pousser plus loin son œuvre de réforme; du moins nos documents historiques ne parlentils d'aucun autre acte important que celui qu'Ezra parvint à accomplir dans un premier moment d'entraînement et d'enthousiasme. L'inaction d'Ezra peut s'expliquer aussi par les événements graves qui se passèrent alors en Syrie. Les Égyptiens, ayant proclamé roi le Libyen Inarus, venaient de secouer le joug des Perses, et ce fut en Syrie et en Phénicie que s'assembla l'armée de terre et de mer qu'Artaxerxès envoya contre l'Egypte. Quelques années plus tard, Mégabyze, beau-frère d'Artaxerxès et gouverneur de la Syrie, indigné de la conduite du roi, qui, contrairement aux conventions de paix, avait fait mettre à mort Inarus et une cinquantaine de prisonniers grecs, se révolta contre son souverain, rassembla en Syrie une armée considérable et battit deux fois les troupes royales. Ces événements durent troubler la paix de la Palestine et empêcher Ezra de poursuivre ses projets et d'obtenir des secours du roi de Perse. Ce ne fut que treize ans après l'arrivée d'Ezra que la colonie juive trouva un nouvel appui dans un grand personnage, plein de piété et d'énergie et très-influent à la cour de Perse. Dans l'hiver de la vingtième année d'Artaxerxès (-1-45), ÎNéhémia, échanson du roi, se trouvant à Suse, apprit par son frère Hanani et par quelques autres Juifs arrivés de Jérusalem, dans quel triste état se trouvait la nouvelle communauté établie en Judée; les murs de la ville sainte étaient encore en ruine, et ses habi-

L'UNIVERS

tants étaient en butte aux insultes des peuplades voisini>s. Le pieux Néhéinia prit aussitôt la résolution de voler au secours de ses frères, et, livré au jeilne et à la [)rière, il attendait un moment favorable pour demander au roi de Perse un congé et les pouvoirs nécessaires. Au printemps de la méuie année, Néliémia se trouvant un jour en présence du roi et de la reine, pour remplir ses fonctions, parut profondément abattu. Le roi lui ayant demandé la cause de son chagrin.

Comment, répondit-il, n'aurais-je pas un air affligé, quand la ville où sont ensevelis mes ancêtres est déserte et que ses portes sont consumées par le feu ? Artaxerxès parut touché, et sur la demande de Néhémia, Il lui accorda un congé, et lui promit des lettres pour les pachas de Syrie et pour l'inspecteur des forêts, afin de lui faciliter son entreprise et de lui fournir le bois nécessaire pour les constructions. Muni de pouvoirs très-éteudus €t nommé pacha de Judée (Néhém. 5, 14), Néhémia partit pour Jérusalem; une nombreuse escorte veillait à sa sûreté. Arrivé heureusement au terme de son voyage, il entra dans Jérusalem sans bruit et accompagné seulement d'un petit nombre d'hommes, et après avoir pris trois jours de repos, il sortit, avec ses amis, pendant la nuit, pour visiter tous les lieux où il devait faire exécuter des travaux. Ce ne fut qu'après avoir tout examiné et mûri son plan, qu'il fit un appel aux habitants de la Judée et les encouragea à mettre la main à l'œuvre, en leur faisant connaître les ressources dont il disposait et la protection que le roi lui avait accordée. L'ouvrage fut partagé entre toutes les familles de la colonie et confié aux soins de leurs cliefs; les prêtres eux-mêmes n'en furent pas exemptés , et le grand prêtre Éliasib, fils et successeur de Joïakîm, présida en personne à leurs travaux.

