‹ Palestine et SyrieChapitre 68 sur 119 · Entrée de Vancienne Aksa · texte numérisé non relu

Entrée de Vancienne Aksa

Le transept fut également construit avec d'anciens matériaux. Ses colonnes ne sont pas uniformes comme celles des nefs , mais diffèrent sous le rapport de la matière, des piédestaux, des chapiteaux et même de la hauteur. D'après une inscription, ce transept a été restaura par Saladin en 1187 (583 de l'hégire). La belle mosaïque sur fond d'or du tambour de la coupole est également due à Saladin ; des auteurs arabes rapportent qu'il la fit venir de Constantinople. C'est du même temps encore que date le mihràb (niche) du S. flanqua d'i^ltfgantes colonnettes de marbre. La bordure de diverses couleurs qui fait le tour de cette partie de l'édifice à hauteur d'homme, se compose de rinceaux de style arabe. Les inscriptions en caractères couflqnes sont des versets du Kor&n.

La coupole elle-même est en bois et couverte de plomb ; elle est décorée % l'intérieur dans le genre de celle d'ef-Sakhrft. Une inscription nomme le sultan mamelouc Mohammed Ibn Kalaoûn , en 1S27 (728 de l'htfgire), comme auteur ou restaurateur (?) de ces Qmem«i|tSt

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Quelques fenêtres de la mosquée ont des vitraux de couleur, mais ils sont moins beaux que ceux de la Sakhrâ , quoique de la même époque (xTi<^ 6.). LesmauTaises peintures de la grande arcade du transept ont été exécutées dans notre siècle par un Italien. Ce transept se prolonge à TO. en une longue galerie double à Yoûtes en ogive (pi. 6), mais dont les piliers sont assez lourds. Toute cette partie est due aux Templiers ; c* était probablement leur salle d'armes ou quelque chose de ce genre. L'A^sa leur avait été particulièrement assignée, et elle portait parmi eux le nom deporttetia, palatium ou templum Salomonia. Les obevaliers demeuraient ici et dans les parties basses de cet angle du Harâm , dont les fenêtres donnaient au S. sur le versant de la colline.

Retournant du côté E.. nous trouvons à côté du mihrâb une magnifique chaire en bois sculpté (pi. 2). Les détails d'ornementation sont de toute beauté; Tescalier et le corps même de la chaire, terminé en pointe, sont incrustés d'ivoire et de nacre. Ce chef-d'œuvre fut exécuté en 1168 (564 de Thégire) sur les ordres de Noûreddîn par un artiste d*Alep , et il a été placé ici par Saladin lors de la restauration de la mosquée. Derrière la chaire se voit Vempreinte d'un pied de J.-C. dans la roche (pi. 3) ; elle fut déjà montrée à peu près en cet endroit à l'un des plus anciens pèlerins, Antoine de Plaisance. Plus loin à TE., nous voyons sur la g. deux colonnes placées l'une près de l'autre (pi. 7). Le cicérone dit qu'il faut être né d'un mariage légitime pour pouvoir se glisser entre les deux ; d'autres prétendent que quiconque ne peut y passer n'ira pas au ciel : il y a deux colonnes placées de cette façon dans la mosquée de 'Amr au Vieux-Caire. Plus loin encore, du même côté, on arrive dans un bâtiment ajouté à la mosquée au S.E., bâtiment nu et sans intérêt, avec un mihrâb (pi. 4) ; c'est ici que doit avoir été la mosquée de *Omar, car c'est à tort qu'on donne ce nom à la coupole du Rocher, appelée ainsi pour la première fois par les Francs. Une grande construction du même genre, se trouve plus loin au N. et se compose de deux divisions, dont l'une plus au S. et plus vaste, est l'abside d'une église jadis chrétienne, mainienant mosqtiée des quarante témoins; au N., le lieu où Zacharie (p. 237) doit avoir été mis à mort; il s'y trouve une jolie rosace du tempd des croisades. Remarquer encore, avant de sortir de la mosquée, les dalles de la nef centrale , non loin de la sortie ; elles ressemblent à la pierre tumulaire d'un chevalier franc, mais les musulmans prétendent que c'est la tombe des flls d' Aaron (pi. 5). — Les deux anciens bas côtés sont curieux en ce que leurs toitures sont en pignons à l'extérieur, non seulement dans le sens de la largeur maiB aussi dans celui de la longueur.

Sortant par le portail du milieu , nous trouvons à dr. un escalier, et nous descendons 18 marches pour arriver dans un souterrain qui s'étend sousTA^csa. Il est formé d'une double rangée d'arceaux en voûte, que soutiennent des piliers carrés réunis par des arcades»

ech-Ch4rtf. JÉRUSALEM. Route 3. 189

La rangée du milieu qui se trouve exactement au-dessous des arcades du côtéE. de la nef centrale de la basilique, preuve, peut-être, que primitivement celle-ci ne s'étendait pas au delà. Les substructions, dans leur forme actuelle, ne sont pas anciennes, il est vrai; mais elles ont remplacé celles de l'édifice byzantin , et l'on trouverait probablement à l'O. des restes d'ouvrages encore plus considérables du même genre, si Ton obtenait la permission d*y fake des fouilles* Vers l'extrémité méridionale, on descend encore 8 degrés et l'on trouve un espace voûté, dont les arceaux reposent sur une colonne centrale courte et massive, monolithe recouvert de mortier ; le cha- I piteau, par la raideur de ses feuilleSi indique une origine byzantine. / Vers l'extrémité du mur mitoyen , une colonne est aux trois quarts / dégagée. La vieille porte double du S. est encore parfaitement conservée ; ses trois montants sont formés de pierres massives pro- 1 venant de l'époque juive. Les linteaux des portes sont encore en ' place et ornés par dehors de pierres en forme de plaques à arêtes vives. Cet espace formait une galerie appartenant à la porte double I aujourd'hui murée, mais la galerie a été transformée et voûtée, probablement lors de la construction de l'église de Marie. On a voulu voir ici la porte de la Prophétesse Houlda^ et comme cela est très vraisemblable, nous devons supposer que Jésus y passa souvent pour aller au temple, surtout les jours de fête. Maintenant c'est un lieu de prière pour les musulmans, oe qui explique pourquoi il y a des nattes.

Une fois sortis de là, nous pouvons remettre nos chaussures. — > La question de savoir s'il se trouve des substruotions à l'angle S.O. de la plate-forme du Harâm n'a pas encore été résolue. Un chemin conduit de cet angle à un souterrain intéressant et au bloc gigantesque qui se trouve près de' la porte de Barclay (p. 197).

L'angle S.Ë. du Harâm repose aussi sur des substruotions qui n'ont pas eu d'autre but que de créer une surface horizontale. L'entrée est près d'une petite galerie, tout à fait à l'angle de la plate -forme. Descendant 32 degrés, nous arrivons dans un petit oratoire musulman. Chose curieuse, on y montre le berceau de J.-C; c'est une niche de pierre en forme de coquille placée horizontalement et surmontée d'une coupole soutenue par des colonnettes. L'endroit était déjà connu au moyen âge. Cette singulière tradition semble venir de ce que les femmes juives se retiraient jadis dans ce lieu pour y attendre leurs couches. La légende prétend que le vieux Siméon y demeurait, et que la Ste Vierge y a passé quelque jours, après la présentation de Jésus au temple.

De ce bâtiment, on descend dans les vastes substructions déjà

mentionnées. Elles passent parmi les Arabes pour l'osuvre des

démons, mais en réalité, dans leur état actuel, et surtout en ce

\ qui concerne les voûtes, elles ne sont pas anciennes. Ce sonV'des

I demi-cintres reposant sur des pilastres carrés. Les matériaux qui

190 Route 3. JÉRUSALEM. . ttarâm

composent ces pilastres sont bien dWgine ancienne , et ponr la plupart des pierres à refends j mais toute la construction actuelle a e't^ imitée , probablement par les Arabes, de substructions antiques qui existaient au même endroit. La dénomination actuelle de ce souterrain, haut d^envirou 9 m., peut reposer sur une tradition exacte; on Tappelle les écuries de Salomont et noua »vons vu que le palais de ce roi a dû être dans le voisinage. Beaucoup de Juifs se réfugièrent dans les caveaux de l'enceinte du temple durant la guerre contre les Romains , et nous savons d'ailleurs par divers témoignages qu'il y avait autrefois des terrassements de ce genre dans l'angle en question. Les rois francs et les Templiers y eurent également leurs écuries au moyen âge, et l'on voit encore les anneaux auxquels ils attaelialent leurs chevaux. Les pilastres sont au nombre de cent. A une centaine de pas de l'angle oriental, on voit une petite porte murée, dans la paroi méridionale ; c'est la porte simple (à côté, le prétendu berceau de David). £n s'introduisant au contraire tout à fait à l'O. par une porte, on arrive dans une autre série de substructions, qui sont fermées au S. par une porte triple. Il ne. reste plus que les soubassements de cette porte antique du temple , qui était construite comme la porte double mentionnée ci-dessus. Ces portes aux aroeaux presque elliptiques Bont condamnées. Tout le portique mesure 15 m. 80 d'élévation sur 7 m. 70 de largeur. Quant à la partie extérieure, v. p. 198. On y remarque aussi des fragments de colonnes encastrées dans les murailles (v. p. 128). Il y a de même ^ 18m. 60 de la dernière porte, du côté N. , une vieille colonne dans le mur. Plus loin, à 120 m. de la muraille du S., la galerie commence à présenter des différences de construction, et la partie supérieure devient plus moderne. Vers le N.., les voûtes se prolongent au delà de la mosquée el-A^sa, par-dessus une grande citerne creusée dans le roc ; on y voit les vigoureuses racines des arbres de la plate-forme du temple.

Nous remontons maintenant à la plate-forme duHaràm, et nous continuons notre chemin au N. Le mor qui forme l'enceinte du temple à main droite est tout à fait moderne dans sa partie supérieure. Un peu plus loin à dr. un escalier par lequel nous pouvons monter sur le mur. Nous avons de là une vue magniftque sur la vallée de Josaphat, qui s'étend à nos pieds , avec ses tombeaux, et sur le mont des Oliviers , situé en face. Nous trouvons ici un tronçon de colonne placé en travers sur le mur et dont l'extrémité le dépasse. Lorsque la trompette du jugement dernier retentira, dit la tradition musulmane (p. 100), les hommes se réuniront dans la vallée de Josaphat. Alors un fil de fer sera tendu de ce fût de colonne au mont des Oliviers, et Jésus s'assiégera ici, Mahomet eu face. Tous les hommes devront passer sur ce Hl ; les bons, soutenus par leurs anges , le feront sans tomber et avec la rapidité de l'éplair, tandis que les méchants seront précipités dans l'abime , dftUS

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les profondeurs de Tenfer (p. 100). Il est du reste déjà question de ce pont dans la doctrine religieuse des Perses, sous le nom de pont Khinouai,

Continuant de miarclier vers le N., nous arrivons à la porte Dovée , qui semble avoir toujours été la senle qui existât à TE» Un passage d'Ez^cMel (xliy, 1, 2) permettrait presque de conclure que cette porte était déjà fermée dans l'antiquité. 11 est en outre question dans les Actes des Apôtres (m, 2) d'une B6pa (bpaia ou belle porte, près de laquelle fut guéri le paralytique. Bien que la belle porte appartînt certainement au mur du parvis intérieur du temple, la tradition s'est emparée du fait et a placé ici la scène du miracle, parce que cette porte était la seule du temple qui fût restée visible à TE. Plus tard, Tadjectif Q>pa(a a été faussement traduit en latin par «aurea» et de là est venu le nom de porte Dorée. Telle qu'elle est aujourd'hui , cette porte remonte tout au plus au y^ s. , probablement même au yi*> s. do notre ère. Cependant d'après la légende musulmane, les colonnes de la porte sont un présent de la reine de Saba à Salomon. Il y a dans le mur extérieur du S. une toute petite porte qui servait sans doute aux piétons et d'où l'on arrivait sous la grande porte en question par une galerie maintenant obstruée dont l'entrée se voit encore. Il faut reconnaître toutefois aussi que la porte Dorée a beaucoup de ressemblance avec la porte double du S. (p. 189), et nous sommes à peu près en droit de placer ici la porte oSousan» de l'ancien temple. Nous lisons de plus qu'Héraclius entra de oe ooté en 629 ; et l'an 810, on montait encore de la vallée du Cédron à la place du temple par une série de degrés. Les Arabes ont plus tard muré 1« porte, sauf à y laisser une petite ouverture, et il existe encore parmi eux une tradition d'après laquelle un conquérant chrétien entrera un jour par cette porte , un vendredi, et enlèvera Jérusalem aux musulmans. Du temps des croisés, on l'ouvrait pour quelques heures le dimanche des Rameaux et le jour de l'exaltation de la Ste-Croix. Le dimanche des Rameaux , il y avait une grande procession , qui partant du mont des Oliviers , passait par cette porte en portant des palmes. Le patriarche entrait dans la ville monté sur un âne , le peuple étendait ses vêtements par terre devant lui, etc., comme le jour de l'entrée de J.-C. Les Arabes appellent aivjouid'hui la porte entière Bâb ed^Daherîyé, la porte Étemelle (?) ; son aicade septentrionale, Bâb et-TCbé, la porte du Repentir , et celle du S., Bâb er-JBo^mé, la porte de la Grâce. Il y avait autrefois ici un oratoire musulman ; actuellement, Tédiflce est tout à fait négligé, et la pluie y pénètre parles voûtes. Les gros jambages monolithes de l'E. ont été transformés en piliers, dépassant de 2 m. le haut de la muraille ; on a placé entre les deux un autre gros pilier orné de deml-colonnettes sur les côtés et élevé les arcs là-dessus. On ne voit plus à l'extérieur le pilier du milieu depuis que la porte est murée, tandis que les piliers monolithes et leurs demi-

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colonnes sont -visibles dedans et dehors. A l'intérieur, il y a un poitique à six coupoles aplaties, dont les arcs surbaissés reposent, d'un côté sur une frise qui règne au-dessus des pilastres des murs latéraux, de l'autre côté sur deux colonnes placées au milieu. Cette disposition de la porte de l'E. se répète à l'intérieur à celle de ro. ; au milieu, on voit encore les colonnes encastrées dans la maçonnerie. Tous les détails architectoniques de la construction, qui est fort ricbe, rappellent assez l'époque byzantine. Les voûtes surbaissées, les corniches ramassées , la forme refoulUée des rinceaux et la manière, dont leâ feuilles d'acanthe sont repliées et aplaties sur les chapiteaux, trahissent la décadence de l'art, de même que les chapiteaux des colonnes du milieu, avec leurs moulures renflées. Les abaques telles que nous les voyons à ces colonnés n'apparaissent qu'au vi» s. L'évidement qu'on voit sous Fastragale aux bases des chapiteaux, annonce aussi un art postérieur. — L'intérieur. est éclairé par des ouvertures pratiquées dans les tambours des coupoles de l'E. Nous parlerons du bas niveau de cette porte à propos de l'extérieur du mur oriental (p. 198). Il y a un escalier qui. conduit sur le toit de la porte Dorée , d'où l'on aperçoit fort bien toute la place du temple, surtout les abords de la coupole du Rocher.

