CHAPITRE II
r»E LK VIE DOMESTIQUE ET SOCIALE.
A. Habitations,
Les patriarches des Hébreux, comme nous le voyons dans plusieurs passages de la Genèse , demeuraient dans des tentes, qui, pour la forme et la disposition, étaient sans doute semblables à celles des Bédouins arabes de nos jours. La tenture en drap noir de poil de chèvre se trouve déjà indiquée dans un passage du Cantique (1,5), etremonte sans douteplus haut.
Les tentes sont divisées ordinairement en deux ou trois compartiments , et celui de derrière est destiné aux femmes; mais les femmes des patriarches, comme celles des riches émirs , avaient leurs tentes particulières (Gen. 24, 67; 31, 33).
Dès leur entrée dans le pays de Canaan les Hébreux quittèrent la vie nomade et s'établirent dans des villes bien bâties qu'ils y trouvèrent en grand nombre (Deut. 6, 10), et qui en partie existaient déjà du temps des patriarches. Kous allons recueillir quelques détails que nous fournit la Bible sur les villes des anciens Hébreux et sur leurs maisons. Les villes proprement dites étaient toujours fortifiées par des murailles et situées pour la plupart sur des hauteurs. Dans les campagnes il y avait aussi des localités ouvertes moins importantes, des
' Sur les plantes et les arbres cultivés par les Hébreux, voy. ci-dessus, pages l>S, 'M et suivantes
bourgs (Nombres, 32, 41) et des villages (Gant. 7, 12), qu'on appelait aussi \esjilles des villes dont ils dépendaient (Nomb. 21, 25). Nous connaissons fort peu la disposition intérieure des villes ; les rues, en général, étaient probablement étroites, comme dans tout l'Orient, mais il y avait aussi çà et là des rues larges , s'il faut en juger 'par le mot hébreu behob (dérivé de BAHAB, large) ^ qui désigne la place publique , mais qui souvent a le sens de rwe'. Les rues larges étaient occupées probablement par des boutiques et des bazars et portaient des noms empruntés à l'industrie qui s'y pratiquait principalement; ainsi, pàrexemple, dans le livre de Jérémie (37, 21), on mentionne la rue des Boulangers à Jérusalem. Les grandes places , oii se tenaient les assemblées publiques (p. 195), les tribunaux (p. 219) et les* marchés (2 Rois, 7,1) , étaient situées aux portes des villes ^. Ces portes devaient former des allées voûtées d'une certaine profondeur, car elles étaient surmontées d'un bâtiment (2 Sam. 18, 24) et souvent flanquées de tours ;2Chr. 26, 9). Un fonctionnaire particulier, appelé Schoër (portier), y avait sa demeure (2 Sam. 18, 26). — La Bible ne nous offre pas de traces du pavage des rues; nous savons seulement que plus tard , du temps d'Hérode et de ses successeurs , il y avait en Palestine des rues pavées, et il est possible que le pavage ait été usité avant cette époque chez les habitants de la Palestine, comme il l'était chez les Phéniciens 3. Chaque ville avait des citernes et des puits publics; les grandes villes avaient des aqueducs (Isaïe, 7, 3),— Les noms des villes ont généralement un sens bien précis , se rapportant à la position géographique de la localité ou à quelque autre circonstance.
Les maisons étaient bâties en argile (Job, 4, 19), en briques (Isaïe, 9, 9), ou en pierres (Lév. 14, 40). Pour les niai-
' Voy. Jalin, ArchœologJe, T, I, p. 265. 2 Voy. Nc'liémia, 8, i et 16; H Cliron. 32, G ; Job, 2!), 7.
i Voy. Jahn, I. c. p. 268.
sons des grands et les palais on employait dé grandes pierres de taille (1 Rois, 7, 9), et quelquefois même le marbre (1 Chron. 29, 2). Comme ciment on utilisait peut-être quelquefois l'asphalte (Genèse, 11, 3), mais plus souvent la chaux (Isaïe, 27, 9) et le plâtre (Deut. 27, 4) , qui servaient aussi d'enduit (Ézéch 13, 10). Les murs des grandes maisons étaient badigeonnés en couleur rouge (Jérém. 22, 14). — Comme bois de construction , on se servait ordinairement du sycomore (Is.9,9); les riches employaient aussi le bois de cyprès, d'acacia , d'olivier et de cèdre. Le bois de sandal , qui probablement venait de l'Inde, n'était employé que pour les boiseries de luxe (1 Rois, 10, 12).
Nous ne pouvons recueillir dans la Bible que fort peu de notions sur la forme et la disposition intérieure des maisons; les indications que nous trouvons çà et là concernent principalement les maisons des riches et les palais des rois. Les grandes maisons ^ formaient ordinairement un carré, ayant aumilieu une cour (impluvium), dans laquelle se trouvait un puits ou une citerne (2 Sam. 17, 18) et probablement [aussi un bassin, servant quelquefois de bain (ib. 11,2). Autour de l'édiQce il y avait ordinairement une avant-cour , fermée par un mur d'enceinte (p. 294). L'édifice était divisé en plusieurs étages : lepalaisde Salomon, par exemple , en avait trois (1 Rois , 7, 4); la maison de la courtisane Rahab(Josué, 2, 15) et celle qu'habitait David avant d'être roi (1 Sam.
