‹ PalestineChapitre 60 sur 98 · SO · texte numérisé non relu

SO

ROYAUME DE JUDA. ROYAUME D'iSRAEr.

Commencement Commencement

du règne de tlu règne de Av. J. C.

Av. J C.

Athalie.

Jéhu.

Joas.

Joachaz.

Joas.

Amasia.

Jéroboam II

Ouzia

Interrègne.

Zacharie.

Sallum.

Menahem.

Pekaliia.

Jotham.

Pékah.

Achaz.

Interrègne.

Hoséa.

Ezéchias.

eeannéed'Ézéch

Chute d'Israël. 72 1

Cet espace de temps se subdivise naturellement en deux périodes, dont la première finit en S84, au jour où les deux royaumes perdent à la fois leurs souverains; la seconde va jusqu'à la chute du royaume d'Israël, et à la même époque celui de Juda se relève par Ezéchias.

La mission du peuple hébreu ayant été entièrement méconnue et abandonnée par les rois d'Israël, l'idée dominante de son histoire ne pouvait plus se développer que dans le royaume de Juda, quoique là aussi nous voyions de fréquentes infidélités commises par les rois et le peuple contre Jéhova et sa loi . Mais là étaient le sanctuaire national, les prêtres et les lévites , et les voix des prophètes pouvaient, s'élever plus librement que dans le royaume d'Israël. En outre ce dernier royaume, malgré l'étendue de son territoire et les forces dont il disposait, ne put jamais arriver à se consolider et à prendre cette stabilité que l'hérédité et le prestige du nom de David garantissaient à celui de Juda. Ses frontières n'étaient pas non plus suffisamment garanties . contre l'invasion des ennemis, tandis que le

son corégent , et presque tous les chronoloaistes modernes ont adopté cette opinion , faisant durer la corégence trois ou quatre ans. Voy. le commentaire de R. Saloraon Ben-isaac à II Rois, 8, 16; Des-Vignoles, 1. c. p. 320 et suivantes.

pays de Juda était mieux protégé par ses forteresses et ses montagnes. Au nord , les hordes ennemies pouvaient facilement pénétrer dans le cœur du pays d'Israël, et les riches plaines de la Galilée et de la Samarie ne leur offraient que trop d'appât; les Syriens surtout étaient de dangereux voisins. Les luttes intestines , les fréquents changements de dynastie , des rois pour la plupart faibles et tyranniques devaient hâter l'épuisement des forces d'Israël; son histoire est celle d'une longue agonie, interrompue quelquefois par une fai-bie lueur de vie. Israël est donc en quelque sorte éliminé de l'histoire des Hébreux, qui se continue dans celle de Juda. La lutte et les rapports continuels entre les deux royaumes ne permettent guère de séparer les deux histoires; pour éviter les répétitions, nous nous placerons sur le terrain de Juda, et de là nous examinerons toujours les événements contemporains du royaume d'Israël.

l. De Rehabeam à Jchazia. {De Jéroboam àJoram.)

Rehabeam, étant revenu de Sichem à Jérusalem , ordonna une levée en masse des tribus de Juda et de Benjamin, pour aller combattre Jéroboam et soumettre les dix tribus.

Mais un prophète de Juda, nommé Sémaïah, se présenta au roi et au peuple , au nom de Jéhova , afin d'empêcher , par .sa parole puissante , une expédition qui probablement lui paraissait dangereuse. Il déclara que le schisme s'était fait par la volonté de Jéhova ; il fut écouté , et les troupes déjà rassemblées rentrèrent dans leurs foyers. Rehabeam , forcé de renoncer, pour le moment, à ses projets belliqueux, s'occupa à mettre son petit royaume à l'abri d'une invasion; quinze villes situées vers les différentes frontières furent entourées de fortifications, et munies des provisions et des armes nécessaires. Le commandement de ces places fut confié aux fils du roi , sous les ordres supérieurs

L'UNIVERS

du prince royal, nommé Abiam, ou Abiali. Rehabeam avait vingt-huit Ois et soixante fliles; ses fejiimes étaient au nombre de dix-huit, sans compter soixante concubines. Sa femme favorite était Maacha, fille d'Abisalôm', qui avait donné le jour à Abiam. Dans les trois premières années du règne de Rehabeam une foule d'Israélites pieux , et notamment les prêtres et les lévites, émigrèrent du royaume d'Israël pour aller s'établir dans celui de Juda^;car Rehabeam montra d'abord du zèle pour le culte national, qui pouvait devenir pour lui une planche de salut, tandis que Jéroboam, pour rompre toute liaison avec Juda , et pour conserver toute son indépendance, abandonna ouvertement le culte mosaïque.

Trompant les prévisions du prophète Achiah, Jéroboam introduisit une idolâtrie révoltante. Aux deux extrémités de son royaume, à Dan et a Béthel , il éleva deux temples , dans lesquels Jéhova fut adoré sous l'image d'un veau d'or , et il renouvela ainsi le crimedontlesHébreux s'étaient rendus coupables dans le désert. 11 confia les soins de ce culte à de nouveaux prêtres qui n'étaient pas de la tribu de Lévi, et, interdisant le pèlerinage de Jérusalem, il supprima les fêtes mosaïques. Le huitieme^mois fut choisi en place du septième pour célébrer la fête des récoltes , et tous les ans le roi se rendait lui-même à Béthel pour cette fête nouvelle et y offrait des sacrifices au veau d'or. — A la vue des préparatifs hostiles de Rehabeam , il fit entourer de fortifications la ville de Sichem, oii il avait d'abord fixé sa résidence , et il fortifia également la ville de Plianuel, où, selon Josèphe, il s'était fait bâtir un palais 3.

' Dans le 2° livre des Chroniques on lit Absalom, et plusieurs commentateurs ont pensé qu'il s'agit ici d'Absalom , fils de David , et que Maacha fut la cousine de Rehabeam. Dans ce cas elle aurait eu au moins quelques années de plus que Rehabeam, qui naquit dans l'année de la mort de David.

' Tous ces détails sont rapportés dans le tleuxième livre des Chroniques, cl;, ii.

•< Antiqu. VHl, 8, 4.

La conduite de Jéroboam devait indigner les prophètes de Jéhova; mais ils n'osèrent élever la voix contre les innovations impies du roi.

Un jour cependant un prophète zélé du pays de Juda ' osa se présenter dans le temple de Béthel et maudire l'autel au moment même où le roi Jéroboam y offrait de l'encens. Un accident arrivé au roi arrêta sa main déjà levée sur le prophète; celui-ci échappa à la colère du roi , mais, en retournant au pays de Juda, il fut tué par un lion. Le dévouement de ce prophète et sa fin tragique perpétuèrent sa mémoire, et, après trois siècles et demi, une légende populaire rattacha les imprécations prononcées par le prophète contre l'autel de Béthel , à la réaction opérée par le roi Josias contre l'idolâtrie de cette ville ^ Selon cette légende, le prophète de Juda prononça sur l'autel de Béthel les paroles suivantes : « Autel , autel ! ainsi « a parlé Jéhova : un 'fils naîtra à la « maison de David , son nom sera "Jo- « sias; il immolera sur toi les prêtres « des hauts lieux qui offrent de l'en- « cens sur toi , et on brûlera sur toi « des ossements d'hommes. » En même temps il prédit que l'autel allait se fendre, et que la cendre, qui était dessus, seraitrépandue parterre. «Saisissez-le : » s'écria le roi , en étendant sa main; et aussitôt la main du roi se dessécha et il ne put la retirer.

L'autel se fendit et la cendre fut répandue par terre. Alors le roi , frappé de ce miracle, supplia le prophète de prier Dieu pour lui; ayant recouvré l'usage de sa main, Jéroboam invita le prophète à un repas, mais ce dernier refusa, disant: « que Dieu lui avait défendu de prendre aucune nourriture en cet endroit. » Étant reparti par un chemin détourné, il fut bientôt rejoint par un vieux prophète de Béthel, lequel, ayant appris par ses fils ce qui venait de se passer, courut après le

' Josèphe(l.c.^5)l'appelle Jado«, lecroyant probablement le même que le prophète Iddo ou Jddo, mentionné dans le deuxième livre des Chroniques (9, 29; 12, 15; 13, 22).

• Voy. 1 Rois, 13, 2, et II Rois, 23, 17.

pieux prophète de Juda pour le ramener et peut-être pour se concerter avec lui sur quelque entreprise en faveur du culte mosaïque ; car le texte ne présente nullement le vieillard de Béthel comme un faux prophète.

Faisant croire au prophète de Juda qu'un ange de Dieu l'avait engagé à le suivre, il parvint à le ramener à Béthel et à lui faire accepter un repas. Mais à table le vieillard eut une révélation de Dieu et annonça* au prophète de Juda, qu'il ne serait pas enterré dans le tombeau de sa famille, pour avoir transgressé l'ordre de Jéliova. Le prophète, étant reparti de nouveau, fut tué par un lion, qui cependant laissa son corps intact et ne lit aucun mal à son âne. Quelques hommes, qui passèrent par là, ayant averti le vieillard de Béthel, celui-ci alla chercher le cadavre du prophète de Juda et lui rendit les derniers honneurs, ordonnant à ses enfants de déposer un jour ses restes dans le même tombeau oii il venait d'enterrer l'homme de Dieu ; car, ajouta-t-il , ce qu'il a prédit sera accompli sur l'autel de Béthel et sur tous les temples des iiauts lieux dans\les villes de Samarie (I Bois,. 13, 32).

Ces derniers mots prouvent avec évidence que nous avons ici une légende populaire , qui s'est formée bien plus tard, et non pas un récit historique; car Samarie n'existait pas encore à cette époque. Nous trouverons d'autres légendes analogues dans l'histoire des prophètes d'Israël , dont les actes ont généralement un caractère merveilleux et fantastique, que nous ne rencontrons pas chez les prophètes de Juda. Nous devons rapporter ces légendes, parce qu'elles sont caractéristiques , et qu'elles font connaître à l'historieu le point de vue peu élevé sous lequel on considérait le prophétisme dans le royaume d'Israël, où la vie des plus grands prophètes, telle que le peuple l'a faite, offre un contraste frappant avec les caractères sublimes et pleins de grandeur et de dignité que nous trouvons plus tard

dans le royaume de Juda '. Quoique ces légendes nous soient rapportées par les écrivains de Juda, elles sont puisées sans doute dans ceux d'Israël, ou dans les contes populaires des Israélites.

L'histoire de Jéroboam nous offre encore un autre exemple de ces que nous venons de dire. Abiah , jeune fils de Jéroboam, étant tombé malade, le roi chargea sa femme de se rendre déguisée auprès de son ancien protecteur, le prophète Achiah, de lui apporter un cadeau et de l'interroger sur le sort de son fils. Achiah était très-vieux et presque aveugle; mais, dit la légende, à peine la femme de Jéroboam se fut-elle présentée à la porte du prophète à Siloh, qu' Achiah, entendant ses pas, lui dit : « Entre, femme de Jéroboam ; pourquoi te dé- ' guises-tu! J'ai une mission dure pour toi. » Et aussitôt il prédit, en termes très-violents, la chute de Jéroboam et de sa dynastie , et la ruine du royaume d'Israël, dont les habitants seraient transportés de l'autre côté de l'Euphrate. « Quant à l'enfant, dit-il, au moment où tu entreras dans la ville, il mourra. » Eneffet, lorsque la femme s'approcha du seuil du palais, àThirsa, où Jéroboam avait alors fixé sa résidence , l'enfant mourut.

