CHAPITRE III
De quelques peuples voisins de la Palestine.
Avant de passer à l'histoire des Hébreux , nous devons encore jeter un coup d'oeil sur quelques-unes des peuplades qui les environnaient, et dont il sera souvent question dans leur histoire. Nous ne parlerons pas ici des peuples qui ont une certaine importance historique en eu.x-mêmes, tels que les Phéniciens et les Syriens, dont l'histoire doit être traitée avec plus de détail. Nous nous occuperons de cinq peuplades qui habitaient différentes contrées de l'Arabie, au sud-est et au midi de la Palestine; ce sont les Ammonites, les IMoabites, les Édomites ou Iduméens, les Amalécitesetles Midianites.
A. Les Ammonites.
A l'est delà Pérée , au delà du Yabbok , entre l'Arabie déserte et l'Arabie Pétrée, habitaient les Ammonites, dont la Genèse fait remonter l'origine à Ben-Ammi ou Ammôn, né de lin-
' Ceux qui désirent de plus amples détails peuvent con.suller Selden, De diis stjris, syntagma I, cap. 2 ; Jahn, Archœologie, t. III, p. 4C3 et suiv. et Carpzov, Apparatus histor. rrit. antiqiiilalumsacri Cod. etgentishœbr., p 5'<o et sujv.
ceste commis par Lot , neveu d'Abraham , avec sa fille cadette (Gen. 19, 38), Ses descendants se répandirent au nord-est, et s'emparèrent du pays des Zjmzummîm (Deut. 2, 20), établis entre le Yabbok et l'Arnôn. Ils habitaient un pays fortifié parla nature (Nomb. 21, 24); leur capitale était Rabbah, ou Rabbath-Ammôn, qui, dans l'époque macédonienne , portait aussi le nom de Philadelphie. Déjà avant l'arrivée des Hébreux sous Moïse, les Amorites avaient conquis une partie du pays des Ammonites, entre les deux rivières que nous venons de rionuner; les Hébreux n'exercèrent alors aucune hostilité contre les Ammonites, mais ils s'emparèrent de la portion du pays qui se trouvait en possession des Amorites.
Dans les premiers temps des juges, nous trouvons les Ammonites, comme auxiliaires du roi de Moab (Juges, 3, 13). Après la mort du juge .laïr, ils firent cause commune avec les Philistins, pour opprimer les Hébreux; ils déclarèrent la guerre à Jephté et firent valoir leurs droits sur le pays jadis possédé par leurs ancêtres , et que les Hébreux avaient conquis, depuis tjrois siècles,surlesAmorites(ib. c. 11, v. 12 et suiv.). Ils furent vaincus par les Hébreux, qui leur prirent vingt villes.
Du temps de Saùl, Nahas, roi dès^m- ' monites, attaqua la ville de Yabes, dans le pays de Giléad; mais il fut repoussé avec une grande perte, et son armre fut entièrement dispersée (I Sam. c.
1 1 ). II paraît que ce même roi protégea David contre les persécutions de Saùl ; après la mort de Nahas , David , voulant donner un témoignage de sa reconnaissance à son fils et successeur Hanon , lui envoya des ambassadeurs pour lui faire ses condoléances. Écoutant les insinuations malveillantes de ses conseillers , Hanon reçut fort mal les ambassadeurs de David et les renvoya , après leur avoir fait couper la barbe et le bas de leurs vêtements.
Cet événement donnaheuàuneguerre qui fut très-malheureuse pour les Ammonites; ils perdirent Rabbah, et furent cruellement châtiés par David
JI. Sain. c. 11 et 12). — Lors do l'insnrrectiorj d'Absalom, Schol)i ,Jlbde ISnlias , (le. lUihlKilh-.-lmuiûn , se trouve parmi ceux qui viennent rejoiu- (Ire David dans .sa fuite a IVIahnaïtn ( il). 17, 27); il paraîtrait donc que les Atnnionites s'étaient réconcilies avec David, si toutefois le Nalias que l'on mentionne iei , est réellement l'ancien roi des .Ammonites. Sous Josapliat, ils attaquèrent le royaume de .hida ; ils furent encore vaincus, et nous les trouvons plus tard tributaires d'Ouzia et de son lils .lotliam ( 2 Chron. 26 , S et 27, 5). Après la chute du royaume d'Israël, ils s'emparèrent des provinces situées à l'est du Jourdain, et les Israélites eurent à subir leurs outrages et leur cruauté (Sophon. 2,8). Jérémie (c. 49) se plaint amèrement de cette usurpation : « Ainsi parle l'Éter- « nel : Israël n'a-t-il i)oint d'enfants, « n'a-t-il donc aucun héritier? Pour- « quoi Malcàm s'est-il emparé (du pays) "des Gadites.' pourquoi son peuple* « demeure-t-il dans leurs villes.' « Mois les jours viendront, dit « riiternel, ou je ferai entendre le cri "de guerre à Rabbath-Ammôn; elle « deviendra un monceau de ruines , et « ses villages seront consumés par le « feu , et Israël héritera , à son tour, «de ceux qui ont pris son héritage.
