Conquête de Canaan
Lorsque les trente jours de deuil furent accomplis , Josué, que Moïse lui-même avaii installé comme son successeur, en lui imposant ses mains, ordonna de faire les préparatifs du départ. Les Hébreux étant campés dans les plaines de Moab, en face.de .léricho, cette place, la clef du pays de Canaan, devait avant tout fixer leur attention. Aussi Josué avait-il envoyé d'avance deux hommes pour explorer ia ville de Jéricho et pour connaître l'esprit des habitants. Les deux explorateurs étaient allés se loger chez une courtisane nommée Rahab, qui , en les soustrayant aux investigations du roi de Jéricho , leur avait fait connaître le découragement des habitants effrayés de tous les prodiges que ia Providence avait faits en faveur des Hébreux et surtout de la victoire remportée par Moïse sur Sihon et Og. Le rapport favorable que firent les explorateurs, à leur retour dans le camp , détermina Josué à faire opérer promptement le passage du Jourdain. Les Schoterim apportèrent au peuple l'ordre de départ, et on se mit en marche de Sittim vers le Jourdain. Le lleuve coulait alors à pleins bords ; car on était au mois d'avril '.Les Cananéens négligèrent de défendre le passage du lleuve qui leur paraissait impraticable. Après trois jours de préparatifs , Josué ordonna
aux prêtres qui portaientl'arclie sainte, accompagnée probablement de la colonne de feu , de se mettre en marche pour servir de guide au peuple qui devait suivre l'arche à deux mille coudées de distance. Les prêtres n'ont pas plutôt mis le pied dans le Jourdain que le cours du fleuve s'arrête dans cet endroit; l'eau descendue d'en haut s'amoncelle et forme une digue, tandis que de l'autre côté l'eau découle vers la mer Morte et laisse le lit du fleuve à sec. Les prêtres placés avec l'arche au milieu du lit laissèrent passer tout le peuple; puis ils montèrent eux-mêmes à l'autre rive pour reprendre leur place à la tête des colonnes. On plaça douze pierres au milieu du fleuve et douze autres sur sa rive droite, près de Guilgal , pour servir de monument, aux générations futures, du passage miraculeux du Jourdain. C'est ainsi que le livre de Josué raconte cet événement mémorable. Ici , comme dans le passage de la mer Rouge^^ le fait historique a été sans doute amplifié par la tradition : le miracle n'est pas dans le passage en lui-même, car nous savons que le Jourdaiij^ est ^ guéable dans plusieurs endroits; mais c'est la saison dans laquelle s'opérait le passage du Jourdain qui rend cet événement miraculeux.
Nous ne répéterons pas les différentes conjectures des rationalistes; car il nous paraît difficile de faire la part du fait historique et celle de la tradition poétique, accueillie, quelques siècles plus tard , par l'auteur du livre de Josué.
Les Hébreux , après avoir passé le Jourdain, campèrent à Guilgal, le dix du premier niois, quarante ans ■ après la sortie d'Egypte et environ quinze siècles et demi avant l'ère chrétienne.
Immédiatement après être arrivé à G uilgal, Josué ordonna la circoncision de tous les mâles ; car cette opération avait été négligée pendant le séjour dans le désert. Le quatorze du mois on célébra la Pâque, et on mangea des pains azymesdu blé du pays. Josué
fit ensuite les préparatifs de la prise de Jéricho : chaque jour il lit faire aux troupes eu silence le tour de la ville; le gros de l'armée était suivi de l'arche auprès de laquelle se trouvaient sept prêtres sonnant du cor , et la marche était fermée par l'arrière-garde. Ces processions durèrent six jours , et Josué avait probablement pour but d'endormir la vigilance des ennemis par ces promenades insignifiantes ; le septième jour on alla ainsi sept fois autour de la ville, et au septième tour toute l'armée poussa le cri de guerre. Ce fut sans doute le signal d'un assaut général; les murs s'écroulèrent subitement et la ville tomba au pouvoir des Hébreux.
On a essayé de donner différentes explications du récit merveilleux du livre de Josué , que les croyants se sont obstinés à prendre à la lettre et que les sceptiques ont cru devoir tourner eu ridicule, mais qui est emprunté sans doute à un antique poème.
Les uns ont supposé un tremblement de terre qui aurait fait écrouler les murs; d'autres ont pensé que Josué avait fait miner les murs et que les promenades inoffensives autour de la ville avaient pour but de masquer les opérations. L'hypothèse la plus probable me paraît être celle d'un assaut auquel le son des trompettes et le cri de guerre avaient servi de signal.
Dans le langage poétique de la tradition, on a pu dire que les murs de Jéricho s'écroulèrent au son retentissant des trompettes de guerre'.
L'anathème fut prononcé contre ia ville de Jéricho; tout ce qu'elle renfermait de vivant fut mis à mort , à l'exception de la courtisane Rahab et de sa famille; la ville fut brûlée avec tout ce qu'elle renfermait ; l'or et l'argent, ainsi que les vases de métal , Furent seuls transportés dans le trésor du sanctuaire. Josué prononça une malédiction contre celui qui Irebâti-
' C'est ainsi que Herder explique le récit de la prise de Jéricho. Voy. Gt:isi der hebrœischen Poésie, t. II , cil. 7 , édif. de Carlsruhe , p. 239. De même Hartmann dans son ouvrage sur le Pentaleuque, p. 312.
rait la ville de Jéricho , ou du moins qui rétablirait ses fortifications '.
