Les derniers Maccabéens
Hyrcan resta , pendant quelques années, dans la paisible possession du pontificat et de la principauté; Antipater, qui gouvernait en son nom , cherchait à augmenter son influence, en se rendant utile aux Romains. Il eut bientôt l'occasion de rendre un grand service à l'armée de Scaurus, qui, dans une nouvelle expédition contre Hareth (62) , faillit succomber près de Pella par le manque de vivres. Antipater vint au secours de l'armée romaine, et, par son intervention, la paix fut rétablie, et Hareth paya à Scaurus trois cents talents. Scaurus ayant été rappelé, Antipater sut maintenir la bonne intelligence avec ses successeurs ; mais, au bout de quelques
années, le repos de la Judée fut troublé de nouveau par la uui-rre civik'.
Alexandre, (ils d'.Aristobule, conduit à Rome avec son père, avait pu s'échapper en chemin; il revint en Palestine (57), et bientck il put réunir dix mille hommes de pied et quinze cents cavaliers, s'emparer d'Alexandrion et de Machérous (p. 67) au delà du Jourdain et menacer Jérusalem, dont il n'était pas permis à Hyrcan de relever les fortifications. Hyrcan et Antipater appelèrent à leur secours Gabinius, alors proconsul de Syrie; celui-ci entra en Judée accompagné de ^Iarc-Antoine,qui commandait la cavalerie. Antipater vint rejoindre Gabinius avec les troupes juives commandées par les généraux Pitholaiis et Malich. Le combat s'engagea près de Jérusalem; Alexandre laissa trois mille hommes sur le champ de bataille, on lui fit autant de prisonniers, et il se réfugia dans la forteresse d'Alexandrion, où il fut assiégé. Gabinius visita Samarie et les autres villes qui avaient été détruites par les Juifs , et donna ordre de les rétablir. Revenu au camp d'Alexandrion , il trouva Alexandre prêt à capituler ; l'ancienne reine, femme d'Aristobule, se chargea des négociations, et obtint la liberté de son fils. Alexandrion et les autres forteresses dont Alexandre s'était emparé furent rasées.
Gabinius alla ensuite à Jérusalem, où il confirma Hyrcan dans le pontificat: mais en mênrie temps il introduisit des changements très-notablesdans le gouvernement , auquel il donna une forme aristocratique. Il divisa le pays en cinq districts, dont chacun devait être gouverné par un grand conseil ; les sièges des cinq gouvernements, indépendants les uns des autres, furent établis dans les villes de Jérusalem, Jéricho, Gadara, Amathous et Séphoris. Par cette mesure, qui fut généralement accueillie avec satisfaction , Gabinius voulut sans doute mettre un terme aux ambitions des princes Maccabéens et faire cesser les intrigues de l'un et de l'autre parti.
L'année suivante (56), Aristobuleet
L'UINIVERS.
son fils Antigonus s'édiappèrent de Rome, et, arrivés en Palestine, ils se virent bientôt entourés de nombreux partisans; le sénéral Pilliolaùs, trahissant son maître llyrcan, passa avec mille hommes du côté d'Aristobuie.
Celui-ci parvint à rétablir la forteresse d'Alexandrion; mais s'étant dirigé sur Macbérous, il fut défait par Sisenna, fils de Gabinius, et perdit cinrj mille hommes. Il s'enferma avec mille hommes dans Mâcherons; mais cette place, fortifiée à la hâte, fut prise par Sisenna après deux jours de siège.
