‹ PalestineChapitre 34 sur 98 · II. Les pratiques religieuses · texte numérisé non relu

II. Les pratiques religieuses

Les actes religieux que la loi de Moïse impose aux Hébreux devaient être la manifestation du dévouement que le peuple tout entier et chacun de ses membres en particulier portait à la Divinité. Ces actes consistaieut dans des sacrifices qui ne pouvaient être offerts que dans le sanctuaire central , et dans certaines pratiques et privations auxquelles se soumettaient les individus. Nous divisons donc les actes religieux en deux parties.: les sacrifices et les pratiques personnelles.

A. Les sacrifices.

L'usage des sacrifices remonte, selon la Genèse, jusqu'aux premiers âges; non-seulement Noé offre des holocaustes, mais déjà Caïn et Abel avaient offert à Dieu, l'un les fruits de la terre , l'autre la graisse de ses meilleures brebis. Nous retrouvons les sacrifices dans les antiques traditions de tous les peuples. Les puissances invisibles que l'homme, même le plus inculte, a du reconnaître dans la nature , lui inspirèrent à la fois la crainte et la reconnaissance. Pour apaiser leur courroux, ou pour leur témoigner sa gratitude, l'homme s'imposait volontairement des privations et consacrait la meilleure partie de ce qu'il possédait dans le règne végétal et animal aux puissances supérieures qui le lui avaient accordé; c'est ainsi que l'homme croyait honorer la Divinité et se mettre en rapport avec elle. Cette idée est si simple, elle convient si

PALF.STINE.

liion à l'enfant, que l'on ne doit pas s'flouner du retrouver les sacrifiées fiiez tous les peuples dès leur orij;ine. iMais cette manifestation enfantine et innocente devait def^énérer lors(iue la société humaine, sortie de l'état d'enfance, n'avait pourtant pas l'esprit assez élevti pour abandonner ce qu'un long usaije avait consacré et se créer un culte plus noble. Au lieu d'abandonner ces matérielles démonstrations de respect et d'attachement, convenables à des enfants, l'esprit humain tiicha de consolider les anciens usages , en leur prêtant un autre sens que celui qu'ils avaient eu d'abord; et, en les réduisant en système , on arriva à des résultats nioiistrueux. Du principe de privation on en vint aux sacrifices humains ; car, pour plaire aux dieux et pour apaiser leur colère, il fallait se priver de ce qu'on possédait de plus cher, et les mères donnaieut à iMoloch leurs tendres nourrissons. D'un autre côté, les sacrifices, considérés comme moyen de s'approcher de la Divinité, furent symbolisés; on les envisageait comme un lien mystérieux entre les dieux et les honnnes, et on arriva ainsi à la superstition systématique, ou au mysticisme. Dans les plus anciens livres des Indous nous voyons déjà les sacrifices considérés sous ce point de vue mystique', et il en était sans doute de même chez les Égyptiens.

Moïse obligé , pour le moment , de laisser subsister les sacrifices, tacha cependant d'obvier aux abus. Il décréta la peine de mort contre ceux qui feraient des sacrifices humains ou

' Dans un antique poOme pliilosopliiquc on lit le passage suivant : « C'est par la " nourrilurt^que subsislmt les êtres vivants; n celle-ci provient de la pluie. C'est le sacri- « lice qui fait venir la pluie, le sacrilice nait ■> de l'œuvre. Sache que l'œuvre vient de K l'Klre divin ( Brahmnn ) , et que celui-ci est << né de l'impérissable. Ainsi l'être divin qui « penelre tout «st toujours présent dans le " sacrilice. » Voy. lihaynvad-Gu'tta, éd. de SclileKel, troisième leçon, S 14 et 15. Selon les lois de Manou (liv.'v, §39 et40), les animaux n'ont été créés que pour le sacrifice; l'animal, et même la plante qui aura serTi d'offrande, renaîtra dans un rang plus élevé.

qui imiteraient les autres cérémonies idoldlres contraires a la morale et à la pudeur ; il restreignit l'usage des sacrifices , en défendant avec une égale sévérité de les offrir ailleurs que dans l'unique sanctuaire national, et il ne les recommanda jamais comme une chose agréable a la Divinité, ou comme un moyen de s'en approcher. Le prophète Jérémie (7 , 22) fait dire à Dieu : « Je n'ai pas parlé à vos ancêtres et ne leur ai rien ordonné , le jour où je les lis sortir d'Egypte, au sujet d'holocaustes et de victimes. » St. Ëphrem, qui s'étend beaucoup sur ce passage, dit entre autres : « Le prophète les « avertit que ce n'est pas dans les « sacrifices, mais dans les lois divi- « nés, qu'ils trouveront le véritable « moyen de salut ; car cette loi Dieu « lui-même l'a écrite de son doigt sur « les tables et l'a remise aux enfants « d'Israël. INIais les autres préceptes, « tels aue les rites des prêtres et des « sacrifices, ont peu de valeur « aux yeux du Seigneur. Aussi ne les « a-t-il pas placés a la tête de sa loi,

« dans l'Exode Plus tard Moïse,

« par ordre de Dieu, prescrivit ces ob- « servances aux Hébreux à cause de « leur faiblesse et de l'endurcissement « de leurs cœurs; de peur qu'ils ne « méprisassent une religion nue ( sans « culte extérieur) et ne s'attachassent » aux faux dieux , dont ils voyaient « le culte embelli par de belles et pom- " penses cérémonies". »

En effet, tous les prophètes comprenaient ainsi l'intention de Moïse et ils prêchaient constannnent contre les sacrifices». Ainsi les préceptes que Moïse donne sur les sacrifices sont de simples règlements, dans lesquels le législateur emploie le langage technique des prêtres de ces temps , comme, par exemple , cette formule si souvent répétée : Odeur agréable au Seigneur, qu'il ne faut pas prendre à la lettre. Partout dans l'antiquité on croyait apaiser la colère des dieux et leur être

' Eplirxmi Syri Opéra Syriaca, t. II, p. lU.

