‹ Palestine: Description géographique, historique, et archéologiqueChapitre 86 sur 106 · Règne (i'Hérode · texte numérisé non relu

Règne (i'Hérode

Le caractère et la position d'Hérode devaient faire de lui un tyran , et il le fut dans toute la force du terme. Selon la lettre des lois mosaïques, Hérode , d'origine étrangère , ne pouvait être roi du peuple juif-, les Pharisiens ne craignirent pas d'invoquer contre lui le texte positif du Deutéronome (ch. 17 , v. 15) ' , et ce qui dut encore augmenter leur haine contre Hérode, c'est que ce roi de race iduméenne leur fut imposé par les Romains, au mépris des lois nationales et des droits que le peuple avait conférés à la dynastie hasmonéenne. Hérode avait donc contre lui la majorité de ses sujets j dévoués aux Pharisiens , et ce ne fut ' qu'en cherchant son appui dans les Romains , ennemis de son pays , en bravant les moeurs et les institutions nationales, et en sévissant contre ses adversaires , qu'il put se maintenir sur le trône. Sous son règne se prépara la grande lutte qui devait terminer l'existence politique de la Judée.

Le peuple juif ne manqua pas de héros qui , à l'exemple des Hasmonéens, prirent les armes pour secouer le joug étranger ; pour -lutter contre la force compacte et colossale de l'empire romain, il fallait, de la part des Juifs , des efforts bien autrement prodigieux que lorsqu'il s'agissait de renverser la domination des Séleucides. La lutte fut grandiose et terrible-, mais dans cette lutte inégale, la Judée dut succomber.

Hérode débuta par le massacre de tous les membres du Synédrium , qui ,

' Antiquilés, à la fin du liv. XIV. Josèphe compte sans doute le règne des Hasraonéens , ou Maccabées , depuis la mort d An tiochusÈpiplianes. n ^ h„t

' Voy. Tlialmud de Babylone, Bava bw ihra, fol. 3 6.

pendant le siège de Jérusalem , avaient encouragé le peuple à résister à llérode et à ses allies romains. Le pharisien Pollion et son disciple Saméas furent les seuls que le tyran crut devoir épargner; car, pour arrêter l'effusion de sang , ils avaient été d'avis qu'on ouvrît les portes à Hérode'.

Grâce à cette circonstance, Hérode oublia la hardiesse avec laquelle Saméas, dix ans auparavant, lui avait parlé, comme juge, dans le sein du Synédrium, auquel il demanda alors sa condamnation, prédisant que les membres du Synédrium et le roi Hyrcan seraient un jour punis de leur fuiblessé par Hérode lui-même. Hérode dut composer le Synédrium d'hommes faibles qu'il piit dominer à son gré. La vacance du pontiDcat lui fournit l'occasion d'anéantir ce pouvoir rival de la royauté, en revêtant de la dignité de grand prêtre un homme insigniflant dont il put disposer comme de sa créature; la minorité de son beau-frère Aristobule, héritier légitime du pontificat , mais qui n'était âgé que de seize ans , favorisa ses projets. Un certain Hananel, prêtre peu connu qui vivait parmi les Juifs de Babylone et qui faisait remonter sa généalogie à l'une des anciennes familles pontificales, fut appelé à Jérusalem et nommé grand prêtre.

Hyrcan qui , par la barbare cruauté d'Antigonus, avait été rendu incapable d'exercer les fonctions sacerdotales , pouvait cependant devenir un concurrent dangereux pour Hérode,

' Voy. Josèphe, Antiqu., XV, I, I. Le livre Josippon substitue aux noms de Pollioii et de Saméas ceux de HiUel et de Schnmmai, docteurs d"une grande célébrité dans le Tlialmud. Il est possible que Josephe ait voulu parler de ces deux personnages, la chronologie ne s'y oppose pas ; car, selon le Thalmud (Schabhath, fol. 15 a), Hiilei fut Nasi , ou président du Synédrium, cent ans avant la destruction de Jérusalem. Le Thalmud, en ■ pailant du massacre de tous les docteurs ordonné par Hérode (Bava bathra , fol. .'5 b \ dit que le roi épargna Baba, fils de Bouta, , qui était un disciple de Schammaî. Il sera I question plus loin des lils de ce même Baba, qui est aussi mentionné par Josèphe.

35' Livraison. (Palestise.)

en faisant valoir ses droits sur la couronne. Il importait dune à Hérode de prévenir les dangers qui le menaçaient de ce coté, d'autant plus qu'il'avait appris que Phraates, roi des Partîtes, avait rendu la liberté à Hyrcan et lui avait donné la permi.ssion'de s'établir à Babylone, ou il vivait entouré du respect et de l'amour de tous les Juifs de Mésopotamie. Hérode, feignant pour lui des sentiments d'amitié et de gratitude, l'invita à revenir en Judée; le faible vieillard, malgré les avertissements de ses amis , ne put résister au désir de revoir sa patrie et le sanctuaire, et revint à Jérusalem, où Hérode , pour mieux cacher les pièges qu'il lui tendait, lui fit le plus brillant accueil (.36).

Alexandra , fille d'Hyrcan et bellemère d'Hérode, pénétra les machinations du roi; ce fut avec une profonde douleur qu'elle vit l'illustre fa.mille des Hasmonéens outragée dans son dernier rejeton. Elle comprit bien que la nomination de Hananel était un arrêt d'exclusion porté contre son fils Aristobule, qui pouvait prétendre au pontificat par droit de succession , et elle usa du seul moyen qui lui restait pour faire reconnaître les droits de son fils. Elle s'adressa à Cléopâtre pour la prier de gagner Antoine en faveur du jeune Aristobule. En même temps un certain Deilius, ami d'Antoine, vint à Jérusalem, et ayant vu -Alariamne et Aristobule qui 'étaient d'une beauté parfaite , il conseilla à Alexandra d'envoyer à Antoine les portraits de ses enfants, l'assurant que leurs beaux traits ne pouvaient manquer de toucher Antoine et de lui inspirer le plus vif intérêt pour la cause d'Aristobule. Alexandra suivit ce conseil, sans en comprendre toute la portée. Antoine après avoir reçu les portraits, écrivit à Hérode pour l'engager à lui envoyer son beaufrère , si cela ne lui était pas desagréable. Hérode répondit avec esprit que le départ du jeune prince pourrait être mal interprété et offrir aux mécontents un prétexte pour exciter de nouveaux troubles. Pour faire cesser

L'UMVERS.

les intrigues d'Alexandra et les vives sollicitations de Mariamne, il résolut de céder pour le moment , et déclarant qu'il n'avait nommé Uananel que provisoirement, à cause de la jeunesse d'Aristobule, il revêtit le jeune prince de la dignité pontificale et révoqua Hananel de ses fonctions. Se méfiant d'Alexandra, il lui ordonna de rester toujours dans la capitale, et la fit surveiller par de fidèles serviteurs.

Alexandra, irritée de ce procédé et soupçonnant les intentions d'Hérode, s'en plaignit de nouveau à Cléopatre, qui lui conseilla de s'enfuir en Egypte avec son fils. Alexandra fit faire deux cercueils pour s'y faire transporter elle et son fils, pendant la nuit , à un port de mer où un vaisseau était préparé pour les conduire en Egypte; mais Hérode , averti par un des serviteurs d'Alexandra, surprit les fugitifs et les fît ramener. Tout en feignant de leur pardonner , il résolut de se défaire d'Aristobule; l'enthousiasmeque le peuple manifesta pour le jeune pontife, lorsque , pendant les fêtes du septième mois, il fonctionna dans le Temple, fut pour Hérode un motif de plus pour hâter l'exécution de ses projets criminels. Après les fêtes, Hérode assista avec ses courtisans à un festin qui leur fut donné à Jéricho par Alexandra; à la fin du repas, Hérode s'amusa avec le jeune Aristobule à des jeux gymnastiques, et à la nuit tombante , il lui proposa ainsi qu'aux courtisans d'aller se baigner dans un étang voisin. Les amis d'Hérode, suivant l'ordre que leur avait donné le tyran, plongèrent Aristobule sous l'eau, comme pour plaisanter, et le noyèrent. Hérode feignit une profonde douleur et fit faire à Aristobule de magnifiques funérailles; mais ces démonstrations hypocrites ne trompèrent personne, et l'opinion publique le désigna comme le meurtrier du jeune prince. Hananel fut rétabli dans le pontificat.

Alexandra , inconsolable de la mort de son fils , fut sur le point d'attenter à ses jours; mais l'espoir de venger un jour le meurtre d'Aristobule lui fit

supporter la vie. Elle écrivit à Cléopatre, pour l'instruire du crime d'Hérode, et la reine d'Egypte, qui désirait se faire doimer par Antoine quelques contrées de la Palestine, insista auprès de son amant pour qu'il demandât compte au roi des .luifs du meurtre d'Aristobule. Hérode fut appelé à se justifier devant Antoine, qui se trouvait alors devant Laodicée (34). Avant de partir , il confia les affaires du gouvernement à son oncle Joseph, mari de sa sœur Salomé , et lui recommanda, en cas d'un jugement défavorable de la part d'Antoine, de tuer aussitôt Mariamne, afin qu'elle ne tombât pas au pouvoir du voluptueux Romain. Joseph en fit part a Mariamne , afin de lui montrer combien elle était aimée par Hérode ; mais Mariamne, loin de voir dans cet ordre atroce une preuve de tendresse , en conçut une haine implacable contre son époux. Le bruit s'étant répandu qu'Hérode avait été condamné et mis à mort , Alexandra persuada à Joseph de confier Jérusalem à la garde des légions romaines qui se trouvaient en Palestine , espérant qu'à l'arrivée d'Antoine elle pourrait avec Mariamne saisir le pouvoir. Mais bientôt Hérode revint sain et sauf dans sa capitale, ayant su, par son éloquence et son argent , se faire absoudre par Antoine.

Salomé , ennemie d'Alexandra et de Mariamne, qui lui avaient fait sentir leur supériorité, rendit compte à Hérode de l'intimité qui s'était établie entre son mari Joseph et les deux princesses , et chercha à rendre suspecte la vertu de Mariamne. Hérode ne crut pas d'abord à l'infidélité de Mariamne; mais voyant que celle-ci était instruite de l'ordre cruel qu'il avait donné à son égard à Joseph , il ajouta foi aux insinuations mensongères de Salomé. Joseph fut mis à mort sans avoir été entendu ; Alexandra fut condamnée à la prison. Mariamne seule obtint le pardon; l'amour qu'Hérode éprouvait pour elle l'emporta sur ses soupçons jaloux.

Hérode put jouir, pendant quelque temps, du fruit de ses crimes; dans

l'intérieur régnait la tranquillité produite par la terreur. Mais bientôt son repos fut troublé au dehors par les exigences de Cléopâtre et par l'ascendant qu'elle avait sur l'esprit d'Antoine. Non contente d'avoir reçu d'Antoine une bonne partie des pays conquis avec le sang des Romains , elle convoita aussi la Palestine et l'Arabie Pétrée, et Antoine, qu'elle avait accompagné en Syrie, eut la faiblesse de lui céder une partie de ces pays et de la Phénicie-, il lui donna la contrée de Jéricho avec ses baumiers, toutes les villes de la côte de la Méditerranée , depuis l'Éleutherus jusqu'à Rhincorura (El-Arisch), à l'exception de Tyr et de Sidon , ainsi que la portion de l'Arabie Pétrée qui était limitrophe de l'Egypte. Hérode et le roi arabe Malich offrirent chacun à Cléopâtre deux cents talents de tribut annuel, pour racheter le pays dont elle les avait dépouillés. Cléopâtre, retournant en Egypte , passa par Jérusalem , et malgré sa haine pour Hérode, elle essaya de le séduire par ses charmes; Hérode sut échapper à ses pièges , et il aurait même attenté aux jours de son ennemie, s'il n'eût craint la vengeanced'Antoine. Dissimulant la haine et le mépris qu'elle lui inspirait, il lui fit un accueil magnifique, et la reconduisit jusqu'aux frontières de l'Egypte.