Aristobule, blessé, tomba entre les mains des ennemis et fut renvoyé à Rome avec sou fils ; mais Antigoniis et ses deux sœurs furent relâchés, sur la den'.ande de Gabinius, qui, dans ses négociations précédentes avec la femme d'Aristobule, avait promis à celle-ci de faire rendre la liberté à ses enfants. Alexandre, malgré cette générosité et celle dont il avait été l'objet lui-même de la part de Gabinius , excita de nouveaux troubles en Palestine, et, ayant rassemblé un nombreux corps d'armée, il sévit partout contre les Romains (55). Gabinius, revenu d'une expédition contre les Parthes, s'était rendu immédiatement en Egypte, appelé par Ptolémée Aulètes, qui lui oîfrit dix mille talents pour être rétabli sur le trône dont il avait été dépouillé par Archelaiis. Alexandre assiégea les Romains dans leurs retranchements du mont Garizim, quand Gabinius revint d'Egypte avec son armée victorieuse. Le général romain expédia Antipater, le ministre d'Hyrcan, auprès d'Alexandre; mais ses démarches étant restées infructueuses , le combat s'engagea près du mont Thabor, entre les Romains et Alexandre, qui avait encore trente mille hommes avec lui. Les troupes d'Alexandre furent défaites; dix mille hommes tombèrent sur le champ de bataille, Alexandre prit la fuite avec le reste de ses troupes, et la tranquillité fut rétablie.
L'année suivante (54), Gabinius, accusé de concussion, fut rappelé à Rome, et Crassus le remplaça dans le
gouvernement de Syrie. Mais la cU' piditédu nouveau proconsul surpassa celle de son prédécesseur. Crassus vint aussitôt à Jérusalem pour rançonner le Temple , afin de se procurer les ressources nécessaires pour son expédition contre les Parthes. Le trésorier Rléazar lui offrit une barre d'or du poids de trois cents mines cachée dans une poutre à laquelle étaient suspendus les rideaux à l'entrée du Saint des Saints. Éléazar, qui coimaissait seul ce trésor caché , espérait, en le sacrifiant, satisfaire l'avidité du proconsul, à qui il fit jurer d'épargner les autres trésors du Temple; mais Crassus, malgré son serment, s'empara des deux mille talents que Pompée avait laissés intacts , et Josèphe nous assure qu'il prit encore huit mille autres talents qui se trouvaient dans le Temple '. Quel:jue temps après, Crassus passa l'Euphrate pour combattre les Parthes; on sait qu'il périt d'une manière ignominieuse, après la malheureuse bataille de Carres ou Harràn, en Mésopotamie (53). Cassius Longinus , qui avait pris part à l'expédition de Crassus, rassembla les débris de l'armée romaine, et parvint à sauver la Syrie de l'invasion des Parthes. Il entra ensuite en Palestine, et défit à Tarichée (p. 35) les partisans d'Aristo bule commandés par Pitholaûs; celuici, pris par les Romains, fut mis à mort. Alexandre fut forcé d'accepter les conditions dictées par Cassius et de se tenir tranquille.
Au bout de quelques années (49), César étant devenu maître de Rome , remit en liberté l'ex-roi Aristobule et l'envoya en Palestine avec deux légions, pour reconquérir son royaume et combattre le parti de Pompée dans la province de Syrie gouvernée par Métellus Scipion, alors beau-père de Pompée.
Mais, avant de pouvoir rien entreprendre, Aristobule mourut empoisonné
' Voy. Josèphe, Antinu. XIV, 7 , § r et 2. Ces immenses trésors, dit Josèphe, prove- j naient des dons que les Juifs de tous les pays envoyaient, depuis des siècles, au Temple de Jérusalem. Comparez Cicérou.Pro/'/acct», ci». 23; Tacite, A/is<. , V , 5.
PALESTLNE.
par les partisans de Pompée , et sou fils Alexandre, qui avait osé tant de fois braver les Romains et qu'on accusait d'enrôler des troupes pour le parti de César, fut décapité à Antioche par les ordres de Scipion.
