‹ Palestine et SyrieChapitre 89 sur 119 · De Djenntn à Hiufa et Acre. Le Carmel · texte numérisé non relu

De Djenntn à Hiufa et Acre. Le Carmel

12 h. Y2. Suivre au N.O. la lisière des hauteurs; vue permanente des montagnes de la Galilée. Au bout de 1 h. 5 min., on a à g. Yâmôn ; à 30 min., le village deSîléy et bientôt après (35 min.) à g. le Tell avec les ruines de Ta'annoue. Ce village est T antique Thaanakhj ville des Cananéens, échue à Manassé et habitée par des lévites; elle est aussi mentionnée dans le cantique de Déborah (Jug. y, 19). 25 min. après, un vallon entre les villages de Sélafé et de Salimi à 50 min. , le khan détruit d' d- Leddjoûu, où un grand chemin coupe la route; pont sur le bras principal du ruisseau de Moukatta^ (Kiehon). Sur la hauteur, au N. du ruisseau, des restes de bâtiments sans importance. Près du

khan, la colline de TeU el~ Moulé seUim.

Histoire. Le khan actuel de Leddjoûn occupe sans doute l'emplacement de l'ancienne Legio d'Eusèbe, ville importante. Robinson a essayé de prouver que nous avons ici l'ancien Méfiddo^ cette opinion, il

à^aifa. TELL EL-KASIS. Boute 16, 367

est vrai, a été récemment combattue: cependant Mégiddo est souvent mentionné en même temps que Thaanakh qui en était voisin. Cet endroit, déjà fortifié de bonne beure, fut adjugé à la tribu de Hanassé (Jos. xxvii, 11), mais les Cananéens continuèrent à y résider (Jug. i, 27). U y a eu sans doute autrefois un cbâteau sur la colline ronde de Tell el-Moutésellim. La ville était si importante que la «grande plaine» est appelée à plusieurs reprises plaine de Mégiddo, et le Kichon, ruisseau de Mégiddo (Jug. V, 19). C'est près de Mégiddo que fut livrée la bataille entre les armées que rbéroïque Déborah avait rassemblées des tribus du nord, Xepbtali à leur tète, et les chefs cananéens qui furent définitivement battus, et dont les troupes furent jetées dans le Kichon. Mégiddo commandant par sa position toute la contrée, Salomon le fortifia plus tard et en fit la résidence d'un^de ses officiers (III Rois iv, 12 j ix, 15). C'est ici que monrut Achasia, .roi de Juda, mortellement blessé (IV Rois ix, 21). Quelques siècles plus tard, Josias chercha à arrêter dans cette plaine T armée égyptienne du Pharaon Nékho, qui marchait contre les Babyloniens; mais il fut battu et mourut à Mégiddo (IV Rois xxiii, 29).

Il y a prèB de Leddjoûn une source avec de mauvaise eau. (A 2 b. V2 environ vers le S., se trouve Oumm tUfahem, près du Cheikh IskendôTy montagne volcanique que Ton voit au loin.) Nous poursuivons la route au N.O. On voit dans un vallon, à 40 min., les restes d'un aqueduc et une source. Dans le lointain apparaît le sommet arrondi du Tabor, à TE. les montagnes de l'Ë. du Jourdain (Djebel ^Adjloûn), au N.O. le Carmel, Vues de loin, à travers la plaine d'un jaune-vert, ces montagnes se présentent mieux que de près. A g. , sur les collines voisines, quelques ruines insignifiantes et des villages ; on est en 1 h. 10 min. à Abou Choûché. Au bout de 25 min., on a de nouveau à g. un vallon avec un aqueduc, puis à 20 min. des tombeaux creusés dans le roc; et Ton entre à g., au bout de 15 min., dans le Ottâdi el-milh (vallée du sel). Tell Kaimoûrij à g., Indique probablement la situation de Jocneam, ville royale des Cananéens, laquelle devint plus tard une ville de lévites et fut adjugée à Zabulon (Jos. xii, 22 et aill.). 25 min. après , une vallée latérale s'ouvre de nouveau à g. parcourue par une route et la ligne télégraphique, qui va d'Acre par N&boulous et Jérusalem àJaffa; Ô min. après, à dr. le village d'06r?fc, à g. sur la hauteur la Mïhraka (voy. ci-dessous); on arrive en 2ô min. à Tell el-Kaiis («colline des prêtres»), colline nue sur la rive dr. du Kichon, qui ferme la plaine vers l'O. Le cours supérieur du Kichon n'a pas d'eau au fort de Tét^ ; ce n'est que depuis les sources de Sa'adîyé que le ruisseau est toujours fourni d'eau.