Dans Juda le zèle qui s'était manifesté pour le maintien du culte national, dans les trois premières années du règne deBehabeam (IlChron. 11, 17), ne se ralentit que trop tôt, pour faire place à une coupable indifférence, qui fut bientôt suivie d'une nouvelle invasion de l'idolâtrie phénicienne avec toutes ses abominables débauches, jusqu'à la honteuse prostitution

• Voy. sur les légendes prophétiques du royaume d'Israël, Eiclihorn, AUqcmeine Bibliothek, t. IV.pag. 193-252. Eichhorn a fait, sur le caractère de ces légendes, des observations pleines de goût et de justesse; mais il s'est donné une peine inutile en cherchant à expliquer plusieurs faits merveilleux d'une manière naturelle ; les légendes peuvent bien avoir une base historique , mais les faits miraculeux appartiennent probablement tout entiers à l'imagination du peuple.

L'UNIVERS

le culte d'Astarté'. du Temple et ceux du palais royal,

qui distinguait

La tiédeur pour le sanctuaire national et la ville sainte fut si grande que, malgré les forteresses qui garnissaient i€s frontières, Rehabeam ne put faire aucune résistance aux troupes égyptiennes, qui , dans la cinquième année de son règne (970 avant J. C), envahirent le pays de Juda, probablement par les intrigues de Jéroboam, et pénétrèrent jusqu'à Jérusalem. Rehabeam trembla dans sa résidence, et le prophèteSeniaiah profita de ce moment pour reprocher au roi, en pleinecour , son infidélité envers Jéhova, la présentant comme la cause de ce malheur. Le roi et tous les grands de la cour montrèrent un sincère repentir, ets'écrièrent : « Jéhovaestjuste'.» Seniaiah alors les rassura, en leur montrant que ce n'était là qu'un orage passager, et qu'il fallait accepter avec résignation ce châtiment du ciel (ib.

12, 5-8). Sisac ou Scheschonk^, roi d'Egypte, à la tête d'une nombreuse armée, composée d'Égyptiens et d'autres peuplades africaines , fit son entrée dans la capitale, probablement sans coup férir ^, et pilla les trésors

' Voy. ci-dessus, page 90.

2 Le nom seul de Sisac ou Scheschak nous semble suftisaut pour établir Tidentilé de ce roi BTiec Schcschoii/i (Sesonchis},preuiier roi de la vingt-deuxième dynastie , d'autant plus que la chronologie parait pleinement confirmer cette identité. Voy. Des-Vignoles , t. II, p. 123 et 157. Cependant nous ne saurions attacher aucune importance à la découverte récente de Champollion le jeune, qui prétend avoir lu sur un monument du palais de Karnac, au nombre des nations vaincues parSesonchis, les mois ou locD \u.\malf.k qu'il traduit : Le royaume de Juda. Vôy. la vu* des Lettres écrites par M .Champollion , pendant son voi/ai/e en Ég'/pte, p. 35. Comment supposer qu'on ait mis de l'hébreu sur un monument égyptien ? Et encore serait-ce de fort mauvais hébreu; car ce que M. ChaoïpoUiou a lu pourrait signifier tout au plus Juda le roi., ce qui ne donne aucun sens. Nous plaçons donc cette inscription, ainsi que la physionomie juive du roi vaincu,

Earmi les illusions de l'illustre interprète des iéroglyphes.

^ i\i.a.yr~d, dit Josèphe (Antiqu. VIII, 10, .•?;, et 'il pense qu'Hérodote a parlé de cette expédition, que, par erreur, il aurait fait remonter jusqu'à Sésostris , en se trompant sur le nom du roi. Comparez Je passage de Josèphe avec Herod. 1. II, ch. 102 et lo6.

entre autres les boucliers d'or que Salomon avait fait faire. Cette expédition n'eut pas d'autre suite; ainsi que l'avait prévu le prophète Sémaïah, Sisac n'avait d'autre but que d'humilier et de rançonner la capitale de Juda , et son armée se retira après le pillage. Les boucliers d'or de Salomon furent remplacés par des boucliers d'airain, qu'on confia à la garde des ofûciers des coureurs ou gardes du corps. Toutes les fois que le roi se rendait au Temple, les coureurs portaient devant lui ces boucliers, vain simulacre de la grandeur passée du règne de Salomon. Rehabeam régna encore une douzame d'années après l'invasion des Égyptiens. Aucun événement mémorable ne signala cet espace de temps. Les hostilités continuèrent toujours entre Rehabeam et Jéroboam : mais elles se bornèrent à des tracasseries mutuelles, et il ne paraît pas qu'il- y eût jamais entre les deux rois un engagement de quelque importance. Rehabeam mourut à l'âge de cinquante-huit ans, après en avoir régné dix-sept.

Son fils Abiam lui succéda ; son court règne de trois ans (de958à 9.55), animé du même esprit d'irréligion que celui de son père, fut signalé par une guerre ouverte avec Jéroboam, sur laquelle le ir livre des Chrouiques(13, 3 — 20) nous donne quelques détails.

Nous ne saurions admettre comme historiques les forces militaires vraiment prodigieuses que ce livre attribue aux deux rois »; le discours plein de zèle pour le culte de Jéhova que le roi de Juda aurait adressé alarmée de Jéroboam, paraît être démenti par la relation plus ancienne du T" livre des Rois (15, 3), qui dit qu'Abiam imita tous les péchés de son père et que son cœur n'était pas entier avec Jéhoca, son Dieu. Les deux armées se rencontrèrent sur les montagnes d'Ëphraïm , près du mont Semaraïm. Malgré l'embuscade que Jéro-

' On donne à Jéroboam 800,000, et a Abiam 400,000 hommes d'élite.

3ori

boam plaça sur les derrières des troupes de Jiida, celles-ci remportèrent la victoire, et s'emparèrent de Béthel et de quelques autres villes israélites. On ne dit pas qu'Abiam ait aboli le culte du veau d'or à Bétliel ; il est probableque cette ville retomba bientôt au pouvoir d'Israël. La victoire d'Abiam affaiblit les forces de Jéroboam , qui ne put plus se relever.

Abiam avait, de ses quatorze femmes, vingt-deux fils et seize filles; il mourut dans la troisième année de son règne (955), laissant le trône affermi à son fils Asa. Jéroboam mourut l'année suivante et son fils Nadab lui succéda.

AsA (955—914) montra dès le commencement de son règne beaucoup de zèle pour le culte de Jéhova. Quoique très-jeune encore, il déploya une gran- * de énergie contre l'idolâtrie; il n'épargna même pas sa grand'mere Maacha, qui favorisa le cidte phénicien et qui prétendit dominer le jeune prince. Asa sut la dépouiller de toute influence sur les affaires du gouvernement; la statue d'Jschéra ou A starté, qu'elle avait osé élever dans Jérusalem, fut brûlée dans la vallée que parcourt le Kidron.

Partout on détruisit les autels des divinités phéniciennes, et les personnes prostituées à leur culte honteux furent expulsées du pays. La seule chose qu'on reproche à Àsa, c'est d'avoir laissé subsister les hauts lieux, ou les autels particuliers consacrés à Jéhova, à côté du grand autel du Temple central (IRois, 15, 14), ce qu'il fit peut-être pour occuper la foule immense de prêtres, qui, depuis le schisme, affluaient dans le petit pays de Juda. Il apporta au Temple des dons très- riches, laissés par son père et auxquels il ajouta les siens.

Pendant les dix premières années de son règne , le pays jouissait d'une paix profonde (II Chron. 13, 23), et Asa profita de ce temps pour élever de nouveaux forts et pour organiser et fortifier son armée (ib. 14, 5-7).

Le royaume d'Israël, ébranlé par des troubles intérieurs, n'inspirait pas, pour le moment, de craintes sérieuses

^O"" Livrahon. (Palk.stinf,.)

au roi de Juda. La dynastie de Jéroboam avait cessé d'exister. Nadab .

avait été assassiné, après avoir régné deux ans (952); un certain Baasa , fils d'Achiah, de la tribu d'Isachar, avait conspiré contre Nadab, qui assiégeait alors Gibbethôn, ville de la tribu de Dan, qui était au pouvoir des Philistins. Nadab tomba par la main de Baasa, qui après avoir usurpé le trône d'Israël , détruisit toute la famille de Jéroboam.

Selon les Chroniques (ib. v. 8) , le premier ennemi que le roi Asa eut à combattre fut l'Éthiopien Zérach, qui à la tête d'une armée prodigieuse .

composée d'Éthiopiens et de Libyens (ib. 16, 8), pénétra jusqu'à Marésa , dans la plaine de Juda. On ne nous dit pas si Zérach était roi d'Ethiopie, ou s'il n'était qu'un général à qui le roi avait confié cette expédition ; mais le texte ne renferme pas le plus léger indice qui puisse faire penser que Zérach fût roi d'Egypte , comme l'ont prétendu plusieurs savants', llestplus probable que les hordes commandées par Zérach étaient venues du royaume de Méroé, en traversant le golfe Arabique, le désert et l'Idumée. Asa conduisit son armée au-devant des Éthiopiens et leur livra bataille dans la vallée de Sephatha, près de Marésa; les Éthiopiens furent battus, et obligés de fuir; ils laissèrent aux troupes de Juda un immense butin. Cet événement dut avoir lieu vers la quinzième année du règne d'Asa (940). Au retour du roi, un prophète de Jérusalem , Azariah , fils d'Oded, alla au-devant

' Scaliger cherche Zérach parmi les rois anonymes de la vingt-deuxième dynastie; Des-Vignoles le retrouve dans Osoroth ou Osorthon, fi Is et successeur de Sesonchis. Voy. Chronol.de l'hist. sainte, t.lï, p. 126. Champolhon est du même avis; selon lui , le lils de Scheschonk s'appelait Osorchon , nom qui s'approche davantage de celui de Zérach. Voy. le Précis de Champollion, p. 257-26-2 , et Greppo, Essai sur le système hiéroglyphique, p. 173-177. Mais nous ne saurions partager la conviction de ces auteurs ; car on ne voit pas pourquoi l'Écriture sainte aurait dépouille le fils deSisac de son titre de roi d'É;iypte, et l'aurait appelé Zérach le Cousciirn:.

L'UNIVERS

(ie lui ; dans unealloeution qu'il adressa au roi et à l'année, il présenta leur succès comme une suite de l'attachement qui s'était manifesté pour .Téliova, et les mallieurs passés comme la juste punition de l'infidélité. 11 termina en engageant le roi à persévérer dans la même voie. Asa continua à déployer une grande sévérité contre l'idolâtrie; il restaura aussi le grand autel qui se trouvait de vaut le portique du Temple, et dans la quinzième année de son règne, au troisième mois (maijuin), on y célébra par de nombreux sacrifices "la victoire remportée sur les Ethiopiens. Une foule d'Israélites, fidèles au Dieu de leurs pères, et voyant les succès du pieux Asa, vinrent assister à cette fête et s'établir dans le pays de Juda.

Baasa, roi d'Israël, ne put voir avec indifférence la puissance toujours croissante du royaume de Juda. Dans la seizième année du règne d'Asa '(939) il commença des actes d'hostilité contre Juda, en fortifiant la ville de Rama et en y plaçant une garnison, afin d'intercepter les communications avec le pays de Juda. Asa ne pouvant souffrirl'établissementde cette forteresse, située à deux lieues de sa résidence, épuisa le trésor royal et celui du Temple pour acheter l'alliance de Ben-Hadad, roi de Syrie , qui résidait à Damas. Ses offres ayant été acceptées, Ben-Hadad envahit le nord de la Palestine, jusqu'aux environsdulacdelvinnéretii ou Génésareth, et s'empara de plusieurs villes importantes. Baasa fut forcé par là de faire cesser ses travaux de fortification; Asa alors marcha sur Rama, s'en empara, et, ayant fait démolir les ouvrages déjà avancés, il fit employer les matériaux aux fortifications de Guéba et de Mispalp. Plusieurs autres villes d'Éphraïm tombèrent au pouvoir d'Asa (2 Ghron. 15, 8).

