Restauration des principes théo
cratiques dans Juda Décadence
et chute d' Israël.
(De 884 à 721.)
Après la mort d'Achazia , sa mère Athalie s'empara du trône de Jérusalem , probablement à titre de régente ; car Achazia , mort à l'âge de vingt-trois ans , ne laissa que des fils mineurs. Mais la fille d'Izabel conçut le projet hardi de perpétuer à Jérusalem le culte de Baal et d'exterminer la race de David. Elle débuta donc par le massacre de ses petits-fils, les enfants d'Achazia ; un seul, nommé Joas , âgé d'un an, fut sauvé par Josabeth , sœur d'Achazia et épouse du grand prêtre loïada , qui cacha l'enfant royal avec sa nourrice dans l'un des appartements du Temple. Le pays de Juda dut subir,
pendant six ans, la domination tyrannique de l'usurpatrice; mais la chute d' Athalie fut préparée en silence par loïada, qui gagna à la cause de Jéhova les chefs de la garde royale, auxquels il fit connaître le jeune rejeton de la race de David. Joas avait atteint sa septième année, lorsque le grand prêtre, protégé par la garde royale et les lévites , crut pouvoir procéder en public au sacre du jeune prince et le faire proclamer roi de Juda. Au jour fixé pour le couronnement, loïada fit occuper, par les gardes, les principales issues du Temple, donnant ordredetuertous ceux qui essaieraient de pénétrer dans les rangs. Il livra aux officiers, pour cette solennité, les lances et les boucliers du roi David, qui étaient conservés dans le Temple.
Les coureurs ou gardes du corps formèrent une haie devant l'autel , dans le parvis du Temple, qu'ils fermèrent dans toute sa largeur, du midi au nord. Ensuite on fit sortir le jeune roi , et loïada ayant procédé à la cérémonie de i'oîiction, Joas se montra sur une tribune, la tête couronnée et portant les insignes royaux ; il fut accueilli par les applaudissements de tous les spectateurs, les trompettes résonnèrent, et le peuple accouru en foule fit retentir de toute part le cri de vive le roi! Effrayée par le bruit et voyant tout le peuple agité, Athalie accourut au Temple; mais au spectacle qui s'offrit à ses yeux, elle déchira ses vêtements , en s'écriant :
Trahison! trahison! loïada la fit saisir, et menaçant de faire tuer sur-lechamp quiconque voudrait prendre sa détense , il la fit conduire, par la porte des chevaux ' , dans la vallée du
' Cette porte était située au S. E. du Temple ( voy. ci-dessus , page 47 ) et tirait pro- Dablement son nom des écuries royales qui étaient près de là. C'est ainsi qu'il faut comprendre le texte II Rois, ii, I6, et II Chron. 23 , 15, et i! faut traduire : Elle vint par la porte des chevaux de la maison du roi, comme le porte la version grecque. Josèphe, juge compétent pour tout ce qui concerne la topographie de l'ancienne Jérusalem, dit expressément que loïada fît conduire Athalie dans la vallée du Kidron. Antiqu. IX, 7,3.
Kidron , où elle fut tuée. Le grand prêtre fit renouveler au peuple sou alliance avec Jéhova , et , après avoir juré d'être fidèle à Dieu et au roi , le peuple se rendit en foule au temple de -vBaal , qui fut détruit de fond en comble; on brisa les autels et les statues , et Mathan , prêtre de Baal , fut massacré devant son autel. Le roi, accompagné des gardes du corps et d'une foule des gens du peuple, fut conduit au palais et placé sur le trône de ses ancêtres.
JoAS ( 878-838 ) gouverna pendant sa minorité sous la tutelle du grand prêtre loïada , qui trouva en lui un élève docile , donnant les plus belles espérances pour l'affermissement du culte national. Lorsque le roi eut atteint l'âge de puberté , loïada lui fît épouser deux femmes, dont il eut plusieurs enfants des deux sexes. Un des premiers soins du jeune roi fut la restauration du Temple de Jérusalem, qui avait dû subir beaucoup de dégradations sous les règnes précédents ( ÏI Chron. 24, 7 ). Joas ordonna que les prêtres employassent à cet effet l'argent provenant des rachats et des dons volontaires ' , et qu'ils fissent aussi des collectes particulières dans ce but. Mais les ordres du roi ne furent pas exécutés immédiatement , les prêtres n'y trouvant probablement pas leur compte.
Pendant ce temps le royaume d'Israël allait s'affaiblissant sous la domination de Jéhu. La vaillance de ce roi et l'appui qu'il trouva dans l'ordre des prophètes ne purent protéger le pays contre l'invasion des Syriens, qui sous leur roi Hazaël occupèrent toutes les provinces situées à l'est du Jourdain , et y exercèrent des cruautés dont lesouvenirseconserva longtemps dans le pays». Jéhu mourut dans la vingt-huitième année de son règne (856), laissant le trône à son fils Joachaz.
A la même époque Joas prit de nouvelles mesures pour la restauration
' Voy. ci-dessus, page 164.
* Voy. Amo«, ch. i , v. 3 et 4-
du Temple , faisant des reproches aux prêtres, qui avaient négligé jusque-là de faire les réparations ordonnées par le roi. Les prêtres aimèrent mieux renoncer à toute recette d'argent comptant que de faire à leurs frais les réparations du sanctuaire. Le grand prêtre loïada établit près de l'autel un tronc, dans lequel serait jeté dorénavant tout l'argent comptant apporté au Temple. Toutes les fois que le tronc était rempli, le secrétaire du roi et le grand prêtre comptaient l'argent et le donnaient aux inspecteurs chargés d'acheter les matériaux nécessaires et de payer les architectes et les ouvriers. De cette manière le travail marcha rapidement et Joas eut la* satisfaction de voir la restauration du Temple accomplie sous son règne.