Celui qui veut gravir d'ici la Xihra^a (pointe S.B. du Carmel, Ôl5m. au-dessus de la Méd.), montera directement la montagne an S.; le chemin est bon, pourvu qu'ion se tienne plutôt sur la g.; à droite, les pentes sont escarpées. On arrivera au sommet en 1 h. Va environ par un chemin agréable au milieu des forêts. Riche végétation au printemps; chênes, pins, amandiers et poiriers sauvages croissent ici en abondance. Du sommet, vue très belle, particulièrement vers le N.; on voit la plaine jaune-vert, et par-delà, les monts de Nazareth, le Tabor, le petit et le grand Hermon; vers le S.O. le grand village d''Iksim et la mer près de Césarée. Au haut de la montagne, cachées dans le bois, les ruines d''un bâtiment, peut-être les restes d'un château. C'est ici que doit avoir été remplacement d'«/-i/<Af'a|;a (place de la combustion), où Elle fit saisir par le peuple les prêtres' dé Baal (III Rois, xviii, 40). La situation de ce lieu^ qui est k 6Ôm. plus bas que le sommet, et la «colline des prêtres» (Tell €l\

368 Route 26. HAÏFA. De Djennîn

Xeuîs^ V. ci-dessus) sar les bords du Kichon concordent bien avec le récit du livre des Rois. Élie demeurait dans les gorges du Carmél. On atteint Tell el-Kasîs en 1 h. par un chemin direct (trop raide pour les chevaux).

De Tell el-Kasîs le chemin continue de suivre le fond de la vallée; le Kichon est bordé d'arbrisseaux, et surtout d'oléandres. A 37 min. , à g. Khirbet el-Asafné; la vallée s'élargit en plaine ; de Vautre côté de Veau (rive droite) un chemin mène directement à Acre. (Sur la route , d^Hârithîyéf probablement l'ancien Haro^ seik] Jug. IV, 2.) Au bout de 4ô min., on voit à dr. le village d' el-Kharhtdjy à 20 min. à g., Yadjoûr avec quelques palmiers. A dr., une vue sur la belle plaine, à g. sur des montagnes pittoresques. 20 min. après, à g., le village de Bilâd tch-Chcikh. Partout des bois d'oliviers. D'ici en 1 h. à Haïfa.

Il y a aussi un sentier sur la crête du Carmel. Il descend de la Mihraka dans la direction du N.O. et passe sur une cime basse, qui s''abaisse vers une vallée boisée. Contrée . cultivée. On atteint en 2 h. le village druse à.''Esfiyé^ où le Carmel a sa plus grande hauteur (527m.). La vue est ici particulièrement belle sur la plage du !N. avec les deux villes de Haïfa et d'Acre. Le gibier est très abondant dans la montagne^ on y rencontre le léopard (nimr) et le chevreuil (yahmoûr)^ mais la riche végétation du Carmel diminue de plus en plus vers TO. La plaine élevée, que Ton parcourt, n'est couverte que d'arbrisseaux. Après une marche de 2 h., le chemin devient inégal et la montagne plus déserte^ sur le sol sec et pierreux croissent des épines et de la sauge; il n'y a plus de parties boisées que dans quelques gorges. Un bon guide est nécessaire. Au bout de 3 ou 4 h. on arrive au couvent du Carmel.

Haifa. •— l'Hôtel du Cabmbl dans la nouvelle colonie (p. 369) à 10 min. JB. hors de la ville, à l'angle g. de la route (propriétaire Krc^fi) peut satisfaire à toutes les demandes raisonnables; bons lits et service attentif; 10 fr. par jour; vin et bière. Couvent sur le Carmel avec de bonnes chambres et des lits pour les voyageurs qui ne sont pas pèlerins (p. 370).

Articles d'Europe, utiles pour le voyage, chez Otto Fischer, aussi dans la colonie.

La Poste autrichienne a une agence à Havfa; station télégraphique internationale.