Après la célèbre bataillede Pharsala (48) et la (in tragique de Pompée, traîtreusement assassiné à son arrivée en Egypte, le rusé Antipater sut gagner les faveurs de César, à qui il rendit de grands services en Egypte, en se joignant avec trois mille Juifs à Mithridate de Pergame, que César, se trouvant dans le plus grand danger, avait appelé à son secours , et en payant de sa personne dans la prise de Peluse et dans la conquête de l'Egypte. Il procura des vivres à l'armée romaine, en gagnant les Juifs du district d'j^éliopolis, et il eut une grande part à la victoire de César, par suite de laquelle Cléopatre, débarrassée de son frère et époux Ptolémée Denys, qui périt dans le Ml, régna seule en Egypte. Arrivé en Syrie (47), César se montra reconnaissant envers Antipater. Il confirma à Hyrcan la dignité de grand prêtre et la principauté , en luidonnant la permission de rétablir les fortifications de Jérusalem , et donna à Antipater la charge de procurateur de Judée et le titre de citoyen de Rome.
La constitution aristocratique introduite par Gabinius fut abolie, et le gouvernementde Judée fut rétabli sur l'ancien pied. Ce fut en vain qu'Antigonus, fils d'Aristobule, vint se plaindre d'Hyrcan et d'Antipater, qui , disait-il, après avoir usurpé le pouvoir et fait périr son père et son frère , n'étaient venus au secours de César que pour faireoublier l'amitié qu'ils avaient témoignée à Pompée. Antipater le fit taire en montrant les nombreuses blessures qu'il avait reçues en Egypte , et en le présentant comme un homme avide de révolutions et comme l'héritier de l'esprit turbulent de son père Aristobule.
César nomma son parent Sextus César gouverneur de Syrie, et partit pour lePont; Antipater l'accompagna jusqu'aux frontières, et, revenue Jé-
rusalem, il profita des pouvoirs qui lui avaient été donnés par César , pour régler l'administration du pays, selon ses propres intérêts et ceux de sa famille. L'indolent Hyrcan ne mit aucun obstacle aux vues ambitieuses d'Antipater, qui était le vrai maître dans le pays et qui partagea le gouvernement avec ses fils ; il nomma Phasaël, son fils aîné, gouverneur de Jérusalem et confia à Hérode , son second fils, l'administration de la Galilée. Ilérode, quoique très-jeune, montra un esprit entreprenant et éncr« gique. Au milieu des troubles de la guerre civile et des spoliations continuelles, beaucoup de mécontents s'étaient retirés dans les cavernes de la Galilée; un certain Ézéchias se mit à leur tête, ils infestèrent la Galilée et différentes contrées de la Syrie, oii ils se livrèrent au brigandage. Hérode chercha à en purger le pays; Ézéchias et une partie de sa bande étant tombés entre ses mains, il les fit mettre à mort sans jugement. A Jérusalem, oij la puissance toujours croissante d'Antipater et de ses fils donna de sérieuses inquiétudes, on blâma hautement les actes arbitraires d' Hérode et la faiblesse d'Hyrcan; celui-ci fut obligé de faire citer Hérode devant le grand Synédrium ■. Hérode, bravant ses juges , se présenta vêtu de pourpre et entouré d'une garde nombreuse; les membres du Synédrium hésitèrent, et gardèrent le silence. Un seul , nommé Saméas , prit la parole , pour blâmer entérines énergiques l'arrogance d'Hérode et la faiblesse des juges : « Sachez, dit-il en terminant, que Dieu est grand , et que celui-ci que vous voulez maintenant absoudre h. cause d'Hyrcan, vous châtiera un jour , vous et lé roi lui-même. » Ce discours fit une profonde impression sur les juges; Hyrcan, qui présida, voyant le Synédrium mal disposé à l'égard d'Hérode, leva brusquement la séance, et renvoya l'affaire au lendemain. Il avait reçu une lettre de Sextus César,
' C'est à celle occasion que Joséphe mentionne pour la première fois le Synidriuin
qui Iir. demanda d'un Ion impérieux de faire absoudre Hcrode; et comme il desirait lui-même le soustraire au jugement, il lui fit conseiller, en secret, de prendre la fuite. Ilérode suivit ce conseil, et se rendit à Damas auprès de Sextus César, qui , gagné par une somme d'argent, le nomma gouverneur de Célésyrie. Hérode voulut aussitôt profiter de sa nouvelle puissance , pour marcher sur Jérusalem , à la tête d'une armée, afin de châtier le Synédrium et de détrôner Hyrcan, qui l'avaitfait appeler devant le tribunal; mais, fléchi par les prières de son père et de son frère , il renonça à cette expédition.
