SÛRETÉ PUBLIQUE
elle s'y fait bien plus sentir qu'en Orient. S'il y règne de pareilles idées, les voyageurs y ont singulièrement contribué, car il n'est pas rare d'en voir, surtout en Egypte/ jetter au peuple des poignées de piastres pour le triste plaisir de voir les Arabes se les disputer. Personne ne devrait se permettre de tourner ainsi la pauvreté en dérision. . Vï\^ aumône faite à un impotent, à un vieillard soulage souvent une grande misère.
11 résulte des préjugés répandus sur les Européens, que les gens se croient le droit de fatiguer le voyageur de cette demande : «Donne-moi un bakhchîch puisque tu es riche et que tu parcours le monde en grand seigneur». Celui qui donne est un brave homme (ridjâl tcUyibJ. Dans chaque village, les enfants déguenillés qui courent les rues, suivent le voyageur en criant sans cesse abakbehîch, hakhchîehf yâ khoouâdjal» On n'a qu'à leur répondre, par oe refrain, ma fich, ma fich^ il n'y a rien, il n'y a rien, et ils finiront par se taire. Si Ton ne veut rien donner à un mendiant, on lui répond « (Ulâh yaHîk», Dieu t'assiste! il ne manque pas alors de garder le sileAce.
Ce mot bakhehfchj présent, cadeau (d'origine persane), qui met souvent à une rude épreuve la patience du voyageur, et qui retentit encore à ses oreilles longtemps après qu'il a quitté l'Orient, signifie simplement présent , et comme on peut tout obtenir en Orieitt avec des présents , oe mot s'emploie de toutes les façons. Le bakhchtoh facilite et abrège les formalités de douane , le bakhchîch remplace le passe-port, le mendiant vous demande un bakhchîch, il faut des bakhchîch aux conducteurs de chevaux et d'ânes ; enfin, un grand nombre d'employés , dit»on, ne vivent que de bakhchîeh.
Selon les usages du pays, le domestique d^un homme marquant auquel on rend visite, reçoit un bakhchich du visiteur à sa sortie de la maison. Dans les villages chrétiens, on invite souvent le voyageur à examiner Téglise ; dans ce cas, Tecclésiastique fkhoûri) recevra du voyageur unte bagatelle «pour réglise» (min chan el-kenîsé). Si Ton a un bakhchich à donner à quelqu'un, par ex. à un cheikh bédouin très intéressé, on n'a qu'à lui remettre 20 ou 30 piastres de moins qu'on ne voulait lui donner , sauf à lui o£frir plus tard cette somme. Souvent il est à propos de ne distribuer de bakhchîch qu'au dernier moment du départ.