ViOE-CoNsuLs de Haïfa et d'Acre: France, Oêrmain; Allemagne, Fr. Relier; Autriche, M. 'Scopenieh; Russie, Sélim Khoûri; Angleterre, D^*. Schmidt.

Histoire. Haïfa est l'ancien Spcaminum des écrivains gréco- romains; on le trouve dans le Talmud sous les deux noms. Au moyen-âge, on l'appela par méprise Porphyrion. En 110:), Haïfa fut assiégé et pris d'assaut par Tancrède; après la bataille de Hattîn, la ville tomba entre les mains de Saladin. An siècle dernier encore, Haïfa s'étendait davantage vers le promontoire du Carmel ; il fut détruit en 1761 par Zahir eKOmar, pacha d'Acre, et la nouvelle ville transportée plus' à !'£.• c'est de cette époque que datent les fortifications du S*£. de la ville.

Depuis que les bateaux à vapeur (comp. p. 19} s'arrêtent à Haïfa, cette petite ville acquiert de l'importance, même sous le rapport commercial, quoique son port ne soit pas meilleur que celui de JafTa ; les vapeurs jettent l'ancre au loin, et il faut même se faire porter pour débarquer ou pour se rendre aux bateaux. Haïfa a près de 5000 habitants, dont un quart à peu près se compose de Musulmans, le reste de Chrétiens et de Juifs.

Haïfa est dans une belle situation au pied du Carmel et à Tangle S. de la baie d'Acre. Entre le rivage et la montagne il n'y

àAcrt. HAlFA. Route le. 369

a qu'une pUgc étroite, couverte de maisons ou de jardins, et Teis rO. Burtout d'oUviere , du milieu desquels s'AAvent quelques palmieis. Sui l'autre bord de la maguî&que baie brille la ville d'Acre; les montagnes, domindes par l'Hernioii, s'e'lèient en pentes douces veni \'E. La petite ville ne renferme pas d'antiquités ; près du cimetière juif, grottes sjpulcmlea anciennes et iiitfresEantes.

Depuis 1869, les membres de la société du Temple (p. 138) eut fondé ici une colonie |^eni. 300 âmes), dont l'ordre et la propreté foDt une impiession agréable à c6té de la saleté orientale.

Ses maisons, i. l'européenne, sont i l'O. da la ville et ont un aspect agréable. KUe a pUntf des vignes sur le Carmel.

En sortant de la porte 0. de Baïfa et laissant k dr. les maisons de la i^olonie allemande, on suit vers l'O. le pied de la montagne au milieu de vieilles plantations d'oliviers, et l'on commence, 25 min. aprùs, it monter la pente ralde de la montagne; le chemin est en forme d'eso^lier , mats trSs pierreux et parfois on peu glissant; on atteint en 1% miu. la hauteur et le couvent du Carmel.

Paluline et Sycii:. 24

370 Route 16. LE C ARMEL. De Djenntn

L6 CaraidL — Histoire. Le sommet da Oarmel, qui se détache des montagnes de la Samarie et s'allonge au N.O. du côté de la mer, était à la frontière S. de la tribu d'Asser; la Bible en fait souvent mention. La montagne se compose de calcaire mélangé de hornstein; elle a une belle flore (le mot Garmel signifie verger). Sa riche végétation provient de Tabondance des eaux. La crête du Garmel s''abai6se vers la mer en promontoire escarpé^ c''est là qu''est le couvent à 149 m. au-dessus de la mer^ ce promontoire est visible de très loin. Cest le seul point de la Palestine qui reste vert même en été. C'était déjà pour les aborigènes, une montagne sainte appelée dès les plus anciens temps «montagne de Dieu». Élie convoqua le peuple sur le Garmel et y releva Tautel de TÉternel (III Bois XVIII, 30). Les écrivains sacrés vantent la beauté du Garmel (Es. XXXV ^ 2^ Gant, vu, &). Il ne paraît pas néanmoins qu'il ait été très peuplé dans l'antiquité. Il servait aussi de lieu de refuge (IV Bois n, 25; iv, 25; Âmos IX, 3). Sur le versant O., beaucoup de grottes naturelles, que des ermites ont habitées de bonne heure; Pythagore, venant d'Egypte, y séjourna, dit-on, quelque temps. Il y avait encore sur cette montagne, au temps de Tacite, un autel du «dieu Garmel» sans temple et sans statue; Vespasien fit consulter l'oracle auprès du prêtre de ce Dieu.