Hazaël continua ses attaques contre Israël pendant tout le règne de Joachaz, qui était loin de montrer pour le culte de Jéhova le même zèle que son père Jéhu ; on vit même les images d'Astarté reparaître dans Samarie (IlPiois, 13 ,6). L'armée de Joachaz, décimée par des combats continuels , se trouva réduite à dix mille hommes d'infanterie, cinquante cavaliers et dix chariots de guerre. Cependant ces faibles restes, encouragés probablement par les prophètes, dont le roi Joachaz sut , par son repentir, regagner la faveur (ib. v. 4), parvinrent à tenir en échec les troupes syriennes, et à rétablir la tranquillité pour un certain temps. Joachaz mourut dans la dixseptième année de son règne ; son fils Joas lui succéda au trône (840).
Joas, roi de Juda , persévéra dans la voie théocratique, tant que vécut le grand prêtre loïada , qui , dit-on , parvint à l'âge de cent trente ans (II Chron. 24, 15). Le respect qu'avait inspiré loïada fut si grand qu'on lui décerna la sépulture royale (ih.v. 16).
Après la mort du vénérable prêtre, les partisans du culte phénicien osèrent reparaître de nouveau, et Joas eut la faiblesse de leur accorder une coupable tolérance. Ce fut en vain que les prophètes élevèrent la voix contre ce scandale; le prêtre Zacharie , fils de
L'UNIVERS
ioïada , ayant osé un jour , dans le parvis du Temple, reprocher au peuple sa nouvelle défection et le menacer du châtiment du ciel, fut lapidé sur les ordresdu roi ingrat, et en expirant il prononça ces mots : « Que Dieu le voie et qu'il redemande {mon sang). ■»
Le châtiment de Joas ne se fit pas attendre longtemps. Dès l'année suivante, Hazaël ayant pénétré avec son armée jusqu'à Gath, dont il fit la conquête, menaça d'assiéger Jérusalem; et le faible Joas ne put éloigner les ennemis qu'en payant à Hazaël un honteux tribut, pour lequel il employa les trésors du Temple dus à la munificence de ses prédécesseurs. Cet événement fit éclater une conspiration tramée peut-être par les prêtres, qui voulurent venger la mort de Zacharie (ib. Y. 25 ). Joas tomba assassiné par deux de ses serviteurs, après un règne peu glorieux, qui avait duré quarante ans (838 ). Il fut enseveli dans la citadelle de David , mais on lui refusa la sépulture royale.
Amasia ( 838-809 ) , fils de Joas , succéda à son père à l'âge de vingtcinq ans. Il se rendit sans doute agréable aux prêtres et aux prophètes , en agissant contre les partisans du culte phénicien ; car on ne lui reproche autre chose que d'avoir laissé subsister les hauts lieux [URols , 14 , 4), Après s'être affermi sur son trône , il fit punir de mort les meurtriers de son père; maison vante le pardon que, conformément à la loi mosaïque (Dent. 24, 16), il accorda aux enfants des coupables. Une expédition [u'il entreprit contre les Iduméens ut couronnée d'un succès éclatant; après les avoir vaincus dans une bataille, il s'empara de Séla (Petra), leur capitale.
Vers la même époque , Joas , roi d'Israël, remporta également des avantages signalés sur les Syriens.
Hazaël était mort dans un âge trèsavancé, et son fils, Ben-Hadad III, lui avait succédé. Joas , averti un jour que le vieux prophète Élisa était à l'extrémité , alla visiterThomme de Dieu ; et , le voyant près de mourir,
il s'écria en pleurant:" Mon père! moG père! chari otet cavalerie d'Israël • !« Elisa lui ordonna d'ouvrir la fenêtre et de tirer une flèche vers l'orient (la Syrie) , lui faisant voir dans cet acte symbolique un présage de la victoire qu'il allait remporter sur les Syriens.
Joas , encouragé par les dernières paroles du prophète mourant, attaqua les troupes de Ben-Hadad, les défit et reprit toutes les villes que Hazaël avait arrachées à Joachaz. Mais d'un autre côté , les incursions des bandes moabites donnèrent de l'inquiétude à Joas ; et en même temps, il fut menacé d'une guerre par Amasia , roi de Juda. Ce dernier avait pris à sa solde destroupes Israélites pour faire la guerre aux Iduméens; mais un prophète l'ayant blâmé d'avoir engagé ces mercenaires, parce que, disait-il, Jéhova n'était pas avee les Ephmïmites, Amasia les congédia en leur abandonnant la solde qu'il leur avait payée ; elle se montait à cent talents d'argent.
Cependant les troupes Israélites, outrées de l'affront qui leur avait été fait , inquiétèrent le territoire de Juda et le pillèrent. Amasia déclara la guerre à Joas , qui lui fit faire la réponse suivante « L'épine du Liban « envoya dire au cèdre : Donne ta fille « pour femme à mon fils ; alors les « bêtes sauvages du Liban passèrent et « écrasèrent l'épine. Parce que tu as « vaincu Édom , ton cœur s'est enor- « gueilli ; jouis de ton honneur et « reste dans ta maison, car pourquoi « veux-tu provoquer le malheur dans « lequel tu tomberais, ainsi que Ju- « da ? » Une réponse aussi outrageante ne put qu'irriter davantage le roi de Juda, qui marcha aussitôt cxintre Joas. Le combat s'engagea près de Bethschémesch ; les troupes de Juda furent totalement défaites et mises en fuite, et Amasia tomba vivant entre les mains des ennemis. Joas marcha ensuite sur Jérusalem et y
' C'est une expression figurée pour dire prolecteur, qui, tient lieu de chariots de guerre et de cavalerie. Élisa lit la même exclamation , lors de la disparition d'Elie (II Rois, 2, 12).
pénétra, après avoir fait dans le mur septentrional une brèche de quatre cents coudées , depuis la porte d'Éphraim jusqu'à celle de VAngle (page 46). Il se fit livrer les trésors qui restaient dans le Temple et dans le palais du roi, et s'en retourna à Samarie , emmenant des otages , probablement en échange du roi Amasia , qui fut remis en liberté i. La relation des Chroniques présente le malheur d'Amasia comme un juste châtiment de son mfidélité envers Jéhova ; car elle l'accuse d'avoir adoré les divinités des ïduméens , après la victoire qu'il remporta sur ce peuple , et d'avoir proféré des menaces contre un prophète qui osa l'en réprimander.