19, 12) en avaient au moins un audessus du rez-de-chaussée. Les toits étaient plats , tels qu'on les voit généralement chez les Orientaux, et seulement un peu élevés vers le milieu pour laisser échapper l'eau de pluie qui s'écoulait au moyen de gouttières (Prov. 19 , 13 ; 27, 15). Pour les couvrir on se servait probablement de briques ' , ou bien , comme dans la Sy-
' C'est ce qui si^mble résuUer d'un passage d'Isaïe (65, 3 ). Voy. Bocharl, Jlkrozoicon , t 1 , p. "00.
L'UrSIVERS.
rie moderne, d'une composition de pierres , de chaux , de sable et de cendre ■. L'humble toit du pauvre n'était couvert que d'une couche de terre bien solide, sur laquelle on voyait souvent pousser une verdure chétive(Ps. 129,6).
Les toits, étant construits en plateformes ou enterrasses, pouvaient être utilisés de différentes manières : on y exposait à l'air certains objets du ménage (Josué, 2,6); on s'y promenait pour prendre le frais (2 Sam. 1 1 , 2) ; on y couchait quelquefois dans la belle saison (1 Sam. 9 , 26) ; on s'y retirait pour avoir des entretiens secrets (ib.v. 2.')), ou pour s'abandonner à la douleur , dans une circonstance malheureuse ( Isaïe, 15, o).
Etre assis ait cuin d'un toit (Prov.
21, 9-, 25, 24) est une expression proverbiale pour désigner une vie triste et isolée. Dans les troubles elles grands concours de monde on se rendait sur les toits (îs. 22,1), pour observer ce qui se passait, pour se sauver ou pour se défendre (Juges, 9, 50), et quelquefois pour accomplir des actes extraordinaires en présence delà foule réunie (2 Sam. 16, 22). On y dressait aussi Xq^a tabernacles , pour ïa fête de ce nom (p. 188), et les Hébreux idolâtresyavaient desautelsconsacrés au culte des astres (2 Rois , 23, 12)'. On comprendra maintenant pourquoi la loi de Moïse ordonne de faire une balustrade autour du toit pour empêcher qu'il n'arrive un malheur (p. 212). — Sur le devant du toit se trouvait ordinairement un pavillon ou une chambre haute (aliyya),.où l'on se retirait pour se reposer, pour faire sa dévotion, et, en général, quand on voulait être seul; on y logeait quelquefois des étrangers à qui on voulaitdonner l'hospitalité ^.
Ce qu'on vient de lire peut donner une idée de l'aspect extérieurdes maisons ; ou peut aussi comparer ce que nous avons dit du palais de Salomon (p. 294).
• Voy. Jalui, l. c, p. 224.
- Comparez Isaïe, 65, 3; Jérémie, 19, 13; Sepliania , i , 5.
3 Voy. Juges, 3, 20; I Rois, 17, H); H Rois, 4, 10; 23, 12; Dauiel, 6,11.
On n'arrivait aux appartements (ki rez-de-chaussée que par la cour intérieure ; un escalier se trouvant à l'un des côtés de l'édiGce, conduisait directementde la cour extérieure, ou de l'avant-cour, aux étages supérieurs et au toit , de sorte qu'on pouvait descendre du toit sans traverser l'intérieur de la maison ■ . Il y avait dans Jes maisons des riches des habitations vastes et bien aérées (Jérémie, 22,14).
On mentionne des salles pour les repas et les festins (1 Sam. 9 , 22) s des chambres à coucher (2 Sam. 4, 7), des appartements d'été et des appartements d'hiver (Amos, 3 , 15); ces derniers étaient chauffés par le moyen d'un réchaud ou d'un brasier placé au milieu de la chambre (Jér. 36 , 22). Les appartements étaient lambrissés et parquetés de bois précieux (ib. 22, 14); les murs étaient couverts d'ornements en ivoire (Amos, ib.) ^, et peut-être aussi de peintures (Ézéch.
23, 14). — Les portes, d'une seule pièce ou à deux battants , tournaient sur des pivots fixés aux deux extrémités du battant et qui s'adaptaient dans deux trous pratiqués l'un en haut et l'autre en bas 4 , comme ils existent encore dans l'une des portes du monument appelé les sépulcres desrois ^. Les verrous et les serrures (Gant. 5, 5), ainsi que les clefs (Juges, 3, 25), étaient ordinairement en bois , comme on en voit encore maintenant chez les Orientaux. Les verrous de métal sont mentionnés comme une chose rare (Deut. 33,25), et n'étaient généralement d'usage que pour les portes des villes'(l Rois ,4,14). Audessus des portes des maisons et des villes il y avait des inscriptions, qui, selon la loi de Moïse (Deut. 6 , 9; 11,
' Comparez ci-dessus, page 290, coi. I, et Evang. de Mattiiieu, cl\. 2i , v. i7.
2 Comparez Josèptie, dans la description des appartements de Salomon. Anliqu. VilJ, 5, 2.
3 Comparez I Rois, 22 , 39; Ps. 45, d.
4 Le nom des deux pivots ou de tout l'axe était ciR (Prov. 26, 14); les trous ou goncis s'appelaient pôTII, cardo femina ( I Rois, 7, 50). Voy. le dictionnaire de David Kimclii, rad. "^tt;.
* Voy. ci-dessus, page r.'5, col. 2.
20), devaient avoir un caractère religieux et se rapporter aux croyances fondamentales aes Hébreux. — Les fenêtres étaient distribuées avec symétrie (1 Rois, 7 , 4); dans l'Orient moderne elles donnent presque toujours sur la cour intérieui'e , mais il résulte avec évidence de plusieurs passages de la Bible que dans l'ancienne Palestine les fenêtres, même celles des appartements des femmes , donnaient aussi sur la rue'. Elles étaient fermées par des treillis ou des jalousies (Juges , 5 , 28 ; Cant. 2,9), qui garantissaient des rayons du soleil et laissaient pénétrer l'air ; mais on pouvait les ouvrir à volonté (2 Rois, 13, 17).
