‹ Palestine et SyrieChapitre 67 sur 119 · Frutigo'A C? ( Banguê^otiamane} . C · texte numérisé non relu

Frutigo'A C? ( Banguê^otiamane} . C

TCL.Berghanv D.4.

n.Valero D.4.

^.1nMi^tti^%(quartier jmf ) . . . D. JE. 5.6.

JÉRUSALEM. Routes. 153

dlàllemagne, pi. 15 •, le baron de ifUncJihauten\ — d'* Angleterre, pi. 16; Noël Temple Moore, e»q.; — de France, pi. 17; M. Pairimonio; — d'Italie, pi. 18; le cav. de Rtge di Donato; — d'Autriche, pi. 19; le comte Caboga de Cerva; ^— deBussie, pi, 20; M. Kojevnieov.

Ppite: bureau français, pi. 87; bureau autrichien, pi. 86. Bvreau du télégraphe à la poste turque (pi. 90). On se fera adresser ses lettres posterestante ou au consulat, ce qui est plus sûr.

Sociétés scientiflqueê, v. p. 171.

Berriees religi«nz. Proteetant allemand, à 9 h. du m. (en été, 8 h. Vz) dans la chapelle provisoire du Moûristân; à 3 h. après m. dans Téglise angl. de Sion (environ 2(X) places). Service anglais^ à 10 h. ou 10 h. Vs du matin, à réglise de Sion (50 p.). Proteetani arabe ^ service de la soc. angl. des missions, à 9 h. du m. dans l'église neuve de St-Paul, au N.O. de la porte de Jaffa (environ 170 p.). Réunion des Templiers dans la nouvelle salle des assemblées de la Colonie. — Les messes cath. varient trop pour ôtre indiquées avec précision. Les grandes messes de Tégllse russe, ordinairement Taprès midi à 4 h.

Livres, photographies, etc. On trouve un grand assortiment chez Sehapira, rue des Chrétiens; de même chez Bergheim et chez Nicodème, même rue. Une douzaine de photographies de grandeur moyenne coûte 18 fr. On en trouve dans ces maisons de toutes les parties de la Palestine. II est bon de les acheter sans carton et de les rouler sur un cylindre; avec moins de volume, elles sont ainsi plus faciles à transporter.

Comme souvenirs de Jérusalem, l'étranger emporte d'habitude des chapelets en noyaux d'olives, etc., des croix et d'autres petits objets en nacre (fabriqués surtout à Bethléhem), des coupes et autres articles en pierre noire (calcaire bitumineux de la mer Morte) , des roses de Jéricho (v. p. 902). On en trouve un grand choix sur la place de l'église du St-Sépulcre, mais on peut aussi faire venir chez soi un marchand: on n'offrira habituellement que la moitié ou un tiers du prix demandé. Une des principales branches d'industrie à Jérusalem, c^est la fabrication d'objets en bois d'olivier sculpté; les principaux magasins où l'on en trouve sont ceux de Vester^ dans la voie Douloureuse, au-dessus de l'hospice prussien; de la Mottse of Industry et de la maison Faig: chapelet, 1 fr. ; boîte à gants, 10; règle, 1; presse-papier, 1 à 2; étui à cigarettes, 5; boîte à timbresposte, 2 fr. 50, etc.; ces objets portent souvent le nom de Jérusalem en hébreu. Petites sculptures en pierre de Jérusalem chez Paulus (voie Douloureuse).

■édecins, les Drs: Sandreczki^ allemand, habile opérateur; Einstler, hongrois, médecin de la municipalité, oculiste renommé; Schwartz ^ autrichien, médecin de l'hôpital Rothschild; Chaplin ^ de la mission juive anglaise; RiewieZy aide du Dr. Chaplin, médecin des Arméniens; Mataraki, médecin de l'hôpital grec. — L'hôpital allemand est un peu à g. de la poste française (PI. 87).

Pluunaaeiea. Il y en a dans chacun des nombreux hôpitaux, outre la pharmacie ail. de Paultu, au sortir de la porte de Jaf&, et plusieurs autres juives et arabes, telle que celle de Damiani^ voie Douloureuse.

Taillenn: Eppinger^ dans le khân copte; Silberstein^ rue des Chrétiens; SchoTy près de l'église de Christ; Max. Unger, hôtel de la Méditerranée.

Oordonniers: Schcehn et ScMegel^ dans le khân copte; Meiserle^ Biteer^ (tous templiers).

BrogmAiM : Hanna 'Aououad^ Joseph Karam^ Et. MartUla, Ibrahim Elyât Oatins); Bern. HeUpem^ Ahr. Lyons et Khalil Dhimel (protestants).

Jérusalem exerce Tattraction la plus puissante sur la majorité des touristes en Orient; mais bon nombre d^entre eux sont fort déçus au premier aspect de la ville dans son état actuel. Il semble d^abord qu'il reste bien peu de chose de la vieille cité telle que nous nous représentons la fameuse capitale de la Judée ; et en effet la Jérusalem moderne, avec ses rues sales, tortueuses et mal pavées, ne répond nullement aux idées que nous nous faisons de Sion et

154 RohU3, Jérusalem. Histoire.

du Moria. Ce n^est qu'en pénétrant plus avant dans ce chaos et en interrogeant les décombres accumulés sur les lieux sacrés, qu'on voit se révéler l'antique Jérusalem, et d'autant plus distinctement, qu'on a des connaissances préliminaires plus approfondies sur son histoire et sa topographie. Plus le voyageur séjourne longtemps et souvent à Jérusalem , plus ses vieilles ruines lui inspirent de l'intérêt ; il finit par comprendre comment le triste tableau de la cité moderne , dans son état de décadence matérielle et intellectuelle, correspond bien au dénouement du grand drame historique dont elle a été le théâtre. C'est précisément la religion partout carricaturée à Jérusalem, le fanatisme et Texclusivisme hostile de tant de communautés diverses , qui donnent aujourd'hui à cette ville son caractère spirituel, en font une ville sainte, centre commun de trois religions universelles, une ville qui n'a eu d'importance historique que dans ce seul domaine de l'activité de l'esprit, et qui, sous aucun autre rapport, n'a joué un rôle marquant.

La durée du séjour à Jérusalem dépend des autres projets de voyage , des services des bateaux à vapeur, etc. Ordinairement, 6 à 7 jours suffisent pour en visiter les points principaux (v. p. 3).

Histoire de Jérusalem.

Il est douteux pour plusieurs raisons que cette ville soit la même que l'antique Salem ^ dont Melkhisédec était roi (Gen. xiv, 18). En s'emparant du pays, les Israélites trouvèrent établis dans les montagnes la tribu des Jébusites , qui avaient pour capitale Jébus^ résidence de leur roi, bâtie à l'endroit qu'occupa plus tard Jéru* salem. Ce peuple fut vaincu, il est vrai , mais la ville ne put être prise d'emblée, tant sa position était forte. Nous savons avec certitude que, même du temps des Juges, elle n'était pas encore habitée par les Israélites f. Néanmoins, lors du partage du pays, la vallée de Hinnom fut assignée comme limite S. au territoire de la tribu de Benjamin. La Bible nous rapporte en peu de mots que David s'empara de cette ville de Jébus (II Rois v, 6-10). Les habitants, se fiant à la force de sa position , se moquaient des Israélites, mais ceux-ci parvinrent à la prendre, et le roi établit sa demeure sur le mont Sion.

Où était située cette montagne sacrée de Sion? Pour répondre à cette question , il nous faut entrer dans quelques détails sur la question topographique. La ville était entourée de profondes vallées; à l'E. était la vallée du Cédron, plus tard dite de Josaphat; à ro. et au S., celle de ^tnnom. Ces deux vallées principales enfermaient un plateau dont la partie N. portait le nom de Bézétha,

t Ils étaient déjà près de Jébafl, et le jour se changeait en nait, lorsle serviteur dit à son maître: Entrons je te prie, dans la ville des

Histoire. JÉRUSALEM. Route 3, 155

c.-à-d. lieu des oliviers; on y trouve encore aujourd'hui des plantations de ces arbres. La moitié S. du même plateau ^tait occupée par la ville, divisée naturellement en quartiers par dilTérentes dé* pressions du sol. Une de ces dépressions assez considérable, formait nne démarcation bien tranchée; elle courait du N. au 8.S.E., puis directement au S., et là séparait deux hauteurs, dont celle de VO. dépasse encore de 33 m. la hauteur escarpée de l'E. La vallée latérale sus-mentionnée s^appelait jadis le Tyropœon ou vallée des fromagers.

La Jérusalem antique occupait la terrasse méridionale de la colline du S., où se trouvait le quartier à'Ophel, au S.E. du Harâm actuel, et de plus la colline de l'O., de Vautre côté du Tyropœon, jusqu'à l'endroit où elle s'abaissait brusquement dans la vallée ; le mur d'enceinte traversait le Tyropœon au loin, à son extrémité. Sur la grande colline de TO. s'élevaient des rues parallèles , qui couraient du S. au N. et formaient des espèces de terrasses. 11 y avait au sommet un grand plateau , sur lequel était bâtie la ville haute. Elle n'était accessible que par le N., ce qui obligea d'élever de ce côté les murs les plus solides.

Voilà ce qu'on reconnaît généralement; reste à savoir quels étaient les noms respectifs des collines et où se trouvaient les anciens édifices. D'abord le temple était certainemeut sur la colline de l'E. ; mais le nom de cette colline subit des variations. Celui de Aforta, qui figure dans la Genèse , chap. xxxi, n'est mentionné ailleurs qu'une fois dans le 11^ liyre des Chroniques (II Chron. m, 1) f , et il est étonnant qu'il n'en soit pas question dans le récit de la construction du temple (III Rois vi). Il eu est sans doute parlé dans l'antiquité à propos de l'histoire d'Abraham (sacrifice d'Isaac)*j~j-, mais Moria ne semble pas avoir été une dénomination populaire , c'était plutôt un terme religieux en usage parmi les prêtres. De nombreux passages de la Bible prouvent précisément que jusqu'à une époque avancée la colline du temple était comprise sous le nom de Sion (I Maoc. iv, 37, etc.) et que très probablement le nom de Sion ne s'appliquait qu'à la partie E. de la colline. Cette circonstance seule nous explique également pourquoi il est si souvent parlé de la magnificence de Sionj car le temple y était. D'un autre côté, le nom de Sion se trouve très souvent aussi dans le sens de la «ville de David» (II Rois v, 7 ; III Rois VIII, 1) fff et même , dans le langage poétique , pour Jérusalem

t Salomon commença à bâtir le temple du Seigneur à Jérusalem, sur la montagne de Moria, qui avait été montrée à David son père, au lieu même qne David avait préparé dans Taire d''Arauna le Jébusite.

ff Et Dieu lui dit: Prends ton fils unique que tu chéris, Isaac, et va au pays de Moria; et là tu Toffriras en holocauste sur une des montagnes que je te montrerai.

ftt Alors s'assemblèrent tous les anciens d'Israël avec les princes des tribus, et tous les chefs des familles des enfants d'Israël, et ils vinrent vers le roi Salomon, dans Jérusalem, pour transporter Tarche de l'alliance du Seigneur de la ville de David, c*e8t-à-dire de Sion.

156 Routes. JÉRUSALEM. Biatoire,

tout entière («flUe de Sion»). Mais où ^tait située cette ville de David, Sion dans le sens restreint du mot? La plupart des archéologues, d'accord avec les idées du moyen âge, la placent sur la colline de l'O. Il est cependant question de «monter» au temple, même en parlant de la ville de David f, et cependant la colline de rO. est plus haute que celle du temple. D'après N^émie (xv, 37), il semble qu'un cortège parti de. la source de Gihon (p. 157) ait traversé la ville de David pour arriver à la colline du temple du côté E. ; il faudrait alors admettre que cette ville était située sur la partie S. de la même colline, mais des difficultés s'opposent aussi à cette conclusion. Nous ne pouvons déterminer l'endroit où était la maison de David , mais nous savons que Jérusalem se divisait déjà sous le règne de ce roi en ville haute et ville basse. La première était située sur la pente occidentale de la montagne la plus élevée des deux (sur la Sion traditionnelle à l'O.); la ville inférieure était à VE. ou au N. de la précédente. Une grande partie de cette vieille ville était en dehors de l'enoeinte actuelle (S.), là où il n'existe plus de malsons aujourd'hui. On ne saurait dire jusqu'où la ville de David s'étendait au N. A l'angle N.E. de la ville haute, vis-à-vis de la place du temple se trouvait le bastion de Millo (remplissage).

David, toujours occupé d'entreprises militaires , ne devait pas bâtir le temple ; cependant il fit transporter solennellement l'arche d'alliance à Jérusalem , sa nouvelle ville. Ce ne fut que son fils Salomon qui commença à faire des embellissements extraordinaires à Jérusalem ; il fonda entre autres un sanctuaire national splendide. Afin d'avoir une plate -forme convenable à un tel édifice, on dut établir des substructions considérables. Malgré des divergences d'opinion (surtout de l'archéologue anglais Fergusson), nous pouvons admettre en somme que le temple de Salomon occupait la terrasse supérieure actuelle, où se trouve la Coupole du Rocher (p. 177). Que d'un autre côté cd'aire d'Arauna le Jébusite» (v. ci-dessous) ait été sur le «rocher sacré» (p. 181), c'est ce qui n'est pas prouvé, bien que cette extrémité de la colline fût une place convenable pour cela, puisque les aires où l'on vanne sont toujours situées dans des endroits bien exposés au vent. Les générations suivantes ont continué l'œuvre de Salomon, en formant autour des édifices du temple une plus vaste enceinte, sur un terrain disposé par l'art. Pour plus de détails sur l'histoire et l'emplacement du temple, v. p. 171.

