‹ PalestineChapitre 66 sur 98 · C. ISourriturt · texte numérisé non relu

C. ISourriturt

Dès l'époque la plus reculée de l'histûira des Hébreux , on voit que nonseulement l'usage du pain était général (de là l'expression manger du pain pour dire prendre un repas), mais ou mentionne aussi des pâtisseries délicates de fleur de farine et des viandes apprêtées avec art (Gen. 18, G-8). Outre l'eau , boisson ordinaire, le vin était déjà d'un usage si fréquent du temps des patriarches , que les festins sont. désignés sous le nom de MiscHTHÉ potatio (ib. 19, 3).

On voit par les vivres que David reçut pour ses troupes, dans différentes circonstances, quelle était la nourriture la plus ordinaire des Hébreux aux premiers temps de la royauté ; c'était du froment, de l'orge, de la farine de l'un et de l'autre, du grain rôti (page 18), du pain, du vin, des fèves, des lentilles, de l'huile d'olive, des bœufs, des moutons, du miel , du caillé , du fromage de vache , des raisins secs, des figues et autres fruits secs '. IN'ous entrerons dans quelques détails sur la nourriture ,

' Voy. Jérémie, 2, 22 ; Malach., 3,2; Job , 9, 30. Sur le bortth voy. ci-dessus, page 19 , col. 2.

» Voy. I Sam. 25, I8 ; II .Sam. 16, l ; 17, 28 et 29; I Cliron. 12, 40. Comparez le chapitre d'Histoire naturelle, page 17 et suiv.

sur la manière de la préparer et sur les repas.

Le blé dont on se servait pour faire du pain était généralement le froment; la classe pauvre mangeait aussi du pain d'orge (H Rois, 4,42).

Pour moudre le grain on employait le moulin à bras, qui se trouvait dans toutes les maisons , et dont il est question déjà du temps de Moïse (Nomb.

11, 8 ; Deut. 24 , 6). Il se composait de deux meules (pélach) dont l'inférieure , qui restait immobile , était extrêmement dure (Job, 41 . l.i); la supérieure , ou la meule courante , s'appelait pélachbécheb (mola ineguitatio7iis) '. Dans chaque maison c'étaient ordinairement les femmes esclaves qui tournaient la meule > ; 'e bruit du moulin animait la maison , et la cessation de ce bruit est, chez les poètes hébreux, l'image de la désolation (Jér. 25, 10; Ecclés. 12, 4).

On distingue dans la Bible au moins deux espèces de farine plus ou moins fine ; ce qui prouve que le mécanisme de la mouture était arrivé à une certaine perfection. — La pâte ayant été préparée dans le pétrin (mischébetii , Ex. 12, 34), on la faisait lever, excepté dans les circonstances où le pain devait être fait à la hâte ^. Les pains étaient d'une médiocre grandeur et d'une forme ovale ou ronde, d'où leur venait le nom de Kiccar (cercle); ilsétaient assez minces , c'estpourquoi on ne les coupait jamais , mais on les rompait ^. Pour cuire le pain on se servait ordinairement d'un petit four portatif appelé ta^nour (Lévit.26 , 26); il ressemblait sans doute à celui qui, chez les Arabes , porte encore aujourd'hui le même nom. C'est un grand pot de terre cuite, sans fond, d'environ trois pieds de hauteur, large en

• Voy. Deut. 24, G; Juges, 9, 53; II Sam. Il, 21.

^ Voy. Exode , M , 6 ; Isaïe , 47 , 2 ; Ecclesiaste, 12, ?.. Les hommes détenus dan» les prisons étaient quelquefois condamnés à ce travail. Juges , I6 , 21 ; Lament. 5, 13.

3Vov. Gen. 19; 3; Exode, 12, 39; Juges, 0, 19; 1 Sam. 28,24.

* Voy. Isaïe , 68 , 7 ; Lament. 4,4; Evang. de Matthieu, 14 , 19; 15 , 36; 26', 26; Actes des Apôtres, 20, n.

bas et plus resserré en naut ; placé par terre il est chauffé à l'intérieur avec du bois (Is. 44, 15). Quand le feu s'est éteint et qu'il ne reste plus que la braise (ib. v. 19) , on applique la pâte sur les parois du pot, soit à l'extérieur, soit à l'intérieur , après en avoir couvert l'ouverture supérieure ' .