Comme meubles indispensables la Bible mentionne le lit , la table , la chaise et le chandelier (2 Rois, 4 , 10). Les mots hébreux mitta et érès ( lectus) désignent tantôt un lit, dans* le sens que nous attachons à ce mot , et servant pour y reposer la nuit ou pour y coucher un malade ^ ; tantôt le divan rangé le long des murs ou le sofa sur lequel on s'asseyait à table ^. On mentionne, comme garniture de lits, les couvertures ou tapis, les matelas et les coussins 4, Quand le luxe se répandit parmi les Hébreux, on voyaitdans les appartements des riches des lits magnifiquesen bois de cèdre (Cant. 3, 9), avec des ornements en ivoire (Amos, 3,4); le roi Salomon , dit-on, avait un lit couvert de pourpre , avec des colonnes d'argent et un dossier d'or (Cant. 3, tO). Dans les Proverbes (7, 16), la femme séductrice vante son lit garni d'étoffes précieuses de lin d'Egypte et parfumé de myrrhe, d'aloèset de cinamome. — Les chaises ne sont pas en usage dans l'Orient moderne ; mais nous en trouvons chez les Hébreux, car le mot kissé (2 Rois , 4 , 10), qui souvent s'emploie dans le sens
' Voy. Josué, 2, 15 ; Juges, 5, 28; I Sam. 19, 12; II Sam. 6, 16; II Rois, 9, 3(j; Proveroes , 7, 6 ; Caot. 2, 9.
2 Voy., par exemple. Genèse ,48, 2 ; 49, 33; Exode, 7,28; Ps. 6, 7; 41, 4; Job, 7, 13. Los lits étaient rangés contre le mur. Isaïe, 38 , 2.
3 Voy. Ezéch. 23 , 4I ; Amos ,3,12; 6 , 4. * Juges, 4, 18; Ezéch, 13, ib et 21 ; Prov.
de trône, désigne évidemment un siège différent dii lit de repos et du sofa. — Les chandeliers étaient apparemment très-grands ; on les posait à terre et ils portaient une ou plusieurs lampes dans lesquelles on brûlait de l'huile. Les pauvres avaient probablement des chandeliers de terre; ceux des gens aisés étaient d'un métal plus ou moins précieux. La description du chandelier du Tabernacle (Exode, 2.5, 31-38) peut donner une idée des candélabres de luxe qu'on voyait dans les maisons des riches.
A ces meubles il- faut ajouter le moulin à bras, qui ne manquait dans aucune maison (Deut. 24 , 6) , et toute la vaisselle de cuisine et de table dont nous parlerons plus loin. Nous ne trouvons aucun renseignement sur la construction des cuisines; le prophète Ézéchiel (46, 23) fait mention des cuisines du Temple, mais sans en donner la description. Il nous laisse deviner seulement que c'étaient des foyers placés en plein air et appuyés contre le mur de la cour extérieure.
B. Vêlements et toilette.
Nous trouvons dans la Bible un assez grand nombre de mots désignant des vêtements ou des objets de toilette ; mais nous serions dans une complète ignorance sur la forme des vêtements des Hébreux, s'il ne nous était pas permis d'en juger , jusqu'à un certain point, par ceux que nous voyons encore aujourd'hui chez les Orientaux et notamment chez les Arabes. On sait que dans tout le Levant les modes et les usages changent fort peu; les vêtements essentiels y ont conservé de tout temps une extrême simplicité, et encore aujourd'hui on reconnaît dans le costume oriental les principales pièces qu'on trouve représentées sur les ruines de quelques monuments de l'antique Asie '. 11 n'y a pas de doute cependant que les Hébreux n'aient introduit dans leur costume plusieurs détails particuliers , qui en faisaient un costume national ; car, sous les der-
■ Voy. Jahn, t.I, deuxième partie, p. 7i et 72.
L'UNIVERS
nicrs rois, nous voyons les prophètes se plaindre quelquefois de ceux qui se revêtent de vêtements étrangers (Sephania, 1 , 8). JSous savons par le prophète Isaïe (cil. 3) que, deson temps, les femraesde Jérusalem avaient une toilette assez compliquée et composée d'une multitude de détails trèsrecherchés '. Nous devons nous contenter de résumer ici les données les moins douteuses.
Les matières dont on se servait pour les vêtements étaient la laine, le Im et plus tard le coton (page 22); la couleur la plus ordinaire était le blanc (Ecclés. 9, 8). Les gens riches portaient des étoffes teintes en pourpre rouge ou violette, ou en cramoisi; on employait aussi la broderie pour les vêtements de luxe. — Les principaux habits mentionnés dans la Bible sont la tunique (chethoneth) et le manteau (simla). La tunique, qui était de lin , et qui avait des manches, se portait tantôtsur le corps nu, tantôt sur une chemise (sadîn) ^ ; elle était ample et probablement très-longue ^ , et on la serrait avec une ceinture. Le vêtement de dessus, ou le manteau, était de forme et d'étoffes différentes. 11 paraît que c'était ordinairement une espèce de châle, semblable au haïk des Arabes; car il avait quatre coins , auxquels , selon la loi de Moïse , on devait attacher des houppes avec un fil violet, pour se rappeler les préceptes de Jéhovah et éviter l'idolâtrie 4. Les
1 Le curieux passage d'Isaïe a été commenté avec une vaste et profonde érudition par N. Guil. Schrceder : Commentarius .de vcstitu midicrum htbraariim ad Jes. III , 16 — 24. Lugd. Batarorum, 1743. — Un autre ouvr.nge sur la toilette des femmes fhez les Hébreux a été publié par A. Th. Hartmann : Die Hchrœerin am Piiiztischc und als Braiii, Amsterdam, 1800,3 vol.
in-12.