Où était maintenant le grand palais de Salomon? On a fait diverses réponses à cette question. D'après les uns, ce palais s'élevait en face, sur la colline de l'O., le mont Sion traditionnel; d'après les autres , il était au S. du temple , à peu près à l'endroit de la mosquée el-Aksa (p. 185), et s'étendait plus à l'E. : dans ce cas,

t Or Gad vint à David en ce jour là et lui dit: Monte et élève pour le Seigneur un autel dans Taire d'Arauna le Jébusite (IV Bois xxiv, 18).

Histoire. JÉRUSALEM. BouU 3. 157

l'expression «la flile du roi monta de la ville de David» -j* se trouyerait toujours juste, surtout puisque des fouilles récentes ont fait YOir que le rocher forme ici un plateau au milieu de la colline, au S. de la place actuelle du Harâm. Ce palais ^talt probablement construit d'après des modèles assyriens et égyptiens et décoré avec mAgiiiflcence, au point d^exciter l'admiration de la reine de Saba.

Salômon étendit en outre le bastion de Mille déjà mentionné; il lo relia par une chaussée avec la colline du temple , située en face (III Rois XI, 27) et entoura de fortifications la ville neuve, au N. Jerusalem ne commença que depuis Salomon à devenir un centre pour le peuple d'Israël. La ville neuve ou le faubourg dont il vient d'être question , prit probablement naissance à cette époque, où prospérait le commerce ; il s'y trouvait alors déjà une sorte de bazar et les divers corps de métier y avaient sans doute comme aujourd'hui leurs ruelles particulières. Toutefois la prospérité de Jérusalem comme centre du pays, fut de courte durée ; elle ne fut bientôt plus que la capitale de la partie S., du royaume de Juda. Dès le temps de Roboam, elle dut se rendre à Sisac , roi d'Egypte ; le temple et le palais furent alors dépouillés d'une partie de leurs ornements d'or. Le palais fut pillé de nouveau cent ans plus tard , sous le roi Joram, par des peuplades arabes du S. et des Philistins (II Ghron. XXI, 17), et soixante ans après, Joas, roi d'Israël, vainqueur d'Amasia , roi de Juda , fit son entrée triomphante à Jérusalem après avoir fait pratiquer une large brèche dans ses murs. Lui aussi s'empara de tout l'or qu'il trouva dans les palais et dans le temple (lY Rois XIV, 13 et suiv.). Le fils d'Amasia, Osias, durant son règne de cinquante-deux ans , ramena une grande prospérité dans Jérusalem ; le commerce redevint florissant, de nouvelles tours furent élevées autour de la ville et des balistes placées sur les créneaux (IlOhron. xxvi, 1-16) ; mais un grand tremblement de terre ébranla alors les constructions. Ezéchias (726-697) restaura les fortifications à l'approche de Sennachérib (II Ghron. xxxn, 5).

Ezéchias rendit un grand service à Jérusalem, en la pourvoyant d'eau plus abondamment. Il y en a peu dans le calcaire solide qui forme le sol de la ville. La seule source qu'elle eût était celle de Oihon^ sur le versant oriental de la colline du temple (d'autres la placent au N.O. de la ville, v. p. 249). Grâce à un puits, on pouvait en tirer l'eau du plateau lui-même. Ezéchias établit un conduit du Glhon jusqu'au ruisseau de Siloa (ou Siloé) qui coulait plus bas. Cette source de Glhon appartenant au Temple, n'était du reste qu'une branche venant d'une source située au N. ; jne autre branche en a été retrouvée dans des fouilles faites au Tyropœon. Mais cette source ne suffisait nullement aux besoins de la ville ; on creusa donc des citernes et des réservoirs pour

t Or la fille de Pharaon monta de la ville de David en sa maison, que 3»lomon lui avait bâtie. Alors le roi bâtit Uillo (III Bois, ix, 24).

158 Route 3. JÉRUSALEM. HUidire,

recueillir les eaux de pluie. C'est probablement de l'i^poque des rois, antérieure à l'exil, que datent les piscines de l'O. de la ville, ainsi que le grand réservoir que nous admirons encore maintenant au N. de la place du temple, et pour l'établissement duquel on utilisa un vallon dont la profondeur servait en même temps de défense à la plate-forme du temple au N. Une armée assiégeant Jérusalem souffrait ordinairement beaucoup du manque d'eau , car on pouvait , de l'intérieur de la ville, intercepter le cours de l'eau ; Jérusalem au contraire n'en a jamais manqué. Les deux vallées du Cédron et de Hinnom ont dû cesser d'avoir de l'eau courante , dès les temps les plus reculés.

A Ezéchias, dont le règne en somme fut heureux, succéda Manassé, son fils idolâtre. Il est dit aussi de lui qu'il construisit des murs après son retour de Babylone (II Ofaron. xxxiii, 14); ils furent partout flanqués de tours. Jérusalem passait pour une ville très forte f ; mais la politique de ses souverains , et leur révolte malheureuse contre la puissance des Chaldéens amena une nouvelle conquête. La ville ne fut pas prise d'assaut, il est vrai, mais elle dut se rendre sans conditions à Nébucadnétsar. Il s'en suivit un nouveau pillage dû temple et du palais du roi; une grande partie des habitants, surtout les plus marquants et tous les ouvriers^ environ 10,000 personnes, furent emmenés captifs en Orient avec le roi Jojakin. Il resta à peu près 7,000 âmes à Jérusalem; cette ville pouvait donc, à cette époque, contenir de 17 à 20,000 habitants. Ceux qui y étaient restés essayèrent sous Sédéoias, sans aucune chance de succès, de se révolter contre les vainqueurs, et durent soutenir un siège long et terrible de dix-sept mois et sept jours. La peste et une famine épouvantable sévirent durant ce temps dans la ville. Les assiégeants attaquèrent les murs avec des béliers couverts, comme on les voit représentés sur les basreliefs de Ninive ; mais les Juifs se défendirent en désespérés; l'ennemi dut leur disputer le terrain pied à pied, même lorsque Sédér oias se fut enfui par le Tyropœon dans la vallée du Jourdain. Les Babyloniens s'emparèrent de ce qui restait des anciens trésors ; le temple de Salomon fut brûlé , et comme le dit le prophète dans ses admirables lamentations, surtout au chap. ii, Jérusalem fut humiliée plus qu'elle ne l'avait jamais été.

Elle devait néanmoins être relevée après ce profond abaissement , car les Juifs purent revenir de l'exil ; mais la reconstruction proprement dite de la ville n'eut lieu que par les soins de Néhémie, échanson du roi de Perse Artaxerxès Longuemain. Jérusalem fut de nouveau fortifiée, et bien que la population ne fut pas suffisante pour l'ancienne enceinte, on releva les murs sur les vieux fondements. La description de Néhémie nous donne la meilleure idée de la Jérusalem antérieure à l'exil.

t Les rois de la terre, et tons ceux qui habitent TuniverB, n'^auraient pas cru que rennemi entrât dans les portes de Jérusalem (Jér., Lam., iv, 13).

Histoire, JÉRUSALEM. Route 3. 159

De la source de Silo^, la muraille s' devait 8ur la colline an N. An sommet de l'Ophel se trouvait un bastion qui était en même temps destiné à protéger la porte de$ Chevaux , une des portes du temple à TE. Près de cette porte , par conséquent sur la plate^ forme du temple, se trouyaient les logements des prêtres. Ordinairement on place encore de ce côté une seconde porte, la porte des Eaux. Il y avait aussi des fortifications à V extrémité N. de la plateforme du temple ; une partie particulièrement importante était le grand bastion rétabli sous Néhémie à Tangle N.O. de cette plateforme, la Bira, place où fut plus tard la Baris. La ville était en outre défendue au N. par la tour Hananael; mais nous ne savons pas bien où nous devons en chercher l'emplacement ; il en est de même de la tour Afea, qui était à 45 m. au S. de l'autre. Ou elles appartenaient toutes deux, y compris la porte des Brebis, au mur de l'E., ou bien la tour de Hananael se trouvait auC^(., près de la porte des Poissons, et alors celle de Mea aurait été près de la porte des Brebis à TO. de la plate^forme du temple. La situation de cette porte des Brebis est déterminée dans St Jean, où nous lisons qu'elle était dans le voisinage de la piscine de Béthesda-j-, et comme il ne faut pas chercher cette dernière à l'endroit désigné par la tradition, mais près du ^Aïn ech-Ghifa (p. 194), il faut aussi admettre que la porte en question , conduisait du quartier industriel du Tyrepœon sur la terrasse du temple.

La muraille qui fermait la ville haute se dirigeait vers l'O. et avait deux portes: la porte du milieu, entre les deux parties de la ville; et, tout à fait à l'O., Ib^ porte de la VaUée, nommée plus tard porte de Oennat ou du Jardin, à TE. (?) de la porte moderne de Jaffa : Osias l'avait déjà flanquée d'une tour. Dans le faubourg du N. se trouvait encore la porte de V Angle, la même sans doute que la porte ancienne* Quant 2t la porte d'Ephraîm , nous ne saurions nullement en préciser la situation. La ville haute avait une porte à l'O. (ou au S.), donnant sur la vallée de Hinnom, la porte des Immondices : on a retrouvé un escalier taillé dans le roc qui descendait dans cette vallée. Au S., il y avait une muraille traversant le Tyropœon , à l'issue duquel était la porte de la Fontaine ou «la vallée entre les deux murs». Nous ne saurions non plus indiquer la place précise où la porte des Potiers s'ouvrait sur la vallée de Hinnom. Dans le haut de cette vallée existait déjà du temps de Néhémie la piscine des Serpents ou Birket Màmilla (p. 249).

Les grands orages des siècles suivants respectèrent Jérusalem. La ville ouvrit ses portes à Alexandre et passa à la mort de ce prince entre les mains des Ptolémées. C'est seulement à l'époque d'Antiochus Epiphane qu'elle redevint le théâtre de luttes sanglantes. Antiochus revenant d'Egypte pilla le temple ; deux ans plus tard.

t Or, il y a dans Jërusalem une piscine des brebis qui est appelée en hébreu Bethesda, et qui a cinq portiques (8t Jean, v, 2.)

160 RouU3. JÉRUSALEM. Histoire.

il envoya un receveur général qui ravagea la ville, y mit à mort beaucoup d'habitants, et s'y établit dans une forteresse. Cette forteresse, YAcray est placée par les archéologues sur des points très différents; la plupart toutefois en fixent la situation au N.O. du temple et quelques-uns au S. La certitude sur ce point ne pourrait être acquise qu'en faisant des fouilles.

Judas Maccabée victorieux (v. l'Introd., p. 70) rétablit l'ancien culte dans le templç, purifla la plate-forme de la colline, l'entoura d'une haute muraille avec de fortes tours, et organisa une garde. Il fallut soutenir bien des combats pour consolider cette restauration nationale. Antiochus Eupator assiégea Jérusalem avec des machines, mais la famine put seule amener les Juifs à capituler. Malgré une stipulation contraire du traité de paix , le vainqueur fit détruire les murs de Sion (I Macc. vi). Mais Jonathas Maccabée les reconstruisit plus forts qu'auparavant (I Maec. x, 11); il éleva aussi un mur entre la ville et l'Acra, où il y avait toujours une garnison syrienne, et grâce à cette mesure, Simon, en affamant cette citadelle, la força à capituler en 141. La forteresse fut détruite; Simon alla demeurer sur la Baris, à l'angle N.O. delà plate-forme du temple , et la ville fut fortifiée de nouveau. Les successeurs de Simon Maccabée bâtirent le grand palais asmonéen .à l'O. de Mille; on avait de là une belle vue du temple. Jean Hyrcan eut à soutenir un nouveau siège des Syriens en 134; comme toujours, les ennemis étaient postés au N., et la ville ne fut prise cette fois encore que par la famine, mais elle obtint des conditions tolérables. Des dissensions intestines entre les Maccabées eurent enfin, pour conséquence l'intervention des Romains. Pompée assiégea Jérusalem , et cette fois aussi l'attaque fut spécialement dirigée contre la place du temple , qui était cependant défendue au N. par de grosses tours et un fossé profond, dont on a retrouvé des traces il y a peu de temps. La seule communication de niveau avec la plate-forme du temple était un pont à l'O. ; car la vallée assez profonde de Tyropœon existait encore à cet endroit. Ce pont fut détruit plus tard ; il se trouvait probablement dans le voisinage de l'arc de Wilson (p. 195). Le quartier au N. du temple et la porte dite de St-Ëtienne n'existaient pas encore à cette époque, comme le prouvent les fouilles de Warren. Le fossé du N. fut comblé par les Romains un jour de Sabbat ; furieux de la résistance acharnée qu'ils rencontraient, ils pénétrèrent dans la ville par un remblai et donnèrent cours à leur rage sur la place du temple ; 12,000 Juifs périrent, dit-on, dans ce combat. Pompée, à la grande douleur des Juifs, entra dans le Saint des Saints ; mais il ne toucha pas aux trésors, qui furent enlevés quelques années après par Crassus.