' Vov. I Samuel, 15,22. Ps. 50, 8-|(i; m , H et 19. Isale, 1,11.

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L'UNIVERS

»j;réal)le en faisant monter en vapeur certaines parties des victimes, et lorsque la (lamine ne montait pas, c'était un mauvais augure.

Nous allons maintenant jeter un coup d'oeil sur les différentes espèces de sacrifices dont parle la loi de Moïse. Les sacnOces se divisent, sous le rapport des objets offerts à la Divinité, en deux parties, ceux du règne animal, ou sacrifices sanrjlants , et ceux du règne végétal, ou offrandes et libations.

a. Sacrifices sanglants.

Les sacrifices sanglants ne pouvaient être choisis que dans quatre espèces d'animaux domestiques, savoir, le mouton, l'espèce bovine, la chèvre et la colombe. Il paraît que le législateur a voulu choisir les animaux qu' l'on pouvait se procurer avec facililti. Peut-être aussi a-t-il voulu destiner à l'autel de Jéhova les animaux auxquels les Égyptiens rendaient un culte. Les victimes devaient être exemptes de tout défaut, et on brûlait sur l'autel quelques-unes des meilleures parties de la victime, savoir, la graisse qui couvre les entrailles, les deux rognons avec la graisse qui est dessus , le grand lobe de foie et la queue grasse des béliers'. Celui qui voulait offrir une victime la présentait à l'entrée du sanctuaire , en posant sa main sur la tête de l'animal. Il pouvait lui-même égorger la victime ou la faire égorger par les prêtres =*; mais ceux-ci recevaient le sang et en aspergeaient l'autel. Après avoir dépecé l'animal, on brûlait les parties que nous venons d'indiquer, et on disposait du reste suivant la destination de la victime; car il y avait dans le culte mosaïque quatre espèces de sacrifices sanglants : l'holocauste, les sacrifices de péché et de délit, et le sacrifice pacifique.

V holocauste (Olah) occupe le premier rang; si c'était un quadrupède , on ne pouvait y employer que

' Voy. ci-dessus, page 30. Sur les rites analogues des cultes païens, voy. Réflexions , p. 31, 32.

^ Voy. Lév. 1 , 5; II Chron. 29, v. 22-24.

des animaux màles. Les cérémonies qu'o.î observait pour l'holocauste et la manière dont on le brûlait sont rapportées au premier chapitre du Lévitique.Aprèsl'avoir coupé en morceaux, on brûlait tout sur l'autel , excepté la peau, qui appartenai aux prêtres (Lév. 7,8). L'holocauste était tantôt du culte public, comme, par exemple, le sacrifice quotidien du matin et du soir, ou bien les sacrifices additionnels des jours de têtes; tantôt une offrande privée , commo' Tune des victimes que le naziréen ( Nombres, ch. 6, v. 11 et 14 ) , le lépreux , la femme en couche et autres personnes impures ( Lév. ch.

14 et 15 ) offraient au jour de leur purification. — On pourrait, du reste, offrir volontairement un holocauste, et les étrangers mêmes étaient admis à en présenter à l'autel de Jéhova (Nombres;., 15, 14)>.

Les deux sacrifices de péché et de délit (Hattath et Ascham)^ ont bonucoup de rapport entre eux, et il est même difficile d'indiquer avec précision les légères nuances qui les distinguent l'un de l'autre ^. Les formalités étaient les mêmes pour les deux ; on en brûlait fes parties grasses destinées a l'autel , et tout le reste appartenait*^ ■ ux prêtres 4. Us n'étaient pas accompagnes, coiii'.îie les autres saonlices , d'offrandes et de libations^ , et ils nw pouvaient être offerts que dans des cas déterminés par la loi. Voici, selon les rabbins, les différences les plus notables entre ces deux espèces de sacrifices. Le sacrifice de péché pouvait être pris dans les quatre espèces d'animaux que nous avons indiquées plus haut, le sacrifice de dé-

' Le second temple reçut les sacrilices de Ptolémée É vergeté et ceux de rempcrear Auguste. Voy . Josèplie, Contre Apion , liv . II, ch. 5; Pliilon, De légat, ad Caium.

^ La Vulgate appelle l'un pro peccaio et l'autre pro delicto.

^ Voy. Lév. cil. G , V. 17-23 ; ch. 7, V. 1-8.

^ Dans certains cas les restes du sacrifice de péché , et même la peau , devaient être brûlés hors du camp. Voy. Lév. cli. 4, v. 1-2 et 21 ; ch. 6-, V. 23 ; ch. 16, v. 27.

^ Voy. Mainionide , Commentaire de la Mischnah, préface au traité Menahoth {des Oblations ), dans la Porta Mosis de Pococke, Oxoniœ, 1655, p. 424.

PALESTINR.

lit ne pouvait ("trc (|u'iiii bélier ou uu iipîneau; le premier faisait souvent partie du culte public , le dernier n'était otïort que par les individus pour expier certaines fautes personnelles, spécifiées par la loi; celui-là s'offrait dans certains cas par un individu convaincu d'un péché involontaire , celuici servait a expier un péché douteux et à trani|uilliser la conscience do celui qui ne savait pas lui-même s'il avait péché ou non'.

