Règne de Saiil
Saiil , en montant sur le trône, devait être dans la force de l'âge ' , car il avait, dès le commencement de son règne, un fils nommé Jonathan, à qui il pouvait déjà confier des opérations militaires. Les Philistins, à ce qu'il paraît, virent avec indifférence l'avènement de Saiil, qui ne paraissait pas d'abord vouloir rompre le traité de paix conclu par le juge Samuel après la bataille de Mispan. Le nouveau roi , après son installation, renvoya tous les Hébreux dans leurs foyers , ne conservant autour de lui que trois mille hommes, dont deux mille, sous ses ordres immédiats , gardèrent les hauteurs de Bethel et le défilé de Michinas;î , et mille restèrent, sous les ordres de Jonathan, à Gabaa qui était la résidence de la famille royale, et oii se trouvait aussi le poste militaire des"^ Philistins. Ces derniers, oubliant la défaite qu'ils avaient subie sous Samuel, étaient devenus assez insolents pour demander le désarmement général des Hébreux et pour défendre à ceux-ci toute fabrication d'armes. Le manque total de forgerons, du moins dans le midi , obligeait même les Hébreux de s'adresser aux Philistins pour faire repasser leurs instruments aratoires. Telle fut la position réciproque des deux peuples
1 Le texte dit (I Sam. 13, I ) : Saûl en devenant roi, -était BEN-sCHANAn, c'est-àdire , dgé d'un an ; il est évident que le chiffre manque et qu'il faut traduire : dyé de .... ans, Car, en hébreu, on met le sins^ulier après les noms de nombre au delà de dix. La Yulgate porte : Filins nniii-s anni erat Saut cuni rerjnare cœpissct , ce qui ne donne aucun sens. Vov. Des Vignoles, \, 136 et suiv.
' Michmas', près de Gabaa, était situe au nord de Jérusalem , à environ trois lieues de distance; il v avait près de la un delile, dont l'occupation militaire était d'une grande importance. Vov. L Sam. l4, v, 4 et 5.
à la fin de la deuxième année du règne de Saûl ' ; mais cet état des choses ne pouvait avoir duré longtemps, car, après l'élection de Saiil, nous avons vu les Hébreux parfaitement en mesure pour repousser l'attaque des Ammonites.
L'insolence des Philistins indigna Saiil et son noble fils Jonathan. Ce dernier tomba subitement sur le poste des philistins à Gabaa el le détruisit; en même temps Saiil ùt retentir, dans tout le pays, la trompette de la guerre , pour appeler les Hébreux au combat. Les Philistins instruits du forfait de Jonathan , envahirent aussitôt le midi de la Palestine avec trente mille chariots et six mille cavaliers.
Les habitants, se voyant serrés par des forces aussi imposantes , se réfugièrent dans les souterrains; d'au»
très se retirèrent au delà du Jourdain. Saiil quitta sa position près de Michmas, et se rendit à Guilgal, où il fut bientôt rejoint par une foule d'Hébreux avides de combattre. Samuel aussi devait s'y rendre au bout de sept jours; mais le septième jour était arrivé , et on n'avait encore aucune nouvelle du prophète. Déjà le peuple commença à se disperser; Saiil, craignant de se voir isolé, et voulant se préparer au combat par un acte religieux, fit procéder au sacrifice, auquel il présida lui-même. Après la cérémonie Samuel arriva; SaiiL alla au-devant de lui pour le saluer, mais le prophète lui reprocha avec dureté de n'avoir pas suivi l'ordre qu'il lui avait donné, au nom de Jéhova, et d'avoir seul célébré l'acte solennel du sacrifice. Saiil essaya de montrer au prophète combien , dans ces circonstances , son impatience de se préparer au combat était excusable ; mais Samuel , croyant reconnaître dans le roi des velléités d'indépendance, lui prédit dès lors que son règne ne subsisterait pas.
' I Sam. 13, I Dans ce passage le verbe MALiCii doit se rendre par le plus-que-parfait regnaverat et non pas par regnavit, comme le fait la Vulgate ; le sens est, que Saûl avait régné deux ans, lorsque arriva l'événement qu'on va raconter.
Le prophète se rendit à Gabaa ci»
il fut suivi par Saùl et les troupe^, qui se trouvaient réduites à environ six cents hommes. Les Philistins campés à Michmas envoyèrent des détachements dans trois directions différentes pour ravager le pays ; un poste resta pour occuper le défilé de Michmas. LesHébreux manquant d'armes, étaient dans la plus grande perplexité; Saiil et Jonathan étaient seuls complètement armés. Un jour Jonathan prit, à l'insu de son père, la résolution héroïque d'aller seul, avec son écuyer, attaquer les avant-postes de Michmas.
Le fidèle serviteur se montrant prêt à le suivre , Jonathan convint avec lui d'un signe auquel ils devaient reconnaître si Dieu voulait favoriser leur entreprise : « Nous passerons, dit-il, vers ces gens , et nous nous montrerons à eux. S'ils nous disent : Attendez jusqv! à ce que nous soyons arrivés auprès de vous , nous resterons à notre place, et nous ne monterons pas vers eux. Mais s'ils nous disent : Montez vers nous, nous monterons, car Jéhova les aura livrés entre nos mains. » Les Philistins, en voyant Jonathan et son écuyer, dirent avec ironie : «Voici des Hébreux qui sortent de leurs souterrains; montez donc un peu vers nous, afin que nous vous disions quelque chose. » Les deux héros escaladèrent le rocher; ils tombèrent sur les avant-postes des ennemis et tuèrent une vingtaine d'hommes. Cet exploit sans exemple répandit la terreur parmi les ennemis. Saiil apprit par ses sentinelles avancées qu'il y avait un grand mouvement parmi les Philistins; en même temps il eut connaissance de l'absence de Jonathan et de son écuyer-^lallaitconsulter le grandprêtre ÀchiaTi, arrière-petit-fils d'Eli , qui se trouvait auprès de lui avec l'arche sainte, lorsqu'il apprit que le désordre augmentait de plus en plus dans le camp des Philistins. Il se rendit immédiatement avec sa petite troupe au théâtre de la guerre ; le tumulte y était au comble et on s'entr'égorgeait. Les soldats hébreux qui servaient dans l'armée des Philistins,
L'UNIVERS
oii ils étaient enlri'S probablement pendant la paix, se rangèrent du côté de Saiil et de Jonathan ; ceux qui étaient cachés dans les montagnes d'Ephraïm sortirent de leur retraite, et se mirent également à la poursuite des Philistins en désordre. Saiil défendit à ses troupes , sous peine de malédiction , de prendre la moindre nourriture ce jouria , jusqu'à ce qu'il eût tiré vengeance de ses ennemis. Les troupes obéirent , malgré les fatigues du combat; Jonathan seul, qui était épuisé de tant d'efforts, et qui n'avait pas eu connaissance de la défense de son père , se permit de ramasser, avec un bâton , un peu de niiel sauvage ' , qu'il porta à sa bouche pour se rafraîchir. Les Philistins furent repoussés ce jour même jusqu'à Ayyalôn. Le soir, les Hébreux affamés égorgèrent les bestiaux pris sur les ennemis et en mangèrent la chair avec le sang, contrairement à la loi mosaïque. Saùl, averti de cet abus , fit aussitôt élever un autel, et ordonna qu'on y tuât les animaux selon les rites, en laissant écouler toutle sang. Dans son ardeur, Saùl voulut continuer la nuit même la poursuite des Philistins; mais Toracle, interrogé à ce sujet par le prêtre , ne donna pas de réponse. Saiil fut convaincu qu'un péché avait été commis, et il jura de punir de mort le coupable, fût-ce son fils Jonathan lui-même. On interrogea le sort sacré qui désigna Jonathan comme le pécheur. Qu'as-tu fait, mon fils? lui demanda Saiil. J'ai goûté un peu de miel , répondit Jonathan; je suis prêt à mourir. Saùl crut devoir maintenir son serment, et on aurait eu à déplorer un second sacrifice comme celui de Jephté, si cette fois le peuple ne s'était pas interposé de toute son autorité. « Comment , s'écria-t-on de toute part, Jonathan serait mis à mort, lui qui a sauvé Israël! par le Dieu vivant, pas un cheveu de sa tête ne tombera à terre. »
Cette protestation énergique dégagea Saùl de son serment, et lui rendit son fils.