Les travaux des Juifs durent exciter de nouveau la jalousie des peuplades voisines; comme ennemis des Juifs on mentionne surtout des Arabes, des Ammonites et des Philistins d'Asdod ;

mais le point central où se tramaient tous les complotset d'où partaient toutes les attaques, était sans doute le pays de Samarie. Sanballat, le lioronite, originaire de Horonaïm dans le pays de Moab , et probablement gouverneur du roi de Perse à Samarie, l'Ammonite Tobieet l'Arabe Guésem furent les principaux meneurs des intrigues. Us se contentèrent d'abord de railler les Juifs , et leur demandèrent avec ironie s'ils pensaient se révolter contre le roi ; mais voyant avancer avec rapidité les travaux des fortifications de Jérusalem, ils prirent une attitude hostile et menacèrent les Juifs d'une attaque sérieuse. Néhémia, averti de leurs projets , ordonna que tous les ouvriers eussent l'épée au coté; une moitié de ses propres gens tenait en réserve des lances, des boucliers, des arcs et des cuirasses, tandis que l'autre moitié prenait part aux travaux. Luimême était toujours accompagné d'un trompette , afin de faire donner le signal au moment du danger; envoyait souvent les ouvriers travailler d'une main, et de l'autre tenir l'épée. La nuit on posait des sentinelles; Néhémia lui-même et tous ses gens ne quittaient point leurs vêtements pendant tout le temps que duraient les travaux. Grâce à toutes ces précautions , Néhémia parvint à déjouer les complots de Sanballat et de ses auxiliaires et à rendre la sécurité et le courage au peuple de la Judée; tout le monde mit la main à l'œuvre et on travaillait avec une extrême ardeur. Les ruses des ennemis n'eurent pas plus de succès que leurs violences. Ce fut en vain que Sanballat annonça à Néhémia, dans une lettre ouverte ,' qu'on l'accusait de vouloir se faire proclamer roi des Juifs ; ce fut en vain qu'on gagna de faux prophètes, et même une prophétesse-, pour faire croire à Néhémia que sa vie était en danger , et pour l'engager à se cacher dans le Temple, afin de s'emparer plus facilement de sa personne ; ce fut en vain encore que l'Ammonite ïobie entretenait une correspondance active avec plusieurs Juifs, avec lesquels il était allié par mariage,

«t qui, feignant d'ctre amis de Néhémia, cherchaient à le trahir. Toutes ces menées éciiouèrent contre la prudence et le sang-froid de Néhémia, qui poursuivait ses desseins avec une constance à toute épreuve. Cinquantedeux jours suffirent pour relever les murailles de Jérusalem ; le vingt-cinquième jour du mois cl'éloul (aoûtseptembre) les travaux étaient achevés, et on les inaugura par de nombreux sacrifices et par des réjouissances publiques (iXéhém. G, 15; 12, 27-43).

Le commandement supéri>îur de la ville de Jérusalem fut confié par Néhémia à son frère Hanani et à un certain Hanania; diverses autorités furent établies pour l'administration du Temple et de la ville, et les citoyens furent chargés , dans les différents quartiers , de la garde des murailles €t des portes. Néhémia ordonna de fermer les portes chaque soir et de ne les ouvrir qu'après le lever du soleil. La population de la ville étant encore peu nombreuse, Néhémia , après avoir consulté le document dans lequel étaient inscrites toutes les familles arrivées en Judée avec Zéroubabel, convint avec les chefs du peuple qu'un dixième de la population totale de la Judée s'établirait à Jérusalem. On tira au sort les familles qui devaient transférer leur domicile dans la capitale ; à côté des familles de Juda et de Benjamin il y avait alors à Jérusalem près de douze cents prêtres et deux cent quatre-vingt-quatre lévites, sans compter les Néthmim qui occupaient la place Ophia. Outre Jérusalem, les colonies juives occupaient trente-trois villes avec leurs villages, depuis Betheljusqu'àBeërséba(ib.ch. 11).

Les familles juives étaient en partie dans la plus profonde misère. Probablement plusieurs des familles arrivées sous Zéroubabel , ne pouvant produire de titres suffisants pour être mises en possession de leurs anciennes propriétés, durent se contenter d'acheter un petit terrain , ou d'accepter quelques terres abandonnées et peu fertiles , ou bien même de travailler pour le compte des grands pro-

priétaires. Les impôts et les exactions des pachas avaient totalement ruiné les familles peu fortunées ; elles furent obligées de faire des emprunts, et ne pouvant payer, elles durent abandonner aux créanciers leurs petites propriétés et souvent leurs personne^, de sorte qu'il y avait d'un côté de grands seigneurs riches et de l'autre des serfs vivant dans la misère et dans l'oppression. Les malheureux portèrent leurs plaintes devant Néhémia , et celui-ci fut profondément affligé d'un état de choses qui était aussi contraire aux principes d'humanité qu'aux dispositions formelles des lois mosaïques.