(llChron. 25 ,14-16.) —Joas mourut dans la seizième année de son règne (825), laissant pour successeur au trône son fils Jéroboam IL Quinze ou seize ans ^ après la mort de Joas , Amasia succomba, victime, comme son père, d'une con-spi ration. Au bout de vingt-neuf ans de rè^ne ( 809 ) , it fut assassiné à Lachis , ou il s était réfugié; son corps, ramené à Jérusalem, fut déposé dans le sépulcre des rois. Son fils Ouzia ^ ou Ozias lui succéda à l'âge de seize ans.
Ouzia (809-758), dont l'avénement fut salué par tout le peuple ^ , et calma les discordes des partis , promettait à Juda des jours de bonheur et de puissance. Le jeune roi manifestait beaucoup d'attachement pour le culte de Jéhova, et il paraît que.
sous ce rapport , un certai n prophète , nommé Zacharie , exerçait sur lui une heureuse influence (II Chron. 26, 5).
Dès les premiers temps de son règne il acheva la soumission des ïduméens, en reprenant et fortifiant la ville d'Élath , sur le golfe Élanitique.
' Selon Josèphe, Joas ramena lui-même le roi Amasia a Jérusalem , lui accordant la vie et la liberté, sous la condition qu'il lui ferait ouvrir les portes de la ville. AnUqu. IX, 9, 3.
^ Voy. ci-dessus, page 300, col. I, note l.
^ Dans le II« livre des Rois on l'appelle ordinairement visar/a; cependant on y trouve aussi le nom de Ouzia, ch. 15, v. 30, 32 et 34.
« Voy. II Rois, 14, 21; II Chron 26, l.
Plus tard Ouzia combattit avec un égal succès les Philistins ' et plusieurs peuplades arabes; les Ammonites lui payèrent un tribut. Il fortifia les murs de Jérusalem et y fit élever des tours munies de machines de guerre pour lancer des flèches et de grandes pierres. L'armée reçut une organisation plus régulière et les troupes furent armées avec plus de soin qu'auparavant (ib.v. 14). Malgré son caractère belliqueux , Ouzia ne favorisa pas moins les arts de la paix; il était surtout grand ami de l'agriculture , et il avait a son service un grand" nombre de laboureurs et de vignerons. Ses troupeaux couvraient les plaines; dans les déserts propres aux pâturages il fit creuser un grand nombre de citernes et élever des forts, probablement pour protéger ses pasteurs. Son règne, qui dura près de cinquante-deux ans, fut un des plus glorieux dans l'histoire des Hébreux.
Mais, vers la fin de ses jours , enorgueilli de ses succès militaires et de sa prospérité, Ouzia voulut aussi s'arroger des fonctions sacerdotales, ce qui excita le mécontentement des prêtres.
Un jour il pénétra dans l'intérieur du sanctuaire, pour offrir de l'encens sur l'autel des parfums ; le grand prêtre Azariaetquatre-vingtsdeses collègues suivirent le roi, et lui reprochant son action sacrilège, l'engagèrent à sortir du sanctuaire. Le roi transporté de colère voulut résister aux prêtres , mais ceux-ci l'expulsèrent de force. Selon les Chroniques (ib. v. 19), Ouziafut frappéde la lèpre, qui parut sur son front à l'instant même oii il saisissait l'encensoir =. Plein de confusion, il fut obligé de quitter précipitannnent le lieu saint. La relation plus ancienne et plus authentique des livres des Rois ne mentionne pas tous ces détails, mais elle dit également que le roi Ouzia fut frappé de la lèpre et qu'il fut obligé de se retirer pour toujours dans la maladrerie, hors de la ville,
' Voy. ci-dessus, page 8b, col. I.
^ Comparez ci-dessus , page 165, col 2, note 3.
L'UNIVERS
et de charger son fils Jotham des affaires du gouvernement.
Quant au royaume d'Israël , il était redevenu très-puissant sous le règne de Jéroboam II, qui, poursuivant les succès obtenus par son père sur les Syriens , attaqua ceux-ci sur leur propre territoire et fit des conquêtes dans les environs de Damas et de Hamath. Il paraît même que les Israélites occupèrent ces deux villes pendant quelque temps (2 Rois , 14 , 28). Tout le pays à l'est du Jourdain, depuis Hamath jusqu'à la mer Morte, se trouva de nouveau sous la domination Israélite. Le prophète Jonas, fils d'Amitthaï, de Gath-Hépher (dans le canton de Zabulon ), avait encouragé le roi Jéroboam à la guerre etlui avait prédit un succès complet (ib. v. 25).
Wous ne possédons plus l'oracle prononcé par ce prophète ' , mais en revanche le nom de Jonasest devenu célèbre par une parabole composée beaucoup plus tard et dont nous parlerons plus loin.— La fortune rapidedu royaume d'Israël y introduisit la richesse et le luxe , et on y vit bientôt tous les débordements d'une société corrompue.LeprophèteAmos, pauvre berger de Thécoa , dans le pays de Juda (p.
57), se rendit à cette époque à Bétliel, et dans un langage plein d'énergie, de hardiesse et d'un zèle ardent pour ce qui est vrai et juste, il reprocha à Israël le culte des images de Béthel et de Dan, la mollesse et le luxe effréné def r:<3hes, l'injustice et l'oppression qu'ils faisaient subir aux pauvres; il menaça Jéroboam et les puissants de Samarie de la colère du ciel, et au milieu de leur insouciante sécurité, il
' Récemment un critique distingué, M.