Hérode , pour plaire a Cléopâtre et à Antoine, s'était chargé de faire le payement du tribut imposé à Alalich , en se faisant rembourser par celuici ; mais bientôt Malich fit des difficultés T payer sa dette et Hérode se vit dans la nécessité de lui faire la guerre. Il voulut d'abord différer cette guerre, pour prendre part à la lutte que son protecteur Antoine eut à soutenir alors contre Octavien ; mais Antoine lui-même l'engagea à marcher contre le roi arabe, l'assurant qu'il pouvait se passer de son secours. Hérode , vainqueur dans un premier combat, subit dans le second une grande défaite. Un terrible tremblement de terre ayant en même temps ravagé la Judée et fait périr plus de

dix mille personnes, Hérode fit demander la paix à Malich; mais celuici répondit par le massacre des ambassadeurs et envahit la Judée. Hérode le repoussa, le vainquit dans deux batailles et l'obligeaà son tour dedemander la paix (31).

A la même époque , la bataille d'Actiura priva Hérode de son puissant protecteur; Octavien devint le maître de l'empire romain. Les amis d'Antoine furent saisis de terreur et Hérode dut redouter les Romains ainsi que ses propres sujets qui l'avaient en horreur. Il résolut d'aller au-devant de l'orage, en présentant humblement ses hommages à Octavien, et de frapper en même temps un faible vieillard qui inspirait des craintes à l'ombrageux tyran. Hyrcan, plus qu'octogénaire, qui, même dans sa Jeunesse, ne s'était mêlé que maigre lui des affaires politiques et avait poussé l'amour delà tranquillité jusqu'à l'indolence , Hyrcau qui, prince de la Judée, avail résigné tout son pouvoir entre les mains d'Antipater , devint alors un sujet d'épouvante pour Hérode, qui craignait déjà de voirie peuple se réunir autour de cette ombre (le l'illustre race des Hasmonéens , et la terreur d'Hérode fut l'arrêt de mort d'Hyrcan, son bienfaiteur. Une lettre insignifiante et quatre montures que Malich avait envoyées à Hyrcan devinrent un prétexte pour accuser ce dernier de haute trahison et pour le livrer lâchement aux mains du bourreau'. Ainsi mourut le dernier des Hasmonéens, après une longue vie pleine de vicissitudes et après avoir vu périr misérablement toute sa race par suite de la lutte funeste dans laquelle il avait été entraîné lui-même par le père d'Hérode.

Sur le point de se rendre auprès

• Cette version , comme le fait entendre Josèphe, est bien plus probable nue ceUe que le môme auteur rapporte d'apre-s "ra;™° : res du règne d'Hérode et s.-lo' liqu^l'e Hvrcan mu par les instances d A lexaudra. sa ilte Turait traité avec Ma' id. pour ^e retirer en Arabie et v attendre les événements. Voy. Antiqu. XV , o , h - «' •>•

L'UNIVERS

d'Octnvipn , ITérode chnr2;pa son frère Pliéroras des affaires du gouvernenienl; Alexaiidra et Mariarnne furent mises en silreté dans la forteresse d'Alexandrion, et confiées à la garde de Joseph et de Soliem , deux des plus Odèles serviteurs d'Hérode, qui reçurent l'ordre de tuer les deux temmes, si Hérode était mis à mort. Celui-ci partit pour Rhodes, oii se trouvait alors Octavien; admis devant l'homme puissant qui devait décider de son sort, il se présenta sans diadème, avoua l'attachement qu'il avait eu ])0ur Antoine, et promit à Octavien de le servir avec le même dévouement, s'il daignait accepter ses services. Octavien l'accueillit avec bienveillance, lui rendit le diadème et le confirma dans son royaume. Revenu en Judée, Hérode prépara une magnifique réception à Octavien, qui devait venir à Ptolémaïde pour se rendre de là en Egypte , par les côtes de la Palestine. Hérode accompagna son auguste hôte jusqu'aux frontières de l'Kgypte, se chargea de tous les besoins de l'armée romaine, et s'affermit encore plus dans les bonnes grâces d'Octavien en lui offrant huit cents talents.

Enivré de bonheur , Hérode revint à Jérusalem; mais là personne ne partageait sa joie, et dans sa propre maison régnait la douleur. Mariarnne avait été instruite encore de l'ordre cruel que son époux , en partant pour Rhodes , avait donné à son égard ; elle répondit à ses transports par le silence et par les marques du plus profond chagrin, ce qui excita de nouveau les soupçons et la fureur du tyran. La mère et la sœur d'Hérode ne manquèrent pas de profiter de cette circonstance pour calomnier la vertueuse Mariarnne et pour la perdre sans retour ; mais elles durent ajourner l'exécution de leurs projets sanguinaires, car, sur la nouvelle de la victoire d'Octavien et de la mort tragique d'Antoine et de Cléopâtre (30), Hérode partit aussitôt pour l'Egypte. Octavien lui fit l'accueil le plus gracieux et lui rendit les districts de la

Palestine qui avaient été tributaire»

(le Cléopâtre, ou dont les Romains avaient pris possession; Hérode recul Jéricho, Gadara, Hyppos et Samarie dans l'intérieur du pays, et quatre places sur la côte, savoir, Gaza, Anthédon, Joppé et la Tour de Straton (Césarée).

A Jérusalem , il retrouva ses chagrins domestiques, qui, par leur contraste avec sa fortune brillante, l'irritèrent au plus haut dej;ré. 1} prêta l'oreille à toutes les insinuations de Salomé et de sa mère , et Mariamne, qui ne cachait pas la haine que lui inspirait Hérode et qui eut un jour [ l'imprudence de l'appeler le meurtrier de son père et de son frère, fournit elle-même à ses deux ennemies le moyen de hâter sa perte. Quelque peu vraisemblables que fussent les accusations portées contre Mariamne, Hérode y ajouta foi ; ayant appris par un serviteur de Mariamne que celle-ci avait été instruite par Sohem, son gardien, del'ordre sanguinaire qu'Hérode avait donné à son égard , il s'imagina que Sohem, dans lequel il avait toujours reconnu son plus fidèle serviteur, avait eu avec Mariamne de coupables liaisons. En outre, Salomé, par l'intermédiaire de l'échanson qu'elle avait gagné, fit planer sur Mariamne le soupçon d'avoir voulu faire empoisonner le roi par un philtre. Sohem paya aussitôt de sa vie son imprudente indiscrétion, et Mariamne fut placée devant un I tribunal composé de courtisans , les I plus intimes amis d'Hérode. Le roi ' accusa lui-même son épouse dans des ' termes si violents qu'aucun des juges n'osa l'absoudre; sa condamnation fut prononcée. Quelques-uns des amis du roi proposèrent d'enfermer Mariamne dans une forteresse ; mais Salomé ayant fait observer qu'on pouvait craindre un mouvement po- , pulaire en faveur de ce dernier rejeton de la famille des Hasmonéens, j le roi confirma le sentence de mort prononcée contre Mariamne, qui, au milieu de cette cour souillée de ' crimesetdesang, avait seuleconservé

âl9

la vertu , et qui brillait autant par sa beauté que par son esprit et son courage héroïque. Un spectacle horrible attendait Mariamne sur le chemiu : de la mort ; Alexandra , pour conserver une triste existence , dans l'espoir peut-être de trouver le moyen de se \ venger sur Hérode, ne craignit pas i de feindre contre Mariamne une exas- ' pération atroce, et outrageant sa i fille vertueuse jusqu'au pied de l'écha- ' faud,elle lui reprocha publiquement son ingratitude et son inlidéiité envers le roi , et la présenta comme une criminelle qui allait être frappée d'un juste châtiment. Mariamne ne répondit que par le silence à tous ces outrages; calme et résignée, elle offrit sa tète au bourreau, et mourut avec ; un sublime courage digne du noble sang des Maccabées qui coulait dans ses veines (28).

A peine Hérode avait-il fait tomber cette tête qui lui avait été si chère , qu'il sentit renaître tout son amour; le plus terrible désespoir s'empara de son âme et le jeta dans une sombre mélancolie qui le rendit encore plus redoutable à tous ceux qui l'entouraient. La peste fit alors des ravages épouvantables en Judée, et ce fléau fut regardé généralement comme un chàtmient céleste pour la mort de la vertueuse ]\Liriamne. Hérode, qui chercha en vain le repos ; ^^andonna , un moment les affaires éc se rendit àSamarie, où il tomba dangereusement malade. Pendant sa maladie, Alexandra essaya de s'emparer de la citadelle de Jérusalem et du château Antonia; Hérode, instruitdu complot, la fit aussitôt mettre à mort (27).

Il restait 'encore quelques collatéraux de la famille des Hasmonéens, qui périrent bientôt par les intrigues de Salomé. Celle-ci s'était remariée ■en secondes noces avec Costobare, i issu d'une noble famille d'Idumée , iCt qui avait été nommé par Hérode igouyerneur de sa patrie. Les époux .ne vivaient pas en bonne intelligence , i€t Salomé se fit séparer de son mari , en lui envoyant une lettre de divorce, contrairement aux lois des Juifs qui

demandent que l'acte de divorce émane du mari. Pour justilii-r sa conduite devant le roi , elle dcciisa Costobare d'avoirconspiré contre lui, et pour prouver la vérité de son accusation , elle révéla à Hérode que Costobare , lors de la prise de Jérusalem , avait soustrait à la vengeance du roi les deux fils du pharisien Baba , qui, favorisant la cause d'Antigonus , avaient encouragé lé peuple à la résistance contre Hérode. Les fils de Baba, parents des Hasmonéens, furent trouvés en effet dans le lieu indiqué par Salomé, et le roi les fit mettre à mort, ainsi que Costobare et quelques-uns de ses amis accusés par Salomé d'avoir trempé dans la conspiration (26).

Hérode, délivré de tous ceux qui pouvaient lui inspirer quelque inquiétude, et n'aspirant qu'à la faveur des Romains, ne craignit pas de braver les mœurs nationales, en donnant aux Juifs des spectacles inaccoutumés qui devaient révolter leurs sentiments religieux. Il construisit un thédtre dans la ville de Jérusalem et un amphithéâtre au dehors; il établit des combats d'athlètes qui depuis se célébraient tous les cinq ans {Iticli quinquennales) en l'honneur d'Octavien, devenu empereur, sous le nom A\4uguste. Ces innovations causèrent un mécontentement général parmi les Pharisiens; dix des plus exaltés conspirèrent contre la vie du roi et convinrent de se rendre au théâtre armés de poignards , pour assassiner le roi à son arrivée. Au nombre des conspirateursétait un aveugle; quoique incapable d'agir, il ambitionna la gloire de partager le martyre des autres, si le complot échouait. Vn des nombreux espions d'Herode découvrit la conspiration; les coupables furent saisis, et loin de se justifier, ils se glorifièrent d'avoir voulu venger les mœurs de leurs ancêtres indii.'nement outragées. Ils furent tous livres à un cruel supplice; mais le délateur fut massacré par le p-upie, et son corps déchiré ait jeté en pâture aux chiens, llerode sut se faire revclor.