■•' Les caleçons n'étaient pas d'un usage général ; les prêtres seuls étaient obligés d'en porter (page 175).
^ C'est ce qui parait résulter du 2' liv. de Samuel, cîi. 10, v. 4 , ou nous lisons que Hanon , pour insulter les ambassadeurs de David, leur lit couper la moitié de leurs habits, jusqu'aux hanches.
* Voy. Nombres, ch. I5, v. 37 — 41; Deutér. cli. 22 , v. 12. Comparez Evang. A'^ Matthieu, ch. 23, v. s.
gens distingués portaient aussi le MeUet CEphod Sque nous avons vus parmi les vêtements du grand prêtre (page 176) ; leurs jeunes fils et leurs filles portaient des tuniques longues et bigarrées de diverses couleurs ^. Une espèce de large manteau de luxe , appelé addéreth, était porté parles rois (.louas, 3, 6); les prophètes en avaient de pareils en poil (Zach. 13, 4)^. — l^a chaussure consistait en sandales qu'on attachait aux pied.*: avec une courroie; le dessus des pieds étant nu , on ne pouvait manquer d'y amasser beaucoup de poussière , c'est pourquoi il est question si souvent dans la Biblcde laver lespieds. — La coiffure était le turban, qui ., dans la Bible, porte plusieurs noms , et qui , sans doute, avait différentes formes ; tout ce qu'on peut dire de positif à cet égard, en se fondant sur l'étymologie de mots tels que sanlph et misnéjeth (page 175), c'est que le turban consistait essentiellement en un drap qui entourait la tête plusieurs fois.
Le's vêtements que nous venons de nommer sont communs à l'un et à l'autre se.^e, en exceptant toutefois l'éphod et l'addéreth, que nous ne trouvons pas mentionnés comme vêtements de femmes. Mais les femmes portaient des étoffes plus fines ; leurs vêtements avaient plus d'ampleur, et elles se faisaient connaître aussi par différents objets de toilette qui leur étaient particuliers. La différence dut être bien tranchée, car la loi interdit à l'homme de porter le manteau {simla) de la femme, et à celleci de porter l'appareil (armes et vêtements) de l'homme (Dent. 22, 5). Les vêtements des femmes ont quelquefois des noms particuliers, ce qui indique une différence dans l'étoffe, la façon
' Vov. I Sam. 2, 18 et I9; 15, 27; 13, 4; II Sam! 6, 14; Ezéch. 26, 16.
' Vov. Genèse, 37, 3; II Sam. 13, 18 ; Jo- %'^\>he,'Anliqu. VII, 8,1; Hartmann, I. c, t. III , p. 280 et suivantes.
3 Comparez l Rois, ch. 19, v. 13 et I9, et II Rois, 1 , 8; 2, 8. — Jahn ( 1. c. p. 9i et 95) prend les manteaux de poil pour des pelisses, que, selon les rapports des voyageurs, on rencontre souvent chez les Orientaux.
ou les ornements ; ainsi la ceinture de lin ou de coton que portaient les femmes est appelée kischourîm, mot qui est au pluriel et qui signifle liga- 7nina, car elle entourait le corps plusieurs fois, comme l'abnet des prêtres (p. 175). La ceinture des hommes, appelée ÉzoR, était en cuir (2 Rois, I, S), ou en lin (Jérém. 13, 1), et probablement plus simple que celle des femmes , qui formait un des principaux objets de la toilette, et notamment de la parure des jeunes mariées (ib.
2, 32). Le manteau des femmes , appelé MiTPAHATH(Ruth, 3, 15), était apparemment très-large; Ruth s'en servit pour emporter six mesures d'orge que Booz lui avait fait donner. Les femmes portaient encore une autre espèce de vêtement supérieur, appelé MAATAPHA (cnveloppc), et qui était, à ce qu'il paraît , une seconde tunique à manches, beaucoup plus ample que la tunique inférieure'. La chaussure des femmes était d'un cuir précieux , appelé thahasch^ ^ comme nous le voyons dans un passage d'Ézéchiel (16, 10), soit que, du temps de ce prophète, on ajoutât déjà aux sandales une bordure ou une empeigne d'une peau plus flne, ou, ce qui est plus probable, que la peaudeMaAa^c/is'employâtaux courroies des sandales. Un complément à la chaussure des femmesétaient les ACHASÎM (Isaïe, 3, 18), que je crois être une espèce de sandales ou de socques très-élevés et garnis de clochettes ou de petites plaques de métal qui s'entre-choquent dans la marche et retentissent à chaque pas, comme l'indique un passage d'Isaïe ( ib. v. 16). On voit cette chaussure encore aujourd'hui chez les femmes orientales; on l'appelle kabkâb^\
' Voy. Schrœder, pag. 226 — 236; Hartmann, t. III, p. 310.