' Voy. ci-dessus , page 28.
Les Philistins se retirèrent au delà de leurs limites. Cette nouvelle victoire affermit encore davantage le trône de Saùl qui , comme s'exprime le texte biblique (ISain. H, 47), avait conquis la 7'oi/auté sur Israël. Il repoussa avec un égal succès l'agression d'autres peuples voisins , tels que les Moabites , les Ammonites , les Iduméens, et les Syriens de Soba'. Les tribus à l'est du Jourdain vainquirent, sous le règne de Saùl , les Hagaréens , nomades arabes , et s'étendirent jusque vers l'Euphrate (I Chron. 5, 10).
Saùl s'attendait encore à de longues luttes avec les Philistins et il tâcha de s'entourer de tout ce qu'Israël possédait d'hommes forts et exercés dans la guerre. Il se mit en mesure d'avoir, en cas de besoin, des troupes expérimentées et convenablement armées, et il confia le commandement général des forces militaires à son cousin Abner, lils de Ner. C'est le seul grand dignitaire que nous trouvions auprès de Saùl. En général, Saùl avait,, conservé sa simplicité d'autrefois; il he tenait pas de cour, et sa maison se com • posa i t des seuls menîbres de sa fam ille. Il avait, de sa femme unique, appeléçK Achinoam, fille d'Achimaas, quatre filsi savoir .-Jonathan, Jesvi (ou Abinadab), Malchisoua et Isboseth, et deux fille? , dont l'aînée s'appelait Mérab et lacadette Michal. Au nombre des membres de la famille royale, nous trouvons encore les frères Kîs et Ner, le premier, père de Saùl, le second, pèred'Abner'.
' Vov. I Sam. I4 , 47. Il résulte évidemment (le ce passage que l'État de Soba, que nous verrons en conflit avec David, était voisin de la Palestine, et on ne saurait admettre l'opinion de Micliaëlis , qui, sur la seule autorité des Pères de l'Église syriens , a pris Soba pour Nésibis ou Nisibirien Mésopotamie. ( Voy. sa dissertation De Syria Sobœa, dans ses Commentait., soc. Gotting. oblatœ, t. TI. ) Dans l'épigraphe du ps. 60, Soba est expressément distingué de la Mésopotamie. Mictiaëlis a été victorieusement réfuté par RosenmûUer, qui , avec beaucoup plus de vraisemblance, place l'État de Soba en deçà de l'Euphrate, qui en était la limite orientale, à l'ouest il touchait le territoire de, Damas et celui des Hébreux. Voy. Rosenm ^ibl. Geot/raphie, I, 2, p. Ii5et2o0.
'■' Vov. I Sam. 14, 49-51. Il mérite d'étra
Samuel n'avait pas perdu son influence; il s'était aperçu, sans doute, que ni Saùl ni ses fils, quelles que tussent d'aille^irs leurs qualités, n'étaient propres à réaliser son idéal de la théocratie , et il se repentit du choix qu'il avait fait. 11 attendait une occasion pour rompre ouvertement avec Saùl et pour lui donner un rival appuyé de tout le poids de son autorité prophétique, et de l'influence politique qu'il avait conservée comme ancien
Un jour, le prophète se rendit auprès de Saiil, et en rappelant au roi que c'était à lui qu'il devait la couronne , il lui ordonna au nom de Jéhova de porter ses armes contre les Amalécites, les plus anciens et les plus implacables ennemis des Hébreux, et de leur faire une guerre d'extermination. Saùl^ obéit, et son expédition fut couronnée de succès; mais au lieu de tout exterminer, comme l'avait ordonné le prophète, on ramena , comme butin, les meilleurs bestiaux et les autres objets précieux. Agag, roi d'Amalek, fut fait prisonnier; mais les Amalécites ne furent pas entièrement détruits, comme l'avait ordonné Moïse (Deut.
25, 19), et on pouvait craindre de leur part de nouvelles attaques. Samuel, peu satisfait de l'issue de cette guerre. et ayant appris que Saùl était arrivé à Carmel ', oii il s'élevait un monument, se rendit droit à Guilgal , pour s'y trouver avec Saùl. Celui-ci , voyant ie prophète, lui dit : « Je te salue au nom de Jéhova ; j'ai accompli sa parole divine. » « Mais, lui demanda Samuel , quel est donc ce mugissement de bœufs et de brebis qui frappe mes oreilles? — Le peuple, répondit Saùl, a
remarqué que, dans ce passage où l'on énumère les membres dont se composait la famille royale au commencement du règne , il n'est pas question du quatrième fils de Saûl, nommé Isbosetti. Il paraîtrait donc qu'Isbosetb naquit après l'installation de Saûl , circonstance importante pour fixer la durée du règne de Saûl, car, après la mort de celuici, Isboseth était âgé de quarante ans (II Sam. 2, 10).