En poursuivant notre chemin vers le N., nous rencontrons à dr. une mosquée moderne, probablement construite sur d'anciennes voûteis. Elle porte le nom de trône de Satomon ; c'est là que ce roi aurait été trouvé mort. D'après une légende , les démons ne devaient pas s'apercevoir de sa mort, c'est pourquoi il s'assit et s'appuya sur son bâton ; ce fut seulement lorsqu'un ver eut rongé cet appui et l'eut fait rompre que les démons virent qu'ils étaient délivrés de la domination du roi. Comme dans tous les lieux de pèlerinage , il y a des chiffons aux grillages des fenêtres ; ce sont des lambeaux de vêtements que les pèlerins y ont accrochés par suite d'un vœu.

Nous arrivons en traversant du gazon au mur septentrional du Harâm, qui a toute une série de portes. D'abord, à l'E. , le Bâb ci- Àsbâtj la porte des tribus (le mot aabât a été pris quelquefois pour un nom propre, celui d'un prophète). Sous les arcades de ce mur se trouvent des fenêtres ; un coup d'œil jeté par l'une d'elles ne laisse pas d'être intéressant, car ou aperçoit à une grande profondeur le réservoir regardé comme la piscine de Béthesda. Il y avait jadis là un vallon qui, du Tyropœon supérieur, se dirigeait vers l'E. et qu'on a utilisé pour la piscine. Celle-ci mesure ilOm. de long et 40 de large. Elle est à 21 m. au-dessous du niveau de la plateforme du temple; le fond en est couvert de 6 m. de décombres; il est rare maintenant qu'elle contieime de l'eau de pluie. Ce réservoir était alimenté du côté 0., et une ouverture qui permettait d'en régler le contenu et même de le vider , se trouvait dans une tour à l'angle S.-E. La tradition catholique et nombre àe voyageurs mo-

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demes ont prétenda y reconnaître la piscine de B^thesda qui était située près de la porte des Brebis ; or comme on a placé (à tort, V. p. 159) cette porte à l'endroit où est aujourd'hui celle de St- Ëtienne, les anciens pèlerins désignent déjà le réservoir sous le nom de piscine probatique. Sur le yéritable emplacement de la piscine de Béthesda, v, p. 194. Aujourd'hui, le réservoir porte le nom de Birket Ura^n, étang d'Israël. C'est ici, vers l'extrémité N.O. du Harftm, que Warren, chef de l'eitpédition anglaise, descendit dans une citerne et découvrit deux voûtes superposées, au N. desquelles est une chambre avec une ouverture donnant sur le flanc N. du mur du Haràm* Cette ouverture servait sans doute à l'écoulement du surplus des eaux.

En longeant le c^té N. de l'enceinte intérieure du Harâm, nous avons sur notre g. des lieux de prière. Bientôt nous voyons de nouveau à dr. une porte qu'on appelle Bâb Hitta ou HoUa ; puis vient le Bâb eWAtem^, la porte de l'Obecurité , dite aussi Chéref elanbiyây THonheur des Prophètes, ou encore porte Dévadâvy d'après une école voisine; elle ix^rrespond à la porte Tôdl du Talmud. A g., est une fontaine qui était .alimentée par les étangs de Salamon; àl'O., à proximité, sont deux petites mosquées. Celle de rO. 6'a,]p^\\G- KoubbetChekfîf es-Sakhrâ, à cause du «fragment de roc» qi^eNébucadnétsar enleva dit^on au grand ïocher, mais que les Juifs auraient rapporté ici. A l'angle N.O. de l'enceinte,- le sol laisse voir la roôhe à nu; celle «ci est coupée en talus et même à pic par une tranchée de 7 m. de profondeur, sur le bord de laquelle s'élève la muraille^ Les soubassements de ceUe muraille semblent aussi être antiques, et l'on se demande s'ils n'ont pas fait partie de la forteresse Àntonia. II y a Ih maintenant une caserne (pi. 11) où l'on entend souvent une musique militaire qui vous écorche les oreilles. Au même angle N.O. se trouvé le plus haut minaret dti Harâm.

Après avoir visité en détail l'intérieur de cette grande enceinte, le tour tles murs qu'il nous reste à faire, nous permettra de nous rendre aisém^it compte de l'ensemble des substructions.

Ce que nous avons considéré jusqu'à présent comme une grande plate-forme n'en était pas une à l'origine; c'était le sommet d'une colline dont les flancs furent exhaussés et dont les parties trop éle^ vées de l'angle N.O. furent nivelées. La colline s'étend au milieu d^ la plate-forme jusque sous lamosquée el-Ak^a. La vallée occidentale, le Tyropœou^ est aujourd'hui presque entièrement comblée.

Pour qu'on se fasse une idée juste des .substructions, nous devons, d'abord parler des matériaux- dont on s'est servi. On distingue dans le mur extéîrieur d-u temple cinq sortes de pierres , dont chaque espèce date probablement d'ifn siècle différent: 1^ des blocs & refends ,et à surface brute, 2^ de8:bloes à refends et à surface lisse, 3^ de gros blocs lisses sans reféads, 4® des pierres plus petites du

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même genre , 5^ des pienes ordinaire» in^guUères. La première espèce se trouve dans le aolj sur presque tout le contour de l'enceinte du temple» d'après les résultats des fouilles de la sociéti^ angl. de TËxploration-Fund, sur lesquels en général nous basons nos données. La partie de la muraille construite de cette sorte de pierres commence à une profondeur de 11 à 18 m. au-deseous de la su* face actuelle du sol. Les blocs sont lisses sur toutes les faces, sauf sur Textérieure, qui est en saillie et présente des refends (v. p. 125); ils sont ajustés sans mortier ni ciment et ai bien, qu'on ne passerait pas une lame de couteau dans les joints. Les muraillea ne sont pas construites perpendiculairement, maia de façon que chaque assise fait une petite retraite sur celle qui est dessous.

 la partie N.O, de la plate^forme du temple, partie d'ailleurs difflclle à examiner, le côté extérieur du mur montre des reste» de pilastres comme on en volt au mur du temple d'Hébron (p. 299).

Kn sortant au N.O. par la deuxième porte du Harâm (Bâb en-Nâzir), nous laissons à dr. le vieux Serai (pi. 95), prison d'état actuelle; puis, longeant la caserne de cavalerie à g., nous descendons la ruelle à l'O. jusqu'à la rue tsanaversale qui vient de la porte de Damas^ A dr. à l'angle , une jolie fontaine à aec. (Si l'on travotTse la rue, on remarquera au mur de la deuxième maison à g. le soin avec lequel les pierres sont reliées par du plomb.) Passait dans la rue transversale qui tend au S., nous avons à dr. le Serai actuel, résidence du pacha (pi. 96); puis nous laissons à g. uu«e ru^le qui mène au Harâm , et nous parvenons au Soûk el'Kattântn (bazar des marchands de coton), bâtiment voûté et maintenant abandonné.. A TE. se trouve la porte du Harâm Bâh el'Kattânîn qui mérite aussi un coup d'oeil. A peu près au milieu du bazar, nous trouvons à dr. une rue latérale conduisant au Hammam eeh-Chifâ, le bain salutaire (pi. 3ô). On suppose que c'est là qu'il faut chercher la source intermittente qui alimentait la piscine de Béthesda du Nouveau Testament. Il faut monter un escalier de 10 m. 40 de haut pour être à l'ouverture du puits , qui est recouvert d'une tourelle et qui a 30 m. de piofbndeur ou 20 m. au-dessous du niveau du sol. Différentes personnes s'y sont fait descendre avec une corde pour 4' examiner. C'est un bassin dont les parois sont en très grande partie maçonnées; à l'extrémité S. du mur occidental se trouve un canal également en maçonnerie, de 31m. de long, de Im. 20 de haut et de 90 centim. de large, qui suit une direction à, peu près S.O. L'eau qui s'y trouve a mauvais goût, car c'est de l'eau de pluie qui a suinté à travers un sol fétide; mais ou en vante toujours les vertus euratlves.

Revenus dans notre rue étroite, et marchant vers le S. , nous rencontrons une fontaine pareille à celle que nous avons mentionnée. Nous montons «nsuite par la rue dtte de David en marchant sur une espèce de di^e, qui n'est autre chose que la fiuperfl(9ie d'arches souterraines. La rue de Aavid soit une ligne G. sur cet

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exhaussemment. A Vépoque juive déjà, une rae conduisait à la Tille haute par-dessus la profonde vallée ; une des grandes arches sur lesquelles elle repose , porte le nom d!arche de Wilson , bien qu'elle ait été découverte par Tobler. Elle est bien conservée et mesure 6 m. 70 de hauteur sur lô d'ouverture. Au-dessous est la piscine de Bourak , ainsi appelée du nom du cheval ailé de Mahomet, nom que porte tout le côté 0. du Harâm, parce que c'est là que le Prophète l'attacha. Warren a rencontré dans des fouilles postérieures , sous l'extrémité S. de l'arche de Wilson , à 7 m. 30 de profondeur, des fragments de voussoirs, et à 13 m. 40, un courant d'eau, preuve qu'il en coule toujours dans l'ancienne vallée. C'est à plus de 15 m. de profondeur qu'il a trouvé la première assise des murailles du temple sur le roc vif. De l'enceinte du temple à la citadelle et parallèlement au viaduc (v. ci - dessus), courait une galerie souterraine que Warren a suivie sur une distance de 80 m., mais il ne put aller jusqu'au bout.

En suivant la rue de David vers le Harâm , nous trouvons de nouveau à g. une jolie fontaine; à dr., nous entrons dans le Mehkémé ou Tribunal (pi. 84), salle à voûtes ogivales qui fut construite en 1483 et à côté de laquelle était jadis la maison du Kâdi (jugel. On voit encore aujourd'hui un mi^râb dans le Me^kémé. Il s y trouvait aussi un sarcophage en pierre provenant, dit- on, des tombeaux des rois et que l'on a transporté à Paris. Au milieu de la salle est un jet d'eau qui, comme les fontaines plus haut mentionnées, était autrefois alimenté par l'aqueduc de Bethléhem. Une fenêtre donne sur le quartier des Mogrebins au S., et une sortie sur la place du Harâm. Cette porte s'appelle Bâh esSiUêlé ou porte de la Chaîne (p. 175); on y remarque une sorte de vaisseau baptismal. Sous la porte, passe le grand aqueduc, qui part des réservoirs dits de Salomon, et se rend dans la plate -forme du temple (p. 269).

Ensuite nous tournons à l'O. et nous allons par la rue de David (p. 223) jusqu'à une ruelle à g. Il y a près de là deux belles maisolis anciennes; celle de dr., avec un portail orné de stalactites, était une école de garçons au temps des croisades; celle de g., une école de âUes, qui sert d'école de garçons depuis l'époque de Saladin, sous le nom de 'Adjémîyé. Nous descendons la ruelle et nous arrivons au bout de 4 min., en tenant toujours la g., au *lieii des lamentations, derrière les misérables habitations des Mogrebins (musulmans du N.O. de l'Afrique). La muraille bien connue qui porte ce nom, a 48 m. de long et 13 m. de haut. Les neuf premières assises se composent de blocs énormes, dont une partie seulement sont à refends. Au-dessus, U y a 15 assises de pierres plus petites. Quelques archéologues concluent de la nature des pierres qui forment ici les substructions , que ce mur occidental a des fondations tout à fait antiques , mais d'autres croient pouvoir prouver que ce mur n^ dfte que dn temp§, d!Ûérode. Parmi les blocs dont quelques uns

196 Boute 3. JÉRUSALEM. Harâffi

sont fort dégradas, il s'en trouve d'une grosseur colossale; un par exemple de ô m. de long au N. et un de 4 m. au S. Il est probable que les Juifs venaient d^jà au moyen âge pleurer ici sur la ruine de Jérusalem. On fera bien d'y revenir, surtout le vendredi après 4 b. du soir ou bien l'un des grands jours de fête des juifs. C'est un spectacle étrange et même saisissant que de voir, au pied de U muraille dégradée par le temps, ces hommes verser des larmes et baiser les pierres. Ils y restent souvent assis des heures entières, à lire de vieux livres de prières. Nombre d'entre eux sont nu-pieds. Le juif espagnol se distingue avantageusement du juif polonais par un extérieur plus propre et une mine plus ouverte. Le vendredi, vers le soir, les juifs récitent les espèces de litanies suivantes r

Le chantre: A cause du palais qui est dévasté.

Le peuple : Nous sommes assi^ solitaires et nous pleurons,

A cause du temple qui est détruit j — Nous sommes

A cause des murs qui sor^t abattus, — Nous sommes

A éause de notre majesté qui est passée, — Nous sommes

A cause de nos grands hommes qui ont péri, — Nous sommes. . . .

A cause des pierres précieuses i^ui sont brûlées, — Nous sommes. . .

A cause des prêtres qui ont bronché, — Nous sommes

A cause de nos rois qui Vont méprisé, — Nous sommes . . ...

Voici encore une autre antiphonîe.

Le chantre,: Nous fen prions , aïe pitié de iSion. Le peuple : Kassemble les enfants de Jérusalem.

Hâte-toi y hâte-toi , libérateur de Sioti, — Parle au cœur de Jérusalem.

Que la beauté et la majesté environnent Sion. -^ Ah t Tourne^ toi miséricordieusement vers Jérusalem.

Que bientôt la jroyauté reparaisse dans Sion, — Console ceux qui pleurent sur Jérusalem. -r-r -■.

Que la paix et la félicité entrent dans Sion. — Et que le rameau (de Jessé) fleurisse à Jérusalem.

On demeurera surpris,, à cette vue, de la ténacité avec laquelle les juifs restent attachés à leurs vieilles traditions, désirent et attendent le rétablissement du royaume de David.

Plus loin, au S. du lieu des lamentations, est une porte antique, qui, sans un guide connu des Mogrebins, dont le fanatisme est notoire, demeure inaccessible aux étrangers; cependant un chemin conduit à cette porte, de l'intérieur de la plate -forme du temple (p. 175). La partie supérieure est composée d'un énorme bloc de pierre qui mesure 2 m. de hauteur et au moins 6 m. de longueur, et qui est à 3 m. au-dessus du sol actuel. On ne voit pas la partie la plus intéressante, le seuil de la porte étant actuellement à 15 m. de profondeur. Des fouilles y ont mis à jour tin chemin avec des degrés. C'est là ce qu'on appelle la porte du Prophète ou de Barclay, du nom de celui qui l'a découverte.