L'UNIVERS

par des tortures, les auteurs de cet acte de vengeance, qui furent également livrés aux bourreaux. Mais le tyran avait appris par la à connaître l'esprit du peuple; ne se voyant plus en sûreté au milieu de ses sujets , il dut s'entourer d'une garde nombreuse et élever plusieurs forteresses , afin de se ménager une retraite en cas de révolte. Il fortifia et embellit la ville de Samarie, rebâtie par Gabinius, et lui donna le nom de Sebasté, en l'honneur d'Auguste, auquel il y éleva un temple; il fortifia d'autres places en Galilée et en Pérée, et fonda sur la Méditerranée la ville de Césarée, près de la Tour de Straton.

Il fit occuper toutes ces places par les troupes étrangères qu'il avait à sa solde.

La famine et la peste qui ravagèrent la Palestine à cette époque (25), fournirent à Hérode l'occasion de regagner pour un moment l'affection de ia classe pauvre dont il devint le bienfaiteur. Il employa son or et son argenterie à acheter du blé en Egypte, et procura ainsi des vivres à ses sujets et aux peuplades voisines. Les années de calme qui succédèrent furent employées par Hérode à élever toute sorte de constructions magnifiques.

Il se bâtit un palais sur le mont Sion; dans Césarée, peuplée par des habitants païens, on vit s'élever des théâtres et des temples d'une grande magnificence; le port de cette villedevint le meilleur de toute la côte de Palestine et de Phénicie. Il attacha son pcn et ceux des membres de sa famille à plusieurs forts et villes; à l'endroit où il avait repoussé les Parthes et les partisans d'Antigonus, lors de sa fuite de Jérusalem, a soixante stades à l'est de la capitale, il bâtit le château A'Hérodion, et y fonda une ville; dans la plaine de Caphar-Zaba, entre Jérusalem et Césarée, on vit s'élever la ville A'Antipatris , pour perpétuer la mémoire d'Antipater, père d'Hérode; en l'honneur de sa mère Cypros, il bâtit le château du même nom, sur une hauteur près de Jéricho; une tour de Jérusalem (p.

40) et une petite ville dans la plaineau nord de Jéricho reçurent le nom de son frère Phasaël. Sa passion de bâtir alla si loin qu'il prodigua de grandes sommes pour faire élever des édifices somptueux à Damas, à Tripolis , à Tyr , à Sidon et dans d'autres villes de l'étranger.

Cette passion et les faveurs d'Auguste effacèrent peu à peu le souvenir de ses chagrins domestiques; la malheureuse Mariamne fut remplacée par une autre femme du même nom , fille d'un prêtre nommé Simon, fils de Boëthus, lequel, devenu beau-père du roi, fut nommé grandprêtre. Hérode ôta arbitrairement le pontificat à Jésus, fils de Phabi , successeur de Hananel , pour le donner à Simon. Les deux fils de la première Mariamne, Alexandre et Aristobule, furent envoyés à Rome, pour y être élevés sous les yeux d'Auguste (22). L'empereur les reçut avec beaucoup de bienveillance, "et doima à Hérode lapermission de choisir l'un d'eux pour son successeur; en même temps- il agrandit les États d'Hérode en lui donnant la Trachonitide , l'Auranitideet la Batanée (p. 65, 66) , dont il dépouilla le tétrarque Zénodore , dans lequel les brigands de la Trachonitide avaient trouvé un protecteur. Zénodore s'en plaignit à Agrippa, qui, nommé gouverneur général des provinces d'Orient, venait d'arriver à| Mitylène ; mais déjà Hérode était i venu faire sa cour à Agrippa , et l'avait ! disposé en sa faveur. L'année soi- ' vante (21), Auguste vint lui-même en Syrie. Zénodore, à la tête d'une députntiondudistrictdeGadara, vint trouver l'empereur à Antioche, pour accuser Hérode de violence et de rapine; mais les députés de Gadara, voyant qu'Hérode était reçu par l'empereur avec beaucoup de distinction, se donnèrent la mort. Bientôt après Zénodore mourut subitement à Antioche , d'un-e maladie des intestins.

Auguste donna à Hérode la principauté de Zénodore, située entre la Trachonitide et la Galilée, et à laquelle appartenait le district de Pa-

>âl

néas(p. 68). En même temps llérode fut nommé l'un (lesprocurateurs.de Syrie ; il céda un district du midi de la Pérée, avec cent talents de revenu, à son frère Phéroras, auquel Auguste donna le titre de Tétrarque. Par reconnaissance pour les bienfaits de l'empereur, Hérode lui bâtit dans les environs de Panéas un temple magnifique en marbre blanc.

Pour faire taire les murmures des Juifs qui se plaignaient autant de son despotisme que de ses nombreuses constructions païennes, Hérode leur fît remise du tiers des impôts; mais il ne parvint point par la à satisfaire les mécontents, il se vit obligé de s'entourer de gardes et d'espions et les exécutions reprirent leur cours. On refusa généralement de prêter le serment de fidélité qu'Hérode e.xigea alors de tous ses sujets; mais Hérode employa la force et fit mettre à mort les plus obstinés. Il n'épargna dans cette circonstance que les Pharisiens Saméas et Pollion et leurs disciples, ainsi que les Esséniens qui ne prêtaient aucun serment et pour lesquels il avait toujours professé un uraïul respect, parce qu'un membre de leur secte, un cert.iin Menahem, lui avait prédit dans son enfance qu'il régnerait un jour.

Un moyen plus efficace de rétablir la tranquillité pour quelque temps fut la résolution prise par Hérode de porter enfin ses regards sur le sanctuaire national , après avoir prodigué d'immenses richesses pour élever des tem- §les au paganisme romain. Dans la ix-huitieme année de son règne (19), Héroile convoqua une assemblée nationale et lui adressa un discours d;ins lequel il exposa la nécessité de rebâtir le Temple que les Juifs, revenus de l'exil de Babylone, n'avaient pu rétablir dans les dimensions et les formes convenables. En effet, cet édifice, qui avait alors cinq siècles d'existence, et qui avait été élevé par une colonie pauvre, avec le secours des rois de Perse, dut être d'une apparence assez mes qui ne à côte des monuments somptueux élevés par Hérode dans

toute la perf'Ction de l'art grec. Cependant les Juifs , se méfiant des intentions d'Hérode , furent d'abord consternés. Hérode les rassura en leur promettant de ne faire commencer la démolition de l'ancien Temple qu'après avoir préparé tous les matériaux nécessaires pour le nouvel édifice. Hérode tint sa promesse ; deux années se passèrent dans les préparatifs. Mille chariots amenèrent les pierres; le roi engagea dix mille ouvriers des plus habiles, et leur adjoignit niille prêtres en costume, qu'il fit instruire dans les travaux en bois et en pierre, pour travailler à l'intérieur, qui n'était pas accessible aux autres ouvriers '.

Le sanctuaire proprement dit fut achevé en dix-huit mois; les travaux des parvis et de leurs portiques durèrent huit ans, mais on continua fort longtemps à travailler aux bâtiments du dehors». Nous allons donner une courte description du Temple bâti par les ordres d'Hérode, et dont la magnificence est beaucoup vantée par Josèphe et les rabbins ^.

Toute l'enceinte formée par le mur extérieur , etappelée(danslaJ//AC^«a) la montagne du Temple , était un carré qui avait cinq cents coudées de

1 "V^oy. Josèphe, Antiqu. XV , H , § 2 etc.

2 Josèphe, 1. c. XX, 9,7;comparezEvang.

de Jean , 2 , 20.

3 Nous avons de ce Temple deux descriptions dans les œuvres de Josépt)e, l'une dans les Antiquités (XV , 1 1 , § 3 et suiv . ) , l'autre plus développée dans la Guerre des Juifs ( V , 5); l'une et l'autre laissent beaucoup à désirer et les nombres paraissent t|Ufl(|uetois être corrompus par les copistes. Kllcs pcu\ent se compléter par une troisième descriplioa plus détaillée que nous fournit la Misclina, b' partie, traité Middôtli (publié à part avec une traduct. lat. et des notes par l'Empereur, I>eyde, IG.-ÎO, in-4° ). Parmi les modernes , on peut consulter LightI'ool, Descnpt. rempli Hicrusul. , dans ses œuvres, t. I, P- 549 et suiv. ( principalement d'après la .V»schna ) ; Hirt , dans les Mémoires de la classe histor. et pliilol. de r.\cad. de Berlin des années 1816 il 1817 (publiés en I8I9V Hiria travaillé uniquement d'après Josèphe; son plan a plusieurs défauts essentiels; nous avons suivi c.lui de De Wette {Archœologtt § 238 j, qui est beaucoup plus exac , et nous avons combiné les descriptions de Josèphe et de la Mischna. Voy. pi- 22

L'UNIVERS

chaque côté. Elle était divisée en différentes parties plus élevées les unes que les autres, et remplacement du Temple proprement dit, beaucoup plus rapproché du mur extérieur au nord et à l'ouest qu'au midi et à l'est , était la partie la plus élevée, de sorte que le Temple offrait un as[)ect imposant et pouvait être vu dans toute la ville. Le mur de lenceinte avait plusieurs portes : selon la iNIischna ■ , il y en avait cinq, dont deux au midi et une à chacun des trois autres cotés ; mais Josèphe^ dit positivement qu'il y en avait quatre à l'occident, sans lixer le nombre de celles des autres côtés. La porte principale, située à l'orient, s'appelait U porte de Si/se ^. Des portiques régnaient à l'intérieur le long du mur; leurs toits en bois de cèdre étaient portés par des colonnes de la hauteur de vini^t-cinq coudées.

A l'est, au nord et à l'ouest, les portiques étaient doubles , ayant trois rangées de colonnes, et leur largeur était de trente coudées; au midi il y avait un triple portique, formé par quatre rangées de colonnes , et appelé le portique royal. Tous ces portiques étaient pavés de pierres de différentes couleurs. Là se tenaient aussi les marchés du Temple; tout le monde pouvait y pénétrer, et même les étrangers; c'est pourquoi des auteurs modernes ont appelé ces lieux la cour {on le parvis) des Gentils. Cette cour était limitée tout autour par une balustrade de pierres de trois coudées de hauteur, travaillée avec beaucoup d'art^, et près de laquelle il y avait , de distance en distance , des colonnes portant des inscriptions, les unes en grec, les autres en latin , qui avertissaient les païens qu'il leur était défendu de pénétrer plus loin. Cette balustrade avait (selon la Mischna) treize ouvertures; on montait de là quatorze marches (d'une demi-coudée de hauteur et

* Middôlh,ch. I, §3.

^ Antiqu. XV, II, 5.

^ Voy. ci-dessus, page 467, col. 2.

* Selon la Mischna, Middolh, eh. 2, §3, eelte balustrade, appelée Soreg (treillis), u'availque dix palmes de hauteur.

de largeur) , pour arriver sur un plan large de dix coudées, que la Mischna appelle IIÈL {antemurale) , etquiétait limité par le mur de l'enceinte sacrée. Ce mur , dont la hauteur visible était de vingt-cinq ooudées, avait neuf portes, dont quatre au nord , quatre au midi et une à l'est; on montait cinq marches pour arriver aux portes, et par conséquent l'enceinte sacrée était plus élevée que le Hel.

Cette enceinte était divisée en deu x cours ou parvis ; l'une à l'est, l'autre à l'ouest. Par la porte de l'est on entrait dans la première cour appelée la cour des femmes (Azarath nascHÎM),etoù les femmes pouvaient entrer pourfaireleursdévotions. Elle formait un carré ayant cent trente-cinq coudées en long et en large; à chacun des quatre angles les rabbins placent une chambre ou une cellule (lisghca), dont ils indiquent la destination'.