2 Voy. ci-de8su3, page 156, col. i, note !.
3 Jahn,Ge.sénius ef d'autres coramentatei!i-.s voient dans les achasim une espèce de bnicelets que portent les femmes autour "de la cheville du pied, comme les periscellides des dames grecques et romaines; maisla Vulgate rend ce mot par calceamenta, et le rabliin Saadia, dans sa version arabe d'Isaïe, par le mot akhfàf, qui désigne une espèce de brodequins.
(le.stinée d'abord à garantir les pieds de la poussière et de l'Iiumidite , les femmes en ont fait un objet de luxe , qui sert à leur donner une taille plus élevée. Outre les turbans, une coiffure des femmes était le bonnet en filet, car c'est la ce que la plupart des commentateurs entendent par les schebisim, mentionnés par Isaïe (3, 18). — Un objet essentiel dans la toilette des femmes était le voile ; mais rien ne prouve que, chez les Hébreux, les femmes n'aient pu se montrer que le visage couvert. Il est certain du moins qu'à l'époque patriarcale la femme honorable pouvait montrer son visage sans se compromettre (Gen. 12 , 14), quoique le voile fît partie alors de l'habillement des femmes.
Rebecca porte un voile, maisellereste le visage découvert devant Éliézer, • et ne se couvre que lorsqu'elle voit arriver Isaac, son fiancé (ib. 24, 65); Thamar se couvre de son voile afin de ne pas être reconnue par Juda , mais aussitôt que celui-ci est parti , elle ôte le voile ( ib. 38, 14 et l'J). On peut conclure de ces récits de la Genèse que les usages s'étaient conservés les raêmesàrépoquedela composition de ce livre, et, comme nous venons de le dire , rien ne prouve qu'ils aient changé depuis. On a déjà vu (p. 202) que les femmes des Hébreux jouissaient d'une grande liberté, et il n'est pas probable qu'elles aient observé, sous le rapport du voile, la stricte étiquette que les femmes orientales observent aujourd'hui , et que plusieurs auteurs ont fait remonter mal à propos à l'antiquité hébraïque'.
Chez les Hébreux les femmes et les jeunes filles se couvraient probablement du voile, en sortant dans les rues, et en général , dans les circonstances oi^i un sentiment de pudeur leur en faisait un devoir, comme fit Rebecca , au moment où, pour la pre-
' Voy. Jahn , 1. c. page i30 et suivantes. Hartmann (t. 11, p. 428 et suivantes), sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, s'est laissé entraîner bien loin par son imaçination , au lieu de donner un tableau lidèle d'après les sources aulhentiques.
L'UNIVERS
niière fois, elle nperçut son fiancé:
mais dans les maisons et même dans les lieux où se tenaient des réunions publiques , elles n'hésitaient pas à se montrer aux hommes le visage découvert , comme nous le voyons par rexempled'Hannah,qui,enpriantdans le sanctuaire de Siloh , pouvait être observée eu face par le grand prêtre Éli (1 Sam. 1, 12). — Nous ne saurions dire quelle était la façon des voiles , ni s'il y en avait plusieurs espèces ; l'Ancien Testament nous offre au moins deux mots qui , sans contredit, ont le sens de voile, savoir, le mot CAÎF, qu'on trouve dans la Genèse (24, 6.5; 38, 14 et 19), et le mot r\aL (ou rea/a), dont se sert le prophète Isaïe (3, 19). Ce dernier mot, qui est usité aussi en arabe, n'est peut-être qu'un mot plus moderne, synonyme deçaif'.
Quelques autres mots, auxquels' on a attribué le sens de voile, sont douteux».
Les hommes et les femmes mettaient un grand soin à la chevelure : les jeunes gens portaient les cheveux longs et touffus et ne les coupaient qu'à de longs intervalles (2 Sam. 14, 26); dans le Cantique (eh. 5, v. 2 et 12) on parle des cheveux bouclés et noirs comme le corbeau. On avait une certaine répugnance pour les têtes chauves , qui étaient quelquefois exposées aux insultes (2 Piois, 2, 23). Les hommes graves et surtout les prêtres observaient le juste milieu , en raccourcissant les cheveux de temps en temps (Ézéch. 44 , 20) ; mais la loi défendait de couper les cheveux à ]a manière des Arabes qui se rasaient la tête tout autour et ne laissaient les
' En arabe, le mol raal désigne le voile qui se compose de deux pièces, dont l'une couvre la tète et le front, et l'autre s'applii|ue au visage et remonte jusqu'aux yeux, qui seuls restent découverts. Il serait possible qu'a i'épo- (lue d'Isaîe celte mode existât en Judée; mais il résulte d'un passage de la Mischna que généralement les femmes Juives ne portaient pas ce genre de voile, à l'exception de celles qui vivaient parmi les Arabes. Vov. le traité Schabhdth, ch. 6, § 6, et le commentaire de Bartenora.
' Sur tous ces mois, vov. Jahn , 1. c. p ;37 — 139.