Du lieu (les lamentations, nous revenons sur nos pas pont prendre

eeh'Chérîf. JÉRUSALEM. Route 3. 197

ensuite, non à dr., mais à g., par la rue principale du sale quartier des Mogrebins , jusqu^à V endroit où eessient les maisons. Nous sommes alors sur une grande place en partie bordée de baies de cactus. -A dr. s'élève une pente escarpée composée de décombres au S. et de rochers au N. ; K g. se dresse le mur du temple, haut d'environ 18 m. Nous nous rapprochons encore de ce mur non loin de l'angle S.O. Ses blocs de pierre gigantesques sont à. eux seuls fort remarquables. L'un d'eux a 8 m. de long sur 80 centim. de haut, et celui du coin a S m. 50 de long. Mais comme ils ont commencé à se désagréger, il est parfois difficile de distinguer entre les fentes et les vrais joints de ces blocs. A 12 m. environ de l'angle S.O., nous rencontrons la naissance d'un pont dit V arche de Bobinson , du nom de l'archéologue qui l'a découvert. La largeur de l'arche est de 15 m. 50; il s'y trouve des pierres de 6 et de 8 m. de long, et l'on distingue encore trois assises. Tout l'angle S.O. a été t;onstruit à répoqne hérodienne. Nous avons là la tête d'ui» viaduc qui menait du temple au Xyste par dessus le Tyropœon; 11 en remplaça un plus ancien qui, franchissant la vallée, reliait le palais de Salomon et la partie inférieure de la ville haute. La distance jusqu'à la colline opposée est de 91 m. La partie correspondante du pont n'a pu se découvrir dans les fouilles entreprises sur la colline 0. Warren y a rencontré de la roche et un courant d'eau à 6 m. 70 de profondeur; d'autres fouilles faites dans la direction de la partie déjà découverte, ont mis au jour des restes de colonnade (du Xyste?). Du côté des restes du pont, on a trouvé une pile à une certaine distance (12 m. ÔO) et à 6 m. 70 de profondeur un espace pavé, où gisaient des voussoirs de l'arche du pont. En creusant à travers les décombres jusqu'à 13 m. 70 , on est arrivé à la roche et , pr<>s du mur du temple, à un canal taillé dans le roc vif et courant du N. au S. Ce canal était recouvert des voussoirs du premier pont

A l'angle S.O. des murs du temple, le sol rocheux est à 18 m. au-dessous de la surface actuelle. La grande muraille qui est encore profondément enterrée tout le long du côté 0. était autrefois visible. Elle n'avait été élevée que dans le but de créez une plate-forme pour le temple, et ce soubassement gigantesque devait certainement présenter un aspect grandiose.

En contournant l'angle S.O. du Harâm, on ne voit d'abord à l'E. que l'espace qui s'étend jusqu'à la double porte murée (p. 189) ; on ne peut regagner la muraille S. qu'en sortant par la porte des Immondices ou porte des Mogrebins, d'où en tournant à gauche on suivra le plus près possible la muraille dans la direction de l'E. Des fouilles ont fait constater que de l'angle S.O. de la plate-forme, le rocher s'abaisse rapidement vers l'E. de 18 m. à 26 m. 50 ; c'est jusqu'à cette profondeur que le mur du temple d'Hérode est enfoui à cet endroit. Ensuite le rocher remonte à l'E. En d'autres termes, la vallée de Tyropœon passe sous l'angle S.O. de la plateforme du temple, et ce côté de la mosquée aussi bien que de Tan-

19â Route 3. JÉRUSALEM. Harâm ech-Chérif.

cicn temple, ne se trouve proprement plus sur la colline de TEst mais sur le versant qui fait face & celle-ci.

A l'endroit le plus profond de ce vallon qui n'est plus visible aujourd'hui, Warren a découvert un canal souterrain, tandis qu'il a rencontra à 7 m. de profondeur un pav^ qui date sans doute de la fin de la domination romaine, et à 12 m., un autre pavtf qui est peut-être du temps d'Herode. La muraille qui entre encore plus profondément dans le sol, se compose de pierres à surface brute. A partir de la porte double, dont il a déjà été question p. 190, et qui conduit directement du S. sous la mosquée el-Aksa, le mur est plus ancien. Le rocher s'^ôve jusqu'à la porte triple près de laquelle il se trouve à peine à quelques pieds au-dessous du sol actuel , mais il redescend ensuite rapidement à l'E. du côt^ de la vaille du CMron. On a découvert sous la porte triple plusieurs conduites et passages creusas dans le roc; de même, sous la porte simple (p. 190) qui , elle aussi, est mur^e et d'une époque plus récente, on a découvert un ancien passage. Tandis que le sol actuel a une pente de 7 m. depuis la porte triple jusqu'à l'angle S.E. des murailles, le rocher du terrain primitif en a une d'environ 30 m. On a trouvé à cette profondeur, au côté E. de la muraille, une cruche, des pierres portant des signes en couleur rouge et des caractères gravés. Ces signes paraissent être phéniciens. Serait-ce là un mur des premiers temps de la royauté? la question est encore à résoudre, mais on pourrait incliner pour TafFirmatlve. Dans quel siècle les blocs de pierre gigantesques de l'angle S.E. qui s'élèvent au-dessus du sol actuel et attirent notre attention, ont-ils été établis à la place qu'ils occupent, c'est une chose très incertaine ; quelques unes des assises supérieures ont de 5 à 7 m. de long et jusqu^à 1 m. d'épaisseur. En somme, la muraille a 23 m. de haut à Taligle S.E. — Warren, dans ses fouilles, a trouvé à une grande profondeur dans le sol un second mur qui, se dirigeant de l'angle S.E. vers le S.O., entourait le quartier d'Ophel.

Il y a beaucoup de décombres à l'E. de la muraille duHarâm ; le rocher était jadis plus escarpé du côté de la vallée du Cédron qu'il ne l'est aujourd'hui. Le côté extérieur de la porte Dorée (p. 191) repose sur le mur, mais l'intérieur sur des remblais. Le mur descend encore ici de 9 à 12 m. dans le sol. En dehors, devant la muraille du Harâm, Warrren en a trouvé de même une seconde (ancien rempart peut-être), à une grande profondeur dans les décombres. Les fouilles opérées à l'angle N.E. du Harâm, ont coûté beaucoup d'efforts et de -sacrifices, la nature des débris augmentant la difficulté du creusage des puits. Tout cet angle de la plate-forme du temple présente à l'intérieur comme à l'eitérieur du mur d'en* ceinte une masse énorme de décombres ; on a probablement a'ussi utilisé dans ce but, utic partie du terrain provenant de l'angle N.O. "•ni a été abaissé. Le vallon dont on s'est servi pour en faire le "-ket Isra'în (p. 193), passe sous l'angle N.E. des murs, comme

St^Sépulcre. JÉRUSALEM. Route 3. 199

le Tytopœén court sons l'angle S.O., de sorte que, du côt^ de la ▼all^e du O^dron, les fondations sont à 36 m. de la surface actuelle du sol. La pente du rocher depuis l'angle N.O. de la plàte-forine jusqu'à cet endroit est donc très forte et les remblais ont dû correspondre au^ besoins du nivellement.

Warren a aussi découvert le canal d'écoulement du Blrket Isra'în et, dans l'angle N.E., les ruines d'une grosse tour, vraisemblablement aussi d'origine antique, et dans le voisinage, d'autres signes phéniciens pareils à ceux de h, l'angle S.E. Nous croyons aussi que s'il est possible d'assigner une haute antiquité et même l'époque des rois de Juda aux substructions du Haràm , c'est bien à celles de l'Est.

On considérera encore une fois de dehors, les belles arcades de la porte Dorée. Sa haute position sur les remblais, aussi bien que les détails de son ornementation, annoncent décidément une œuvre de la dernière période byzantine. Il y a des tombeaux musulmans (p. 226) tout le long de la muraille.

Pour rentrer en ville, le mieux est de prendre par la porte St- Etienne (p. 218).

• Eglise du St-Bépnlcre.

D'après le Nouveau Testament, le Oolgotka était en dehors de la ville de Jérusalem f. Une élévation du sol ou plutôt un banc de rocher assez bas avait reçu à cause de sa forme le nom hébreu de «rgoulgôlet» (crâne), d'où est venu celui de 6k)lgotha. On ne sait pas encore jusqu'à présent si l'émlnence du Golgotha traditionnel, qui du reste était certainement un endroit très fréquenté, était naturelle ou artîflcielle ; au S. et au N., le terrain suit une pente douce. Comme on le sait, la première question qu'agitent les savants qui s'occupent de la topographie de Jérusalem, c'est de savoir sHl est possible que le lieu qui porte aujourd'hui le nom de Golgotha soit authentique (v.p. 162) ff. Quelques explorateurs modernes le cherchent au N. de la ville, près de la grotte de Jérémle (p. 2Ô3). Tant que le sol n'aura pas été fouillé d'une manière méthodique, on ne saurait affirmer si la place sur laquelle se trouve l'église du St- Sépulcre était oui on non en dehors du deuxième mur. Il est certain qu'il y a beaucoup moins de décombres à l'O. qu'à l'Ë. de

t Bt Jéaus, portant sa croix, alla au lieu appelé le Calvaire, en hébreu Golgotha, oii ils le crucifièrent. ... — Camme le lieu où Ton avait crucifié Jésus était près de la ville, un grand nombre de Juifs lurent cette inscription . . . (St Jean xix, 17, 20). «

Et c''e8t poarqtioi Jésus, afin de sanctifier le peuple par son propre sang, a souffert hors de la ville (Hébr. xiii, 12).

tf Xous ne saurions avoir pour but dans c« Manuel, de chercher jusqu^à quel point sont fondées ou non les traditions qui se rattachent en si grand nombre à Téglise du St-Sépulcre, avec sa multitude de cbapelles et d'endroits vénéi^s; ceux qui désireront des renseignements d€> taillés à ce sujet, en trouveront dAis les ouvrages spéciaux de^oMet'f iloWnwr», de Vogûé^ etc. (v. p. 131 et 171). •

200 Routes. JÉRUSALEM. . E^lUe du

I r^glise; en conséquence, l'emplacement actuel de l'église du St-^ ' Sépulcre serait en dehors de la deuxième enceinte de la ville,' et / pourrait être le lieu dont parlent les récits biblii^ttei». Il est fort ' possible que les chrétiens de Jérusalem aient entretenu le vivant souvenir de la situation de Golgotha, surtout puisque l'on sait que l'empereur Adrien y fit élever un temple en l'honnoiur de Vénus. On conçoit aisément que, lorsque le c}iristianisme fut devenu la religion de l'État dans l'empire romain, on ait recherché l'emplacement du tombeau de J.-C. Eusèbe, évêque de Césarée (né dans cette ville vers 264), est le plus ancien historien quii en parle ; il rapporte que dans des fouilles faites sous Constantin, on découvrit la très sainte grotte du Sauveur, qui était évidemment creusée dans le roc vif ou bien, en s'élevaiit sur un sol uni, se présentait comme un rocher isolé, dans lequel il n'y avait qu'une seule grotte. Ce ne sont que les historiens plus récents qui ajoutent qu'Hélène, mère de Constantin, par suite d'une inspiration divine, se rendit en pèlerinage à Jérusalem et fit de concert avec l' évêque Macaire \ la découverte miraculeuse du St-Sépulcre, et de la croix de J.-C. La croix fut démembrée et il n'en resta à Jérusalem qu'une partie que l'on faisait voir aux pèlerins dans les siècles suivants. De plus, il est historiquement certain qn'h, l'endroit en question , on érigea une magnifique église (dédiée l'an 336), qui se composait d'un édifice élevé au-dessus du St-Sépulcre et de la basilique consacrée au symbole de la croix. L'église du St-Sépulcre, «appelée aussi église de la Résurrection (Anastasis), se composait d'une rotonde au milieu de laquelle était le tombeau de J.-C. entouré des statues des douze apôtres. Cette rotonde, qui a servi de modèle à la mosquée d'es-Sakhrâ (p. 178), a conservé au moins sa forme extérieure. A l'E., se trouvaient des portiques et une place dont on ne saurait maintenant préciser les dimensions; plus loin, la basilique, ayant des cours de chaque côté et précédée ^ l'E. de trois portails, d'un parvis et de propylées avec des escaliers. Il reste encore quelques tronçons des colonnes de ces propylées. L'ensemble devait pré»senter un coup d'oeil magnifique, vu de l'E., par exemple, du mont des Oliviers.

On distingua de bonne heure entre le lieu où fut trouvée la croix et le Golgotha proprement dit, mais la distance indiquée de l'un à l'autre est diversement donnée. Les bâtiments furent brûlés par les Perses en juin 614. Modeste, abbé du couvent de Théodose, aidé par les chrétiens de Syrie et d'Alexandrie, reconstruisit l'église (entre 616 et 626), en trois parties nommées églises de la Résufrection (Anastasis), de l'Invention de la Croix (Martyrium) et du Calvaire ; mais cet édifice était moins remarquable qu« le précédent. Le khal^e 'Omar traita les chrétiens avec douceur et le^r laissa leurs temples (637). Nous avons une description de l'^lis^du St-Sépulcre écrite pai^rculphe en 670 ; elle nous apivteiyd qu'o4^vait ajouté au S. aux anciens sanctuaires une nouvelle

du St-Sépulcre. JÉRUSALEM. Route 3. 201

/ partie, une église de la Vierge. Sens le khalife Mâmoûn (813-833),

I Thomas, pairiarohe de Jérusalem, restaura et agrandit la oolipole de

1 régUse de la Résurreetion. En 936 et en 969, l'église fut en partie

i détruite par des inoendies, puis les musulmans la profanèrent et la

ruinèrent l'an 1010. En 1055, elle était rebâtie; en 1099, les

I croisés entrèrent sous le dôme du St-Sépulore, nu-pieds et chantant

des cantiques. Mais lès constructions leur parurent indignes du

I lieu , c'est pourquoi ils y élevèrent une grande église qui renfer-

1 mait toutes les chapelles et les lieux vénérés. Toutefois cela n'eut

lieu que plus tard, lorsqu'ils eurent en quelque sorte pris pied à

Jérusalem, c.-à-d.ffu commeneement du xii« s. , comme le prouve

le style roman qu'on y a suivi et qui est celui des grands édifices

j de ce temps. Les constructions des croisés sont parvenues jusqu'à

,' nous, mais les nombreuses additions qui y furent faites dans le

' cours des siècles, empêchent de reconnaître immédiatement que

l'église date en effet de ce temps-là.

On bâtit à cette époque à l'E. de la rotonde du St-Sépulcre, une église à trois nefs, avec autant d'absides tournées à l'E. ; plus loin, du même côté, se trouvait déjà la chapelle Ste- Hélène. En 1187, le Golgotha fut ravagé par les Arabes. En 1192, les croisés (3® crois.) furent autorisés à visiter par groupes la ville de Jérusalem, et l'évêque de Salisbury obtint de Saladin que l'église du St-Sépulore serait spécialement desservie par deux prêtres latins. En 1244, le tombeau fut détruit par les Kharesmiens, mais en 1310 nous y trouvons déjà une nouvelle et belle église , qui possédait de nombreux et magnifiques autels, et qui fut surmontée de deux coupoles en l'an 1400. Durant les siècles suivants, on se plaignit nombre de fois de ce que le dôme du St-Sépulcre menaçait ruine. Il fut enfin reconstruit en 1719, ainsi qu'une grande partie de l'église, malgré les difficultés que les musulmans y opposèrent plus d'une fois. Un grand malheur frappa l'église du St-Sépulore en 1808: elle fut presque complètement incendiée, son dôme s'écroula en écrasant la chapelle du tombeau, les colonnes se fendirent et le -plomb du toit fondit et coula à l'intérieur. Il n'y eut guère d'épargné par les flammes que le côté E. Dans cette circonstance disparurent les cercueils des rois francs de Jérusalem, entre autres celui de Godefroy de Bouillon; ils étaient sous l'emplacement de la crucifixion, derrière la pierre de l'Onction. Les Grecs eurent alors assez d'habileté pour s'attribuer la haute main sur l'édifice; ce sont eux, et les Arméniens, qui ont dépensé, en 1310, le plus d'argent pour la nouvelle construction. Les plans de celleci sont d'un certain Komnenos Kalfa de Oonstantinople (v. p. 207). On retrouve toutefois dans l'édifice moderne assez de vestiges de l'ancienne église.