De nouvelles dissensions intestines attirèrent les Parthes 40 ans av. J.-C. ; mais l'an 31, Hérode s'empara de la ville avec l'aide des Romains, malgré une vive résistance. Les Juifs dont la défense

Histoire. JÉRU>SALEM. Route 3. 161

opiniâtre et pied à pied, avait exoitë la rage des vainqueurs, subirent de leur part un horrible massacre. Ce fut la Barls au N.O. de la plate-forme du temple qui résista le plus longtemps. H^rode alors devenu maître de Jérusalem, Tembellit et la fortifia. H rebâtit d'abord le temple, fait sur lequel nous reviendrons plus tard (p. 172) ; ensuite il releva les fortifleations de la Barls, parce qu*el1e commandait la plate -forme du temple. Flanquée de tourelles à l'extérieur, cette forteresse ^tait spacieuse h l'intérieur ; Htfrode la nomma Antonia en l'honneur d'Antoine, son protecteur. Il se bâtit pour lui-même un palais au N.O. de la ville haute. D'après les descriptions, cet édifice était des plus magnifiques ; il avait une foule de galeries , de péristyles , de cours richement ornées et de salles splendides. Au N. de cette demeure royale étaient trois grosses tours fortes nommées Hippicus, Phoêotl et Mariamne, Les parties inférieures de Phasaël, qui existent encore près de la porte de Jaffa (p. 224), et sont connues sous le nom de forteresse de David, montrent combien ces constructions étaient solides. Hérode construisit en outre % Jérusalem un théâtre à l'instar des Romains, une salle de conseil fà peu près h l'endroit où se trouve aujourd'hui le tribunal ; v. p. 195) et le Xyste, enceinte entourée de colonnades pour les exercices de gymnastique. A cette époque Jérusalem, avec ses nombreux palais et ses autres monuments, avec son magnifique temple, ses colonnades, ses hauts murs d'enceinte à bastions, devait présenter un coup d'œil splendide. Les murs de la vieille ville avaient 60 tours, ceux de son petit faubourg du N. en avaient 14; mais, franchissant son enceinte, la ville s'étendait au loin vers le N. bien au delà de ce faubourg , et nous devons nous figurer de ce côté de nombreuses villas entourées de vergers , dont l'ensemble devait présenter aussi un très bel aspect.

Telle était Jérusalem au temps de J.-C. , une cité imposante, bien qu'elle eût k l'intérieur des rues étroites et tortueuses , qui cependant étaient bordées de trottoirs pavés. La foule qui s'y pressait était considérable , surtout aux jours de fête , comme nous l'apprend le Nouveau Testament. Le gouverneur romain fit, dit-on, compter une fois les agneaux pascals, et il y en aurait eu 270,000 ; ce qui supposerait que la pâque était célébrée par 2,700,000 personnes ! Bien que ce chiflte, comme tant d^autres que donne l'historien Josèphe soit fort exagéré, il prouve cependant que les murs de Jérusalem contenaient alors une foule énorme.

Ce n'est qu'après la mort de J.-C, que l'on construisit, par ordre d' Agrippa I«r, une muraille enclavant tout le faubourg du N. dans l'enceinte de la ville. Cette muraille , qui devait avoir un grand développement et être très forte, puisque le quartier N. était le plus exposé de la ville, fut construite de gros blocs de pierre et avait, dit-on, 90 tours, dont la plus groôse était celle de Pséphinua, à l'angle N.O. ; elle avait plus de 30m. de haut et occupait l'endroit le plus élevé de la ville (7S4m. d'alt.). Par crainte de l'em-

162 Routes, JÉRUSALEM. Histoire,

pereur Claude, l'achèvement des mars fut abandonna; les Juifs les terminèrent plus tard dans de moindres proportions. Comme lés discussions des savants portent spë'cialement sur les trac<^s des trois enceintes, nous donnons ici sur ce sujet un rapide aperçu.

La première enceinte est celle de la vieille ville. De la tour d'Hippieus à TO., la muraille s'étendait au S. en contournant la colline et en renfermant la fontaine de Silo^, jusqu'au mur oriental de la plate -forme du temple. An N., elle formait la limite de la vieille ville en courant dans Ta direction du temple. Immédiatement au S. de ce mur du N., étaient le palais d'Hérode, le Xyste et le pont qui conduisait au temple en traversant le Tyropœon. Sur le hord occidental de cette vallée descendait également une muraille destinée à protéger la ville haute.

Du tracé de la deuxième enceinte , qui cx^mprenait le fauhourg du N. , dépend la question de l'authenticité du St-Sépulcre. Il s'agit de savoir à quel endroit la deuxième muraille se détachait de la première dans la direction du K. Un certain nombre d'archéologues, surtout depuis l'Américain RoMnson, lui donnent une direction telle que le St-Sépulcre se serait trouvé à l'intérieur de la ville , et ne serait par conséquent point le vrai sépulcre de J.-O. Mais alors il faudrait aussi reconnaître que le vieux réservoir d'Ëzéchias (p. 223) sur lequel il n'y a pas de doute , était dans l'ancien fauhourg. À l'endroit ott se réunissaient les deux murailles se trouvait la porte Oennat (p. 159). Il serait trop long de mentionner toutes les hypothèses qui ont été faites au sujet de cette deuxième enceinte ; des fouilles seraient seules capables d'amener à une conclusion définitive, et il n'est guère possible d'en exécuter actuellement au milieu de la ville moderne. D'un autre côté, nombre d'archéologues tracent l'enceinte de façon que la porte Gennat se serait trouvée à peu près au milieu du mur septentrional de la vieille ville. Dé là , la muraille devait faire une grande c/ourbe jusqu'au mur septentrional de la plateforme du temple, ou mieux encore s'étendre jusqu'à la forteresse Antonla-Baris : nous y reviendrons à propos du St-Sépulcre {p. 200).

Quant à la troisième enceinte, les topographeë rie sont pas non plus d'accord. Quelques-uns, tels que Fergussén et Kiepert, lui donnent une grande étendue , lui font faire une grande courbe , de sorte qu'elle aui^it même enclavé peut-être ce qu'on appelle les tombeaux des rois , et se serait par conséquent étendue jusqu'au bord de la partie supérieure de la vallée du Cédron , qui vient de l'O. Tout le plateau septentrional , sur lequel sont en effet dispersées beaucoup de ruinés et de citernes, aurait été alors compris dans la ville par A^ppa. Robinson fait passer la troisième muraille à peu près au milieu de ce terrain, ce qui paraît peu admissible au point de vue stratégique. D'après de nouvelles recherches, ce troisième mur a occupé à peu près l'emplacement du mur septentrional de la Jérusalem actuelle; ce qui parle en faveur de cette

Histoire: JÉRUSALEM. Route 8. 163^

opinion , ce sont les traces évidentes d'nn ancien foss^ en dehors dm mur actuel du N. (y. p. 249), et aussi les distances données par l'historien Josèphe, parfois peu exact, il est vrai, et qui les fixe à 4 stades jusqu'aux tombeaux des rois « et à 7 jusqu'au mont Scopus.

Lorsque le pays fut devenu province romaine , il y régna un sourd mécontentement, car les Juifs n'avaient pas moins d'orgueil national que les Romains. £n outre, des troupes de brigands (slcaril) compromettaient la sûreté du pays; à ces maux s'ajoutait l'oppression bien réelle des gouverneurs romains, tels que Gessius Florus, qui ne se flt pas scrupule de s'emparer des trésors du temple. Deux partis se combattaient à Jérusalem, les Zélateurs exaltés, ayant pour chef Eléazar, qui poussaient à une lutte acharnée contre les Romains, et un parti plus modéré, dirigé par le grand-prétre Ananias. Florus ayant plusieurs fois, dans sa fureur aveugle, fait mettre h mort beaucoup de Juifs inoffensifs, une révolte terrible éclata dans la ville. Hérode - Agrippa II et sa sœur Bérénice cherchèrent à l'apaiser par la persuasion, mais ce fut en vain, et ils durent s'enfuir. Les Zélateurs avaient déjà occupé la plate-forme du temple, ils s'emparèrent de plus de la forteresse Antouia. Puis une lutte terrible s'engagea entre les deux partis, et le plus fort, celui des Zélateurs , parvint h enlever aux modérés la vUle haute et même à. prendre le château d'Hérode, qui était occupé par 3,000 hommes. Les vainqueurs firent un grand carnage des Romains aussi bien que de leurs concitoyens. Cestius Gallus, général romain Incapable, marcha contre la vlUe, mais il leva le siège lorsqu'il allait aboutir et se retira du côté de Gabaon. Son camp fut alors attaqué par les Juifs et son armée dispersée. Cette victoire inspira aux Juifs une présomption telle qu'ils ré valent déjà leur délivrance du joug abhorré des Romains ; le nouveau conseil de Jérusalem, composé de Zélateurs, entreprit d'organiser l'insurrection dans toute la Palestine. C'est alors seulement que les Romains ouvrirent les yeux et envoyèrent l'habile Vespasien avec 60,000 hommes. Ce général s'empara d'abord de la Galilée, l'an 67. Cependant les luttes intestines se prolongeaient à Jérusalem; des bandes de brigands s'emparèrent du temple et lorsqu'ils se virent assiégés par le grand prêtre Ananus, ils appelèrent les anciens adversaires et ennemis jurés des Juifs , les Iduméens (Edomites) auxquels ils ouvrirent les portes. Alors le parti modéré, commandé par Ananus, fut anéanti avec son chef, et ses adhérents proscrits ; 12,000 citoyens marquants périrent dit~on dans cette circonstance. Les Zélateurs firent cause commune avec les brigands et commirent toute sorte de cruautés. Les Iduméens quittèrent Jérusalem après s'être rassasiés de pillaige.

Ce ne fut qu'après avoir conquis une grande partie de la Palestine, que Vespasien dirigea ses troupes sur Jérusalem ; mais les événements de Rome le forcèrent de laisser ^ son fils Titus le soin de continuer la guerre, Quand eelui-ci aniva sous les murs de la

t64 Route 3. JÉRUSALEM. Hlêtoire.

ville, il y avait % l'intérieur quatre partis: les Z^ateurs, sous la conduite de Jean de Giscala, oceupaient la forteresse Antonia et le portique des Gentils ; le parti des brigands, ayant pour chef Simon de G^rasa, la ville haute ; celui d'El^azar tftait maître 'de l'intérieur du temple et du parvis des Juifs, et enfin celui des mod^rtfs, se maintenait encore dans la ville haute. Titus arriva par la route d'Egypte avec deux logions, chacune d'environ 6,000 hommes; il trouva trois logions à son arrivée et en fit venir encore une avec de nombreux alliés. Six logions étaient donc réunies devant Jérusalem au commencement d'avril de l'an 70. Dans une reconnaissance Titus fut presque s^par^ de son arm^e ; il en posta alors la plus grande partie au N. et au N.O. de la ville et une légion au mont des Oliviers. Les Juifs firent une sortie pou* attaquer celle-ci, mais Titus accourut et les repoussa. Les luttes continuant K l'intëTrieur, Jean de Giscala parvint à chasser EMazar du quartier du temple, et il n*eut plus contre lui que le parti des brigands, commande par Simon. Le 23 avril , les Romains approchèrent leurs machines , à peu près à l'endroit où se trouve aujourd'hui la porte de Jaffa. Les Juifs leur opposèrent une vive résistance, mais le 7 mai , les Romains pénétrèrent dans la ville neuve.

Cinq jours après, Titus prit aussi d'assaut la deuxième enceinte, mais 11 fut repoussé; il la reprit trois jours plus tard et en fit alors raser touto la partie N. Ensuite il envoya, mais en vain, l'historien Josèphe, qui était dans son camp, sommer les Juifs de se rendre. La famine survint ; ceux qui s'enfuirent pour y échapper et se soustraire à la fureur de Simon, furent crucifiés par les Romains. Ces derniers se mirent à construire des travaux de siège, mais les Juifs en détruisirent une partie. Alors Titus fit élever autour de l'enceinte, qui avait 33 stades de développement, une muraille de 39 stades, et la ville étant ainsi complètement bloquée , une famine épouvantable commença à y régner: les cadavres de ceux qui en mouraient étaient jetés par dessus les murs. Les assiégeants recoururent de nouveau à leurs béliers ; le 5 juillet, durant la nuit, ils s'emparèrent de la forteresse, et l'on combattit aux portes du temple, desquelles les Juifs demeurèrent toutefois les maîtres. Les galeries de l'édifice brûlèrent peu à peu, mais le terrain était défendu pied % pied. Enfin, le 10 août, un soldat romain jeta, à ce que l'on raconte, malgré la défense de Titus, un tison ardent dans le temple. Tout fut la proie des flammes ; les soldats égorgèrent tous ceux qu'ils purent atteindre; mais un certain nombre de Zélateurs purent s'ouvrir un chemin vers la ville haute. On fit aux assiégés une nouvelle sommation , pendant que la ville basse était déjà en feu , mais la partie supérieure tint bon longtemps encore ; elle ne fut incendiée que le 7 septembre. Jérusalem ne fut plus dès lors qu'un monceau de ruines ; ceux des survivants qui avaient combattu contre les Romains furent exécutés, et les autres vendus. La population qui, par fanatisme ou par crainte des Romains, s'était trouvée

Hiatoire. JÉRUSALEM. Route 3. 165

accumulée dans la ville, s' devait, dit-on, à 600,000 âmes. Titus et son père Yespasieu cél^rèrent leur yictoire par un brillant triomphe, dans lequel figura entre autres Jean de Giscala; Tare de triomphe de Titus , un des plus beaux monuments de Rome, rappelle cette victoire , à la suite de laquelle Je'rusalem perdit pour toujours son importance politique.

L'empereur Adrien (117-138), qui avait du goût pour les constructions, fut le premier qui fit rebâtir à la place de Jérusalem, l'an 130, une ville qu'il appela ^lia Capitolina ou simplement JElia. Nous savons qu'à la fin du iv« s. il y avait une statue de Venus sur l'emplacement du St-Sépulcre, et que sur celui du temple des Juifs se trouvait un temple de Jupiter avec deux statues (celles des Dioscures?). Les murs de la ville furent aussi relevés par le même empereur et à la même place, sauf au S., où l'enceinte fut un peu rétrécie, de sorte qu'une grande partie de la hauteur de Î'O. et de rOphel se trouvait comme aujourd'hui , en dehors de la ville. La fureur des Juifs se ralluma encore sous Bar Cokhba, mais ensuite une obscurité profonde règne pendant des siècles sur l'histoire de cette ville. L'entrée en fut sévèrement interdite aux Juifs.