Le quartier général de Josué, ainsi que le tabernacle, restaitétablià Guilgal. Un détachement d'environ trois mille hommes fut expédié pour la conquête de la ville d'Aï à l'est de Béthel. Au dire des explorateurs que Josué y avait envoyés d'avance, un petit nombre d'hommes devait suffire pour s'emparer de cette ville; néanmoins le détachement fut repoussé avec perte. Josué, effrayé de cet échec qui pouvait décourager le peuple, se prosternedevantDieu; il estconvaincu que cette défaite est un ciiàtiment céleste. On trouve en effet qu'un homme de la tribu de Juda, nommé Achan , a retenu plusieurs objets de l'anathème de Jéricho. Achan avoue son crime et on retrouve dans sa tente les objets qu'il a détournés. Par ordre de Josué, lui, ses fils et ses filles sont lapidés par le peuple, et tout ce qui lui appartient est consumé par lefeu.
Une seconde attaque contre Aï est conduite avec plus de prudence. Josué s'y rend lui-même avec toute l'armée ; trente mille hommes d'élite sont placés en embuscade à l'occident de la ville =*; le reste des troupes, ayant Josué en tête, campe au nord de la ville. Les habitants d'Aï ayant fait une sortie, les Hébreux simulèrent une fuite pour attirer l'ennemi loin de la ville. A un signai donné par Josué, les hommes qui étaient en embuscade entrèrent dans la ville abandonnée de ses défenseurs et y mirent le feu. Alors l'armée des Hébreux, qui avait feint de fuir, se retourna contre l'ennemi; ceux qui avaient pris la ville arrivèrent du côté opposé , et bientôt l'ennemi , se trouvant enveloppé de tous les côtés , fut totalement battu et détruit.
Aï eut le même sort que Jéricho ;
■ Voy. ci-dessus, page 41.
^ Voy. Josué, ch. 8, V. 3. Selon le verset 12, il n'y avait eu que cinq mille hommes placés en embuscade; il est évident que les versets 10 à 13 ne sont qu'une variante tirée d'un autre document, et qui, mise d'abord en marge , sera entrée plus tard dans le texte. Pour avoir le texte primitif , on doit passer du verset 9 au verset i-s.
L'UNIVERS
mais cette fois les bestiaux et tout le butin furent abandonnés aux soldats.
Le roi d'Aï , pris vivant, fut pendu par ordre de Josué.
Si l'ordre chronologique a été strictement observé dans le texte biblique, les Hébreux auraient pénétré immédiatement jusqu'à Sichem; car le livre de Josué, après avoir parlé du sac d'Aï, ditque.Iosué bâtit alors un autel sur le mont Ébal et qu'il y fit graver le résumé de la loi de .Afoïse. Les bénédictions et les malédictions furent prononcées alors, conformément à l'ordre de Moïse , près des monts Ébal et Garizîin'.
Sur ces entrefaites les rois de Canaan, revenus de leur première stupeur, préparèrent une ligue pour repousser l'invasion des Hébreux.
Quelques villes hévites, qui formaient un petit État indépendant sous des institutions républicaines, auraient voulu traiter avec les Hébreux. K'espérant point obtenir de Josué des conditions de paix , elles se servirent d'une rase pour arriver à leur but. Ce furent 1^3 villes de Gabaon , Caphira, Beéroth et Kiryath-Yîmaar^. Des députés de ces villes se présentèrent devant Josué a Guilgal sous l'aspect d'hommes venant de faire un voyage lointain; leurs bagages, leurs vêtements et leurs provisions paraissaient être usés et détruits par le temps. Ils prétendirent venir de très-loin, envoyés par les anciens de leurs villes pour faire une alliance avec les Hébreux, ayant entendu parler de tout ce que leur dieu Jéhova avait fait pour eux en Egypte et de leur victoire sur les rois Sîhon et Og. Josué, trompé parles apparences, s'empressa d'accuellir les propositions des députés; il conclut une alliance avec eux , et les chefs des tribus la scellèrent par un serment. Mais trois jours après on apprit que ces prétendus étrangers étaient des Cananéens. Les Hébreux entrèrent dans leurs villes sans coup férir; mais, liés parle serment, ils nepu-
» Voy. ci-dessus, page 5.
' Voy. ci-dessus, pages 43 et 80.
rent y renouveler les scènes de Jéricho et d'Aï. On accorda la paix aux habitants; mais, pour faire taire les murmures du peuple, onlts condamna à fournir des coupeurs de bois etdes porteurs d'eau pour le service du sanctuaire.
I^a défection de Gabaon , une des villes les plus .importantes de tout le pays , effraya et révolta en même temps les peuplades voisines. Adoni- Sédek , roi de Jébus ou Jérusalem , fit un appel aux rois de Hébron , de Yarmouth, de Lachis et d'Églon, pour châtier les Gabnonites. Les cinq rois se mirent en marche , avec leurs troupes, contre Gabaon que les soldats héi)reux avaient quitté. Les Gabaonites envoyèrent à Guilgal pour avertir Josué du danger qui les menaçait.
