I. Le Sanctcaire
Nous avons déjà parlé du temple portatif que Moïse fit établir dans le désert pour servir de sanctuaire central et unique, et pour accompagner les Hébreux dans leurs différents campements, jusqu'à ce que, maîtres du pays de Canaan, ils pussent fonder dans l'une de ses villes un temple plus solide, d'après le mênit^^ modèle, et dans les mêmes proportions. Le sanctuaire unique était le symbole du Dieu unique fixant sa résidence au milieu des Hébreux : Qu'ils me fassent un sanctuaire , pour que je réside au milieu d'eux ( Exode , 2-5, 8 ). Eu outre, le temple central avait le triple avantage de servir de lien politique et religieux aux différentes tribus, d'empêcher l'idolâtrie et de restreindre le culte matériel des sacrifices, qui étaient sévèrement interdits hors du sanctuaire central.
Nous donnons ici la description du temple portatif d'après l'Exode ( ch.
2,5 et suiv. ; ch. 36 et suiv.), bien qu'il soit douteux si les travaux ont pu être réellement exécutés dans le désert conformément à cette descrip tion idéale'. Le temple était semblable aux tentes de luxe des chefs nomades;
» Voy. cv-dessus , page 127.
mais la U-nture était soutenue |)ar ua ei'hafaiidape de plauclies (|iii lui donnait plus de consistance. Le tout formait un carré obloui; dont les côtés plus longs allaient du levant au couchant, et il se composait du sanctuaire proprement dit, appelé INIiscH- CAN (demeure) , et d'un vaste parvis , qui l'entourait de tous les côtés.
Le Misclicàn , (jue nous appelons Tabernacle, se divisait en deux parties : le devant appelé le lieu saint ou le saiKtuaire et le derrière {ady- <M/« ) appelé le Saint des Saints (Ex, 26, 33) ■,
L'échafaudage du Tabernacle était formé dequarante-huit planches épaisses de bois de Sitlim » , dont chacune avait la largeur d'unecoudéeetdemie 3, et la longueur de dix coudées. Elles étaient placées debout , de sorte que la hauteur de l'édifice était de dix coudées. Vingt de ces planches étaient placées au nord et vingt au midi, ce qui donne trente coudées pour toute* la longueur du Tabernacle. La distance entre les deux parois, ou la largeur du Tabernacle, était, selon Philon, Josèphe et les rabbins, de dix coudées. Selon le texte (Exode, ch.
26, V, 22-25), la paroi du fond ou de l'occident était formée de six planches faisant neuf coudées, plus une planche de chaque côté pour les encoignures. Il paraît donc que ces deux planches étaient placées de manière a fournir chacune une demi-coudée pour la paroi du fond ; le reste servait a couvrir l'épaisseur des planches des deux autres parois •<. Ces trois parois
' Cette partie remplaçait la tente de rendez-voius et formait roHÉL-MOED proprement dit. Voy. ci-dessus, page 127.
' Voy. ci-dessus, page 26.
3 La coudée liihraïijue était très-probablement de six palmes comme celle cies Egyptiens. Voy. Hérodot»', II, 149. La coudée royale égyptienne est évalué<> à mètre 0,525.
4 Les ci)nimentateurs ont conclu de là que cette épaisseur était d'une coudée, de sorte que nous aurions de vndi-s poutres au lieu de
flanches, ce qui n'est nullement admissible. I est plus probable que les deux planches des encoignures sortaient au delà di's piirois de longueur, ou (]u'elles n'avaient p.is la largeur des autres planches. En effet , le texte (v. 23) parait les distinguer.
formaient, pour ainsi dire, lesquelelte du Tabernacle. Le côté oriental, par ou l'on entrait, n'avait pas decloison. Toutes les planches étaient dorées et elles avaient chacune deux tenons ; on les plantait dans des soubassements d'argent, probablement pointus, pour les fixerdans la terre. Les planches se joignaient les unes aux autres au moyen (le traverses de bois de Sitlim , également dorées, et qui étaient renfermées dans des anneaux d'or lixés aux planches.
Une tenture très-précieuse recotivrait ['intérieur* de cette boiserie dorée et formait en même temps le plafond du Tabernacle; c'était un tissu de lin retors avec des trames, couleur de jacinthe, pourpre et cramoisi, formant des figures de chérubins et (selon Josèphe) de toute espèce de lleurs.