Cette cour était séparée de la cour occidentale par un mur au milieu duquel se trouvait, vis-à-vis du grand portail de la cour des femmes , la porte de Nicauor ^ ; on y arrivait par quinze marches en forme d'hémicycles , d'où il résulte nécessairement que la cour occidentale était plus élevée que celle appelée cour des femmes. Cependant la différence n'était en réalité que de cinq marches ; car la hauteur totale des quinze marches équivalait, selon Josèphe, à celle des cinq qui conduisaient aux autres portes. Par cette porte de Nicanor on entrait dans la grande cour occidentale qui entourait le Temple proprement dit; elle avait cent trente cinq coudées de large (du nord au midi) et cent quatre-vingt-sept coudées de long (de l'est à l'ouest ). Le

I Voy. Mischna, Middôth, eh. 2, § 5.

' Selon la tradition , les battants de cette porte,qui étaient de bronze corinthien, avaient été apportés d'Alexandrie par un certain Nicanor et miraculeusement- sauvés d'un naufrage. Cette porte seule était de bronze : les autres étaient de bois et revêtues d'or et d'argent. Voy. Mischna, 2= partie, traité Yoma, ch. 3, § 10, et le commentaire de Maimonide; Thalmud de Babyloue, même traité, fol. 38 a. Comparez Josèphe, Guerre des Juifa, V, 5, 3.

m'ir était à l'intérieur entouré de colonnades; au nord et au midi il y avait un certain nombre de cellules ou de chambres destinées à divers usages; nous y remarquons notam- 'nient la salle des séances du Synédrium appelée lischcath ha.- GAZÎTH (p. 526), qui avait deux en-

; trées, l'une par la cour, l'autre par le Hel^. A l'extrémité orientale de cette cour le peuple pouvait pénétrer jusqu'à la distance de onze coudées

. de la porte de iMcanor; la limite était marquée par une balustrade, au milieu de laquelle il y avait trois marches, 011 se plaçaient les prêtres, pour prononcer là bénédiction sur le peuple». On voit que l'enceinte réservée au peuple avait cent trente-cinq coudées du nord au midi , et onze coudées de l'est à l'ouest ; elle était appelée

i la cour des Israélites ( azarath yisbael). Le reste du grand parvis portait le nom de cour des prêtres (âzarath COHANIM). Les portes des différentes cours étaient généralement surmontées d'une chambre ou d'une tour; elles étaient par conséquent d'une certaine profondeur et devaient être fermées par de doubles battants à chacune des deux extrémités. Les deux battants ensemble avaient trente coudées de hauteur et quinze de largeur 3; à l'intérieur il y avait de chaque côte deux colonnes de douze coudées de circonférence, pour supporter la tour. La plus grande porte était celle de l'est, qui conduisait à la cour des fenmies; sa tour s'élevait (selon Josèphe) à la hauteur de cinquante coudées et était large de quarante coudées.

Le Temple proprement dit, bâti en marbre blanc et richement doré au dedans et au dehors, avait cent coudées de long, et autant de hauteur; sa largeur sûr le devant (à l'est) était également de cent coudées, et il y avait là un vestibule qui occupait vingt

' Mischna, Middôlh, ch. 5, et le commenl. de Maîmonide.

Mbld., ch. 2, §6.

^Josèphe, Guerre des Jtnfs, V, 5, 3selon la Mischna, ib.. ch. 2, §3, la haute tUitde 20. et la largeur de lu coudées.

( selon la Mischna, onze) coudées de la longueur totale. Le reste de l'eili- Gce avec les étages qui y étaient adossés au dehors n'avait que soixante coudées de largeur (ou, selon la Mischna, soixante-dix)', de sorte que le vestibule offrait de chaque côté une saillie de vingt (ou quinze) coudées.

On montait douze marches pour arriver à l'entrée du vestibule qui était ouverte et qui avait soixante-dix coudées de hauteur et vingt-cinq de largeur. La hauteur intérieure du vestibule était de quatre-vingt-dix coudées et sa largeur (du nord au midi) de cinquante coudées ; il restait par conséquent, de chaque côté, vingt-cinq coudées de largeur, en y comprenant l'épaisseurdunmr, qui, dit-on, était de cinq coudées. Selon les rabbins , ces deux espaces étaient occupés par deux chambres, où étaient déposés les couteaux servant à égorger les victimes ».

— La porte qui conduisait du vestibule au HÉGHAL ou lieu saint, avait (selon Josèphe) cinquante cinq coudées de hauteur et seize coudées de largeur; elle avait deux battants dorés et en outre un magnifique rideau babylonien couvert de tapisseries de différentes couleurs. Au-dessus de la porte on voyait une vigne colossale en or. Le Hechal avait vingt coudées de largeur, quarante de longueur et soixante de hauteur; un rideau le séparait du Saint des Saints, qui avait vingt coudées de longueur, autant de largeur et soixante coudées de hauteurs Comme la hauteur intégrale

' La mesure indiquée par Josèphe nous parait plus exacte, car en déduisant des Go coudées la largeur intérieure de vin^t coudées, il reste de chaque côté, pour le mur elles éi ?es extérieurs, 20 coudées; de même, en déduisant de la longueur totale, qui était de 100 coudées, la longueur du vestibule , du lieu saint et du Saint des Saints ( 20 + io + 20 ) , il reste à l'ouest 20 coudées pour le mur et les étage.s extérieurs. Les proportions ne sont plus les méme5 selon le calcul de la Mischna.

' Les rabhins ne donnent à ces chambres que 15 coudées de largeur, en comptant probablement Go coudées pour la largeur intérieure du restibule et 5 pour le mur.

'Selon la Mischna , la hauteur du //(i-Af^ et du Saint de^ Saints n'était que de quarante coudées, ce qui ne nous parait nullement

L'UNI VKRS.

était de cent coudées, il restait nécessairement au-dessus du lieu saint et du Saint des Saints un espace vide , ou étase supérieur {Aliyija), auquel oaattribue ordinairement une hauteur de quarante coudées '. 11 nous semble cependant qu'on doit en déduire la hauteur des marches qui conduisaient de la cour au vestibule; car la hauteur intégrale de cent coudées est comptée sans doute à partir de la base de TédiGce, tandis que la hauteur intérieure de soixante coudées n'a pu être comptée qu'à partir du sol du lieu saint qui était nécessairement élevé, au-dessus de la base, de toute la hauteur des marches qu'il fallait monter pour arriver au vestibule. Ce n'est qu'en mesurant de cette manière que nous pouvons trouver une place pour les fenêtres qui durent exister dans ce Temple comme dans celui de Salomon, quoiqu'elles ne soient pas mentionnées dans les différentes descriptions. Nous savons par Josèphe qu'à l'extérieur il y avait des bâtiments de trois étages adossés au mur (au nord , au midi et à l'ouest), et que l'édifice principal s'éievait de quarante coudées au-dessus de ces étages ». La hauteur intégrale des trois étages ( en partant de la base de l'édifice) était par conséquent de soixante coudées; or, en comptant les soixante coudées de la hauteur intérieure du Temple à partir du sol du lieu saint, nous gagnons au-dessus des étages une hauteur égale à celle des marches du vestibule et c'est là que durent se trouver les fenêtres , précisément comme dans le Temple de Salomon ^.

Le toit, à ce qu'il paraît , était plat et entouré d'une balustrade de trois coudées de hauteur; il était garni

proportionné à la hauteur totale de l'édifice, qui était de 100 coudées.

' Comparez Mischna, Middôlh, ch. 4, ,^ B.

» Voy. Guerre des Juifs, V,5, 5. Les trois étages avaient des cliam])res destinées à divers usages et qui communiquaient les unes avec les autres; leurs entrées communes étaient sur le devant, des deux cotes du vestibule. Comparez Mischna, I. c, § 3 et 7; on y compte trente-huit chaml)res, quinze au nord, quinze au raidi et huit a ToccidenU

3 Voy. ci-dessus, page 290, col. I.

d'aiguilles dorées de la hauteur d'unecoudée pour empêcher les oiseaui d'y séjourner'.

Les autels et les autres objets sacrés étaient distribués comme dans le tabernacle de Moïse et dans le Temple de Salomon. Dans la cour des prêtres, au S.-R. du sanctuaire, était le bassin d^airaïn, auquel un certain Ben-Katîn fit mettre douze robinets , afin que douze prêtre pussent s'y laver à la fois; le même y fit faire un appareil pour y amener directement l'eau d'un puits ». Au milieu de la cour, en face de l'entrée du Temple et au N.-E. du bassin, se trouvait le grand autel des holocaustes, bâti de pierres non polies. Il avait, selon Josèphe, cinquante coudées en long et en large et une hauteur de quinze coudées, et les angles aboutissaient en haut en une espèce de cornes; on y arrivait par une montée douce qui était au midi ^. Au nord de l'autel il y avait des tables de marbre pour y déposer la chair des victimes. — Dans le lieu saint se trouvaient, au nord la table des pains de proposition , au midi le chandelier à sept branches •^, et entre les deux l'autel des parfums , le tout en or. — Le Saint des Saints était vide 5; à la place qu'occupait l'arche sainte dans le Temple de Salomon, il y avait une pierre de la hauteur de trois doigts, sur laquelle le grandprêtre déposait l'encensoir au jour des expiations".

' Voy. Mischna, 1. c, § 6; Josèphe, 1. c, §6.

2 Voy. Mischna, 2° partie, traité Foma, ch. 3, § 10; Thalmud de Babylone, môme traité, fol. 37 a.

. 3 Josèphe , 1. c. Les rabbins (ib. ch. 3, § I) lui donnent une base de 32 coudées en long et en large et plusieurs gradins qui faisaient successivement diminuer ces dimensions; ils y placent au S. O. un conduit par lequel 1« sang des aspersions coulait dans le torrent de Kidron. , , i , . . u .,

* On voit le dessin de la table et du chandelier sur l'arc de triomphe de Titus. Voy. notre PI 23. , ,

» Voy. ci-dessus, p. 468, col. i.

« Sur celte pierre appelée schethiyya (fondement), voy. Mischna, traité Y orna , ch. 5, S 2, et les traditions rabbiniques dans le Thalmud de Babylone même traite fol. 54 b.

Au nord-ouest du Temple s'élevait le château Jnfonia, dont nous avons parlé dans notre description de Jérusalem (page 48) ; il communiquait avec le Temple par une allée souterraine.

Après l'achèvement de l'édifice intérieur, ou du Temple proprement dit (l'an 15 avant l'ère clirétienne), on en flt l'inauguration solennelle. Hérode, qui célébra le même jour l'anniversaire de son avènement au trône , offrit trois cents taureaux; des victimes innombrables furent offertes par le peuple. Le pays était tranquille en apparence; Hérode put un moment se croire réconcilié avec son peuple et espérer un règne heureux sous la puissante protection de l'empereur romain. Il se rendit alors à Rome pour faire sa cour à Auguste et pour ramener en Judée ses deux fils, Alexandre et Aristobule; ceux-ci, de retour à Jérusalem , furent reçus par le peuple avec les marques de 'la plus vive affection, et on honorait en eux la mémoire de leur malheureuse mère et de la noble famille des ]\Iaccabées. Hérode les maria l'un et l'autre :

Alexandre, qui était l'aîné, épousa Glaphyre, fille d'Archelaùs, roi de Cappaâoce ; Aristobule prit pour femme sa cousine Bérénice, fille de Salomé, sœur d'Hérode. Peu de temps après, Agrippa ayant fait un nouveau voyage en Orient , Hérode alla à sa rencontre en Asie Mineure et l'amena en Palestine, 011 il lui fit voir avec orgueil les villes et les magnifiques édifices qu'il avait fait construire dans le style grec. Les habitants de Jérusalem firent une nngnilique réception à Agrippa, et l'illustre Romain offrit une hécatombe au temple de Jéhova.

