‹ PalestineChapitre 40 sur 98 · C. FÊTE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

C. FÊTE RELIGIEUSE

Jour des Expiations.

Le dixième jour du septième mois, cinq jours avant la fête des Tabernacles, on célébrait le grand jour des expiations (YomKippourim), qui, sous tous les rapports, est considéré comme un vrai Sabbat. 11 se distingue des autres fêtes par son caractère austère et purement religieux. Les autres jours de repos sontconsacrésen grande partie à la joie, celui-ci au jeûne absolu * et à la contrition. Le rite expiatoire prescrit pour ce jour était pour tout le

(mïî?),tiui est la même chose que Jçarah (niify), s'explique généralement par assemblée solennelle. La Vulgate le rend inexactement, dans leLévitique et les Nombres, par dies celeberrimus, et, dans les autres passages faTcollecla. Les Septante le rendent par è^oèiov, issue, clôture. Le verbe duquel dérive le mot y/cére/A signifie retenir, enfermer. H paraîtrait que le législateur désignait ainsi le dernier jour des grandes fêtes, où, les rites de la fête étant accomplis , les pèlerins étaient encore retenus par une solennité de clôture. Plus tard on désignait par ce nom toute assemblée solennelle, en général ; et c'est dans ce sens qu'il est employé par les Prophètes.

' Voy. Misclinah, 2^ partie, Succah, ch. 4 et 5. Ces cérémonies et les démonstrations "joyeuses qui les accompagnaient étaient connues de Plutarque , qui s'imaginait que les Juifs célébraient le culte de Bacchus. Voy. Sfjmpos. IV, 5.

^ Voy. ci-dessus , page I6i.

peuple en conuiiun ce que certains sacrifices étaient pour les individus coupables d'un péché; par ce rite symbolique , par le jeûne général qui l'accompagnait, et surtout parles sentiments de repentir et de contrition qu'il devait faire naître , le peuple hébreu se lavait de ses péchés, et se réconciliait avec son Dieu dont il avait pu se rendre indigne. Le grand prêtre fonctionnait seul dans le rite du jour des expiations , et , selon la tradition, il était aussi chargé en ce jour de tout le service ordinaire du Temple. Voici le rite particulier de ce jour solennel, tel qu'il est décrit dans le Lévitique (ch. 16) : Le grand prêtre, après s'être baigné et revêtu de son costume simple de lin blanc composé des quatre pièces ordinaires ', amène d'abord(de son propre fonds)un jeune taureau pour servir de sacrifice de péché et un l>élier pour servir d'holocauste. La communauté d'Israël lui fournit deux boucs comme sacrifices de péché et un bélier comme holocauste ; les deux boucs sont destinés par le sort, l'un à être sacrifié à Jéhova, l'autre à être envoyé a Azazel. Après ces préparatifs le grand prêtre commence par immoler son taureau comme sacrifice expiatoire pour lui et la famille sacerdotale. Il prend ensuite un encensoir rempli de braises de l'autel et deux poignées d'encens , et entré dans le Saint des Saints, il jette l'encens sur le feu, afin que la colonne de fumée dérobe à ses yeux le couvercle de l'arche sainte , ou la Capporeth 2, résidence symbolique de la Divinité. Ayant pris du sang du taureau , il en fait une aspersion sur la surface de la Capporeth, et sept devant la Capporeth (probablement par terre). Puis il se retire pour aller immoler celui des deux boucs expiatoires du peuple que le sort a destiné à Jéhova, et avec son sang il fait dans le Saint des Saints les mêmes aspersions qii'il a faites avec celui du taureau 2. Après s'être re-

' Voy. ci-dessus, page I" 5.