• Celte ville était dans le canton de Juda ( Jos. 15, 55), sur une montagne du même nom. Voy. ci-dessus, page 6.
ramené l'élite des bestiaux pour offrir un sacrifice à Jéhova. — Dieu, répliqua le prophète, aime mieux l'obéissance que les holocaustes et les sacrifices; tu as rejeté l'ordre de Jéhova, et il rejette ta royauté. » Saùl chercha à apaiser la colère de Samuel : il s'était vu forcé, dit-il , d'obéir à la volonté des troupes; et il le supplia d'aller avec lui se prosterner devant Jéhova. Samuel se détourna en prononçant de nouveau la déchéance de Saùl ;' celui-ci, voulant le retenir, saisit le pan de son manteau, qui se déchira. « C'est ainsi, dit le prophète , que Dieu t'a arraché la royauté pour en revêtir un autre qui en sera plus digne que toi. — Je reconnais ma raute, dit le roi, mais honore-moi devant les Anciens de mon peuple et devant Israël, et accompagne-moi;, pour que je me prosterne devant Jéhova. » Samuel lui accorda cette demande. Après la cérémonie, le prophète se fit amener le roi Agag et lui dit : De même que ton glaive a privé les femmes de leurs enfants, de même ta mère sera privée de toi; cela dit, il le mit à mort de sa propre main.
Après cette scène, Saùl retourna a Gabaa; Samuel se rendit à Rama et il ne revit plus le roi Saùl. Il était décidé à chercher ailleurs un roi selon son cœur, et les événements favorisèrent ses projets.
Cependant Saùl avait affermi son trône par ses nombreuses victoires , et toute l'autorité de Samuel n'aurait pas suffi pour renverser un roi devenu de plus en plus populaire. Si autrefois Samuel, pressé d'élire un roi, avait cru , dans l'intérêt des institutions démocratiques, devoir s'adresser à la tribu la moins nombreuse et la moins puissante, il s'agissait cette fois de trouver un homme qui pût se créer un parti assez fort pour oser entreprendre la lutte contre la dynastie établie. Ce fut sans doute dans cette conviction que Samuel jeta les yeux sur une famille de la puissante tribu de Juda qu'une antique bénédiction semblait appeler à de hautes destinées,
A Bethléhem vivait un homme riche appelé Isaï, descendant d'une des prin-
L'UIVn^ERS.
cipales familles de la tribu de Judn.
Parmi ses ancêtres nous remarquons Nahscliôn, qui avait été chef de la tribu du temps de Moïse. Son père fut Obed, flis de Boaz et de Piuth, la Moabite , qu'un généreux dévouement avait conduit jadis dans le pays des Hébreux : une famine arrivée dans ce pays avait obligé un certain Éliméieeh, habitant de Bethléhem, d'émigrer avec sa femme Noëmi et ses deux ûls , et de se rendre dans le pays de Moab. Éliméieeh y mourut , ainsi que ses Ois qui avaient épousé deux femmes moabites.
Noëmi , ayant perdu son mari et ses enfants,p'artitpour retourner dans son pays; l'une de ses belles-ûUes, appelée Rûth, touchée des malheurs de Noëmi, ne voulut pas se séparer d'elle. Arrivée à Bethléhem, elle allait glaner dans les champs, pour nourrir sa bellemère; le hasard la conduisit un jour dans le champ de Boaz, parent d' Éliméieeh. Boaz ayant entendu parler du noble dévouenïent de P«.uth, la reçut avec bonté; il voulut lui faire épouser un proche parent de son mari défunt, mais n'ayant pu y réussir, il épousa luimême la jeune v-^euve par un sentiment de piété pour un parent mort sans postérité. Il eut d'elle un fils nommé Obed, qui, comme nous venons de le dire, fut le père d'Isaï, dont la famille jouissait d'une haute estime dans le pays. Ce fut à cette famille que s'adressa le prophète Samuel pour y choisir un successeur à Saùl; mais il lui fallut s'entourer du plus profond mystère pour ne pas éveiller les soupçons du roi , qui auraient mis en danger la vie de Samuel et celle de son élu. Samuel partit donc pour Bethléhem , sous prétexte d'y célébrer un sacrifice ; les anciens de la ville vinrent au-devant du prophète pour lui offrir leurs hommages, et il les invita au repas solennel, auquel il convia également Isaï et ses fils, qui étaient au nombre de huit. Le plus jeune , appelé David , était absent, se trouvant dans les champs auprès des troupeaux de son père. Lorsqu'ils furent tous arrivés , Samuel se Ut présenter les fils d'Isaï. Tout en s'abandonnant , selon sa cou-
t'ime, à son inspiration divine et à une certaine faculté de divination , le prophète ne voulut pas cette fois se laisser influencer par la beauté extérieure , et il cherchait à lire dans les physionomies des fils d'Isaï les qualités intérieures dont ils pouvaient être doués (I Sam. 16, 7). Aucun des jeunes gens ne nlut à Samuel : « Ce sont là tous tes enfants.' demanda-t-il à Isaï. — Il en reste encore un, répondit celui-ci; c'est le plus jeune qui garde les troupeaux. — Fai.s-le venir, dit le prophète, car nous ne nous mettrons pas à table jusqu'à ce qu'il soit venu ici. » On fit venir David; c'était un jeune honnne de couleurs fraîches, ayant de beaux yeux et une belle physionomie. Il gagna .aussitôt l'affection de Samuel , et entraîné par la voix divine qui, dans son intérieur, se déclara en faveur de David, le prophète prit aussitôt la corne d'huile qu'il avait apportée avec lui, et procéda à l'acte symbolique de Vonction. Les assistants ne connaissaient probablement pas le sens de cet acte qui passait inaperçu; Davi^seul, sans doute, fut informé, par ïe prophète, de ses futures destinées, car, dès ce jour, le jeune homme manifesta une grande exaltation, et, comme^on disait alors , l'esprit de Jéhova le salsii. Ce fut là le dernier acte politique du prophète Samuel, qui depuis ce temps vécut retiré à Rama, pour consacrer le reste de ses jours à l'institut des prophètes, dans le développement duquel il voyait les plus belles garanties pour l'avenir.
Avant de quitter Samuel, jetons encore un coup d'ceil rapide sur sa belle carrière de Schophet et de prophète.
Dans tousses actes nous reconnaissons l'homme sévère et énergique, qui, animé d'un zèle ardent pour .léhova et pour sa loi, ne se laisse arrêter par aucun obstacle et marche droit à son but, avec la ferme conviction que c'est l'esprit de Dieu qui l'anime et qui lui dicte ses actions- Exerçant à la fois un pouvoir politique et un pouvoir spirituel, il restaura sous un double rapport l'État des Hébreux qu'il trouva sans unité politique, sans loi, sans culte. Il
éveilla l'esprit public, réunit toutes las tribus sous un seul drapeau, et, après leur avQir fait secouer le joug des Philistins et obtenir pour longtemps une paix honorable, il les prépara à lutter avec succès contre ces ennemis implacables, dont les attaques devaient se renouveler sans cesse. En même temps il déracina l'idolâtrie, et, par l'établissement de l'institut prophétique, il releva la religion mosaïque sans trop favoriser le pouvoir sacerdotal et le culte matériel, mais aussi sans y porter aucune atteinte; car, si on lui a reproché d'avoir lui-même usurpé les fonctions sacerdotales, en offrant un holocauste ( I Sam. 7, '9), le texte ne dit pas positivement qu'il ait exercé luimême le ministère de sacrificateur, ce que, du reste, il aurait pu faire dans l'absence des prêtres et d'un culte central, comme l'avait fait Moïse*, avant l'établissement du sacerdoce.