Le sacrifice pacifiqite (ziîuvck scuKLAMÎM ) était offert par suite d'un vœu ou volontairement ; quel- (|uefois par reconnaissance d'un bienfait re(j.u de la Divinité. Dans ce dernier cas il est accompagné d'une offrande et on l'appelle sacrifice de reconnaissance ( Lév. 7, 12). Dans quelques cas il est ordonné par la loi, comme , par exemple, le bélier du»

nar.iréen ( Nombres , G , 14) et les deux agneaux de la fête des prémices ( Lév. 23, 19). Oes derniers offrent le seul exemple d'un sacrifice pasifique faisant partie du culte public ; les prêtres seuls [louvaient Cii manycr la cliair, tandis qu'ils n'obtenaient (lu sacrilice pacifique des individus que certaines parties dont ils pouvaient faire part à leurs familles. Ces ()arlies étaient la poitrine et l'épaule droite qui avaient servi à la cérémonie de l'agitation et de l'élévation (Lév.

7 , 29-34)'. Tout le reste, excepté les pièces destinées à l'autel , était employé à un repas. Les sacrifices pacifiques ne sont que des repas solennels comme nous en trouvons chez les autres peuples de l'antiquité. Dans les poésies d'IIomere il est souvent (juestion de ces repas sacrés où l'on donnait sa part à la Divinité. ^

En outre de ces quatre classes de sacrifices sanglants, nous devons men-

' Oa peut Toir le» détail» dans uii-â Réflexions, etc., page 35.

* CeUe cérémonie consistait n agiter le sacriQce vers les quatre vents et do na'ut en bas , pour le vouer .i celui qui dirige les venis et (|ui a créé le ciel et la terre. TImIiihuI (/•■ Babtjlone, Meitahoih, fol. 02 recto.

^ Voy. Iliade , I , V. 407 et suiv. Le Pentaleuque lui-inéDie mentionne ces repas solennels des païens (Nombres, 25, 2,1.

il* Livrn-ion. /Pallstinu I4

tionniT deux espèces de victimes (ju'on immolait dans certaines occasions en dehors du temple et qui ne peuvent être comptées au nombre des sacrifices proj)renient dits.

Trouvait-on une persoime assassinée dans les champs sans qu'on sut qui l'avait frapjiée , on niesiirait la distance des villes à l'entour; les anciens de la ville (pii était la plus proche de l'endroit oti l'on avait trouve le cadavre prenaient une jeune vache qui u'avait encore servi a aucun travail, et allaient lui casser la nuque dans un ravin rocailleux , impropre à la culture. Apres avoir ainsi immolé la jeune vache, les anciens, en présence des prêtres, se lavaient les mains sur la victime en prononçant ces mots : « Nos mains n'ont pas répandu ce sang, et nos yeux ne l'ont pas vu répandre. Parcionne, o Jéhova, à ton peuple Israël que tu as délivré, et ne lui impute pas l'effusion du sang innocent'. » Tout cet acte n'était autre chose qu'un jugement symbolique, et, pour ainsi fiire, uneexécution encf/igia; la jeune vache représentait l'assassin et n'était pas un sacrifice expiatoire ».

Une autre espèce de victime immolée hors du camp , ou de la ville sainte , était celle de la vache l'ousse ( Nombres, ch. 19). De temps à autre un prêtre ^ immolait une vache rousse sans défaut., qui n'avait jamais porté le joug; il trempait son doigt dans le sang de la victime et en faisait sept aspersions dans la direction du Saint des Saints. Ensuite on brûlait la vache tout entière, et le prêtre jetait dans la flamme du bois de cèdre , de l'ézofj -i et de la laine teinte en cramoisi. La cendre mêlée dans de l'eau de fontaine servait à purifier les personnes et les choses qui avaient été eii contact avec un cadavre , et

' Voy. Dcutéronom?, ch. 21, v. 1-8.

» Voy. B>clir, Symbolik, t. il, p. 4i7-ir>u.

ï Selon JosepUe (Antiq. IV, 4, G), c'était le grand-prélre; selon les rat)bms, c'était sou vicairi!, car Moïse donne cetliî fonction a Eiéazar, (ils d'Abrou, quoique ce dernier vécut encore.

i Voy. ci dessus, page il».

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L'UNIVERS

qui restaient impures pendant sept jours. On les aspergeait, le troisième et le septième jour, avec un bouquet d'ézoh trempé dans cette eau lustrale.

Cette singulière cérémonie que, selon les rabbins , le sage roi Salomon luimême ne savait expliquer, peut s'éclairciren partie par les usages de plusieurs peuples de l'Orient, et no tamnient des Égj'ptiens. Les Indous professent un grand respect pour la vacbe; elle est le symbole de la terre et de la déesse La/ischmî qui répand les bénédictions du sol et qui n'est autre chose que la terre personnifiée ' . La fiente et l'urine de la vache est , chez les ïndous, comme chez les Perses , un moyen très-efficace de purification. La vénération de la vache n'était pas moins grande chez les Égyptiens , qui voyaient dans cet animal l'image d'Isis. Les Égyptiens , dit Hérodote ( II , 41 ) , sacrifiaient le bœuf, mais il ne leur était pas permis d'immoler la vache , consacrée à Isis *. Spencer pense , avec raison , que IMoïse a voulu détruire la vénération superstitieuse de la vache^. — Moïse veut que la vache qui sert à préparer l'eau lustrale soit rouge, et, selon le Thalmud, elle est rejetée, si elle a seulement deux poils noirs.