La reconnaissance du christianisme comme religion de l'Etat marque le commencement de la nouvelle histoire de Jérusalem. Constantin permit aux Juifs de s'en rapprocher, et ils tentèrent de reprendre les armes contre les Romains, en 339. L'empereur Julien, qui était païen, les favorisa de préférence aux chrétiens et leur permit même de rebâtir le temple ; mais ce ne fut qu'une faible tentative de reconstruction ; plus tard les Juifs furent de nouveau exclus de la ville.

Comme siège épiscopal, Jérusalem dépendit d'abord de Césarée ; ce n'est qu'après de longs débats, au concile de Calcédoine, en 451, qu'un patriarcat indépendant y fut établi pour les trois Palestines (p. 62). Les pèlerinages aux Saints Lieux étaient de bonne heure devenus fréquents ; l'empereur Justinien fonda déjà, dit-on, outre plusieurs églises et dix ou onze couvents, tant à Jérusalem qu'aux alentours, un hospice pour les étrangers. £n 570 il y avait- à Jérusalem des hospices avec 3000 lits. Le pape St Grégoire et divers États de l'Occident firent aussi construire à cette époque des hospices semblables en faveur des pèlerins: en même temps le commerce des reliques commença à se développer à Jérusalem.

Avant de passer des mains des chrétiens entre celles des musulmans, Jérusalem fut encore prise par les Perses eu 614 et ses églises détruites ; mais elle fut bientôt reconstruite, surtout avec l'aide des Égyptiens. L'empereur byzantin Héraclius reconquit la Syrie en 628. Quelques années après, une armée arabe, sous le commandement d'Abou 'Oubeida marcha contre Jérusalem; mais les 12,000 Qrecs de la garnison s'y maintinrent bravement, Jusqu'à ce que 'Omar lui-même amena des renforts et prit la ville , en 637. Les habitants furent traités avec beaucoup de clémence et on leur per-

166 Boute 3. JÉRUSALEM. maioire.

mit le 8(^)0111 moyennant une capitation ; ils devaient être au nomt>re de 50,000. Le khalife Haroûn er-Rachîd fit même remettre selon la tradition, les clefs du St- Sépulcre à Charlemagne. Les empereurs romains d'Allemagne envoyèrent constamment des secours pour les pèlerins de Jérusalem. C'est plus tard seulement que les chrétiens commencèrent à être opprimés par les musulmans. La ville fut nommée par les Arahes Beit el^MàkâiSf maison du Stnctuaire, ou simplement tl-Kouds, le Sanctuaire.

En 969 Jérusalem tomba au pouvoir des Fàfimites égyptiens ; dans la seconde moitié du xi<^ s., elle fut entraînée dans les luttes des Turcomans. Les chrétiens eurent beaucoup à souifrir sous la domination des Turcs; les pèlerins furent rançonnés , les hordes sauvages des OriokideSj bandes de pillards turcs, allèrent jusqu'à pénétrer dans les églises de Jérusalem et à maltraiter les chrétiens pendant le service divin. Parmi les nombreux pèlerins qui eurent à souffrir de ces insultes , se trouva Pierre d'Amiens, qui réussit à son retour à provoquer la première croisade. Quand les croisés arrivèrent sous les murs de Jérusalem, le 7 juin 1099, la ville était entre les mains d'Iftikhâr ed-Daoulé, prince d'épendant de l'Egypte. Les assiégeants eurent à souffrir de la faim et de la soif; ils ne pouvaient s'emparer de la ville sans machines. Les deux Robert étaient postés au N. , Godefroy et Tancrède à l'O. ; Raymond de Toulouse était aussi campé de ce côté, mais principalement au S. Lorsqu'ils eurent construit des machines, Godefroy attaqua la ville surtout au S. et à l'E., Tancrède donna l'assaut au N. et la porte de Damas lui fut ouverte de l'intérieur, tandis que d'autres Francs pénétraient aussi, le lô juillet, par la porte de Sion. La plupart des musulmans et des juifs furent massacrés, et les mosquées transformées en églises. Nous parlerons plus tard des constructions que les croisés élevèrent pendant les 88 ans de leur domination à Jérusalem.

En 1187, le 2 octobre, Saladin s'empara de la ville et traita avec beaucoup de douceur les chrétiens, dont un grand nombre s'y étaierit réfugiés des environs ; il leur permit de partir moyennant une rançon et les protégea contre la brutalité des soldats. Trois ans plus tard, les Francs menaçant de nouveau Jérusalem (taroisième croisade), Saladin fit élever des murs et faire d'autres ouvrages de défense qui rendirent la place très forte ; mais en 1219 , le sultan Méiic el-Mou'azzam de Damas fit raser de nouveau la plus grande partie des bastions, dans la crainte que les Francs ne' s'emparassent de la ville et ne s'y retranchassent. Jérusalem fut livrée par un traité à l'empereur Frédéric II, en 1229 , à condition que les murs ne seraient pas relevés ; mais les chevaliers francs violèrent cette clause. L'émir David de Kérac prit la ville à son tour en 1289, et quatre ans plus tard, elle fut de nouveau cédée aux chrétiens par convention. En 1244, les . Kharesmiens l'emportèrent d'assaut et bientôt après elle tomba sous la domination des Ayoubites d'Egypte.

TopographU. JÉRUSALEM. ftovlU9. 167

Depuis ce teiopa, Jérusalem est restée ville musulmane. Elle tomba eutre les mains des Osmaulis en 1Ô17. Napoléon voulut s'en emparer en 1800, mais il abandonna ce projet. En 1825 , les babitants se révoltèrent contre le pacha au sujet des impôts , et la ville fut en conséquence bombardée quelque temps par les Turcs, jusqu'4 ce qu'on en vînt à une transaction. En 1831 , Jérusalem se soumit sans trop de rési&tance à Mébémet-Ali, pacha d'Egypte; une révolte des Bédouins y fut réprimée en 1834, et elle retomba en 1840 au pouvoir du sultan 'Abdoul-Medjtd.

Topognkphie» population» ete.

Jérusalem est bâtie sur un plateau calcaire peu fertile, peu riche en eau , et relié au N. avec la chaîne principale des montagnes de Palestine ; elle se trouve sur la route qui traverse le centre élevé du pays et suit à peu près la ligne de partage des eaux du S. au N. Elle est située à 31^" 47' de lat. N. et à 32'> 54' W de long. Ë. de Paris, à Ô3 kil. de la Méditerranée et à 23 de la mer Morte. La hauteur de la colline du temple au-dessus du niveau de la Méditerranée e^ de 744 m., celle de la colline Au N. de 770, celle de la ville haute de 777, l'altitude de la muraille aotuelle à l'angle N.O. de 784 m. La ville a un mur d'enceinte de 12 m. de haut avec 34 tours ; il forme un quadrilatère irrégulier d'environ 4 kil. on 5,400 pas de circuit; l'on peut en faire facilement le tour en une heure et un quart. Vue du mont des Oliviers et du mont Scopus , Jérusalem présente un coup d'œil imposant. Elle a peu de places publiques; les rues en sont tortueuses^, avec beaucoup d'impasses ; les unes et les autres sont excessivement sales lorsqu'il a plu, et le pavé en est très défectueux. Quelques ruelles qui servent de marchés sont recouvertes d'une voûte. Les rues principales séparent aussi les principaux quartiers. La rue de Damas et du Bazar, qui vient du N., sépare le quartier musulman (Ë.) du quartier chrétien (,0.); le prolongement de cette rue au S., celui des Juifs (Ë.) de celui des Arméniens (0.). De même la grande rue qui mène de la porte de Jaffa au Harâm, vers TE., passe d'abord entre le quartier chrétien (N.) et l'arménien (^8.), puis entre le quartier des musulmans (N.) et celui des Juifs (S.)

L'enceinte est percée de sept por(e«, dont deux sont actuellement murées: 1^ lapof(« de Jaffa (p. 148), la seule à l'O., nommée par les Arabes Bâb el-KhalU, porte d'Hébron, parce que le chemin qu'on a à g. conduit à Hébron. An côté N., 2^ la porte de Damas ou Bâb el'Amoûd, la porte des Colonnes (p. 255); 3^ la porte d^Hérode, Bâb ee-Sâhiri (p. 235), surmontée d'une tour, et fermée depuis plus de vingt-cinq aUs (elle est ouverte pendant les mois d'exercice des Rédîf ou recraes du pays). Au côte E., 4° la porte St'Etienne (comp. p. 218), ainsi nommée parce qu'on suppose que c'est là que St Etienne fut lapidé, et appelée par les Arabes Bâb Sitti Mafyam ou porte Notre-Dame Marie, parce que le chemin qui

168 RquUS, Jérusalem. Topographie,

y passe mène au tombeau de la Vierge ; Ô^ la porte Dorée (p. 191} murée depuis longtemps ; — 6^ la porte des Moyrebine (Bâb el'Moghâribé^ p. 197j ou la. porte des ImmorMsee ; 7® la porte de 8ion (p. 247), en arabe Bâb en-Nébi Ddoûd, à cause du «tombeau de David» qui est près de là, dans l'angle S.E>, ces dernières du coté S. de la ville.

Jérusalem ne possède d'eau de source que celles de 'Aïn SUouân (p. 239) et de 'Ain eeh-Ckifâ (bain salutaire, p. 194) ; les habitants en sont par là même réduits à celle des citernes. Les maisons sont construites en conséquence; toutes les parties du sol qui sont à découvert déversent l'eau de pluie dans des citernes. Le manque de bois oblige à ne bâtir qu'avec de la pierre. La cour avec la citerne forme le centre d'une maison. Une habitation dans le style propre à la ville se compose d'un certain nombre de pièces séparées, dont chacune a son entrée particulière et son toit en coupole. Les chambres sont d'inégale hauteur et groupées d'une façon très irrégulière ; elles ne communiquent que par des galeries et des escaliers découverts , ce qui est incommode lorsqu'il pleut et oblige les femmes à porter toujours des patins de bois. 11 y a aussi des maisons à toit plat , mais ce toit ne recouvre que la coupole. Celle-ci ne porte pas directement sur les murs, mais est en retraite, d'où il résulte qu'on peut en faire le tour. On voit souvent sur les toits des balustrades faites de tubes d'argile et disposées en forme de triangles. Les constructeurs maçonnent dans les cours et sur les toits, des vases. à fleurs et des auges destinées à recevoir des plantes. Les pièces ainsi voûtées sont fraîches en été. Des niches pratiquées dans les murs tiennent lieu d'armoires. Les maisons n'ont pas toujours des fenêtres vitrées ni des cheminées; à leur défaut, la fumée du charbon de bois sort par les di£férentes ouvertures des appartements. Il n'y a que les maisons européennes qui aient d^es poêles ; l'hiver on chauffe généralement les chambres avec des brasiers (mavkaJL), Le sol des appartements est un mortier qui durcit comme le marbre. — La mauvaise eau et les miasmes dégagés par les dépôts d'immondices produisent en été des lièvres, la dyssenterie, etc. La malpropreté est toutefois un peu moins grande maintenant qu'autrefois.

Le tableau suivant donne la température moyenne de Jérusalem en degrés centigrades:

Janvier 8*»3. AvrU 15«4. JuUlet 23«7. Octobre 21%.

Février 9*»3. Mai 21^ Août 24^5. Novembre 16«1.

Mars 14^1. Juin 22^. Septemb. 22°3. Décembre 9*^. 11 neige et il gèle de temps à autre à Jérusalem. £n moyenne, les jours pluvieux se répartissent comme suit : 3 en oct., 6 en nov., 11 en déc, 10 en jan., 8 en fév., 6 en mars, 4 en avril; l'on a en tout environ ÔO j. de pluie, dont la quantité est de 20" par an. Les vents régnants sont: le N. 30 j., le N.Ë. 33 j., l'E. 49 j., 1« SE. 23 j., le S. 11 j.,leS.O. 46j., l'0 59j. etleN.O. 114 j. Jérusalem est administrée d'abord par le pacha de Palestine,

Fùpulaiion, JK^tlSÂLËM. BouttS. 169

qui y réside, puis par une espèce de maire et de conseil (medjlis). Ce conseil se compose de quatre musulmans , de trois chrétiens et d'un juif, parmi lesquels il y a quelquefois des Européens. La garnison de Jérusalem se compose à l'ordinaire d'un bataillon.de ligne. La population est ordinairement évaluée à 24,000 âmes (20,938 d'après le frère Liévin), dont à peu près 13, 000 (ou 7, 565) musulmans, 7,000 (5,373) chrétiens et 4,000 (8,000) juifs. Le rapport statistique dressé par le gouyernement en 1871 accuse des chiffres encore moins élevés, car il compte 1025 maisons musulmanes, 299 grecques-orthodox.es, 18 grecques-catholiques, 175 arméniennes, 7 syriennes, 179 latines, 16 protestantes, 44 coptes et 630 juives^ en tout 2,393 maisons. Les différentes nationalités se reconnaissent au costume (v. p. 94). Parmi les Arabes musulmans se trouve aussi une colonie africaine, composée de Mogrebins ou Barbaresques.