L'église du St-Sépulcre est ordinairement fermée de 10 h. Y2 ^ 3 h. ; mais le visiteur peut y rester après 10 h. Y2 en donnant un bakhchîoh. au gardien musulman (1 fr.)' L'après-midi, il arrive

202 Routes, JÉRUSALEM. E^u du

souvent qu'on ne trouve pas de gaidien, de sorte que nous conseillons d'y aller le matin. On choisira aussi un jouroù le ciel soitserein, car bien, des parties de l'édifice sont peu éelaiiées. -^ — Le visiteur chrétien est désagréablement surpris de voii sous le porehe des gardiens musulmans. Ils sont placés là par le gouvernement turc et ont pour mission de maintenir l'ordre dans l'église, surtout aux fêtes de Pâques, époque où les pèlerins affluent ici de toutes les parties du monde ; comme porte-dés et surveillants impartiaux leur présence est nécessaire.

On peut se faire une idée exacte de l'ensemble du monument, en examinant le grand modèle qu'en a fait M. Schick, architecte résidant h Jérusalem, et qu'on peut voir, avec un modèle de l'arche de Talliance dans une librairie voisine de la demeure de l'évéque protestant.

La façade principale de l'église du St-Sépulcre est aujourd'hui au S. , tandis que la grande entrée était autrefois à l'E. La place qui précède le portail actuel existe depuis le temps des croisades. Elle est pavée de grandes dalles jaunâtres, et toujours fréquentée par une quantité de marchands et de mendiants.

Ce PABvis (pi. a) qui du reste, ne forme pas une surface tout à fait plane, est plus bas que la rue , de 3 marches ^2 • A dr. et à g. de l'escalier sont des colonnes encastrées dans les bâtiments voisins ; mais il n'y a que celle de l'O. (g.) qui soit bien conservée; elle supporte même encore une portion d'arcade au-dessus de la rue qui mène à l'O. Il y avait évidemment là une sorte de portique^ comme le prouvent encore les bases dont on aperçoit les restes entre les deux colonnes des angles.

Le parvis est bordé des deux côtés de chapelles assez insignifiantes. Entrant par la porte qui est le plus au S., et montant 18 degrés à côté de la cuisine et des chambres des pèlerins grecs, nous arrivons, à l'extrémité d'un long corridor, à une petite chapelle (pi. 1). C'est l'église dite des Apôtres avec l'autel de Melkhisédec^ Derrière, à l'étage inférieur, se trouve la chapelle des Abyssins (pi. 40). Au-dessus de la chapelle du Crucifiement (pi. 38, p. 213), et plus loin au N., se trouve celle du Sacrifice. Un creux circulaire au milieu du pavé indique l'endroit ou Abraham fut sur le point de sacrifier Isaac ; cette tradition est sans doute nouvelle et absurde (v. p. 155), mais on montrait déjà l'an 600 près d'ici, un endroit où Abraham aurait sacrifié. En dehors de cette chapelle, dans la cour et sur le toit de la chapelle arménienne de Jacques (pi. 2) se trouve un arbre qui serait, dit on, celui auquel fut pris par les cornes le bélier du sacrifice d'Abraham (pi. 41).

Il nous faut revenir au parvis. La chapelle No. 2 est la chapelle arménienne de Jacques, sous laquelle est une crypte. Le No. 3 est la chapelle copte de l'archange Michel, par laquelle un passage à l'E. mène à la chapelle Abyssinienne (pi. 40). Une porte conduit vers le N., du No. 3, ou de l'angle du parvis de l'église du

Sl-SipvacTe. JÉRUSALEM. RaiUt3. 203

8t-â£pukre, dtins la chapelle Oiecque deMiiiel'Égyptieiiue (pi. 4, an-âeesons du No. 39). Selon une tnditian, cette Marie fut lupoDSSJe, en 374, pu bdë pulssknce Invisible, de Ii porte de l'^IlBe du St-S^polere, jnsqu'ï ce qu'elle edt Invoqua la Ste Vierge.

Le» antres chapelles, i VO, du panis, appaitieiuient aux GiecB ; ce sont : la chapellt de St Jacquei (yi. &), en aouvenli du fièie de J.-O. ; elle est bien otn^e (deiiière, se tocuve la chapelle de Ste Thàcle); la ekapelU dt BU Marie-MadtUitu (pi. 6) ï l'endtoit ad, entie antres leloo la tradittou grecque, Jésus serait apparu pour la troisième fois 1 Marie; pins loin, \t cluptUe des OvarmOe Martyn (pi. 7). PrimitiTementleconTent de la Ste- Trinité en occupait l'emplacement. Toutes les trois ont encore leurs absides, La chapelle, dans laquelle étaient autrefois Inhomés les patriarches de

Il Jéiia). 28. CA. ri

204 RouU3. JÉRUSALEM. Eglise du

Jérusalem, n'est pas autre chose que l'otage inférieur du eHocher. Selon les règles du style roman, cette tour est placée à c6té de r église, mais actuellement elle se trouve enclavée dans la Vieille chapelle St-Jean et la rotonde, qui ne sont pas au même niveau. Des quatre côt^ sont de grandes arcades de fenêtres gothiques et aux angles, des contre-forts. Dans le haut des arcades se trouvaient deux rangées de petites fenêtres gothiques jumelles, dont 11 n'-existe plus que celle du bas. Le sommet de la tour est démoli; nous savons, d'après de vieux dessins, qu'il se trouvait dans le haut de fausses arcades percées chacune d'une fenêtre, et au-dessus, des créneaux et un dôme octogone. Ce clocher fut construit entre 11 GO et 1180, il est donc certain quil le fut par les croisés.

On ne saurait dire que la vue de la façade du S. produise une impression agréable; mais les détails décoratifs en sont remarquables. 11 s'y trouve deux portails surmontés de deux fenêtres. Partout nous voyons des ogives déprimées qui se rapprochent même de l'arc en fer à cheval. . Les arcades des portails sont ornés d'une guirlande de profondes dentelures (gorges) perpendiculaires k la courbe. On prétend l][ne ces ornements sont de la fin de l'époque romaine. Les listeaux des portes se composent d'une série de spirales finement découpées. Les colonnes qui sont à côté des portes, et qui proviennent sans doute d'un temple antique , sont de marbre; elles ont des chapiteaux byzantins, mais d'une belle exécution, et leur piédestaux sont tout à fait d'après l'antique. Les colonnes ont une architrave commune, ornée de rinceaux de chêne. Le tympan de la porte de g. est décoré à la façon arabe, de figures géométriques formant des hexagones ; il s'y trouvait autrefois une mosaïque. Au-dessous de ces tympans, sont des hcureUefs d'une grande valeur, que M. de Yogûé regarde comme ayant été exécutés

en France dans la seconde moitié du xn^ s.

Le bas-relief au-dessus de la porte de g. comprend une série de sujets tirés de la Bible: 11 sera bon pour les examiner de se munir de jumelles. Dans le premier champ, à g., la Bésurrection de Lazare dans un Heu voûté ^ on y remarque Jésus avec le livre des évangiles, Marie, sœur de Lazare, à ses pieds, Lazare sortant du tombeau et, à Tarrière-plan, des spectateurs, dont quelques-uns se tiennent le nez. Dans le second champ, Marie priant Jésus de venir à cause de son frère. Dans le troisième commence la représentation de rentrée triomphale de Jésus à Jérusalem. D'^abord, il envoie ses disciples lui chercher une monture; parmi eux, sont deux pasteurs avec des brebis; ensuite les disciples amènent Tânesse et étendent leurs vêtements par terre: au fond apparaît le mont des Oliviers. Puis vient l'entrée même à Jérusalem; mais la figure principale n'^existe plus, sauf la tête. L'lnei*se est également détruite. On remarquera la finesse avec laquelle sont exécutées les petites figures des personnes qui étendent leurs vêtement;* sur le chemin: un homme coupe des palmes ; une femme porie son enfant sur Tépaule, comme cela se fait encore aigourd''hui en Egypte; un paralytique avec une béquille se trouve au premier plan. Le dernier champ représente la Cène; on V voit St Jean s'appuyant sur le sein de Jésus, Judas, en deçà de la table, séparé des autres apôtres, au moment oii il reçoit le morceau de pain. Il règne dans ces bas-reliefs une vie extraordinaire.

Les sculptures du second bas-relief placé au-dessus du portail de dr. se composent de rinceaux, dont les feuilles et les tmita sont entremêlés

St'Sépulcre. JÉRUSALEM. ftouU 3, 205

d'une foule de figures d'hommes nus, d'oiseaux, etc. Au milieu est un centaure Tare à la main. Toute la composition a une signification symbolique qu'il serait trop long d'expliquer en détail. Les animaux, qui représentent le mal, sont en bas d'où ils épient le bien. L'exéeution de ce bas-relief est aussi des plus soignées.

Le second portail est mur^ ; sui le devant un escalier permet de monter par dehors à la chapelle du Calvaire (p. 212). Cet escalier aboutit à un petit vestibule dans le style de la façade. Le bâtiment antérieur à Tangle N.£. du parvis se compose aussi de deux étages, dont chacun présente quatre grandes arcades en ogive ; on Ta transformé en chapelle.

Intéaibub de l'église du St-Sépulcre. — ^ Nous entrons maintenant par le grand portail dans T église elle-même. Poiir nous y orienter, nous devons nous rappeler que son axe est dirigé de VO. à TE. ; en entrant par le S., nous nous trouvons d'abord dans une nef latérale de l'édiUce des croisés. Nous rencontrons en premier lieu à. g. sur un banc (pi. 8) lés gardiens musulmans , fumant et prenant du café. Lorsque l'église est ouverte, ils n'ont aucun droit à un bakhchîch. Toutefois dans les siècles antérieurs et même dans le nôtre, chaque pèlerin était obligé de payer ici un droit d'entrée considérable. En passant devant ces gardiens, nous arrivons à une grande pierre, la fier&e de l'onction (pi. 9), sur laquelle Nicodème oignit, dit -on, le corps de Jésus f. A une époque reculée, avant les croisades, il y avait une église spéciale de la Vierge audessus du Ueu de l'onction, mais un peu au S. de l'endroit actuel. Lorsque les Francs réunirent tous les lieux saints dans un seul bâtiment, la pierre de l'onction fut reportée à peu près où elle ce trouve aujourd'hui. Cette pierre a souvent été remplacée et a passé aux communautés religieuses les plus diverses. C'est ainsi que les Coptes l'ont possédée au xv® s. , les Géorgiens au xvi® ; les Latins achetèrent à ceux-ci, moyennant 5,000 piastres, la permission d'y faire brûler des cierges ; puis elle devint la propriété des Grecs. Aujourd'hui, Arméniens, Latins, Grecs et Coptes ont le droit d'entretenir des lampes, au-dessus ; il y a aussi à côté d'elle des chandeliers d'une grandeur colossale. La table de marbre actuelle, à peu près couleur d'orange, longue de 2m. 70 et large de Im. 30, a été placée en 1808. Autrefois on voyait les pèlerins mesurer la pierre pour se faire faire une tunique mortuaire de la même longueur.

A seize pas sur la gauche, se trouve v^né petite rotonde nouvellement construite (pi. 10), autour d'une pierre qui désigne l'en-r

t Or, après cela, Joseph d'Arimathëe, qui était disciple de Jésus, mais en secret, parce qu'il craignait les Juifs, demanda à Pilate la pernaission d'enlever le cbrps de Jésus. Et Pilate le permit. Il vint donc et enleva le corps de Jésus. — Et Nicodème, celui qui s'était rendu autrefois vers Jésus durant la nuit, vint aussi, portant un mélange de myrrhe et d'aloès, du poids d'environ cent livres. — Ils prirent donc le corps de Jésus et l'enveloppèrent de linges avec des aromates, selon la coutume d'ensevelir parmi les Juifs (St Jean xix, 38-40).

206 Route 3. JÉRUSAI.BM. . EgUêe du

I droit où se tinrent les Stes femmes pendant que Von embaumait I le corps de J.-C. Derrière, au S. , est l'escalier de la chapelle

arménienne.

î Faisant maintenant quelques pas à dr. , nous arrivons dans la

partie principale de l'tfgli se, la rotonde du Sr-StouLCRB. Cette rotonde avait primitivement, comme celle de la mosquée es^Sakhrâ, 12 grandes colonnes, divisées probablement en groupes de trois par des pilastres. Au-dessus étaient un tambour et une coupole 1 ouverte par le haut. Les bases actuelles sont encore celles de ! Vancien édifice. Autour de la sainte chapelle, régnait une double J galerie. Le mur d'enceinte avait trois absides, au N., à l'O. et au S., chacune avec un autel, et 11 y avait un quatrième autel devant le tombeau. La rotonde et la coupole étaient ornées de mosaïques. Depuis la reconstruction de 1810, la coupole est soutenue paT , 18 piliers. Ils sont reliés au moyen d'arceaux surmontés par un tambour pourvu de fausses fenêtres; au-dessus, s'élève la coupole. j L'espace compris entre le mur circulaire extérieur et les piliers, est j divisé en deux étages par des voûtes d'arête qui formaient jadis des galeries continues, mais séparées aujourd'hui par des murs de ^ refend. La coupole, ouverte dans le haut, a 20m. de diamètre. i Pendant longtemps , elle a menacé ruine, jusqu'au moment <y^ la France et la Russie s'entendirent avec la Porte pour une restauration qui fut achevée en 1868 par des architectes de différentes nationalités. Le bois et le fer nécessaires furent apportés de Mar- ' seille à Jaffà et transportés de là à Jérusalem à dos de chameaux. Les piliers et la plupart des arceaux, de même que le tambour durent être reconstruits. La coupole qui est en fér est double. Les nervures des deux coupoles sont reliées par des traverses de fer. L'intérieur de la coupole inférieure est revêtu de fer-blanc peint; l'extérieur de la coupole supérieure est couvert de planehettes • d'abord, puis et enfin de feutre de plomb. L'ouverture centrale est garnie d'un vitrage sur fer doré, et surmontée d'une croix dorée. Le tiers du toit de la coupole a des dorures qui vont en rayonnant. Au milieu de la rotonde, sous la coupole se trouve le Saint- ^ Sépulcre, le plus vénéré des lieux saints -f-. Dans les recherches faites sous Constantin pour retrouver le tombeau du Sauveur, on découvrit ici une grotte taillée dans le roc , au-dessus de laquelle s'éleva bientôt une chapelle. Du temps des croisades, ce sanctuaire avait encore une fbrme circulaire et une petite tour ronde. Il y avait déjà deux grottes à cette époque : une sur le devant, la chapelle de l'Ange, et une dans le fond avec le sépulcre. L'édifice ' était revêtu de plaques de marbre. Un peu plus tard , il est question d'un bâtiment polygonal, qui était éclairé à l'intérieur d'une

t Or, il y avait au lieu oii il avait été crucifie, un jardin, et dans ce jardin un sépulcre neuf, où personne n*ayait encore été mia. — Gonume c'était la veille du sablMit des Juifs, et que ce sépulcre était proche, ils y déposèrent Jésus (St Jean xix, 41, 49).