Cette circonstance s'explique encore par les usages égyptiens : selon Hérodote ( II , 38 ) on examinait le bœuf avant de l'immoler, et s'il avait un seul poil noir, il était impur. Mais Diodore de Sicile dit expressément que les bœufs destinés aux sacrifices devaient avoir la couleur rousse qui

' Toy. Bo\ilen, Da* aile Indien, t. 1, p. 247 et suivantes.

' Porphyrius (De abstinentid, II, II) dit qu'ils aimeraient mieux se nourrir de chair humaine que de celle d'une vaclie.

3 Citjn itaque eo démentis et impietatix prolapsi esseiU y£gyptii, guibitscum conjunclissimè vixusent IsracliUE, ut vaccam tanto ciiliu studioque honorarent ; Ueui vaccam mulid cum cercmonid maclari voluit, cl lixivium ex illius cineribus ad populi immandilias expurgandas con/ki , vl -£gypHvanUalem suygillaret, etperhanc discipliiiam, cum yEgijpti TJiore sensuque pugnaniem, IsraeliUt ad cuUûs illius vaccin* conlemptum algue odium sensim perducerentur. De leg. rit. Hebr., I. II, c. 15, sect. 2.

était celle de Typhon, et Plutarque, qui rapporte la même chose , ajoute que le bœuf est soumis à un examen très-minutieux, et que, si on découvre sur lui un seul poil noir ou blanc, il est rejeté comme non propre au sacrifice '. Il serait donc possible que Moïse eût voulu rendre encore plus éclatante la profanation de la vache sacrée, en lui donnant la couleur abhorrée d e Typhon, le représentant du mal. Il résulte avec évidence d'un passage d'Isaie (1,18) que chez les Hébreux, comme chez les Égyptiens , la couleur rouge était le symbole du péché et du mal. Dans les véritables sacrifices destinés à l'autel de Jéhova , il n'est jamais question du rouge, ni d'aucune autre couleur, contrairement aux usages des Égyptiens polythéistes, qui attachaient une grande importance au sens symbolique des couleurs, et qui offraient aux différentes divinités, selon le goût et la nature qu'on leur supposait , des animaux rouges , noirs ou blancs^.

h. OJfrandes et Libations. (,

L'usage des ofûrandes et des libations , comme celui des sacrifices , se trouve chez tous les peuples de l'an tiquité. Chez les païens comme chez" les Hébreux, tantôt elles se présentent seules , tantôt elles accompagnent les sacrifices sanglants.

Chez les Hébreux, l'offrande (min- HA) se composait ordinairement de fleur de farine de froment ^ et d'huile d'olive. Tantôt on offrait la pure farine, on y versait de l'huile et on y mettait de l'encens; tantôt on en faisait une espèce de tourteaux pétris avec de l'huile, ou des flans oints d'huile (Lé v. 2, 4- 7). Il fallait toujours y mettre du sel , comme signe de l'alliance avec Dieu 4 ;

» Diodore, fJislor.I, 88; Plutarque, De Iside et Osiride, p. 363. Diodore dit aussi que, dans les temps anciens , les rois d'Egypte sacritiaient à Typhon les hommes qui étaient comme lui de couleur rousse.

^ Voy. Spencer, i . c. éd. Canlabr. fol. 379.

3 L'o'^ffrande de la femme accusée d'infidélité était de farine d'orge.

* Voy. Lév. 2, l4;Kombre3, I8, 19. Chez les Orientaux, en général, le sel est le symbole d'une alliance durable, qui s'appelle

PALKSTIiNE.

mais il n'était pas permis d*y mettre du levain ou du miel. Les liiduus offrent également à leurs dieux des çûteaux sans levain". L'usaf^e du sel était très-commun dans les sacrillees des Grecs et des Romains >. Quant au miel , il était défendu probablement a cause de la fermentation qu'il produit, comme le levain ; mais les peuples païens, et notamment les Sabéens, en faisaient un grand usage dans leurs sacriQces^.

Les libations ( néseciï ) se faisaient avec du vin. On versait le vin autour de l'auttl, comme ledit Josèphe, ou dans un conduit qui se trouvait à l'autel, comme le disent les rabbins ■». Cliez les païens , on versait généralement le vin entre les cornes de la victime; mais il y avait aussi chez eux des libations indépendantes des sacri-^ lices , qui se versaient par terre.

Les offrandes et les libations des Hébreux accompagnaient toujours les holocaustes et lessacriGcespaciliques, mais jamais les sacrifices dépêché et de délit, à l'exception de celui du lépreux (Lév. 14, 21). La quantité de la farine, do l'huile et du vin, était eu raison de l'importance de la victime : la colombe n'était accompagnée d'aucune offrande ( Nombres , 15, 1-12).

iJofJrande proprement dite et indépendante du sacrifice sanglant était , commecelui-ci, publiqueouprivée. Les offrandes pti&liques, présentées au nom de tout le peuple, étaient au nombre de trois : r Le Orner, ou les prémices de la moisson des orges, offertes pendant la Pàque(Lév. 23, 10 et suiv.); 2" les deux pains offerts le jour de la

alliance du «e?. Vov. II Chron. 13, 5. Cette expression est encore usitée chez les Aralx-s Voy. SchuLz, Leitunjeii des Hœchsten , t. V, p. ^49.

' Voy. Réflexions, p. 59, note 7.

' Pline dit, en pnrlaTil du \i>K.\ : Maxime nutem in tacrU inteltigitur cjus aucUirilas , quando nulta conjleiuntur sine mold xaUâ. Hist. nat. I. 31 , c. 41. Voy. aussi Eustath. ad. lli;i(l. 1,449.