Les Juifs (p. 94) vivent généralement des dons de leurs coreligionnaires d'Europe ; la plupart reçoivent leur khcUoûea, ou leur part. Un nombre de ceux d'Europe viennent finir leurs jours à Jérusalem pour y être ensevelis. Monteflore, Rothschild et d'autres amis des Juifs ont essayé d'améliorer le sort de leurs coreligionnaires par des donations et des fondations magnifiques. L'hôpital Rothschild (pi. 48), créé en 1855, est un vrai bienfait pour les Juifs. Les établissements de la mission anglaise parmi les Juifs, de la «Société de Londres pour les progrès de l'Évangile parmi les Juifs» compxennent : un hôpital, une école de travail pour jeunes gens (house of industry, p. 153) fondée en 1848, et une école de travail pour les Juives. Beaucoup d'Achkénazim (p. 94) sont sous le proteetorat des consuls d'Allemagne ou d'Autriche.

VégUae grecque est aujourd'hui la plus considérable de Jérusalem; son patriarche actuel, nommé Jérothéos, y réside. Les Grecs possèdent les couvents et hospices qui suivent : le couvent d'Hélène et Constantin , qui compte 100 religieux; celui d'Abraham, qui en a 30 ; celui de Gethsémané, avec 30 chambres pour les pèlerins ; celui de St-BasUe, habité par 10 diaconesses ; ceux de St- Théodore, de St-Georges, de St-Michel, de Ste-Catherine , chacun pour 200 pèlerins; ceux d'Euthymlus et de Seetnagia, avec 30 diaconesses chacun ; celui de Spiridon , pour 100 pèlerins ; ceux de Garalombos et de St-Jean-Baptiste , chacun pour 500 pèlerins ; celui de la Nativité de-la Vierge , avec 40 diaconesses ; un second de 8t-Georges, pour 50 pèlerins, celui de Démétrius, pour 200, et celui de Nicolas, pour 300, ce dernier avec une imprimerie ; enfin St-Spirito près de la porte de Damas pour 150 pèlerins.

Les Grecs ont de plus une école de filles, qui compte deux maîtresses et 60 élèves ; une école de garçons , avec 3 maîtres et 120 élèves ; un bel hôpital neuf, etc. — Les prêtres grecs portent une espèce de barrette ronde de couleur noire.

V ancienne église arménienne est fortement représentée à Jéru-

1 70 Route B. JÉKUSALKIif . UeUgionê.

salesi) bien que les Arméniens ne soient venus s^ établir en grand nombre que depuis le milieu du siècle dernier; on vante leur tolérance. Les Grecs et les Arméniens sont plus favorables aux protestants qu'aux catholiques, leurs adversaires immédiats. Le patriarche arménien (Jésaias) demeure avec 180 religieux et frères près de la porte de Sion dans un grand couvent (p. 225), qui peut, ditron, contenir quelques milliers de pèlerins. Ce couvent renferme une imprimerie , un séminaire comptant à peu près 40 élèves, un petit musée et un atelier de photographie. Dans le voisinage se trouve un couvent de femmes, aussi du rite arménien, le Deir ez-Zeitoûn (pi. 54), habité par 30 religieuses ; c'est là qu'était, dit-on, la maison d'Anne, beau-»père de Caïphe. — Près -du Cénacle est un autre couvent arménien, le couvent du Mont de Sion (p. 247), qui s'est é<»oulé pendant Phiver de 1874 à 187Ô et n'est pas encore reconstruit. Les moines arméniens portent un capuchon noir pointu.

Les autres églises d'Orient sont faiblement représentées à Jérusalem. Le couvent copte (p. 215) est la résidence d'un évéque, et les coptes ont un second couvent, celui de St-Georges. Les Syriens de V ancienne église (Jaeobites) ont aussi un évéque et quelques prêtres ; et les Abyssins ou Éthiopiens (75 âmes) un couvent {p. 214).

Les Latins ou catîioliques sont, dit-on, au nombre de 1500. On ne connaît pas à Jérusalem de descendants des croisés , bien que l'inrmigTation des Francs ait été grande au moyen âge. La communauté des chrétiens latins n'était, en 1483, que d'un petit nombre de membres et ce n'est que par les efforts des franciscains, qui ont fait une propagande active, que cette communauté s'est développée au point d'acquérir son importance actuelle. Le patriarcat latin, qui n'existait plus depuis 1291, fut rétabli en 1847, avec Mgr. Valerga pour titulaire. Ce prélat ne prit toutefois possession de sou siège qu'en 1851, et l'occupa jusqu'à sa mort, en 1873; son sueces- 'Seur se nomme Vincent Bracco. Le principal établissement des Latins est le couvent de St^Sauveur, des franciscains (pi. 77). Il y a eu des frères mineurs en Palestine dès le xm^ s. , et ils ont bâti le couvent de Sion en 1333. Expulsés de là en 1561, ils passèrent dané celui qu'ils occupent encore aujourd'hui. Ils ont une belle imprimerie et publient même des ouvrages arabes, surtout des livres d'école. 170 garçons reçoivent l'instruction dans l'école adjointe au couvent , et les plus pauvres y sont même nourris. Les Latins ont en outre une école de travail, un hôpital pour les deux sexes (médecin, le Dr. Carpani) et deux institutions de illles, celle des sœurs de Sion (p. 221) pour 120 élèves et celle des sœurs de St- Joseph (au nombre de 12 à 14) pour 200 élèves, qui y sont nourries et même logées.

Les églises d'Orient affiliées à Téglise latine sont celle des grecs catholiques (30 âmes), sous la direction du père Elias, et celle des arméniens unis (16 âmes seulement).

Ediçhns. JÉRUSALEM. Soute 3. 171

Les proiesiants sont peu nombreux à Jérusalem. Frédéric Guillaume IV eut l'idée de fonder à Jérusalem un éyéché protestant, soutenu à la fois par la Prusse et TAngleterre : le premier éyéque se nommait Alexandre ; son dernier successeur était M. Barclay (m. 1881). La Mission épiscopale possède un beau temple ( Christ Church), un hôpital, une école de filles et de garçons dans Vintérieur de la ville, pour les prosélytes et les enfants juifs (50 enfants) ; enfin, hors des murs, surtout pour les indigènes et les protestants arabes, nne école de garçons dans la vallée de Hinnom (60 enfants, v. p. 245). La «Ohurch Mission» possède un temple arabe avec une école, à l'Ë. de la colonie russe (pi. 3). Parmi les établissements allemands on doit signaler Thôpital des diaconesses de Kaiserswerth avec 43 lits, l'orphelinat des jeunes flUes Talitha coumi (v. p. 2ôO) et celui des garçons, dit syrien, dirigé par Schneller (v. p. 250), un hôpital pour les enfants établi par Tinfatigable docteur Sandreczki aux frais du grand duc de Mecklembourg - Schwéxin (8 lits pour le moment), la léproserie (p. 248) et l'hospice des Joannites (p. 162).

Dernièrement, les Templiers (p. 138) se sont aussi établis à Jérusalem, au S. de la ville, sur la route de Bethléhem ; leur grande école a été ouverte en 1878. La direction de la société du Temple réside à Jérusalem.

Jérusalem n'est pas une ville où l'on trouve des divertissements, car tout y prend, comme nous l'avons dit, un caractère religieux. Il existe une société littéraire et scientifique sous le patronat du prince de Galles, présidée par le consul d'Angleterre, M. Moore; elle possède au consulat des journaux et une bibliothèque qui est ouverte tous les jours de 10 h. à 4 h. ; on s'y abonne au mois. La société scientifique allemande a, le vendredi de chaque quinzaine, une «éance au rez-de-chaussée de l'école allemande, près de l'hos" pice des Joannites. On n'y est introduit que par un membre. Les travaux consistent en rapports et en réponses à diverses questions. Le musée allemand, dans l'école allemande, contient des objets d^histoire naturelle et des antiques. (Entrée 1 fr. 25 c. au profit du musée.)

Les meilleurs ouvrages sur Jérusalem (v. p. 129) sont: les oDenkblatter» de Tabler, deux volumes de topographie, dont le premier sur la ville même ; puis viennent : la fontaine de Siloé , le mont des Oliviers et Golgotha; Bcarclay^ «the City of the Great King»; Beaant 4' Patmerj athe City of Herod and Saladin»; les cartes des terrains de Zimmermann ; Warren, «Underground Jérusalem». Nous avons emprunté à l'archéologue Tobler plusieurs de nos données sur Jérusalem.

Le Baxhm eok-ClLérlf.

Histoire. — Nous sommes ici sur un des points les plus intéressants du monde. Les traditions qui se rattachent au rocher «es-

172 BouUS. JÉRUSALEM, Batâm

Sakbrâ», le centre du sanctuaire , remontent sans doute aux temps les plus reculés, et nous devons supposer que le sommet du mont de Sion-Moria (p. 154) fut dès la plus haute antiquité un lieu consacré au culte. 11 en est déjk question à propos du sacrifice d'Isaao par Abraham (Gen. xxn, 2) et 'c'est à peu près T endroit ou David érigea un autel (Il Rois xxiy, 25; I Par. xxu, l)f. Cette même place fut choisie par Salomon pour y élever le tempU, Afin d'avoir une plate-forme suffisante , il fallut établir des soubassements sur les versants de la colline, surtout du côté de la vallée de Josaphat, à r£., de la vallée de Hinnom, au S., et de la vallée de Tyropœon, à rO. La configuration du sol fait déjà supposer que maintes parties de l'enceinte actuelle ont la même direction que les murc^ de Tancien temple de Salomon. Toutefois on a beaucoup discuté sur l'emplacement de l'anden temple. On trouve encore des savants qui allèguent toutes les raisons possibles pour prouver qu'il était dans l'angle S.O. de cette plate-forme. Des fouilles ont fait trouver à l'angle S.Ë., à une grande profondeur, des pierres avec des caractères phéniciens ; il faudrait donc en revenir k l'ancienne opinion d'après laquelle il existerait encore réellement des restes des constructions de Salomon. D'après les investigations les plus récentes, le temple n'a guère pu s'élever ailleurs qu'au milieu de la plateforme, sur une seconde terrasse ; l'emplacement qu'il occupait correspond à peu près à la plateforme supérieure d'aujourd'hui, et le rocher était sans doute compris dans le sanctuaire. Salomon s'occupa surtout de construire le temple proprement dit avec le lieu saint, et en arrière de celui-ci le Saint des Saints, ce dernier placé certainement à l'O. du premier et de forme cubique. Devant le tieu saint était un parvis, et devant celui-ci, dans la cour des prêtres et au niveau du temple, se trouvaient l'autel des holocaustes, un grand bassin dit la Mer d'airain et les socles d'airain munis de roues avec leurs bassins ; puis venait le grand parvis , entouré plus tard de bâtiments , en particulier de logements pour les prêtres. Les successeurs de Salomon firent longtemps enooze travailler à l'édifice. Bien que les détails aient été exécutés par des ouvriers phéniciens, l'ensemble était dans le style égyptien et le style assyrien, par exemple les Chérubins, etc. Le culte consistait en sacrifices sur le grand autel des holocaustes, en offrandes de parfums, dans le lieu saint, enfin, dans l'offrande hebdomadaire de douze pains sur la table de rexposiàon des pains (aussi dans le lieu saint), etc. Les rois et les prophètes s'adressaient parfois au peuple dans les parvis.

Le deuxième temple, que les Juifs bâtirent malgré de grandes vexations après leur retour de la captivité, fut loin d'atteindre la magnificence et la grandeur du premier. Le trotstème, construit par Hérode , fut un édifice grandiose, dont il est demeuré bien des restes. Ce prince fastueux le commença l'an 20 avant notre ère, et

t Et David dit: Voici la maison de Dieu, et voilà Tantel des holocaustes d'Israël (I Par. xxii, 1).

eeh-Chêrîf, JÉRUSALEM. RouJU 3. 173

1*011 y travailla encore du temps de J.-C. ; il ne fut même Jamais achevé tel qu'on Tavait projeté. Nous avons sur cet édifice les détails de Flavius Josdphe, historien juif, mais qui écrivit son livre assez tard et à Rome, c'est pourquoi la clarté et la précision lui font souvent défaut.

' C'est de ce temps que datent surtout les énormes substructions du côté S. ; la plate-forme du temple fut alors considérablement agrandie dans cette direction , tandis que les Maccabées l'avalent étendue au N. Les murs d'enceinte dont on voit encore les blocs gigantesques sont sans doute un ouvrage d'Hérode qui se servit peutêtre de matériaux en partie anciens. Les fouilles de Warren, habile ingénieur de r«Exploration Fund» (p. 132), ont prouvé que les murailles du pourtour s'enfoncent partout à une grande profondeur dans le sol. Nous reparlerons plus tard de ces substructions. Sur les bords et tout autour de la vaste plate-forme fut élevée un« double rangée de colonnes monolithes. Le portique de Salomon où se promenait J.-C. (Jean x, 23) est placé par quelques-uns au S., par d'autres, avec plus de raison, à l'E. ; sur le premier côté, la colonnade était quadruple et se composait de 162 colonnes. Il y avait 4 portes à ro. et 2 au S. ; des escaliers conduisaient aux parvis par des corridors. Il n'est pas certain qu'il y ait eu une porte à l'E. Les portiqes fermaient la vaste enceinte du parvis des Gentils toujours très fréquenté. Un deuxième parvis situé plus haut était entouré d'une balustrade ; des inscriptions avertissaient les gentils qu'il était interdit à d'autres qu'à des Israélites d'entrer dans ce parvis intérieur : une de ces inscriptions, en langue grecque , reproduite presque littéralement par Josèphe, a été retrouvée il y a quelques années. Une section spéciale du parvis des Israélites, était réservée aux femmes. Venait ensuite le parvis des prêtres, où était le grand autel des holocaustes, construit çn pierres brutes. Ensuite on passait de nouveau par une galerie profonde et richement ornée , et l'on montait 12 degrés pour arriver dans le sanctuaire proprement dit ou le naos, à l'endroit le plus élevé de l'esplanade. De trois côtés (S., 0. et N.), le -temple était environné d'un appendice de 20 coudées de haut, et composé de chambres disposées sur trois étages , dont le plus haut s'élevait jusqu'à 10 coudées au-dessous de la corniche du lieu saint, de sorte que l'espace occupé par les fenêtres donnant jour à l'intérieur, demeurait libre. Derrière la porte était le voile , et à l'intérieur se trouvaient l'autel des parfums , la table des pains de proposition , et le chandelier d'or. Dans le fond , une porte , fermée aussi par un voile, donnait entrée dans le Saint des Saints, petit espace sombre, de 20 coudées cubes. — Tout l'édifice était construit de matériaux de grand prix, et l'on n'y avait point épargné les plaques d'or. La façade principale était tournée à l'E. Au N. , deux galeries conduisaient des portiques dans la forteresse qui protégeait le temple. C'est de là que Titus vit l'iqcendie de ce beau monument,

174 Routes, JÉRUSALEM. Harâm

Tàn 70 de notre ère. Les portiques- avaient dëjà été détruits par les Juifs eux-mêmes ; mais les fortes murailles de soutènement de r édifice ne purent être détruites.