Le soin de préparer le pain et de le cuire était confié aux femmes (Gen. 18, 6; Lév. I. c). Dans les prophètes il est question aussi de boulangers publics (Ilos. 7, 4;Jér. 37,21), et ceux-ci avaient probablement de grands fours immobiles, tels qu'on en trouve aujourd'hui dans les villes de l'Orient , et qui sont semblables aux nôtres. — En fait de gâteaux et de pâtisseries fines on mentionne : 1° les UGGÔTH , qui étaient de simples gâteaux de farine de fro- , ment (rarement d'orge, Ezéch. 4, 12) , très-minces et sans levain ; tels étaient ceux qu'on faisait pour remplacer le pain, lorsqu'on était pressé. Ils étaient cuits sur le sable ou sur une pierre, qu'on chauffait avec de la cendre, de la braise , ou de la fiente allumée (ib. V. 16); pour les bien cuire et ne pas les brûler , il fallait les retourner plusieurs fois (Hos. 7,8); 2" les hal- LÔTH , probablement des gâteaux percés dans plusieurs endroits, comme les pains azymes des Juifs de nos jours, étaient pétris avec de l'huile d'olive; 3° les békikîm, des flans oints d'huile. Ces deux dernières espèces se cuisaient dans le Tannour, et étaient employées surtout aux offrandes sacrées (Lév. 2 , 4); 4" les tOU- PHTNÉ PiTTHÎM (morceaux cuits), des biscuits ou des morceaux de gâteau oints d'huile et grillés sur un plateau de métal (ib. 6, 14); 5° plusieurs espèces de beignets à l'huile ou au miel , cuits dans la poêle*.

Quant à la viande , on la mangeait rôtie au feu ou cuite dans l'eau (Exodé ,

' Ce four, si on peut l'appeler ainsi , parait éire le même que les Grecs désignent par le niol xXîêavoi; (en latin testum , clibanus) et qui était aussi en usage chez les anciens E,;;ypliens. Voy. Hérodote, 1. Il , cli. 92.

' Voy. Lévit. 2, 7; Exode, 16, 31; H Sam. 13, 6.

12, 9); dans ce aernier cas, on en faisait aussi du bouillon qu'on servait à part (Juges , 6 , 19). Les viandes que, selon la Bible , nous voyons paraître sur la table des Hébreux, sont le bœuf, le veau , le mouton , la chèvre et différentes espèces de volaille; souvent on engraissait les animaux qu'on destinait à la table ( I Rois , 4 , 23). En fait de gibier, on mentionne plusieurs espèces du genre cerf •. Il est rarement question de poisson ; mais on peut conclure d'un passage des Nombres(ll , 5), ainsi que de la distinction que fait la loi mosaïque entre les poissons purs et impurs (p. 1 67), que les Hébreux ne dédaignaient point ce genre de nourriture. En effet, la Bible offre des indications assez nombreuses relatives à la pêche , qui figure souvent dans les images des poètes hébreux. On mentionne les pêcheurs et leurs instruments , tels que le crochet, l'hameçon et les filets '. Nous rappellerons encore qu'une des portes de Jérusalem s'appelait la Forte des poissons , probablement à cause du marché aux poissons qui était près de là (page 47). Du temps de Néhemia , et probablement aussi avantcette époque, les Tyriens apportaient du poisson de mer aux marchés de Jérusalem (Néhém. 13, 16).

Les légumes les plus ordinaires étaient les fèves et les lentilles (page 18); on faisait des bouillies composées de diverses plantes potagères (H Rois, 4, 39). Les mets se préparaient généralement avec de l'huile d'olive ; l'usage du sel remonte à la plus haute antiquité.