Selon lui. Dieu fait peu de cas des holocaustes et des sacrifices ; obéir à la loi dans son vrai sens vaut mieux que d'offrir à Dieu la graisse des béliers. Forcé par la volonté de la nation de coopérer à l'établissement de la royauté,, il limite le pouvoir du nouveau roi par une convention écrite.
Il guide le roi par ses conseils et tâche de lui inculquer les principes d'une théocratie spiritualiste et un respect profond pour les lois de l'État. Dès qu'il s'aperçoit que le roi n'est pas toujours disposé à observer la loi dans toute sa rigueur, il veut assurer l'avenir de son pays et de la constitution , en choisissant un vassal plus fidèle de .Téhova, le roi souverain du peuple hébreu. Rien ne peut le fléchir, car, il faut l'avouer, son caractère était énergique et absolu, et ne brillait ni par la douceur ni par les sentiments tendres. Dans son zèle absolu pour la lettre de la loi, il ne craint pas de montrer une extrême dureté envers Saùl et une cruauté inhumaine envers le roi Agag. L'époque avait besoin d'un homme de cette trempe, et Samuel, l'homme de cette époque, devait être tel qu'il a réellement été. Une critique
sans portée et pleine de préjuges a seule pu présenter la conduite de Samuel comme le résultat d'une vanité humaine et de l'ambition déçue.
Samuel ne gagna rien pour lui par l'élection de David, de même qu'il n'avait rien perdu personnellement par les usurpations de Saiil. Tout ce qu'il faisait était dans l'intérêt de son pays et de sa nation , selon un vaste plan sagement calculé. Au reste, le peuple lui-même lui rendit des témoignages unanimes de sa probité et de sa justice absolues, et la postérité, voyant en lui le restaurateur de la loi et de la religion, n'hésita pas à le placer à côté de Moïse. Selon le poète sacré, les ministres de Dieu qui invoquent son nom etdontilexauce les prières, sontMoïse, Ahron et Samuel ( Ps. 99, 6 ) ; et Dieu dit par la bouche du prophète .Térémie (15,1): « Quand même Moïse et Samuel se présenteraient devant moi, mon affection ne serait plus pour ce peuple. » L'Ecclésiastique (ch. 4 6, v 16-23), en faisant l'éloge des hommes illustres de l'antiquité, assigne à Samuel unedes plus belles places dans l'histoire des Hébreux , et en quelques mots il fait ressortir les principaux traits de ce grand homme , restaurateur du gouvernement et des lois, prophète divin , vainqueur des ennemis,jugeincorruptibleetd'une probité à toute épreuve.
Revenons maintenant au roi Saiil.
Depuis sa dernière entrevue avec Samuel, le roi était saisi souvent d'une profonde mélancolie. Ses gens furent d'avis que la musique seule pouvait rasséréner son âme abattue, et ils lui conseillèrent de faire venir un habile musicien qui pût lui procurer du soulagement dans ses accès de tristesse. Un des serviteurs du roi vanta le jeune David, fils d'Isaï de Bethléhera, qui, avec un grand talent musical, réunissait les avantages de la beauté, de l'esprit et du courage. Saùl expédia un message à Isaï , pour lui demander d'envoyer auprès de lui son fils David. Celui-ci arriva aussitôt, apportant avec lui un cadeau, dont Isaï l'avait charité
i"' Livraison. (Palestine.)
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L'UNIVERS
pour le roi. David parvint en effet,
fiar son jeu de kinnôr ' , à soulager e roi dans ses accès de mélancolie. Il gagna toute l'affection de Saiil , qui , appréciant en même temps son courage guerrier, le nomma son écuyer.
La subitefortune de David favorisa singulièrement les projets de Samuel.
Peut-être était-ce le prophète luimême, qui, par ses relations et par son influence secrète, avait su amener le jeune David à la cour de Saùl, pour lui procurer le moyen de développer ses hautes quali tés et de les mettre au grand jour. Bientôt un événement donna à David l'occasion de déployer tout son courage et d'attirer sur lui les regards de toute la nation.
Les Philistins avaient entrepris une nouvelle expédition contre les Hébreux, et envahi le bas pays de Juda; leur camp était entre Socho et Azéka . Saùl marcha à leur rencontre et fit camper ses troupes dans ]aplai?ie des térébinthes . Rangées en bataille, chacune des deux armées occupait une hauteur , un vallon les séparait. Un homme d'une taille gigantesque , nommé Goliath, delà ville de Gath, sortit des rangs des Philistins; toute son armure présentait un aspect formidable, en rapport avec sa taille, et il était précédé de son écuyer qui portait son bouclier . Placé au milieu entre les deux armées, il proposa aux Hébreux de choisir parmi eux un homme pour entrer avec lui dans un combat singulier, dont l'issue déciderait laquelle des deux nations devrait se soumettre à l'autre. A cette provocation il ajouta l'insulte, et répandit la terreur parmi les Hébreux; personne n'osait accepter le dangereux déû. On hésita longtemps; tous les jours, le matin et le soir, le géant philistin vint répéter sa provocation, et déjà quarante jours s'étaient ainsi passés dans l'inaction, quoique Saùl eût fait publier que celui qui frapperait le Philistin recevrait de riches cadeaux, qu'il auraitpour femme
' Espèce de guitare ou de harpe; nous en parlerons dans un autre endroit.
la (ille du roi , et que sa famille serait affranchie de tout service publicé
David qui ; avec la permission de Saùl, retournait de temps en temps dans sa famille, pour garder les troupeaux, arriva alors dans le camp, envoyé par son père pour savoir des nouvelles de ses trois frères aînés, qui servaient dans l'armée de Saùl, leur apporter quelques vivres, et un cadeau de dix fromages pour leur chef. Témoin lui-même des provocations insultantes de Goliath, et ayant appris quelle récompense le roi promettait à celui qui vengerait l'opprobre de la nation, David offrit d'accepter le défi. Sans se laisser intimider parles reproches d'Éliab, son frère aîné, qui l'accusait d'orgueil et de présomption, il alla sur un autre point, où il s'informa de nouveau de la récompense qui devait être donnée au vainqueur de Goliath ; là il ût les mêmes offres. On en parla bientôt devant Saùl , qui fit venir David auprès de lui. « Que personne, dit David, ne s'inquiète de ce Philistin ; ton serviteur ira combattre centre lui. — Mais, répondit le roi, tu es trop jeune pour entrer en lutte avec le Philistin qui, depuis sa jeunesse, est un^ guerrier.accompli. —Ton serviteyr, ré-' pliqua David, a tué un lion et un oursr, et leur a arraché leur proie ; il en sera de même de ce Philistin qui a insulté les armées du Dieu vivant. « Saùl, voyant David décidé à combattre , le fit revêtir d'une cuirassa, d'un casque et d'une épée ; mais David fut obligé de quitt-er cette armure avec laquelle il ne put marcher, par défaut d'usage.