2 Voy ci-dessus, page 157.

■* On voit que le grand prêtre entrait au

L'UNIVERS

tiré de nouveau, il mêle le sang du bouc avec celui du taureau , il met de ce sang mêlé sur les quatre angles de l'autel des parfums, et il en fait sept aspersions sur l'autel. Ayant ainsi purifié le sanctuaire des souillures et des péchés des enfants d'Israël , il sort et tait approcher le bouc vivant destiné par le sort à "être envoyé à Jz-azel.

Posant ses deux mains sur la tête du bouc , il confesse les péchés et les iniquités des enfants d'Israël, et en charge syraboliquementce second bouc expiatoire pour les emporter dans un lieu désert, loin des habitations des hommes, où le bouc périra avec les péchés dont il est chargé. Aussitôt un nomme destiné d'avance à cette fonction l'emmène dans le désert. C'est ainsi que s'explique le texte lui-même (v. 22) sur ce qu'il avait appelé d'abord (V. 10) envoyer à Jzazel. Selon les croyances des peuples aux environs de 'la Palestine, les lieux déserts et incultes étaient habités par des démons ou des êtres malfaisants ' ; il paraît que le plus puissant et le plus redoutable de ces dénions s'appelait AzAZEL, c'est-à-dire puissant de Dieu^-^ de la venait, ce me semble,

moins deux fois dans le Saint des Saints , comme le dit Piiiion ( De légat, ad Caium); les mots Scmel in anrio, dans l'Épitre aux Hébreux ( ch. 9, v. 7 ) , signifient un jour de ('année. Selon les rabbins, il entrait quatre fois : r avec l'encens; 2° avec le sang du taureau, 3° avec celui du bouc, et 4° à la lin du rite, pour aller chercher la coupe de l'encens et l'encensoir. Cela est très-probable , car personne ne pouvait accompagner le grand prêtre, et il a dû entrer et soitir plusieurs fois pour transporter les différents objets.

• Voy. ci-dessus , page 93.

' Je ne puis considérer le mot'^fj^fy que comme ua nom composé de -jfy fort, puissant ( forme qui se trouve comme nom propre, I Chron, 5, 8) et de'^j^ Dieu. La vraie orthographe serait bx'î'TÎ?"' ^^ t< étant quiesrcnt comme dans Sx^QU* ^^ '75<>31, onl'a supprimé, et le X qui se trouve entre les deux f est VAleph de prolongation , très-fréquent en arabe et dont on trouve aussi des exemples en hébreu. Le nom de Azâz-êl est tout à fait analogue au nom propre Azazi/a/iou qu'on trouve I Chron. I5, 21 ; 27, 20; i'I II Chron. 31, 13. Depuis Bocharl on a fait venir le mot Azazelde. la racine arabe '^"y <|ni signilie éloigner, écarter; mais, quoi

l'expression proverbiale envoyer à Azazel pour dire vouer à la perdition, et Moïse emploie cette expression, sans penser au sens primitif du mot Azazel. Telle me paraît être l'explication la plus simplequel'on puisse donner du rite prescrit par Moïse et du mot Jz-azel sur lequel on a écrit des volun>es. Les uns l'ont considéré, avec la fulgate, comme le nom du bouc lui-même {caper einissarius), d'autres y ont vu le nom du lieu désert où lé bouc est envoyé. D'autres encore y ont reconnu le Satan en personne ' , auquel on aurait renvoyé les péchés qu'il a fait naître; mais on conviendra qu'un pareil rite serait diamétralement opposé à l'esprit des livres de Moïse, où, sans être prévenu par un intérêt dogmatique , on ne saurait découvrir la plus légère trace de Satan. D'autres enfln, ont rendu le mot Azazel par départ ou écartement total, se fondant sur la prétendue origine arabe de ce mot=' ; mais en admettant même cette ofigine , comment accordera-t-on une pareille interprétation avec la construction du texte hébreu , qui dit au verset 8 :