Celui-ci se mit immédiatement' en morche; en une nuit on arriva près de Gabaon. Les ennemis, qui déjà assiégeaient cette ville, furent repoussés avec perte et poursuivis jusqu'à Azékah et Mackédah , dans la plaine de Schephélah.Dans leur fuite, ils furent surpris par une grêle terrible qui en tua un grand nombre. Cette éclatantvictoire remportée en un seul joue fut célébrée par Josué dans un canr ^ tique jadis conservé dans uif antique recueil de poésies nationales intitulé Sépher haijyaschar (le livre du juste). L'auteur du livre de Josué cite le commencement et la (in de ce cantique, dans lequel Josué, étonné de tout ce qui avait été accompli en une seule journée et pendant une partie de b nuit, présente poétiquement le soleil et la lune comme s'e tant arrêtés à son gré pour éclairer le combat :
« Soleil (ai-je dit), arrête-toi à Gabaon, et toi, ô lune, dans la vallée d'Ayyalôn • ! »
« Et ie soleil s'arrêta, et la lune resta immobile jusqu'à ce que le peuple se fut vengé de ses ennemis «
C'est ainsi, ajoute l'auteur, qu'il est écrit dans le livre Yaschar (jusqu'aux mots) :
« Et le soleil s'arrêta au milieu
' .\yyalon était situé à l'ouest de Gabaon.
du ciel, et il n'eut pas hâte de se coucher, bien que le jour fût accompli '. »
Josué continua la poursuite des ennemis, dont un petit nombre put se réfugier dans les places fortes. On apprit que les cinq rois avaient échappé au carnage et s'étaient réfugiés dans une caverne près de Mackédah. Josué les fit prendre, ils furent tués et attachés à cinq potences , et le soir on jeta leurs cadavres dans la caverne qui leur avait servi de refuge et qu'on ferma avec de grandes pierres.
A la suite de cette victoire, les Hébreux s'emparèrent successivement des villes de Mackédah , Libnah , Lachis , Églon , Hébron , Debir, et
f)eu à peu ils occupèrent presque tout e midi de la Palestine depuis Kadès- Barnea jusque dans les environs dé Gaza *, à l'exception des villes des Philistins.
En attendant, la ligue formidable qui s'était formée dans le nord , sous les auspices de Yabîn, roi de Hasor, engagea les Hébreux dans une lutte qui devait être longue et pénible. Le livre de Josué n'entre pas dans tous les détails de cette lutte ; nous savons seulement qu'un combat décisif fut livré enfin près des eaux de Merôm ou du lac Samochonitis^, et que, par suite de ce combat , les Hébreux entrèrent victorieux dans la ville de Hasor et la brûlèrent. Le roi de Ha-
' Voy. Josué, ch. 10 , v. 12 et 13. « Il faut s'étonner, dit Herder(l. c. p. 237), qu'on ait pu SI longtemps se méprendre sur le sens de ce beau passage. Josué attaque les Amorites de l)on matin et le combat dure jusque dans la nuit , c'est-à-dire une longue journée, et le jour paraissait se prolonger pour achever la victoire. Le soleil et la lune étaient témoins des exploits de Josué ; étonnés , ils s'arrêtent au ciel , jusqu'à ce
que la victoire soit complète Qui ne
*oit pas que c'est ici de la poésie, quand même ou ne citerait pas un livre de chants héroïques? Dans le langage d'Israël de pareilles expressions n'étaient ni hardies ni étranges, etc. » Voy. aussi 3 aiia , Introductio in lib.ms sacros , p. 225.
^ Voy. Josué , 10 , V. 28 — 42. Il paraîtrait cependant que quelques-unes de ces villes retombèrent au pouvoir des Cananéens; car plus loin on parle de nouveau de leur conquête (ch. 15, V. 13-15).
^Voy. ci-dessus, page 8.
sor,dief de la ligue, fut mis à mort, et les villes du nord tombèrent en grande partie au pouvoir des Hébreux.
Une attaque centre les Anakîm du midi fut également couronnée de suc cès(Jos. 11,21).
Cependant les Cananéens avaient pu se maintenir dans beaucoup d'endroits et notamment dans les places fortes^ Josué déjà avancé en âge avaic acquis la conviction que l'œuvre de la conquête ne pourrait être achevée de sitôt et qu'il devait considérer sa mission comme terminée. Pendant six ou sept ans il avait lutté avec opiniâtreté contre les Cananéens ^ , et trente et une principautés avaient été soumises ^. Au lieu de faire de nouvelles tentatives, qui exigeaient de grands efforts, il aimait mieux consolider ses conquêtes et organiser les affaires intérieures des Hébreux, abandonnant aux différentes tribus le soin d'achever la conquête des villes qui devaient leur appartenir.
Josué résidant toujours à Guilgal , commença à s'occuper de la distribution des terres, opération longue et pénible. Trois tribus, celles de Juda, Éphraïm et Manassé, avaient pris possession des cantons qu'on leur avait assignés, lorsque Josué fit transporter son quartier générai , ainsi que le temple portatif, dans la ville de Siloh, qui appartenait à la tribu d'Éphraïra (dont J osué était issu). Arrivé à Siloh , Josué pressa les sept tribus qui ne s'étaient pas encoreinstallées dans leurs possessions , de hâter l'opération du partage, et il envoya, à cet effet, troig hommes de chaque tribu, qui devaient
'Voy. Josué, ch. I3, v. 1-6; Josèphe, Anliqu. V, 1 , 20.
*I1 résulte du livre de Josué, ch. 14, v. 10, que, à la lin des guerres de Josué, il s'était écoulé quarante-cinq ans depuis le temps ou Moïse a\ait envoyé douze hommes pour reconnaitie le pays de Canaan. Or, cet envoi avait eu lieu la deuxième année de la sortie d'Égvpte, vers l'époque des vendanges ; d'où il résulte que les guerres de Josue s'étaient proloiigées jusque dans l'année 47 de la sortie d'Egvpte, ou jusque dans la l" année après l'entrée dans le pays de Canaan. Voy. des Vignoles, Chronologie de l'histoire sainte, t. I , p. 8.