L'année suivante (14), Hérode rejoignit Agrippa à Sinope , et lui amena des troupes auxiliaires pour une expédition dans le Bosphore Cimmérien.

En parcourant ensuite avec Agrippa différents pays de l'Asie Mineure, il se fit auprès de lui l'interprète des griefs et des besoins des populations et leur obtint maintes faveurs. A cette occasion. Agrippa, sur la demande d'Hérode , renouvela aux Juifs d'ionie

les privilèges et immunités qu'ils avaient possédés autrefois sous les rois de Syrie, et leur accorda le libre exercice de leur religion. Hérode, de retour à Jérusalem , s'en glorifia dans une assemblée publique, et pour gagner encore davantage la faveur du peuple, il lui fit remise du quart des impôts pour la dernière année.

Le bonheur d'Hérode fut de courte durée; les intrigues de sa sœur Salomé et de son frère Phéroras l'entraînèrent dans une nouvelle série de crimes qui répandirent la terreur autour de lui et jetèrent le désespoir dans sa propre ame. Plus les deux fils de Mariamne étaient chéris du peuple , et plus ils devinrent un objet d'inquiétude et de haine pour Salomé.

Alexandre et Aristobule étaient fiers d'appartenir, par leur mère, à la famille Hasmonéenne; leur caractère impétueux et ouvert les entraînait souvent à rappeler avec amertume le douloureux souvenir de leur mère et sa mort ignominieuse. Leurs ennemis abusaient de leur franchise pour leur faire tenir des propos imprudents ; chacune de leurs paroles fut rapportée à Hérode avec des commentaires perfides, et on parvint à persuader au roi que ses fils voulaient attentera sa vie. Salomé et Phéroras étaient l'àme de ces intrigues, et Hérode leur donna luimême un auxiliaire plein de perfidie, en appelant à la cour le rusé Antipater, son fils aîné, qu'il avait eu avant d'être roi , de sa première femme nommée Doris. Hérode voulut humilier l'orgueil des fils de Mariamne en faisant valoir contre leurs prétentions les droits de son fils aîné; mais Alexandre et Aristobule n'en furent que plus irrités et s'exprimèrent avec plus de vivacité encore sur le compte de leur père. Antipater fut comblé d'honneurs par Hérode; peu de temps après. Agrippa ayant été rappelé à Rome, Hérode l'engagea à amener avec lui Antipater pour le recommander à Auguste (12). Quoique absent, Antipater continua à prendre part aux intrigues et aux calonmies de Salomé et ne cessa, par ses lettres d'ir-

L'UNIVERS

ritcr son pore cniitro les (ils dp IMariamne. L'année sui vante (l i),nérode, croyant ses (ils coupables, partit avec eux pour Rome, a(in de les accuser devant Auguste. L'empereur était alors à Aquiiee, où llérode alla l(^ rejoindre. Le roi exposa avec véiiémence ses griefs contre ses deux lils; Alexandre prit la parole et montra dans leur nullité les accusations accumulées contre lui et son frère. Tous les assistants furent profondément émus; l'empereur reconnut que les soupçons dTlérode étaient mal fondes et que le roi avait trop promptement prêté l'oreille à la calomnie. Les deux princes furent absous; Auguste les exhorta à se conduire avec plus de modération et opéra une réconciliation entre Hérode et ses fils. Antipater manifesta une joie hypocrite, pour dissimuler sa haine contre les lils de Mariamne et se ménager les moyens de les perdre. Hérode flt à Auguste un présent de trois cents talents et obtint la permission de disposer à son gré de la succession au trône.

Hérode, de retour à Jérusalem avec ses fils, déclara dans une assemblée publique que le droit de succession était dévolu à Antipater et après lui aux fils de Mariamne. Cette déclaration n'était pas propre à rétablir la concorde et à faire cesser les intrigues dans la famille d'Hérode; quoique les fils de Mariamne se conduisissent avec plus de prudence, Antipater trouva moyen de les faire calomnier de nouveau, et tout en feignant de les aimer et de prendre leur défense, il en parlait toujours de manière à entretenir et à augmenter les soupçons de son père. A cette époque (10), les constructions de Césarée étant achevées, Hérode fit diversion à ses chagrins domestiques , en célébrant des jeux d'athlètes pour l'inauguration de la nouvelle ville. Mais les discordes de famille et les intrigues se compliquèrent de plus en plus. Glaphyre, femme d'Alexandre, habituée à se considérer comme future reine et se voyant privée de cette espérance par les prétentions d' Antipater, en conçoit une haine

violente contre Salomé, premièrecause de la disgrâce d'Alexandre et d'Aristobule. l'Iu^roras se brouille avec Hérode , en refusant de prendre pour femme une des princesses royales, fille de Mariamne, et préférant conserver des liaisons avec une esclave dont il était éperdument amoureux. Salomé cherche à détourner sa fille Rérénice de son mari Aristobule, dont elle espérait de cette manière a[)prendre les projets secrets. Phéroras, mécontent d'Hérode, |)ersuade à Alexandre que le roi était amoureux de Glaphyre; le roi, informé de cette calomnie, en manifeste toute son indignation à Phéroras, et celui-ci accuse Salomé d'en être l'auteur. Au milieu de ces haines et de ces intrigues qui se multiplient et se croisent , les calomnies se renouvellent contre les fils de Mariamne, qu'on accuse d'une conspiration à laquelle, dit-on, quelques serviteurs du roi ont prêté la main. Les serviteurs mis à la torture font toute sorte de fausses révélations. Le roi, devenu de plus en plus sombre et ombrageux, fait mourir beaucoup d'innocents, et ensuite quand l'erreur est reconnue, les accusateurs sont également voués à la mort. Telle fut la terrible situation produite par la barbare cruauté d'Hérode, par les intrigues de son frère et de sa sœur, et par la perfidie d'Antipater, qui, par ses ruses et ses calomnies, excitait la fureur du roi.

La catastrophe à laquelle devait nécessairement aboutir cette situation violente fut précédée de quelques moments de calme par la prudence du roi Archelaùs, beau-père d'Alexandre, que l'inquiétude sur le sort de sa fille et de son gendre amena à Jérusalem (an 8). Pour fléchir le cœur d'Hérode il ne voyait d'autre moyen que la ruse ; il feignit la plus profonde indignation de la conduite de son gendre, le menaça de lui enlever Glaphyre , dont il s'était rendu indigne, et engagea Hérode d'agir avec sévérité contre son fils pervers. Hérode chercha lui-même à calmer l'irritation d Archelaiis, et celui-ci, ayant gagné la confiance d'Hérode, sut trouver le chemin pour

arriver à son cœur et l'émouvoir jusqu'aux larmes. Peu a peu il parvint à justifier Alexandre et a dévoiler à Hérode les intrifiues de Phéroras; étant parvenu à opérer une nouvelle réconciliation entre Hérode et les fils de Mariamne, il eut la générosité d'intercéder pour Phéroras et de lui faire obtenir la grâce de son frère. Hérode témoigna sa reconnaissance à Arclielaùs en lui faisant de riches présents et le reconduisit lui-même en Cappadoce, pour aller de là à Rome rendre compte à l'empereur de tout ce qui s'était passé.

Pendant son absence, les hordes de brigands infestèrent de nouveau la Trachonitide et les pays à l'entour; elles trouvèrent un appui d ms Syllée, ministre du roi arabe Obodas , qui , à cette occasion , cherchait à se venger du refus qu'il avait subi de la part dHérode en demandant la main de Salomé. Hérode, revenu en Palestine, adressa des plaintes contre Syllée à Saturnin , gouverneur de Syrie , et Syllée s'engagea à livrer tous les chefs des brigands qui s'étaient réfugiés sur le territoire d'Obodas. Mais au lieu de tenir parole il partit pour Rome, et Hérode se vit obligé d'envahir l'Arabie, où il prit d'assaut la forteresse de Raëpta , lieu de refuge des brigands. En même temps trois mille Iduméens furent envoyés en Trachonitide pour y rétablir la tranquillité. Syllée accusa Hérode, auprès d'Auguste, d'avoir ravagé le pays d'Obodas et d'avoir fait massacrer deux mille cinq cents chefs arabes. L'empereur , fort irrité , écrivit à Hérode pour le réprimander , et Syllée ne manqua pas de donner avis à ses amis en Arabie de la disgrâce d'Hérode. Les Arabes en profitèrent pour envahir la Trachonitide, où ils massacrèrent la garnison iduméenne.

Les ambassadeurs qu'Hérode envoya à Rome ne furent pas admis devant l'empereur. Enfin Auguste ayant été informé des intrigues de Syllée qui avait fait empoisonner son maître Obodas , Nicolas de Damas , ami d'Hérode, put s'introduire auprès d'Auguste en se joign mt aux ambassadeurs

que Hareth, fils d'Obodas, avait envoyés à Rome; il parvint à justifier Hérode et à dévoiler toutes les menées de Syllée , qui plus tard fut condamné à mort.

Sur ces entrefaites , Salomé, Phéroras et Antipater, ayant attiré dans leurs confidences un certain Euryclès, Lacédémonien qui vivait à Jérusalem, parvinrent, par leurs calomnies, à réveiller les soupçons d'Hérode contre les fils de Mariamne. ]\Ialheureusement Alexandre avait pris à son service deux officiers qui avaient été congédiés par Hérode; ils furent arrêtés , et , appliqués a la torture , ils déclarèrent qu'Alexandre les avait engagés à tuer le roi à la chasse. D'autres faits furent rapportés par des délateurs qui avaient été gagnés , et Hérode , ayant fait enchaîner ses fils . en référa 'à l'empereur. Auguste l'iiutorisa à punir ses fils, mais il lui conseilla de ne pas agir précipitamment, de porter sa cause devant un tribunal à Réryte , et d'y appeler les hommes les plus distingués et notamment les autorités romaines de Syrie et le roi Archelaùs, beau-père d'Alexandre. Hérode convoqua une assemblée de cent cinquante personnes; mais il n'y appela point Archelaùs, dont il se méfiait. Sur l'accusation portée par Hérode, ses malheureux fils furent condamnés à la majorité des voix, sans d'autres preuves que les témoignages obtenus par la torture. Hérode partit pour Tyr avec les condamnés ; la il rencontra Nicolas, revenu de Rome, qui chercha en vain à ramener le père dénaturé à de meilleurs sentiment?. Ils s'embarquèrent ensemble pour Césarée, où un vieux guerrier nommé Téron se voua à la mort en reprochant à Hérode sa cruauté barbare. Hérode envoya ensuite ses deux fils à Samarie , où ils furent étranglés par ses ordres ; leurs corps furent transportés à .\lexandrion pour y être enterrés (an G).