Dès les premiers siècles de l'ère chrétienne des solitaires vinrent habiter les gi'ottes du Garmel ; on trouve encore des inscriptions grecques dans quelques-unes de ces grottes. Au xiie s. un ordre religieux qui fut sanctionné en 1207 par le pape Honorius III prit naissance en ces lieux. Ge fut l'ordre des Garmélites, qui s'établit aussi en Europe en 1238. St Louis visita le couvent en 1252. Les moines eurent beaucoup à soufiTrir dans la suite des temps ; un grand nombre furent tués dans les années 1291 et 1635. Â cette date-ci, l'église fut transformée en mosquée; mais les moines rentrèrent plus tard dans leur couvent. En 1775, l'église et le couvent furent pillés. Lorsque Napoléon assiégea Acre en 1799, les bâtiments du couvent servirent de lazaret aux Français. Après la retraite de Napoléon, les Turcs massacrèrent les blessés qu'ion ensevelit devant la porte du couvent sous une petite pyramide. Les Grecs ont b&ti une chapelle non loin du couvent; en l821, lors du soulèvement des Grecs, Abdallah, pacha d'Acre, fit complètement détruire l'église et le couvent, sous le prétexte que les moines pourraient favoriser les ennemis des Turcs. On doit les nouvelles constructions aux efforts incessants du frère Giovanni Battista de Frascati. Il recueillit l'argent nécessaire, et 7 ans après la destruction du premier édifice, on jetait déjà les fondements du nouveau. Le bâtiment actuel est grand, propre, bien aéré, et habité par 17 moines. Les étrangers y sont bien entretenus (p. 368; 28 lits).

L'église , avec sa coupole qu'on aperçoit de très loin , est bâtie dans le style italien moderne; la paroi de derrière est revêtue de belles plaques de fayence. Sous le maître -autel se trouve une grotte , dans laquelle on descend par 5 marcbes ; c'est ici qu'Élie aurait habité ; ce lieu est vénéré aussi par les musulmans. C'est de la terrasse du couvent qu'on jouit de la vue la plus belle. L'horizon, qui a de trois côtés la mer pour limite , fait une puissante impression ; on voit se détacher au N. , au delà d'Acre, le promontoire de Ras en-Nâkoûra; sur la côte, au S., 'Athlît et Césarée. — Au N. du couvent, se voit un bâtiment, maison de campagne que 'Abdallah Pacha avait fait construire, avec les débris de bâtiments détruits ; il sert maintenant d'auberge pour les pèlerins indigènes ; au-dessus s'élève un phare.

Si, sortant de la cour du couvent , on tourne d'abord à g. , puis à dr., on arrive en 5 min. à une chapelle, élevée en mémoire d'un Anglais , St Simon Stoch , qui après avoir vécu ici quelque temps, devint, au xni« s., géne'ral des Carmélites à Rome, En descendant

àAcrp, KAISARÎYÉ. Boute 16, 371

toujours à dr. on arrive à un cimetière musulman , au delà duquel on entre dans un espace entouré d^ne haie ; on passe par la maison ordinairement ouverte pour arriver à V école des prophètes y grotte agrandie par la main de l'homme et où la sainte famille s'est reposée, dit-on, à son retour d'Egypte. Les murs sont couverts de noms de pèlerins. — On trouve sur le Carmel de nombreuses pétrifleations, entre autres, des géodes en forme de melons.

De Jaffa à Hatfa.

20-23 h. C'est une longue excursion, qui n'est pas précisément intéressante. La plaine de Saron est parcourue par des Bédouins et habitée par des paysans indépendants; on fera bien dès lors de prendre à Jaffa un cavalier au moins, pour escorte. Le chemin de la côte est sans arbres et déjà brûlant au commencement de mai; si Ton marche du X. au S., on aura toute la journée le soleil en face. Sur le versant droit, se trouvent des bois de chêne.