cheveux qu'au sommet. Il fallait laisser !es coins de la chevelure et de la barbe (Lév. 19, 27), c'est-à-dire les cheveux qui couvrent les tempes etla partie de la barbe qui s'y rattache, et qui couvre les joues. La défense du législateur s'explique par la coutume que les Arabes pratiquaient à ce sujet en l'honneur d'une divinité semblable à Bacchus , comme le dit Hérodote (III, 8); le prophète Jérémie parle plusieurs fois de ces Arabes qu'il appelle, par dérision, hommes a?.vr coins coupés '. Quant à la barbe, on la considérait comme l'ornement de l'homme et on la portait longue; l'atteinte portée à la barbe était le plus grand outrage qu'on pût faire à un Hébreu , et David vengea d'une manière terrible un semblable outrage fait à ses ambassadeurs». On s'oignait la barbe, ainsi que la chevelure, avec des huiles odoriférantes (Ps. 133, 2). Les femmes savaient s'arranger les cheveux avec coquetterie (2 Rois, 9, 30); le prophète Isaïe (3, 24) fait allusion aux cheveux frisés et aux tresses. Les peignes et les épingles à friser ne sont pas mentionnés dans laBible; lien estquestion dans la Mischna , mais il reste douteux si on peut les faire remonter aux anciens Hébreux''. La chevelure était retenue par un bandeau qui ceignait le front, et que les femmes riches couvraient d'une plaque d'or ou d'argent ; du moins le Talmud mentionne ces bandeaux sous le nom de tofaphôtli 4, qui se trouve dans le Pentateuque , où il désigne les phylactères que les hommes devaient mettre sur le front et dont nous parlerons ci-après.
Il nous reste à traiter des bijoux et de quelques autres objets de toilette , en usage chez lun ou l'autre sexe.
Les hommes ne portaient ordinairement d'autres ornements que l'anneau à cacheter et le bâton ; l'anneau se portait tantôt à un doigt ,de la main droite (Gen. 41, 42; Jér. 22,
' Voy. Jérémie, 9, 25; 25, 2-3; 49, 32- » Voy. ci-dessus, pages 9i et 273.
' Voy. Hartmann, l. II, p. 224 et 225. * Voy. Mischna, 1. c. S '. "t 'es commentaires de Malmonide et de Bartenora.
24), tantôt il était suspendu sur la j)oitriue (Cant. 8,6), au moyen d'uu corciou appelé pathil (Gen. 38, 18).
Le bâton appelé matté était sans doute surmonté d'un ornement de prix ; Hérodote (1 , 195) nous apprend que chez les Babyloniens chacun portait un anneau à cacheter, et un bâton surmonté d'un ornement tel qu'une pomme, une rose, un lis, un aigle, ou autre chose. Or, .Tuda portait également l'anneau et le bâton . et ce dernier devait être un objet de prix, puisque ïhamar le demanda en gage (Genèse, I, c). Nous rappellerons aussi les bâtons de Moïse et d'Ahron, portant également le nom de ynatté, tandis que le bâton ordinaire, dont se servaient les gens du vulgaire et les voyageurs, est appelé makkel ou miscli'éneth (appui)'. —Les rois et d'autres personnages de distinction* portaient quelquefois des chaînes d'or au cou (Gen. 41 , 42) et des bracelets (2 Sam. 1, 10); les jeunes garçons portaient aussi des boucles d'oreilles (Exode, 32 , 2). — L'usage de porter des amulettes était très-répandu dans l'antiquité, et l'est encore aujourd'hui chez les Orientaux; cet usage existait aussi chez les anciens Hébreux, et c'est sans doute pour abolir cette superstition , que le législateur leur ordonna de porter sur le bras et au front (en place des amulettes) certains écrits renfermant les principes fondamentaux de la loi^.
■ Voy. Genèse, 32, H; Exode, 12, ii; Nombres, 22, 27; Juges, 6, 2i; II Rois, 4
- Voy. Exode, i.s, 9 et I6; Deutéronome, 6, 8 ; 1 1 , 1 8. Les deux passages du Deutéronome ne sauraient être pris au figuré, comme le pensent les Caraïtes ; le contexte est ici plus favorable à la tradition des rabbins selon laquelle la loi mosaïque ordonne aux hommes de porter au bras gauche et au Iront des parchemins renfermant plusieurs passages du Pentateuque. Ce sont les ThephilUn ou phylactères, mentionnés dans le Nouveau Testament (Matth, 23, 5), et que les Juifs portent encore maintenant pendant la prière du matin. Les passages qu'on y inscrit sont: Deuteron. ch. 6, v. 4 — 9; ch. il , v. 13 — 21 ; Exode, ch. 13, v. il — 16 et v. 1 — lO. Ces détails n'ont été fixés , sans doute , qu'après l'exil , mais un usage analogue dut exister chez les anciens Hébreux, et on y fait
24"= Livraison. (PAi,r,.STiNE.)
Les bijoux des femmes étaient assez nombreux; en nous présentant une femme parée de latêtejusqu'aux pieda de tous les bijoux mentionnés dans la Bible, nous remarquerons les objets suivants ' : 1° Des bovples d'oreilles de différentes formes ; on les appelle NÉZEM (probablement des pendatits, car les boucles de nez portent le même nom), ou AGHÎL( des ronds), ou NETiPHÔTH ( des gouttes, ou des perles). Peut-être les boucles d'oreilles se composaient-elles à la fois de plusieurs pièces auxquelles s'adaptaient ces différents noms '. 2" Des boucles de nez, appelées nézem (Gen.
24 , 47 ) ; encore aujourd'hui les femmes orientales portent cet ornement suspendu à l'un des deux côtés du nez , que l'on perce à cet effet, comme les oreilles. L'anneau, fait d'ivoire ou de métal et orné quelquefois de pierres précieuses, a 2 ou 3 pouces de diamètre et pend sur la bouche ^.
Éliézer donna à Rebecca un pareil anneau en or, qui pesait un béka ou demi-sicle (ib. v. 22). Dans les Proverbes ( n » 22 ) , on compare la beauté d'une femme sans esprit à un anneau d'or placé au museau d'une truie.