^ Voy. Maluionidis .Vore AeôoMtAfjn, III, 46; Plûtarch. Syinpoa. IT, 6.

♦ Joscphe, /^/Hrtjj». 111,9, 4; Nischnah, Succah , cil. 4 , jj 9.

fêle des semaines ( ib. v. 17); ?,° les douze pains de proposition^ que l'on renouvelait chaque jour de sabbat '.

— Les offrandes privées étaient de quatre espèces : 1" Offrande du péc/ieur; tiUe était présentée par le pauvre qui avait à expier un péché, mais qui ne possédait même pas les moyens d'acheter des colombes (Lév. f,, 11).

2" Offrande de Jalousie, on celle de la femme soupçonnée d'adultère; elle était de farine" d'orge (Nombres, 5, 15). A ces deux espèces on ne mettait ni huile ni encens. 3° Offrande du prêtre : le prêtre admis pour la première fois à exercer ses fonctions offrait un dixième d'Ép/ia de fleur de farine, moitié le matin et moitié le soir, avec le sacrifice quotidien (Lév. 6, 13). Selon les rabbins , le grand prêtre répétait cette offrande tous les jours, pendant tout le temps de ses fonctions; la même chose est affirmée par Josèphe >. 4° Offrande volontaire, ou par suite d'un vœu.

De ses offrandes on consumait une poignée sur l'autel , le reste appartenait aux prêtres; mais l'offrande du pr«?;re appartenait tout entière a l'autel.

Une autre espèce d'offrandes consistait en fumigations qui avaient lieu chaque jour dans le temple, sur l'autel particulièrement destinéàcet usage.

Le parfum dont on se servait était d'une composition particulière, indiquée dans l'Exode (30, 34). De semblables fumigations étaient aussi en usage chez les peuples païens ; selon Hérodote (I, 183), on brûlait dans le temple de Bélus, sur un autel particulier, mille talents d'encens par an.

On peut encore compter au nombre des sacrifices et des offrandes certains impôts sacrés, tels que lesnremices et les dîmes de tous les proauits du pays, qu'on présentait devant le sanctuaireetqui appartenaient au prêtres et aux lévites ^ Nous y revien-

• Voy. ci-dessus, pape 157.

» Voy. Thalmud, Mtnaltolh ,iij\. 22; Joièpbe, antiqu. III, I0,7.

' Sur les usages analogues des autres peu pies, Yoy. Spencer, lih. Tll, disserl. i ,c. v

L'UNIVERS

drons plus loi a en parlant des revenus de la caste sacerdotale.

Tout mâle premier-né de sa mère était également consacré à Jéhovah, et devait être présenté devant le sanctuaire. Le premier-né mâle de lafemme était présenté un mois après la naissance, et on payait, pour le racheter, un prix fixé par le prêtre, mais qui ne pouvait dépasser cinq sékels; le premier-né d'un animal impur devait être racheté, ou tué ou vendu au profit du sanctuaire ; celui d'un animal pur devait être employé à un sacrifice pacifique dont la chair appartenait aux prêtres; cependant s'il avait un défaut qui le rendait impropre au sacrifice, le propriétaire pouvait le manffer en le rachetant '.

IMoïse rattame cette loi à l'événement miraculeux arrivé avant la sortie d'Egypte, lorsque la mort enleva subitement tous les premiers-nés des Égyptiens, en épargnant ceux des Hébreux ». Cependant la Genèse (4,4) fait remonter jusqu'aux premiers hommes l'usage de sacrifier les premiers-nés des animaux.

Enfin toute chose pouvait être consacrée à Dieu volontairement parsuite d'un vœu. L'usage de faire des vœux aux dieux était tres-répandu chez tous les peuples de l'antiquité. Moïse le laissa subsister, sans trop le recommander (Deut. 23, 23), et il y porta certaines restrictions (Nombres, ch.

30). Toute chose vouée à la Divinité pouvait être rachetée. A l'égard des personnes et des animaux consacrés par un vœu, on observait à peu près les règles prescrites pour les premiersnés ^.

B. PRITIQLES PERSO.^NELLES.

Les pratiques personnelles sont celles, où les mdividus paient de leurs propres personnes, en se soumettant

» Voy. Eiode,ch. I3, v. 2, I2, 13; Lévitique, ch. 27, v. uc, 27; Nombres, ch. is, V. 16-18; Deutér. ch. 15, v. 19-23, et Im commentaires rabbiniques de ces différents passages.

^ Voy. Exode, ch. 13, v, I5; Nombres, ch. 3,v. 13.

3 Voy. les détails, Lév. ch. 27.

à certains actes et à certaines privations. Tels sont le jeûne et les prières, les observances concernant la pureté du corps et la nourriture , l'abstinence volontaire par suite d'un vœu.

a. Jeûne cl Prières.

De môme que les vœux , les pratiques ascétiques étaient peu recommandées dans la loi de Moïse, qui n'offre aucune trace des pratiques superstitieuses de pénitence prescrites dans les codes religieux des autres peuples del'Orieut'. Le législateur des Hébreux n'ordonna qu'un seul jeûne public dans toute l'année, celui ànjour des expiations, célébré le dixième jour du septième mois et dont nous parlerons plus loin. Fous affligerez vos personnes y dit le législateur (Lév.

16, 29; 23, 27). Plusieurs passages bibliques et l'usage suivi par les .Juifs à toutes les époques prouvent avec évidenceque cette affdction n'est autre chose que \q jeûne ».