Un sort pour Jéliova et un sortpom- Azazel, et au v. 10 : pour l'ânvoyer à Azazel, dans le désert? Il est évident que .izazel, placé vis-à-vis de Jéhova, désigne primitivement un être personnel ; d'un autre côté, cependant, il est absolument impossible que Moïse ait >'oulu décerner un bouc au démon Azazel, puisque, immédiatement après (ch. 17, v. 7), il défend sévèrement de sacrifier aux démons.

que cette opinion soit maintenant généralement adoptée par les plus illustres exégètes allemands , tels que Gesénius , Winer, Ewald et autres ( qui diffèrent néanmoins dans l'application ), elle me parait absoluuient inadmissible ; non-seulement la racine ^VJ ne se trouve nulle part en hébreu , mais aussi la forme du mot Azazel, de quelque manière qu'on l'interprète , serait tout à tait insolite

' Cette opinion, longuement développée par Spencer (1. III, dissert. 8), a trouve tout récemment encore un chaleureux défenseur dans Hengstenberg : Die Bûcher Mose's und .Sgypten, Berlin, I84I, p. iGietsuiv.

■•' Voy. Jahn , Archmologie, III, 321 ; Bœhr, Si/mboti/i, II , 6C8; Winer, Reaiwœrtcrbuch, II, 767.

N'eilt-ce pas été reconnaître la puissance d'^sase/, que de tirer au sort en tre lui et Jéhova? Ce serait un énorme blasphème dans le sens de la doctrine mosaïque. Ainsi pour satisfaire à l'esprit de la loi aussi bien qu'à la grammaire, nous ne voyons d'autre explication possible que celle que nous avons donnée. Les deux boucs expiatoires, dont l'un est sacrifié à Jéhova et l'autre est renvoyé pour se perdre dans le désert , sont tout à fait analogues aux deux colombes employées dans le rite de purification du lépreux ; l'une est immolée et l'autre s'envole et emporte avec elle l'impureté et le péché '. — Nous revenons à l'ordre du rite. Après avoir renvoyé le bouc émissaire , le grand prêtre rentre dans le Tabernacle; il se dépouille de ses vêtements de lin, et , après s'être bai> gné de nouveau , il revêt son costume deluxe dont nous avons donné la description (pages 175 et 176). Il se rend à l'autel du parvis etoffre en holocauste son bélier et celui du peuple.

Le bélier du peuple, selon la tradition , était celui-là même qui faisait partiedu sacrifice additionnel de la fête (Nombres,29, 8 — 11); car ce sacrifice se composait d'un jeune taureau , d'un bélier, et de sept agneaux offerts en holocauste avec leurs offrandes et leurs libations respectives , et d'un bouc pour le péché. Toutes ces pièces, à l'exception du bélier, s'offraient, selon la tradition, avant le rite d'expiations que nous venons de décrire, de sorte que ce rite se trouvait intercalé dans celui du sacrifice additionnel de la fête'. Après avoir immolé les deux béliers , le grand

'Tout le rituel du jour des expialions, tel qu'on l'observait dans le second temple , à partir du sacrilice quotidien du matin jusqu'à celui du soir, est décrit , avec les détkiils les plus minutieux, dans la Mischnah, 2' partie, traité Yonia, ch. 3—7, et dans l'abrégé du Thalmud de Maimonide, 1.

VIII, section 8 ( ch. 4 ). — Le traité Yovia a été publié avec une traduction latine et un commentaire par Robert Sheringtiam , Lonpres, 1648; tout le livre viii de Maimonide a été également publié en latin, sous le titre D& çult» divmo , par L. de Veil , Paris,

prêtre brûle sur l'autel les parties grasses du taureau et du bouc expiatoires; tout le reste des deux victimes est envoyé hors du camp ou de la ville sainte pour êtrebrûlé en totalité. Ainsi se termine le rite du jour saint dont le législateur résume le sens dans ces mots (v. 30) : « Car en ce jour il vous pardonnera pour vous purifier ; de tous vos péchés vous serez purifiés devant Jéhova. »

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