De JaiTa le chemin (îï.E.) mène à travers des jardins, au Nahr elMoucUé (1 h. V2)f le plus grand ruisseau de la plaine de Saron-^ quoique les ruisseaux de la montagne n'aient plus d'eau en été, celui-ci en reçoit toujours un lilet de Ras el-'Aïn (p. 304). On passe ce cours d'eau sur un vieux pont, et l'on suit au N. un chemin, qui est séparé de la mer par quelques dunes. 2 h. après, on laisse à g. le Harâm ^Ali Ibn ^Alêrn^ où serait enseveli, dit -on, un derviche, qui a défendu longtemps Ârsoûf contre le sultan Bîbars; ce monument lui aurait été élevé par Bibars lui même. Au bout de 15 min. on laisse à g. les ruines à" Arsoûf. On croyait au moyen âge que cet endroit était l'ancien AntipcUris (p. 354) mais ce serait plutôt VApollonia mentionné par Josèphe. Il y a, dans les environs, des marais où paissent des buffles. Le 7 septembre 1191, il se livra dans la plaine d' Arsoûf, entre les croisés (Richard) et les Sarrasins (Saladin), une grande bataille dans laquelle beaucoup de Sarrasins furent tués. On arrive, en 1 h. 40 min., à Khirbet Faldik^ en 25 min. au ruisseau du même nom, et d'ici, en 1 h. 3|4, par une contrée déserte, à Moukhâlid, grand village situé entre la mer et la plaine sur le versant E. de la chaîne des collines. Sur la plaine paissent de nombreux troupeaux de brebis. (A 2 h. Vz à l'intérieur, se trouvent les restes de deux châteaux des croisés, Kalansaoué et Kâkân.) D'ici , en 1 h. 'fi au lit du ruisseau d'^&ou Zaboû'ra^ en 1 h. 50 au Nahr Akhdar^ en 35 min. à Çaisartyé.

Histoire. — Caesarea fut magnifiquement bâtie par Hérode sur la place où se trouvait le village appelé «tour de Straton; ce roi l'appela Caesarea et aussi Kaisaria Sébasté^ en l'honneur d'Auguste. Josèphe en décrit la construction en détail; elle fut achevée l'an 13 av. J.-Ch. et l'on célébra à cette occasion des fêtes brillantes. Césarée devint bientôt la ville la plus importante de la Palestine; elle était déjà avant la destruction de Jérusalem la résidence des procurateurs romains de la Judée. Vespasien et Titus lui accordèrent les franchises d'une colonie romaine. Déjà avant la guerre des Juifs, il s'éleva à Césarée de sanglantes querelles au sujet du privilège de demeurer dans la ville. Paul, Philippe et Pierre visitèrent souvent cet endroit dans leurs voyages de mission; Paul y resta deux ans prisonnier. On pense qu'il y eut ici de bonne heure une communauté chrétienne. Vers l'an 200 ap. J.-Ch., Césarée était le siège d'un évêque, et, en tant que métropole de la Palaestina prima, elle eut sous sa dépendance l'évêché même de Jérusalem (jusqu'en 451). Elle possédait déjà au me s. une école savante, dans laquelle Origène enseignait avec d'autres maîtres distingués et d'oii sortit Eusèbe, devenu plus tard évêque de Césarée (m. 340). Il s'y tint quelques conciles. La ville fut assiégée, dit-on, 7 années par les musulmans et ne se rendit que par capitulation; elle était encore riche alors, et Banduin 1er y fit un grand butin, lorsqu'il s'en empara en 1101 après un siège de 15 jours. Il s'y trouva entre autre, un vase en verre de forme hexagonale et de couleur verte, qu'on crut être le plat de la Cène et qui f^it partie maintenant du trésor de l'église de San Lorenzo

372 Btmttie. TANTOÛRA. De Djtnntn

à (rdnes. Ce vase a joué un grand rôle, comme saint graal; dans la poésie du moyen âge. Les musulmans furent alors massacrés, et Césarée redevint le siège d^un archevêché. Pendant les croisades, la ville fut rebâtie deux fois par les chrétiens, et fortifiée par Louis IX en 1251, mais détruite par le Sultan Bibars en 1265.