St'Sépulere. JÉRUSALEM. Route 3. 207

/ manièFô artificielle. A U suite de la destruction de 15ÔÔ, le tomj beau fut mis h découvert, et Ton y trouva une inscription avec I le nom de Ste Hélène (?) ainsi qu^un morceau de bois , regarde / comme provenant de la vraie croix. Le St-Sépulcre fut décortf à ; neuf, et l'on fit trois ouvertures dans le haut pour laisser échapper la fumée des lampes. Tout fut restauré en 1719. Lors de l'incendie de 1808, il n'y eut que la tourelle de la chapelle qui fut écrasée et le- reste eut peu à souffrir; mais on a cependant tout rebâti dans le style vulgaire qui s'offre aujourd'hui à nos yeux. Cette chapelle est hexagone ; elle mesure 7 m. 90 de long sur 5 m. 60 de large, et elle a des pilastres sur les côtés. \

Devant la façade S. de la chapelle est un espace entouré de /

deux bancs de pierre et de grands chand^iers ; les chrétiens d'Orient y ôtent leurs chaussures, mais on n'est pas obligé de le faire. On entre d*abord dans une sorte de vestibule,^ dit la chapelle de VAnge (pi. 11), qui a 3m. 40 de long et 3 de large. Ses murs dans / ^^^^ lesqtiels des escaliers pratiqués à dr. et % g., conduisent sur le toit»*^"'^ de l'édlflce, sont très épais ; ils sont revêtus de plaques de marbre | Il l'extérieur et Ih l'intérieur. Au milieu est une pierre encadrée / de marbre ; c'est, dit-on, celle qui fermait le tombeau de J.-C, fut i déplacée par l'ange et sur laquelle il s^assit. Cependant il paraît ^ qu'elle n'est pas entière , mais qu'une partie a été encastrée dans l'autel érigé à l'endroit où Jésus fut crucifié. De* le iv« s., il est question d'une ]^erre de ce genre devant la grotte du St-Sépulcre, mais 11 semble, que dans les siècles suivants ce ne fut pas toujours la même, et parfois aussi on mentionne plusieurs fragments. 15 lampes brûlent dans cette chapelle; ô appartiennent aux Grecs, ô aux Latins, 4 aux Arméniems et 1 aux Coptet.

En passant par une petite porte encore plus basse, on arrive dans la chapsllb i>xt St-Sép«lcrb propfêment dite (pi. 12), qui n'a que 2 m. de lotig sur 1 m. 80 de large. Elle nie peut contenir que 3 ou 4 personnes à la fois. An plafond assez élevé et muni d'une sorte de cheminée , sont suspendues 43 lampes précieuses, chacune des confessions mentionnées ci-d'essus en possédant 13, sauf les Coptes , qtli n^en ont que 4. Le milieu de la paroi du N. est occupé par un baS-relief en marbre blanc représentant la résurrection de J.-C; il appartient aux Grecs, tandis qtie le tableau de dr. est aux Arméniens et celui de g. aux Latins. A la . porte d'entrée à l'intérieur,- on lit en grec l^inëcriptîon suivante : «Seigneur, sou vener- vous de votre servitettr, l'architecte impérial \ Kalfa Komnenos, de Métélin, 1810» (p. 201). Le plafond se trouve soutenu par des colonnes de marbre reposant sur les murs de la petite chapelle. Du côté N. ou à dr. de. 'entrée, est la tombe en marbre de J.-C. Le banc de pierre couvert de plaques de marbre a 1 m. 55 de long, 64 centim. de large et 94 de haut; la table de marbre fendue sert aussi d'autel. Une messe se dit ici tous les jours. - — Nous savons par St Luc que le tombeau de J.-C. était

208 Routes. JÉRUSALEM. . Egliie du

.creusé dans le roc vif f. Primitivement, il est question d'une grotte sépulcrale située ici , et plus tard d'une petite maison taillée dans le roc. Nous avons donc à nous représenter un sépulcre dans une arcade à plein cintre, le tout taillé dans le roc, «omme d'autres tombeaux, que nous verrons bientôt. Mais tout était revêtu de marbre dès le moyen âge, et seule une recberhe attentive permettrait de s'assurer s'il y a réellement eu ici des grottes sépulcrales.

Immédiatement derrière le St-Sépulcre, par conséquent à l'O., est une petite chapelle (pi. 13) qui appartient aux- Coptes depuis le XVI® s.

Nous faisons maintenant le tour de la rotonde. Le plus intéressant des compartiments obscurs qui l'environnent est celui qui se trouve derrière la chapelle des Coptes. On entre d'abord dans la chapelle des Syriens (jacobites ; pi. 14) qui est sans ornement et à l'extrémité de laquelle on voit une vieille abside. Sortant par une porte à g. , et se dirigeant au S. par un petit corridor étroit, où l'on descend une marche, on entre dans une chambre taillée dans le roc (pi. 15; prendre de la lumière). Aux parois^ on remarque d'abord deux «fosses» (v. l'introd. , p. 128), l'une. de 70 centim. , l'autre de 1 m> 10 de longueur, et qui ne sont par conséquent que des ossuaires. Elles ont 1 m. de profondeur. Dans le roc au S. sont des traces de niches sépulcrales. de Im. 70 de long, sur 45 centim. de large et 76 de. haut. . La tradition a placé ici depuis le xvi® s. les tombeaux de Joseph d'Arimathée et de Nicodème ; les recherches ont prouvé d'ailleurs que nous, sommes ici en présence de tombeaux juifs réellement anciens.

Dans le compartiment (pi. 16) situé au N. de la chapelle des Syriens , et par lequel il faut quelquefois passer pour entrer dans cette chapeUe, quand la porte en est fermée , il y a un escalier qui conduit dans la partie «arménienne. Les diverses sectes se sont partagé les arches ; les Arméniens possèdent un tiers , et les Latins, les deux tiers de la galerie qui est au-dessus des deux étages.

Le dernier compartiment (p|l. 17) au N. du St-Sépulcre, est aussi une des absides primitives de la rotonde. En passant par là, nous arrivons dans un corridor entre les logements de service^ puis à une citerne profonde (pL 18). Chacun peut tirer de l'eau avec le seau qui s'y trouve, elle est bonne et fraîche.

Revenus à la rotonde , nous entrons au N. dans un vestibule (pi. 19) de la chapelle latine de l'Epiphanie. La tradition désigne cet endroit comn^e celui où Jésus apparut à Marie-Madeleine sous les traits d'un jardinierff . La place où le. Sauveur se serait tenu

t Et il Tenveloppa dans un linceul et le déposa dans un sépulcre taillé dans le roc, où personne n''avait encore été mis (St Lu'c xxxiii, Ô3). ft Lorsqu''elle eut dit cela, elle se retourna et vit Jésus debo\it, et elle ne savait pas que ce fût lui. — Jésus lui dit: Femme, pourquoi pleures tu? qui cherches tu? Elle, «royant que c'était le jardinier, lai dit: Seigneur, si c'est toi qui Tas enlevé dis -moi. où tu Tas mis, et

St-Sépulcre. JÉRUSALEM. Route 3, 209

est marquée par un cercle de marbre au centre ; celle de Marie- Madeleine, par un autre cercle du côt^ de la porte du N. Ce sanctuaire appartient aux Latins ; leur chapelle principale , où nous montons par quatre marches rondes (à g. l'orgue, le seul qui soit dans l'église), y est adossée au N. C'est la chapelle de V Apparition (pi. 20), ainsi nommée parce que ce serait le lieu où Jésus apparut à sa mère après sa résurrection ; elle fut fondée au XIV* s. Immédiatement à dr. , près de l'entrée (à l'E. par conséquent), se voit un autel derrière lequel, dans une niche grillée, est un tronçon de la colonne de la flagellation ; il est difficile de le voir à cause de l'obscurité. L'histoire de la chapelle se rattache étroitement à celle de ce tronçon de colonne , plus qu'à celle de l'apparition de J.-C. ou à la légende d'après laquelle nous serions sur l'emplacement de la maison du propriétaire du jardin, Joseph d' Arimathée. On montrait jadis cette colonne dans la maison de Caïphe; ce n'est que depuis le temps des croisades qu'elle est ici. D'après les récits des pèlerine, elle a assez souvent changé de couleur et de grosseur , sans compter qu'il y en a une semblable à Rome. Du côté N. se trouve une entrée dans le couvent des Latins. L'autel du milieu est celui de Marie, celui de l'angle N. est consacré à des reliques.

En quittant la chapelle , nous avons à g. l'entrée de la sacristie des Latins (pi. 21), où l'on montre encore l'épée et les éperons de Godefroy de Bouillon, ainsi que sa croix, objets d'une authenticité douteuse, dont on se sert pour conférer l'ordre du St- Sépulcre, qui existe depuis les croisades. Les éperons ont 20 centim. de long, l'épée 80, plus 13 pour la poignée qui est en croix, et de forme simple.

Nous nous dirigeons maintenant de nouveau vers le S. , en nous rappelant bien que nous avons îi g. I'jSolisb des ckoisiés, séparée dans le principe de celle du St-Sépulcre. Elle a un chœur en hémicycle avec pourtour vers l'E. Ses fenêtres et ses arcades ogivales, ses piliers en faisceaux et ses voûtes d'arête, portent tous les caractères du style français de transition, avec addition des détails arabes. L' édifice a été construit de 1140 à 1149 par un certain maître Jourdain ; mais la noble simplicité du chœur, qui ressemble à celui de l'abbaye de Heisterbach près de Bonn, a disparu, grâce aux restaurations de 1808.

Nous passons maintenant de la rotonde dans l'intérieur de cette église. Juste en face de la porte du St-Sépulcre, se déploie la voûte du grand are de V Empereur , sous lequel est l'entrée principale de l'église. Elle appartient aux Grecs, qui la nomment

je remporterai. — Jésus lui dit: Marie! Elle se retourna et lui dit: Rabboni, ce qui signifle mon maître. — Jésus lui dît: Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers mon père; mais va vers mes frères et dis-leur que je monte vers mon père et votre père, vers mon Dieu, et votre Dieu (St Jean xx, 14-17).

^^ Palestine et Syriç, 14

210 Routes. JÉRUSALEM. Eglise du

Catkolieon (pi. 22); elle a environ 36 m. de longueur sur une largeur qui varie. Ce ne sont pas les décorations qui y manquent, elle est toute brillante d^or et de peintures. Selon la tradition, iVdiflce fut él&fé dans le jardin de Joseph d'Arimathée ; c'est ici qu'au moyen âge le chapitre avait son chœur. Les quatre gros piliers du milieu supportent de grandes arcades en ogive, au-des- ^ sus desquelles s'élève un tambour surmonté d'une coupole presque ' hémisphérique. Entre la porte et le chœur, on montre une espèce I de coupe dans laquelle se trouve une boule clissée et aplatie ; cette j place , selon une fable trèB ancienne , passe pour être le centre du ! monde (pi. 23). De chaque côté de l'église sont des sièges épis- I copaux : au N. est celui du patriarche d'Antioche ; celui de Jérusalem a le sien à l'endroit qui porte le n*^ 24 sur notre plan, et un deuxième à l'extrémité du chœur (pi. 25). Ce chœur avec le maître-autel est séparé du reste de l'église, conformément à l'usage grec, par un mur qui en fait ce qu'on appelle un «ioonoclaustrum». On n'y introduit pas volontiers les étrangers, mais on y montre parfois les trésors de l'église aux personnages de distinction.

Passant devant cette clôture, nous allons à g., vers le N., dans la nef latérale (pi. 26). Elle est formée au N. par deux gros pilastres, entre lesquels on voit encore des restes des «sept arceaux de la Vierge ». Depuis le temps des croisades, ils ont été engagés dans les piliers ; dans l'ancienne construction, ils formaient un côté de la cour qui se trouvait entre l'église du St- Sépulcre et la basilique. Dans l'angle N.Ë. de ce mur est une chapelle sombre (pi. 27). A dr. de l'entrée de celle-ci, s'élève un autel où les Grecs montrent dans la pierre , à travers deux trous ronds , deux empreintes allongées qu'ils disent être celles des pieds de J.-C. ; ces trous formaient les prétendues entraves dans lesquelles furent placés les pieds de Jésus pendant les préparatifs de sa crucifixion (v. l'image qui se trouve auprès) ; quant aux empreintes, elles étaient inconnues avant la fin du xv* s. Une autre chapelle, derrière celle-ci, appartenant également aux Grecs, est composée de trois parties ; on y montrait dès le commencement du xu^ s. la prison de J.-^C.^ où l'on enferma le Sauveur et les deux larrons pendant qu'on préparait leurs croix. La légende qui s'y rapporte a subi tant de variations qu'il n'est plus facile de s'en faire une idée exacte.

Revenant \ l'église grecque, nous faisons le tour du chœur et nous voyons à g. ^ dans le mur extérieur, des absides qui ont fait partie du vieux chœur des Francs ; entre elles, sont des vestiaires. La première abside porte le nom de chapelle de St-Longin (pi. 28). Longin , dont il est parlé au v*' s. , fut le soldat qui perça le flanc de Jésus. Il était borgne ; un peu de sang et d'eau jaillit sur l'œil dont il ne voyait pas, et il fut guéri. Alors il se repentit de son action et crut en J.-G. La chapelle de St-Longin n'est mentionnée que depuis la fin du xvi's. Elle appartient aux Grecs; aujourd'hui encore, la procession des Latins ne s'arrête pas devant eUe, parce

Si-Sépulcre.

JÉRUSALEM

Rouit 3. 211

qu'ils ne la reconnaissent pas. — La chapelU du Partage des vitemenU (pi. 29), qui vient ensuite, tout à fait derrière le ch«ur de r église, appartient aux Arméniens; ce lieu était déjà vénéré au XII® s. Entre cette chapelle et la précédente, se voit une porte fermée conduisant dans un vestiaire ; c'est par là, dit-on, que les chanoines entraient jadis dans r église. — En avançant, nous rencontrons à g. un escalier conduisant à la chapelle Ste-Hélène; avant d'y descendre nous visitons encore la chapelle des Injures ou du Couronnement d^ épines (pi. 30), qui appartient aux Grecs et qui n'a pas de fenêtres. A peu près au milieu, un autel en forme de coffre contient la colonne des Injures. Cette colonne a passé en diverses mains, et depuis 1384, année où elle est mentionnée pour la première fois, sa grandeur et sa grosseur ont parcouru bien des phases. Aujourd'hui, c'est un gros fragment de pierre d'un gris blanchâtre, de 33 centim. de haut.