» Le lexte du deuxième livre des Chroniques (IC, I) porte : dans la trente-sixicme année : mais comme te règne de Baasa ne se prolongea que jusqu'à la vingl-sixii'me année d'Asa, nous croyons avec les coramenlateurs, que l'auteur des Ctironiques a voulu dire la trente-sixième année du schisme, ou la seizième d'Asa.

' Voy. ci-dessus, p. 42 et 43.

Les prophètes durent voir avec peine cette alliance, coucine avec un païen contre le roi d'Israël et payée avec le trésor sacré. Un prophète nommé llanani reprocha amèrement à Asa de s'être appuyé sur la Syrie, au lieu de s'appuyer sur Jéhova, qui lui aurait soumis en même temps et les Israélites et les Syriens. Il paraît que les paroles de Hanani ne furent pas sans influence sur le peuple et causèrent quelques troubles; car le roi, fort irrité de ce discours, fit emprisonner le prophète et châtier des gens du peuple (II Chron. 16, 10).

Baasa régna encore dix ans après l'invasion des Syriei;s ; nosdocuitients ne parlent pas d'autres collisions entre lui et Asa, mais les deux rois restèrent en état d'hostilité mutuelle (I Rois, 15,32). Le prophète Jéhu , probablement fils du prophète Hanani, dont nous venons de parler (car on l'appelle toujours Ben-IIanaui) , prononça un oracle contre Baasa , auquel il reprocha d'avoir imité les péchés de Jéroboam , après avoir été élevé de la poussière pour renverser sa dynastie : la maison de Baasa, dit le prophète , aura le même sort que celle de Jéroboam. Asa put assister encore à l'accomplissement de cette prophétie, et voir une troisième dynastie s'affermir sur le trône de Jéroboam ; car les événements se succédèrent rapidement dans le pays d'Israël. Baasa put transmettre la couronne à son filsÉla; il mourut après avoir régné près de vingt-trois ans (930 ou 929). Mais Éla succomba dès la deuxième année de son règne (928), frappé, comme le fils de Jéroboam, par la main d'un conspirateur. Pendant que les troupes , commandées par le général Omri , étaient occupées à un nouveau siège de la ville do Gibbethon , Zimri , commandant de la moitié des chariots de guerre, assassina, à Thirsa, le roi Ela , an moment oii celui-ci s'était enivré dans la maison d'Arsa , son maître d'hôtel. L'assassin , s'étant emparé du trône , extermina toute la famille royale, et la prédiction du

prophète Jéhu s'accomplit à la lettre.

Lorsque la nouvelle du forfait de Zimri arriva au camp- de Gibbethon, les troupes proclamèrent leur général Omri roi d'Israël. Omri abandonna aussitôt le siège de Gibbethon pour marcher sur Thirsa , et l'usurpateur, se voyant forcé de rendre la ville, mit le feu au palais et s'y brûla lui-même , après avoir régné sept jours. Cependant Omri , ék' par l'armée , trouva un concurrent dans Thibni, fils de Ginath, auquel le peuple avait décerné la couronne.

Une lutte s'établit entre les deux prétendants; quoique le parti d'Omri fût beaucoup plus fort , ce ne fut que la mort de ïhibni ' qui fit reconnaître la royauté d'Omri par tout Israël.

Le texte sacré nous laisse deviner que la guerre civile entre Omri et' et Thibni avait duré quatre ans; car il ne fait commencer le règne d'Omri que dans la trente-unième année d'Asa (924) , quoiqu'il fasse remonter la conspiration de Zimri et sa mort à la vingt-septième année de ce même roi (928) ^ , dans laquelle Omri fut proclamé roi par l'armée. Dans la septième année de son règne , deux ans après la mort de Thibni , Omri fond a la ville de Samarie, et y transféra la résidence royale^. C'est là le seul fait mémorable qu'on rapporte de son règne; mais il paraît qu'il eut à lutter contre les Syriens , qui lui prirent plusieurs villes (I Rois, 20,34).

Il gouverna dans le même esprit que ses prédécesseurs, en maintenant le culte schismatique établi par Jéroboam. Il mourut dans la douzième année de son règne (917) , laissant le trône à son fils Achab.

Les troubles qui agitèrent le pays d'Israël profitèrent sans doute au royaume de Juda , qui , pendant tout ce temps, jouissait d'une paix profonde sous le sceptre du roi Asa.

Dans les dernières années de son rè-

' Selon Josèphe {Antiqu. VIII, 12, 5), Thibni mourut assassiné ; la chronique rabbinique dit la même chose. Séder olam rabba, ch. 17.

" Voy. 1 Rois, ch. 16, v. 15 et 23.

gne (9 16), A sa fut affligé d'une maladie des pieds , probablement la goutte ; on lui reproche d'avoir fait venir des médecins , et de ne pas avoir recherché Dieu dans sa maladie (II Chron. 16,12), c'est-à-dire de ne pas avoir consulté les prophètes , qui cultivaient aussi l'art de la médecine '. Il paraîtrait que l'affaire de Hanani avait fait cesser les rapports entre le roi et l'ordre des prophètes.

Asa mourut dans la quarante-unième année de son règne (914) , laissant dans son fils .Tosaphat un digne successeur. Ses funérailles furent célébrées avec beaucoup de pompe ; on coucha le roi sur un lit parfumé , et on brûla auprès de lui une grande quantité des parfums.

JOSAPHAT (914-889), fils d'Asa et né d'Azouba, fille de Silhi , monta sur le trône à l'âge de trente-cinq ans (II. Rois, 22, 42). Héritier des vertus de son père, il manifesta un zèle plus grand encore pour le culte national , et fit disparaître les dernières traces de l'idolâtrie, laissant toutefois subsister les haids lieux.

Pour inspirer au peuple de meilleurs sentiments religieux, il chargea, dans la troisième année de son règne, cinq des principaux personnages de sa cour , accompagnés de deux prêtres et de neuf lévites , et munis du livre de la loi , de faire une tournée dans tout le pays et d'instruire les habitants.

En même temps Josaphat fit élever de nouveaux forts et préparer des munitions, et réorganisa l'administration et l'armée. Cette dernière se composa de deux divisions très-fortes , l'une de Juda et l'autre de Benjamin ; la première était sous les ordres suprêmes d'Adna , assisté des généraux Johanan et Amasia ; la seconde, composée principalement d'archers , était commandée par Éliada , qui avait sous ses ordres le général Jozabad. Des gouverneurs particuliers commandaient dans les places fortes. La paix qui régnait alors dans

' Voy. Il Rois , ch. 5, et cb. 20, v • 7 ; Isaiv, ch. 38, V. 21.

isos

L'UNIVERS

le pays (le Juda , auquel plusieurs peuples voisins payaient un tribut , favorisa singulièrement les réformes du roi Josapliat , que nous verrons prendre encore de plus grands développements.

La cour de Samarie formait alors le plus grand contraste avec celle de Jérusalem. Tandis que Josaphat ne cessait de faire les plus grands efforts pour rétablir le culte de Jéhova dans toute sa pureté, Achab, qui surpassa en impiété tous les rois d'Israël , non content du culte des veaux d'or , et dominé par sa femme phénicienne Izabd (fille d'Éthbaal , roi de Sidon), avait introduit le culte de Baal et d'Astarté , qui avaient des temples et des autels dans la ville de Samarie. Le débordement du paganisme phénicien jeta le trouble et le désordre dans le pays d'Israël , où nous voyons naître des collisions sanglantes entre les adorateurs de Baal et le petit nombre de partisans zélés que comptait encore le cultede Jéhova. Le parti des premiers était devenu fort nombreux; Baal n'avait pas moins de quatre cent cinquante prêtres ou prophètes à son service , et Astarté en comptait quatre cents, tous nourris aux frais d'Izabel (I Rois , 18 ,19).

Forts de toute l'énergie d'une reine fanatique et cruelle , ils sévissaient avec une extrême fureur contre les prophètes de Jéhova, qu'ils tâchaient d'exterminer (ib. v. 4). Ces derniers étaient encore assez nombreux ; dans la persécution même dont ils étaient l'objet, quelques-uns d'entre eux puisèrent un zèle et un courage qu'on ne leur avait pas remarqués jusqu'alors, et, quand l'occasioa se présentait, ils usaient de sanglantes représailles contre leurs adversaires. Leur chef était le célèbre prophète Élie , et, à la cour, ils avaient un protecteur secret dans Obadiah, intendant de la maison du roi ; mais dans la masse du peuple ils ne trouvaient que peu de partisans zélés (ib. 19,18). La grande majorité du peuple, à ce qu'il paraît, était indécise ou indifférente , et ne prétait son appui à aucun des deux

partis ; c'est pourquoi Élie lui reprochait de boîte?' des deux côtés , et de ne se déclarer ni pour Jéhova ni pour Baal (ib. 18,21). Le roi Achab lui-même, homme sans énergie et sans conviction , peut être mis au nombre de ces indécis : tantôt il se prosterne devant Baal et se livre à toutes les abominatious des cultes cananéens, tantôt, effrayé par les paroles d'un prophète, il s'humilie devant Jéhova, en jeûnant et en déchirant ses vêtements ; un jour il laisse massacrer les prophètes de Jéhova par les ordres d'Izabel , un autre jour il livre les prophètes de Baal à la vengeance d'Élie'. Sa faiblesse et son indécision se montrent aussi dans d'autres circonstances ; nous le verrons une fois pousser la générosité jusqu'à rendre la liberté à son ennemi , le roi de Syrie, tombé entre ses mains, et une autre fois , sur les instigations d'Izabel , faire condamner à mort un innocent , pour s'emparer de son bien.

Le pays d'Israël ne pouvait sortir de cette malheureuse situation que par un coup violent ; il fallut un homme énergique, plein de courage et de dévouement, pour entraîner les indécis et pour faire triompher la sainte cause de Jéhova et de la nationalité hébraïque contre la tyrannique fureur delà princesse phénicienne. Comme ce sont toujours les situations qui produisent les hommes , Israël , dans ces temps calamiteux , vit paraître un sauveur , qui entreprit à lui seul , sinon d'accomplir, du moins de préparer une révolution , et de renverser la dynastie impie qui voulut effacer jusqu'aux dernières traces du culte national. Cet homme fut le prophète Élie, le héros de cette époque. Plein d'un enthousiasme fougueux , qui s'exaltait souvent jusqu'aufanatisme , il bravait , par son courage et sa constance , les fureurs d'Izabel et faisait trembler mainte fois le roi Achab, qui, tout en le détestant, ne put lui refuser

' Voy. 1 Rois,cli. 16. V. 31-33; ch. «i , V. 20-29; cil. 18, V. 4 et suiv-, V. 40 et îuiv.