Quant à la prière, Moïse Vabandonne au sentiment individuel et à l'inspiration du moment. Dans certaines circonstances il prescrit la confession des péchés devant Dieu, sans en fixer les termes (Lév. 5, 5; 1^, 21)r Le Pentateuque ne renferme que trois formules de prière : la bénédiction que les prêtres prononçaient sur le peuple (Nombres, 6 , 24-26), les actions de grâce que chaque Hébreu devait réciter en offrant les prémices (Deut. 26, 5-10), et la prière qu'il devait prononcer en présentant la seconde dîme (ib. v. 13-15). La loi ordonne aussi de seproslerner devant Dieu (ib. v. 10).

b. Pureté et hygiène.

Les lois de pureté prescrites par

' Voy . sur les Indons , Réflexions , p. 62.

» Nous lisons dans un passage du livre d'Isaîe (ch. 58, v. 3) ; Pourquoi avons-nous jeûné , et tu ne l'an pas vu!' iSous avons nj- Jligé notre personne, et tu ne le sais pas .^ El plus loin (V. 10) : Quand tu verseras ton, âme à celui qui a faim , et que tu rassasieras la personne affligée. Le parallélisme, dans ces deux passaj^es , ne permet pas de douter que Vafflictwn. de la ptrsonne ne soit la privation de nourriture.

l>ALESTlItE.

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Afoïse peuvent film considérées, jiis- (lii'j un certain point, comme des règlements depolice médicale émanés de certaines idées de pureté et d'Iiygiène communes à tous les peuples de l'Orient, et qui ont partout un caractère relij;ieux. Kn comparant, sous ce rapport , les lois des Hébreux avec celles (les Indous et des Ép:}'ptiens', on trouvera que Moïse a beaucoup simplifié les pratiques de pureté, en abolissant tout ce qui n'était fondé que sur des superstitions et en ne laissant subsister que ce qui pouvait être utile à l'hygiène publique et aux mœurs. IMais la pureté corporelle avait encore un autre but plus élevé; elle était le symbole de la pureté intérieure et elle est mise par le législatear dans un intime rapport avec le culte de Jéhovaet avec la sainteté qu'exigeait ce culte >.

L'impureté pouvait provenir du corps lui-même, ou bien lui être communiquée par le contact d'une personne ou d'une chose impure. Certains animaux étaient réputés impurs et ne pouvaient servir de nourriture à l'Hébreu; il en était de même de certaines parties des animaux purs.

Le corps humain en lui-même pouvait être pollué, surtout par certaines fonctions naturelles des parties génitales telles, que les menstrues, etc., ou par des affections maladives de ces mêmes parties. Pour ce dernier cas f" législateur ordonna, outre les ablutions, un sacrifice expiatoire; de même pour la femme en couches ^.

Pour les autres cas , l'impureté disparaissait par la simple ablution. Mais aucune impureté du corps n'était réputée plus grande que celle causée par la maladie contagieuse de la lèpre. Le législateur donne dos prescriptions tres-minutieuses pour empêcher la

' Voy. sur li>s Inil.)iis, Im lois de Manou , V, S 57 et suiv.— J{rJlexioiis, p. Ci fit suiv. ; sut Ifs ÉKypUcns, Hcrodolc , II, 37. Voy. aussi Sp<'uc<T, l.c. lit), lit, dissert. III.

' Voy Ltîviti(iue, cli. Il, v. 41, 45; ch. r> , V. 31 ; cil. 'io, V. 20; ch. 22, v. 2 cl 3.

'Nous rrn voyons, pour les détails, au ch. 15 du Lévitiiiue, et au cli. 12, v. 1-8. Voy. aussi Ri flexions, p. 00, 07, notes.

propagation de celte maladie si terrible en Orient ', et il recommande aux prêtres de l'observer avec beaucoup de soin dans toutes les phases de sou dévelopj)enicnt. Quand le prêtre avait positivement reconnu la lèpre , le malade était déclaré impur et tout commerce avec les personnes saines lui était sévèrement interdit. Exclu de la société , il demeurait hors du camp ou de la ville ». Il lui était permis de sortir; mais, pour éloigner de lui les passants, il devait se faire connaître par son costume de deuil : les vêtements qu'il portait étaient déchirés, ses cheveux en désordre; et enveloppé jusqu'au menton , il criait sans cesse :

impur ! impur! — Toutes ces précautions prouvent que les Hébreux redoutaient beaucoup, cette terrible maladie indigène en Egypte , où ils avaient séjourné pendant plusieurs siècles.

Elle était considérée par les peuples de rOrient comme une suite de graves péchés , notamment d'atteintes portées aux personnes et aux choses sacrées ^.

Aussi la purification qui suivait la guérison de la lèpre exigeait elle un cérémonial très-compliqué. Quand le malade se croyait guéri, un prêtre allait le visiter dans sa retraite, et, après avoir constaté la guérison , il faisait chercher deux oiseaux vivants , d'une espèce pure, ainsi que du bois de cèdre, de l'ézob, et de la laine teinte en cramoisi. On égorgeait l'un des oiseaux , et son sang était reçu

' Voy. Ips curieax détails don nés par Michaélis, Mnsaïsches Rechl, t. IV, § 208 et suiv. — Jailli, Archœologie , t. 1,2° partie, p. 355 et suiv.

* Nous trouvons les mêmes usages chez les Perses; le lépreux ne pouvait communiquer avec personne nt il ne lui était pas permis d'entrer dans la ville; on expulsait les étrangers qui souffraient de cette maladie. Voy. Hérodote, I, Ijs.