'à°DQS colliers, ou plutôt Aes chaînes suspendues autour du cou et descendant sur la poitrine. Ces chaînes, appelées RABÎD , étaient quelquefois doubles ou triples et se composaient en partie de fils d'or et en partie de pierres précieuses et de perles. Aux différentes chaînes étaient attachés divers ornements d'or, tels que des petits soleils , ou des croissants ( sa- HARÔNÎM, Is. 3,18); Aqs amulettes d'or ou des talismans (lehaschim , ib. v. 20), ayant peut-être la forme d'un serpent, et sur lesquels étaient gravées des formules magiques ou des paroles de la loi de Moïse; enfin des Jlacons d'essence (botté-néphesch ,
peut-être allusion dans quelques passages
des Proverbes (ch. 3, v. 3 et 22; ch. 6, v.2l;
ch. 7, V. 3).
' Comparez Ézéchiel, ch. 16, v. 10 — 13 2 Voy. PI. 20, tig. 7, qui représente les
boucles d'oreilles observéespar les voyageurs
dans l'Orient moderne.
5 Voy. PI. 29, lig. 8.
L'UNIVERS
ib. ) qui se cachaient dans le sein , ou descendaient jusqu'à la ceinture ' .
Quelquefois on remarquait aussi autour des joues une chaîne d'or qui se rattachait à la coiffure ( Gant. 1,10). 4° Des bracelets , appelés eç'ada ou çamÎd; comme on trouve "ces deux mots à côté l'un de l'autre (Nombres, 31 , 50), ils ne sauraient être complètement synonymes. Le premier paraît être eu rapport avec le mot arabe .sâïd ( bras) et désigne sans doute un anneau qui entourait le bras près du coude, comme nous le lisons expresséjuent dans la Bible ( 2 Sara. 1 , 10 ) , tandis que le çamîd se fixait près de la main ( Gen.'24 , 30 et 47 ). Ces deux espèces de bracelets étaient donc des anneaux faits, soit d'or, soit d'argent ou d'ivoire ; les bracelets que le serviteur d'Abraham donna à Rebecca pesaient , selon la Genèse (ib. v. 22), dix sicles d'or. Mais outre les anneaux , nous trouvons aussi mentionnés des bracelets en forme de chaînes ( SCHÉROTH, Is. 3, 19), ou faits de fils d'or ^. 5° Des 6aj/2<es (tabbaath, ib. V. 21 ) qu'on portait aux doigts des deux mains. H° Des anneaux de pied (periscelUdes) , tels qu'on en portaitchez les Grecs et les Romains , et qu'on en voit encore chez les femmes arabes, qui les appellent KhalfîhâP. — Nous devons encore mentionner les CHABiTÎM ( sacs ou poches ) qu'Isaïe ( 3, 22 ) mentionne parmi les objets de toilette des femmes, et que nous retrouvons ailleurs comme bourses à argeiit {'2 Rois , 5,22).
Les sacs que les dames en toilette por-
' Voy. ib. Cg . 6 et 9 qui représentent des chaînes, d'après Hartmann , t. II, p. 259 et suiv.,t. III, p. 10 et II .
2 Voy. ib. bg. 10.— Le mot coumCiz, qu'on ne trouve que dans le Pentaleuque (Ex 35, ■22;Noml). 31,50), désigne probablement aussi une espèce de bracelet.
"' Je les retrouve dans lescEADÔTH du prophète Isaïe (.'i, 20). Nous avons déjà dit dans une note précédente que plusieurs commentateurs retrouvent les periscelUdes dans les at7irtsf »rt d'isaie ; ils prennent alors les ccddoth pour des petites chaînes qui joignaient les deux anneaux des pieds et qui, allant d'urv pied à l'autre, servaient à mesurer les pas et à leur donner une grande régularité. Comparez Buxtorf, Lexicon chald. Ifialm.
et rabhiii., col. lOUG.
taient à la ceinture , étaient probablement d'une belle étoffe et ornés de broderies , s'il faut en juger par ce que l'Orient moderne nous offre d'analogue ' ; l'étymologie du mot charit ou kharit paraît indiquer la forme conique. — On ne trouve pas de trace des mouchoirs , et sans doute les femmes des Hébreux savaient s'en passer aussi bien que celles des Grecs et des Romains * ; les sudaria des Romains manquent également dans l'ancien Testament , et le Talmud ne les connaît que sous le nom latin.
Un objet essentiel , qui ne pouvait manquer sur la table de toilette des femmes, était le pouch, une espèce de fard pour les yeax , le même que le Cohl des Arabes et le stibium des Romains; on le mettait dans une corne, comme nous le laisse deviner le nom de Kéren-happouch (Cornustibii ) que l'on donne à l'une des filles de Job ( Job , 42 , 14 ) , ) et on y trempait une aiguille d'argent, d'ivoire ou de bois, pour en noircir les paupières , ce qu'on appelait : « Mettre les yeux en pouch » (2 Rois , 9 , 30), ou , comme s'exprime ironiquement le prophète Jérémie (4, 30) : « Se déchirer les yeux par le pouch. » Le prophète nzéchiel ( 23 , 40 ) désigne le procédé par le verbe cahal, dont se servent les Arabes encore aujourd'hui, ce qui pi-ouve la perpétuité de cet usage. — Nous avons déjà parlé delà poudre jaune àecopher (en arabe al-henna ), dont se servaient les femmes pour se teindre les ongles et les cheveux 3. — Ajoutons à ces objets les vases à parfum, servant à parfumer les appartements , les vêtements et les cheveux 4 , la boite à onguent, le flacon contenant des essences * ,
' Voy. Schrœder, De vesl. mul. hebr., p.