Pour toutes armes il prit son bâton , sa fronde et sa gibecière , et , ayant choisi dans un ruisseau cinq cailloux unis, il s'avança contre le PhiUstin.
Goliath le regarda avec mépris. « Me prends-tu pour un chien, lui dit-il, pour venir ainsi m'attaquer avec des bâtons.' viens, que je donne à manger ta chair aux oiseaux du ciel et aux bêtes delà terre. » Mais David répondit : « Tu m'abordes avec l'épée , le javelot et la lance; mais moi je viens au nom de Jéhova, le dieu des batailles d'Israël
PALESTIINE.
que tu as blasphémé, et qui te livrera entre mes mains, afin que je te tranche la tête et que je livre les cadavres des Philistins aux oiseaux du ciel et aux animaux de la terre. Et on saura partout qu'il y a un Dieu en Israël, à qui il ne faut pour vaincre ni épée ni lance. » Goliath voulut s'approcher de David; mais celui-ci, courant au-devant de lui , lui lança une de ses pierres qui le frappa au front avec une telle violence qu'il tomba sans connaissance.
David alors se jeta sur lui pour l'achever avec sa propre épée, et, après l'avoir tué, il lui trancha la tête. Les Philistins, saisis de terreur, s'enfuirent en désordre , et les Hébreux les poursuivirent jusqu'aux portes d'Ekrôn et de Gath. Tous les bagages que les Philistins avaient laissés dans le camp , tombèrent entre les mains des Hébreuxî David rapporta en triomphe la tête de Goliath, ainsi que-ses armes, qu'il déposa ensuite dans le sanctuaire alors placé à Nob( I Sam. 21, 10)'.
Saiil ramena David avec lui ; il voulut qu'il restât toujours auprès de lui, et qu'il ne retournât plus dans sa famille^. Le généreux Jonathan , loin d'éprouver des sentiments de jalousie à l'égard de David, dont la victoire effaçait les glorieux faits d'armes par lesquels il s'était distingué lui-même, se sentit entraîné d'admiration pour le jeune héros et éprouva pour lui le plus vif attachement. Il se dépouilla de son manteau et de son armure, dont il fit cadeau à David, et les deux héros se jurèrent une
' Le texte, I Sam. 17, 54 , dit que David apporta la tète de Goliath à Jérusalem. Ce n e.st là qu'une inadvertance de l'auteur des livres de Samuel , qui vivait à une époque ou Sanctuaire et Jérusalem étaient en quelque sorte synonymes.
- Selon le texte ( ib. v. 55-58 ), Saùl , en voyant David s'avancer contre Goliath , demanda à Abner qui était ce jeune homme; mais Abner ne le connaissait pas plus que le roi, et, après la lutte, Saùl se lit- amener David et l'interrogea pour savoir qui il élait. Ce passage, en contradiction avec tout ce qui précède, est évidemment une interpolation tirée , sans doute, d'un autre document moins authentique, où l'origine des rapports de Saùl avec David était racontée d'une manière différente. En effet, ce passage raantpie dans la version grecque.
éternelle amitié. Saùl confia aussitôt à David un commandement supérieur dans l'armée. Mais bientôt l'admiration que, de toute part , on manifesta pour David, excita la jalousie du roi.
Au retour dans la résidence , les femmes de toutes les villes situées sur la route sortirent au-devant de Saùl pour le complimenter, en chantant et en dansant , sous l'accompagnement des tambourins et des triangles. Dans leurs chants Saùl distingua ces mots souvent répétés : « Saùl a battu ses milliers et David ses myriades. « Dès lors c'en fut fait de son amitié pour David, qu'il ne voyait plus qu'avec méfiance et avec un sentiment de jalousie profonde. Dès le lendemain, la maladie noire dont il était affligé devint pins forte que jamais , et il se trouvait dans un état d'agitation extrême. David , comme à l'ordinaire, cherchant à le calmer par la musique, Saùl voulut deux fois le percer de sa lance, dont David put heureusement éviter le coup. Revenu à lui-même, Saùl jugea convenable de l'éloigner de sa présence, et l'envoya commander les troupes, en lui promettant, pour prix de sa vaillance, de lui donner pour femme sa fille aînée Mérab. Il espérait ainsi le voir tomber un jour victime de son courage. David , quoique heureux dans toutes ses entreprises et généralement aimé, fut cependant assez modeste pour ne pas faire valoir ses droits sur la main de la princesse royale, qui, en effet, fut donnée à un autre.
Mais IMichal , la fille cadette de Saùl, aimait David ; Saùl fit semblant de favoriser cette inclination , et fit dire à David que , pour lui donner sa fille en mariage, il ne lui demandait autre chose, sinon de circoncire cent Philistins, et de lui apporter les preuves indubitables de cet exploit.
Cette singulière condition, par laquelle Saùl espérait perdre son antagoniste , fut acceptée par David , qui aussitôt se mit en marche avec ses gens pour attaquer les Philistins. Il en tua deux cent? et rapporta à Saùl le double des trophées qu'il lui avait de-
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mandés. Saiil fut obligé alors de lui donner sa fiileîVlichal , mais la fortune de David ne fit qu'augmenter la jalousie et les craintes qu'il inspirait au roi, et il lui fallut toute l'amitié de .lonathan et l'amour de IMichal, pour détourner de lui les dangers dont il était menacé de la part de Saiil.
Le fidèle Jonathan parvint un moment à calmer l'effervescence de Saiil , qui jura par Jéhova d'épargner la vie de David. Celui-ci reparut à la cour; mais bientôt une nouvelle victoire remportée par David sur les Philistins donna à Saiil de nouveaux accès de jalousie et de délire. Un jour, lorsque David jouait de son instrument devant le roi, celui-ci essaya de nouveau de le percer de sa lance; mais David évita le coup, et la lance resta fixée dans le mur. David s'étant échappé, le roi envoya des sicaires pour cerner sa maison afin de le tuer le lendemain matin. Michal le fit descendre par la fenêtre, pendant la nuit, et il put se sauver par la fuite. A sa place Michal mit une statue dans le lit , et lorsque le lendemain des messagers de Saiil vinrent demander David, elle le dit malade. Saiil, voulant à tout prix s'emparer de David, ordonna qu'on le lui apportât dans son lit, mais on n'y trouva qu'une statue. David avait eu le temps d'arriver à Piama , oti le prophète Samuel lui donna un asile dans les demeures des prophètes à Nayoth.