La mort de César ( 44 ) jeta la Judée dans de nouveaux troubles. Cassius Longinus, l'un des meurtriers du dictateur , vint en Syrie, oîi l'armée romaine était alors divisée en deux camps ennemis, à cause de la mort de Sextus César , assassiné par Cécilius Bassus, ancien ami de Pompée. Cassius parvint à réconcilier les deux partis , et à la tête d'une nombreuse armée il se prépara à disputer la province à Dolabella, nommé proconsul d'Asie. Il leva partout des impôts, et, s'avançant en Judée, il en exigea sept cents' talents. Antipater, pour se procurer cette somme, chargea ses iils, ainsi queMalich • et quelques autres personnages, de mettre à contribution les districts dont ils étaient gouverneurs. Hérode qui, rentré en grâce, était de nouveau gouverneur de Galilée, apporta le premier sa part, qui était de cent talents , et gagna par là les bonnes grâces de Cassius; les autres ne furent pas en état de se procurer tout l'argent nécessaire, et on lut obligé de céder à Cassius les villes de Gophna, Emmaiis, Lydda et Thamna, dont il fit vendre les habitants comme esclaves. Malich, qui ne put fournir sa part, eut péri par les ordres de Cassius , si Hyrcan ne l'eût sauvé en envoyant par Antipater cent talents de sa propre fortune-
' C'est sans doute le même qui marcha avec Pitholaùs contre Alexaadre ; voy. cidessus.
Après le départ de Cassius, qui se rendit à Laodicée pour combattre Dolabella , Malich, jaloux de la puissance d' Antipater , résolut de le faire périr. Antipater, qui avait conçu drs soupçons, alla rassembler des trou|)es de l'autre côté du Jourdain, afin de se mettre à l'abri des intrigues de Malich. Celui-ci ne pouvant lutter ouvertement contre le puissant Antipater, employa la ruse ; il sut persuader aux fils d'Antipaler que les sou])çons de leur père étaient mal fondés , et les engagea par ses protestations à le réconcilier avec Antipater. Celui-ci eut la générosité d'intercéder pour son ennemi auprès de Statius Murcus, successeur de Sextus César dans le gouvernement de Syrie, qui voulut faire mourir Malich. Néanmoins la haine de Malich ne fit que s'accroître, lorsque Cassius, pour récompenser les services d'Hérode, lui confia le gouvernement de toute la Syrie , et lui lit espérer de le nommer roi de Judée.
Quelque temps après, Antipater fut empoisonné à la table d'Hyrcan, par l'éehanson qui avait été gagné par Malich (43).
Quoique IMalich protestât de son innocence et ne manquât pas de larmes pour pleurer Antipater, Hérode reconnut en lui le meurtrier de son père ; mais ,sur le conseil de Phasaël, il différa sa vengeance pour l'exécuter sans bruit et sans danger. 11 se présenta bientôt une occasion favorable. Hyrcan allait partir pour Laodicée, accompagné par Malich et Hérode, pour présenter ses félicitations à Cassius ; Hérode voulut profiter de ce voyage pour venger la mort de son père. On était arrivé à Tyr , lorsque Malich , soupçonnant les dangers dont il était menacé , résolut de retourner en Judée, après avoir enlevé son fils, que les Romains avaient conduit à Tyr comme otage. Il compta même, à son arrivée à Jérusalem , trouver des partisans parmi le peuple et s'emparer du pouvoir. Ce projet hardi , inspiré par le désespoir, fut découvert par Hérode.