Néhémia en fit de sévères reproches aux seigneurs; afin de les engager, par son exemple , à tenir une meilleure conduite, il leur rappela combien de sacrifices il avait faits lui-même pour racheter des Juifs tombés en esclavage, et déclara renoncer, pour son compte, à tout ce que des familles pauvres lui avaient emprunté en argent et en nature, depuis son arrivée en Judée. La générosité de Néhémia et ses paroles énergiques firent une vive impression; les riches créanciers promirent de rendre les terres qu'ils avaient prises en gage , sans réclamer aucun payement, et Néhémia les fit jurer, en présence des prêtres. Il ajouta, en secouant son vêtement : « Que Dieu secoue (arrache ) ainsi de sa maison et de ses occupations tout homme qui n'exécutera pas cette chose ! puisse-t-il ainsi être secoué et vidé ! » Tous les assistants répondirent : Amen ! Il fallut un homme désintéressé comme Néhémia pour opérer cette importante reforme de la propriété ; son désintéressement allait si loin qu'il renonçait même aux revenus auxquels il avait droit comme pacha , quoique sa position l'obligeât de vivre avec un certain luxe , et d'admettre tous les jours à sa table un grand nombre de personnages de distinction.

Ce qui manquait surtout à la colonie juive, c'était l'amour des institutions nationales et des principes religieux et sociaux proclamesdans la doctrine mosaïque , qui , à ce qu'il parait.

L'UNIVERS

était à peine connue de nom. Le vénérable Ezr.i n'était pas entouré de ce prestige de grandeur qui agit sur les niasses ignorantes; il n'y eut que peu d'hommes capables d'apprécier son savoir. Néhémia comprit combien un homme comme E/.ra pouvait être utile à la régénération de son peuple et il paraîtrait en effet que ce fut Néhémia , le puissant pacha , qui fit reparaître sur la scène le sopher Ezra, et qui contribua à le rendre très-populaire '. Pour faire connaître au peuple les lois de IMoise , une assemblée nationale fut convoquée à Jérusalem, nous ne saurions dire dans quelle année, pour la fête de la septième néoménie; les Juifs, et même leurs femmes , s'y rendirent en foule. On s'assembla , dès le matin , sur une grande place, près de la Porte de l'Eau (p. 47)-, au milieu de la place on avait préparé une tribune, sur laquelle se présenta Ezra , tenant le livre de la loi et ayant à ses côtés les principaux chefs "^de famille. Lorsqu'Ezra déroula le livre, toute l'assemblée se leva ; il bénit à haute voix Jéhova, le grand Dieu, et tous les assistants se prosternèrenten répondant:

Jmen! amen! Ezra lut dans le livre jusqu'à midi; plusieurs lévites se chargèrent de répéter les passages aux nombreux auditeurs et de leur en faire connaître le sens. Le peuple fut profondément ému , tous les yeux étaient eu larmes. Alors Néhémia, Ezra et les lévites rappelèrent au peuple que c'était un jour saint et qu'il ne fallait pas troubler la fête par l'affliction et les larmes; le peuple se retira, le reste de la journée fut consacré à la joie, et, selon l'ancienne coutume , on lit des

' Nous ne saurions, avec M. Zunz {Die goltesdicnstlichen Fortrœge der Jiiden, p. 24 et suiv.), ne consifiérer le récit des en. 8 et 9 du livre de Néhémia que comme une simple liction , auoique nous admettions que ces deux cltapitres paraissent appartenir à un auteur postérieur à Néhémia. Mais quel qu'en soit l'auteur, il ne nous parait nullement démontré qu'il ait fait un anachronisme en faisant d'Fzrale collègue de Néhémia. La critique des^Chroniques et des Livres d'Ezra et de Néhémia, tirée du savant ouvrage que nous venons de citer, a été publiée, en français, dans le tome XVIII de la Bible de M. Caben.

munificences aux pauvres. Le lendemain les chefs de famille, les prêtres et les lévites s'assemblèrent auprès d'Ezra pour entendre ses lectures et se pénétrer du sens des lois divines.