TALESTINE.

soi)

son respect. Comme Samuel , il était inflexible, lorsqu'il s'agissait d'arriver à son but, et ne craignait pas de se montrer dur et cruel , pour accomplir ce qui lui paraissait nécessaire. Malheureusement Israël était déjà tombé trop bas pour pouvoir être entièrement relevé; Elie lui-même n'éleva jamais sa voix contre le culte des images de Béthel et de Dan; mais il fit tous ses efforts pour faire triompbor le nom de Jéhova sur l'odieux culte des Phéniciens; et lorsque, sur la fin de ses jours, il dut laisser son œuvre inachevée, il se donna un successeur qui pût la continuer et l'accomplir.

La vie et les faits du prophète l^lie ne nous sont parvenus que sous l'enveloppe des traditions mythiques , dont l'imagination populaire les a entourés dans le cours des siècles , et les* observations que nous avons faites au sujet du prophète de Béthel trouvent ici leur application spéciale. Dans l'absence de documents suffisants purement historiques , nous devons attacher un grand prix à ces traditions populaires , qui nous donnent la mesure de l'admiration que les faits du prophète inspiraient à ses contemporains et des grands souvenirs que la postérité attachait à son nom.

Le prophète Élie, né à Thisbé, ville du canton de Naphthali , au midi de Kédés ' , mais établi dans le pays de Giléad (I Rois, 17, i), se présente un jour devant le roi Achab, pour lui annoncer que, pendant plusieurs années, il n'y aurait ni rosée ni pluie.

Puis il s'échappe et se cache près du torrent deCrilb (page 8), ou il est nourri par les corbeaux , qui lui ap-

f)ortent du pain et de la viande , tous es matins et tous les soirs. Au bout de quelque temps , le torrent s'étant desséché par le manque de pluie , le

' Voy. le livre deTobie (texle p,T('e), ch. I, V. 2. Le prophète Ëlie est appelé plusieurs l'ois le Thisbite (I Rois, 17, 1 ; 2i , 17; II Rois, I, ;î et s), ce qui ne peut se rapporter qu'à sou lieu de naissance , car il était des habilanls de Giléad. Rosenmùller se trompe, en le faisant naître à «iiléad- et s'étaljlir à Thisbé. Dibl. Géographie, II, 2, p. 57.

prophète, par l'ordre de Dieu, se rend à Sarepta , ville phénicienne, au midi de Sidon , où il est reçu dans la maison d'une pauvre veuve.

Celle-ci n'a plus qu'une très-petite provision de farine et d'huile ; le prophète, en demandant à la veuve de lui en faire un petit gâteau, lui annonce en même temps, au nom du Dieu d'Israël , que son peu de farine et d'huile ne diminuera pas et lui suffira toujours pour nourrir sa famille , jusqu'à ce que la disette ait cessé.

Après quelque temps, le fils de la veuve étant tombé malade , et ayant déjà cessé de respirer, Élie le rappelle à la vie.

Depuis plus de deux ans le pays d'Israël était désolé par la famine , lorsque le prophète Élie, inspiré par Jéhova, retourne à Samarie, pour annoncer au roi Achab qu'il y aura enfin de la pluie. Chemin faisant il rencontre le pieux Obadiah , envoyé par le roi à la recherche de fourrage pour les bestiaux. « Est-ce bien toi , mon maître Élie .^ » dit Obadiah au prophète, en se prosternant devant lui.

« C'est mçi, répond Élie, vadire à ton maître : Élie est ici. » Obadiah hésite d'abord , craignant qu'Élie ne disparaisse de nouveau, et que le roi , qui avait déjà fait tant de vaines recherches pour le retrouver, n'en soit que plus irrité. Obadiah supplie le prophète de ne pas l'exposer à la colère du roi , lui qui , au risque de sa propre vie, a soustrait cent prophètes de Jéhova à l'homicide fureur d'Izabel , en les cachant, par cinquante, dans deux cavernes , et en leur donnant à manger et à boire. Élie le rassure , en protestant qu'il est décidé à attendre le roi. Celui-ci , averti par Obadiah de la présence du prophète , vaà sa rencontre : « Est-ce toi , désolateur d'Israël ? » dit le roi à Élie . « Ce n'est pas moi, répond le prophète , qui ai désolé Israël , c'est plutôt toi et ta famille , vous qui avez abandonné les commandements de Jéhova , et qui êtes allés après les Baals. "Élie exige ensuite que le roi fasse rassembler tous les prêtres de Baal et d'Astarté sur le mont Car-

L'UNIVERS

mel ; Là le peuple reconnaîtra quel est le vrai Dieu. Achab consent a cette épreuve ; sur son ordre , les prêtres idolâtres se rendent sur le Carmel , où le peuple accourt en foule. Élie reproche au peuple son indécision, et le presse de se déclarer pour Jéhova ou pour Baal; mais on ne lui répond que par un profond silence. « Eh bien , dit Élie, qu'on nous donnedeux taureaux; que les prêtres de Baal en choisissent un, qu'ils le coupent en pièces et le mettent sur le bois, mais sans y mettre du feu ; moi j'en ferai de même avec l'autre taureau. Vous invoquerez votre Dieu et moi j'invoquerai Jéhova, et le Dieu qui répondra par le feu , sera reconnu pour le vrai Dieu. »Le peuple ayant accepté cette proposition , les prêtres de Baal, après avoir apprêté leur taureau , ne cessent de crier, depuis le matin jusqu'à midi : « O Baal , exauce-nous ! » Mais c'est en vain , Baal ne répond pas. — « Criez plus fort , dit Élie avec ironie , votre Dieu est peutêtre plonif é dansia méditation; il se peut au'ilsoit en voyage, ou peut-être même ort-il , et vos cris l'éveilleront. « Les prêtres redoublent leurs cris , en gesticulant comme des inspirés et en se faisant des incisions , selon leurs coutumes superstitieuses; mais tout est en vain, Baal reste inexorable. Élie alors , prenant douze pierres , selon le nombre des tribus d'Israël , improvise un autel sur lequel il place son sacrifice ; il y verse de l'eau en abondance , et forme un conduit d'eau autour de l'autel. Sur sa prière , le feu descend du ciel et consume le sacrifice avec toute l'eau qui entoure l'autel.

Le peuple , plein d'étonnement , s'écrie : « Jéhova est le vrai Dieu ! » Élie , profitant de l'enthousiasme qui vient de se manifester, ordonne de saisir les orêtres de Baal; on les traîne au torrent de Kison , où ils sont tous massacrés. Le roi Achab , qui a assisté à ce spectacle horrible, est averti par Élie , qu'une forte pluie va arroser la terre et qu'il aura à peine le temps d'arriver à son palais. Achab part aussitôt pour Yezreël, où il avait un palais ; Ûie le précède en courant à

pied. Le roi entre dans Yezreël, lorsque déjà la pluie descend par torrents ; il raconte à Izabel tout ce qui s'est passé, et la reine jure de venger sur Élie la mort des prêtres de Baal. Le prophète a le temps de s'enfuir; il traverse le pays de Juda jusqu'à Beerséba. Accablé de fatigues , l'homme de Dieu éprouve, pour la première fois, un découragement momentané, et demande à mourir. 11 s'endort au milieu du désert; un ange le réveille et lui apporte de la nourriture , et ayant repris ses forées, il peut entreprendre un voyage de quarante jours.

Il arrive au mont Horeb et se repose dans ces lieux saints, où jadis Moïse avait eu ses visions célestes. Couché dans une caverne , il entend la voix divine qui lui demande : « Que fais-tu ici, Élie? » Et il répond : « J'ai montré un zèle ardent pour Jéhova, le Dieu des armées ; car les enfants d'Israël ont abandonné ton alliance, ils ont démoli ies autels et fait mourir, par le glaive , tes prophètes ; je suis resté moi seul , et on cherche à m'ôter la vie. >' — « Sors, reprend la voix, et tiens-toi près de la montagne! »

Aussitôt une violente tempête s^Iève , la terre tremble , les éclairs brillent , le tonnerre gronde ; puis tout se calme et la Divinité s'annonce par un doux retentissement. Élie sort et s'enveloppe le visage avec son manteau. Encore une fois la voix divine lui demande : » Que fais-tu ici , Élie ? » et le prophète fait encore une fois la même réponse. Alors Élie reçoit l'ordre de prendre le f»hemin de Damas , de sacrer Hazaël, comme roi ;Î3 Syrie, et Jéhu , fils d'un certain Josaphat , et petit-fils de Nimsi, comme roi d'Israël, et de se donner à lui-même un successeur dans Élisa , fils de Saphat , d'Abel-Mehola.

En faisant la part des traditions mythiques, nous pouvons reconnaître comme faits historiques , dans ce récit , la position d'Elie comme chef du parti de Jéhova , les persécutions dont il est l'objet de la part de la reine Izabel, ses rapports avec le roi Achab, dont il met à profit la fail)lesse et

l'indécision , pour venger, sur les prêtres de Baal, les outrages faits à Jéhova. Enfin, nous voyons qu'Élie avait un plan politique bien combiné; il voulut renverser la dynastie d'Achab, en lui donnant un successeur dans le courageux et entreprenant Jéha, dont l'exaltation et les mouvements brusques furent quelquefois considérés comme de la folie ( II Rois , 9, 20 ). En même temps il voulut opérer une révolution à Damas, espérant ainsi obtenir l'alliance de la Syrie pour le parti théocratique d'Israël. Les événements firent ajourner encore l'exécution de ce plan ; mais Élie, prévoyant des obstacles , se hâta de choisir un disciple et successeur dans le jeune Elisa qu'il rencontra à son retour du désert, labourant son champ, et qu'il engagea à le suivre , après avoir jeté son manteau sur lui en signe de son adoption. Élisa ne demanda que le tempsde faireses adieux à ses parents, et suivit le prophète. Nous le verrous agir, à l'avenir , comme prophète de Jéhova , selon le plan de son maître Élie. Celui-ci ne se montre plus publiquement comme chef politique et religieux , et nous n'aurons à rapporter de lui que quelques faits isolés non moins merveilleux que les précédents.

Cependant, le règne d'Achab paraissait s'affermir un moment par des victoires éclatantes , qui durent lui gagner la faveur et la considération du peuple , et rendre impossible , pour le moment, toute tentative de révolution. Ben-Hadad • , roi de Syrie , à la tête d'une forte armée , et accompagné de trente-deux petits souverains , pénétra dans le pays d'Israël (en 901 ); ayant mis le siège devant Samarie , il fit sommer Achab en ces termes : « Ton argent et ton or sont à moi ; tes femmes et tes plus beaux enfants sont à moi. » Achab , croyant sans doute que ces paroles n'étaient qu'une simple figure et que Ben-Hadad ne voulait que le rendre son vas-

' Ce fat le deuxième de ce nom, fils de Ben Hadad I, qui s'était ligué avec Asa coniie Baasa, et qui avait aussi combattu coutto Omri (l Rois, 20, 34).

sal , lui fît répondre : « Je suis à toi , avec tout ce que j'ai. » Mais bientôt un second message vint détromper le roi d'Israël. Ben-Hadad lui fît dire

?[ue, dès le lendemain, il enverrait faire builler son palais et les maisons de ses serviteurs , et on emporterait tous les objets de prix. Achab convoqua les Anciens , et tous se déclarèrent pour la résistance. Le roi de Syrie , irrité du refus d'Achab , lui envoya un troisième message et lui fit dire que Samarie n'aurait pas assez de poussière pour couvrir les pieds de son armée; tellement elle était nombreuse. Achab répliqua avec fierté :

« Queceluiqui ceiiit(répée)nese vante pas comme celui qui (la) délie. » Et en effet Ben-Hadad n'eut pas lieu de se vanter, en déposant l'épée après le combat. Achab, encouragé par un prophète , fit une sortie, avec ses sept mille hommes , au moment où Ben- Hadad s'enivrait à table avec ses trente-deux petits rois. Dans son sot orgueil, le roi de Syrie ordonna de prendre les ennemis tout vivants; mais les Israélites attaquèrent les Syriens avec une telle vigueur , que le désordre se répandit dans le camp. Les Syriens furent mis en déroute et poursuivis , et leur roi n'eut que le temps de monter à cheval et de chercher son salut dans une fuite honteuse.