L'UNIVERS
parcourir les différents cantons, noter les villes et les terrains et en soumettre à Josuérétat exact. Leur rapport amena quelques modifications dans les possessions déjà accordées aux trois tribus susdites.
En assignant aux tribus leurs futures demeures , .losué suivait en partie les anciennes traditions qu'on taisait remonterjusqu'à Jacob' ; ce fut par la voie du sort qu'on distribua les lots aux familles de chaque tribu. Nous allons donner, sur le résultat général des opérations, quelques détails qu'il est important de connaître , pour l'intelligence de l'histoire, et nous indiquerons brièvement la position relative des douze tribus.
On a déjà vu (page 131) que les tribus de Ruben et de Gad et une partie de celle de Manassé s'étaient étal)lies, avant la mort de Moïse, à l'est du Jourdain.
Voici dans quel ordre s'établirent les neuf tribus et demie à l'ouest du Jourdain; nous allons du raidi au nord :
1° JuDA reçut le midi de la Palestine, depuis Kadès-Barnea et le torrent d'Egypte (Wadi-el-Arîsch) , jusqu'à la vallée de Ben-IIinnom, au midi de Jérusalem , et depuis la mer Morte j usqu'à la Méd i terranée. La plus grande partie du territoire philistin devait appartenir à cette tribu, mais elle ne put s'en emparer d'une manière durable. Le canton de Juda était divisé en quatre districts appelés : le Midi, la Schephéla (bas pays sur la î\Iéditerranée), la Montagne ou l'intérieur, et le Désert ou la partie orientale près de la mer Morte. Le nombre des villes et bourgs de cette tribu se monta d'abord à environ 125^; mais elle dut en céder une partie aux tribus de Siméon et de Dan. Parmi les villes de Juda nous remarquons En-Gadi , Thecoa , Belhléhem , Hébron , Kadès- Barnea, etc.
2° SiMÉON , une des tribus les plus faibles en nombre, ne reçut pas de district particulier ; mais Juda dut lui cé-
' Voy. ci-dessus , page !15.
^ Voy. les détails dans le livre de Josué, ch. 15.
der une partie des villes qui lui avaient été accordées à la première distribution, de sorte que le territoire de Siméon se trouvait enclavé dans celui de Juda '.
An nombre de ces villes nous trouvons Siclag, Ether, Rimmon, Hormah, Beërséba.
3° Benjamin, aunord-estde Juda, ayant pour limite orientalele Jourdain, et s' étendant à l'ouestjusqu'à Kiryath- Yaarîm. Cette tribu possédait, sur sa limite méridionale, la ville de Jébus (Jérusalem) , plus tard la capitale de tout le pays ; nous remarquons encore les villes de Jéricho, Guilgal, Ai, Gabaa, Rama, Gabaon , Anathoth, etc. La ville de Béthel qui lui fut assignée par le sort, mais dont elle ne put expulser les Cananéens, fut prise plus tard par les Ephraïmites.
4° Dan , au nord-ouest de Juda et à l'ouest de Benjamin v.jusqu'à la Méditerranée. Ses villes étaient Saréah , Esthaol, Ayyalôn,Thimnatha (Ekrôn), Yafo ou Joppé, etc. On verra c(u'un peu plus tard, une colonie de D|^ites prit la ville de Lauch, à l'extrémité septentrionale du pays , et lui donna le nom de Dan (ci-dessus, page 33). ^
5° EphPvAIM s'étendait au ncyd de- Benjamin et de Dan , jusqu'au delà du mont Ébal, et du Jourdain à la Méditerranée, et renfermait les villes de Sichem , Siloh , Thimnath-Sérah , etc.
Les ossements de Joseph, que les Hébreux avaient emportés d'Egypte, furent enterrés à Sichem, dans le champ jadis acquis par Jacob ^.
6° La seconde moitié de Manassé, au nord-ouest d'Éphraïm, avait pour limite, à l'occident, la Méditerranée, et possédait le littoral depuis le torrent de Kana jusqu'à Dor. Au nord, elle touchait Aser, au nord-est et à l'est Isachar (Jos. 17, 10), et non pas le Jourdain, comme le dit Josèphe^. Ses villes étaient Dor, Thaanach, Megiddo ; plus tard Samarie fut bâtie sur son territoire. On lui avait donné en outre, sur le territoire d'Isachar et d'Aser, les villes d'Én-dôr, de Beth-
' Josué, ch. 19, v. 1-8.
' Voy. Genèse, .J3, 19; Josué j 24, 32.
3 AntiquA. V, ch. J,§2a.
sefin et de Yibleûm; mais les Cananéens ne purent de longtemps être expulsés de ces villes (ib. v. U— 13).
7° ISACHAR, au nord-est d'Éphraïm, s'étendait au nord jusqu'au tarrent de Jvison; sa limite à l'est était le Jourdain. A l'ouest et sud-ouest cette tribu toucbait le territoire de Manassé et s'étendait au N. O. jusque vers le Carmel. Elle possédait les villes de Yezreël, Aphek, ïhirsa, Gelboa, Dabrath, etc.