Hitzig, professeur de théologie à Heitlelberg, a essayé de démontrer par des combinaisons fort ingénieuses que les conquêtes de Jéroboam II s'étendirent, aussi sur le pays de Moab, et que l'oracle sur Moab, qui se trouve dans le livre d'Isaie (cli. 15 et 16), mais qui appartient à un prophète plus ancien, est précisément celui qui fut prononcé par Jonas, sous Jéroboam II . Voy. Des pruphcten Jonas Orahcl ûbcr Moab kritisch vindicirt. lleidelberg, 1831. —Mais l'oracle en question nous parait renfermer des traces d'une époque postérieure à Jéroboam; voy. si dessus, page 96.
leur fit voir de loin l'exil et la mort ; car déjà le pouvoir assyrien était menaçant , et, à la nouvelle de ses progrès rapides, toute l'Asie occidentale était saisie de terreur. Amasia, prêtre de Béthel, fit dénoncer Amos , comme conspirateur, auprès du roi Jéroboam, et , exagérant les expressions du prophète , il l'accusa d'avoir dit que Jéroboam mourrait lui-même par le glaive. Le roi, à ce qu'il paraît , n'attacha pas d'importance à ces paroles; car Amasia enjoignit à Amos, avec aniertune, d'aller gagner son pain dans le pays de Juda , sa patrie , et d'y faire le prophète, mais de ne plus venir prophétiser à Béthel, qui, disaitil , était un sanctuaire de roi et une maison royale. Mais Amos lui répondit: « Je n'étais ni prophète, ni fils de prophète ; mais j'étais un berger cueillant des sycomores. Et Jéhovame prit derrière le troupeau et me dit :
Va, prophétise sur mon peuple Israël.
Alaintenant écoute la parole de Jihova : Tu me dis de ne pas prophétiser sur Israël et de ne pas prêcher sur la maison d'Isaac ; mais voici ce qu'a dit Jéhova : Ta femme se déshonorera dans la ville , tes fils et tes filles tomberont sous le glaive , ton sol sera partagé au cordeau; toi-même tu mourras sur une terre impure et Israël sera exilé de son territoire. »
(Amos, 7, 10—17.)
C'est depuis cette époque que nous voyons ie prohétisme prendre de grands développements. S'éievant contre l'idolâtrie ou même contre le trop grand attachement aux formes extérieures du culte de Jéhova , contre ia corruption des moeurs , contre les fautes ou la tyrannie des rois , les prophètes sont en même temps des prédicateurs et des orateurs politiques; et en menaçantl'État d'une dissolution prochaine/ils commencent à jeter les regards dans un avenir lointain, oii l'idéal de la véritable théocratie , du règne du seul Jéhova, se réalisera par le peuple hébreu. A côté d'Amos, florissait très-probablement le prophète Joël, fils de Péthuël qu'il faut faire remonter à cette époque, ou peut-être
même jusqu'aux temps d'Amasia ou deJoas; car, dans les oracles qui nous restent de lui, il ne nomme d'autres ennemis des Hébreux que les Phéniciens, les Philistins, les Égyptiens et les Iduméens, et on n'y trouve pas encore de traces des Assyriens. Une brûlante sécheresse et les terribles ravages des sauterelles donnèrent à Joël l'occasion d'inviter le peuple de Juda au jeûne et à la pénitence. Après avoir annoncé un meilleur avenir, Joël se transporte dans ces temps éloignés où Dieu répandra son esprit sur tous les mortels et où Sion sera gloriflé par le règne de Jéhova. Le prophète Amos paraît aussi faire allusion aux deux fléaux dont parle Joël ', et qui durent répandre une grande terreur parmi les peuples de Juda et d'Israël , quoique les livres histo-, riques de la Bible , abrégés très-imparfaits des anciennes annales du peuple hébreu , n'en fassent aucune mention. A la même époque la Palestina fut ravagée par un horrible trem'eiement déterre sur lequel les livres historiques gardent le silence, mais donî le souvenir se conserva longtemps dans le pays *.
Le prophète Hoséa ( Osée ), qui commença sa carrière prophétique vers la flh du règne de Jéroboam II , prédit la chute de la dynastie de Jéhu et la dissolution du royaume d'Israël (Hos. 1,4); il devait donc déjà exister à cette époque de nombreux éléments d'anarchie etdedissolution. Jéroboam mourut l'an quarante et un de son règne (784), et les dates des livres des Roisnous laissent deviner que son lils Zacharie ne monta sur le trône que onze ou douze ans après (772) ^. Il est probable qu'à la mort de Jéroboam le royaume d'Israël était déchiré par des factions , soit que Zacharie fût encore trop jeune pour régner , soit qu'il fût trop faible pour lutter contre les factieux qui lui disputaient )e
' Voy. Amos, ch. 4, v. 6-9; ch. 7, vî — 6.
^ Voy. Amos, ch. I , v. I ; ch. 4 , v. 1 1 ; Zachaile, ch. (4, v. 5.
^ Voy. ci-dessus, page 300.
trône , ou qui voulaient anéantu- la royauté. Les discours du prophète Hoséa, qui, en partie, appartiennent à cette époque, confirment ces suppositions. Dans un discours prononcé au milieu des troubles qui suivirent l'interrègne, Hoséa s'exprime ainsi (ib. 10, 2-4) : « Leur cœur s'est partagé, maintenant ils en portent la peine; lui (Dieu ), il brisera leurs autels, il détruira leurs statues. Car ils disaient alors : Nous n'avons pas de roi; puisque nous ne craignons pas Jéhova , que nous ferait un roi ? Ils proféraient de vaines paroles, prêtaient de faux serments et contractaient des alliances ; mais le jugement poussera comme la ciguë dans les sillons des champs.. > Zacharie , Gis de Jéroboam , parvint enfin à monter sur le trône de son père , l'an trente-huit du règne d'Ouzia ( 772), mais il n'y resta que six mois. Un rebelle, Salluni , fils de Jabès, l'assassina en présence du peuple, probablement dans une émeute, et s'empara du trône, l'an trente-neuf d'Ouzia (771). Ainsi s'éteignit la dynastie de Jéhu. Sallum ne put se maintenir qu'un mois seulement. Menahem, fils de Gadj , qui commandait l'armée ', et se trouvait alors à Thirsa, marcha contre Sallum, et s'étant emparé de Samarie, tua l'assassin de Zacharie, s'empara du trône et sut s'y maintenir pendant dix ans. Une ville nommé Thiphsach , située probablement dans les environs de Thirsa, et qui , à ce qu'il paraît, n'avait pas voulu reconnaître la royauté de Menahem , fut prise de force et châtiée parle nouveau roi avec la plus grande cruauté '. Phoul,roi d'Assyrie envahit alors la Syrie et le pays d'Israël. Menahem ne pouvant combattre contre un enciemi aussi puissant , extorqua au pays mille talents, ou trois millicns de
' Josèphe, Antiqu. IX , II , I.