Celui-ci invita Hyrcan avec sa suite à un repas , et, sous prétexte d'envoyer
OU
faire les préparatifs, il fit appeler les tribuns militaires que Cassius avait placés sous son commandement. Ils arrivèrent en armes , et bientôt Malicli expira sous leurs coups. Ilyrcan, témoin de ce meurtre, tonîba évanoui; revenu à lui-même et informé des projets de Malicli et de l'approbation que Cassius avait donnée d'avance au projet d'Hérode, il témoigna, du moins extérieurement, sa satisfaction de voir le pays sauvé par cet acte de légitime vengeance.
;\Ialich avait en effet des partisans en Judée prêts à venger sa mort; ils surent gagner Félix, commandant des troupes romaines , et un frère de Malich s'empara de Masada et de quelques autres forteresses , sans en être empêché par Hyrcan. Hérode était malade à Damas, Cassius avait été rap|)elé par Brutus , et on était à la veille de la bataille de Philippes ( 42 ). Dans ces circonstances , Hyrcan a pu nourrir l'espoir d'être délivré du redoutable ûls d'Antipateren se servant du parti de Malich. Mais Phasaël attaqua ce parti et parvint à expulser Félix de Jérusalem, et bientôt Hérode vint achever la victoire. Les deux frères reprochèrent à Hyrcan sa conduite hostile; mais, quelque temps après, Hérode, croyant servir ses intérêts en s'alliantavec la famille hasmonéenne, se réconcilia avec le prince, qui promit de lui donner pour fenîme Mariamne, fille du malheureux Alexandre , et dont la mère , Alexandra , était fille d'Hyrcan. A la même époque, Antigoiius, fils d'Aristobule , tenta de recouvrer le trône de son père. Il fut appuyé par Ptolémée, prince de Chalcide ( au pied du Liban), qui était devenu son beau-frère ; car, après la fin tragique d'Aristobule et d'Alexandre, Antigonus et ses deux sœurs, ayant quitte la Judée , avaient été reçus par Ptolémée, qui épousa ensuite l'une des princesses. Marion, prince de Tyr, qui haïssait Hérode, prit le parti d'Antigonus et lui amena des troupes, et même Fabius, gouverneur romain à Damas, fut gagné par l'argent de Ptolémée. Marioa s'était déjà em-
paré de trois forteresses en Galilée ; mais Hérode l'en expulsa et remporta une éclatante victoire sur Antigonus i et ses alliés. Revenu à Jérusalem ea' triomphe, il fut magnifiquement reçu par Hyrcan, et le peuple lui présenta des couronnes.
Pendant ce temps la bataille de Philippes décida lesort de Rome et du monde ancien, ; Brutus et Cassius se donnèrent la mort, et la république expira. Les triumvirs se partagèrent l'empire; Octavien garda l'Occident, Lépidus reçut l'Africiue, et ce fut Antoine qui vint en Asie (41). En Bilhynie, il reçut les ambassades des provinces asiatiques. Une députation de Juifs se présenta pour accuser Hérode et Phasaël de s'être emparés du pouvoir et de n'avoir laissé à Hyrcan qu'un vain titre; mais déjà Hérode avait prévenu ses accusateurs, et avait gagné par de riches présents la bienveillance d'Antoine, qui autrefois avait eu des relations cl'amitié avec Antipater, lorsqu'il était venu en Judée avec Gabinius. Les ennemis d'Hérode ne furent pas écoutés. A Éphèse, une ambassade d'Hyrcan vint demander la restitution des villes et des terres livrées à Cassius et l'affranchissement de ceux qui avaient été vendus comme esclaves; Antoine accorda cette demande, et écrivit aussitôt à ce sujet une lettre à Hyrcan , lui promettant toute sa protection, et une autre au gouvernement de Tyr, auquel Cassius avait vendu un grand noiiibre d'esclaves juifs ' . A Daphné, près d' Antioche, les ennemis d'Hérode, au nombre de cent, vinrent renouveler leur plainte; mais Hyrcan, qui se trouvait là, interrogé par Antoine, fit de grands éloges d'Hérode et de iMiasaël, sur quoi Antoine fit emprisonner quinze des accusateurs, et nomm.i Hérode et son frère tétrapques de Palestine. Hérode eut la générosité d'intercéder pour les quinze prisonniers qu'Antoine voulut faire mettre à mort. Néanmoins les ennemis d'Hérode ne perdirent pas courage;
' Voy. Joièplie, Antiqu XH', !2.