8° AsER occupait la cote, au nordouest d'Isachar, depuis le midi du Carmel jusque près de Sidon. Ses villes, environ une vingtaine, étaient peu considérables; nous y remarquons Achsaph, près d'Acbzib (Ecdippa). Cette dernière ville ainsi que Aeco et même Sidon devaient appartenir à Aser, mais elles ne pu-, rent être conquises.
QoZaeulon, au nord d'Isachar, jusque vers Kinnéreth (dans les environs de Capharnaoum) '. Sa limite à l'est était le lac de Génésareth, et à l'ouest le territoire d'Aser. On y remarque les villes de Yokneam, Rana, Gatli-Hépher (patrie du prophète Jonas), Abel-Beth-Maacha^, et, sur la limite d'Isachar, le mont Thabor.
10° Naphthali s'étendait au nord de Zabulon jusqu'aux sources du Jourdain; à l'ouest il touchait Aser et le territoire des Phéniciens, et à l'est le Jourdain supérieur avec le lac Samochonitis. Parmi ses villes nous remarquons Rédes , Hasor et Rinnéreth.
Après avoir fait ce partage, Josué et le grand prêtre Éléazar assignèrent à la tribu de Lévi les quarante-huit villes qu'elle devait occuper sur le territoire de toutes les autres tribus.
Selon le livre de Josué, les prêtres, qui étaient de la famille de Rehath , reçurent treize villes situées sur le territoire de Juda, de Siméon et de Benjamin 3; les autres descendants de
* Comparez l'Évangile de Matthieu , ch. 4, V. 13.
2 Plus tard on trouve sur ce territoire quelques villes plus célèbres, telles que Tibériade, Seplioris, Nazareth.
. 3 Voy. ci-dessus, pa^e 177, col. I, note 2. i^' Livraison. (Palestine.)
Rehath eurent dix villes dans les cantons d'Ephraïm , de Dan et de Manassé (en deçà i\u Jourdain). Treize villes furent données aux Gersouites , dans les cantons d'Isachar, d'Aser, de Naphlbali et de ftlanassé (au delà du .loiu-dain), et douze villes aux Mérarites, dans les cantons de Zabulon.
(le Gad et de Ruben '. Six de ces villes devaient servir d'asile aux meurtriers involontaires; Moïse lui-même en avait déjà désigné trois au delà du Jourdain*, Josuéyen ajouta troisautres en deçà du fleuve, savoir : Rédes dans le canton de Naphthali , Sichem dans celui d'Ephraïm et Hébron dans celui de Juda.
La guerre étant terminée pour le moment, Josué convoqua les tribus de Piuben et de Gad et la demi-tribu de Manassé auxquelles Moïse avait donné le pays à l'est du Jourdain, et, après les avoir exhortées à rester fidèles à la loi de Moïse, il leur donna sa bénédiction et les renvoya dans leurs possessions. Arrivées au Jourdain, ces tribus élevèrent, sur les bords du fleuve, un grand autel, pour servir de monument à la postérité, afin qu'on ne pût les exclure un jour de la communauté de Jéhova. Le bruit se répand bientôt que le symbole d'un culte étranger a été élevé sur le Jourdain; aussitôt les représentants du peuple s'assemblent à Siloh , et déjà il est question de prendre les armes contre les tribus rebelles. Mais on veut d'abord leur demander des explications ; Pinehas , lils du grand prêtre Éléazar, et dix représentants chefs de famille, un de chaque tribu, sont chargés de se rendre de l'autre côté du Jourdain, pour faire des représentations au sujet de l'autel. Les députés reprochent aux tribus de l'est leur infidélité envers Jéhova ; mais ces tribus protestent de la pureté de leurs intentions. L'autel, disent-elles, n'a pas été élevé pour y faire des sacrifices ; nous craignions que vos descen-
' On peut voir les noms de toutes ces villes dans le livre de Josué, ch. 21, y. 13 ot sui. vanls.
^ Voy. ci-dessus, page I3l.
L'UNIVERS
dants ne pussent un jour vouloir exclure les nôtres de la communauté d'Israël et du culte de Jeliova, en considérant le Jourdain comme une limite entre vous et nous, et nous avons bâti cet autel comme simple monument, pour servir detémoisnage de l'unité de toutes les tribus sur les deux rives du Jourdain. Satisfaits de celte réponse, Pinebas et les députés retournèrent à Siloh , et les explications qu'ils apportèrent furent accueillies avec une satisfaction générale.
L'autel reçut cette inscription : C'est un témoignage entre nous que Jékova est le (seul) Dieu '.
Josué passa probablement le reste de ses jours tantôt à Sichera^, tantôt dans la ville de Thimnatb-Sérah, qui lui avait été donnée pour récompense de ses services. Il abandonna , sans doute, le gouvernement intérieur des tribus à leurs Anciens et à leurs chefs respectifs. Les Hébreux avaient renoncé pour le moment à continuer la guerre avec les Cananéens; du moins le livre de Josué, la seule source que nous puissions consulter pour l'histoire de cette époque, ne relatet-il aucun événement arrivé depuis le partage des terres jusqu'à la mort de Josué. Ce n'est que peu de temps avant sa mort que nous voyons reparaître sur la scène le vainqueur des Cananéens. Se sentant près de mourir, Josué convoqua à Sichem tous les représentants de la nation dans une assemblée générale, à laquelle le peuple lui-même assistait en grand nombre. Probablement l'arche sainte y fut transportée de Siloh (Jos. 24, 26). Josué adressai l'assemblée un discours, dans lequel il rappela les bienfaits dont Jéhova avait comblé les Hébreux. Il exhorta le peuple à la fidèle observation des lois de Moïse, et à la continuation de la guerre , lui prédisant de grands malheurs , s'il abandonnait le culte
' C'est ainsi que je comprends le passage <le Josué, Ctl. 22, V. 3i.