Saiil ayant eu connaissance de sa retraite,'ne respecta pointées demeures de la paix et de la piété. A trots reprises il y envoya des messagers pour se faire livrer son adversaire , mais les paroles des prophètes et leurs chants divins étaient d'un effet tellement puissant que tous les messagers de Saiil furent inspirés à leur tour et mêlèrent leurs accents à ceux des élèves de Samuel. Alors Saiil se décida à partir lui-même pour Rama; mais en s'approchant du séjour des prophètes , dont jadis , dans ses jours de jeunesse et d'innocence, il avait été un instant le condisciple, il ne put lui-même maîtriser son émotion ,
et arrivé à Nayoth, il se dépouilla de ses vêtements royaux , et participa, devant le vénérable Samuel , aux inspirations divines, restant déshabillé, et dans un état d'exaltation prophétique toute la journée et toute la nuit.
Cependant David avait quitté Nayoth. Il retourna à la résidence et alla trouver en secret son ami Jonathan , à qui il se plaignit de la conduite que Saiil tenait à son égard. Jonathan refusa de croire que son père eût réellement l'intention de faire mourir David , mais il promit de le sonder à cet égard et de donner à David les avertissements nécessaires. Le lendemain était le jour de la nouvelle lune;, et Saiil avait coutume de donner, au commencement du mois, quelques repas auxquels devaient assister les grands de sa cour. Il fut convenu entre les deux amis que David ne se rendrait pas au repas et qu'on observerait l'effet que son absence produirait sur Saiil, à qui on dirait <gu'il était allé à Bethléhem pour y assister à une fête de famille. David devait rester caché dans les environs de la ville, et après trois jours Jonathan lui ^ apporterait la réponse. Celui-ci* accompagné d'un petit garçon , devait tirer quelques flèches, et' ordonnant ensuite au garçon d'aller les ramasser, il devait lui adresser quelques paroles pour servir de signal. Jonathan disant au garçon: « Les flèches sont en deçà, » David saurait qu'il n'y avait rien à craindre pour lui; mais s'il disait : « Les flèches sont au delà,» ce serait un signe que David devait prendre la fuite. Les deux amis se séparèrent en protestant mutuellement de leur éternelle amitié.
Le premier jour de la lune , la place de David restant vide au repas , Saiil n'y fit pas attention , croyant que quelque accident l'avait empêché de venir. IMais le second jour il demanda à Jonathan, pourquoi le fils d'Isaï était absent. Le prince lui ayant répondu que David lui avait demandé un congé pour aller assister à une fête de famille. Saiil entra dans une
PALESTIlXB.
SCI
grande fureur, jippeiant Jonathan un fils pervers qui , par son amitié pour David, se déshonorait lui-même ainsi que sa mère , et qui ne voyait pas qu'il aurait toujours dans le Uls d'Isaï un dangereux rival pour le trône.
« Fais-le chercher sur-le-champ, ajouta le roi irrité, car il doit mourir. »
« Mais, demanda Jonathan, qu'a-t-il donc fait pour mériter la mort ? » Et, pour toute réponse, Saiil dirigea sa lance contre son propre fils , qui se leva brusquement de table et sortit profondément affligé. Le lendemain il se rendit, avec son jeune servitejjr, à l'endroit où David était caché, afin de lui donner le signal convenu. Après avoir prononcé ces paroles fatales :
« Les flèches sont au delà de toi, » il ordonna au garçon, qui ne savait rien de tout ce qui se passait, d'aller rap-* porter ses armes à la ville. David sortit aussitôt de sa retraite ; les deux amis s'embrassèrent en versant des larmes abondantes. « Va en paix, dit Jonathan à David , et puisse l'amitié que nous nous sommes jurée au nom de Jéhova subsister éternellement entre nous et nos descendants. »
David, ne voyant d'autre moyen de mettre sa vie en sûreté que de quitter le pays, résolut de chercher un refuge auprès d'Achis, roi de Gath.
Chemin faisant il passa par la ville sacerdotale de Nob. Le grand prêtre Achimélech, fils d'Achitob ' , le voyant arriver seul , lui en demanda la raison; David répondit que le roi l'avait chargé d'une mission secrète et qu'il avait donné rendez-vous à ses gens dans un certain lieu. Il demanda au prêtre de lui donner quelques provisions pour continuer son voyage; Achimélech n'ayant autre chose à sa disposition que les vieux pains de proposition de la semaine précédente, les livra à David , sur l'assurance que lui donna celui-ci que lui et ses gens se trouvaient en état de pureté. David demanda au prêtre s'il n'avait pas " une lance ou une épée à lui donner,.
' Achimélech avait succédé à son frère Achiah, qui, comme on l'a vu plus haut, s'était trouvé avec l'Éphod auprès de Saiil.
« car, ajouta-t-il, l'ordre du roi était tellement pressant que je n'ai pas même eu le temps d'emporter mes armes. ') Le prêtre donna à David l'épée de Goliath qui avait été déposée dans le sanctuaire. David partit immédiatement pour Gath; arrivé à la cour d'Achis, il entendit les gens du roi qui se disaient les uns aux autres :
« N'est-ce pas là ce David au sujet duquel on chantait ; « Saiil a frappé ses milliers et David ses myriades? » David , se voyant reconnu et étant peu rassuré sur le sort qui l'attendait au milieu des compatriotes de Goliath, imagina de faire le fou , espérant ainsi échapper au danger qui le menaçait.
En effet, il parvint bientôt, par' ses actes de folie , à se faire chasser de la présencedu roi Achis,et il quitta promptement le territoire de Gath , pour aller se cacher dans une caverne près d'Adiillam , dans le bas pays de Juda.
Là il fut rejoint par toute sa famille, qui avait été avertie du lieu de sa retraite, et qui probablement ne se croyait plus en siireté à Bethléhem.
Environ quatre cents mécontents vinrent s'assembler autour de lui, et il devint le chef de cette bande. Pour mettre sa famille en sûreté, il se rendit aussitôt dans le pays des Moabites , o\x il fut accueilli avec bonté par le roi , qui accorda à sa famille la permission de s'établir sur son territoire.
David resta quelque temps à Mispé , lieu fortifié des Moabites. Sur le conseil du prophète Gad, qui probablement avait été envoyé auprès de lui par Samuel, David quittale fort, pour retourner dans le pays de Juda, et il s'établit dans la forêt de Hareth.