Toute la tenture se composait de dix tapis ayant chacun vingt-huit coudées de long sur quatre coudées de large ; les tapis étaient cousus ensemble cinq à cinq, et les deux moitiés se joignaient l'une à l'autre par cinquante nœuds couleur jacinthe et cinquante agrafes d'or. L'ensemble formait ainsi une draperie de quarante coudées de long sur vingt-huit de large. La longueur était exactement la mesure du plafond et de tout l'édifice (30 coud.), plus la hauteur de la paroi occidentale ( 10 coudées ) ' ; la largeur devait correspondre à la hauteur des deux parois latérales, plus la largeur du plafond, ensemble trente coudées; or , comme la largeur de la tenture n'était que de vingt- huit coudées, il s'ensuit qu'au bas de chacune des
' Et non Vexiérieur, comme le croient la plupart des commejitateurs ; car dans ce cas elle n'aurait été visible qu'au plaff)ud. D'ailleurs , le texte donne a cette première couverture, par excellence, le nom de Mischcàn, ce qui prouve qu'elle formait l'inlérieur du Tabernacle. Voy. Ba'hr, Symbolik, 1. 1, p. 03 , fii.
' On ne comprend pis l'emploi des dernières dix coudées aux deux angles; le texte n'en dit rien. Mais on voit (juc la jointure de^ deux moitiés de la draperie se trouvait à une distance de vingt coudées de l'entrée, et marquait ainsi l'endroit où devait commencer le Saint des Sainls (vov. Exwle, 2(5, W}.
L'UKIVEKS.
deux parois une coudée de la boiserie dorée restait découverte.
Une seconde tenture de poils de chèvre recouvrait l'extérieur du plafond et de la boiserie. Elle se composait de onze tapis longs de trente coudées et larges de quatre coudées.
Après avoir cousu ensemble cinq d'une part et six de l'autre, on joignait les deux portions par cinquante nœuds et cinquante agrafes d'airain. Toute la tenture avait donc quarante-quatre coudées de long et trente coudées de large; sajointures'appliquait sur celle de la première tenture ; la portion plus grande (celle de six tapis) était vers l'orient , et le sixième tapis, qui dépassait nécessairement la longueur du Tabernacle, retombait surledevant(Exod. , 26,9).
Par- dessus se trouvaient encore deux couvertures, dont l'inférieure était de peaux de béliers teintes en rouge, et la supérieure de peaux d'un animal inconnu'. Elles étaient attachées avec des piquets de cuivre fixés dans le sol.
L'entrée, vers l'orient, était fermée
Kar un rideau de lin retors, orné de roderies en couleur de jacinthe, pourpre et cramoisi, et tendu sur cinq colonnes de bois de Sittim doré, ayant des crochets d'or et des soubassements d'airain. Un autre rideau , dont le travail était pareil à celui de la première tenture, se trouvait dans l'intérieur, à vingt coudées de l'entrée, pour établir une séparation. La partie du Tabernacle qui se trouvait derrière le rideau formait le Saint des Saints^ dont l'espace était un cube ayant dix coudées dans chaque dimension. Ce rideau de séparation , appelé Paro- CHETH, était tendu sur quatre colonnes dorées ayant des soubassemer.ts d'argent.
Le Parvis qui entourait le Tabernacle, en était beaucoup plus rapproché
' Le texte porte des peaux de Thahasch; toutes les anciennes versions prennent Thahasch pour une fX)u!eur (Vulgate ■.pelles ianthinœ); mais ce mot désigne, sans aucun doute, un animal. Selon le Tfialmud. c'est une espèce dv/ouiue.
à l'occident qu'il ne l'était à l'orieiit; car ici il formait une vuste cour où s'assemblaient les fidèles. Cette enceinte, qui avait cent coudées de long et cinquante coudées de large, était fermée par une série de rideaux de lin tendus entre des colonnes d'airain de la hauteur de cinq coudées ; les colonnes étaient placées à cinq coudées de distance les unes des autres, et liées en haut par des bâtons d'argent ; des crochets d'argent servaient a fixer la tenture. A l'orient , oii était l'entrée , la tenture était interrompue au milieu pour faire place à un rideau de vingt coudées de largeur. Ce rideau, tendu sur les quatre colonnes du milieu, était pareil à celui de l'entrée du Tabernacle. Voici maintenant les objets sacrés qui se trouvaient dans les trois parties du sanctuaire : dans \q Parvis setrouvait l'aa^e/ destiné aux sacrifices; il était construit en bois de Sittim et couvert d'airain, et il avait cinq coudées en long et en large et une hauteur de trois coudées '. Vnfeu sacré était perpétuellement entretenu sur c^ autel, qui était placé en face de l'entrée du sanctuaire. Plus près de cette entrée, mais (selon la tradition)^ un peu vers lemidi, était placé u(j bassin d'airain, sur un piédestal du même métal; les prêtres y puisaient de l'eau pour se laver les mains et les pieds avant d'entrer dans le sanctuaire ou de s'approcher de l'autel ^ On avait employé, pour faire ce bassin, des miroirs métalliques offerts par les femmes pieuses qui venaient habituellement à la porte du sanctuaire pour y faire des actes de dévotion ^ . — Dans le sanctuaire se trouvait à droite , ou
' Voy. sur sa construction et sur ses ustensiles, Exode, 27, V. 1-8.