' Selon Joséphe (Antiqu. V, I, 28), il résidait h. Sichem. Le sanctuaire restait fixé à Siloh.
du vrai Dieu, et s'il se mêlait avec les Cananéens qui restaient encore trop nombreux dans le pays. Les Hébreux promirent d'obéir, et sanctionnèrent de nouveau leur alliance avec Jéhova. Josué dressa un acte de tout ce qui venait de se passer et de la nouvelle sanction de la loi , et l'inscrivit dans le livre de la loi de Moïse'. 11 fit élever aussi, à l'endroit de l'assemblée, une pierre monumentale, qui, disait-il, servirait de témoin contre le peuple, s'il reniait son Dieu. Josué mourut bientôt après, à l'âge de cent dix ans, soi.xante-cinq ans après la sortie d'Egypte, et il fut enseveli dans sa propriété à Thimnath-Sérah. Il avait été pendant vingt-cinq ans le chef suprême du peuple hébreu ^. Bientôt le grand prêtre Eleazar suivit Josué dans la tombe ; il fut enterré sur une colline qui appartenait à son fils Pinehas, sur la montagne d'Éphraïm.
Tant que vécurent les Anciens qui avaient été contemporains de Josué et qui avaient assisté à la conquête, les Hébreux furent maintenus dans Iferespectdes lois et dans le culte de Jéhova. Il y eut bien çà et là quelques hommes isolés qui se laissèrent entraîner à l'idolâtrie ( Jos. 24 , 23 ) ; mais la giande majorité de la nation persista dans la bonne voie et dans ses sentiments hostiles à l'égard des Cananéens. Conformément à la dernière exhortation de Josué, quelques tribus recommencèrent les hostihtés, soit pour faire de nouvelles conquêtes, soit pour reprendre des villes déjà conquises autrefois, et dont les Cananéens avaient pu de nouveau se rendre maîtres.
' C'est probablement le document qui nous est conservé dans les chapitres .23 et 24 du livre de Josué.
2 Ordinairement on ne fait durer que dixsept ans le gouvernement de Josué, mais ce n'est là qu'une simple supposition qui ne se base sur aucune donnée historique. Josèphe ( 1. c. § 29) dit expressément que Josué avait gouverné les Hébreux pendant vingî-cinq ans ; la chronique samaritaine dit la même chose, et Des Yignoles a cherché à démontrer l'exactitude de ce chiffre. Voy. Chronol. de Phist. sainte, t. I, p. 8-16. La tradition rabbinique donne au gouvernement de Josué vingt-huit ans. Séder Olam rabta, ch. 12.
C'est ainsi que les tribus de Juda et de Siméon attaquèrent quelques peuplades cananéennes près de Bézek, ville dont la position est inconnue, mais qui était probablement située entre Jérusalem et le Jourdain'.
Dix mille Cananéens furent défaits près de cette ville, dont le roi', nommé Adoni-Bézeli, eut les pouces et les orteils coupés, supplice que, de son propre aveu, il avait fait subir à soixante-dix rois (Juges, i,7). Jérusalem (la basse ville) fut prise à la même époque ; toute la montagne de Juda fut déblayée, et on s'empara même momentanément des villes de Gaza, Ascalon et Ékron. Béthel tomba par trahison au pouvoir des Éphraïraites.
Cependant les tribus manquèrent de force ou d'énergie pour expuisqr ou exterminer les Cananéens, comme l'avait ordonné Moïse. Josué avait peut-être fait une grande faute en ne se donnant pas de successeur; le manque de chef et l'absence d'unité et d'ensemble dans les opérations paralysèrent les forces des Hébreux . Ce furent surtout les tribus du nord, celles de Dan, Manassé, Éphraïm, Aser, Zabulon , Naphthali, qui ne purent s'emparer de toutes les villes qui leur avaient été destinées , ou qui se contentèrent de rendre les Cananéens tributaires, en leur permettant de demeurer au milieu d'elles.
Un messager de Dieu , ou un prophète, se présenta pour montrer aux Hébreux les conséquences funestes de leur faiblesse. Le peuple reconnut la vérité de tout ce que disait l'homme de Dieu ; mais il ne pouvait plus répondre à son appel que par des larmes' . Les Cananéens devinrent de plus en plus dangereux , par leur force matérielle qui n'était pas brisée , et plus encore par leur culte plein de séductions et par l'exemple de leurs moeurs corrompues. Les Anciens qui avaient entouré Josué moururent peu à peu ; des beaux temps de l'élan guerrier
et de l'enthousiasme religieux ii n'en resta plus que le grand prêtre Pinehasqui ne pouvait plus, de son bras vieilli, venger comme autrefois l'outrage fait aux mœurs et au nom de Jéhova , et qui n'était pas capable de maintenir l'unité politique et religieuse des tribus et de les préserver de l'anarchie. L'idolâtrie et la corruption des mœurs augmentèrent de jour en jour; les tribus, manquant de chef et de centre commun, devinrent étrangères les unes aux autres, et leur indifférence mutuelle menaça de dégénérer en hostilité. Deux événements racontés dans le livre des Juges, et que nous devons faire remonter à l'époque qui suivit la mort de Josué et des Anciens , montrent ce qu'étaient devenus , après si peu de temps , \ts beaux rêves de Moïse.