Ezra ayant lu les préceptes concernant la fête des Tabernacles, qui devait commencer le 15 de ce même mois, on fit aussitôt les préparatifs nécessaires pour célébrer cette fête selon les rites prescrits, et on dressa des cabanes sur les toits, dans les cours et sur les places publiques (p. 188).

Depuis l'époque de Josué , fils de Noun , la fête des Tabernacles n'avait pas été célébrée avec autant de solennité que cette fois (Néhém. 8, 17).

Tous les jours de la fête, on lut publiquement dans le livre de la loi. Le surlendemain du dernier jour de fête, le 24 du mois, on célébra un jeilne public. Dans l'assemblée convoquée à cette occasion, le peuple se présenta en habits de deuil; on lut la loi pendant trois heures , et trois autres heures furent employées aux prières et à la confession des péchés. Huit lévites placés sur une tribune prièrent à haute voix ; on rappela devant Dieu, avec contrition, toutes les vicissitudes du peuple hébreu, tout ce que la providence divine avait fait pour ce peuple, qui cependant par ses nombreuses fautes , fut privé de son bonheur et de son indépendance, et qui, sur le sol paternel , portait le joug d'un souverain étranger.

Ces solennités firent sans doute une profonde impression sur l'esprit des masses; Néhémia et Ezra parvinrent à ranimer le sentiment religieux et à jeter les bases d'une nouvelle société Israélite. On tâcha de mettre à exécution toutes les lois mosaïques, autant qu'elles étaient applicables à l'état des Juifs dans ces temps, et c'est de cette époque que date l'existence réelle des institutions de Moïse. Néhémia passa douze années à organiser la nouvelle communauté; ce fut probablement avant son départ pour la Perse, dans la trente-deuxième année du règne d'Artaxerxès, que Néhéniia, pour consolider son œuvre, fit signer uu

acte formel aux chefs du peuple, aux prêtres et aux lévites. Par cet acte, 'lis s'engagèrent, sous la foi du seruient, jà observer la loi divine donnée par {Moïse au peuple hébreu ; à ne pas (contracter de mariages avec les peujples païens qui habitaient autour d'eux ; à observer strictement les jours jde sabbat et de fêtes, et à ne rien pcheter en ces jours aux étrangers jqui viendraient débiter leurs marjchandises; à observer les lois sur [l'année sabbatique, concernant letra- Ivail de la terre et les prêts ; à payer ichaque année un tiers de sicle par tête ' , pour l'entretien du sanctuaire et des sacrifices publics ; "i fournir chaque année le bois nécessaire pour le service de l'autel , selon un tour ide rôle qui serait fixé par le sort; à [présenter aux prêtres les premiers-nés des hommes et des animaux; à payer les dîmes et les autres droits des prêtres et des lévites, prescrits dans les lois. — Cet acte fut revêtu de nombreuses signatures en tête desquelles on remarquait le nom de Kéhémia, avec le titre de Tirsathà^, et quatre-vingt-trois autres noms qui étaient ceux des principaux prêtres , lévites et chefs de famille. Le texte de ce document remarquable nous a été conservé dans le livre deNéhémia (ch. 10).

On pourrait s'étonner de ne pas trouver parmi les signatures de cet acte le nom du grand prêtre Éliasib ; mais il paraît que Néhémia ne vivait pas en bonne intelligence avec la famille pontificale, qui probablement ne montrait pas un grand zèle pour soutenir les efforts d'Ezra et de Néhémia, et qui avait contracté des mariages avec des familles païenjnes. Le grand prêtre jouait, sous l'ad-

' Voy. ci-dessus, page 178, col. I, note 3. ' ' C'était prohableinent un titre honorifi- I que que portaient les pachas et les grands seigneurs en Ferse. On le trouve deux fois a coté du nom de Néliéraia (Neh. 8, 9; 10, 2); dans d'autres passages, où on le trouve seul , il parait désigner Zéronbabel (Ezra, 3, 62; ;Neh. 7, 65 et 70). Le mot Tirsathd signilie probablement inspirant la terreur, ou le respect; il parait être corrompu par les écrivains hébreux ; en tanscrit on pourrait le rendre pàttrdsa-da.

niinistration de Néhémia, un rôle très-secondaire; nous ne le voyons figurer dans aucun des actes accomplis par Néhémia. — Un autre nom illustre qui manque dans le document est celui d'Ezra, et il faut conclure de là qu'Ezra était mort avant la rédaction de cet acte. Selon Josèphe, il mourut à un âge avancé et fut enseveli à Jérusalem '. D'autres traditions juives disent qu'il retourna en Perse, et qu'il mourut en chemin».