Cependant l'orgueil de Ben-Hadad n'était pas humilié. Le Dieu des Israélites, disaient ses courtisans, est un Dieu de montagnes; il faut donc les attaquer dans la plaine. Ils conseillèrent en même temps de déposer tous les petits rois des alentours et do mettre des pachas à leur place , sans doute pour disposer entièrement de leurs forces. L'année suivante (900 ) Ben-Hadad fit une nouvelle invasion dans le pays d'Israël, et cette fois il rangea ses troupes près d'Aphek, dans la plaine de Yezreëi. Mais les courtisans s'étaient trompés ; léhova n'était pas moins puissant dans la plaine que sur les montagnes. Achab conduisit ses troupes contre l'ennemi; les deux armées campèrent, en face l'une de l'autre, près d'Aphek.

L'UNIVERS

Le septieiiic jour le combat s'engagea ; les Israélites battirent les Syriens et Pli tirent un carnage terrible. Les débris de l'armée syrienne , cherchant un refuge dans la ville d'Aphek, furent écrasés sous les murs qui s'écroulèrent sur eux. Ben-Hadad, caché dans la ville, se vit sur le point de tomber entre les mains des Israélites; ses serviteurs lui conseillèrent de faire un appel à la générosité d'Achab, car, disaient-ils , les rois d'Israël sont des rois miséricordieux. Le roi de Syrie, naguère si orgueilleux, envoya humblement des messagers grossièrement vêtus et ayant des cordes autour de la tête, en signe de soumission. Achab les accuceillit avec bienveillance , en appelant Ben-Hadad son frère ; celuici sortit de sa cachette, et Achab le reçut fraternellement et le fit monter dans son char. Ben-Hadad promit de rendre les villes que son père avait prises au père d'Achab , et d'accorder aux Israélites la faculté d'ouvrir des marchés à Damas, ainsi que les Syriens l'avaient fait à Samarie. Un traité de paix fut conclu entre les deux rois , et Ben-Hadad put librement retournera Damas.

L'ordre des prophètes, se méfiant, sans doute, des intentions de Ben- Hadad , désapprouva le traité de paix ; mais personne n'osant élever la voix contre Achab, un membre de l'ordre imagina un singulier moyen pour se faire entendre du roi. Il se fit frapper par quelqu'un jusqu'à se faire faire des blessures, et, s'étant déguisé , il se plaça sur le chemin par où le roi devait' passer. Implorant ia pitié du roi, il se plaignit d'avoir été frappé, pour avoir laissé, par mégarde, échapper un prisonnier de guerre dont on l'avait rendu responsable. « S'il en est ainsi, dit le roi, on n'a fait que te rentire justice. « Alors cet homme quitta son déguisement , et le roi le reconnut pour appartenir a l'ordre des prophètes. « Ainsi parle Jéhova, reprit le prophète : puisque tu as renvoyé libre l'homme que j'avais condamné, ta vie repondra pour la sienne , et ton peuple pour le sien. » Frappé de ces paro-

les , le roi revint à Samarie , confus et profondément affligé.

Un crime horrible auquel l'entraîna la reine Izabel , lui valut bientôt, de la part d'Élie , une prophétie encore plus accablante. Un certain Naboth , à Yezreél, avait une vigne près du palais du roi; Achab désirant joindre cette vigne a son jardin , demanda à Naboth de la lui céder pour de l'argent, ou pour une vigne meilleure.

Mais Naboth refusa de vendre l'héritage de ses ancêtres , ce dont le roi se montra fort affligé. Izabel , ayant appris la cause de son chagrin, le consola en lui promettant qu'il aurait la vigne de IN'aboth. Elle envoya des ordres, au nom du roi, aux autorités de Yezreël, pour faire accuser ?saboth de haute trahison. On gagna de faux témoins qui affirmèrent que ISaboth avait blasphémé contre Dieu et contre le roi; il fut condamné à mort et lapidé. Izabel avertit son époux de la mort de Naboth, et l'engagea à confisquer son bien. Achab s'étant rendu à la vigne de Naboth pour en prendre possession, le prophète Élie vint l'y trouver. « As-tu assassiné pour hériter.^ dit-il au roi ; ainsi a parlé Jéhova : A l'endroit où les chiens ont léché le sang de Naboth , ils lécheront aussi ton propre sang. » — « Viens-tu encore me trouver, mon ennemi .' » s'écria le roi. — « Oui , dit le prophète; parce que tu t'es livré au crime , le malheur fondra sur toi; ta maison aura le sort de celles de Jéroboam et de Baasa , et les chiens dévoreront izabel sous les remparts de Yezreël! »

— Achab , consterné de ces paroles , déchira ses vêtements, se revêtit de grossiers habits de deuil, et se livra au jeune et à la pénitence. Le repentir du roi calma l'indignation d'Elie ; mais il ne renonça pas à ses projets de révolution , qui devaient s'accomplir après la mort d'Achab.

Les prophètes ne s'étaient pas trompés sur le compte du roi de Syrie; l'ingrat Ben-Hadad, rendu à la liberté, ne s'était pas hâté de remplir toutes les conditions du traité de paix. Trois ans s'étaient écoulés depuis la conclu-

PALESTIi>iE.

sion de ce traité, et Ramoth, une (les villes les plus importantes du pays de Giléad (page 72), était toujours occupée par les Syriens. Achab manifesta l'intention d'entreprendre une nouvelle expédition contre Ben-Hadad , pour reconquérir la ville de Piamotlî.

A cette époque, Josaphat , roi de Juda, qui, pendant tout ce temps, avait pu profiter des bienfaits de la paix pour continuer ses réformes du culte et de l'administration, alla voir le roi d'israèl, avec lequel il s'était allié par mariage, en faisant épouser à son fds Joram la fille d' Achab et d'Izabel, nommée Athalie. Ce fût pour la première fois, depuis le schisme, qu'un roi de Juda se montra , comme ami et allié, sur le territoire d'Israël, et on peut s'étonner que ce fut justement sous le pieux Josaphat et l'impie Achab que la paix s'établit entre les deux royaumes, et que les deux cours contractèrent des liens de famille.

Peut-être Josaphat espérait-il par là pouvoir agir sur le faible Achab et le ramener à de meilleurs sentiments.

Josaphat et sa suite furent reçus avec beaucoup de distinction à la cour de Samarie. Sur le point de marcher contre les Syriens, Achab témoigna le désir que le roi de Juda voulut prendre part à cette expédition ; Josaphat consentit et promit le concours de ses troupes , mais sous la condition que le roi d'Israël interrogerait d'abord les prophètes. Achab convoqua une assemblée générale des prophètes, sur une aire à la porte de Samarie; il s'en présenta quatre cents. Les deux rois y étaient assis sur des trônes, et Achab, s'adressant à l'assemblée, lui demanda son avis sur l'expédition de Ramoth. L'assemblée déclara à l'unanimité qu'il fallait faire la guerre et que le roi d'Israël en sortirait vainqueur. Mais Josaphat se méfiait de ces quatre cents voix unanimes ; il ne croyait pas, sans doute , qu'après tant ^le persécutions, l'appel d' Achab pût réunir tant de véritables prophètes de Jéhova, parlant avec sincérité et indépendance. « N'y a-t-il pas ici d'autre

prophète de Jéhova.' » demanda le roi de Juda. « Il y en a encore un , répondit Achab, mais je le hais , car il a toujours été pour moi un prophète de malheur; c'est Michaïah, fils de Yimla'. >> Josaphat témoigna le désir d'entendre ce prophète, et Achab expédia aussitôt un messager pour aller le chercher. Un certain Sédékia s'avança alors avec des cornes de fer et s'écria : « Avec ces cornes tu pousseras les Syriens, jusqu'à les détruire! » Ces paroles furent accueillies par les unanimes applaudissements de tous les prophètes. Le messager qui était allé chercher Michaïah, engagea celui-ci à se ranger de l'avis des autres; mais le prophète répondit qu'il parlerait selon les inspirations de Dieu. Arrivé dans l'assemblée , et interrogé par le roi si on devait aller à Ramoth : « Allez, répondit-il, soyez heureux , et puissent-ils être livrés entre vos mains. » Achab le conjura de dire toute la vérité, au nom de Jéhova, et le prophète reprit : « J'ai vu tout Israël dispersé sur les montagnes, comme un troupeau sans pasteur, et Jéhova dit : Ceux-ci n'ont pas de maître, puissent-ils revenir en paix dans leurs maisons !» — Ne te l'ai-je pas dit? s'écria Achab, en s'adressant à Josaphat, il ne me prophétise que le malheur. — Michaïah continua :

« Écoute la parole de Jéhova : J'ai « vu Jéhova assis sur son trône , et « toute l'armée des cieux debout près « de lui à droite et à gauche. Et « Jéhova dit : Qui persuadera à Achab " de monter à Ramoth en Giléad, « afin qu'il y tombe } L'un disait d'une « manière et l'autre d'une autre. Un es- « prit sortit, se plaça devant Jéhova, « et dit : Moi, je le lui persuaderai. De « quelle manière? demanda Jéhova.

« Je sortirai , dit l'autre , et je devien- « drai un esprit de mensonge dans la « bouche de tous ses prophètes. Va , « dit Jéhova, tu y réussiras. C'est « ainsi que Jéhova a envoyé un esprit

' Selon Joscplie et les rabbins , c'était le même qui avait reproché à Achab la mise eu liberté de Ben-Hadad .

L'UNIVERS

« de mensonge dans la bouohe de tous •i tes prophètes, et décrété ton raal- « heur. »

Sédékiah, qui avait manifesté le plus d'exaltation pour la guerre , s'avança aussitôt, et, frappant iMichaïah sur la joue, lui demanda : « Comment donc l'esprit de Jéhova est-il sorti de moi, pour parler dans toi.' » — « Tu le verras, répondit Michaïah, au jour oii tu entreras de chambre en chambre pour te cacher. » Achab ordonna aussitôt l'arrestation de Michaïali ; Amon , gouverneur de la ville, et le prince Joas furent chargés de le garder jusqu'au retour du roi. Le prophète, prenant tout le peuple à témoin, s'écria : « Si tu reviens en paix, Jéhova n'a point parlé par moi. »

Achab persistant à marcher sur Ramoth , Josaphat l'y accompagna.

Le roi d'Israël, ayant appris que les offlciersdes Syriens avaient reçu l'ordre de diriger l'attaque contre lui personnellement , se déguisa pour se confondre dans les rangs des soldats, tandis que Josaphat garda ses vêtements royaux. Les Syriens, prenant ce dernier pour le roi d'Israël , se dirigent sur lui et l'environnent; Josaphat appelle au secours, mais les officiers syriens, reconnaissant leur erreur, se retirent aussitôt. En même temps le roi Achab est mortellement blessé d'une flèche qu'un soldat avait tirée au hasard; il se fait ramener du champ de bataille dans son char, qui est baigné de son sang. Soutenu sur le char, le mourant contemple encore la bataille quis'engage; il expire au coucher du soleil, et aussitôt l'armée israélite bat en retraite. Le corps du roi fut reconduit à Samarie, où on l'ensevelit. Le char ensanglanté du roi fut lavé à la piscine de Samarie, et le peuple y vit l'accomplissement des paroles d'Élie^ qui avait dit que les chiens lécheraient le sang d' Achab.