' Vov. Hartmann, t. II, p. 3 1 3. Cet auteur cite une dissertation de Boettiger, qui démontre jusqu'à l'évidence que l'usage des mouchoirs était inconnu aux Grecs et aux Romains.
^ Voy. ci-dessus , pages 2o et 21 .
< Les ligures i et 2 de la pi. 20 représentent des modèles de ces vases tels qu'on les trouve dans l'Orient moderne.
5 Voy. PI. 20,fig. 3 et 4.
et on aura une idée assez exacte de tout ce qui était nécessaire à la toilette des belles Sionites, dont la coquetterie trouva un si rigide censeur dans le prophète Isaïe. Mais certes celte coquetterie n'aurait été satisfiiite qu'à moitié, si la femme, pour juger de l'effet de sa beauté , de l'élégance et de l'éclat de sa parure , avait été obligée de se fier aux yeux d'une amie ou d'une suivante et qu'elle n'eût pu se contempler elle même dans un 7niroir. En effet, le miroir en métal poli remonte, chez les Hébreux, à une haute antiquité; il en est déjà question du temps de Moïse, comme d'un objet qui se trouvait particulièrement entre les mains des femmes '.
Les miroirs dont il est question dans l'Exode ( 38 , 8) sous le nom de mar- AH (qui s'emploie aussi en arabe), étaient d'airain ; dans le livre de Job. (37, 18), on compare le firmament à un miroir de Joute, appelé rei (mot dérivé, comme mar'a/t, delà racine baa, voir). Isaïe (3, 23) désigne ces miroirs par le mot guilyo- NÎM, nom qui convient à un objet poli; de son temps le luxe avait déjà introduit probablement les miroirs d'argent. Ces miroirs ne servaient pas , comme chez nous , à orner les appartements ; ils étaient de petites dimensions, d'une forme ronde ou ovale , avec un manche, et les femmes les portaient souvent avec elles ^
En terminant ce que nous avions à dire sur les vêtements et la toilette, nous devons ajouter encore que la nature des habits et le climat chaud obligeaient les Hébreux de changer souvent de vêtements , comme cliez nous on change de linge , pour satisfaire aux exigences delà propreté. On avait donc généralement plusieurs habillements complets , afin de pouvoir changer ; c'est pourquoi rhabiliemeut complet est appelé , dans la Bible :
rechanges de vêlements , et l'on dit , par exemple , cinq rechanges de vêtements (Gen. 45 , 22) , pour dire cinq
' Voy. ci-dessus, page 156, col. 'i.
^ Voy. PI. 20, lig. 6, et Gesénius , Commentaire sur [saie, t. I, p. 2|5 et 316.
habillements complets. C'est ainsi qu'il faut comprendre les mots vêtements ou robes de rechange , qu'on reneoutre çà et là dansles traductions de la Bible '. Les riches avaient toujours une grande quantité d'habillements en réserve ( .fob, 27 , 16) ; il était d'usage d'en faire des présents à ceux qu'on voulait honorer. Naaman, général syrien, offrit dix habillements au prophète Élisa ( 2 Bois , 5 , 5); Simson en demanda trente aux Philistins, connp.e prix d'une gageure ( Juges , 14 , 1 3 ). Ces exemples prouvent que les gens aisés en avaient un grand nombre, pour pouvoir changer plus souvent. Les deux sexes avaient des habillements de luxe pour les occasions solennelles ; ce sont ceux qu'Isaïe ( 3 , 22 ) mentionne sous le nom de machalacoth , et qui paraissent désigner aussi ( comme la Khil'a des Arabes) l'habit d'honneur dont les grands et les princes revêtaient ceux qu'ils jugeaient dignes d'une distinction particulière ( Zacharie , 3,4).
— On a déjà vu que les prêtres portaient, pendant leur service, un costume particulier; il en était probablement de même des dignitaires de la cour (Is. 22, 21 ). — Nous parlerons plus loin des vêtements de deuil.
Les vêtements qu'on quittait, pour en mettre d'autres, se nettoyaient par le blanchissage ou Je foulage ( voy.
plus loin : arts et métiers ).
Pour la propreté du corps, qui, dans les pays chauds , demande un soin tout particulier, on prenait souvent des bains , soit dans les rivières (Lév, 15, 13), soit dans des bassins qui se trouvaient dans: les cours des maisons, notamment pour les femmes (2 Sam. 11 , 2). On a déjà vu ( p. 165) que, dans certains cas, le bain était ordonné par la loi. Dans l'Ancien Testament il n'y a pas de traces de bains publics ; il n'en est question que plus tard , dans le Talmud. On
■ La Vulgate rend cette expression de dif férentes manières et elle supprime souvent le mot de rechanges; la traduction la plus exacte est mutatoriit vestimenionim (Vula. IV.; II. Rois 5,5}. '
L'UNIVF'RS.
se lavait aussi avec une substance pour laquelle on employait le nitre et l'alcali végétal ( borifh ) ' ; 'J paraît que , dans la saison froide, on se lavait avec de la neige (Job. 9, 30), qui n'était pas rare sur les montagnes. — La forte transpiration , et peut-être aussi les fréquentes ablutions qui desséchaient la peau , nécessitaient l'emploi des parfums, ainsi que des huiles et des onguents avec lesquels on s'oignait les différentes parties du corps et les cheveux, comme on peut le voir dans un grand nombre de passages de la Bible. Nous aurons l'occasion de revenir sur la composition des parfums et des onguents , auxquels on attachait un grand prix (Prov. 27,9).