Césarée n''est pas visible de la plaine •, elle est cachée par des collines de sable. Il n'y est pas resté grand'chose des anciens édifices. Ibrâhîm Pacha a enlevé une partie des pierres pour les nouvelles fortifications d''Acre. La ville du moyen Age formait un grand rectangle, qui mesurait 540 pas du N. au S. et 350 de TE. à l'O. Les murs avec escarpes, ont 1 m. 80 d'épaisseur et une hauteur qui est encore de 6 à 9m. ; ils sont entourés d'un fossé en maçonnerie, de près de 12 m. de large. On compte encore 10 tours à la muraille de TE., 3 a celle du IT., 4 au S. et 3 à rO.^ à Fangle I?.0. Se trouve une espèce de bastion. Les tours sont à une distance de lo à 27 m. l'une de l'autre. Tout est bâti en grès^ mais les fragments de colonnes, épars çà et là (il y en a plusieurs d'un très fort diamètre) sont en granit gris ou rougeâtre. Des trois portes de la ville du côté de terre, celle du S. est la seule conservée. Au milieu des débris, les restes d''ane grande église du temps des croisades *, on peut encore distinguer les 3 absides et quelques piliers boutants encore debout; les fondements sont plus anciens et proviennent d'un temple païen ^ l'église a été plus tard une mosquée. Tout près, au N., on voit aussi les restes d'une plus petite église. — Au S.O. un récif, qui ferme le petit port, s'avance d'environ 400 pas dans la mer. Cette digue naturelle a été agrandie par Hérode. C'est là que s'élevait la tour de Dmsus qu'Hérode avait bâtie; il y a encore dans l'eau de grands blocs de granit. Du temple, il ne reste debout que les murs de fondation. Les pierres blanches dont il est construit, confirment le récit de Josèphe, qui rapporte que les matériaux ont été amenés de très loin. A l'extrémité du récif se trouvait sans doute la tour de Straton. On voit encore aujourd'hui les restes d'un castel du moyen âge, de 18 m. carrés; des fragments de colonnes sont encastrés dans les murs. Vue étendue du sommet de cet édifice. Quelques voûtes dans l'intérieur du château.

Le pourtour de la ville romaine s'étendait bien au delà du rectangle de la ville du moyen âge, principalement vers l'E. ; elle couvrait un espace de 634 arpents. Au S. de la ville, les restes du grand amphithéâtre d'Hérode, tourné du côté de la mer; ce qui s'accorde avec le récit de Josèphe. L'amphithéâtre (pour 20.(XX) pers.) est bâti en terre, et entouré d'un fossé ; au milieu, les restes d'un bâtiment en demi-cercle, probablement d'un théâtre. La ville était pourvue d'eau par deux aqueducs; un tunnel vient du Zerka au N. ; un mur dirigeait dans cette rivière les eaux dn bas pays. Un autre aqueduc, dont les arches sont en partie visibles, vient de Mtyamâ» (au X.E., château sur les restes d'un théâtre); il amenait l'eau des sources de Sindiyàni et croisait le mur en question. A Miya<> mâs, se trouve encore une forteresse sarrasine bâtie sur les ruines d'un théâtre romain.

De Kaisarîyé an N., en passant près des ruines d'un ancien aqueduc qui traverse une petite baie de la mer, on arrive en 80 min. au Nàhr Zerka\'^ à g., sur le bord de la mer, les ruines d'un castel des croisés él-Éelât. Plus loin en amont de la rivière, une suite de moulins, la plupart encore en mouvement, et un pont romain en ruines. Le Zerka était connu dans l'antiquité (voir surtout Pline) sous le nom de rivière des crocodiles. Strabon parle aussi d'une ville de Crocodilon. Comme le climat de cette contrée marécageuse est semblable à celui du delta égyptien, rien de surprenant à ce qu'on y ait rencontré de ces animaux. Des voyageurs dignes de foi en ont encore vu de nos jours. Du "Kalir Zerka au Nahr KeradJi-, 1 h. 1/2; 15 min plus loin le village de Tantoùra.

Histoire. Tantoùra est l'antique Dôr\jo8. xvii, 11), ville royale des Cananéens, qui ne fut pas détruite par les Israélites, mais qu'ils ne purent que rendre tributaire (Jug. i, 27). Elle fut sous Salomon la rési-

t Zerkâ signifie «bleu», c'est le nom de beaucoup de ruisseaux en Palestinç, *^

a Acre. 'ATHLÎT. fioute 16. 373

dence d''an officier du roi. Les auteurs classiques en parlent comme d'une colonie phénicienne; c'était surtout sur ce rivage semé d'écueils qu'on péchait la coquille de pourpre. C'est là ce qui parait avoir donné à la ville son importance. Dans l'inscription d'Echmounazar (p. 45S) Dôr est appelée «puissante». Les Israélites, à ce qu'on suppose, n'ont jamais entièrement possédé la ville maritime, mais uniquement la ville haute, Na^at Ddr. Dôr fat assiégé et en partie détruit dans les guerres des successeurs d'Alexandre. Le général romain Gabinius rétablit la ville et le port. Au temps de St Jérôme on admirait encore les ruines de cette ville «autrefois si puissantes.