Parmi les monuments élevés par Achab, les anr.les du royau.ne d'Israël mentionnaient surtout un palais remarquable par des travaux en ivoire (I Rois, 22, 39). Achab eut pour successeur son fiLs Achazia (897).

Josaphat retourna à Jérusalem , où le prophète Jéhu, fils de Hanani, venu au-devant de lui , le blâma avec douceur pour avoir prêté son concours à l'impie Achab , ce qui , disaitil, aurait attiré sur le roi la colère de Jéhova , s'il n'avait pas si bien mérité du culte du vrai Dieu en exterminant l'idolâtrie. Josaphat continua à agir sur son peuple dans le même esprit de piété, et à introduire des améliorations notables dans l'administration.

Il réforma les tribunaux dans les principales villes du royaume , leur recommandant la plus grande impartialité, et établit à Jérusalem un tribunal suprême , composé d^. prêtres , de lévites et de chefs de famille. Cette cour devait décider, en dernière instance, tous les cas difficiles ; elle eut pour présidents le grand-prêtre Amariah, pour toutes les affaires de droit religieux, etZébadiah, fils d'Ismaëi, chef de la tribu de Juda, pour les affaires politiques et administratives. — Al'exeiiiple de Salomon, Josaphat fit construire des vaisseaux dans le portd'Asiongaber, afin de reprendre les expéditions commerciales pour le pays d'Ophir ; mais les vaisseaux ayant fait nauirage dans le golfe même, près d'Asiongaber, Josaphat renonça à cette enr-^ prise , malgré les instances d' Achazia, roi d'Israël , qui voulut s'y associer '.

Pendant le court règne d'Achazia , qui ne dura pas beaucoup plus d'un an, Mésa, roi de Moab,qui, comme ses prédécesseurs, avait reconnu la suzeraineté du roi d'Israël , refjsa de payer son tribut. Il avait déjà fourni cent mille agneaux et cent mille moutons avec leur iaine; car le pays des Moabites était, de tout temps, riche en brebis , et l'est encore aujourd'hui ' Une chute grave que fit Achazia, à tra-

' Voy. I RoiSjCh. 22, v. 49 et 50. Selon le deuxième livre des Chroniques (ch. 20, v. 35, 37), les deu\ rois se seraient tout d'abord associés pour cette expédition commerciale , et un prophète , Éliézer, lils de Dodayah , aurait désapprouvé l'alliance et prédit le naufrage. Cette version a probablement pris naissance dans l'esprit de rigorisme qui animait plus tard les écrivains juifs.

" Voy. Gesénius, Commeniar ûberden Jesala, t. I, p. 535 (au ch. IG, v. I)

vers UQ grillage de la plate-forme du palais de Samarie, l'empêcha de prendre des mesures pour, soumettre les Moabites. Élevé dans le culte de Baal et dans lessuperstistionsde l'idolâtrie, Achaziaenvoya des messagers àÉkrôn, dans le pays des Philistins , pour interroger le célèbre oracle de Baalzeboub sur l'issue de sa maladie. Le prophète Élie, indigné de cet outrage fait au Dieu d'Israël , sortit une dernière fois de sa retraite, pour arrêter en chemin ÏQS messagers d'Achazia. « N'y a-t-il pas de Dieu en Israël, leur dit le prophète , pour que vous alliez consulter Baalseboub. Dieu d'Ékrôn? Allez dire à votre roi qu'il ne descendra plus du lit sur lequel il est monté; car il mourra. >> Les messagers étant revenus auprès d'Achazia, pour lui raconter ce quj s'était passé, le roi envoya deux fois un capitaine avec cinquante hommes pour s'emparer d'Élie ; mais toutes les deux fois, dit la légende populaire, le prophète ût tomber, sur les capitaines et leurs soldats , un feu du ciel gui les dévora. Un troisième capitaine, envoyé avec cinquante hommes, demanda grâce au prophète , qui se rendit lui-même auprès du roi pour lui prédire sa mort. Achazia mourut en effet des suites de sa chute; comme il n'avait point de fils , son frère Joram lui succéda (896).

Quant au prophète Élie , il ne reparut plus depuis cette époque. Désirant que désormais sa retraite restât ignorée, il voulut même se séparer de son disciple Élisa ; mais celui-ci refusant de le quitter, ils partirent ensemble de Guilgal, pour visiter les écoles des prophètes à Béthel et à Jéricho. De cette dernière ville ils se dirigèrent vers le Jourdain, que, selon la tradition , ils passèrent à pied sec, en présence de cinquante prophètes. Élie persistant n vouloir quitter Élisa , dit à celui-ci ae lui demander une faveur ; Élisa demande le double de l'esprit qui repose sur son maître, et Élie le lui promet, quand Élisa l'aura vu disparaître. Aussitôt un char de feu sépare Élisa de son maître , qui , en montant au ciel, laisse tomber son manteau

qu'Élisa ramasse et dont la puissance miraculeuse lui fait repasser le Jourdain à pied sec. Tel est le récit poétique de la disparition du prophète Élie; plus tard la tradition le mettait en rapport avec le Messie , dont Élie , monté vivant au ciel, devait être le précurseur, en reparaissant sur la terre'. Ce qu'il y a d'historique dans ce récit, c'est qu'Élie se retira au delà du Jourdain, où il chargea Élisa de retourner à Samarie pour y accomplir la mission religieuse et politique à laquelle il avait consacré toute sa vie.

Du fond de sa retraite inconnue nous le verrons, au bout de quelques années, adresser une lettre à Joram, roi de Juda.

La vie d'Élisa nous a été transmise , comme celle de son maître , sous un voile merveilleux. Dès son début, après la disparition d'Élie, nous le voyons, après avoir pas :<é le Jourdain à pied sec , rendre potabie l'eau mauvaise et malsaine de Jéricho, en y jetant du sel. A Béthel, quarante-deux petits garçons qui avaient insulté le prophète sont déchirés par deux ours , qui , à la parole d'Élisa , sortent de la forêt. — Selon le désir d'Élie, Élisa, après avoir fait un voya re au mont Carmel ( où probablement les fidèles célébraient le culte de Jéhova), alla s'établir à Samarie , où il était à même d'observer de plus près les événements politiques. Il ne s'en éloignait, de temps n temps, que pour visiter les lieux saiats du Carmel et les sociétés des prophètes.

Il paraîtrait que ces dernières avaient repris quelque as^-sndant ; car le roi Joram, probablement pour leur faire une concession , fit disparaîrela statue de Baal, élevée par son père Achab.

Immédiatement après être monté sur le trône, Joram se prépara à une expédition contre les Moabites, qui, comme nous l'avons dit , avaient refusé leur tjfibut après la mort d' Achab. Il fit prier Josaphat de lui prêter son concours ; le roi de Juda y consentit et

i Voy. le prophète Maleachi, ch. 3, v. 23 et 24;Ëvangile de MaUhieu , ch. li, v. I4; ch. 17, V. 10-12; Marc, ch. 9, v. 10 12.

engagea en mcme temps son vassal, le vice-roi d'Iidom , à prendre part à cette guerre. Les troupes réunies des trois pays prirent le chemin du désert d'Édom, au midi de la mer Morte, pour pénétrer de là dans le pays de Moab. Une marche de sept jours dans des contrées inconnues faillit devenir fatale à cette armée ; car le manque d'eau menaça de faire périr les hommes et les animaux épuisés par tant de fatigues. Dans cette détresse, le roi Josaphat demanda s'il n'y avait là aucun prophète de Jéhova qu'on put consulter; on apprit qu'Élisa avait suivi l'armée, et aussitôt les trois princes allèrent trouver l'homme de Dieu. Élisa , témoignant un profond dédain pour le roi d'Israël, jura par Jehova que la présence de Josaphat pouvait seule l'engager à faire une réponse. Il demanda qu'on fît venir un musicien, et inspiré par les sons de son instrument, Élisa encouragea les princes en leur promettant la victoire.

Il recommanda de creuser plusieurs fossés dans la vallée où se trouvait alors l'armée ; le lendemain l'eau descendue des hauteurs de l'Idumée, remplit les fossés. En même temps les Moabites sortis à la rencontre des ennemis, et voyant l'eau de la vallée rougie par le reflet de l'aurore, la prirent pour du sang et s'imaginèrent que les soldats des trois pays avaient tourné leurs armes les uns contre les autres, et qu'ils n'avaient qu'à profiter du désordre pour s'emparer d'un riche butin. Mais arrivés au camp des Israélites pour piller, les Moabites éprouvèrent une vigoureuse résistance ; forcés de fuir, ils furent poursuivis par les troupes alliées , qui pénétrèrent dans le pays de Moab, oîi ils firent les plus grands ravages. Le roi de Moab, après avoir vainement essayé de S3 frayer un passage vers le prince des Idumcens, probablement pour l'engager à faire cause commune avec lui contre les deux rois hébreux, se jeta dans une forteresse , où il fut bientôt assiégé. Dans son désespoir, on le vit, sur le rempart de la ville, offrir en holocauste son propre fds, héritier pré-

somptif de sa couronne. A ce spectacle horrible, les assiégeants, croyant sans doute qu'il ne convenait pas de pousser plus loin les actes de vengeance contre le malheureux roi de Moab, levèrent le siège, et s'en retournèrent dans leurs foyers '. Les Moabites avaient reçu un châtiment terrible, mais il paraît que le but de la guerre ne fut pas entièrement rempli.

Quelque temps après, les Moabites ayant trouvé des alliés dans les Ammonites et dans les tribus iduméennes du mont Séir, et voulant se venger sur Josaphat, qui avait secondé leur ennemi, firent subitement une invasion dans le pays de Judaet pénétrèrent jusqu'à Én-Gadi. Josaphat pris au dépourvu, convoqua à la hâte une assemblée générale à Jérusalem et ordonna un jeûne public. De toutes les villes de Juda les habitants accourent en foule à lacapitale, et le roi Josaphat prononça à haute voix devant le peuple assemblé dans l'un des parvis du Temple, une fervente prière. Un Lévite nommé lahziel, de la famille d'Asaph, se leva et prononça quelques paroles animées, pour inspirer au roi et au peuple une pleine confiance en Jéhova, qui, disait-il, combattrait pour eux. Dès le lendemain on marcha contre l'ennemi , aux sons de la musique sacrée et en chantant les louanges de Dieu. Mais déjà le plus grand désordre régnait dans le camp des ennemis; une querelle venait d'éclater entre les bandes du mont Séir et les soldats d'Ammon et de Moab ; ces derniers avaient fait des Séirites un horrible carnage et avaient tourné ensuite leurs propres armes les uns contre les autres. Les troupes de Juda trouvèrent le terrain jonché de cada-

' Le texte bibUque, Il Rois, 3, 27 , estasse/, obscur; nous avons adopté l'interprétation de Joséphe, Antiqu. IX, 3, 2. — Plusieurs commentateurs supposent que le roi de Moab sacrifia, non pas son propre lils, mais celui du prince d'Edom , dont il avait pu s'emparer, et ils rattachent à cet événement les paroles du prophète Amos , ch. 2, V. I. Il paraîtrait en effet qu'Amos a voulu parler d'un incident de celte guerre ; mais les documents historiques ne sufhseul pas pour le préciser.

vres; leur arrivée suffit pour disperser entièrement les ennemis. Ceux-ci s'enfuirent et tous leurs bagages tombèrent entre les mains des Judéens, qui, quatre jours après, retournère<it à Jérusalem, chargés de butin, et rendirent des actions de grâces dans le Temple de Jéhova'.