^ Selon les rabbins, on en tirait l'eau au moyen de deux robinets placés aux deux cotés opposés.
3 Voy. Exode, 28,8; I Sam. 2,22. Le textt dit littéralement; de speculis mulifrum qu(t miUlahanl ; le service de ces femmes consistait, selon les versions chaldaique et grecque, dans la prière et le jeune. Voy. sur le.s usages analogues chez les Égyptiens, Wilkinson, Mannvrs and customs oj the ancient Egypiinns, 1. 1, p. 258 et suiv., et sur ksmiroirs métalliques, il)., t. III, p 38i.
nu norii , la table des pains de proposition , en bois de Sittim, loiiu'iic de deux (^ondées, lar^e d'uiio coudre ot liante d'une coudée et demie. Klle était dorée et avait un couronnement d'or a i'entour. Différents vases d'or |)ur servaientà faire le pain de proposition. Les pains, de (leur de farine, sans levain et recouverts d'encens, étaient au nombre de douze, et représentaient probablement les douze tribus des Hébreux. On les renouvelait chaque jour de Sabbat; les pains qu'on enlevait appartenaient aux prêtres, qui devaient les manger dans le lieu saint. A gauche était |)lacé le CUandelier a sept branches; les branches étaient ornées de calices de (leurs en forme d'amande , de pommeaux et de lleurs , le tout d'or pur, d'une seule pièce et travaillé au marteau ' . Les lampes restaient allumées du soir au lendeniain; pour les* arranger il y avait des mouchettes et de cendriers d'or pur. Entre la table et le chandelier, devant le rideau du Saint des Saints, se trouvait V autel des parfums, appelé aussi Yautel d'or (iNombres, 4, 11), parce qu'il était entièrement revêtu de lames d'or. Le matin et le soir le grand prêtre y brulait des parfums d'aromates ^ — Le Saint des Saints ne renfermait autre chose que Carche sainte. C'était une caissede bois de. S7^/Jw, recouverte d'or pur en dedans et en dehors, et ornée d'un couronnement d'or. Quatre anneaux d'or placés aux quatre coins servaient à recevoir des barres de bois couvertes d'or, pour transporter la caisse. Celle-ci avait deux coudées et demie de long , une coudée et demie de large et autant de hauteur. Elle renfermait les deux tables du Décalogue. Le couvercle ^ était d'or massif
' Le dessin «1p la laMe et du clianclclicr pri.s par les Romains dans le temple d'Héroile se trouve sur l'arc de triomphe de Titus. Voy. PI. 23.
» Voy. Exo<le, cl). 30, v. I- 0.
3 Le mot hébreu Capporeth vient de la racine t£^ couvrir. Les Septante ont traduit ce mot par ï/.aTTT.p'.ov, en le faisant venir du verbe Cvppui (expier; ) de là la Vulgale a pxopitiatorium , d'où vient le nom de proy./tiiitoirr.
étendu au marteau, il .s.- !• nninait à chacune des deux extrémités par un Chérubin ayant les ailes étendues. Les deux Chérultins avaient les faces tournées l'une vers l'autre et un \u-u penchées vers le couvercle. Entre ces deux ligures se trouvait la résidence symbolique de J(!h()va, où Moïse allait chercher ses ins|)iratioiis (Exode , 25, 22). Quant aux Chérubins., nous avons déjà dit que c'étaient des ligures svmboli(|ues; la représentation d'un être réel , existant dans le ciel ou sur la terre, était sévèrement défendueaux Hébreux. La forme des Chérubins n'est pas indiquée par I\Ioïse,qui en parle comme d'une chose déjà connue; tout ce qui résulte de la description de Moïse, c'est que les Chérubins avaient une face humaine et des ailes, et on pourrait conclure de la Genèse (3, 24) qu'ils avaient des moins. D'autres éléments que nous trouvons dans les Chérubins d'Ezéchiel appartiennent à l'imagination individuelle de ce prophète. Quoi qu'il en soit, les Chérubins étaient un mélange de diverses figures d'animau.v, et cela seul suflit pour nous faire reconnaître leur origine égyptienne. M.