^ Ain.si Miriam est frappée de la lèpre pour avoir médit de Moïse t Nombres, 12, lO); le roi Ou/.ia, pour s'être arrogé des fonctions sacerdotales (Il Ciiron. 20, I9). Les Perses croyaient que la lenrc dérivait de péchés commis envers le soleil (Hérod. I. c ). Selon la croyance des Indous, l'éléphantiasis est le châtiment des plus grands péchés, et ils l'appellent papauoov ( maladie du péché). Voy. Lois de Manou, III, 02, IbB; V, 84, IX , 79.

LTTNIVERS.

dans un vase de terre où il y avait de l'eau fraîche. Ensuite le prêtre trem- |.iait dans le vase l'oiseau vivant et tous les objets que nous venons d'indiquer, et, après en avoir aspergé le malade guéri, il laissait s'envoler l'oiseau vivant, qui emportait, d'une manière symbolique, le péché dont le lépreux venait de se purifier '.

Celui-ci lavait ses vêtements, rasait tous ses cheveux et se baignait; c'est ainsi que se terminait le premier acte de sa lustration. Devenu pur, il pouvait rentrer dans le camp ou dans la ville; mais il devait encore se soumettre à une espèce de quarantaine de sept jours hors de sa maison. Le septième jour il se rasait de nouveau la tête, la barbe et jusqu'aux sourcils; il lavait encore ses vêtements et se baignait ; dès lors il était définitivement purifié. Le huitième jour était employé à un sacrifice expiatoire, composé d'un agneau pour délit, d'un second agneau holocauste et d'une brebis sacrifice de péché; le pauvre pouvait remplacer les deux dernières pièces par deux tourterelles ou deux jeunes pigeons. Le tout était accompagné d'une offrande de fleur de farine pétrie d'huile et d'une mesure {hg) d'huile; des cérémonies toutes particulières étaient observées pour ce sacrifice, ainsi qu'on peut le voir dans le Lévitique (14, 10-31 ).

Au nombre des usages ayant pour but la pureté corporelle on pourrait encore compter, sous un certain rapport , celui de la circoncision , que les Égyptiens pratiquaient , selon Hérodote (II, 37 ), « cause de la propreté (x.aOapior/iTOî eïvexsv) : elle a cependant chez les Hébreux une importance beaucoup trop grande pour être considérée comme une simple mesure de police sanitaire. C'est par cette pratique que l'Hébreu devient citoyen de la théocratie, nous devons donc la mettre au nombre des lois constitutives de la société hébraïque.

■ Un riUî analogua était observé pour ce que la loi de Moïse appelle la lèpre desmais^'cî; il en sera question plus loin, ainsi tjiAe de la lèpre des étoffes.

L'impureté communiquée par le contact de personnes ou de choses impures était plus ou moins grave, selon la gravité del'impureté primitive.

Les Hébreux devaient surtout éviter le contact d'un animal mort et même des animaux purs qui n'avaient pas été tués selon les rites. Toute impureté de contact s'effaçait par de simples ablutions , excepte celle qui provenait ducontact d'un cadavrenumain; elle durait sept jours, et, pour en être purifié , il fallait les aspersions faites avec l'eau lustrale de la vache rousse dont nous avons déjà parlé.

La loi de Moïse renferme aussi un certain nombre de prescriptions concernant la nourriture. A la vérité, ces prescriptions reposent probablement en partie sur des motifs d'hygiène et sur certaines répugnances communes à presque tous les peuples de l'Orient; mais il y en a d'autres qui ne sauraient être expliquées par ces seuls motifs, et qui sont particulières au législateur des Hébreux. D'ailleurs, si Moïse n'avait eu qu'un but d'hygrene, il aurait également donné des préceptes sur l'usage des plantes, tandis qu'il ne s'occupe que du règne animal. , 11 faut donc qu'il ait été guida par certaines idées de pureté, inapplicables aux plantes '. Ce sont, comme il le dit lui-même, des préceptes de pureté et de sainteté ( Lév. 1 1 , 44 ). De tout temps les Hébreux, comme les Juifs de nos jours , leur ont attribué un caractère religieux, et souvent ils ont subi les privations et môme le martyre plutôt que de se souiller par une nourriture défendue dans les lois de Moïse ». L'historien doit donc placer ces préceptes au nombre des observances religieuses des Hébreux , mais en même temps il doit chercher à se ren-

' La superstition des Indous et des Ég3rptiens proscrivait même l'usage de certaines plantes; voy. ci-dessus, p. 18. La loi de Siolse qui défend le mélange de semences hétérogènes (Lcv. 19, 19; Deut. 22, 9), et celle qui interdit l'usage des fruits d'un jeune arbre pendant les trois premières années (Lév. 19, ■2.3), ne sont proljablement que des lois d'économie rurale.

^ Voy. Daniel , ch. I , v. 8 et suiv. ; 'i"= livre des Maccabées, ch. 6 et7.

palestim:.

dre compte historiquement de leur origine. Là il trouvera encore des analof,'ies frappantes dans les usages des peuples païens et notamment des Indous et des Kgyptiens.

La loi de Moïse divise les animaux en purs et impurs, et la Genèse (ch.