« Gémis , à Hesbôn , car Aï est dévasn tée ; poussez des cris, (illes de Rabba, « revétez-vous de sacs, lamentez-vous « et errez dans les parcs; car Malcûm «va aller dans l'exil, avec tous ses « prêtres et ses princes. »
Lorsque les Chaldéens envahirent la Judée, les Ammonites se joignirent à eux contre le roi Joakim (2 Rois , 24, 2). Ézéchiel (c. 2.5) le menace du châtiment céleste, pour avoir battu des mains et frappé du pied , et s'être abandonnés à une joie insolente, lors de la dévastation de la terre d'Israël et de l'exil de la maison de Juda. Leur roi Baalis contribua à la ruine totale de la Judée, en excitant le rebelle IsmncI, Ois de Nathania, à l'assassinat de Guedalia , gouverneur juif, à qui le roi de Babylone avait conlie le pays conquis (■Jcrém. 40, 14). Cinq ans après la
destruction de Jérusalem , les Ammonites eurent a subir, ainsi que les !\Ioabites. l'invasion des Chaldéens '. Après l'exil de Habylone, nous les retrouvons encore parmi les peuples ligués contre les Juifs , pour empêcher le rétablissement des murs de Jérusalem (Néhem. 4, I ). Leur inimitié contre les Juifs se montre encore du temps de Judas Maccabée, a qui ils opposent une forte armée, conduite par un certain Timothée (I Maccab. 6, (j).
Du temps de Jean llyrcan, roi des Juifs, nous trouvons a Philadelphie, ou Rabbah, un tyran, nommé Zenon ».
Justin le martyr, dans son Dialogue avec Tryphon , appelle encore les Ammonites un peuple nombreux (tto/.j TTÀf.Oo;). Mais déjà au commencement du III^ siècle ils sont, ainsi que les Moabites et les Édomites , confondus dans la masse des Arabes, et leur nom ne reparaît plus.
Les ruines de Rabbath- Ammôn , qui portent encore le nom Ad Amman, on tété retrouvées et décrites par Seetzen et Burckhardt. Elles sont de l'époque romaine , et on y remarque surtout les restes d'un grand théâtre.
Une autre ville importante était Minnilh, située, selon Kusèbe, à 4 milles romains de Hesbôn sur le chemin de Rabbah. Le froment de Minnîth était célèbre; on l'exportait sur les marchés de Tyr (Ézéch.27, 17).
B. Les Moabites.
Selon la Genèse (19, 37), Moab était, comme son frère Ammôn, le fruit d'un inceste; il était lils de Lot et de sa fille aînée. Ses descendants se répandirent, comme les Ammonites, dans les contrées situées à l'est de la mer Morte et du Jourdain. Ayant expulsé les Émîm, ils occupèrent le bas pays jusqu'au Yabbok, ayant pour voisins, à l'est, leurs frères les Ammonites, maîtres des hauteurs. De là, la partie du Ghôr à l'est du Jourdain, en face de Jéricho, s'aupelait plaine de Moab. Ils furent refoulés ,
' Josrphe, Antiqu., 1. lo, cli. •), ^ 7. 2 Josiphc, ih. 1. 13, ch. 8, S ••
L'UNIVERS
parles Amoritcs, jusqu'au fleuve d'Arnôn , qui, à l'arrivée des Hébreux, formait la limite septentrionale des Moabites (Nomb. cb. 21, v. 13 et 14).