.Jomard dit, en parlant des Egyptiens : « Ils n'ont pas moins excellé à com- « biner ensemble les diverses figures » d'animaux , pour en composer des « êtres chimériques, exprimant sans « doute la réunion des propriétés at- « tribuées àchacunede ces figures'. « Les Chérubins paraissent avoir le plus intime rapport avec les sphinx, qui ont généralement la tète d'un homme et le corps d'un lion », représentant le symbole de l'intelligenceet de la force. Créature idéale, réunissant ce qu'il y a de plus parfait dans le règne animal, le Chérubin représente la plus belle, la plus parfaite manifestation de Dieu dans la nature, sans être lui-même l'image de la Divinité ^. Ici le caractère symbolique est suffisamment in-
■ Vov. Description de l'Écvote. t. 1, n.
2 Voy. Wilkinson, I. c, t. III, p. 2.3. Cet auteur déelari! erroné»; l'opinion qui attribue aux sphinx if/ijplirnx untléte de femme.
Vov. Brenr, Sijmboli/i , t. 1, p. 3il, 3if!.
lâS
L'UNIVERS
diqué par Moïse lui-même, qui place le lieu (Je la révélation spéciale de la Divinité au-dessus de l'arche sainte entre les deux Chérubins.
De même que les Chérubins, les autres objets sacrés , et le Tabernacle en général , avaient sans doute des rapports avec ce qui était en usage chez les Égyptiens '. Nous ne pouvons pas ici entrer dans de plus longs détails ; nous rappellerons seulement que, selon Hérodote (II , 4) , les Égyptiens furent les premiers à construire des autels et des temples ; que chez les Égyptiens, comme chez plusieurs autres peuples de l'antiquité, l'entrée des temples était tournée vers l'orient et qu'on trouvait, dansrintérieur,desarchesou des caisses sacrées qui renfermaient des symboles et des mystères '. Moïse se conforma aux usages établis , mais il abolit les mijstères; son arche sainte ne renfermait autre chose que les lois fondamentales , qui avaient été proclamées en présence de tout le peuple.
Cependant le grandprêtrc seul pouvait pénétrer une fois l'année dans le Saint des Saints , au grand jour des expiations. Le reste du sanctuaire était accessible aux prêtres ordinaires, et le parvis aux lévites et à ceux qui venaient offrir un sacrifice.
Pendant le séjour dans le désert, le Tabernacle était toujours placé au milieu du camp, et les douze tribus étaient campées autour, suivant l'ordre prescrit (Nombres, ch. 2). La tribu de Lévi se trouvait dans le centre, auprès du sanctuaire, et elle était chargée de décomposer, d'emballer et de transporter à chaque départ toutes les pièces du Tabernacle, et de le reconstruire à chaque station (ib. ch. 4).
Suivant les lois de Moïse , ce sanc-
' On peut comparer un bas-relief de Philœ clans l'atlas de la Description de l'Egypte, vol. I,pl. 11. A., IJg. 4.
^ Voy. Spencer, lib. III, dissert, vi ; au sujet dé l'arche sainte cet auteur dit, entre autres {ib. dissert, v, cap. -2) : Consuetudo hœc finitima in sacris jEr/ypli servahatur ; nain Synesius, de ^£gyptiorum hierophantis loqiiens, testalur, eos nescio quas sphoif-i mysticas et figuras symbolicas in sacris quibusdam cislik ponrre et cinumferre solttos.
tuaire central devait être le seul lieu consacré au culte (Lév., 17, 1—9) , et plus^tard on devait choisir une des villes du pays de Canaan pour y établir le temple unique de Jéhova (Deut.
12, li). Après la conquête , le Tabernacle fut établi à Siloh (Jos. 18, I), et nous l'y rencontrons encore du temps deSaul(lSam. 14, 3). Plus tard, il fut probablement transporté à Nob (ib.
22, 11) et de là à Gabaon(l Chron.
16, 39) , 011 il resta jusqu'à ce qu'il fut remplace par Je temple de Salomon.