Sur ces entrefaites, Saiil avait eu connaissance de la fuite de David favorisée par son propre fils, et de la petite troupe qui était venue se grouper autour de lui. Il s'en plaignit un jour avec amertume aux gens de sa cour, qui, disait-il, s'étaient tous ligués contre lui, de sorte que pas un seul ne l'avait averti de ce qui se tramait entre son fils et David, « Croyez-vous donc , leur dit-il , que le fils d'Isaï vous donnera à tous des biens et des
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places? » Un des assistants, l'Iduniéen Doëg, intendant des bergers de Saiil, prit la parole; il raconta que, s'étant trouvé à Nob, il avait vu David se présenter au grand prêtre Achimélech, qui, après avoir consulté l'oracle pour lui, lui avait donné des vivres et livré l'épée de Goliath. Le soupçonneux Saiil , voyant dans Achimélech un complice de David , envoya aussitôt à IVob, pour se faire amener le grand prêtre et toute la famille sacerdotale qui résidait dans cette ville.
En vain Achimélech protesta de son innocence, disant qu'il n'avait vu en David que le gendre du roi et son fidèle serviteur, et qu'il n'avait eu aucune connaissance de sa fuite. Saiil ne voulut entendre aucune excuse, et dans sa frénésie, il ordonna de mettre à mort tous les prêtres de Nob. Personne ne voulut porter la main sur les prêtres de Jéhova, à l'exception du sanguinaire Doëg, qui seul se chargea de cette horrible exécution , et qui égorgea en un jour les quatre-vingt-cinq prêtres qui étaient venus de IN'ob.
Non content de cette atroce vengeance, Saiil fit saccager la ville de Nob; tous les habitants, jusqu'aux femmes et aux enfants, furent passés au fil de l'épée. Un seul fils d' Achimélech, nommé Abiathar, put échapper au carnage ; il se rendit auprès de David , emportant avec lui l'Éphod et le sort sacré. David , désespéré d'avoir été la cause d'un si immense malheur, promit à Abiathar de le protéger au risque de sa propre vie.
Ayant appris que les Philistins venaient de faire une irruption dans la ville de Kéila, où. ils se livraient au pillage, David, après avoir consulté le sort sacré, se mit en marche avec sa troupe, qui déjà comptait environ six cents hommes, et il parvint à repousser les ennemis avec une grande perte. Il voulut d'abord s'établir à Kéila, qui était une place forte ; mais menacé d'un siège par Saiil, et le sort sacré, interrogé par Abiathar, lui ayant fait craindfe une trahison de la part des habitants, il s'éloigna de cette place st alla s'établir dans le désert de
Ziph -, où il occupait un bois situé sur la colline de Hachila. Là son noble ami Jonathan vi't le trouver un jour pour lui porter des consolations. «Ne crains rien , lui dit-il, le bras de mon père ne t'atteindra pas; je sais, et mon père le sait aussi, que tu régneras un jour sur Israël, .doi, je : rai ton ministre.» Pour la dernière fois les deux héros scellèrent leur amitié par de mutuels serments, et se séparèrent pour ne jamais se revoir. Bientôt après, les habitants de la contrée dévoilèrent à Saiil le séjour de David; celui-ci, ayant eu connaissance de cette trahison , se retira dans le désert de Maon. Saiil, conduit par les Ziphites, sut décou\Tir sa retraite; déjà il le serrait de très-près , mais un messager lui apporta la nouvelle que h^-. Philistins venaient de faire une invasion. Il fut donc obligéd'abandonner David, pour marcher immédiatement contre les ennemis du dehors.
Cependant la position de David était difficile; il était obligé de Qiener une vie vagabonde dans des contrées inhospitalières, dont les habitants lui étaient hostiles, et oià sa troupe manquait souvent de tout ce (jui esf nécessaire à la vie. Un jour, poussé par le besoin , il résolut d'avoir recours à un certain Nabal, riche habitant de Maon, et dont les propriétés s'étendaient jusqu'à Carmel.
Nabal se trouvait alors dans cette dernière ville oii il était allé tondre ses troupeaux. David chargea dix de ses hommes d'aller le saluer de sa part et de lui représenter avec politesse que ses bergers et ses troupeaux avaient toujours été protégés par la troupe de David, qui, dans ce jour de fête et de joie, venait lui^emander quelques vivres.
Nabal, dont l'avarice et la méchanceté égalaient les richesses, repoussa les messagers de David avec insolence , joignant à son refus les plus grossiers outrages : Qui est donc David, ditil , qui est le fils d'Isaï? par le temps qui court, il y a beaucoup de servi-
I Voy. ci-dessus, pages 7 el 42.
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leurs qui se détachent de leur maître.» David, justemeut irrité d'une pareille réponse, n'écouta plus que sa colère; il se mit aussitôt en marche, avec quatre cents hommes , pour exterminer Nabal et toute sa famille. Heureusement Abigail , femme de Nabal , avait été instruite à temps de ce qui se passait; elle se rendit au-devant de David pour conjurer l'orage. Par les présents qu'elle lui apporta et encore plus par la sagesse et la douceur qu'elle sut mettre dans ses paroles, elle calma la colère de David, dont elle captiva toute la bienveillance.
David rendit grâces à Dieu d'avoir été empêché par cette femme de s'abandonner à ses sentiments de vengeance. En rentrant, Abigaïl trouva son mari encore assis au festin e\ tellement ivre qu'elle ne put lui adresser la parole. Le lendemain elle lui raconta tout ce qui venait d'arriver; Nabal fut saisi d'une telle frayeur qu'il, en tomba malade et il mourut dix jours après. David demanda ensuite la main d' Abigaïl, qui consentit à être sa femme, quoiqu'il en eût déjà une autre, nommée Achinoam de Yezreël. Quant à la princesse Michal, Saiil, au mépris des lois et de la morale , l'avait donnée à un certain Palti, fils de Laïsch , de la ville deGalUm'.
David s'était rendu au désert d'En- Gadi; ce fut là que Saiil, après avoir repoussé l'invasion des Philistins, vint le cerner avec trois mille hommes. Un jour le roi entra seul dans une caverne écartée de son camp et près de laquelle se trouva David avec ses gens, sans que Saiil se doutât de leur présence. Les compagnons de David, croyant reconnaître dans cette rencontre la providence divine qui leur livrait leur ennemi sans défense, manifestèrent l'intention de le tuer; mais David sut tenir ses gens en respect, repoussant avec horreur l'idée d'attenter à la vie de son maître, l'oint de Jéliova. Il se glissa seul dans la
' Cette ville était pro!)ablement située au nord de Jérusalem , entre Rama et Anathotii. Voy. Isaïc, lo. 3o.
caverne, et, s'approchant doucement de Saiil qui lui tournait le dos, il lui coupa le pan de son manteau. Saiil étant parti sans s'être aperçu de rien, entendit quelqu'un appeler : Mon seigneur le roi! Il se tourna et vit David à genoux. « Pourquoi, demanda celui-ci, écoutes-tu les gens qui te disent : David désire ton malheur ?