' Voy. Il Rois, 15, 16, et Josèphe, 1. c; Thiphsach était aussi le nom de la ville de Thapsacus, sur l'Euphrate ( voy. I Rois , 4, 24, et ci-dessus, page 2S7 ) , et plusieurs commentateurs pensent qu'il s'agit ici de cette dernière vilte; ce qui n'est pas probable.
LUNIVERS.
sicles d'argent , pour les donner à Phoul, et racheta ainsi son année à cinquante sicles par tête (II Rois , 15, 20), ce qui prouve qu'elle secomposait de soixante mille hommes. A ce prix Phoul consentit à retirer ses troupes et à prêter à Menahem main-forte contre ses ennemis de l'intérieur qui lui contestaient la couronne qu'il avait usurpée. Une telle conduite ne put qu'augmenter la haine contre Menahem et sa famille ; son fils Pékahia (Phacéïa) lui succéda dans la cinquantième année d'Ouzia ("60) ; mais deux ans après, un de ses officiers , Pékah (Phacée) , fils de Rémalia , forma , avec cinquante Giléadites, une conspiration contre Pékahia, qui fut assassiné dans son palais de Samarie (748). Après ce forfait, Pékah s'empara du trône. Le prophète Hoséa déroule devant nos yeux le sombre tableau de ces temps d'anarchie et de crimes : •■■ Jéhova, dit-il, plaide avec les habitants du pays ; car il n'y a dans le pays ni vérité, ni charité , ni connaissance de Dieu. Faux serment , dénégation , meurtre, vol, adultère ; tous ces crimes se répandent et le sang vient se joindre au sang. C'est pourquoi le payssera en deuil, et tous ses habitants seront anéantis ; avec les animaux des champs et les oiseaux du ciel, et jusqu'aux poissons de la mer, ils périront tous.» — « Ils sont tous échauffés comme un four, et ils dévorent leurs juges; tous leurs rois tombent, nul d'entre eux ne m'invoque. »— « Ils se sont donné des rois sans moi ; ils ont élevé des princes, sans que je le susse ; de leur argent et de leur or ils se sont fait des idoles , afin qu'ils soient exterminés '. »
A la fin de la première année de Pékah, Ouzia, roi de Juda, mourut dans la maladrerie, à l'âge de soixantehuit ans , l'an cinquante-deux de son règne; il fut enseveli sur le terrain de la citadelle de David, mais en dehors du sépulcredes rois (H Chron. 26, 23).
Son lils , le régent Jotham , lui succéda au trône. Le prophète Ye-
' Hos. 4, 1-3; 7, 7; s, 4.
schayah ou Isaïc , fils d'Araos ', qui , dans cette même année, commença sa carrière prophétique, écrivit plus tard l'histoire du roi Ouzia C'b. v. Ï2).
Depuis cette époque la puissance des Assyriens allait toujours croissant et nous la voyons prendre contre la Syrie et la Palestine une attitude de plus en plus menaçante. Quel que soit le voile impénétrable qui couvre l'histoire de la monarchie assyrienne, les relations authentiques de la Bible sont plus que suffisantes pour prouver que, dans les quarante ans qui suivirent la mort d'Ouzia , la domination assyrienne atteignit son apogée et s'étendit peu à peu depuis la Perse jusqu'à la Méditerranée, et de la mer Caspienne au golfe Persique. Les rois d'Assyrie, que nous voyons paraître dans la Bible, pendant environ soixante ans (770 à 710), sont : Phoul (que nous avons déjà nommé), Thiglath-Piléser, Salmanassar, Sargon», Sanhérib (ou Sennacbérib) et Ésar-Haddon. Ce dernier n'eut aucun rapport hostile avec la Palestine; sous Sennacbérib la fortune de l'Assyrie était déjà sur son déclin.
Jotham ( 758-741 ), qui succéda à son père à l'âge de vingt-cinq ans, se distingua par son énergie et par sa piété, et son règne fut un des plus heureux du pays de Juda. On lui reproche cependant d'avoir laissé subsister les hauts lieux et d'avoir permis que le peuple y offrît des sacrifices. Aux fortifications élevées par son père il en ajouta d'autres pour
' Selon une tradition rabbinique , qui ne se fonde sur aucune base historique, Amos ou Amolz, père d'Isaïe, était le frère du roi Amasia. Quelques Pères de l'Église l'ont confondu avec le propliète Amos ; mais saint Jérôme a déjà fait observer que les deux noms s'écrivent différemment en hébreu [Proœm. ad Amos).
^ Sargon, qui n'est mentionné que dans un seul passage (Isaïe, 20, i ), ne peut être éloigné du temps de Sennacbérib ; car le général Tharthàn servit sous les deux rois (II Ivois , 18, 17) Or, nous savons positivement (|ue le successeur de Sennacbérib fut Ésar- Haddon; Sargon doit donc élre nécessairement le prédécesseur de Sennacbérib ; car rien ne nous oblige d'identifier les deux rois, comme l'ont fait plusieurs auteurs.
prévenir les dangers qui menaçaient le pays. Entre autres il restaura le portail supérieur du Temple, c'està-dire celui du parvis intérieur ■ , et lit beaucoup de constructions au mur de la place Ophel^. Il combattit avec succès contre les Ammonites et les força de payer, pendant trois ans, un tribut très-considérable (II Cbron. 27, 5). Pékah, craignant une invasion des Assyriens , avait fait une alliance avecRésin, roi de Syrie. Les deux rois formèrent le projet de renverser la dynastie de David, et de mettre sur le trône de Jérusalem un certain Ben-Tabeël, leur créature (Isaïe, 7, 6), probablement afm de j)Ouvoir opposer aux Assyriens une force plus compacte ; mais les sages mesures de Jotham ne leur permirent pas de songer alors à l'exécution de leur projet. Malheureusement Jothan*!
mourut après seize ans de règne, à peine âgé de quarante-deux ans.