Cet endroit ne se~compose aujourd'hui que de quelques misérables huttes , séparées des collines de l'E. par un marais. Au N., une petite baie enfermée par des récifs, et, sur la pointe d'un rocher en saillie, les ruines d'un castel, dont les fondations sont antérieures au moyen âge. Au versant S. du rocher, des grottes ; sur le versant N., les restes d'un bâtiment. Tonte la chaîne qui s'étend vers le N. est couverte de débris informes de l'ancienne ville. Vis-à-vis de Tantoûra, quelques petites îles.

Dans la direction N., on voit d'abord Haddra^ puis 45 min. après, sur la chaîne, le petit village de Ktfr Lâm^ d'oii Ton arrive en 17 mio. près de 'Athlit.

Hiêtoire. Ce n'est qu'au temps des croisades qu'on parle de cette localité sous le nom de Goitellum Peregrinorum ^ château des Pèlerins; au commencement du xiiie s., elle portait le nom de Petra inciia^ peut-être à cause du défilé qui se trouve à l'E. dans le rocher. En 1218, les Tem^ pliers rétablirent le château et en firent le siège principal de leur ordre ^ on trouva pendant les travaux une quantité de «monnaies étrangères inconnues». Le château passait pour le fort avancé d'Acre. En 122J, il fut assiégé et attaqué sans succès par Mouazsam, sultan d'Egypte; il ne succomba qu'en 1291, comme une des dernières possessions des Francs en Palestine, et fut détruit par le sultan Mélic el-Achraf.

La grande route passe à environ 10 min. B. de 'AthHt; il vaut la peine de faire ce petit détour. La position de 'Athlît était très forte. Cette petite ville était assise sur un promontoire rocheux entre deux baies. Les abords de ce promontoire étaient défendus à l'E., par deux tours et trois portes, et au S., par une porte; le fossé pouvait être rempli d'eau de mer. La ville n'avait à l'E. qu'une porte défendue par des bastions. Un fossé se trouvait devant la porte, puis un mur avec un second fossé extérieur. Les ruines principales sont à l'angle N.E. de la ville; on y trouve celles de la tour el-Cami/é en bel appareil à refends. Bien des pierres, surtout celles de l'église décagone des croisés ont été transportées a Acre. Aujourd'hui ^Athlît ne compte que quelques huttes habitées (K.).

De ^Athlît on reprend la route dans la direction N.E. Au bout de 25 min. on est aux ruines à''ed-Doustrén, fort détaché de 'Athlît avec les restes d'une tour et des écuries. Ce fort commandait un défilé qui traversait le rocher (Petra incisa? croche coupée»).

Le Carmel rétrécit toujours davantage la belle plaine, qui est bien cultivée. Au bout de 1 h. 6 min., on arrive aux ruines de Bir el-Counéisé et en 1 h. environ à un puits nommé la source dTEHe^ d'oii l'on peut monter par un sentier au couvent du Carmel (p. 370). A 90 min. de la source, on atteint Tell es-Semek^ petite colline couverte de ruines; 10 min. après, on laisse à dr. un sentier qui mène au couvent, et, tournant le promontoire, on arrive par la grande route en 55 min. à la porte de Haïfa.