Voici, mon père, le pan de ton manteau que j'ai coupé ; tu reconnaîtras maintenant que je ne veux point te faire de mal. Cependant toi, tu en veux à ma vie; que Dieu soit juge entre moi et toi. » Saiil fut touché jusqu'aux larmes. « Est-ce bien ta voix, mon fils David ? dit-il en pleurant; oui, tu es plus juste que moi, car tu m'as fait le bien, quoique je t'aie fait le mal. Dieu t'en récompensera ; je sais que tu régneras sur Israël. Jure-moi maintenant que tu n'extermineras pas ma race , et que tu ne feras pas disparaître mon nom dans ma famille. » David le jura, et le malheureux roi s'en alla reconduire sa troupe '.
Dans ces temps le prophète Samuel mourut ; il fut enseveli à Rama, et tout le peuple d'Israël porta le deuil pour lui, comme il l'avait fait pour Moïse.
Son âge n'est pas connu; selon .losè-
1 Voy. I Sam. ch. 24. Selon une autre re lation, la rencontre de Saûl et de David aurait eu lieu dans le désert de Zipii , après que David eut été trahi par les habitants de Celte contrée. Voy. ib., chap. 26. Suivant cette version , David , accompagné d'un de ses frères d'armes, se serait rendu, pendant la nuit, au camp de Saùl , et, trouvant tout le monde plongé dans un profond sommeil, il aurait enlevé la lance et la coupe du roi; puis il aurait appelé Abner, pour lui reprocher la négligence avex laquelle il C'irdait son roi. Saùl, reconnaissant la voix de David, l'aurait appelé et aurait reconnu SL'S torts. — Je me range à l'opinion de Bayle et de plusieurs autres critiques', qui voient dans le eh. 26 une autre relation du même événement qui est raconté dans le ch. 24 , et non pas le récit d'une seconde rencontre en tre Saûl et David. Les principaux traits des deux récits sont parfaitement semblables. Il n'est pas probable d'ailleurs que David se soit rendu une seconde fois dans la contrée de Ziph dont les habitants l'avaient trahi , ni qu'il ait parlé une seconde fois à Saiil, sans faire mention de leur première rencontre , ou sa générosité avait désarmé Saûl eJ lui avait déjà fait avouer ses torts.
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phe, il s'était trouvé seul , pendant douze ans, à la tête des Hébreux, et, pendant dix-huit ans, il avait gouverné en commun avec le roi Saùl. David avait perdu en lui un puissant protecteur; à la nouvelle de sa mort, il s'était retiré au delà des limites de la Palestine et était allé chercher un refuge dans le désert le Pharan. Fatigué de courir, commeun vagabond, de désert en désert, de caverne en caverne, et craignant de nouvelles poursuites de la part de Saùl, il se retira de nouveau, avec sa troupe, sur le territoire de Gath. Cette fois il fut mieux accueilli par Achis et les Philistins; car il avait ou vertement rompu avec Saùl et s'était fait connaître comme son adversaire.
David fut reçu à Gath, où il s'établit avec tous ses gens; mais l'inaction à laquelle ils étaient condamnés ne pouvait leur convenir à la longue. David demanda à Acliis la permission d'aller se fixer dans l'une des villes de la campagne, et le roi lui assigna pour demeure la petite ville deSiclag. Ici de vaillants guerriers de toutes les contrées d'Israël vinrent se joindre à David, et on voyait même parmi eux beaucoup de Berijamites, parents de Saùl.
Labandede David, devenue plus nombreuse de jour en jour, forma bientôt une troupe très-considérable '. David entreprit des expéditions contre plusieurs peuplades établies entre la Palestine et l'Egypte, et notamment contre les A malécites. 11 les extermina en grande partie et ramena un immense butin.
Quand Achis lui demandait de quel coté il dirigeait ses excursions, il disait toujours que c'était contre les habitants de la Judée méridionale. Il gagna ainsi la pleine conflance d'Achis, qui le croyait en guerre ouverte avec ses compatriotes , et qui déjà voyait en lui un fidèle vassal, qui serait d'un grand secours aux Philistins lors d'une nouvelle expédition contre Saùl.
David passa ainsi seize mois dans le pays des Philistins. Ceux-ci armèrent de nouveau contre Saùl , et cette fois il ne s'agissait plus d'une simple
• Voy. I Chroniques, ch. I2, v. 1-22.
incursion dans le pays deJuda; un plan de campagne mieux combiné devait conduire toute l'armée des Philistins jusque dans le cœur du pays des Hébreux et amener une bataille décisive. Parmi les habitants du midi, Saùl ne comptait plus beaucoup de partisans , car là on était généralement attaché au culte et aux institutions théocratiques; les prophètes et les prêtres y exerçaient une grande influence, et toute Véconciliation entre Saùl et ces représentants de la théocratie était devenue impossible, par l'horrible attentat de Nob et par la mort de Samuel. Tout le pouvoir de Saùl résidait dans les provinces du nord, dont les habitants, moins zélés pour la religion , préféraient un roi belliqueux , assez fort pour les protéger contre de dangereux voisins, à un gouvernement qui n'aurait été que le fidèle gardien des institutions théocratiques. Ce fut là que les Philistins dirigèrent leurs attaques, espérant, sans doute , que vainqueurs de ôe côté, il ne leur serait pas difficile de soumettre les provinces du midi , ou du moins d'y faire reconnaître Davi^ comme roi et d'avoir en lui un alité ou un vassal. Ils avancèrent sans obstacle jusqu'à Sunem , dans la plaine de Yezreèl ; Saùl rassembla son armée près du mont Gelboa. Le vieux roi , voyant toutes les forces des Philistins concentrées sur ce point , fut fort inquiet sur l'issue de la lutte. Alors lise rappela Jéhova et ses ministres qu'il avait outragés; il aurait voulu voir à côté de lui un guide inspiré comme Samuel. En vain il consulta les prêtres et les prophètes ; l'Éphod avec l'oracle se trouvait au pouvoir de David, les disciples de Samuel n'eurent pas de réponse pour celui que Jéhova avait rejeté. En vain il attendait quelque vision nocturne, quelque songe qui pût soulever pour lui le voile de l'avenir.
Dieu ne lui répondit pas même dans les songes (I Sam. 28, 6). On voit que ces qualités mêmes, qu'autrefois on avait tant appréciées en lui , son courage déterminé , son enlraînemcnt