L'UNIVERS
une (iépiitation composée de mille hommes (.lemaiula à être admise auprès d'Antoine qui s'étiit rendu à Tyr. Ce fut en vain qu'Hyrcan et Hérodi^ les supplièrent de se retirer pour éviter un malheur. Antoine, qui vit dans leur opiniâtreté et dans leur grand nombre une vraie rébellion, envoya des soldats qui les dispersèrent et en tuèrent un grand nombre; dans so!) irritation, Antoine lit mettre à mort les prisonniers.
Antoine étant allé passer l'hiver en Egypte, dans les bras de Cléopcàtre, les Syriens, la s de l'oppression ro'naine, provoquèrent etfavorisèreiit l'invasion des Parthes (40). Ceux-ci arrivèrent en grand nombre, commandés par le prince Pacorus, fils de leur roi Orode, et par le général romain Labiénus, un des anciens partisans de Pompée.
Tandis que Pacorus s'empara de la Syrie, Labiénus poursuivit le gouverneur romain Saxas, le tua et envahit l'Asie Mineure. Antigonus s'empressa de profiter d'une si belle occasion pour tenter de nouveau la conquête de la Judée; Lysanias, prince de Chalcide, qui venait de succéder à son pèrePtolémée, réussit à gagner le prince des Parthes pour les intérêts d'Antigonus, en promettant de lui fournir mille talents et cinq cents femmes. Pacorus s'avança le long de la côte , et prit Sidon et Ptolémaïde, tandis que son général Barzapharne pénétra dans l'intérieur du pays. Antigonus, à la tête d'une armée qui s'accroissait de jour en jour, envahit la Juiée, où Pacorus envoya en même temps une partie de sa cavalerie commandée par son échanson, qui portait également le nom de Pacorus. Antigonus, à la tête d'un détachement, vint surprendre la capitale; avant qu'Hérode et Phasaël pussent prendre des mesures de défense, l'ennemi avait envahi la ville. On combattit dans les rues de Jérusalem; le sang fut versé inutilement, et la victoire resta longtemps indécise. Antigonus se retira sur la montagne du Temple, Hérode occupa le château de Baris. La multitude du peuple qui arriva pour la fête de la
Pentecôte , se partageant entre le»
deux partis, ne fit qu'augmenter le carnage, sans amener une décision , et chatjue jour le sang coula par torrents. Enlin Antigonus proposa perfidement de faire entrer dans la ville l'échanson Pacorus, comme médiateur. Celui-ci, arrivé avec cinq cents cavaliers, joua l'impartial, et engagea Hyrcan et Phasaël à aller trouver Barzapharne en Galilée, pour demander sa médiation. Hérode, qui soupçonna quelque trahison, désapprouva cette démarche ; mais malgré ses avertissements, Hyrcan et Phasaël partirent. Pacorus, après les avoir conduits auprès de Barzapharne, retourna à Jérusalem. Barzapharne les traita d'abord amicalement; mais dès qu'il put présumer que Pacorus serait rentré dans Jérusalem, où il devait s'emparer d'H(;rode, il cessa de feindre et déclara Hyrcan et Phasaël ses prisonniers. Hérode, s'étantaperçu qu'il était trahi, quitta Jérusalem pendant la nuit, avec sa famille, et ayant repoussé les Parthes et les Juifs qui le poursui- > virent, il arriva à la forteresse de!