Ce fut en vain que le tyran avait consommé cet horrible sacrifice; à peine délivré d'un danser ima^'inaire , il vit s'élever contre lui un ennemi

L'UNIVKRS.

hier, plus redoutable dans celui-là même à qui il avait accordé toute sa confiance, qu'il avait nommé son successeur et qui le payait de la plus noire ingratitude. L'intame Antipaler, digne d'un tel père, conspira contre la vie du sanguinaire Hérode, digne d'un tel fils. Phéroras était dans le complot ; il y avait été entraîné par sa femme qu'Hérode avait en haine parce qu'elleavaitempêché le mariagede Phéroras avec une des princesses. Salomé avertit le roi des intelligences qui existaient entre Antipater et Phéroras ; Hérode se méfia des révélations de sa sœur , mais ses soupçons s'éveillèrent , quand il apprit que la femme de Phéroras avait fourni de l'argent aux Pharisiens , afin de payer une amende qui leur avait été imposée pour avoir refusé de prêter le serment de fidélité à Hérode et à l'empereur. Par reconnaissance , quelques Pharisiens avaient prédit que la couronne passerait sur la tête de Phéroras ; Hérode fit mettre à mort les imprudents prophètes et ordonna à Phéroras de renvoyer safemme. Phéroras, ayant refusé d'obéir, fut banni de Jérusalem et se retira dans sa tétrarchie. Le roi interdit à Antipater et à sa mère toute espèce de liaison avec Phéroras; Antipater obéit en apparence, mais il continua à entretenir avec son oncle des relations secrètes. Exécré par le peuple et ne se croyant pas en sûreté en Judée, il sut, par ses amis romains , faire engager son père à l'envoyer à Rome. Hérode y consentit et chargea Antipater de porter à Auguste son testament, par lequel il établit Antipater l'héritier de sa couronne, ou, à son défaut, Hérode, né de la seconde Mariamne , fille du grand prêtre Simon.

Peu de temps après, Phéroras tomba subitement malade; Hérode, oubliant ses ressentiments, alla voir son trère et assista à sa mort (an 5). On accusa la femme de Phéroras d'avoir empoisonné son mari; cette accusation n'était pas fondée, mais l'enquête faite à ce sujet fit découvrir le complot d'Antipater et de Phéroras.

La veuve de ce dernier avoua que son mari avait reçu d'Antipater du poisou pour faire mourir Hérode, mais que Phéroras, avant de mourir, touché de la visite dHérode, avait ordonné de jeter le poison au feu, et qu'elle n'en avait gardé qu'un peu pour ellemême. En même temps un affranchi d'Antipater arriva de Rome et on découvrit qu'il était envoyé pour apporter à Phéroras du poison plus fort.

Quelques amis d'Antipater écrivirent à Hérode pour jeter des soupçons sur ses jeunes fils Archelaiis et Philippe, qui venaient d'être rappelés de Rome où Hérode les avait envoyés ; Antipater confirma ces révélations, et chercha hypocritement à excuser ses frères sur leur jeunesse. Hérode reconnut enfin la noire et monstrueuse trahison d'Antipater; pour s'emparer de sa personne, il lui écrivit une lettre affectueuse et l'engagea à revenir promptement en Judée. Mariamne, fille de Simon, soupçonnée de complicité dans le complot d'Antipater et de Phéroras , fut répudiée par Hérode ; le nom de son fils fut effacé du testament du roi , et le grand prêtre Simon fut révoqué de ses fonctions et remplacé par Mathias , fils de Théophile.

Antipater revint à Jérusalem (an 4).

Dès le lendemain de son arrivée, il fut accusé de parricide devant Quintilius Varus, gouverneur de Syrie , qui se trouvait alors à Jérusalem. Les preuves ne manquaient pas; malgré ses protestations hypocrites, Antipater fut condamné à mort, mais Hérode 'différa l'exécution, pour demander l'avis de l'empereur Auguste,

Quelque temps après, Hérode tomba dangereusement malade. Il fit de nouveau son testament, et se méfiant d'Archelaiis et de Philippe, il destina la couronne à son fils Hérode Antipas, né d'une Samaritaine nommée Malthacé, qui était aussi la mère d'Archelaus.

L'état du roi s'aggrava de jour en jour , et on désespérait de sa guérison ; déjà les Pharisiens relevaient la tête et deux des plus célèbres docteurs, Juda , fils de Sariphée, et Mathias , fils de Margaloth, chéris du peuple à

cause de leur vertu, de leur érudition et de leur éloquence, ensablèrent leurs disciples à renverser l'aigle romaine quHérode avait fait placer audessus du portail orientai du Temple.

Les disciples se mirent aussitôt à l'œuvre ; mais ils furent surpris par la force armée et arrêtés au nombre de quarante, ainsi que leurs deux maîtres.

Amenés devant le roi , ils avouèrent le fait, et s'en vantèrent comme d'un acte de piété et de patriotisme. Les juges d'Hérode les condamnèrent à mort; les ieux docteurs et plusieurs de leurs disciples furent brûlés vifs, les autres furent livrés au glaive du bourreau. Le grand prêtre Mathias , soupçonné de complicité, fut destitué, et le pontificat fut donné au frère de sa femme, nommé Joazar.

Le roi était affligé d'une maladie terrible qui inspirait l'horreur et le dégoût à ceux qui l'entouraient '. Les médecins lui conseillèrent d'aller aux eaux de Callirrhoë (p. 75); mais les bains restèrent sans effet, et le roi se lit transporter à son palais de Jéricho pour y attendre sa dernière heure.

Les horribles souffrances physiques et les terreurs de la conscience lui donnèrent des accès de fureur qui le rendaient encore plus terrible. Prévoyant que sa mort serait un sujet de joie

f)our la nation , il fit enfermer dans e cirque de Jéricho les hommes les plus distingués du pays , et chargea Saloméetsontroisièméépoux, Alexas, de les faire mourir au moment de sa mort , afin de donner au peuple un sujet de deuil.

Dans ces temps de terreur, les hommes pieux jetaient des regards pleins d'espoir dans l'avenir, et cherchaient une consolation en parlant du Rédempteur qui devait venir mettre un terme aux souffrances d'Israël et lui rendre son ancienne gloire et son indépendance. Hérode, dit-on, fut informé que des Mages avaient annoncé la naissance du Messie, et comme celui-ci, selon la croyance du peuple ,

' Voy. Josèphe,.^«^5î/. XVII, 6, b; Guerre des .luijs, 1, 3<, 5.

devait naître à Bethléhem, il ordonna de mas>acrer, dans cette ville et dans les environs, tous les enfants mnles audessous de deux ans. Selon la traditi(»n chrétienne, Jésus, qui venait de naître à Bethléhem , fut sauvé par la fuite de ses parents, qui emportèrent le nouveau-né en Egypte '.

Un jour , dans un accès de frénésie , lîérode essaya de se suicider, mais il en fut empêché; le bruit s'etant répandu que le roi était mort , Antipater offrit à son gardien une grande somme d'argent pour qu'il le laissât sortir de prison. Mais le gardien en informa le roi , qui ordonna aussitôt l'exécution de son fils; l'autorisation de l'empereur venait d'arriver.

Le roi profita de ses derniers moments pour partager définitivement sa succession, il nomma Archelaiis son successeur au trône, et lui donna la Judée, ridumée et la Samarie; Hérode Antipas fut nommé tétrarque de Pérée et de Galilée, et Philippe, né d'une autre femme, Cléopatre de Jérusalem , fut nommé tétrarque des pays de Batanée, de Gaulanitide, de Trachonitide et de Panéas. Salomé reçut les villes de Jamnia, d'Asdod et 'de Phasaëlis avec une somme considérable d'argent, Hérode légua aussi de grandes sommes d'argent à Auguste et à l'impératrice. Il mourut peu de temps avant la Pâque , cinq jours après l'exécution d'Antipater, à l'âge de soixante-dix ans, dans la trentequatrième année de son règne, l'an 4

' La \érifé historique du massacre des enfants de Bethléhem a été mise en doute, parce que Josephe n'en parle pas. Quoi qu'il en soit, ce massacre était peu de chose dans la longue série des crimes commis par Hérode, et l'historien a pu le passer- sous silence. Dans la petite ville de Bethléhem et dans ses environs il pouvait à peine exister lo a I2 enfants mâles au-dessous de deux ans. On trouve une trace de ce fait dans un passage de Macrobe {Salurn. II, 4), qui, par ignorance, a confondu la mort d'Antipater et le massacre des enfants en un seul l'ait : Qiium audisset {Augustus) iiiter pticros, qiios in Syrid Herodes rex Judœorum intra bimatum Jitssit interjici, Jilium quoque ejus occisuin, ail : Melius est Heroais porcum esse qiiam Jilium.

nvant le commencement de l'ère vulgaire'.

Hérode avait travaillé toute sa vie à s'assurer le nom d'un grand souverain, et il ne mérita que celui d'un tyran exécrable; à un vain éclat extérieur il avait sacrifié la liberté de son pays, ainsi que sa propre indépendance, et cependant il ne fut que l'esclave de l'empereur romain. Incapable de secouer le joug étranger, il se vengea de son dur esclavage sur ses propres concitoyens, en bravant leurs coutumes et leurs lois , en imitant servilement les coutumes étrangères et en se mettant au-dessus de l'antique loi sociale et religieuse, qui seule devait dominer sur le peuple juif. Il foulait aux pieds les pouvoirs nationaux ; le synédrium n'était plus qu'une ombre, et le pontificat dépendait du caprice du tyran. Sachant bien que toute réconciliation était impossible entre l'esclave des moeurs païennes et les zélés partisans de la loi de Jébova, il ne voyait partout que des ennemis; ses lâches confidents lui en faisaient voir jusque dans ceux qui devaient lui être le plus chers, et il déchirait ses propres entrailles en cherchant vainement le repos qui le fuyait sans cesse. Sa prodigalité, qui parfois empruntait les dehors de la bienfaisance, avait également sa source dans son ambition démesurée; il opprimait son peuple pour perpétuer son nom par de magnifiques monuments, qu'il faisait élever jusque dans les pays étrangers ^, et la brillante restauration du sanctuaire national n'était ellemême qu'un calcul ambitieux et un moyen de faire oublier, pour un moment, sa tyrannie et ses crimes. L'épithète de Grand, que l'histoire lui a donnée, est une amère dérision; sa grandeur consistait à être un magnifique esclave portant des chaînes d'or; elle aboutit à le faire mourir dans le

■ On sait que la naissance de Jésus précède de 4 ou 5 ans au moins le commencement de l'ère chrétienne; la faute commise par Denys h' Petit, qui, au sixième siècle, introduisit cette ère, n'a été reconnue que longtemps «près.

' On peut voir à ce sujet les judicieuses ûL.servations de Josèphe, Antiqit. XVI ,5,4.

désespoir et à détruire entièrement l'indépendance de son peuple devant lequel il ouvrit l'abîme qui devait l'engloutir.

3. Les successeurs (T Hérode. — IM Judée province romaine. — Jésui' Christ. — Agrippa.

Avant que la mort d'Hérode fût connue , Salomé et Alexas se rendirent au cirque de Jéricho, et firent relâcher ceux qu'Hérodey avait fait enfermer.

Ensuite Archélaiis fut proclamé roi; on fit lecture aux troupes assemblées d'une lettre d'Hérode qui , en les remerciant de leurs services , leur recommandait de servir le nouveau roi avec la même fidélité. Archélaiis fit faire à son père de magnifiques funérailles; le corps d'Hérode, selon sa dernière volonté, fut conduit au château d'Hérodion. Après les sept jours de deuil, Archélaiis se rendit à Jérusalem , où, après avoir donné un brillant festin au peuple, il en reçut les hommages dans le parvis du Temple, et lui fit les plus belles promesses , déclarant toutefois qu'il ne pouvait disposer de rien, ni accepter le titre de roi, avant que sa succession au trône eiit été confirmée par Auguste. Cependant, les Pharisiens et leurs partisans insistèrent pour que le grand prêtre Joazar, nommé arbitrairement par Hérode, fiit immédiatement révoqué et qu'on punît ceux qui avaient engagé Hérode à faire mourir les célèbres docteurs Judas et Matthias et leurs disciples. Les nombreux pèlerins , réunis alors à Jérusalem pour célébrer la Pâque, se joignirent aux mécontents, qui reçurent à coups de pierres les soldats envoyés au Temple pour maintenir l'ordre. Archélaiis y envoya toute la garnison de la capitale, et une lutte s'engagea dans laquelle trois mille hommes du peuple perdirent la vie.