Son fils et successeur Achaz (741- 72G ) , jeune homme de vingt et quelques années^, ne possédait aucune des qualités de son père. Il encouragea , par son propre exemple , l'idolâtrie phénicienne; il fit élever des statues de Baal , et alla jusqu'à prendre part à l'abominable culte de Moloch , en faisant passer par le feu un de ses enfants, dans la vallée de Hinnom 4.
Faible et craintif, il ne put tenir en respect ses dangereux voisins; dès les premiers temps de son règne, Pékah et Piésin envahirent le pays de Juda, et Jérusalem fut menacée d'un siège. Acha?
résolut de se jeter dans les bras du roi d'Assyrie et d'acheter son secours ps£
' II Rois, 15,35; comparez Jérémîe, 36, 10, où le parvis intérieur est appelé supérieur.
^ Voy. II Chrou. 27, 3, et ci-dessus, page 45.
* Le texte biblique dit qu'il était âgé de vingt ans; mais comme il mourut après seize ans de règne et qu'il laissa pour successeur un lils âgé de vingt-cinq- ans , il faudrait qu'il fût devenu père à l'âge de onze ans. Nous croyons donc devoir supposerqu' Achaz, lors de son avènement, était âgé au moins de vingt-cinq ans, comme le portent les versions syriaque et grecque au 2nic livre des ("hron. ch. 28, v. I.
* Voy. ci-dessus, pages 00 et 91.
un honteux tribut;mais en même temps il dut prendre des mesures pour défendre sa capitale contre les troupes réunies d'Israël et de Syrie. Se trouvant un jour près de l'étang supérieur de la source de Siloé, sans doute pour en faire détourner l'eau et boucher la source', le prophète Isaïe vint l'y trouver pour le rassurer et surtout pour l'empêcher d'avoir recours à l'Assyrie, dont l'intervention ne pouvait qu'être pernicieuse au pays.
Le prophète montra au roi que Pékah et Résin, affaiblis déjà eux-mêmes et près de leur chute , ne pouvaient inspirer aucune crainte sérieuse et n'étaient plus que deux bouts de tisons fumatits {Is. 7,4). Ensuite, pour présenter sa prédiction sous une forme symbolique, Isaïe proposa à Achaz de demander un signe à Jéhova ; mais Achaz rép'ondit avec ironie qu'il ne voulait pas éprouver Jéhova. « Et pourtant , répliqua le prophète irrité , le Seigneur vous donne un signe :
Voici , la jeune femme (celle du prophète^ ) est enceinte; elle enfantera un fils qu'elle appellera Immanouel ( Dieu avec nous). On mangera encore de la crème et du miel (dans les pays d'Israël et de Syrie) jusqu'à ce que cet enfant sache repousser ce qui est mauvais et choisir ce qui est bon ; mais à peine le saura-t-il que déjà la terre, dont tu crains les deux rois , sera abandonnée ( ib. v. 10-16). »
Prévoyant que l'alliance du roi d'Assyrie ne servirait qu'à faciliter à celui-ci l'exécution de ses projets contre l'Egypte, le prophète finit par menacer Achaz d'une invasion des Assyriens et des Égyptiens. — Plus tard Isaïe, prenant pour témoins le prêtre Uria et un autre personnage appelé Zacharie, fils de Jébérechia ^ , déclara
' Voy . ci-dessus , page 54 , et le con\menlaire de Gesénius sur le prophète Isaïe , t. I , p. 276.
* Vov. Gesénius, 1. c. page 301.
3 Quêiques auteurs modernes ont supposé que ce Zacharie était un pronhète et que c'est à lui qu'il faut attribuer tes chapitres 9 à II du livre de Zacharie, qui, dil-on, no sauraient être composés après l'exil et doivent appartenir à l'époqu»' de la puissance
L'UNIVERS
qu'il nommerait un autre fils, que sa femme lui donnerait, Maher-scha- LAL HASCH-BAZ ( Hate-butin Pressepillage); car avant que l'enfant pût dire mon père et ma mère, on aurait emporté devant le roi d'Assyrie la richesse de Damas et le butin de Samarie (ib. 8, t — 4).
Ainsi que le prophète l'avait prédit , les deux rois alliés d'Israël et de Syrie se virent contraints de renoncer au siège de Jérusalem, mais ils tournèrent leurs armes sur d'autres points.
Résin s'empara de la ville d'Élath, en chassa les Judéens et y rétablit les Iduméens. Pékah fit la guerre sur les frontières de Juda et tua beaucoup de monde ; un prince de la famille royale , un intendant du palais et un ministre'du roi Achaz succombèrent devant un héros éphraïmite, nommé Zichri. Les soldats Israélites firent un grand butin et emmenèrent beaucoup de femmes et d'enfants du pays de Juda. Un prophète de Samarie, nommé Oded, blâma sévèrement la conduite des Israélites envers leurs frères de Juda ; il fut écouté , et , par l'intervention de quelques chefs de l'armée, les captifs comblés de bienfaits furent reconduits à Jéricho, pour rentrer dans leurs foyers.
Malgré les avertissements réitérés du prophète Isaïe, Achaz persista à appeler à son secours Thiglath-Piléser, roi d'Assyrie, dont il acheta la protection avec les trésors du Temple et ceux du palais. Le conquérant assyrien , déjà avide de nouvelles conquêtes , ne se fit pas attendre longtemps ; il envahit le territoire de Damas et s'empara de toute la Syrie, qu'il réunit à son vaste royaume.