Néhémia se démit de ses fonctions, dans la trente-deuxième année d'Artaxerxès (en 483) et retourna auprès du roi (Néh. 5, 14; 13, 6). Mais au bout d'un certain temps, ayant appris que de nouveaux abus menaçaient de détruire l'oeuvre qu'il avait accomplie avec tant de peine, il demanda encore uite fois la permission d'aller à Jérusalem . Il y trouva de graves désordres : les droits des lévites n'étaient pas payés , et ceux-ci avaient q-uitté leurs postes ; on profanait le jour du sabbat, en travaillant dans les pressoirs et dans les champs et en vendant des comestibles; les Tyriens débitaient leurs marchandises ,'et notamment le poisson, au jour de sabbat; les mariages avec des femmes étrangères étaient redevenus trèsfréquents, et il en était né des enfants qui parlaient des dialectes étrangers et qui ignoraient la langue hébraïque; l'Ammonite Tobie, ennemi des Juifs, occupait, dans l'une des dépendances du Temple, un appartement qui lui avait été cédé par le grand prêtre Éliasib, dont il était parent par alliance; enfin Joïada, fils d'Éliasib, et alors grand prêtre, avait marié son propre fils avec la fille de

• Voy. Antiqu. XI, 5, 5. Josèphe le fait mourir longtemps avant cette époque; selon lui, l'assemblée nationale, dans laquelle Ezra lut publiquement le livre de la Loi, eut lieu avant l'arrivée de Néhémia; ce qui est contre le texte formel du livre de Néhemia (8, 9). , .

» Au moyen âge on montrait son tombeau près d'une rivière appelée Samoura, aux frontières de la Perse, à deux jouriiees de Ba«sora. Vov. Benjamin de 'ludele, eu.

l'Empereur, p. S5 et 86; lehouda al-Hanzi, Thakkemoni, ch. 35.

L'UNIVERS

Sanbnilot, chef des Samaritains. Né- Jiéinia (l('|)loya une «grande sévérité pour rétal)iir l'ordre iéjjal et sauver la religion et la nationalité juives. Il ordonna que les portes de Jérusalem fussent fermées tous les vendredis au soir, pour n'être rouvertes qu'après le jour du sabbat, et menaça les marchands qui se tenaient aux portes de les faire repousser par la force. Il prit, pour l'épuration des familles , des mesures analogues à celles qui avaient été prises autrefois par Ezra. Tobie fut chassé de l'appartement qu'il occupait près du Temple, et le gendre de Sanballat fut exilé de Jérusalem. Le service des prêtres et des lévites fut réglé de nouveau , et Néhémia leur assura le payement de leurs droits.

Nous ne saurions indiquer, avec précision, l'époque de cette seconde réforme accomplie par Néhémia. Celui-ci dit dans ses mémoires (Néh. 13, 6) : au bout d'un certain temps • , ie demandai {un congé) au 7'oi. Le roi dont il parle est évidemment Artaxerxès mentionné dans le même verset; or, Artaxerxès étant mort l'an 424 avant l'ère chrétienne, le second départ de Néhémia pour Jérusalem dut avoir lieu avant cette époque. Il n'est pas probable que les abus dont nous venons de parler aient pu avoir lieu immédiatement après le départ de Néhémia pour la Perse, et pour que celui-ci, à son retour à Jérusalem, pût trouver des enfants issus des mariages mixtes et parlant déjà des dialectes étrangers, il faut supposer un intervalle de quatre à cinq ans au moins. Nous croyons donc que Néhémiatfit son second voyage en Judiée entre 428 et 424 '.