7 , V. 2 et 8) lait remonter cette division jusqu'au déluge. Noé déjà choisit pour SOS sacrilices des animaux purs (ib. ch. 8, v. 20). Moïse, qui probablement a suivi les théories dos prêtres égyptiens , établit pour les animaux certaines conditions d'organisation qui seules en faisaient des créatures parfaites et pures; quant aux animaux qui ne remplissaient pas ces conditions, il était permis de s'en servir pour le travail et pour d'autres usages , mais leur chair était impure et ue pouvait servir de nourriture.* Selon Moïse ' , les quadrupèdes ne sont purs que lorsqu'ils ont le sabot divise et qu'ils ruminent; ceux qui ne remplissent que l'une de ces deux couaitions, tels que le chameau, le schaphân », le lièvre, le porc, sont impurs. Tout ce qui vit dans l'eau est impur, excepté ceux d'entre les poissons qui ont en même temps des nageoires etdes écailles. Pour les oiseaux, Moïse n'indique pas de condition générale de pureté ; il se contente de nommer un certain nombre d'oiseaux impurs, et la plupart des noms qu'il donne ne sauraient être expliqués avec certitude. On y remarque l'aii^le, l'autour, le corbeau, l'autruche. Nous avons dtga dit plus haut (page 29) que les noms donnés par Moïse désignent, en général , \ts oiseaux carnivores. Les reptiles sont impurs ; Moïse défend particulièrement les différentes espèces de la l'amille des lézards. Les insectes sont également impurs, excepté ceux qui, outrelesailcs et les (juatre pattes, ont des pieds pour sauter, tels que les différentes espèces de sauterelles ^.

JN'ous trouvons chez les Égyptiens

' Voy. Léviliquc, ch. ii; Deutér. ch. 14. ' Probablement iejerboa ou dipuxjaciilun dH Linné I Wammal. IV, tjlires).

' Voy. ci-(Je.^su^ , pasi; -J?.

des usages analogues ; chez eux aussi les lois de diète ont une tendance religieuse ». Les animaux impurs, les plantes nuisibles appartenaient au règne de Typhon, de même que tout ce qui vivait dans la mer. Les prêtres s'abstenaient de toute espèce de poissous (Uérod. I, 37); mais il paraît qu'ils permettaient au peuple lespoi.'?sons à écailk'S '. Ils s'abstenaient également des quadrupèdes qui n'avaient pas le sabot divisé ou qui l'avaient fendu plusieurs fois, ou qui n'étaient pas cornus, ainsi que de tous les oiseaux carnivores *. Quant au porc, les Égyptiens en évitaient même le contact, et si quelqu'un par hasard avait touché un porc, il se baignait dans la rivière avec ses vêtements <.

Dans les livres de Zoroastre on trouve également la division des animaux en purs et impurs , et la condition principale de pureté est le sabot divisé *. Mais ce sont les usages des Indous qui offrent, sous ce rapport, le plus d'analogie avec ceux des Hébreux. Les lois de Manou (V, 11, etc.) proscrivent les quadrupèdes qui n'ont pas le sabot divisé, et particulièrement le porc; les ruminants paraissent être préférés^; mais, commedansia loi de Moïse, le chameau fait exception. Les poissons sont défendus , excepté ceux qui ont des écailles 7 , et parmi les oiseaux impurs, nous remarquons en première ligne les oiseaux carnivores.

D'un autre côté, plusieurs animaux défendus par Moïse sont permis dans

' Voy. Plalarque, De Is. et Osir. c.6et sulv.

' Voy. Recherches phUosophiqiic.i sur les Égyptiens et tes Chinois (par M. de l'aw), t.T, p. 154.

' Cnaîremon op. Porphvr. De absliiien- /w, IV, 7.

4 Hérodote ,11,47. Les Aral)es aussi , même avant Mahomet, s'alKstenaient de maniser le porc. St. Jérôme dit , en parlant des Arabes (In Jovinian. 1. 2, c. (J) : Hinefasarbitrnntur porcorumvrsci ciiriiibus. Voy. Millii Dissert, de .Mohammedismo ante Mohaminedem, tj

* Voy. Zcnd-Avesla par Anquctil du Perron, n'oun Dihesch, cil. 14.

" Voy. mes notes au cinquième livre des lois (li/Manou , jj 18, Reflexions, page OJ.

' V.ty. ibid. § Ifi.

L'UNIVERS

les lois de Manou , comme , par exemple, le lièvre, la tortue, une certaine espèce de lézards ou alligators, etc.

Il paraîtrait donc que les lois d'abstinence reposent sur un principe généralement admis parles différents peuples que nous venons de nommer, mais que, pour les détails, il y a variation dans l'application du principe. Moïse trouvant à ce sujet des usages établis , proflte de ceux qui pouvaient avoir quelque utilité réelle.

Tantôt ilselaisseguiderparun principe d'hygiène , comme . par exemple , en défendant la chair de porc, très-nuisible dans les contrées exposées à la lèpre. Tantôt il défend de se nourrir de certains animaux dont les peuples voisins affectionnaient la chair, pour établir une séparation entre ces peuples et les Hébreux ; ainsi le chameau et le lièvre, permis aux Arabes, sont interdits aux Hébreux. Enfin , si en défendant les insectes, il excepte les sauterelles, c'est peut-être pour procurer au pauvre une nourriture aux époques même où les sauterelles venaient ravager les campagnes et amenaient la famine '.

Les animaux purs eux-mêmes ne pon\'aient servir d'aliment que lorsqu'ils avaient été tués selon les rites : s'ils étaient morts par un accident quelconque ou déchirés par une bête féroce, ils ne pouvaient être mangés par les Hébreux. Celui qui s'était souillé par une pareille nourriture, restait im-

Eur jusqu'au soir et était obligé de se aigner et de laver ses vêtements *.

Un châtiment sévère est réservé à eelui qui aura mangé les parties de graisse qui , dans les sacrifices , étaient destinées à l'autel, ou bien le sang d'un quadrupède ou d'un oiseau ^.

Moise défend aussi , à plusieurs reprises, dejaire cuire le chevreau dans le lait de sa mère 4. Cette défense se rapporte problablement à

' Vo.v. Michaëlis, Mosalsches Eecat, T.

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