Masada. Ses soldats, au nombre de neuf mille, n'ayant pu trouver place!
dans la forteresse, il les congédia. Il ' n'y laissa que huit cents hommes d'élite, sous le commandement de son frère Joseph , qui était venu le rejoindre, et leur confia la garde de sa famille, qu'il laissa à Masada, en se rendant lui-même auprès de IMa'chus ou Malich, roi de l'Arabie Pétrée et successeur de Hareth. Le roi ayant refusé de le recevoir, il se rendit à Alexandrie, où il s'embarqua pour aller trouver Antoine à Rome. Avant de partir] il apprit le sort funeste de Phasaël eti d'Hyrcan. Les Parthes avaient pillé Jérusalem et ses environs, et livré Hyrcan et Phasaël à Antigonus, proclamé roi de Judée. Phasaël se donna la mort dans sa prison, en se brisant' la tête contre le mur. Le barbare Antigonus fit couper les oreilles à son ; oncle Hyrcan, afin de l'exclure à jamais du pontificat; car aucun prêtre; ayant un défaut corporel ne pouvait} approcher de l'autel. Le malheureux
vieillard fut emmené captif par les
Parthes.
Hérode, arrivé à Rome, rendit compte à Antoine des événements de la Judée. Antoine le recommanda vivement à Octavien, et Ilérode obtint plus qu'il n'avait espéré. Son intention avait été de faire nommer roi de Judée le jeune Aristobule, fils d'Alexandre et frère de Mariamne , sa fiancée; pour lui, il ne voulait être que premier ministre du roi , comme l'avait été son père Antipater sous le règne d'Hyrcan ; car il savait que les Romains n'avaient pas l'habitude de violer les droits des maisons royales qui s'étaient placées sous leur protection. Mais l'amitié d'Antoine, et aussi les sommes qu'Hérode lui offrit, obtinrent à celui-ci des faveurs inattendues; Octavien et Antoine le firent nommer, par le sénat, roi de Judée, et le conduisirent au Capitole, où il fut solennellement couronné (39). En même temps Antigonus fut déclaré ennemi de la république, Hérode quitta Rome, où il n'était resté que sept jours.
Au printemps de l'an 39, HéroJe arriva à Ptolémaïde. Déjà Ventidius, envoyé en Syrie, avait forcé les Parthes cle repasser l' Euphrate , et le traî-
■ tre Labiénus avait été pris et mis à
I; mort. Avec l'aide de ses amis, Hérode put former une armée; les généraux romains Ventidius etSilon avaient reçu l'ordre de venir à son secours, et en
' peu de temps il se rendit maître de presque toute la Galilée, où l'on se rappelait avec reconnaissance les services qu'il avait rendus au pays. Ensuite Joppé fut pris d'assaut, et de là Hérode marcha sur Masada et déli- "\Ta sa famille qui y était assiégée et qui souffrait beaucoup de la disette d'eau. Il se réunit ensuite avec Silon pour mettre le siège devant Jérusalem; mais il fut mal appuyé par les troupes romaines. Silon accepta des cadeaux, ta ntôtd' Antigonus, tan tôt d'Hérode, et n'aida ni l'un ni l'autre; ses soldats, sous prétexte de manquer dfc vivres, ravagèrent la contrée et pillè-
: rent même la ville de Jéricho. Ventidius
aussi, gagné par l'argent d'Antigonus, s'était retiré. Dans ces circonstances, Hérode dutrenoncer, pourle moment, à la prise de Jérusalem , dont les habitants paraissaient disposés a une vigoureuse résistance.