Sur l'emplacement de Tânoien temple, Adrien éleva un grand temple à Jupiter, dans lequel il plaça la statue de ee dieu et la sienne (v. p. 165). Gomme on le Toit sur des médailles, c'était une construction à douze colonnes. Le plus ancien pèlerin que nous connaissions, le pèlerin de Bordeaux, trouva encore le temple debout et la statue équestre de l'empereur à côté de la «roche percée». Quant aux bâtiments élevés plus tard à cet endroit , ils ont donné lieu à une grande discussion parmi les savants. Nous savons par des ouvrages arabes que le khalife 'Omar se fit conduire par le patriarche chrétien sur l'emplacement du temple de Salomon , et qu'il le trouva couvert d'une grande quantité d'immondices que les chrétiens y avalent accumulées par mépris pour les Juifs.

n y a une vingtaine d'années, toute la plate-forme du temple n'était accessible qu'aux musulmans, à peu d'exceptions près. Gatherwood et Arùndale entreprirent les premiers en 1833, au péril de leur vie, d'y prendre des mesures exactes. Quatorze ans plus tard, l'Anglais Fergusson exposa sa théorie d'après laquelle la mosquée d'es-8akhr& et la porte Dorée étaient des restes de constructions élevées par Gonstantin et sur l'emplacement traditionnel du tombeau de J.-G. Outré Tobler, qui se déclara contre cette opinion approuvée par quelques savants, son principal adversaire fut le comte de Yogûé, dans son magnifique ouvrage «le Temple de Jérusalem» (Paris, 1864), où il a prouvé que la àiosquée d'es-Sakhrâ est une construction du temps des Arabes. A l'intérieur est une inscription en vieux caractères arabes ou oouflques signifiant : «Gette coupole a été construite par 'Abdallah el- Imàm el-Mâmoûn , prince des croyants , l'an 72» de l'hégire (commençait le 4 juin 691). Mais comme Mâmoûn est né seulement en 170 de l'hégire (commençait le 3 juillet 786), nous devons admettre avec M. de Vogué que son nom a été substitué plus tard à celui de 'Abd el-Mélie, comme du reste cela ressort de la couleur des caractères, et. c'est en effet au khalife ommiade 'Abd el-Mélic que les historiens arabes attribuent la construction de l'édifice. Mais le khalife Mâmoûn peut cependant être considéré comme le restaurateur de l'édifice , vu l'inscription qui est sur les portes. Que le style rappelle les formes byzantines, il n'y a là rien qui doive nous étonner , car alors les Arabes n'entendaient pas encore l'art de bâtir ; il serait au contraire surprenant qu'ils n'eussent fait sous ce rapport aucun emprunt aux Grecs. D'un autre côté, on comprend très bien aussi que la situation politique ait amené 'Abd el-Mélic à construire un sanctuaire à cet endroit. Les Ommiades, issus de l'ancienne aristocratie de la Mecque, furent les premiers à bien comprendre les avantages politiques de la nouvelle religion ; aussi, lorsque sous prétexte d'idées religieuses, la rébellion éclata contre eux

eeh-Chéfif. JÉRUSALEM. Route 3, 175

et qtie~la Mecque elle-même, sous Mofatinmed ibn-Zonber, se défendait contre le khalife et refusait de le recevoir, on chercha à décorer un sanctuaire rival de la Ca'ba et l'on trouva à Jérusalem le lieu convenable.

Mahomet montra dëji de la vénération pour l'ancien temple; tant qu*il n'eut pas rompu définitivement avec les Juifs, il ordonna même aux croyants de se tourner dans leurs prières du côté de Jérusalem. Le Koran fait déjà mention de la Mesdjîd el-A^sa, c.-à-d. la mosquée la plus éloignée de la Mecque, dans le célèbre passage de la sourate xTn : «Gloire à celui (Dieu) qui, afin de montrer à son serviteur quelques unes de nos merveilles, Ta transporté de nuit dans un voyage nocturne, du temple sacré (al-Harâm , la Ca'ba) au temple le plus éloigné, dont nous avons béni l'enceinte». On voit par là que Mahomet prétend y avoir été lui-même. Aujourd'hui encore, le Harâm de Jérusalem est, après celui de la Mecque , le lieu le plus sacré pour les musulmans , c'est la raison pour laquelle ils ont si longtemps refusé d'en accorder l'entrée aux chrétiens. Les Juifs se refusent en principe à profiter de cette faveur, parce qu'ils craignent de mettre le pied dans le lieu où était

le Saint des Saints, ce qui pour eux serait un péché.

Aucun de ceux qui visitent Jérusalem ne devrait négliger de voir le Harâm ech-Chérif qui, depuis la guerre de Crimée, est ouvert aux étrangers, excepté les jours de grande fête. Le mieux est pour y aller, de se réunir en petite société. On s'adresse au consulat qui vous procure une permission de l''autorité turque; celle-ci votu fait escorter d'un ou de plusieurs soldats, et Ton est de plus accompagné du gendarme (ckaouass») du consulat. On paie d'avance au kaouass 6 fr. par personne, la somme due au gardien du Harâm. On prend des pantoufles et, i>our les porter ainsi que les souliers, on se procure à Fhôtel un garçon, qui sera satisfait si on lui donne 1 à 2 piastres par nersonne. Le soldat qui vous accom> pagne, reçoit à la fin de la visite o à 4 fr. pour une société, et de même le «kaouass» du consulat un pourboire d'environ 3 fr. ou de 7 à 8 fr. si la société est considérable. Il est bon, de choisir pour cette visite un jour serein, car l'intérieur de l'édifice est un peu sombre. Il y a des jours où les femmes musulmanes se promènent dans la cour du temple; leur présence peut gêner les visiteurs.

Nous considérons d'abord l'intérieur du **Har&m eeh-Chérlf, ou 1 enceinte sacrée. — Tout l'emplacement du temple occupe le quartier S.E. de la ville actuelle. Du côté de l'O., on arrive au temple par 8 portes nommées, à commencer par le S. : Bâb el-Moghânbéy porte des Mogrebins ; Bâb es - Silseléj porte de la Chaîne ; Bâb eU Mouiaouaddâ ou Matata^ porte du lavage; Bâb el'-Kattânfn, porte

i des marchands de coton; Bâb el-Hadid, porte de Fer; Bâb en- NâziTj porte du Gardien; et tout- à-fait au N., Bâb ea-Sérai^ porte du Sérail (p. 164) ou Bâb el-Qhaouânimé (de Ghànim, nom d'une famille). On fera bien d'entrer par la porte de la Chaîne , ou par celle des Marchands de coton (v. p. 194). On se trouve immédiatement sur une grande terrasse où sont dispersés de nombreux bâtiments; c'est un quadrilatère irrégulier mesurant 488m. à l'O., 466 à l'E. , 317 au N. et 281 au S. La surface de cette plate-forme

l n'est pas non plus tout à fait horizontale; l'angle N.O. est dç

ech'Chértf, JÉRUSALEM. RouU 3. 177

drm, plus ^ev^ que ceux du N.Ë. et du S. Le eôt^ 0. est en partie environna de malsons dont le bas est à galeries ouvertes, tandis que le eôte E. est fermé par un mur. Sur toute la plateforme, se trouvent disséminées une grande quantité de mastahâs (places élevées) pourvues d'un mihrâb (p. 40) et qui servent de lieux de prière.. Mais ce qui frappe d'abord les regards ce sont les deux grands édifices dont l'un, à g. , est la mosquée d'es-Sakhrà; l'autre, à dr., le long bâtiment de la mosquée el-A^ça. Ordinairement, on introduit le visiteur par la porte des Marchands de coton, puis en passant près du SébU Kait Bçy on le conduit au Méhkemtt Dàoûd (p. 183); nous conseillons de commencer par la Coupole du Rocher.

La *Koahbet ef-Çakhrà, la Coupole du Rocher ^ s'élève sur une plate-forme .irrégulière de 3 m. de haut, où l'on arrive des quatre côtés par des escaliers: 3 à l'O., 2 au S., là l'E et 2 au N. Ces escaliers se terminent par d'élégantes arcades, qui rehaussent la beauté de la perspective, et dont l'ensemble est une imitation du parvis qui précédait l'ancien temple, en ce sens qu'elles marquent en quelque sorte l'entrée du sanctuaire. Les Arabes les nomment maouâzîn , balances, parce que selon eux les balances destinées à peser les hommes aujugement dernier y seront suspendues. Vu son caractère sacré, il n'est pas permis de marcher avec ses chaussures sur cette plate- forme supérieure pavée de belles dalles. On a de là une vue générale de tout le Harâm. Outre les grands bâtiments, il y en a une foule de petits dispersés sur cette vaste surface. Le sol est noirâtre et ne se couvre de verdure qu'au printemps , après la pluie , bien qu'il soit planté d'un certain nombre d'arbres, surtout de cyprès irrégulièrement disposés.

La Koubbet es-Sakhrâ est une imposante construction octo gonale , dont les huit côtés mesurent chacun 20 m. 40 , et sont re.. vêtus de carreaux de faïence depuis le haut jusqu'aux tablettes des fenêtres , et au-dessous , de plaques de marbre. Autrefois , tout l'édifice était revêtu de marbre, les carreaux de faïence ont été ajoutées en 1561 par Sollmân le Magnifique. L'agencement de ces plaques, dans le style persan (kâehâni) produit de très beaux effets, surtout par le contraste entre l'émail bleu, qui est mat, et l'émail blanc, et par les carrés verts et blancs des rebords. On admire aussi les grandes inscriptions . dont les traits entrelacés forment une sorte de frise. Ce sont des versets du Korân ; chaque carreau a dû être écrit séparément avant la cuisson. Les faces de l'octogone , qui sont sans porte, ont chacune sept fenêtres en ogives •aplaties, les autres en ont six, et de chaque côté, les deux plus rapprochées des angles sont murées. Le revêtement extérieur du mur occidental ayant beaucoup souffert, on a entrepris de le restaurer. En le faisant, on a mis à jour d'anciennes arcades en plein cintre et l'on a constaté que la forme actuelle des fenêtres ne date que du xvie s. et que précédemment, les côtés avaient chacun Paleatîne et Syrie. 12

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178 £ouU3.

JÉRUSALEM

Harâm

sept hautes fenêtres en plein cintre, avec une archivolte et des ouvertures plus petites cintrées de même. On présume qu'il y a eu U un ancien portique. On a troaré d'ailleurs des mosaïques entre les arcades.

Il est à peu près certain que tout le plan de l'édifice est byzantin. Sepp y voit une ancienne église bâtie par Justinien , une seconde Ste-Sophie; mais les raisons qu'il donne ne nous paraissent pas conTaincantes. La forme polygonale ou la rotonde se présente déjà à Rome à la fin du v^s., dans St-£tienne«le-Roud. Mais la mosquée présente cependant un caractère essentiellement différent en ce qu'elle n'avait nul besoin d'abside ; tout devait se rapporter au rocher sacré qui occupait le centre, de même que l'église du St-Sépulcre a pour le sien, le tombeau de J.-C. , avec cette différence,

a. Es-Sakhrdt le rocher sacré.

b. Bâb ^l-GJenné, porte du Paradis.

c. Bâb «l-Oharby porte de l'Ouest.

d. Bdbel-Kiblé, Porte du* Sud.

J746 BéoAd ou ei-SiU$lé, porte de David, ou de la Chaîne.

Jfehkémet Dâoûd^ Koubbet M-SiUelé ; tribunal de David ou coupole de la Chaîne.

que la mosquée est un polygone et l'église une rotonde. D'après cela l'église du St- Sépulcre peut passer pour le modèle de la mosquée. — Les parties principales de cette dernière datent encore du temps de 'Abd el-Mélic (p. 174). Les pierres dont elle est bâtie jsont, comme on peut levoiràl'O., petites, irrégulières et assez mal jointes. Elle a subi aussi une restauration l'aù 301 (913 de notre ère). Le^s^oBTEs sont dirigées vers les quatre points cardinaux; elles sont carrées 6t surmontées chacune d'un arc en plein cintre. Il y avait d'abord devant chaque entrée un portique voûté supporté à l'origine par quatre colonnes dont les intervalles ont été murés plus tard. Le portail du 8. fait toutefois exception ; c'est un véritable portique à huit colonnes reliées entre elles. Celui de l'O. a été reconstruit au commencement de notre siècle. Le portail du N. se nomme Bâb el-DJenné, porte du Paradis; celui de l'O., Bâb elàhnrb; celui du S.. Bâb el'Kfhlé, l'un et l'autre d'après leur poél-

tnh-CUrtf, JÉRUSALEM. Rouit 3, 179

tiou, et celui de !'£., Bâb Dâoûd ou es^-StUeléj porte de David ou de la Chaîne. Sur les linteaux sont des inscriptions qui remontent au temps de Màmoûni c^est- à-dire à Tan 831 (216 de rMgire). Les doubles portes, qui sont ordinairement ouvertes, datent de Vé» poque de Soliman (p. 177). Elles sont en bois, mais recouvertes de plaques de cuivre fixées par des clous ouvragés ; les serrures en sont artistement travaillées.