Après ce triste début, Archélaiis partit pour Rome, accompagné par Salomé, qui lui promit son appui auprès de l'empereur, mais qui secrètement favorisait Antipas, qu'Hérode avait nommé antérieurement successeur au trône. ACésarée, Archélaus rencontra

PALESTIINE.

ÔG\

Sabinus, l'un desgouverneurs (le Syrie, qui allait se rendre à Jérusalem, afin d'administrer provisoirement la succession d'Hérode, au nom de l'empereur. Varus, appelé par Archélaiis, desapprouva la prétention de Sabinus, qui fit semblant de céder; mais, après le départ d'Archélaiis et de Varus, il se rendit à Jérusalem, occupa le palais du roi et lesforteresses, et s'empara des trésors.

Antipas se rendit également à Rome pour y faire valoir ses droits sur le trône; ses prétentions furent appuyées par Salomé et les autres membres de la famille royale. Pendant que les prétendants plaidaient devant l'empereur, la Judée était le théâtre des plus grands désordres. L'usurpation de Sabinus avait exaspéré toute la nation ; sous prétexte de vouloir célébrer la Pentecôte, le peuple arriva de toutes parts à Jérusalem, pour combattre le tyran étranger. Une lutte sanglante s'engagea entre les Juifs et les troupes romaines; celles-ci ayant mis le feu aux portiques du Temple et pillé les trésors, la fureur et le désespoir redoublèrent le courage des Juifs, qui refoulèrent Sabinus et ses troupes dans le palais du roi. Sabinus soutint un siège en attendant les secours qu'il avait demandés à Varus. En même temps tout le pays était livré à une terrible anarchie (an 3). Judas, fils du fameux Ézéchias qu'tlérode avait fait mettre à mort sous le règue d'Hyrcan, s'empara de Séphoris , et répandit la terreur dans toute la Galilée, une Lande de brigandsconduite parSimon, ancien esclave d'Hérode , prit le château de Jéricho , le pilla et le livra aux flammes. Un berger, nommé Athronge, usurpa le titre de roi, et avec ses quatre frèresdontchacun commandait une troupe nombreuse; il ravagea le pays et combattit à la fois les Hérodiens et les Romains. En Idumée, deux mille soldats qui avaient été congédiés par Hérode prirent les armes, et attaquèrent les troupes royales, commandées par Achiab, cousin d'Hérode.

Enfin , Varus entra en Palestine avec deux légions, soutenues par les trou-

Vi'Livru Uon. .Palks 1 1>K.)

pes de quelques principautés voisines.

Les brigands furent dispersés, et les insurgés de Jérusalem forcés de lever le siège du palais. Varus fit saisir partout les principaux rebelles, et en fit crucifier deux mille ; d'autres prisonniers furent envoyés à Rome. L'empereur fit mettre à mort ceux d'entre eux qui étaient de la famille d'Hérode, et accorda le pardon à tous les autres.

Augusten'avaitpasencore prononcé entre les deux prétendants, lorsque cinquante députés du peuple juif, partis de Jérusalem avec la permission de Varus, arrivèrent à Rome. Cette députation devait demander à l'empereur d'abolir la royauté, de joindre la Judée à la province de Syrie et de permettre aux Juifs de se gouverner, selon leurs propres lois, sous l'administration supérieure d'un gouverneur romain. Les Juifs qui habitaient Rome, au nombre de huit mille, appuyèrent vivement la demande de leurs frères. L'empereur, entouré de ses amis et des principaux magistrats de Rome, reçut les députés juifs dans le temple d'Apollon, où Archélaiis et son frère Philippe se présentèrent également ; le dernier était arrivé avec la députation pour obtenir la confirmation de ce qui le concernait dans le testament d'Hérode. Les députés llétrirent avec énergie la tyrannie d'Hérode et la cruauté d'Archélaiis, qui, dès son début, avait fait massacrer trois mille citoyens. Nicolas de Damas prit la parole pour Archélaiis. L'empereur, après avoir entendu les parties, leva la séance; et quelques jours après il rendit une décision qui confirma presque entièrement le dernier testament d'Hérode. Archélaiis reçut la moitié du royaume avec le titre d'efhnarque; cette moitié comprenait la Judée , l'Idumée et la Samarie , et rapportait environ six cents talents par an. Auguste lui promit de lui donner ensuite le titre de roi, s'il s'en rendait digne. Antipas fut nommé tétrarque de Galiiee et de Pérée avec un revenu de deux cents talents ; Philippe devmt tétrarque de Batanée , de Trachoniti-

L'UNIVERS

de, d'Auranitide et de Panéas : ces provinces rapportaient cent talents.

Salomé reçut les villes qu'Hérode lui avait destinées, et, en outre, Auguste lui donna le palais d'Ascalon : ses re- 7€nus étaient de soixante talents par an. Les villes de Gerasa • , de Gadara et d'Hippos, habitées par des Grecs, furent jointes à la Syrie. Deux filles d'Hérode, Roxane et Salomé, furent mariées aux fils de Phéroras, et chacune eut une dot de 250,000 pièces d'argent. Auguste distribua aux enfants d'Hérode la somme considérable que celui-ci lui avait léguée, et ne garda pour lui, comme souvenir,que quelques objets de peu de valeur.

Les enfants d'Hérode revenus en Palestine , chacun prit possession de son domaine. Archélaùs, dès son arrivée à Jérusalem, céda au vœu du peuple en ôtant le pontificat à Joazar , q 11 i fut remplacé par son frère Éléazar ; mais celui-ci fut obligé, quelque temps après, de céder sa place à Josué, fils de Sia. — Un jeune Juif de Sidon attira un moment l'attention publique, en se donnant pour Alexandre , fils d'Hérode et de Mariamne ; il eut même l'audace d'aller à Rome pour réclamer la succession d'Hérode; mais il fut démasqué par l'empereur lui-même , qui l'envoya aux galères. — Les fils d'Hérode marquèrent leur règne par la fondation ou l'embellissement de plusieurs villes. HérodeAntipas agrandit la ville de Beth-Haran (page 73), à laquelle il donna , en l'honneur de la fille d'Auguste , le nom de Julias. Le même nom fut donné par le tétrarque Philippe à une ville qu'il établit à la place du village de Bethsaïda ( page 68 ) ; Philippe embellit aussi la ville de Panéas et lui donna le nom de Cxsarea Philippi (ib.)- Archélaiis attacha son propre nom à la petite ville d'Jrchélaide , et restaura la ville de Jéricho, ravagée par la bande de Simon. Le berger Athronge , qui avait pu se

• Dans le texte de Josèphe on lit Gaza (Antiqu. XVII, 11,4; Guerre des Juifs, II , 6,3); mais comme Gaza est très-éloignée des deux autres villes, il faut lire problablement Gérasa. Voy. Reland, Palœslina, p. 773.

maintenir encore, fut vaincu par Archélaiis et mis à mort.

Archélaiis s'attira la haine i^énérale par sa tyrannie et par son mépris des mœurs et des lois nationales. Il épousa Glaphyre, veuve de son frère Alexandre, et mariée ensuite à Juba, roi de Libye ■; ce mariage, selon les lois juives, était un inceste, car Alexandre avait laissé des enfants ». Ses sujets juifs et samaritains, las de son despotisme effréné, adressèrent une plainte à l'empereur. Archélaùs, dans la dixième année de son règne, fut appelé à Rome, pour rendre compte de sa conduite devant le trône d'Auguste; ne pouvant se justifier, il fut déclaré déchu de sa principauté et exilé à Vienne dans les Gaules (l'an 6 de l'ère vulgaire). Son État fut réduit en province romaine , incorporé à la Syrie et administré par un gouverneur romain.

Coponius, chevalier romain, fut envoyé comme gouverneur en Judée.

En même temps P. Sulpicius Quirinus , qui venait d'être nommé proconsul de Syrie, fut chargé par l'empereur de faire un recensement général de la Judée. Celte opération inaccoutumée 3 fit une grande sensation parmilesJuifs. En général, les préjugés du peuple étaient opposés à tout dénombrement ; mais alors surtout on dut voir dans le recensement des per sonnes et des biens une mesure meniçante pour la nationalité juive et pou? les droits que les Juifs prétendaient conserver sous la domination étrangère. Joazar, qui avait été rétabli dans le pontificat, parvint à calmer l'effervescence du peuple, et le recensement put s'opérer sans opposition. Mais,

' Sur ce Juba voy. Nolde, Historia IdumcBa, p. 172 — 190.

2 Comparez ci-dessus, page 204.

3 Le recensement mentionné dans l'Évan- {îile de saint Luc (cli. 2), et qui fut fait sous- Quirinus ou Quirinius(KupYiviOi;), est évidemment le même que celui dont nous parlonsici. C'est par erreur que l'évangéliste le fait remonter à l'époque de la naissance de Jésus; à cette époque Quirinus n'était pas encoregouverneur de Syrie; Hérode vivait encore : le gouvernement romain n'avait aucun r^'étêt à faire un recensement en Judée, ai il n ayall même pas le droit de le faire

deux hommes exaltés , Juda le Gaulanite (appelé aussi le Galiléen ■) et le

[)liarisien Sadok excitèrent le peuple à a révolte contre le gouvernement romain, en présentant la mesure qui venait d'être prise comme le présage de la plus dure servitude. Ils enseignèrent publiquement que la loi juive défendait de reconnaître d'autre souverain que Dieu , et que les Juifs devaient plutôt mourir que de se soumettre à une puissance humaine. Ils parvinrent à se créer de nombreux partisans, désignés plus tard sous le nom de zélateurs. Pour le moment la révolte put être étouffée (Actes, 5, 37); mais plus tard le parti des zélateurs, ou des patriotes exaltés, devint de plus en plus fort; ce fut lui qui devint, ainsi qu'on le verra plus tard, la cause de i la terrible catastrophe qui termina l'existence politique delà nation juive.

Pendant quelque temps, les gouverneurs s'étant conduits avec prudence, la tranquillité fut maintenue dans le pays. Nous ne remarquons que les fréquents changements du grand prêtre ; les gouverneurs choisissaient pour ces fonctions des hommes qu'ils croyaient pouvoir dominer à leur gré. La position du grand prêtre était, à cette époque, très-difticile : intermédiaire entre le gouvernement romain et le peuple juit , il devait , pour se maintenir, contenter à la fois l'un et l'autre. Joazar fut de nouveau révoqué par Quirinus et remplacé par Hanan ou Ananus ^ , fils de Seth. Sous son pontificat, pendant que Coponius était encore gouverneur de Judée, quelques Samaritains , s'étant glissés dans le Temple , pendant une nuit de la fête de Pâques , y répandirent des ossements d'hommes, et souillèrent ainsi le lieu saint; de sorte que les prêtres ne purent y entrer pour remplir leur office. Ce fait prouve que les dispositions des Sama-

' Voy. Actes des apôtres , 5, 37 ; Josèphe , Antiqu. XVIII, I, 6; XX, 5, 2; Guerre des Juifs, II, 8, I. Juda était natif de Gamala dans la basse Gaulanitide et établi probablement en Galilée.