Nous descendons maintenant l'escalier devant lequel nous avons passé tout à l'heure. 29 degrés nous conduisent dans une chapelle de 20 m. de long sur 13 de large, à Ô m. au-dessous du niveau de l'église du St-Sépulcre. C'est la chapelle Ste-HéUne (pi. 31) , et c'est là qu'était autrefois la basilique de Constantin. Au tii*^ s., Modeste y construisît un petit sanctuaire dans le style byzantin ; les soubassements actuels datent encore de cette époque. A l'E. sont 3 absides, et au milieu 4 colonnes cylindriques supportant une coupole, qui a 6 fenêtres latérales donnant sur la place du couvent abyssin (p. 214). Les fûts des colonnes sont des monolithes antiques de couleur rougeâtre ; leur grosseur et les dimensions inégales de leurs chapiteaux cubiques en font un ensemble très lourd. Les voûtes en ogive sont du temps des croisades (xii*' s.). La chapelle appartient aux Abyssins, mais ils la louent aux Arméniens. D'après les renseignements donnés par des pèlerins du moyen âge , cette chapelle serait l'endroit où fut trouvée la vraie croix. Ce n'est qu'à partir de l'an 1400 qu'il est question d'une partie supérieure et d'une partie inférieure de cette chapelle. L'autel de l'abside septentrionale (pi. 32) est consacré au bon larron, celui du milieu pi. 33) à Ste Hélène. A dr. de cet autel, on montre la place pl. 34) où l'impératrice se tenait pendant les fouilles faites pour découvrir la vraie croix ; mais il n'en est question que depuis le XV® s. Au xvn® s. , le patriarche arménien, qui avait coutume de s'asseoir ici en l'honneur de Ste Hélène, se plaint de ce que les pèlerins enlèvent des fragments de son siège et qu'il est toujours obligé de le remplacer. On a maintenu jusqu'à Chateaubriand (1806) , la vieille tradition d'après laquelle les colonnes de cette chapelle versaient des larmes.

En descendant encore 13 degrés , nous arrivons dans la chapelle de V Invention de la Croix (pl. 35). Comme il y fait sombre , on achètera une bougie (1 piastre). On voit la roche à nu aux trois deniiew degrés. Cette chapello a enyiron 7 m, 50 de longueur sur

212 Route 3, JÉRUSALEM. Eglise du

autant de largeur et Ô m. de hauteur. Elle est pavée de dalles, < mais c'est en réalité une grotte creusée dans le roc ; elle a des h&ncs ; de pierre à VO. et au S. La partie droite appartient aux Grecs; on ,' y voit une plaque de marbre dans laquelle on a enchâssé une belle j croix. L'autel de g., qui appartient aux Latins, a été donné par I l'archiduc d'Autriche Ferdinand Maximilien. Il est orné d'une j statue de bronze de Ste Hélène embrassant la croix. Elle est de grandeur naturelle, sur un piédestal qui imite le rocher et repose , sur une base en serpentine verte. Sur le mur du fond, on lit une i inscription latine qui rappelle le nom du fondateur. La messe y I fut célébrée pour la première fois, le 3 juin 1857. — Cette chapelle I souterraine est de date récente.

! Reste % voir maintenant le Oolgotha ou le lieu du Calvaire

• (pi. 36). Il nous faut pour cela remonter l'escalier et faire à g., I au S., le tour du chœur de l'église grecque, d'où l'on monte à Gol- ^ gotha par un passage. Le pavé de ces chapelles est à 4 m. 50 au- ; dessus du niveau de l'église du St-Sépulcre. Il n'est pas prouvé ; que cette élévation soit formée par le rocher lui-même, on serait même porté d'après les snbstructions à croire le contraire ; du reste il n'est question pour la première fois d'une colUne que dans l'Itinéraire du pèlerin de Bordeaux, puis les auteurs n'en parlent plus pour un temps. La place du Calvaire (celle qu'on a sous les yeux ?), fut comprise dans la basilique bâtie par Constantin ; plus tard, au vu® s., on éleva une chapelle particulière sur le lieu sacré, que l'on regardait aussi comme celui où Abraham fut sur le point d'immoler Isaac (v. p. 202). Du temps des croisades, ce lieu fut compris, malgré son élévation, dans la nef latérale du S. de l'église. Après l'incendie de 1808, les chapelles furent agrandies, et la plus orientale des deux entrées mentionnées p. 205 fut condamnée par un escalier construit à l'intérieur. La première chapelle dans laquelle nous parvenons, au N. (pi. 36), n'est s^arée de la deuxième que par deux piliers ; c'est la chapelle de V Elévation de la Croix, qui appartient aux Grecs. Elle a 13 m. de long et 4 m. 50 de large. On montre dans l'abside, à l'E. (pi. 37), une ouverture bordée d'argent , où l'on prétend que fut plantée la croix. Les places des croix des larrons sont marquées aux coins à côté de l'autel, chacune à 1 m. 60 de celle de J.-C., ce qui est bien près ; elles sont mentionnées pour la première fois au moyen âge. Plus récemment encore on a fixé à dr. (N.) la place où le bon larron fut crucifié. A 1 m. 46 au S. de l'ouverture qui reçut la croix de Jésus, se trouve la célèbre fissure du rocher (St Math, xxvii, 51); elle est couverte d'une plaque de laiton mobile sous laquelle est un treillis du même métal. En poussant la plaque, on aperçoit une cavité d'un demi-pied de profondeur, entourée d'une pierre quelconque, inais qui n'est pas du marbre. Jadis la fissure était plus grande et la roche avait une autre couleur. Selon quelques-uns, cette fente s'étendrait jusqu'au cçotrç de la terre. — h^ chapelle est riche-

St'Sépulcrem

JÉRUSALEM

Route 3. 213

ment ornée de tableaux et de mosaïques précieuses. Derrière la chapelle se trouve le réfectoire des Grecs:

La chapelle adjacente au S. (pi. 38) appartient aux Latins; elle est beaucoup plus simple. Ce serait celle du crucifiement; l'endroit où Jésus fut cloué à la croix est marqué par des morceaui^ de marbre dans le pavé. Un tableau d'autel représente cette scène. C'est aussi aux Latins qu'appartient la chapelle de la Vierge ou de N.-D. des Douleurs (pi. 39), située plus au S. ; on s'y rend par un escalier placé à dr. en dehors du portail de l'église. Elle n'a que 3 m. 90 de long et 2 m. 90 de large, mais elle est richement décorée. Le tableau d'autel représente le corps de Jésus appuyé sur sa mère. Aujourd'hui, on n'en peut ordinairement voir l'intérieur que du Golgotha, à travers une grille.

Nous descendons maintenant un des deux escaliers. Au-dessous de la chapelle du crucifiement (PI. 38) se trouve la chambre de travail des prêtres grecs et au N. de celle-ci, sous la chapelle de l'élévation de la croix, la chapelle d'Adam. Une légende, de bonne heure révoquée en doute, dit que le premier homme fut enterré ici, que du sang de J.-G. coula sur sa tête par la fissure du rocher et qu'il revint à la vie. On prétend que de cette tradition provient l'usage de représenter une tête de mort au pied de la croix. L'église d'Orient admet que Melkhisédec est inhumé au même endroit. Cette chapelle appartient aux Grecs. A l'Ë. et un peu à dr. de l'autel, on voit dans le rocher , lorsque la petite porte de laiton est ouverte, une fissure qui correspond à celle du haut. Avant d'arriver à la porte de l'O. , nous voyons à dr. et à g. deux bancs de pierre avec des dalles saillantes et recouvertes de nattes. Lorsque les Grecs prirent possession de la chapelle après l'incendie de 1808 , ils dispersèrent les tombeaux des rois francs de Jérusalem, qui se trouvaient là bien qu'ils n'eussent pas été endommagés. Ces tombeaux étaient alors en dehors de la chapelle , qui fut agrandie, et dont on mura les abords à partir du parvis de l'église du St- Sépulcre. Sur le banc de g. se trouvait celui de Qodefroy de Bouillon; l'inscription, que l'on reconnaît encore, était sur un prisme triangulaire qui reposait sur quatre courtes colonnes; à dr. (N.) était celui de Baudouin i^, dans le même genre. Les Kharesmiens avaient déjà enlevé lés ossements de ces rois, mais il était réservé au vandalisme des Grecs, de détruire ces vénérables monuments et une quantité d'autres, pour faire disparaître les preuves du droit des Latins sur les lieux où ils étaient.

Aux fêtes de Pâques, réglise du St-Sépulcre est remplie de pèlerins de toutes les nations ; il y règne alors, comme dans toute la ville, une agitation et un désordre dont on est péniblement impressionné. Toutefois les solemnités qui ont lieu ici ne peuvent se comparer à celles de Borne.

Jadis, surtout sous la domination des croisés, les Latins représentaient rentrée triomphale de J.-C. à Jérusalem, en partant de cBethphagé». Ensuite cela ne se fit plus qu'à Tintérieur de Téglise du St-Sépulcre; on jonchait le sol de branches de palmiers et d*oliviers, et aujourd'hui encore, les Latins font venir de Gaza des palmes qui sont bénites et

214 Routes, JÉRUSALEM. Couvant abyssin.

distribuées à la foule le dimanche des Rameaux. Ils ont une messe solennelle le jeudi saint et font une procession autour de la chapelle du St-Sépulcre, après quoi a lieu Tablution desj^tieds à la porte de la chapelle. Les Grecs ont la même cérémonie, mais leur fête n''a pas toujours lieu en même temps que celle des Latins. Le vendredi saint fut célébré jadis du moins par les franciscains, dans un drame que terminait le crucifiement d'une image ^ les Grecs en font autant. Ce qu'il y a d'abusif c'est la fête an feu mcré^ à laquelle les Latins prirent part jusqu'au xvi^ s., mais qui n'est plus célébrée que par les Grecs et qui attire tous les ans à l'église du St-Sépulere ' une ibale d« pèlerins curieux d'être témoins du prétendu miracle. Les Grecs disent qu'il s'accomplit depuis le temps des apôtres; il est certain que le moine Bernard en parle déjà au ixe s. On raconta au khalife el-Hâkim que les prêtres enduisaient d'huile balsamique la tige de fer à' laquelle était suspendue la lampe suspendue au-dessus du St-8épulcre , et y mettaient le feu du haut du toit. Les popes reçoivent de fortes sommes de ceux auxquels ils permettent d'allumer les premiers leurs bougies au feu sacré envoyé du ciel. Les Arméniens , les Coptes et les Abyssins prennent part à cette cérémonie. Le tumulte commence déjà le vendredi saint; une foule de gens passent la nuit dans l'église pour s'assurer des places; il en est qui, dans ce but, s'attachent an bt-8épulcre, d'autres courent alentour. Le samedi à 2 h. de l'après-midi , les dignitaires du clergé vont en procession autour du tombeau, après que toutes les lampes ont été éteintes à la vue du peuple. Le patriarche entre dans la chapelle du St-Sépulcre; le peuple est dans l'attente et les prêtres sont en prière. Enfin le feu sacré descend du ciel et jaillit par une ouverture du tombeau, les prêtres s'avancent avec une poignée de cierges allumés et alors commence un vacarme indescriptible, parce que chacun veut être le premier à allumer sa bougie. On en descend même dans ce but du haut de la galerie. En un clin d'œil toute l'église est illuminée; mais la chose ne se fait pas sans qu'il y ait des coups échangés ou quelque accident au milieu de la presse. La terrible catastrophe de 1834 n'est pas une leçon suffisante; il y avait alors plus de 6,00U personnes dans l'église; tout à coup il se fit du tumulte; les gardiens turcs, croyant qu'on voulait les attaquer , se mirent à frapper sur les pèlerins, et la presse fut telle que 300 personnes furent écrasées ou tuées. — Il y a aussi de grandes cérémonies durant la nuit du samedi au dimanche; les pèlerins, des flambeaux à la main, s'écrient alléluia pendant que les prêtres, chantant des hymnes, entourent le 8t-Sépulcre.

Côté E. de réglise dn St-Sépulcre. Pour voir aussi l'église du St-S^pulcre du côté E., nous suivons la ruelle qui, du parvis de l'e'diflce, conduit à l'E. en passant devant le Moûristân (p. 215) et nous arrivons ainsi dans la rue du Bazar (p. 223). Là nous tournons à g. , et avant de passer sous une voûte , nous prenons à g. (0.) un chemin montant. Il y a là dans le sol quelques colonnes; ce sont les seuls restes du parvis de la vieille basilique de Constantin, (p. 211).

Nous poursuivons notre chemin sur les couvertures d'anciennes voûtes et, faisant une courbe au N., nous arrivons dans une galerie. A l'endroit où le chemin tourne à l'O., le regard plonge dans une cour; c'est là que les Latins ont leurs logements pour pauvres (Dâr Ishâli Beg); on y voit aussi l'ouverture de la citerne d'Hélène (v. plus bas). Au bout de l'impasse, nous arrivons à une colonne à dr., puis à trois portes, et nous apercevons le côté E. de l'église du St-Sépulcre.

La porte de g. donne entrée dans une grande cour qui fait partie du couvent abyssin (pi. 18). Il y a au milieu une construction à

Couvent des Coptes. JÉRUSALEM. RouU 3. 215

coupole, d'où Ton peut jeter un coup d'oeil dans la chapelle Ste-Htflène (p. 211). La cour est entourée d'habitations isolées, mais la plus grande partie de la colonie des Abyssins demeure dans de misérables huttes au S.E. de la cour. Des moines, la plupart nègres , y récitent leurs prières dans l'ancien idiome éthiopien et montrent à l'endroit occupé par un olivier, qui est loin d'être yieux, et qui domine la chapelle de l'invention de la croix (pi. 35} la place où Abraham trouva, lors du sacrifice d'Isaac , le bélier pris par les cornes. C'est là que, d'après eux, se serait passée cette scène. Dans le fond, au S., se voit un pan de mur de l'ancien réfectoire du couvent des chanoines du Dôme. Les Abyssins montrent également aux étrangers leur chapelle particulière, qui est cependant d'origine moderne. Un couloir la met en communication avec le parvis de l'église du St-Sépulcre. Ces braves moines abyssins mènent une vie très misérable, aussi leur fait-on volontiers une petite offrande.

En quittant la cour des Abyssins, on a à gauche la deuxième des portes mentionnées ci-dessus, une grande porte de fer, qui est celle du couvent des Coptes , nommé Deir es-Soultân, couvent du Sultan, n est beaucoup plus remarquable que le précédent; on l'a en partie restauré et, comme siège épiscopal, on l'a disposé à l'européenne. Il contient une série de cellules destinées aux pèlerins. L'église dont les fondements sont du reste anciens, est divisée de façon que la petite communauté prend place des deux côtés de l'autel, qui est entouré d'une grille. C'est dans ce couvent qu'on peut avoir la clef de la citerne Ste-Hétène, en s' adressant près de la porte de g. à la sortie. On fera bien d'apporter de la lumière, car on n'en trouve pas toujours chez le portier du couvent, qui du reste n'a que de petites bougies. Un escalier tournant de 43 degrés, qui n'est pas en très bon état, conduit dans la citerne. En descendant, on voit à g., dans le rocher une ouverture où aboutit un escalier venant du N. et actuellement condamné ; dans le bas , il y a une belle rampe taillée dans le roc. Il est difficile de se rendre compte des dimensions du bassin, dont la profondeur varie du reste beaucoup; mais on voit bien qu'il est creusé tout entier dans le roc vif. Les habitants de l'hospice latin y puisent, au moyen d'un seau, l'eau dont ils ont besoin, bien qu'elle ne soit pas précisément estimée. Peut-être cette citerne remonte-t-elle à une époque antérieure à Constantin. Le plus ancien des pèlerins parle déjà de citernes dans cette partie de la ville, et il a sans doute en vue celle de Ste-Hélène ; plus tard, il n'en est plus question durant des siècles. — 50 c. de pourboire si l'on est seul, 1 fr. pour une société.