L'iNTÉRiBiTR du mouumeut mesure 53 m. de diamètre, et il est divisé en trois parties par deux rangées concentriques de piliers et de colonnes. La première rangée , disposée en octogone comme l'édifice , se compose de 8 piliers et de 16 colonnes distribuées par couples entre les piliers, qui sont des hexagones ayant deux faces rentrantes. Les fûts des colonnes sont des monolithes de marbre qui varient de couleur, de forme et de hauteur; elles proviennent toutes d'édifices plus anciens, en partie peut-être du temple de Jupiter mentionné plus haut. Leurs chapiteaux présentent aussi des formes très différentes et sont une œuvre de la dernière époque romaine ou de la première époque byzantine; l'un d'eux portait autrefois une croix. Sur ces chapiteaux sont de grosses impostes byzantines avec ornements (masqués par des plaques), et sur lesquelles reposent de petites aroadest Les impostes sont reliées les unes aux autres par des ancres, c.-à-d. que sous chaque couple d'arcades, court un large entablement formé de barres de fer et de poutres juxtaposées et superposées. £n dessous, elles sont revétaes d'une plaque de cuivre en travail de repoussé, et ornées de sculptures sur les côtés. Des plaques de marbre, que portent les poutres , saillent sous forme de bandeau du côté du mur d'enceinte, et sont ornées de sculptures du côté de la rotonde. Le dessous de cet assemblage est décoré d'un rinceau de bronze. Tandis que les piliers sont revêtus de plaques de marbre qui datent du temps de Soliman , les murs percés d'arcades sont ornés de mosaïques dans le haut. Ou ne saurait décrire les riches arabesques de ces mosaïques; c'est un eohevétrement de lignes de diverses couleurs et souvent de guirlandes de fleurs où l'imagination s'est donné libre, carrière. L'observateur est frappé d'étonnement en voyant la finesse aveo laquelle sont exécutées ces mosaïques et la pureté de leurs lignes. Au-dessus est une large bande bleue qui porte de vieilles inscriptions coufiques en lettres d'or. Elles se composent de versets du Koran relatifs à J.-G. , comme si l'on avait voulu par là faire ressortir la différence entre le point de vue nouveau des musulmans et celui des chrétiens d'alors. En voioi la traduction :

Cbap. XVIIj V. 111. cDis: Gloire à Dieu, qui n'a pas de fils ni d'associé au pouvoir, et qui n'a pas besoin daide pour le préserver de rabaissement; proclame sa grandeur». ^ Chap. Lvn , v. 2. «A lui appartient l'empire des cieux et de la terre; il fait vivre et il fait mourir, car il est tout-puissant». — Chap. rv, v. 1^. «O vous qui avez reçu les écritures, ne dépassez pas la juste mesure dans votre religion, et ne dites de Pieu que ce qui est vrai. Le Messie Jésus n'est que le fils de Marie,

180 Route â, JÉRUSALEM. Harâm

1 enroyé de Dieu et son verbe, quHl déposa en Marie. Croyee donc en Dieu et à son envoyé, et ne dites pas qu''il y a une trinité^ abstenezvous-en, cela vous sera plus avantageux. Dieu est unique^ comment aurait-il un fils? à lui appartient ce qui est dans les cieux et sur la terre,

et il se suffit parfaitement à lui-même». — Ghap. xix, v. 34 et suiv

«Jésus dit: La paix soit sur moi au jour de ma naissance et de ma mort et de ma résurrection. C'est de Jésus quHls doutent, le fils de Marie, la parole de la vérité. Dieu ne saurait avoir de fils, cela est indigne de lui. Quand il a décidé une chose, il n''a qu'à dire: « Sois», et elle est. Dieu est mon Seigneur et le vôtres adorez le donc, c'est la voie droite».

On trouve de même ici T inscription de grande valeur historique dont nous avons parlé à la page 174.

La deuxième enceinte est séparée aussi de la troisième par une seconde rangée d'appuis, qui supportent la coupole. 11 n'y a que 4 piliers massifs et 12 colonnes, dont les centrales de chaque groupe senties plus minces et qui forment une circonférence. Ici encore les colonnes sont antiques ; leurs bases ont été roYétues de marbre au xvi« s. Sous ce revêtement, elles diffèrent absolument les unes des autres. Les arcades reposent directement sur les chapiteaux. Entre elles et la coupole se trouve encore un tambour richement orné de mosaïques, divisées par une guirlande en. deux champs, dont le supérieur est percé de fenêtres. Ces mosaïques proviennent de différentes époques ; elles représentent pour la plupart des vases de fleurs d'où sortent des grappes de raisin et des épis sur fond d'or. Les artistes byzantins qui les ont exécutées, .obligés par les lois de l'islamisme de ne pas reproduire de figures, ont peut-être pensé aux espèces eucharistiques. Toutes ces mosaïques se composent de petits morceaux de verre de couleur ; elles datent du x^ et du xi® s. époque où œt art prit probablement son essor en Orient.

La coinH>LB, qui s'élèTe sur ces supports, est faite de bois *, elle a environ 30 m. de hauteur et 20 de diamètre. En réalité la charpente de la coupole est double ; entre les deux charpentes que relient entre elles des contre-flches, se trouve un espace assez considérable. Un escalier permet de monter au centre de la coupole ; de là, par une trappe, on peut s'élever jusqu'au croissant. A la partie supérieure du comble extérieur, on a cloué des planches recouvertes d'un toit de plomb. A l'intérieur, la eoupole est garnie de bardeaux cloués à la charpente, richement peints et couverts d'ornemeTits en stuc fixés par des clous dorés ; le fond en est bleu. D'après une inscription, cette coupole remonte à l'an 1022(Hâkim, p. 74); l'ancienne s'était écroulée six ans auparavant. Les décorations intérieures sont du temps de Saladln, qui les fit exécuter immédiatement après avoir repris la ville aux Francs, en 1189. Dans la suite , on les a restaurées ou plutôt on en a rafraîchi deux fois les peintures, en 1318 et en 1830. Les vitraux de couleur de l'octogone et du tambour laissent malheureusement pénétrer trop peu de lumière dans la mosquée. Mais ces verrières elles-mêmes, qui datent du xvi<^ s., sont admirables sous le rapport des teintes. Ce ne sont pas des vitraux peints, mais elles se composent de petits

ech'Chérîf. JÉRUSALEM. Route 3. 181

morceaux de verres de diverses couleurs, assemblés avec du plâtre et de petits crochets de fer, et non avec du plomb comme chez nous. Ce qui ajoute encore au jour mystérieux de ces fenêtres, c'est qu'elles sont garnies à l'extérieur premièrement de- fenêtres à vitres ordinaires, formées de châssis de mortier , puis d'un treillis de fer, enfin de grillages en faïence qui les protègent contre les intempéries. Les inscriptions des fenêtres inférieures portent le nom de Soliman et la date de 935 (1528). Dans les intervalles, les murs étaient primitivement couverts de mosaïques comme celles du tambour; les croisés les remplacèrent par des peintures dont nous avons encore la description, baladin revêtit de marbre les parois, et Soliman les fit restaurer. — Le pavé, recouvert de nattes en certains endroits, se compose d'une mosaïque et de dalles de marbre.

Les croisés avaient transformé la mosquée en église ou «temple du Seigneur»; ils l'avaient ornée d'images de saints et avaient planté sur le faîte une grande croix dorée. L'autel était placé au milieu, sur le rocher sacré, dont la surface était recouverte de plaques de marbre, et dans lequel on avait pratiqué un certain nombre de degrés. Il y a encore des traces évidentes de cette transformation. Deux murs formaient l'enceinte du chœur, dont il existe encore un reste du côté S.O. Un autre souvenir du temps des croisades c'est la grande grille en fer forgé , à quatre portes , qui se trouve entre les colonnes du pourtour intérieur et qui environne encore le roeher. D'après M. de Yogûé, cette grille date de la fin du xu^s. et aurait été faite par des Français ; on mettait jadis des cierges sur les pointes. Actuellement, le rocher lui même est de plus entouré d'une clôture en bois de diverses couleurs et disposée de manière lice qu'on peut drouler entre elle et la grille. C'est du banc appuyé contre la grille N.O. que l'on voit le mieux le rocher. La chaîne dorée fixée au sommet de la coupole, et qui portait un lustre donné par la mère du sultan, n'est pas ancienne.

Le ROCHER sACBii a 17 m. 70 de long et 13 m. 50 de large, et il s'élève d'environ 2 m. au-dessus du sol. Mais qu'est-ce que ce rocher? L'Ancien Testament ne le mentionne nulle part expressément, si l'expression «l'aire d'Arauna» ne le désigne pas ; il n'en est parlé que dans le Talmud, qui a emprunté plusieurs de ses récits aux vieilles traditions. Il en est aussi question dans les commentaires juifs (Targum) de la Bible. On prétendait qu'ici, comme à Delphes et dans d'autres sanctuaires de l'antiquité, l'abîme au fond duquel on entendait bruire les eaux, était recouvert d'une pierre. La tradition juive rapporte qu'Abraham et Melkhisédec ont offert ici des sacrifices, que c'est le lieu ou Abraham fut sur le point d'immoler Isaac et que Jacob consacra ce rocher. Il était regardé comme le centre du monde , c'est pourquoi l'on y aurait placé l'arche de l'alliance, que Jérémie y a cachée et qui s'y trouverait encore suivant une tradition juive, tandis que d'après II Macc. II, ô, elle serait plutôt dans une caverne du mont Nébo.

182 Routes. JÉRUSALEM. Harâm

Sur la même roche ^tait ^crit le uchêmy»^ le grand nom inexprimable de Dieu , que J^sus parvint à lire et au moyen duquel il accomplissait ses miracles. La question est maintenant de savoir si Ton peut identifier cet «ehen chalyâ» (pierre de la fondation) avec le rocher de la mosquée. La chose s'est faite dès le iii« et ' le iv« s. de notre ère, mais cela ne prouverait rien. Sepp est pour ; Taffirmative et M. de Vogii^ soutient le contraire en s' appuyant sur ' des données topographiques; il dit que le rocher est trop bas et qu'il n'est pas à l'endroit où l'on doit supposer que «e trouvait le ' Saint des Saints. D'autres ont encore soutenu que c'était la place / de l'autel des holocaustes, parce que l'on a de fait constata sur la ' roche l'existence d^une rigole par laquelle se serait écoula le sang; mais c'est une hypothèse qui rencontre aussi de grandes difficultés I locales. Ce qui est certain, c'est que les musulmans se sont empares de la tradition relative à ce rocher, comme de beaucoup d'autres, et qu'ils l'ont d^velopp^e. D'après eux, il est suspendu sans appui sur l'abîme. En descendant au S. (pi. m) à côt^ de la chaire et de la tribune (pi. k), les 11 degrés qui conduisent dans la grotte située sous le rocher, on voit fort bien un appui et le rocher repose dans son pourtour sur une maçonnerie enduite d'une crépissure. Le son creux qui s'entend par places, lorsqu'on frappe contre le mur, ne provient pas d'un vide qui se trouve derrière, mais du mortier mal attach<f .au rocher. Le guide y montre les endroits où auraient prié David et Salomon (petits escabeaux), Abraham (à g.), Êlie (au N.), et au plafond, l'empreinte de la tête de Mahomet. Il frappe aussi sur une dalle arrondie qui se trouve à peu près au centre et qui recouvre évidemment une cavité. Les musulmans prétendent que sous cette chambre souterraine se trouve le bîr el'Arouâh , le puits des Ames , où les âmes des défunts se réunissent deux fois la semaine pour prier. Quelquesuns disent que le rocher provient du paradis et repose sur un palmier qui communique avec un ruisseau du paradis ; que sous ce palmier se trouvent Asia, femme de Pharaon, et Marie. D'autres disent qu'en dessous est le milieu du corps du poisson du monde; d'autres enfin que les portes de l'enfer sont là. Au dernier jour, racontent-ils encore, la Ga'ba se transportera de la Mecque à la Sakhrâ , où retentira la trompette du jugement ; le trône de Dieu sera placé sur le rocher. Le Prophète a dit: une prière près de ce rocher vaut mieux que mille ailleurs. Lui-même y a prié, h droite du rocher sacré, et c'est de là qu'il a été emporté au ciel par le cheval merveilleux appelé Bourâ^ ; son corps, à cette occasion, a percé dans le plafond de la grotte le trou rond qu'on y voit encore. La roche a aussi ouvert la bouche dans cette circonstance, de même qu'elle a salué *'Omar, c'est pourquoi elle a une «langue)» au-dessus de l'entrée de la grotte. Le rocher voulant suivre Mahomet au ciel, l'ange Gabriel dut le retenir; l'on montre encore du côté 0. les trtices de sa main (pi. h). Il y « aussi dans une niche du mur

el'Chérif/ JÉRUSALEM. Rouie 3. t83

extérieur quelques voussoirs en marbre qui passent pour la selle du cheval aWé Bonrâ^. — Le tron rond nons explique Torigine de la grotte ; il ne faut pas y voir, comme Fergusson, le tombeau de J.-C, mais une grotte naturelle, et Ton constaterait sans doute, si Ton pouvait obtenir à^y faire des fouilles , que cette grotte est plus profonde, et n^est probablement qu'une citenie.