Hérode retourna en Galilée, où, après avoir pris Séphoris et quelques autres places, il passa une partie de la mauvaise saison à combattre les brigands qui étaient redevenus trèsnombreux, notamment |)rès d'Arbèles, en Galilée, où il y avait beaucoup de cavernes qui leur servaient de retraite. Pendant ce temps, Joseph, frère d'Hérode, s'assura de l'Idumee, qu'il occupa avec deux mille hommes de pied et trois cents cavaliers. Hérode, ayant forcé une grande partie des brigands de passer le Jourdain, fit prendre à ses soldats les quartiers d'hiver, et chargea Phéroras, le plus jeune de ses frères, de fournir des provisions et de fortifier Alexandrion.
Au retour du printemps (38). Hérode, après avoir complètement vaincu les brigands et détruit leurs repaires, alla trouver Antoine , qui , pour ne pas laisser à Ventidius toute la gloire de la victoire sur les Parthes, était revenu en Asie, et assiégeait alors Samosate sur l'Euphrate. Avant de partir , Hérode avait fait contre Jérusalem une nouvelle expédition infructueuse; Machérus, qu'Antoine avait envoyé à son secours, ne l'avait pas mieux servi que Silon. Hérode demanda à Antoine un secours plus effifcace, et Sosius, gouverneur de Syrie, fut chargé par le triumvir de " marcher avec Hérode contre Antigonus. Pendant l'absence d'Hérode , Joseph, contre l'ordre précis de son frère, avait livré un combat à Antigonus, près de Jéricho, et avait péri avec la plus grande partie de ses troupes. Hérode, Vetournant en Palestine, apprit à Daphné près d'Antiochc la défaite et la mort de son frère; bâtant sa marche, il arriva en Galilée, à la fin de l'été. Attaqué en Galilée et en Samarie par les partisans d'Antigonus, qui lui firent subir quelques pertes , il finit par les repousser, et vengea la monde Joseph sur Pappus, général
L'UNIVERS
d'Anti^ionus, et sur ses troupes, dont il fit un grand carnage. La rigueur de l'hiver l'empr^haut de poursuivre ses victoires, il n'attendit que le retour de la belle saison, pour commencer les opérations du siège de Jérusalem. .
Dés le commencement du printemps (37) , Hérode conduisit son armée devant Jérusalem, pour faire les préparatifsdusiége.Pendantles travaux, il alla àSamarie pour y célébrer son mariage avec Mariamne. De retour au camp, il fut rejoint par Sosius et les légions romaines. L'armée de siège se composa de onze légions, sans compter six mille hommes de cavalerie; cette nombreuse armée, qui poussa le siège avec la plus grande vigueur, s'epuisa pendant cinq mois en vains elforts. La ville étant prise, les partisans d'Antif^onus se retirèrent sur la montagne du Temple pour continuer leur résistance désespérée ; enfin le Temple fut pris d'assaut, au même jour de jeune où vingt-six ans auparavant, Pompée était entré vainqueur dans ces lieux saints. Le carnage ne fut pas moins effroyable que lors de la première invasion des Romains-, les troupes de Sosius, irritées de la longue résistance, ne voulurent pas mettre de terme au pillao-e et au massacre, et n'épargnerent°pas même les femmes et les enfants. Hérode employa en vain les prières , les menaces et même les armes pour arrêter les excès des soldats romains -, il demanda à Sosius si les Romains voulaient le faire roi d'un désert. Ce ne fut qu'en promettant aux soldats de leur donner à chacun une récompense sur sa propre fortune, qu'il parvint à rétablir l'ordre.
Le malheureuxAntigonus vintsejeter aux pieds de Sosius, qui le repoussa avec mépris, en l'appelant du nom de femme, Jntiyone. Sosius l'envoya enchaîné à Antoine-, sur la demande i'Hérode, qui présenta ce prmce commeun sujet perpétuel de nouveaux troubles, Antoine le fit décapiter.
Ainsi mourut le dernier prince de l illustre famille des Hasmoneeiis, qui, selon Josèphe, avait gouverne pendant
cent vingt-six ans '. Devenue puissante par les guerres civiles des Séleuciocs qui avaient amené leur chute, elle ne profita pas de cet exemple , et tomba , comme eux, victime des luttes intestines.