Promenades à Tintérietir de la ville.

Le Koûrist&n. En faisant quelques pas à l'E. dans la rue qui passe devant le parvis de l'église du St-Sépulcre, nous arrivons devant un beau portail (à dr.), surmonté de l'aigle de Prusse ; c'esf

216 Route 3. JÉBCSALEM. Moûriitân.

l'entrde de l'hôpital de St-Jeui, iiomm^ auJODrd'hni Hofiiietân. La eu rfftce totale du Uoûriglàji |^pl. D. 4) en de 156 m. del'Ë. ll'O. et de 137 m. du N. au S. ; li moitié orientale, qui est par malbenr la mains iiit^ieseante, a été cédia à la Prusse par le sultAU, en 1869, lors de la visite du prince royal de Prusse k Canetantiiiople.

HiitoÎTt. On suppose que le couvent fondtf par Charlemagne à J^riisaleni était situé i, l'endiolt où, deux siècles plus tard, des négociants d'Anulfl , qui Jouissaient de grands pcivil^ges pour le rammsrce avec l'Orient, éiigirent on monastère de Béiiridlotiiis avec une église (1048). Ce furent l'église Su-Marie-Laimt et le movaelire dt la Laline. On voit enoore des restes de cette église du càté

S. de la rae dans laquelle nous nous trouvons. Plus tard, on ajouta au couvent de moines , en l'iionueur de Marie Madeleine, nommée Maria patva ou la Petite, une église et un couvent de femmes. Lorsque ces uouveuts ne suffirent plus, on éleva un liospice et une chapelle ào St-Jean-l'AumÔnitr hVO. des construcllonB de St»-liltrie-la-Petite. Ce second hospice devint par la suite indépendant, lorsqu'un frère servant et plusieurs hommes pieux qui l'habitaient fondèrent une branche spéciale de l'ordre, lis se choisirent d'abord pour patron le patriarche d'Alexandrie Jean l'AumSnler (606-B16) et plus tard, St Jean- Baptiste. C'est ainsi quo (ut fondé l'ordre des

Moûriatân. JÉRUSALEM. Route 3. 217

Hospitaliers ou dd's Joannites, qui se dévouèrent d'abord au service des pèlerins, puis combattirent les infidèles et finirent par se mêler de politique. Leur hospice tut richement doté; les constructions principales furent exécutées entre 1130 et 1140, sous Raymond du l*uy. L'hospice était situé au S., en face de l'église du St-Sépulcre ; c'était un bel édifice, probablement une espèce de khan; il reposait sur 124 colonnes et 54 piliers et s'étendait jusqu'à la rue de David, où l'on voit encore un certain nombre d'arcades ogivales de cette époque ; là se trouvaient des magasins et des boutiques. Les Hospitaliers quittèrent Jérusalem en 1187, et plus d'un siècle après passèrent à Rhodes. Un couvent de femmes avait été attaché à leur maison ; il était situé à l'E. et portait le nom de Ste-Mariela-Orande, Les bâtiments que nous rencontrons encore aujourd'hui, appartiennent à l'ancienne église et au couvent de Maria «de Latina»; ils datent des années 1130-1140. L'entrée publique était au N., et le couvent se trouvait derrière l'église. Lorsque Saladin s'empara de Jérusalem en 1187, il logea dans l'hospice, qui comme institution de bienfaisance (ouakf), fut attaché à la mosquée de 'Omar, dont il dépendit jusque dans ces derniers temps. £n 1216, le neveu de Saladin, Chihâb ed-dînj transforma l'égUse de l'hospice située vis-à-vis de l'église du St-Sépulcre, en un hospice ou Moûristân. Ce nom arabico-persan n'est par conséquent que celui d'une partie de l'ensemble. Le même prince éleva tout auprès ' une mosquée Koubbet ed-Dergâh, à la place de laquelle on voit aujourd'hui, à l'angle N.£., la mosquée de Sîdna 'Omar, L'auberge que les Musulmans laissèrent subsister pouvait encore loger mille personnes au commencement du xiv« s. L'administration en était confiée à la famille el-Alémi, et comme l'immeuble, de même que tous les établissements de ce genre, ne pouvait être aliéné , que lorsqu'il tomberait en ruine, on s'abstint d'y faire aucune réparation. Le haut minaret carré situé en face du clocher de l'église du St-Sépulcre fut construit en 1417. Tout cela tombe rapidement en ruine* A l'E., à côté, se trouve un petit couvent grec, le couvent de Oeth" sémané (pi. 27) ; c'est là que demeurait le grand maître de l'ordre des Hospitaliers. A l'O. est le bain du Patriarche (p. 223) ; dans l'angle S.O., le couvent grec de St'Jean-Baptiste (p. 223), Deir Mâr Hanna, nom qui est parfois appliqué à tout l'ensemble du Moûristân. L'espace central inoccupé est encore considérable.

Pour visiter l'intérieur, on frappera au portail, et si personne n'ouvre, on s'adressera au consulat allemand. Avant tout, l'extérieur de la porte d'entrée mérite d'être examiné. Elle se compose d'une grande arcade à plein cintre, qui s'élevait au-dessus de deux autres plus petites. Il ne reste à la vérité plus rien de ces dernières, le champ qui se trouvait au-dessus des deux arceaux, était orné d'un bas -relief aussi en grande partie détruit; on n'en voit plus que quelques figures. Les deux cintres s'appuyaient, d'un côté sur un pilier central; de l'autre, sur l'entablement des colonnettes laté-

218 Routes. JÉRUSALEM. Moûristân.

raies du portail. La plus grande arcade repose sur des contre-forts qui sont à côté de la porte. Le bas de ce portail est maintenant, il est vrai, en partie muré, mais il règne encore autour de la grande arcade un large bandeau orné de sculptures.

On y voit figurés les douze mois de Tannée : janvier, à g., a disparu ; viennent ensuite «Feb», un homme émondant un arbre; «Ma», dont le suiet n'est pas reconnaissable ; «Aprilis», une personne assise^ «Majus», un bomme à genoux, cultivant la terre ; «(.Tu)niu8», qui est mutile ; «(Ju) lias», un moissonneur: «Augustus», un batteur; €(S)epten(ber)», un vendangeur: «(Octob)er», un homme avec un tonneau et probablement, audessus, in scorpion; (November), une femme debout, une main dans son tablier, sans doute le symbole du repos. Dans le haut, entre Juin et Juillet se trouvent le soleil (« sol ») représenté par une demi-figure , portant un disque aur la tête; et la Lune («luna»), une femme avec un croissant. La corniche qui règne au-dessus est ornée de médaillons portant des feuilles, des griffons, etc. Le tout rappelle 1 art occidental du xiie 8. A côté du portail, à rfe., se trouve une belle fenêtre de même style, à demi conservée. Sur le devant il y a un banc de pierre.

î>eV église, outre les soubassements, trois absides sont en partie conservées î celle du S. parfaitement. On voit encore à l'intérieur les socles des faisceaux de colonnes et plusieurs arcs tronqués; de plus le bas d'une fenêtre supérieure de la paroi S. du transept. Cette église était donc un édifice à trois nefs, avec une abside principale au centre et deux plus petites à côté. L'escalier, l' avantcorps et la construction à fenêtres ogivales proviennent de l'époque musulmane. On a établi, aux frais de l'empereur d'Allemagne, dans l'ancien réfectoire du couvent , sur le flanc S. du cloître en partie conservé et auquel aboutit l'escalier, une chapelle protestante allemande. Le cloître, à deux étages, est bordé de chaque côté par quatre pilastres et entoure une cour ouverte quadrang^ilaire où se trouvent encore quelques tronçons de colonnes de marbre dignes d'intérêt. Derrière et à côté de cette cour est un terrain que Von a débarrassé avec beaucoup de peine et à grands frais des décombres qui s'y trouvaient accumulés à une hauteur moyenne de 8 m. ; c'est par centaines de mille que se comptent les charges d'âne qu'on en a emportées devant la porte de Jaifa, sur une place qui en a été considérablement élargie. Le visiteur est étonné de Telévation des maisons environnantes au-dessus du sol primitif, sur lequel on a mis à nu des piliers d'une solidité à toute épreuve. On a aussi découvert plusieurs citernes voûtées et maçonnées avec soin , dont le fond est à lô m. au-dessous du niveau de la rue. Il serait possible qu on obtînt maintenant du gardien de descendre à l'intérieur, oil le regard peut du reste plonger en différents endroits. Tout l'espace déblayé doit être incessamment couvert d'établissements destinés à la colonie allemande (presbytère, école, etc.), et l'église sera reconstruite dans sa forme primitive.

Voie Sovloureiise ou Via Dolorosa. — Le parcours de la voie Douloureuse peut se rattacher à la visite du Har&m. Nous nous trouvions alors en dehors de la porte St-Etiexme (p. 167). Cette porte, telle qu^elle est aujourd'hui , date probablement du temps

Eglise Ste-Anne. JÉRUSALEM. Route 3, 219

/ de Soliman (p., 255) ; les Arabes rappellent Bâb el-Aabât, les chrtf-

' tiens Bâb Sitti-Maryam (porte Notre-Dame Marie; v. T explication p. 225). À rexte'rieur, an-dessus de l'entrée à dr. et à g. , se voient deux lions de pierre, en demi-relief. Cette porte, comme la plupart des portes de Jérusalem , est bâtie dans un angle , et ses battants

: sont garnis de fer. Les gardiens montrent dans une chambre l'empreinte d'un pied de J.-C. L'église qui fut construite en mémoire de la lapidation de St Etienne et à laquelle cette porte doit son

1 nom, <^tait au N. de la ville, devant la porte de Damas (p. 255), et

» non ici.

1 A l'intérieur de la porte de la ville, immédiatement à dr., se

trouve une porte qui conduit à l'église Ste-Anne (pi. 56; G 2). L'emplacement de cette église fut cédé par le sultan 'Abdoul-Medjîd àNapoMon III après la guerre de Crimée, en 1856; depuis cette époque, l'édifice restauré est sous la protection de la France, et pour le visiter, l'étranger doit s'adresser à la chancellerie du consulat. Dès le vii® s., il est question d'une église en Thonneur de la très vénérée Ste Anne, mère de la Ste Vierge. Plus tard, il y eut, dans le voisinage, un couvent de femmes, qui ne commença toutefois à prospérer qu'à l'époque des croisades, lorsque plusieurs dames de familles princières y eurent pris le voile. L'église fut alors transformée, vers le milieu du xn^ s. Saladin fonda ensuite en ce lieu une grande école bien dotée; l'entrée de l'édifice devint par là très difficile aux chrétiens jusqu'au jour où il fut cédé à la France. Les Arabes appellent encore l'église et ses dépendances es-^Salâhîyéy en l'honneur de Saladin (p. 217). On n'y a pas fait de changements essentiels depuis le temps des croisades; le gouvernement français a seulement fait élever un mur pour enclore sa propriété. Le couvent était au S. de l'église. L'entrée principale de eellfe-ci est à ro. et se compose de trois portails en ogive, qui correspoiident aux trois nefs. L'édifice mesure 37m. de long sur 19 m. 50 de large, dont 8 m. 50 pour la nef centrale. Les trois nefs sont formées par deux rangées de piastres supportant quatre arcades ogivales, hautes de 13 m., dans lesquelles sont pratiquées de petites fenêtres. Les trois arcades des bas côtés atteignent 7 m. 50 de hauteur. Les murs de ces nefs sont aussi percés de petites fenêtres en ogive. Au milieu du transept s'élève une coupole qui a probablement été restaurée du temps des Arabes; elle finit légèrement en pointe. Les absides sont polygonales à l'extérieur et arrondies à l'intérieur. La principale est percée de trois fenêtres, les autres n'en ont qu'une. On voyait ici autrefois dès restes de fresques ; elles ont dispara lors de la restauration. Un escalier de 21 marches, à l'angle S.E., conduit dans une crypte, qui est en très grande partie creusée dans le roc et qui se compose de deux parties , dont la seconde ressemble à une citerne. C'était autrefois un sanctuaire avec des autels ; la tradition place ici la maison de Ste Anne et le

^ lieu où naquit la Ste Vierge. M. de Vogiié y a découvert des trace

220 Boute 3. JÉRUSALEM. Voie Douloureuse.

de vieilles peintures. — £n sortant de cette église, qui interesse, en tant qu'édifice bien conserve de V époque des croisades, on remarquera encore à une petite porte du bas côté du S., Les curieuses consoles qui en supportent le linteau.

Nous revenons maintenant dans la rue Tarîk Bâb Sitti-Maryam et nous continuons notre chemin à TO. Bientôt après, nous croisons une rue qui mène à g. à la porte Hit(a du Harâni (p. 193) et à dr. dans un petit bazar. On voit alors, à Tendroit où la rue est voûtée, de vieux restes de constructions provenant selon la tradition de la forteresse Antonia. Derrière un petit cimetière musulman, est une salle où avaient lieu jadis des cours publics; c'est ici que Ton a trouvé le stèle mentionné p. 173. En montant, nous remarquons à dr. la petite chapelle de la Flagellation (^pl. 10). Pour la visiter, il faut frapper à la porte que vient ouvrir un francisain. Depuis des siècles , on a assigné divers lieux à la place de la flagellation de J.-C, d'abord la prétendue maison de Pilate, puis divers autres endroits. £n 1838 Ibrahim Pacha fit présent aux Franciscains de l'emplacement actuel, mais ce ne fut guère que par un don du duc Maximillen de Bavière , que furent levées les dernières difficultés pécuniaires et la chapelle construite l'année suivante. £ile est petite et n'offre rien de remarquable. Il y a sous l'autel un trou qui est, dit on, celui de la colonne de la flagellation (p. 209).

Nous rencontrons, quelques pas plus loin, une caserne, et nous nous trouvons au commencement de la yoie Doulooreiuiey par laquelle Jésus doit avoir porté sa croix au Golgotha. La caserne (pi. 8), bâtie sur l'emplacement de la forteresse Antonia, est regardée comme le lieu où était le prétoire, demeure de Pilate. On montrait l'emplacement de cette maison dès le iv^ s. , à peu près à côté de la porte el-Kat(ànîn (p. 194). Au vi«8., il y avait sur la place du prétoire la basilique de 8te-Sophle. Dans les premiers temps du royaume latin, on sentait encore, et avec raisoti, que le prétoire avait dû être sur la colline occidentale, dans la ville haute; il y avait alors là une église de St-Pierre. Ce n'est que vers la fin de la période des croisades qu'on reporta le prétoire à l'endroit aujourd'hui vénéré comme tel. L'escalier sacré (Sancta Scala) fut alors transporté à Rome, dans l'église de St-Jean-de-Latran. Néanmoins les traditionnalistes soutiennent qu'une petite chapelle dans la caserne turque est réellement le lieu de la première station. Il va sans dire que de la situation du prétoire dépend la direction de la voie Douloureuse. Celle d'aujourd'hui n'est expressément reconnue que depuis le xvi® s.