Le guide plein de zèle qui accompagne les visiteurs, leur montre encore d'autres choses merveilleuses. Devant l'entrée du côt^ N. , il y a dans le sol une plaque de jaspe (bcdatat el^djennéy pi. g), dans laquelle Mahomet a enfonce 19 clous d'or; il doit toujours s'en détacher un de temps à autre, et la fln du monde arrivera avec la disparition du dernier. Un Jour, le diable allait les détruire tous ; il n'en restait plus que 3^2 lorsque l'ange Gabriel parvint heureusement à l'arrêter. A côté de cette curiosité, on volt le modèle du glaive de 'Ali et le tombeau de Salomon. — Dans l'angle S.O. (pi. i), on montre , sous une tourelle dorée, l'empreinte d'un pied du Prophète, qui passait au moyen âge pour celle de J.-G. On conserve aussi là des poils de la barbe de Mahomet ; au S. se trouvent sa bannière, celle de 'Omar et le bouclier de Hamza, oncle de 'Omar avec de beaux reliefs aplatis de style persan. — Près du mihràb (niche) de la porte du S. (pi. 1) se voient de gros volumes du Korân; le gardien n'aime pas que les Francs y touchent. — A l'E. (pi. n), toujours à l'intérieur, il y a un escalier à angles droits qui conduit au comble, et de là, à l'extérieur, une échelle de f«r pour monter .par-dessus les tambours à la galerie de la coupole.

Nous sortons maintenant de la mosquée par la porte de l'E., la porte de la Chaîne (Bâh es-Silaelé) déjà mentionnée, quHl ne faut pas confondre avec la porte du même nom donnant entrée dans l'enceinte du Harâm (p. 195). Selon la légende musulmane, une chaîne y fut tendue par Salomon ou déposée là par la main de Dieu. Le témoin quf disait la vérité pouvait la toucher, mais si'un témoin paijure voulait le faire, il s'en détachait un anneau. C'est de là que le bâtiment qui s'élève devant le portail de l'E. s'appelle Mehkémet Dâoûd, le tribunal de David, ou Koubbet es^SUséU^ le dôme de la Chaîne (pi. f). Les musulmans prétendent que cet édifice a servi de modèle à la grande mosquée, ce qui est impossible. Ce joli petit bâtiment, qui ressemble à un pavillon moderne, se compose de deux enceintes à coloAnes ; celles du centre forment un hexagone et les autres un hendécagone. Les colonnes proviennent tout entières de monuments plus anciens; elles sont pour la plupart de style byzantin, mais de modèles très différents. Le sol estrecou-t vert d'une belle mosaïque , et il y a entre deux colonnes un grand mi^râb au S., du côté de la Mecque. Sur la galerie du toit aplati, s'élève un tambour hexagone , qui est Un peu évidé. La coupole est surmontée d'un croissant comme la mosquée. Les mosaïques sont de la même époque que celles de cette dernière, et cet édifice paraît être assez ancien.

184 Boute 3, JÉRUSALEM. Harâm

En «liant de oe point an N. , nous rencontrons une fontaine. Dans l'angle N.E. de la plate-forme supérieure où i^ous nous trouvons on a découvert il y a quelques années des galeries qui doivent dater de l'époque hérodienne, nouvelle preuve que cette plateforme a été rétablie sur divers points par des substructions, quoiqu'au dehors, on voie à nu, presque tout-autour da la plate-forme, en quelques endroits, la roche qui atteint son point culminant sous la coupole. Il n'est pas possible toutefois d'entrer dans les galeries en question. — Au N.O. de l'eç-Sakhrà se trouve la Kbubbei e^AffW^/, le d6me de l'Ascension, bâtie en souvenir du fameux voyage nocturne de Mahomet. Elle fut érigée , selon une inscription, l'an 1200 (597 de l'hégire), sept ans après la reprise de Jérusalem par les musulmans. On y remarquera l'influence considérable exercée par le style gothique , que présentent les fenêtres avec leurs ogives rentrantes supportées par des colonnes. A proximité de cet édifice , se trouve un vieux vaisseau baptismal qui sert d'auge à eau. — Plus au N.O. encore on voit une construction d'apparence moderne , élevée sur une mosquée soutenraine interdite au visiteur et b&tie dans l'intérieur du rocher; puis, un tout petit bâtiment, H Koubhet el-Arouâh ou coupole des Ames, qui n'est intéressante que parce qu'on y voit la roche à nu.

Près de l'escalier qui descend au N.O. de la plateforme, on volt d'abord la Koubhet el-Khidr (bâtiment li coupole de St Georges , p. 98). C'est là que Salomon aurait tourmenté les démons. Devant la mosquée sont des colonnes de granit rouge. Plus au S. on aperçoit entre la plate-forme et les maisons qui font tout le tour du Harâm , une fontaine élégante , le Sébîl Kàit Bey , construite d'après une inscription, en 1445 (849 de l'hég.) par le sultan mamelouG Mélie el-Achraf Aboun-Naser Kaït-Bey. Au-dessus de la substruotion carrée, oniée de colonnes à ses angles, s'élève une corniche, puis dessus, un tambour octogone avec 16 panneaux à ogives, et plus haut, un autre tambour octogone surmonté d'un dôme de pierre, qui est orné à l'extérieur d'arabesques en relief. Il y a de même à dr. du portique méridional qui descend de la tenasse de l'es-Sakhrâ, une jolie chaire en marbre qui a été restaurée depuis peu. Elle ne porte pas le nom de chaire de 'Omar^ mais celui de son constructeur, le Kâdi Bourhân ed-Dîn (mort en 14Ô6); on y prêche tous les vendredis pendant le ramadan. Les arceaux en fer à cheval qui supportent le corps de la chaire, de même que celle-ci avec ses légères eolonnettes, ses arcades en fer à cheval et eu feuille de trèfle, sont d'un goût arabe du meilleur effet.

Les autres constructions de la terrasse sont sans importance; ce sont des écoles en partie désertes où Von enseigne le Korân et des habitations. Ce qui est plus digne d'attention, oe sont les citernes creusées profondément dans le rocher et dont le sol est complètement miné. Il y a surtout une grande quantité de ces réservoirs d'origine antique au S.O. du temple; il y en a qui communiquent

wK-Chêrîf. JÉRUSALEM. RouUS. 1S5

entre eux sous tene. Le visiteur n'en aperçoit que les ouvertures, par lesquelles on descend les seaux.

Reportons maintenant nos regards sur la Koubbet es-Sakhrâ. Ce monument fit une grande impression sur les Francs du moyen âge ; ils croyaient avoir devant eux le vieux temple de Salomon ; de là vient que Tordre religieux et militaire qui y fut fond^ prit le nom d'ordre des Templiers, avec l'image du dôme dans ses armes. Cet ordre reproduisit souvent la forme du monument et l'introduisit même en Europe. C'est ainsi qu'il y a encore aujourd'hui à Londres, à Laon, à Metz et en divers autres endroits des églises sur le modèle de la Coupole du Rocher de 'Abd el-Mélic. Nous voyons même cette eonstruction polygonale à l'arrière-plan du célèbre ta^ b}eau des fiançailles de la Vierge, par Raphaël, à laBrera de Milan.

Passant ensuite devant la chaire , nous descendons un escalier de 21 degrés au S., et nous arrivons bientôt à un grand bassin rond (eUKâa) près duquel gisent quelques fragments de colonnes ; l'eau de ce bassin était founiie par Taqueduc de Salomon et arrivait par la porte de la Chaîne (p. 175). — Au delà, àl'E., devant la mosquée el-A^sa se trouvent de fort belles citernes, creusées aune grande profondeur dans le roc; on les nomme la mer ou citerne du Boi ; elles étaient aussi alimentées par les piscines de Salomon. Tacite et les plus anciens pèlerins parlent de ces citernes. Leur création remonte sans-doute au delà de l'époque d'Hérode. Elles atteignent une profondeur de 13 m. et mesurent 224 m. de tour ; elles contiennent peu d'eau en été et il n'y a plus que quelques ouvertures à la surface. Un escalier taillé dans le roc conduit dans cette cavité d'une grandeur surprenante ; le plafond en est soutenu par des piliers taillés aussi dans le roc. Il y en a encore une immédiatement devant le portail de la mosquée el-A^|a, et sous la mosquée elle-même; c'est le Bîr et-Ouatàka ou le fuiU de la Feuille. Un jour, dit-on, un homme de la tribu de Temîm, compagnon du iLhalife 'Omar , y laissa tomber son seau et y descendit pour l'aller chercher ; il trouva une porte s'ouvrant sur des jardins, il y oueillit une feuille , la mit derrière son oreille et remonta avec sa trouvaille. La feuille venait du paradis , et elle resta toujours verte ; d'autres personnes, descendues ensuite dans la citerne, n'y ont rien trouvé de semblable.

Mahomet, durant la période pendant laquelle il puisa aux sources juives la plupart de ses révélations , déclara que la mosquée d'el-AVfa, c.-à-d. le sanctuaire «le plus éloigné», remontait au proto-islamisme. Il dit encore, selon une tradition, qu'elle n'avait été fondée que 40 ans après la Ca'ba, par Abraham. Les auteurs arabes rapportent que le khalife 'Omar, descendant de l'emplacement du temple de Salomon , fit sa prière dans l'église voisine de «Ste-Marie».

La*mosqaée «l-Akaa est aujourd'hui une basilique à sept nefs, dont l'axe principal aboutit perpendiculairement au mur méridional

186 B(mte3, JÉRUSALEM. Barâm

de Tenceinte de la plateforme du temple. L' édifiée primitif remonte à Tempereur Justinien; c'était une basilique en Thonneur de la Ste Vierge. Procope, qui a décrit les constructions de Justinien, n'ignore pas qu'il fallut le secours de l'art pour en asseoir les substructions ; la nef majeure , en particulier , repose sur une voûte souterraine. Cet édlUce était très large , de sorte qu'on eut de la peine à trouver des pièces de bois assez longues pour le plafond. Le toit fut établi sur deuiL rangées de colonnes superposées. Devant cette église se trouvaient des portiques et deux hospices qui formaient un hémicycle. 'Omar en fit une mosquée, qui fut nommée Mesdjid tl-Akçan, d'après le passage du Kor&n mentionné ci-dessus. A la fin du tii<> s. , 'Abd el-Mélic, fondateur de la mosquée d'es^ Sakhrâ fit revêtir les portes de l'Aksa de plaques d'or et d'argenî;. Sous le khalifat d'Abôu-Dja'far el-Mansoûr (758-775), les côtés E. et 0. furent endommagés par un tremblement de terre , et l'on transforma en monnaies les ornements de métal, afin de «ouvrir les frais de restauration. Le successeur de Mansoûr, el-Mehdi (775- 785) trouva de nouveau la mosquée en ruine par suite d'un tremblement de terre ; il la fit rebâtir sur un autre plan, lui donnant moins de longueur et plus de largeur. Le toit s'effondra l'an 1060, mais fut refait immédiatement. Telles sont les indications fournies par les Arabes ; on peut en conclure qu'il reste très peu de chose de l'édifice primitif, tout au plus quelques chapiteaux sous la coupole , et un autre dans la nef latérale de gauche. Les deux nefs latérales externes sont voûtées ; autrefois, toutes les nefs latérales l'étaient aussi.

Le PORCHE actuel (pi. 1) se compose de sept arcades, qui correspondent aux sept nefs de l' édifice. Il a été construit par un neveu de Saladin, Mélic el-Mou'azzam 'Is&, en 1236. Les arcades du milieu visent à l'imitation de l'arc ogival de l'Occident ; mais les colonnes, les chapiteaux et les bases ne sont pas en harmonie patce qu'ils ont été pris à différents édifiées. Du reste ce porche a été restauré plus tard ; son toit date tout au plus du xv« s.

L'iNTliKiEtTii de la mosquée, où l'on se fait tout d'abord conduire, surprend toujours par son plan primitif. Sa longueur est de 82 m. et sa largeur de 60. Il n'y a proprement d'ancien que les trois nefs centrales, dans lesquelles on reconnaît aisément la vieille basilique. La nef occidentale a probablement été murée jadis , et la cour de la mosquée était à l'E. de l'édifice, comme à Fostàt? ^'^ Egypte et à Damas (R. 29). Le grand transept et la coupole sont peut-être de la restauration d'el-Mehdi, laquelle rétablit la forme de croix. Ce fut lui probablement qui, pour la faire disparaître, ajouta de chaque côté de la mosquée, It l'E. et à l'O. , deux basses nefs, et qui, pour cela, fit percer les murs latéraux. Ces quatre nefs extérieures sont loin toutefois d'être aussi anciennes que ce fait l'indiquerait, car elles ont été restaurées plus tard. Les piliers sont carrés et très simples ; les voûtes se terminent en ogive.

ech-Chéfif.

JÉRUSALEM

Routes, 187

Les trois nefs centrales contrastent avec les antres par leur ^ëgance. Elles ont beaucoup plus de <>,aractère et d'unité. Les chapiteaux de leurs colonnes présentent encore des feuilles d'acanthe, mais ils sont byzantins et sont attribuées par quelques savants à l'architecture du vii« s. Les sept arcades que supportent ces colopnes sont de grandes ogives, sans doute d'une époque po8t<^rleure. Nous les trouvons aussi relises par l'ancre on poutre de jonction sp<^ciale au style arabe. Au-dessus des arcades r^gne un double rang de fenêtres, celles du haut donnant sur l'extérieur, celles du bas sur les nefs des ailes. Les trois nefs centrales sont encore couvertes an moyen de poutres comme dans les basiliques; il en est de même du transept.

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