Sur la montagne d' Éphraïm vivait, dans une retraite isolée, un homme, nommé Michah. Cet homme avait caché une somme d'argent appartenant à sa mère; celle-ci, ne sachant ce qu'était devenu cet argent, se lamenta et prononça des imprécations. Michah vint là rassurer en lui disant qu'il avait mis l'argent en sûreté; la mère bénit la prévoyance de Michah, et, dans sa joie, elle consacra une partie de la somme à faire faire une image de Jéhova. La statue fut placée dans un petit temple que Michah avait fait bâtir dans sa maison et qu'il fit desservir par un de ses fils revêtu d'un Éphod et muni de ThérapMni , à l'imitation des Ourim et Thîimmîm'. Quelque temps après, un jeune lévite de Bethléhem , voyageant pour chercher une place, vint à passer devant la maison de Michah ; celui-ci étant entré en conversation avec le lévite , l'engagea à rester chez lui pour servir de prêtre à son temple. Le jeune homme y consentit; il fut traité comme un fils par Michah qui ne doutait plus des faveurs dont Jéhova allait combler sa maison, ayant pour prêtre un véritable lévite .
' Voy. Juges, I, 7; I Sam. II, 8.
' Yoy. Juges, ch. 2, V. 1-5.
' Voy. ci-dessus, page I76.
L'UNIVERS
A cette époque la tril)U de Dan, qui n'avait pu prendre possession de ses villes de la côte et que les Cananéens avaient refoulée sur la montagne, se vit obligée d'envoyer des colonies sur d'autres points. Cinq hommes furent expédiés pour aller explorer le pays au nord de la Palestine. Leur chemin les conduisit par la montagne d'Éphraïm et ils passèrent une nuit dans la maison de Michah. Ayant vu le jeune lévite et ayant appris de lui quelles étaient ses fonctions dans cette maison , ils le prièrent d'interroger l'oracle pour savoir si leur entreprise devait réussir. Le lévite leur fit une réponse favorable et les cinq hommes continuèrent leur voyage vers le nord. Ils arrivèrent à la ville de Laïsch habitée par des Phéniciens, qui y vivaient dans une paix profonde, et sans aucune crainte; car Laïsch était située hors des limites du pays des Hébreux. Aussi la ville était-elle sans défense, et les explorateurs crurent y trouver une occasion pour faire facilement une bonne conquête. Laïsch était trop loin de Sidon pour pouvoir en attendre un prompt secours; une attaque à l'improviste ne pouvait donc manquer de réussir. Les cinq hommes retournèrent immédiatement auprès de leur tribu, qui expédia aussitôt six cents hommes armés pour s'emparer de Laïsch.
Cette bande , en passant devant l'habitation de Michah, fut avertie par les cinq explorateurs qu'il s'y trouvait une idole et un oracle. Les Danites , croyant sans doute que la présence de ces objets sacres ne pouvait manquer de faire prospérer leur entreprise, emportèrent tout l'appareil du temple et enlevèrent le prêtre. Michah les poursuivit avec ses gens ; mais voyant qu'il était trop faible pour lutter "contre la bande , il 'se retira. Les Danites s'en allèrent à Laïsch , et tombèrent sur cette ville , qu'ils dévastèrent par le feu et le glaive. L'ayant restaurée ensuite sous le nom de Dan, ils y établirent l'idole faite par ^lichah , et lui consacrèrent un culte en rivalité avec le temple de Siloh ; le lévite
qu'on avait emmené y fonda un sacerdoce héréditaire'.
On voit par ce récit que la loi de Moïse conservée dans le sanctuaire de Siloh restait sans influence sur le peuple qui méconnaissait entièrement son esprit, et qu'il n'y avait pas de pouvoir central assez fort pour empêcher le désordre et les abus.
Une action atroce commise à Gabaa, dans le canton de Benjamin, et que les autorités locales , si toutefois il en existait , avaient laissée impunie, devint la cause d'une guerre civile, qui se termina par la destruction presque totale de la tribu de Benjamin.
Un lévite demeurant sur les confins de la montagne d'Éphraïm avait pris pour concubine une femme de Bethléhem. Cette femme l'ayant quitté et étant retournée chez son père à Bethléhem, le lévite la suivit quelque temps après , pour l'engager à revenir chez lui. Il fut bien accueilli par le père de la jeune femme, et celle-ci consentit à retourner avec lui. Cédant ^ux instances du père, le lévite avait pwsé quatre jours auprès de lui ; le cin- . quiènie jour il voulut partir dès le matin, mais le père parvint encore à le retenir jusque dans l'après-njidi.
Le lévite, pour ne pas éprouver de nouveau retard, voulut partir, malgré l'heure avancée , se proposant de passer la nuit dans l'une des villes voisines, et il se mit en route avec sa femme et un serviteur qui l'avait accompagné à Bethléhem. Lorsqu'ils passèrent près de Jébus , ou Jérusalem, le serviteur proposa d'y passer la nuit ; mais le lévite refusa d'entrer dans cette ville , qui était encore au pouvoir des Cananéens, et il voulut aller à Gabaa , ou à Rama ». On poussa jusqu'à Gabaa; le soleil était couché, et personne ne voulant recevoir les voyageurs , ils s'établirent
' Le lexle (Juges, I8, 30) appelle ce lévite Jonathan, lils de Gerson , tils de Manassé. Au, lieu de Manassé, une variante porte Mosché (Moïse ); de même la Vulgale. En effet, une ancienne tradition , sans fondement historique, présente le lévite de Michah comme le pctit-liis du grand législateur.