Résin fut tué , et les Syriens furent transportés en grande partie dans le pays de Kir, probablement une contrée dans les environs du fleuve A'owr, l'ancien Cyrus, en Arménie.
De la Syrie Thiglath-Piléser pénétra dans le pays d'Israël , et occupa toute
assyrienne. Vov. Bertholdt, Einleitung , t. IV, p. 1721 et suiv. ; Knobel, Der Prophetismus der Hebrœer, Breslau, 1837, t. II, page 166 et suivantes.
la Pérée et la Galilée, dont il fit trans-
Eorter en Assyrie les principaux haitants '. Le royaume d'Israël se borna dès lors au petit pays de Samarie. Le roi Pékah fut assassiné quelque temps après (738), victime d'une conspiration à la tête de laquelle se trouva Hoséa, fils d'Éla, qui voulut se placer sur le trône.
Mais nous reconnaissons par les dates qu'il ne put y parvenir immédiatement et que, pendant neuf ans, le pays de Samarie fut en butte à la lutte des partis et à une complète anarchie.
Achaz alla trouver le roi d'Assyrie à Damas. A cette occasion, ayant vu le grand autel de Damas , il en envoya le dessin au prêtre Uria, à Jérusalem, en lui ordonnant d'en faire élever un pareil dans le parvis du temple. Uria se hâta d'exécuter les ordres du roi ; l'ancien autel d'airain fut reculé vers le midi et le nouvel autel fut placé au nord. Pour gagner de la place on enleva les piédestaux des bassins , ainsi que les bœufs d'airain qui servaient de piédestal au grand bassin , appelé la mer d'airain. Le roi voulut que les sacrifices quotidiens fussent offerts dorénavant sur le nouvel autel. Non content de ces profanations, Achaz , de retour à Jérusalem , éleva partout des autels aux divinités syriennes, et finit par fermer le sanctuaire national. Achaz n'eut pas lieu de se louer de l'alliance assyrienne qu'il avait si chèrement achetée; car il fut traité en vassal du vaste empire ( II Chron. 28, 20). En même temps les Iduméens firent des incursions sur le territoire de Juda et s'y livrèrent au pillage. Les Philistins, profitant de la faiblesse d'Achaz , lui prirent plu-
• Dans les livres des Rois l'invasion du pays d'Israël est rapportée avant celle de fa Syrie; voy. II Rois, ch. 15, v. 29, et ch. 16, V. 9. Mais Josèphe s'est trompé en admettant deux différentes expéditions! .^n/iqu. IX, Il , 1; 12, 3). Le roi d'Assyrie n'a pu pénétrer en Palestine qu'après s'être empare de la Syrie, et les deux passages du livre des Rois" tirés, l'un des annales d'Israël , l'autre des annales de Juda , ne parlent sans doute que d'une seule et même expédition.
sieurs villes". Acliaz mourut dans la seizième année de son règne (726); quoique jeune encore, il ne fut nullement regretté, les honneurs de la sépulture royale lui furent même refusés et il fut enseveli dans la ville (basse), de Jérusalem (ib. v. 27;. Il laissa dans son fils Hizkia, ou Ézéchias, âgé de vingt-cinq ans, un successeur qui donnait au royaume de Juda les plus belles espérances. Dès sa plus tendre jeunesse le prophète Isaïe, reconnaissant les belles qualités du jeune prince, l'avait présenté comme le sauveur de Juda , qui devait renouveler l'éclat de la maison de David '.
Ézéchias ( 726-697 ) formait, sous tous les rapports , le plus grand contraste avec son père. Il manifesta un zèle ardent pour le culte de Jéhova; dès son avènement au trône il fit rouvrir le Temple qui avait été fermé par Achaz. Partout les statues des divinités phéniciennes furent brisées, et il ut même supprimer les hauts lieux, dont le culte, bien que consacré à Jehova , formait une concurrence illégale au sanctuaire central et était contraire aux principes delà loi mosaïque^. Voulant détruire tout ce qui pouvait donner lieu à l'idolâtrie, il lit briser le serpent d'airain que Moïse avait fait ériger dans le désert comme symbole de la guétison ( Nombres, 21 , 9), et qui, conservé comme objet d'antiquité, ou imité plus tard , était devenu pour le peuple un objet de culte surperstitieux.
On était alors près de la fête de Pâques; au premier jour du mois A'Abib , ou de la lune de Pâques, Ézéchias fit assembler les prêtres et les lévites sur la grande place , à l'est du Temple, et leur ordonna de purifier le sanctuaire et d'y préparer tout pour la réouverture du culte. Les travaux de purification ayant duré jusqu'au seize du mois, on dut ajourner la célébration de la Pâque, à laquelle le roi
' Voy . ci-dessus , page 85.
2 Voy. Isaïe, ch. 9, V. 5 et 6 , et le commentaire de Gesénius, t. I, p. 360 et suivantes.
3, Voy- ci-dessus, pages ir)4 et. 159.
voulait donner le plus grand éclat, et il fut décidé que la fête serait remise au deuxième mois'. En attendant , un grand sacrifice expiatoire fut célébré pour le royaume , le sanctuaire et tout Je peuple de Juda; le roi y assista lui-même avec tous les grands personnages de la ville de Jérusalem.