Leur pays ainsi limité embrassait cette partie de l'Arabie qu'on appelle maintenant le Kerek. Les Hébreux , s'avançant vers le Jourdain , par l'Ayabie Pétrée, ne cherchèrent pas à inquiéter les Moabites; ils leur demandèrent seulement le passage , et ies Moabites n'osèrent faire aucune résistance. Leur roi Balak se contenta défaire venirleprophèteBileam.pour maudire cette masse redoutable (Nombres, ch. 22 et suiv.). Ce fut en vain ; Bileam ne put prononcer que des bénédictions; mais le culte voluptueux de Baal-Pheor et les séductions des filles de ftloab réussirent mieux que le prophète de l'Euphrate , et les Hébreux payèrent cher leur passage dans le pays de Moab ( ib. ch. 25 ). Environ soixante ans après la mort de Josué , Eglôn, roi de Moab, secouru par les Ammonites et les Amalécites, se rendit maître des Hébreux , et les opprima pendant dix-huit années. Il futtué par le juge Éhoud, et les Moabites, attaqués par les Hébreux , perdirent dix mille hommes (Juges, ch. 3). Après cet événement , nous ne trouvons plus les IMoabites en collision avec les Hébreux jusqu'au temps de Saiil. Il parait même que, vers la fin de la période des juges , les deux peuples vivaient en parfaite harmonie; le livre de Ruth nous montre des Hébreux qui, à cause d'une famine, vont s'établir dans le pays de ]\Ioab et y épousent des femmes moabites. Mais du temps de Saùl, nous retrouvons les Moabites parmi les ennemis des Hébreux (I Sam. 14, 47). David les rendit tributaires (II Sam. 8, 2). Après le schisme ils payaient le tribut aux rois d'Israël; mais après la mort d'Achab ils se révoltèrent (H Rois, 1 , 1). Joram cherche à les soumettre de nouveau, en appelant à son secours les rois de Juda et d'Édom (ib. ch. 3)' ; mais il
' Ce fut probablement dans celte guerre que les Moabites exercèrent contre le roi
n'obtient pas de succès décisif. Selon le 2*^ livre des Chroniques (ch.20), les Moabites , ayant pour alliés des Édomites, entreprirent même une guerre offensive contre Josaphat, roi de Juda '. Environ cinquante ans plus tard, nous les voyons attaquer le royaume d'Israël sous Joas (II Rois, 13, 20). Dans un oracle prononcé contre Moab(Is. ch. 15 et 16), le prophète Isaïe parle de plusieurs villes situées entre le Yabbok et l'Arnôn , sur le territoire des tribus de Gad et de Ruben, et il les présente comme villes moabites. On peut conclure de cet oracle Jque les Moabites s'étaient emparés de ces villes, après que Phoul et Tiglathpilesar, rois d'Assyrie , eurent emmené en captivité les deux tribus Israélites (I. Chron. 5, 26).
IVous les trouvons plus tard , comme les Ammonites, auxiliaires des Chaldéenscontre les Juifs. Nous avons déjà dit que, selon Josèphe, les deuîi peupies furent à leur tour subjugués par ies Chaldéens , mais aucun auteur ancien ne nous dit qu'ils aient été emmenés en exil.
Après l'exil de Babylone, il est peu question des Moabites. On peut conclure d'un passage de Daniel (di. 11, V. 41) qu'ils ne furent pas molestés sous l'empire macédonien. Josèphe les nomme parmi les Arabes vaj^icus ■ par Alexandre Jannée, roi des Juifs '.
Plus tard ils ne sont plus mentionnés comme peuple indépendant, et leur nom s'efface dans la grande famille des Arabes. — Le dieu national des Moabites était Chamôs, que quelquesuns croient identique avec Baal-Pheôr.
Les principales villes des Moabites étaient Ae-moab (appelée aussi Rab-
d'Êdom les cruautés dont parle le prophète Amos (ch. 2, V. I).
' Il n'est pas probable que le 2' liv. des Rois (ch. 3) et le 2« des Chroniques (ch. 20) parlent du même événement. Les différences des détails dans les deux relations sont trop notables , pour que nous puissions admettre que l'auteur des Chroniques se soit permis de défigurer ainsi les faits, comme le soutient Gesénius dans son Commentaire sur Isale, t. l, p. 502. Nous reviendrons sur ce sujet dans l'histoire des Hébreux.
^ Antiqu., 1. mu, c. 13, g 5.
l'ALKSTlNK.
balh-monh, rVsl-à-dire capitale de Moab) et Kiiv-Moah. Cette dcrnicri! , appelée plus tard Arrrfc, était une ville très-forte, encore au moyen Ai;e.
Saladin l'assiégea en vain en 1183.
Maintenant c'est un Ixuirg , qui est encore défendu par (jueliiues iortilications.