^ Voy. notre Topographie, p. 43.
avec leurs deux ânes sur la place publique. Un bon vieillard d'Éphraïin , établi à Gabaa, revint de son travail des champs; ayant vu les étrangers, il leur offrit une généreuse hospitalité. Un repas joyeux réunissait la famille du vieillard et les voyageurs, lorsque des gens de la populace, imitant la conduite des habitants de Sodoni , frappèrent à la porte, demandant à grands cris qu'on leur livrât le lévite. Toutes les représentations de l'hospitalier vieillard furent inutiles; enfin le lévite ayant conduit sa femme à la porte, ces gens s'emparèrent d'elle et l'outragèrent pendant toute la nuit. A l'aube du jour, ils la renvoyèrent; la malheureuse femme se traîna jusqu'à la porte du vieillard , et tomba morte sur le seuil. Le matin le lévite ayant trouvé à la porte le cadavre de sa femme , le chargea sur son âne et partit pour la montagne d'Éphraïm. Arrivé dans sa demeure, il découpa le cadavre en douze morceaux qu'il envoya aux douze tribus des Hébreux , aûn de les exciter à venger le crime des Benjamites. Cette action inouïe révolta tous les esprits , et en peu de temps quatre cent mille hommes furent prêts à prendre les armes contre la tribu de Benjamin. Une diète fut convoquée à Mispah , où le lévite outragé se présenta pour exposer sa plainte. On envoya d'abord des députés auprès des Benjamites , pour leur ordonner l'extradition des coupables; mais les Benjamites ayant refusé d'obéir, on décida de leur faire la guerre. Chaque tribu envoya sou contingent, et la tribu de Juda ouvrit la marche contre Gabaa, où les Benjamites s'étaient assemblés de toutes leurs villes. Pendant deux jours de suite les Benjamites sortis de Gabaa repoussent l'armée nombreuse des assaillants avec une grande perte. Déjà les tribus se retirent à Béthel , où se trouvait momentanément l'arche sainte; là on célèbre un jeûne public, on offre des sacrifices, et hésitant sur le parti qu'on devait prendre , on consulte de nouveau l'oracle sacré. Le grand prêtre Pinehas ,
animé comme autrefois d'une sainte jalousie, encourage le peuple , au nom de Jéhova , à marcher de nouveau contre Gabaa. Cette fois l'attaque est entourée de plus de précautions ; un stratagème, semblable à celui qui avait été employé dans l'attaque contre Aï, réussit complètement. L'armée des tribus , feignant de fuir, attire les Benjamites loin de la ville ; en même temps dix mille hommes, placés en embuscade près de Gabaa, fondent sur cette ville et y mettent le feu.
Les Benjamites, voyant monter les flammes, sont stupéfaits, perdent courage, et s'enfuient en désordre.
Mais ils se trouvent enveloppés de tous les côtés ; alors il s'en fait un massacre tel que six cents hommes seulement parviennent à se réfugier dans le désert, où ils restent cachés pendant quatre mois, dans une grotte appelée Séla-liimmôn (rocher de Rimmôn ou du grenadier). L'armée des Hébreux dévasta et brûla toutes les villes de Benjamin et massacra tous les habitants.
Après cette vengeance terrible , les esprits s'étant calmés , on regretta d'avoir anéanti une tribu entière, et un deuil public fut célébré à Béthel.
Par malheur tous les Hébreux avaient fait un serment solennel de ne point donner leurs filles enmariage aux Benjamites ; de sorte que le désastre paraissait irréparable. Pour éviter la perte totale de la tribu de Benjamin, on ne sut imaginer rien de mieux que de tomber sur la ville de Jabès-Galaad ■ , dont les habitants n'avaient point envoyé de contingent pour l'attaque de Gabaa. On extermine les habitants de Jabès, à l'exception de quatre '■ents vierges , qu'on réserve à la tribu de Benjamin. Ensuite on offre la paix aux six cents Benjamites retranchés à Séla-Rimmôn , et on leur livre les quatre cents filles de Jabès. Quant aux deux cents Benjamites restés sans femmes, on leur conseille de se rendre à la fête nationale qu'on célébrait tous les ans à Siloh, et où les
' Voy. ci-dessus , p.ige 72 .
L'UNIVERS
jeunes filles allaient danser, et on leur permet de surprendre les danseuses et d'en enlever une chacun , afin de la prendre pour femme. De cette manière les parents pouvaient consentir, sans violer leur serment.
Ce plan est mis à exécution et les Benjamites se trouvent rétablis.
Les détails de cet événement nous offrent un triste tableau des mœurs barbares de l'époque : la conduite infâme des habitants de Gabaa, le cadavre dépecé de la femme du lévite servant de provocation à la guerre, le carnage qu'on fait des Benjamites, et où se trouvent confondus les innocents et les coupables , enfin l'expédition contre Jabès et l'enlèvement des filles de Siloh, sont autant d'actes indignes d'un peuple policé et vivant sous un gouvernement régulier et sous des lois civilisatrices. Aussi, l'auteur du livre des Juges , en rapportant ces faits , ajoute-t-il , qu'en ce temps-là il n'y avait pas de roi en Israël et que chacun faisait ce qui lui semblait bon.