Après cet événement Josaphat régna encore cinq ou six ans en paix , béni de ses sujets et respecté des peuples voisins. Dans les dernières années de son règne, son fils premier-né Joram , beau-frère du roi Joram d'Israël, participa aux affaires du royaume, comme corégent desonpère^.Les six autres fils de Josaphat, richement dotés par leur père, furent nommés gouverneurs dans les places fortes.

Josaphat mourut à l'âge de soixante ans (S89) ; son peuple , qu'il avait* ramené aux vrais principes religieux et doté d'institutions utiles, devait fonder sur ses sept fils les plus belles espérances pour l'avenir; mais bientôt elles s'évanouirent.

Joram (889-885), oubliant les leçons de son père, et entraîné, par sa femme Athalie, dans la voi.e pernicieuse d'Achabet d'Izabel , débuta par le meurtre de ses six frères et de plusieurs grands personnages qui probablement avaient contrarié son penchant pour l'idolâtrie phénicienne. Aussi faible que cruel, il devint un objet de haine et de mépris pour ses sujets et ne sut point faire respecter son autorité au dehors.

Les Iduméens se révoltèrent et se donnèrent un roi indépendant , après avoir assassiné (selon Josèphe) le vice-

I Cet événement n'est raconté que dans les Cbroniques (1. II, ch. 20), qui ne parlent même pas de la guerre précédente, dans laquelle Josaphat n'avait été que l'auxiliaire du roi d'Israël (II Rois, ch. 3). Nous avons déjà dit (page 96) que nous ne saurions croire , avec quelques criUques modernes, à l'identité des deux relations, qui diffèrent totalement dans leurs détails. Josèphe place l'événement rapporté dans les Chroniques avant celui dont parle le IP livre des Rois, probablement parce que les Chroniques parlent ensuite, au v. 35, de l'alliance de Josaphat avec Achazia; mais les versets 3I à 37 sont évidemment déplacés.

' Voy. II Chron. ch. lii , v. 3, et ci-dessus, page 3U0 , col. 2 . note 3.

roi, vassal de Juda. Joram alors marcha contre les rebelles et obtint un succès sur les frontières; mais il n'eut pas la force de reconquérir l'Idumée , qui resta indépendante'. En même temps la ville sacerdotale de Libna, dans la plaine de Juda, refusa d'obéir à son roi impie. Du fond de sa retraite inconnue le prophète Élie adressa une lettre au roi de Juda, pour lui reprocher ses crimes et le menacer du châtiment céleste. Des hordes arabes du midi envahirent la malheureuse .Tudée ; aidées par les Philistins, elles ravagèrent le pays et pillèrent les domaines du roi, dont les fils, à l'exception d'un seul, nommé loachaz, ou Achazia, périrent dans le désordre.

Les événements de Juda durent réagir sur le royaume d'Israël et confirmer Élisa et les autres prophètes dans leur éloignement pour la famille d'Achab et dans leurs projets révolutionnaires. Élisa avait déjà acquis une grande réputation; il n'avait pas le caractère^ fougueux et sévère de son maître Élie et il se distinguait par une certaine douceur bienveillante, qui le rendait d'autant plus populaire. On raconte de lui un grand nombre de faits miraculeux qui, bien qu'amplifiés par la tradition , nous donnent la mesure de son caractère et de la popularité dont il jouissait parmi ses contemporains, et nous montrent l'homme de Dieu déployant une activité bienfaisante, tantôt à la cour de Samarie, tantôt sousl'humbletoit de la veuve, recevant tout le monde, hommes et femmes, pour les instruire aux jours de sabbat et de fête (II Rois, 4,23), et généreux même envers les étrangers et les ennemis de son peuple, dès qu'un malheur personnel leur faisait implorer son secours. Nous avons déjà mentionné quelques-uns des faits qui lui sont attribués; en voici d'autres que nous ne pouvons rapporter

' Peut-être les troupes de Joram ellesmêmes lui refusèrent-elles l'obéissance; les mots « et le peuple s'enfuit vers ses tentes » ( 11 Rois ,8,21) peuvent très-bien se rapporter aux soldats de Juda.

L'UNIVERS

qu'en abrégé, mais dont on peut lire les détails dans l'Ecriture sainte '.

Un jour la veuve d'un prophète vint se plaindre à Élisa de ce qu'un créancier do son mari demandait ses deux fils, pour en faire ses domestiques et se payer ainsi de la dette contractée par leur père. Le prophète multiplia un peu d'huile , que la veuve avait chez elle ; elle vendit cette huile, et le produit lui suffit, non-seulement pour payer le créancier, mais encore pour vivre avec ses deux enfants. — Dans ses fréquents voyages au mont Carmel , Élisa passant à Sunem , petite ville aux environs de Gelboa, y reçut souvent l'hospitalité chez une femme de distinction, qui engagea son mari à dontier au prophète une petite chambre dans leur maison. Voulant récompenser la généreuse hospitalité de cette femme, le prophète lui promit qu'elle aurait un fils; car jusque-là elleétait restée stérile. La prédiction d'Élisa s'accomplit; mais plus tard l'enfant tomba malade et mourut. La mère désolée vint trouver Élisa , qui était alors au Carme! ; le prophète la suivit à Sunem, et, après avoir prié Dieu, il se coucha sur l'enfant et le ressuscita. — Un jour, pendantque lafaminerégnait dans le pays, Élisa s'étant rendu à Guilgal pour visiter l'établissement des prophètes , et voulant leur donner un repas, quelqu'un jeta, par erreur, des concombres sauvages ^ dans la chaudière. Les prophètes sentant leur goût amer, s'écrient qu'il y a du poison dans le plat; aussitôt Élisa en adoucit l'amertune en y jetant une poignée de farine. Une autre fois il rassasia cent personnes avec un petit nombre de pains de prémices, dont on lui avait fait cadeau. — IS'aaman, général syrien, étant affligé de la lèpre et ayant entendu vanter, par une jeune captive Israélite, les cures merveilleuses du prophète de Samarie, vint trouver Élisa, qui lui ordonna de se baigner sept fois dans le Jourdain.

Naaman guéri offrit au prophète de-

' Voy. II Rois, ch. 4 à 8.

' Voy. ci-dessus, page 2o.

riches présents que celui-ci refusa. Le général .syrien étant reparti, Guéhazi, serviteur dÊlisa, courut après lui, et, sous prétexte qu'il venait d'arriver deux jeunes prophètes pauvres, demanda et reçut, au nom d'Élisa, un cadeau considérable, qu'il cacha dans la maison. Élisa devinant aussitôt l'action ignoble de son serviteur, le frappa, par sa malédiction, de la lèpre dont il venait de guérir Naaman. — Un jour les prophètes étaient aliésabattre du bois près du Jourdain, pour s'y construire de nouvelles demeures; l'un d'eux laissa tomber dans l'eau le fer de sa cognée, ce qui le mettait au désespoir, car la cognée était empruntée. Élisa, qui se trouvait près de là, jeta un morceau de bois dans l'eau et fit surnager le fer. — Les Syriens ayant fait une incursion sur le territoire des Israélites et ayant dressé des embûches dans un certain lieu , Élisa avertit le roi d'Israël de ne pas passer par là. Le roi de Syrie, informé que c'était Élisa qui avait dérangé son plan, envoya des troupes pour s'emparer du prophète, qui se trouvait alors à Dothan, petite ville aux environs de Yezréël. Élisa frappa d'aveuglement les soldats syriens et les conduisit à Samarie; là il leur ouvrit les yeux, et empêcha le roi d'Israël de leur faire du mal, n'ayant , disait-il , aucun droit sur des hommes qu'il n'avait pas pris par la force des armes. Sur l'invitation du prophète, le roi leur donna un repas et les renvoya auprès de leur maître. — Une autre fois Ben-Hadad assiégeait la ville de Samarie, et y causait une effroyable famine; une femme vint implorer la justice du roi d'Israël contre une autre femme qui l'avait engagée à faire mourir son enfant pour se nourrir ensemble de sa chair, et qui maintenant ne voulait pas livrer son propre enfant, comme elles en étaient convenues d'avance. Le roi , en entendant ces horribles détails, déchira ses vêtements et jura de faire mourir Élisa, croyant probablement qu'i) dépendait de lui de sauver la ville. Élisa se trouvait alors dans sa maison , où les Anciens étaient assemblés autour de

lui. Déjà il avait deviné lés intentions du roi, et il ordonna qu'on fermât la porte, au moment où le messager du roi voudrait entrer. Bientôt le roi arriva lui-même, et Élisa proclama que le lendemain il y aurait a Samarie des vivres en abondance. Un officier de la suite du roi exprimant des doutes sur la vérité de cette promesse : « Tu le verras de tes yeux, lui dit le prophète, mais tu n'en jouiras pas. » Dans la nuit les Syriens, frappés d'une terreur panique, crurent entendre un bruit de chariots et de chevaux, et, s'imaginant qu'une armée de Héthites ' et d'Égyptiens venait au secours de Samarie, ils s'enfuirent en toute hâte, laissant en arrière leurs chevaux, leurs ânes et tous leurs bagages. Quatre lépreux qui demeuraient à la porte de la ville et qui , près de mourir de faim , avaient résolu de se jeter dans le camp ennemi, découvrirent les premiers le départ des Syriens ; ils en apportèrent aussitôt la nouvelle à Samarie. Le roi s'en étautassuré par quelques cavahers, le peuple de Samarie vint se jeter dans le camp abandonné des Syriens, où on trouva des vivres en grande abondance , et l'officier qui avait douté de la parole d'Élisa fut étouffé dans la foule qui se pressait à la porte de la ville. — Le nom d'Élisa ne pouvait manquer d'inspirer le plus grand respect au roi Joram, ce que prouve entre autres le fait suivant : La femme de Sunem , qui , sur le conseil du prophète, était allée demeurer dans le pays des Philistins, pendant qu'une grande famine désolait le pays d'Israël , en revint au bout de sept ans , et, trouvant sa maison et son champ occupés par d'autres, implora la justice du roi, Joram, ayant appris tout cequ'Élisaavaitfait pour cette femme, ordonna qu'on lui restituât son bien et qu'on l'indemnisât de tous les revenus de son champ depuis le jour de son départ.

Tels sont les faits que les légendes des Israélites attribuèrent au prophète Élisa. Quelle que soit la part de l'i-

' Voy. ci-dessus , pagps 78 et 82.

magination populaire dans ces récits merveilleux, ils nous montrent que le prophète dominait l'esprit du peuple et qu'il exerçait une grande influence sur les affaires politiques.