Cette cérémonie touchante , pendant laquelle les lévites exécutaient la musique et les chants sacrés composés par David et les poètes de son temps, fit sur le peuple la plus profonde impression. Les sacrifices offerts en ce jour furent si nombreux que les prêtres ne purent y suffire, et qu'ils furent obligés de confier aux lévites une partie de leurs fonctions. Après cette solennité Ézéchias envoya des messagers avec des lettres dans le pays de Samarie et dans tout le reste de l'ancien pays d'Israël , pour engager tous les Israélites qui y restaient encore à venir célébrer la Pâque dans le sanctuaire de Jérusalem. Ézéchias nourrissatt peut-être l'espérance de réunir de nouveau tout Israël sous le sceptre de la dynastie de David , en reconnaissant pour le moment la suzeraineté du roi d'Assyrie; car déjà la chute prochaine de Samarie était attendue ; les prophètes Isaïe et Micha la prédisaient alors dans les termes les plus précis. Ils menaçaient aussi le pays de Juda de dures épreuves , à cause des vices qui y régnaient; mais ils espéraient avec confiance que la piétéet lajusticeduroi ramèneraient bientôt dans Juda des jours de bonheur et de puissance^. Les courriers d'Ézéchias parcoururent toute la Palestine, mais presque partout ils furent en butte aux plaisanteries du peuple; cependant un certain nombre d'hommes pieux des tribus d'Éphraïm, de Manassé, d'Aser, d'Issachar et de Zabulon,suivirentrappeld'Ézéchiaset arrivèrent à Jérusalem. On célébra le rit de l'agneau pascal le quatorze du deuxième mois; ensuite sept jours fu-
' Voy. ci-dessus, page 186 , col. 2. note I, 2 Voy. Miclia, ch. I, v. 5 et suiv et
ch. 5 ; isaie , ch. 28 à 33 , et le coiumentaif e
de Gesénius.
L'UNIVERS
rent consacrés à la fête des azymes et sept autres jours à des réjouissances publiques. Depuis le temps de Salomon on n'avait pas vu à Jérusalem de pareils jours de fête et de joie. Les corps des prêtres et des lévites furent réorganisés sous les auspices du grand-prêtre Azaria, et le roi prit les mesures nécessaires pour assurer leurs revenus (2Chron.ch. 29 à 31).
Pendant ce temps le royaume de Samarie voyait approcher sa dernière heure. Hoséa , l'assassin de Pékah , était enlin parvenu à monter sur le trône , trois ans avant Tavénement d'Ézéchias (729); il était vassal du roi d'Assyrie et payait un tribut à Salmanassar , successeur de Thiglath- Piléser. Nous savons par les discours des prophètes de cette époque que , dans le royaume d'Israël, comme dans celui de Juda, il y avait alors beaucoup de partisans d'une alliance avec l'Egypte, qui seule était capable d'opposer une digue aux envahissements de l'Assyrie, et qui était intéressée ellemême, au plus haut degré, à éloigner de ses frontières une puissance dont la soif de conquêtes ne paraissait pas devoir se borner à l'Asie. Les prophètes se méflaient d'une pareille alliance etla désapprouvaient avec énergie. Le roi Hoséa crut cependant y trouver son salut. A cette époque une dynastie éthiopienne, la vingtcinquième de Manéthon, avait envahi la haute Egypte, tandis que la basse Egypte était divisée entre deux dynasties, l'une Tanite (la vingt-troisième), l'autre Saïte (la vingt-sixième)'. Celle d'Ethiopie, à ce qu'il paraît, était la plus puissante; elle pouvait envoyer des troupes en Palestine par le désert et ridumée , comme l'avait déjà fait autrefois un roi de Méroë, du temps d'Asa^ Ce fut probablement au deuxième roi de cette dynastie, appelé So ou Sévé (Sevechus), que le roi Hoséa envoya des ambassadeurs pour entamer
' Voy. sur ces trois dynasties conicmjjoraiius , l'introduction de Gesénius au cil. 13 d'Isa je.
' Voy. ci-dcsius , page 305.
des négociations. La Bible ne nous dit rien sur le résultat de cette démarche; mais Hoséa compta tellement sur le succès, qu'il se hâta de refuser le tribut au roi d'Assyrie. Salmanassar ayant appris la trahison d'Hoséa le fltsaisiret mettre en prison; en même temps il occupa tout le pays de Samarie et mit le siège devant la capitale, dans la septième année du règne d'Hoséa , quatrième d'Ézéchias ( 723 ). La ville de Samarie, après une résistance opiniâtre, succomba enfin. Le siège de cette ville avait duré plus de deux ans, et avec elle tomba le dernier boulevard de l'indépendance d'Israël. Ce fut dans la sixième année du règne d'Ézéchias (721) que les Assyriens entrèrent dans Samarie. Selon le principe constamment suivi par les conquérants assyriens , tous les principaux habitants qui pouvaient donner quelque sujet de crainte, notamment les riches et les guerriers, furent forcés d'émigrer et le pays conquis fut peuplé de colons étrangers. Les Israélites furent transportés dans différentes contrées de l'Assyrie et de la Médie, et le pays d'Israël fut repeuplé successivement , sous Salmanassar et ses successeurs, par différentes peuplades de la vaste monarchie assyrienne. Nous recueillerons plus loin quelques données historiques sur les destinées ultérieures du territoire d'Israël et sur le sort des exilés Israélites.
Au moment où le pays d'Israël tomba victime de ses luttes intestines, de ses fréquentes révolutions militaires et d'une politique faussement dirigée, le pays de Juda sembla se ranimer d'une vie nouvelle sous le roi Ézéchias. Là , malgré les écarts de plusieurs rois et d'une partie du peuple, le sanctuaire central et la dynastie de David avaient toujours empêché les débordements de l'irréligion et des passions politiques qui furent si funestes au pays d'Israël. Les prophètes étaient mieux écoutés ; les prêtres exerçaientune grande influence, l'État et la'dynastie leur avaient dil le salut aux funestes jours d'Athalie. Israël liavait eu que quelque jours d'éclat et
(le bonheur sous le roi Jéroboam II, tandis que Juda avait joui de nombreuses années de gloire et de prospérité sous les règnes heureux d'Asa, de Josaphat et d'Ouzia. En outre, la position géographiquedeJudaétaitdespIus avantageuses et Jérusalem surtout offrait de grands moyens de défense'. Salmanassar n'essaya pas de soumettre la Judée; après avoir pris Samarie, il se dirigea sur la Phénicie et s'empara de tout le pays, à l'exception deTyr^ Mais les collisions entre les conquérants d'Asie et l'Egypte devaient finir par devenir funestes au petit royaume de Juda. La période suivante nous montrera ses derniers jours d'éclat et sa complète restauration religieuse, mais aussi sa rapide décadence et sa chute au milieu des grands événements qui agitaient l'Asie.