1 Le texte dit p>Q» yDS(^'"'9- »'« fl*'^ dieriim), c'est-à-dire, au}boui{d'un nombre) de jours ou d'années.

2 Humplirey Prideaux [the old and new Test. eo»«('c/e"'/,etc.) soutient que ladeuxiécoe réforme de Néhémia n'a pu avoir lieu avant la 11^ année de Darius Notlius; mais ses arguments sont d'une extrême faiblesse. A la vérité, il parait résulter des paroles de Néhémia (13, 4) que le grand prêtre Eliasib était mort; mais c'est sur la foi d'un livre fort peu authentique, appelé la Chronique Alexandrine, quePrideaux fait vivre Eliasit)

Les efforts de Néhémia furent secondés par Malachi , le dernier de tous les prophètes. Quoique nous ne trouvions, dans la Bible, aucun renseignement historique sur ce prophète, on reconnaît facilement dans ses discours l'époque de Néhémia. Le Temple est rebâti depuis longtemps (Malachi, 3, 1 et 10); le peuple néglige de payer les droits des prêtres et des lévites (ib. v. 8}, et ceux-ci manquent à leurs devoirs, profanent le nom de Jéhova et se font mépriser par le peuple {ib. 1, 6 — 8; 2, 1—9). De même que Néhémia, le prophète s'élève contre ceux qui prennent pour femmes les filles d'un dieu étranger, et qui souvent trahissent, pour ces alliances impies, leurs jeunes femmes Israélites {ib. 2, 10 — 16). On voit que Néhémia et Malachi luttaient contre les mêmes abus, et il est plus que probable qu'ils étaient contemporains. Nous observerons encore que Sanballat et ses alliés, en accusant Néhétnia de vouloir se faire proclamer roi, lui reprochèrent positivement de se faire appuver par des orateurs ou prophètes {^é\\. 6, 7).

Nous ne savons rien sur les destinées ultérieures de Néhémia; selon Josèphe, il atteignit un âge avancé.

Nous possédons de lui et d'Ezra quelques mémoires sur leurs actes les plus importants. Ces mémoires, augmentés de quelques autres documents ' ,

jusqu'à la onzième année de DariusNoIhus. Il va même plus loin, et, se fondant sur un prétendu calcul des soixante-dix semaines de Daniel , il place les nouvelles réformes de Néhémia dans la quinzième année de Darius (408 avant J. C). Jahn , qui admet l'opinion de Prideaux (voy. son Àrchœoloqie, II, i, p. 272-277), s'étonne beaucoup que les commentateurs n'aient pas vu dans Néhémia , ch. 13^ V. 25, que les fils issus des mariages mixtes avaient déjà des barbes. Mais d'abord le verbe WA-EMRETÊM {et decalvavi eos) veut dire simplement Je leur arrachai les cheveux, et il n'est nullement vrai , comme parait le croire Jahn, qu'il se rapporte spécialement a la barbe ; ensuite il est clair, par la grammaire et le bon sens , que ce furent les pères et non pas les fils, auxquels Néhémia fit subir les mauvais traitements dont parle le v. 25.

' Au ch. 12 de Néhémia, on trouve des généalogies qui vont jusqu'à l'époque d'Alexandre.

formèrent plus tard les deux livres d'Kzra et de Néhémia; le dernier est rédigé sans aucune suite chronologique, et ce n'est que par des combinaisons conjecturales que nous avons pu établir Tordre des faits racontés d'après ce livre.

A ces faits ia tradition juive en ajoute plusieurs autres qu'on ne saurait admettre dans tous leurs détails, mais qui ont sans doute une base historique. Ezra surtout devint le héros de toutes les traditions qui concernent les institutions civiles et religieuses postérieures à l'exil, et notamment la collection des débris de la littérature nationale et la propagation des études littéraires ' . On a vu qu'Ezra fut autorisé par Artaxerxès à établir des tribunaux juifs; selon la tradition, ces tribunaux siégeaient deux fois par semaine, les lundi et jeudi, et comme il y avait ces jours-là un grand concours de monde dans les villes, on en proGlait pour lire , publiquement dans le livre de la loi. i Des réunions religieuses, ou des Sij- \ nagogues, furent établies dans toutes I les villes, et on composa, à l'usage de i ces réunions, un rituel de lectures et I de prières. On mit en ordre tout ce qui avait pu être sauvé de la littérature ! des anciens Hébreux; on en fit faire des copies correctes, et en y joignant les discours des derniers prophètes, on créa une bibliothèque sacrée, composée de la plupart des livres qui forment maintenant l'Ancien Testament, et qui fut augmentée ensuite de quelques autres écrits composés plus tard et ju^és dignes d'être reçus au nombre des livres sacrés ». Toutes ces iusti-