Elisa n'avait pas perdu de vue les plans de son maître Élie. Ayant fait un voyage à Damas , au moment où le roi Ben-Hadad se trouvait grièvement malade, celui-ci , averti de l'arrivée du prophète , envoya auprès de lui son confident Hazaël , avec de riches présents, pour l'interroger sur l'issue de sa maladie. « Va, répondit Élisa à Hazaël, dis-lui qu'il vivra; mais, ajouta-t-il, Jéhova m'a fait voir qu'il mourra. » Et après avoir prononcé ces paroles, le prophète fixa longtemps sur Hazaël un regard plein de tristesse et ses yeux se remplirent de larmes. — « Pourquoi mon Seigneur pleure-t-il ?» demanda Hazaël.— « Je sais, répondit Élisa, tout le mal que tu feras aux enfants d'Israël ; tu mettras le feu à leurs villes fortes , tu tueras leurs jeunes gens par le glaive, tu écraseras leurs nourrissons , et tu éventreras leurs femmes enceintes. » — « Mais qui suis-je , demanda Hazaël , pour faire de si grandes choses ? » — « Jéhova, répondit le prophète, m'a fait voir que tu seras roi de Syrie. » —

Soit que le prophète ait voulu agir, par cette apostrophe , sur l'esprit de Hazaël, et prévenir le mal que le futur roi de Syrie pouvait faire à son pays , ou bien qu'un ancien historien ou poëte ait prêté à Élisa cette allocution prophétique, le fait est que le renversement de Ben-Hadad et le choix de Hazaël faisaient partie du plan politique d'Élie, quoique nos documents ne suffisent pas pour en préciser les motifs. Dès le lendemain Ben-Hadad mourut; il paraît que l'impatient Hazaël hâta sa mort, en lui faisant appliquer sur le visage un linge trempé dans de l'eau froide '.

Hazaël, monté sur le trône de Damas, continua les hostihtés contre la cour

' Vojf. Il Rois, 8, 15. Josèphe dit que Hazaël lit mourir Ben-Hadad en l'étranglant, Aniiqu. IX, 4, G.

L'UNIVERS

de Sasnarie. — Vers la même époque, .loram, roi de Juda, mourut, à làge de quarante ans (885), dans d'horribles souffrances, causées par une maladie des entrailles, qui avait duré deux ans '. Sa mort n'excita point de regrets. On l'ensevelit dans la citadelle de David, mais non dans le sépulcre de la famille royale , et on lui refusa les honneurs dus aux rois. Son fils Achazia lui succéda.

AcHAziA. (885-884) monta sur le trône à l'âge de vingt-deux ans. Entièrement dominé par sa mère Athalie et par les conseils de ses parents , de la famille d'Achab , il persista dans la mauvaise voie de son père Joram. Son oncle maternel Joram , roi d'Israël , l'engagea à prendre part à une nouvelle expédition qu'il allait entreprendre contre le nouveau roi de Syrie, toujours pour reconquérir la ville de Ramoth. Joram et Achazia se rendirent en personne au siège de cette ville. On parvint à s'emparer de Ramoth^ ; mais le roi Joram fut grièvement blessé et obligé de se retirer à Yezréël , pour se faire guérir.

Le prophète Élisa crut le moment favorable pour opérer une révolution projetée depuis longtemps et devenue d'autant plus urgente, que l'alliance intime des deux rois des Hébreux et leur tendance commune pour l'idolâtrie phénicienne menaçaient d'anéantir le cultedeJéhova. Élisa chargea un de ses disciples d'aller sacrer secrètement Jjéhu comme roi d'Israël. Le disciple se rendit à Ramoth , où se trouvait alors Jéhu avec les autres capitaines

• Selon le médecin anglais Richard Mead , Medtca sacra, c. 4, la maladie de Joram était une violente dyssenterie , qui lai faisait rejeter des parcelles des intestins (II Chron. 21 , I9). Voy. Jahn, Archœolooie , I. 2, p. 354. ■' ' '

^ Le texte i II Rois , ch. 8 , v. 28 et 29 ) ne parle pas de la prise de Ramoth; mais il résulte des détails du ch. 9 que cette ville se trouvait au pouvoir des Israélites. Il faut donc supposer qu'elle avait été prise par les troupes de Joram, comme le dit ïosephe (Jniiqu. IX, 6, i ). D'autres ont pense que les Israélites l'a\aient déjà prise avant cette époque, et que l'expédition avait pour but de repousser une attaque des Syriens.

de l'armée de Joram. Il se présenta devant les capitaines réunis en assemblée, ets'adressantà Jéhu, il demanda à lui parler en secret. Jéhu s'étant retiré dans une chambre avec le jeune prophète, celui-ci lui versa de l'huile sur la tête, en lui annonçant que Jéhova le sacrait roi d'Israël et le chargeait de venger le sang des prophètes et des serviteurs de Dieu sur Izabel et sur la maison d'Achab. Après avoir rempli sa mission , il s'enfuit en toute hâte. <i Pourquoi donc ce fou est-il venu auprès de toi ? » demandèrent les capitaines à Jéhu , lorsqu'il revint à l'assemblée. Embarrasséderéponcire, Jéhu leur dit : « Vouo connaissez bien cet homme et ses propos ; » mais peu satisfaits de cette réponse évasive, ils insistèrent pour savoir la vérité. A peine informés de la mission duje^ine prophète , les amis de Jéhu improvisèrent un trône, en étendant leurs manteaux sur les marches d'un escalier , et y firent asseoir Jéhu, qui fut proclamé roi , au son des trompettes, .féhu n'avait pas eu le temps de rédéchir, et fut forcé d'agir sur-le-champ, avant que la nouvelle de ce qui venait de se passer put être portée à Yezréël. Il monta aussitôt à cheval , pour se rendre lui-même dans cette ville, où Joram se trouvait malade de ses blessures et où Achazia était allé le visiter. La sentinelle de la tour de Yezréël remarquant dans le lointain la troupe de Jéhu se dirigeant sur la ville, fit avertir le roi, qui expédia aussitôt un cavalier pour aller au-devant de la troupe et lui demander si elle venait dans des intentions pacifiques. Jéhu, au lieu de répondre, garda le messager auprès de lui ; il en fit de même d'un second cavalier expédié par le roi .Toram. Averti par la sentinelle que les messagers ne revenaient pas, et qu'on reconnaissait dans les mouvements de la troupe le ti'ain insensé de Jéhu, Joram fit atteler son char pour aller lui-même à sa rencontre; Achazia le suivit dans un autre char, et les deux rois rencontrèrent Jehu près du champ qui avait appartenu à Nabotb. « Tout est en paix ? »

demanda Joram à Jéliu. — « Qu'est-ce que la paix, répliqua Jélui, tant que durent les infidélités de ta mère Izabel et ses nombreuses sorcelleries ? » Aussitôt Joram tourna bride et s'enfuit en s'écriant : « Trahison , Achazia ! » Mais au même moment une (lèche tirée par Jéhu le perça entre les épaules, et , sortant au travers de son coeur, retendit mort dans son char.

Jéhu ordonna à un de ses gens de jeter le corps de Joram dans \b champ de Naboth, afin de venger son sang innocent, versé par Achab et Izabel.

Achazia avait pris la fuite, mais Jéhu ordonna de le poursuivre ; il fut atteint près de Yibléam , et blessé mortellement ; conduit à Megiddo , il y expira (884) '. Son corps fut transporté à Jérusalem et enterré dans la citadelle de David.

Jéhu fit son entrée à Yezréël. Isabel, parée avec soin, se montra à une fenêtre, et, voyant Jéhu, elle s'écria : « Te portes-tu bien, Zimri , assassin de ton maître * ? » — « Qui est pour moi ? » demanda Jéhu en se tournant vers la fenêtre; aussitôt quelques eunuques se montrèrent, qui, sur l'ordre de Jéhu, jetèrent la reine Izabel par la fenêtre ; elle expira écrasée sous les pieds des chevaux. Lorsque , un peu plus tard, Jéhu voulut faire ensevelir son corps, on n'en trouva plus que le crâne, les pieds et les mains; le reste avait été dévoré par les chiens.

Jl restait encore à Samarie soixantedix fils ou descendants d' Achab, qui, trouvant un appui dans le peuple, pouvaient tenir tête à Jéhu et faire avorter ses projets. Jéhu, pour éprouver les intentions des Anciens et des principaux personnages de Samarie, leur écrivit une lettre, dans laquelle il les engageait à choisir le meilleur parmi les fils d'Achab pour le mettre sur le trône; mais on lui répondit qu'on ne ferait rien sans ses ordres précis.

Alors Jéhu leur écrivit une seconde lettre, pour leur dire de se rendre le

- ' Voy. H Rois, 9, 27; selon II ChroD. 22, 9, Achazia se serait caché à Samarie, ou il aurait été tué par ordre de Jéhu. ' Voy. ci-dessus, page 306, col. 2.

21 ' LilT'USD/l. I l'Al.i Sl-i.\!:.)

lendemain à Yezréel avec les chefs (têtes) des princes. Le double sens du mot chef fat interprété au gré de Jéhu, on égorgea les soixante-dix princes , et on expédia leurs têtes à Yezréël.

Jéhu les ayant fait ranger en deux tas, à l'entrée de la porte de la ville , s'écria, en présence du peuple assemblé : « Vous êtes justes ; moi j'ai conspiré contre mon maître et je l'ai tué ; mais qui a frappé tous ceu-\-ci.? Sachez que c'est Jéhova qui a accompli sur la maison d'Achab ce qu'il avait annoncé par son serviteur Élie. » — Il crut ainsi se laver du crime de cet horrible massacre , et faire croire que , par la volonté de Dieu, ses paroles avaient été faussement interprétées par les grands de Samarie. Après avoir ainsi vaincu les plus graves obstacles, Jéhu partit pour Samarie, afin de détruire tout ce qui restait encore des parents et amis de la famille d'Achab. Des parents d'Achazia, roi de Juda, qui venaient, au nombre de quarante-deux, s'informer du sort des princes , furent rencontrés en chemin par Jéhu, qui ordonna de les saisir et de les égorger tous. Jéhu trouva près de là un de ses anciens amis , Jonadab, fils de Réchab, personnage influent, à ce qu'il paraît , qui vint le complimenter et protester de tout son dévouement. Jéhu le fit monter dans son char, en l'invitant à l'accompagner à Samarie, pour y être témoin du zèle qu'il déploierait pour le culte de Jéhova. Arrivé dans la capitale, et ayant détruit jusqu'au dernier homme de la famille d'Achab , Jéhu se servit d'une ruse pour frapper d'un seul coup tous les prêtres et adorateurs de Baal. Il fit proclamer que son zèle pour le culte de Baal était bien plus grand encore que celui d'Achab , et qu'il allait célébrer, en l'honneur de Baal, uu grand sacrifice, auquel devaient assister, sous peine de la vie , tous les prêtres et prophètes dece dieu. Ils arrivèrent de tous côtés, et la foule était grande dans le temple de Baal. Jéhu y entra avec son ami Jonadab et ordonna aux prêtres de ne tolérer dans le temple aucun adorateur de Jéhova; en même

L'UNIVERS

temps il fit cerner le temple par quatrevingts hommes de sa garde, à qui il ordonna de ne pas laisser échapper un seul de ceux qui étaient dans le temple. Le sacrifice achevé, Jéhu fit entrer ses gardes, qui massacrèrent, sur son ordre, tous les adorateurs de Baal; on brûla ensuite la statue du dieu, et on démolit le temple, à la place duquel on établit des cloaques.

C'est ainsi que Jéhu s'acquitta de la mission qui lui avait été confiée par les prophètes de Jéhova, et monta sur le trône de Samarie , après avoir fait mourir en un seul jour les deux rois de Juda et d'Israël, ftlais, malgré son zèle pour le culte de Jéhova , Jéhu n'essaya même pas de le rétablir dans toute sa pureté ; il laissa subsister les veaux d'or de Jéroboam.

Les prophètes , satisfaits de leur victoire, promirent à Jéhu la consolidation de sa dynastie; mais ils ne purent préserver le royaume d'Israël des attaques qui le menaçaient de dehors , ni lui conserver cette force que, dans les derniers temps il avait pu déployer mainte fois, grâces à l'étroite alliance qui avait existé entre les deux cours de Samarie et de Jérusalem.

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