* C'est celui qui, dans rÉvan^ile de saint Luc (3, 2), est appelé Annas ou Anne.

ritains, à l'égard des Juifs, n'avaient pas changé dans le cours des siècles.

Coponius gouverna la Judée environ trois ou quatre ans ; il fut remplacé par Ambivius. Quelque temps après, Salomé, sœurd'Hérode, mourut, laissant toutes ses possessions à l'impératrice. Ambivius fut remplacé par Annius Rufus, quelque temps avant la mort d'Auguste. Lorsque Tibère monta sur le trône (l'an 14 de l'ère vulgaire), il envoya Valérius Gratus en Judée ;celui-ciadminlstra le pays pendant onze ans. Ce gouverneur nomma et destitua plusieurs grands prêtres :

il remplaça Hanan par Ismaël, fils de Phabi , qui, à son tour, fut remplacé, quelque temps après ', par Éleazar, fils de Hanan. A ce dernier succéda, au bout d'un an , Simon , fils de Kamhith, qui fut également révoqué un an après, pour faire place à Joseph, dit Caîphas ou Caïphe ( an 2.5 ou 26 ).

Pendant ce temps, les deux tétrarques,Hérode A ntipas et Philippe, jouissaient d'une paix profonde et achevaient lesconstructionsetlesembellissements de leurs nouvelles villes. Antipas sut gagner les bonnes grâces de l'empereur Tibère; ce fut en son honneur qu'il bâtit la ville de Tibériade , sur le lac de Génésareth ( p. 34) , et il en fit sa résidence. Dans un voyage qu' Antipas fit à Rome, où vivait" alors son frère Hérode, né de la seconde Mariamne, il eut de coupables intelligences avec Hérodias , fille du malheureux Aristobule et femme d'Hérode. Antipas offrit sa main à Hérodias , et celle-ci consentit à quitter son mari, homme privé, pour épouser son beau-frère , le tétrarque , qui se sépara de sa première

' Met' oO noXù, dit Josèphe, Antiqu.

XVIII, 2, 2. Selon le Thalmud, traité Ynmn, fol. 9 a, Ismaél occupa le pontificat pi'iulant dix ans; Gratus ayant gouverné onze ans et les deu.x prètrejj"Éléazar et Simon ayant exercé le pontiticat chacun pendant un an, il reste en effet neuf ans pour IsinaOI , car il parait résulter des paroles de Josèphe que Hanan fut révoqué immédiutenieni après l'arrivée de Gratus et Simon peu de temps avant son départ. Israaôl fut de nouveau grand prêtre sous Agrippa, pendant un an (Joséptie, ib. XX, 8, g 8 et 1 1 ). ce qui complète les dix ans qui lui sont attribués par le Thalmud.

l'u?«ivp:rs.

femme, fille (lu roi aral)e Flarelh. Selon les Kvaiifi;iles, cette femme ambitieuse devint plus lard la cause du meurtre de Jean-Baptiste, qui avait reproché à Antipas son mariage criminel '.

En Judée, Ponce Pilate succéda comme ijouverneur à Valérius Gratus ( 25 ou 26 ). Sa conduite causa bientôt de graves tumultes ; ayant fait entrer dans Jérusalem , durant la nuit, les enseignes romaines, ornées de l'image de l'empereur, les Juifs virent dans cet acte une profanation des lieux saints.

Jusque-là les gouverneurs, connaissant l'horreur qu'avaient les Juifs de toute espèce d'images , avaient respecté les préjugés populaires et laissé les enseignes hors de la ville sainte. Irrités de l'insulte qui leur était faits par Pilate, les Juifs se rendirent en foule à Césarée, résidence des gouverneurs , pour demander qu'on retirât les enseignes.

Pilate voulutsévir contre les séditieux'; les ayant fait entourer par ses soldats sur la place publique, il les invita à cesser leurs instances, en les menaçant de les faire mourir. Les Juifs se jetèrent par terre et tendirent leurs cous , déclarant qu'ils aimaient mieux mourir que de supporter la profanation de la sainte cité. Pilate, fléchi par cette fermeté , fit ôter les enseijînes , et plus tard il reçut ordre de Tibère de faire retirer de Jérusalem les boucliers dorés qu'il y avait fait placer, et dont les inscriptions , renfermant des noms de divinités païennes, étaient un sujet de scandale pour les Juifs *. Pilate occasionna bientôt de nouveaux troubles plus sérieux encore par l'emploi qu'il fit de l'argent du trésor sacré pour construire un aqueduc qui devait amener l'eau à Jérusalem d'une distance de deux cents stades. Dans les émeutes qui s'élevèrent à cette occasion. Pilate envoya au milieu de la

' Voy. Matth. 14, 3 — ii ; Marc, 6, 17 — 28; Luc, 3, 19 et 20. Selon Josèplie [Antiqu. XVIII, 5, 2), Antipas fit mourir Jean- Baptiste par des motifs politiques.

* Ce fait est rapporté par Philon , De légations ad Caîiim, éd. de Genève, p. 799 et

foule un grand nombre de soldats romains, déguisés en Juifs et portant des poignards sous leurs vêtements. Sur un signe donné, les soldats assaillirent les Juifs qui étaient sans défense et en tuèrent un grand nombre.

L'administration tyranni(iue de Pilate fut signalée par un événement qui alorsneparaissaitpasavoir une grande importance, mais qui, par l'immensité de ses conséquences, est un des plus mémorables de l'histoire du monde : c'est le procès et la condamnation de Jésus de Nazareth, surnommé le Christ.

Au milieu des troubles des guerres civiles, des calamités de tout genre qu'entraîna l'oppression étrangère, des querelles parmi les sectes religieuses et des disputes dans les écoles, une idée dominait le peuple juif, celle de sa future gloire prédite par les prophètes. Les Juifs généralement croyaient alors le moment venu où les prédictions prophétiques devaient s'accomplir par un rejeton de la maison de David, qui briserait le joug étranger , rétablirait leur État dans l'ancienne splendeur qu'il avait eue sous David etSalomon, qui ferait triompher leur religion sur celles des gentils , et donnerait au peuple juif la paix et le bonheur, sous le règne de Dieu et de sa loi. Plus le peuple juif était dans l'abaissement et dans le malheur, plus il cherchait des consolations dans les promesses que Dieu lui avait faites par les prophètes , et il attendait leur prompt et miraculeux accomplissement. Il y eut cependant des docteurs, qui, interprétant les paroles des prophètes dans un sens plus élevé, n'attachaient que peu d'importance à la régénération politique de la Judée et attendaient un libérateur spirituel , qui , à la manière des anciens prophètes > , ferait ressortir le côté moral du judaïsme, et qui glorifierait le peuple juif en répandant les croyances monothéistes et la morale du judaïsme parmi tous les peuples de la terre. Ce fut surtout parmi les Esséniens que

' Voy. ci-dessus, pages 419 — 421.

PALESTENE.

durent naître ces idées plus élevées du règne messianique; mais il y eut aussi un grand nombre de Pharisiens qui les partageaient, et, parmi les plus illustres, on en cite qui taisaient consister toute la loi dans la pratique de la morale et dans l'amour du prochain et qui déclaraient ouvertement que c'était dans ce sens que la loi divine devait être enseignée aux gentils. Nous rappellerons la célèbre réponse faite par le pharisien Hillel à un païen qui vint lui déclarer qu'il était prêt à embrasser le judaïsme, si le docteur pouvait lui faire connaître en peu de mots le résumé de toute la loi de Moïse. « Ce que tu n'aimes pas pour toi, dit Hillel , ne le fais pas à ton prochain ; c'est là toute la loi , le reste n'en est que le commentaire '. « Hillel fut un des plus illustres chefs d'école du temps d'Hérode ; ni son nom ni celui d'aucun autre docteur célèbre de cette époque ne se trouve mêlé aux affaires politiques.

Ils ne s'occupaient guère des choses de ce monde ; selon eux, Dieu seul devait accomplir l'œuvre de la rédemption, et il fallait attendre, avec résignation, l'époque fixée par la Providence pour la glorification du peuple juif.

Lorsque Jésus vint populariser, dans ses discours et dans ses paraboles, les doctrines des prophètes et des docteurs spiritualistes, il s'annonça luimême comme le Messie, ou le Christ, comme le rédempteur attendu par le peuple juif ^. La grande majorité des

' Voy. Thalmud de Babylone, traité Schabb'nth, fol. 31 a. L'espace nous manque pour citer d'autres passaf;es de la même nature qu'on trouve en grand nombre dans le Thalmud et dans les autres recueils des anciens rabbins. Dans le traité Maccolh, fol. 24 a, on démontre que les prophètes ont successivement ramené les lois de Moïse à un petit nombre de préceptes moraux; voyez mes Réflexions sur le culte des anciens Hébreux ( t. IV de la Bible de M. Cahen, p. 19 et 20]. Joseph de Voisin, dans ses notes au Pugio ftdei de Raymond Martin, a recueilli de nombreuses sentences des anciens docteurs de la synaf^ogue, qui offrent des parallèles aux discours de Jésus.

* Voy. Matlh. 16, 16; 21, 15; 26, 61 ; Jean, ♦ , 26; y, 37, et passim. Sur le sens du mot Messie, dont Christ (XpwTÔ;) est la traduction grecque, voy. ci-dessus, pages 409 et

Juifs refusa de le reconnaître comme tel, et dans les épithètes de rui des Juijs , de fUs de David et de /Us de Dieu, prises dans un sens plus que figuré ( Luc, 1 , 35 ) , épithètes que lui donnèrent ses disciples, et qu'il adopta lui-même, le synédrium crut trouver des motifs suffisants pour élever contre lui une accusation capitale. Le procès de Jésus, par son côté politique, intéressait à un haut point le gouvernement romain, qui seul pouvait ordonner l'exécution de la sentence.

Pour un homme comme Pilate c'était peti de chose que la mort d'un Juif présenté comme rebelle; et sa complaisance, dans cette occasion , ne fit pas défaut au synédrium, quoique, selon les l^.vangiles, il ne fût rien moins que convaincu de la culpabilité de Jésus.

Nous croyons ne devoir donner ici qu'un résumé succinct de la vie et des actes de Jésus-Christ. IManquant de documents purement historiques , nous abdiquons, pour un moment, le rôle d'historien, et nous nous bornons à reproduire les faits principaux résultant de l'ensemble des quatre Évangiles, qu'il n'est pas facile, comme l'on sait, de mettre toujours d'accord '.

Jésus naquit dans i'avant-dernière ou au commencement de la dernière année du règne d'Hérode (quatre ou cinq ans avant l'ère vulgaire), dans la petite ville de Bethléhem , oh ses parents , établis à Nazaretli , s'étaient rendus par un motif inconnu '. Sa mère, appelée Miriam ou Marie, était fiancée du charpentier Joseph, qui faisait remonter sa généalogie au roi David ; mais Joseph ne passait pas pour être le père réel de Jésus, à qui l'on attribuait une naissance surnaturelle. Ayant eu connaissance de

" L'auteur croit devoir rappeler à celte occasion f|u'il professe la religion juive. Ne pouvant accepter tous les faits tels (ju'ilssont rapportés, ni faire intervenir ici la critique historique, il doit se borner à donner une simple relation d'après les Évangiles, laissant chacun libre d'apprécier les faits selon ses convictions.

■» On a vu plus haut , p. 56?^, col. 2, note 3, que le motif du recensement, indiqué par saint Luc seul, ne saurait èlre admis.

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