De Haïfa à Aobb (2 h. Y2)« La route longe le rivage de la mer. Par un temps calme, le voyage par eau est agréable; suivant la direction du vent on traverse en 1 h. ou 1 h. Y2 cette magnifique baie. Mais le chemin de terre est aussi très intéressant; {[ est riche en beaux points de vue, surtout sur le Carmel qu^on a derrière soi. L'air est souvent si limpide qu'on distingue les objets

374 Route 16» ACRE. De Djenntn

à une grande distance. A partir de la porte E. de Haïfa, l'on a à dr. de magnifiques vergers, et après avoir passé plusieurs gués (en se gardant d'enfoncer dans le sable), on arrive en 20 min. à l'embouoliure du Kichon , qui a 6 m. de large ; Ton entre ensuite dans la grande plaine d'Acre. Sur le rivage de la mer, une quantité de beaux coquillages, entre lesquels se trouve encore la pourpre, mollusque armé de pointes (Murex brandaris et Murex trunculus) d'oii les anciens Phéniciens tiraient la précieuse teinture, qui se trouve à la gorge de l'animal dans une sorte de poche. On en péchait surtout dans la rivière de Belus, le Nahr Na^mân actuel, que l'on atteint en 2 h. Pline rapporte que le sable fin de cette rivière servait à la fabrication du verre, et Josèphe, qu'il y avait sur ses bords un grand tombeau de Memnon. On a ensuite à droite la hauteur sur laquelle Napoléon établit ses batteries en 1799; sur le port à g. les ruines d'une ancienne tour du temps des croisades; 10 min. après, on est à la porte d'Acre ('Akka),

Quelques chambres seulement et un modeste confort dans le couvent latin (Deir latin, PI. 4), situé à Tangle d'un grand khan*, de la terrasse, belle vue sur la mer, dans laquelle le Carmel s'avance au S., avec la ville de Haïfa à ses pieds; à TE., les montagnes de la Galilée; au N. s'élève, par -dessus le cap rapproché de Nâkoûra, le cap blanc, Bas elabyad, qui s'avance dans la mer; sur le rivage le chemin qui mène à Soûr.* — Station téliçrapftique internationale. Vice-consulats comp. p. 368.

Bétails histonqves. La tribu d'Asser n'expulsa pas les habitants à'^Acco (Jug. I, 'ai). Il s'y établit plus tard une colonie juive; mais la majorité des habitants resta païenne. Les Grecs rattachaient Acco à la Phénicie. Depuis qu'elle eut été prise par les Arabes, cette ville perdit complètement son nom postérieur de Ptolémais., qui lui venait d'un Ptolémée d'Egypte, peut-être de Ptolémée ûls de Lagus. Elle eut de bonne heure une grande importance comme ville maritime, pendant les guerres des Perses contre les Égyptiens et plus tard, au temps des successeurs d'Alexandre. Les auteurs romains et les monnaies en font mention comme d'une colonie de l'empereur Claude. Paul la visita dans son voyage à Jérusalem (Act. xxi, 7); on connaît plus tard (par les conciles) les noms de quelques-uns de ses évêques. Elle fut prise par les Arabes en 638, et n'acquit toute son importance qu'au temps des croisades. Les premiers croisés ne s'arrêtèrent pas, il est vrai, à en faire le siège, mais Baudouin 1er Tassiégea en 1103 et la prit en 1104 à l'aide d'une flotte génoise; il y trouva un riche butin. Les croisés en firent une place importante de débarquement; après que Jérusalem eut été reprise par les musulmans. Acre devint le siège du royaume des Francs, et une place de commerce considérable. C'est ici qu'abordaient les flottes des Génois, des Vénitiens, des Pisans; on y bâtit des hospices, on fortifia la ville. En 1148 il s'y tint une grande diète des vassaux du royaume de Jérusalem; en 1187, après la bataille de Hattîn, Acre dut se rendre aussi à Saladin, et les fortifications furent relevées. En 1189, le roi Guy de Lusignan vint camper devant Acre avec une armée de 10,000 h. ; une flotte pisane assiégea la ville du côté de la mer. Richard Cœur-de-Lion y aborda le 5 juin 1191, et grâce à ce secours, la ville, que Saladin avait en vain cherché à défendre, dut se rendre aux Francs le 12 juillet. La somme que Saladin avait promise ^our la rançon des prisonniers, n'arrivant pas, Richard en fit égorger 2500 sur une prairie près d'Acre. On sait que le succès de la Ille croisade fat compromis par les dissensions qui éclatèrent entre les princes européens. Acre resta, en vertu d'un traité, entre les mains des Francs. En 1229, elle devint leur place principale, et le quartier général des ordres de chevaliers. Ceux de St-Jean, qui s'y étaient transportés peu après la prise de Jérusalem par Saladin,

Page 1