Le chemin de la Croix (traditionnel) suit donc d'abord la rue Tarîk Bâb Sitti-Maryam (v. oi-dessus), dans la direction de l'O. Il y a quatorze stations. La première se trouve , comme nous l'avons dit, à la caserne. La deuxième, l'endroit où Jésus fut chargé de sa croix, est au bas de l'escalier qui monte à cette caserne. Ensuite, nous rencontrons à dr. un grand bâtiment de belle apparence, devant lequel la rue est fort bien pavée, c'est l'institution catho-

Voie Douloureuse. JÉRUSALEM. Route 3. 221

lique des sceurs de Sion (pi. 45), qui s'occupent de l'éducation des enfants d'une manière digne des plus grands éloges. La maison construite par l'excellent P. Ratisbonne est entretenue par des dons volontaires; il s'y trouve 16 religieuses et environ 120 jeunes filles. Les enfants font avec des fleurs desséchées de jolies images dont on pourra acheter quelques-unes comme souvenir. Il y a ici une arcade au-dessus de la rue, c'est l'arc de VEcce-Homo ou de Pilate^ où le gouverneur aurait présenté Jésus au peuple en disant : «Voici l'Homme» (St Jean xix, 5). Cette arcade qui est peut-être un arc de triomphe de l'époque romaine a été restaurée depuis peu ; elle est connue depuis le xv® s. comme arcade de l'Ecce-Homo, mais elle a changé plusieurs fois de forme. La voûte qui s'y appuie au N. forme maintenant le chœur de l'église des sœurs de Sion. Cette église. est en partie construite dans le roc; elle est simple, mais avec des chapiteaux dorés. La crypte qui se trouve au-dessous n'est ouverte qu'à certains jours. On a découvert sous le couvent des sœurs de Sion de profondes galeries creusées dans le roc et des passages voûtés qui vont dans la directioiji du Harâra (piscine supérieure? Es. VII, 3, ou piscine Strouthion de Josèphe, laquelle était située vis-à-vis de la forteresse Antonla). En face de l'église, à g. de la rue, s'élève une petite mosquée et un couvent de derviches ludous, au mur extérieur duquel est pratiquée une niche que l'on rattache à la S te Vierge.

Descendant maintenant jusqu'au point où aboutit la rue qui part de la porte de Damas, nous nous trouvons dans la partie basse de la ville, reste de Tancienne vallée du Tyropœon (p. 155). A dr. se trouve V hospice autrichien (p. 152); en face, un bâtiment avec trois arcades murées, les bains du Sultan, qui appartiennent aux catholiques coptes; à côté, une colonne brisée, la troisième station (autrefois ailleurs) où Jésus tomba sous sa croix. D'ici, la voie Douloureuse suit quelque temps la direction du S. A dr. , an milieu du chemin, avant d'avoir atteint une rue qui s'ouvre à g. (E.), la tradition place la maison du pauvre de l'Évangile (Lazare) ; puis, en face de la rue, la quatrième station, ou Jésus rencontra sa mère. Près de la première grande rue à dr., la voie Douloureuse fléchit de nouveau vers l'O. pour aboutir à la voie des Douleurs proprement dite, Tartk el-Alâm. On montre au coin de cette rue, depuis le xv® s., la maison du mauvais riche; elle est construite de pierres de diverses couleurs et elle a un petit cabinet saillant. C'est ici la cinquihne station, celle où Simon le Cyrénéen se chargea de la croix de Jésus. Dans le mur de la maison de g. est encastrée une pierre avec un renfoncement produit, dit-on, par la main de Jésus. Nous faisons environ 110 pas dans la rue et nous trouvons près d'une arcade la sixième station. A g. est une porte étroite par laquelle on entre en rampant dans un souterrain où se trouve le ionibeau de 8te VéroniquCy avec son buste sculpté dans la pierre. C'est ^ cet endroit de la v<)ie Douloureuse que Ste VéroniquQ

222 Boute 3, JÉRUSALEM. Rue Chrétienne.

aurait essuyé le visage de Jésus, dont Timage s'imprima sur le linge.

Avant de passer sous une voûte pour arriver dans le bazar Soûk es-Sem^âni, nous voyons à g. la maison où Jésus s'adossa ou tomba pour la deuxième fois. Au point où la voie forme une double courbure et croise une rue qui part de la porte de Damas, on se trouve à la septième station, la porte Judiciaire; près de là, dans une chapelle , on voit encore debout une colonne antique qu on rattache à la porte Judiciaire ; à côté de la chapelle , une école industrielle pour jeunes filles, établie par les franciscains. Nous passons ensuite devant l'entrée de Thôpital St-Jean, et nous voyons à environ 30 pas de là, à g., dans le mur du couvent grec de St-Caralombos (pi. 29), un trou dans une pierre, indiquant la huitième station, celle où Jésus parla aux femmes qui le suivaient. C'est ici que finit la voie Douloureuse, qui jadis se prolongeait plus au S. La neuvième station, celle où Jésus tomba pour la troisième fois est devant le couvent copte (p. 21Ô), et les cinq dernières sont dans l'église du St-Sépulere : la dixièmej où Jésus fut dépouillé de ses vêtements, se trouve dans la chapelle du Calvaire (p. 212) appartenant aux Latins, à un endroit marqué dans le sol par une couronne de pierre ; la onzième j où eut lieu le crucifîment, devant l'autel (p. 213); la douzième j celle de l'élévation de la croix, dans la chapelle grecque qui porte ce nom (p. 212); la treizième^ celle de la descente de croix, près d'un autel entre les deux précédentes; la quatorzièm^e, au St-Sépulcre (p. 206). — Tous les récits de pèlerinage montrent que les traditions relatives à ces stations ont beaucoup varié.

Bue Chrétienne, baiar, oita4elle, etc. — Montant à l'O. de l'église du St-Sépulcre et passant sous une voûte, nous arrivons dans la rue CShrétienne (Hâret en-Nofâra)^ une des principales rues-bazars de Jérusalem ; les boutiques y sont un peu plus à l'européenne , mais la rue est bien étroite. C'est la partie de la ville vers laquelle se porte la foule des pèlerins. A l'O. est le couvent grec (pi. 24), vaste corps de bâtiment dont l'entrée est au N., de la rue dite Hâret Deir er-Roûm. Ce couvent est riche et offre un curieux spécimen du style propre à Jérusalem. Il est mentionné pour la première fois en 1400, sous le nom de couvent de Ste- Thècle. 11 est habité par une centaine de moines ; il sert depuis 1845 de résidence au patriarche grec et comprend aujourd'hui cinq églises, dont trois églises paroissiales. La plus importante de ces dernières est celle de Ste-Thècle ; elle est malheureusement surchargée de décorations. A l'Ë. sont les églises de Constantin et de Ste-Hélène contigiies à la rotonde du St-Sépulcre. Ce couvent est célèbre par sa riche bibliothèque, qui contient de beaux manuscrits. Il porte le nom de Veir er-Roûm el~Kebîr, le grand couvent grec ou le Patriarcat. Il loge aussi des étrangers.

A pQU prcd vers le milieu du chemin que nous avons fait jus-

Bazar, JÉRUSALEM. Route 3, 223

qu^ l'extrémité S. de la rue Chrétienne se trouve, à dr., un grand café arabe (une tasse, de 30 paras à 1 piastre), d'où l'on a un excellent coup d'œil sur le réservoir dï Patriarche ou d'Ezéchias ; on peut aussi T examiner derrière la librairie Schapira. Ce réservoir artiâciel a 73m. de long (N.S.) et 44 de large (E.O.). Il s'étendait jadis plus loin au N., jusqu'à un mur-^ju'on a retrouvé sous le khan copte (v. ci-dessous). Il est attribué au roi Ezéohias, mais on ne saurait dire si c'est à raison ou à tort. Flavius Josèphe lui donne lé nom ô.''Amygdalon ^ qu'on ne doit pas traduire par c< étang des amandes», mais par «étang de la tour». Le fond n'est qu'à 3 m. au-dessous du niveau de la rue ; il est de nature rocheuse et en partie couvert de petites pierres. Le rocher a été nivelé à l'O. En été, ce réservoir est à sec ou n'a que de l'eau bourbeuse. Il est alimenté par l'étang de Mâmilla (p. 249) et il alimente lui-même les grands bains du Patriarehe (pi. 59) à l'extrémité S.E. de la rue Chrétienne , ce qui fait qu'on le nomme aussi birket hammam elhatfàk, l'étang du Bain du Patriarche. Il est borné an N. par le khàn copte (pi. k). Le mur présente à l'angle S.E. de grosses pierres de taille. Au S.O. est le mur de derrière de l'hôtel de la Méditerranée (p. 152), de la plate- forme duquel on aperçoit très bien tout le réservoir.

Eu suivant la rue Chrétienne jusqu'à son extrémité méridionale, nous rencontrons au coin de la rue, à g., le couvent grec de St-Jean (pi. 33), qui loge quelquefois 500 pèlerins à l'époque des fêtes. Nous pouvons maintenant descendre à g., par la rue de David j nommée hâret el-Bizâr. C'est un marché aux céréales et aux fruits, où l'on voit a g. de gros tas de grains et partout des paniers en écorce remplis dç graines. Nous parvenons ainsi à une rue à dr. et au bout de quelques pas à une arcade dans laquelle on a voulu retrouver la vieille porte de Qennat (p. 159); cependant les fouilles qu'on a faites sont demeurées sans résultat.

En avançant vers l'E. dans la rue de David, nous atteignons bientôt le Basar central. 11 consiste en trois rues couvertes qui vont du S. au N. et s'entrelacent à plusieurs reprises. Ces rues occupent le centre de la ville , mais le bazar est très insignifiant, comparé à ceux du Caire ou de Damas , et il n'offre rien d'original, car on n'y trouve ni industrie ni commerce en gros. C'est pourquoi aussi il ne présente que peu de khans ou caravansérails ; le plus grand est à l'E. du bazar. Le bazar renferme un certain nombre de cafés, où l'on pourra s'asseoir si l'on veut en observer le mouvement. /

Le prolongement de la ruelle orientale du bazar au S. traverse le quartier juif. Cette rue assez sale est remplie de boutiques de brocanteurs. Les Juifs fabriquent ici des objets en fer blanc, et il s'y trouve des débit» de vin fort peu attrayants. En tournant à g. presque au bout de la rue , nous voyons les synagogues l (pi. S), dont aucune n'est particulièrement digne d'intérêt, pa^

224 Route 3. JÉRUSALEM. Citadelle.

même la grande synagogue neuve des achk^nazim. Les stfphardîm (v. p. 94) ont les leurs % dr. de la nie.

Forteresse de Ooliath, citadelle^ etc. Avant d'arriver à la porte de Jaffa en venant de l'hôtel de la Méditerranée, on voit à dr. deux cliemins, vis-à-vis de la citadelle. Le premier ^ qui passe devant le magasin Duisberg(p. 152) et Vhôpitalprec (pi. 7^), à g., conduit à la Casa-Nuova (p. 152). Le second, à dr., mène h,\i patriarcat latin et à son église (pi. 91). L'église a été bâtie il y a une douzaine d'années par des ouvriers de Jérusalem, sur les données du patriarche Valerga (p. 170); elle mérite d'être vue, ainsi que les corridors qui l'environnent. Le patriarcat renferme une riche bibliothèque.

Dans le voisinage du patriarcat, à l'angle N.O. de la ville , se trouvent les ruines dites de la forteresse de Goliath^ en arabe Kasr Djâloûd (pi. 92). Toute la place occupée par cet édifice, est la propriété du patriarche (clé au patriarcat). Les restes les plus anciens de cette forteresse comprennent au S. les soubassements d'une forte tour qnadrangulaire (Psephinus de Jo8Ôphe?);.on reconnaît encore quatre assises de grosses pierres lisses. Les murs d'enceinte de la forteresse sont aussi fort anciens. Quatre gros piliers formés de blocs en bossage et à refends, forment le centre de cette construction que Robinson identifie avec la tour de Tancrède du moyen âge , bien que la tradition la place au côté N.E. du mur de la ville. Récemment, les frères Ignorantins ont construit ici une grande école, du toit de laquelle on jouit d'une belle vue.

En face de la porte de Jaffa se trouve la citadelle, nommée aussi la forteresse de David (ar. él-KaVa; pi. 0 5). Elle forme un assemblage irrégulier de tours, primitivement entouré d'un fossé, qui existe encore en grande partie. Les soubassements des tours se composent d'une épaisse muraille qui s'élève du fond du fossé en formant un angle d'environ 45**. Il y a beaucoup de décombres dans ce fossé. La plus importante des tours est celle du N.O. ; jusqu'à une hauteur de 12m. à partir du pied, dans le fossé, elle est bâtie en grosses pierres à refends, mais à surface brute. Il résulte déjà de la forme de ces pierres, comparées à celles des assises supérieures, dont l'ensemble s'élève de 10m. plus haut, que les fondements sont anciens. La situation de l'édifice correspond parfaitement avec la description que l'historien Josèphe nous a laissée de la tour dite de Phasael (p. 161). Il dit qu'elle était construite de gros blocs de pierre , et de fait il y en a ici de pareils, Josèphe donne de plus la mesure de la tour de Phasael , savoir : 40 coudées dans tontes les dimensions. Si l'on fait abstraction des 10m. actuellement surajoutés , et que l'on tienne compte de l'assise du sous-sol (3 m.?), la tour actuelle a une hauteur de 20 m., une largeur de 17 et une longueur de 21 m. 40, ce qui fait environ les 40 coudées de Josèphe. Les blocs unis sans mortier sont placés de manière que le supérieur repose [de biais sur l'inférieur. Toute la vieille

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Couvent arménien. JÉRUSALEM.

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tour est al)solument massive, sauf un petit couloir au côt^ O. ; elle offre le plus beau spécimeû des anciennes tours des murs de Jérusalem , dont les soubassements reposaient sur le roc ou sur de la maçonnerie. Un réservoir se trouve encore aujourd'hui dans l'intérieur de cette tour que Titus avait épargnée. Lors de la prise de Jérusalem par les croisés, ce fut cette citadelle qui tint le plus longtemps. On l'appelait déjà à cette époque le fort de David, parce que le loi-piopbète y aurait demeuré. Telle qu'elle est aujourd'hui, elle date du commencement du xiv^ s. , et elle a été restaurée liu xYi®. On peut la visiter après s'en être procuré l'autorisatiou, mais elle offre peu de choses remarquables à l'intérieur; l'entrée est à TE. Il y a sur les créneaux quelques vieux canons. La vue qu'on a de là sur la ville est intéressante ; on aperçoit outre les montagnes de l'orient du Jourdain , une bonne partie de la mer Morte, à une grande profondeur; la hauteur principale au N.O. est le Nébi Samouîl.

A l'E., 09 face de la citadelle, s'élève V église anglaite du Christ (pi. &4) , qui appartient à la mission parmi les Juifs. Au S. est une place avec des casernes ; puis vient le grand jardin du oon- ▼ent arménien (pi. 19), qui lui-même mérite une visite. La salle du patriarche, à dr. après avoir monté l'escalier, est très richement meublée. L'église (frapper à la porte du milieu), consacrée à St Jacques le Majeur, parce que ce serait l'endroit où Hérode- Agrippa le fit décapiter, est revêtue de plaques de faïence et contient des peintures dont plusieurs ne laissent pas de faire sourire. Les moines n'aiment guère qu'on marche sur leurs tapis avec des chaussures poudreuses. Quant au beau jardin du couvent, il est malheureusement difficile de le voir ; il offre un coup d'œil Intéressant sur la vallée.

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