‹ PalestineChapitre 54 sur 98 · CS · texte numérisé non relu

CS

héroïiiue, avaient fait place à un sombre abattement, qui devait se communiquer à tout ce qui l'entourait , et qui était d'un triste augure. Dans son désespoir, le malheureux roi ne vit plus d'autre ressource que les arts occultes, que luimême un jour, dans un moment de zèle religieux, avait proscrits avec une grande sévérité. Il s'informa s'il était possible de trouver dans les environs une personne capable d'interroger les morts; on lui indiqua la pytbonisse d'En-Dor, et , pendant la nuit, déguisé et accompagné seulement de deux hommes de sa suite, le roi alla trouver cette femme pour faire rappeler du pays des morts l'ombre du prophète Samuel. La femme, craignant de se voir trahie par ces inconnus, refusa d'abord ses services*; niais Saùl la rassura par un serment.

« Qui ferai-je monter? « demanda la pythonisse.» Fais monter Samuel ,» répondit le roi. Nous n'essayerons pas d'expliquer par quel art la femme sut fasciner les sens de Saùl , ni ce qui se passa dans l'imagination du roi depuis le moment où la femme , poussant un grand cri , lui déclara qu'il était Saùl 'lui-même, parce qu'elle avait vu, en son honneur, une figure divine sortir de la terre, un vieillard revêtu d'un manteau, que Saùl , sans le voir, reconnut pour être le prophète Samuel. Tout le monde connaît le sombre entretien rapporté dans la Bjble , cette funèbre prophétie si pleine d'effroi et de désespoir. « Pourquoi as-tu troublé mon repos? » demande l'ombre du prophète ; et le roi lui expose ses troubles et ses angoisses.

Et le prophète, au lieu de le consoler, lui annonce la fin de son règne et sa mort prochaine : « Demain , dit-il en terminant , toi et tes fils vous serez avec moi '. » Saùl, saisi de terreur, tomba évanoui par terre, et ce ne fut

' Qui sait si tout ce récit n'est pas emprunlé à un paëme, où l'apparilion de Samuel devait encore plus mettre en relief la lin tragique de Saiil et de sa dynastie? Herder compare à cette apparition celle de l'ombre de Darius dans les Perses d'Eschyle.

qu'avec peine que , sur les instances de la pytbonisse et des hommes de sa suite, il consentit à prendre quelque nourriture. Il repartit la nuit même pour marcher uu"e dernière fois , à la tête de ses troupes, à la rencontre des Philistins , qui étaientcampés près d'Aphek , dans la plaine de Yezreël.

A la suite de l'armée des Philistins s'était trouvé David avec sa troupe, à qui le roi Achis avait confié la garde de sa personne. Déjà David s'était vu sur le point d'être forcé de combattre contre son prince et ses propres compatriotes ; heureusement les chefs des Philistins , craignant avec raison que David ne les trahît, exigèrent du roi Achis de le faire retirer. Achis l'avait donc renvoyé, en lui exprimant ses regrets et en rejetant cet outrage sur les princes des Philistins. Après trois jours de marche, David et ses gens revinrent àSiclag, qu'ils trouvèrent réduit en cendres. Pendant leur absence, une troupe d'Amalécites était tombée sur la ville , et , après y avoir mis le feu, avait emmené en captivité les femmes et les enfants; les deux femmes de David furent du nombre.

Le désespoir s'empara de toute la troupe; on voulut s'en prendre à David , qui manqua d'être lapidé , et qui ne dut son salut qu'à son courage et à sa présence d'esprit. Il demanda à Abiathar de consulter l'oracle, et la réponse fut qu'il fallait immédiatement poursuivre les brigands , qu'on les atteindrait et qu'on reprendrait tout ce qu'ils avaient enlevé. David se mit en marche avec six cents hommes; au torrent de Besor, il fut obligé d'en laisser en arrière deux cents qui manquèrent de force et ne purent le suivre. Après avoir passé le Besor on trouva sur la route un Égyptien malade ; soigné et revenu à lui-même, cet homme raconta qu'il était esclave d'un Amalécite, et que, tombé malade , il avait été abandonné dans cet endroit par son maître, de sorte que, depuis trois jours, il n'avait point pris de nourriture. Sur la promesse que lui donna David de le rendre à la liberté , il offrit de le met-

Page 1