' Voy. ci-dessus, page 43S, col. I.

' Le canoa de l'Ancien Testament, tel que i nous l'avons maintenant, et tel qu'il existait . déjà avant le commencement de l'ère chrétienne , ne remonte pas au delà de l'époque des Maccabées; car il renferme des écrits qui appartiennent évidemment à cette epo- ; que , comme, par exemple , le livre de Daniel. ? Mais il est certain qu'il a été formé suc- '. ceisivement , et, si nous ctierchons l'époque ' ou la collection a pu être commencée , nous i n'en trouvons pas de plus convenable que i celle d'Ezra et de Néhémia. Le II" livre des Maccabecs (2,13) parle expressément des li-

tutions et d'autres encore sont attribuées à Ezra; mais la tradition fait partager ses travaux par un conseil qu'il établit lui-même et dont il avait la présidence. Ce conseil est connu sous le nom de Keneseth ha-gue- DOLAH, c'est-à-dire, le grand synode, ou, comme on l'a appelé plus souvent, la grande synagogue. Il est convenu, en général, chez les critiques inodernes, de traiter de fabuleux tout ce que les anciens rabbins rap|)ortentde celte grande synagogue , et on va même jusqu'à nier qu'elle ait jamais existé.

Mais une institution dont le Thalmud parle souvent comme d'une chose bien connue, et dont les adversaires mêmes du Thalmud, les docteurs de la secte des Caraïtes, reconnaissent l'existence et invoquent l'autorité ', ne saurait être considérée comme une pure fiction, par la seule raison que Josèphen'en parle pas. Il est vrai que plusieurs détails que donnent les rabbins sur cette synagogue reposent sur des erreurs; ainsi il est iinpossible qu'Ezra, contemporain d'Artaxerxès, y ait siégé ensemble avec Zf roubabel et Josué, partis de Babylone sous Cyrus, ou avec Siméon le Juste, qui, selon le Thalmud, florissait du temps d'Alexandre le Grand. Il est évident que les rabbins qui ont fait cet anachronisme, et les auteurs chrétiens qui l'ont répété *, ignoraient complètement la chronologie de l'histoire des Perses et ne savaient pas mesurer les intervalles des différents faits racontés dans les livres d'Ezra et de Néhémia, de sorte qu'ils croyaient pouvoir réunir dans une seule assemblée tous les personnages marquants mentionnés dans ces livres et y joindre même un contemporain d'Alexandre; car les 183 ans qui s'écoulèrent depuis l'achèvement du Temple, ou la sixième année de Darius, flls d'Hystaspe (515),

vres recueillis par Néhémia pour former une bibliothèque sacrée.

' Voy. ?iotitia Karœnrum ex Mardochtei Karcei recentioris traclnlu haurienda, éd. J. Chr. irolfius, p. III. 112.

* Voy. par exemple, Genebrard , Chronologia sacra. 1. 2, Brucker; //«/• cril. philosophiœ, t. II, p 7S9.

L'UNIVKRS.

jusqu'à l'arrivée d'Alexandre à Jérusalem (332), se réduisent, selon eux, à quarante ans. Mais la tradition, en fixant le nombre des membres à 120, et en v plaçant des bomines qui avaient vécu a des époques différentes (si toutefois ces détails dérivent d'une source ancienne), ne voulait dire autre cbose si ce n'est que cette synagogue, établie par Ezra, existait encore après lui, jusqu'à l'époque d'Alexandre, et que tous les membres qui en avaient tait partie, à différentes époques, jusqu'à Siniéon le Juste, qui fut un des derniers membres de la grande synagogue ', se montaient ensemble au nombre de cent vingt. Au reste, les travaux attribués à Ezra et Néhémia étaient de nature à exiger la coopération d'autres bommes influents, et ce ne serait pas faire preuve d'une saine critique que de mettre en doute la vérité historique d'une tradition antique, contre laquelle on ne saurait alléguer aucun argument solide, et qui, au contraire, est en elle-même très-vraisemblable ».

La grande sîjnagogue, à ce qu'il paraît, introduisit des améliorations notables dans l'administration de la justice, chercha à donner un grand développement à l'instruction publique, qui toutefois se bornait aux choses religieuses, à la littérature et aux lois nationales, et s'efforça d'assurer l'observation des lois mosaïques, en les entourant d'une foule de règlements, qu'elle y rattachait au moyen de certaines règles d'interprétation.

Tel nous paraît être le sens des trois préceptes attribués par les anciens docteurs aux hommes de la grande synagogue : « Soyez circonspects dans le jugement, formez beaucoup d'élèves et faites une haie autour de la loi ^. » ^^ Nous aurons l'occasion , en parlant

' Mischnn, quatrième partie, traité Aboth (sentences des Pères), cli. I, § 2.

» Comparez Buxtorf, Tiberias, cap. 10 et 1 1 ; Jost, Geschichte, etc. (Histoire des Israélites depuis le temps des Maccabées jusqu'à nos jours), f. m, p. 43-45, et l'Appendice, p. 1 13; Zunz, 1. c, p. 33 (ou la traduction dans la Bible de M. Cahen, t. XVIII, p. 32).

^ Mischna, I. c. § I.

des sectes, de faire connaître certaines doctrines nouvelles, qui, en partie, doivent remonter à cette époque et sont probablement d'origine persane ou babylonienne. Le ïbalmud luimême, tout en faisant remonter ces doctrines jusqu'à Moïse, admet en principe l'influence de l'exil de Babylone sur certaines croyances et coutumes ; il parle notamment de l'adoption des noms chaldéenspour les mois de l'année , et du développement de la croyance aux anges, auxquels, depuis cette époque, on donne des noms correspondant aux fonctions qu'on leur attribue '.

Quant à la constitution civile de la nouvelle communautéjuive, les textes des livres d'Ezra et de Néhémia et les traditions qui s'y rattachent ne suffisent pas pour nous en donner une idée parfaite. Il paraît que les Juifs se gouvernaient à l'intérieur avec assez d'indépendance , sauf à reconnaître la souveraineté des rois de Perse , qui jugeaient en dernier ressort, par l'intermédiaire de leurs pachas, et qui levaient certains impôts (Néhém. 5 , 4).

Sous Néhémia , le joug de la Perse rie se faisait pas trop sentir, et la Judée était une espèce de république, sous la suzeraineté du grand roi. Sur les temps suivants, jusqu'à l'époque des Maccabées, nous manquons presque entièrement de données historiques.

Il paraît que les grands prêtres prirent un grand ascendant, et qu'ils devinrent" les intermédiaires entre le peuple de la Judée et le souverain étranger.

Le nord de la Palestine partageait le sort des autres provinces du vaste empire des Perses. Nous devons nous contenter, pour le reste de l'époque persane, ainsi que pour l'époque grec-

■ Voy. Thalmud de Jérusalem, ifoic^i haschana, ch. I. Les noms des mois que nous trouvons chez les Juifs, après l'exil, sont ISi- San (mars-avril), hmdr, Slwan Thammnuz, Ab, Elonl, fhischri, Marcheschwan Kislew, Tébcth, Schebât, Addr; ce sont primitivement les noms de certames divmites orientales. En fait de noms d'anges , on trouve dans le livre de Daniel, ceux de Gnhriel et de Michaèl, et le livre de Zachan/; (ch. 3) nous montre déjà le chef des mauvaii auges sous le nom Aq Satan.

que jusqu'aux IMaccnbées, de reproduire quelques faits isolés rapportés par Josèphe; c'est là tout ce que nous savons sur l'histoire de la Palestine pendant près de deux siècles et demi.

Page 1