La cuisine se faisait sur les Kiraîm (Lévit. 1 1 , 35) ; ce nom, qui a la forme du duel , désigne un foyer ayant deux réchauds pour y placer deux marmites 5. Quoique les soins de la cui-

' Comparez ce qui a été dit ci-dessus ( p. 287 ) de la table de Salomon.

* Voy. Job, 40, 25 et 26; Isaïe , i9 , 8; Jérémie, I6, i6 ; Amos , 4,2; Habac. l , 15 et 16 ; Ézéch. 26 , 5 ; 47 , 10. — Comparez cidessus , pages 26 et 27.

2 Voy. Mischna, sixième partie, traité Kélim , en. 5 , § 2 , et le commentaire de Maimouide.

L'UNIVERS

sine fussent généralement confiés aux femmes , on mentionne aussi les cuisiniers, qu'on employait probablement pour préparer les grands repas et les festins (1 Sam. 'J, 23 et 24). Labatterie de cuisine se composait de pièces variées dont il serait trop long d'énumérer ici les noms avec leurs différentes interprétations ; nous y remarquons des pots, des marmites, des chaudières , des bassins pour laver la viande (p. 292) , des poêles, des plateaux, des mortiers, des couteau.x, des fourchettes à trois dents pour retirer la viande cuite , des pincettes et des pelles'. Tous ces objets étaient généralement en métal , et surtout en cuivre. On a remarqué que la loi de Moïse se montre peu favorable à la vaisselle de terre cuite, qui , entachée d'impureté, ne pouvait plus servir et devait être brisée, tandis que la vaisselle en cuivre et autres métaux pouvait se nettoyer par l'eau chaude ou par le feu ^. Il est probable aussi qu'on connaissait rétamage , qui est mentionné par Pline (XXXIV, 17) comme un art ancien.

La boisson ordinaire était l'eau, ou le vin mêlé d'eau. Il est vrai que la Bible n'offre guère de traces de cette dernière boisson. Dans un passage d'Isaïe(i , 22). qu'on a cité à cet égard, il n'est question que de la falsification du vin ; mais le Thalmud. parle souvent du vin mêlé d'eau comme de la boisson habituelle, et le nom de mézeg qu'on lui donne ordinairement se trouve déjà dans le Cantique (7 , 2).

Ceux qui aimaient les boissons fortes (Is. 5 , 22), non contents de boire le vin pur, y mêlaient des aromates (Gant. 8 , 2) pour lui donner plus de force.

Outre le vin, nous trouvons le schéchar (sicera), mot qui designplusieurs espèces de boissons fortes ou de vins factices que l'on préparait

' Voy. Exode, 16 , 3 ; 38 , 3 ; Lév. 2 , 5 et 7 ; Nombres, M , 8; I Sam. 2 , 12 et 13 , et passim ; Jahn , Archœologie, 1 , 2 , p. 185.

2 Voy. Lévit. 6, -n ; n , 33; I5, I2; Nombres , 31 , 22 ; comparez Ézéch. 24 ,11. Voy. Michaélis , Mos. Recht, t. IV, g 2I7.

avec du blé ou des fruits '. Les gens du bas peuple, et notamment ceux qui travaillaient dans les champs , se rafraîchissaient, dans les chaleurs, avec du vinaigre mêlé d'eau, et dans ce mélange on trempait du pain (Ruth, 2, 14). — La Bible désigne souvent la Palestine comme un pays où coulaient le lait et le miel, ce qui prouve qu'on faisait grand cas de tous deux; on buvait nonseulement le lait des vaches , mais aussi celui des brebis (Deut. 32, 14), et le lait des chèvres , qui s'employait souvent au repas frugal de la taniille (Prov. 27 , 27), était particulièrement estimé.

Les Hébreux faisaient un repas à midi et un autre le soir. Dans l'Orient moderne, le repas principal, ou le dîner , a lieu le soir, comme chez les anciens Grecs et Romains. Les Hébreux, à ce qu'il parait, dînaient à midi; du moins les auteurs hébreux parlent quelquefois de grands repas faits à midi, comme, par exemple, celui que .Foseph donna à ses frères (Gen. 43 , 16 et 25) et celui que Ben-Hadad, roi de Syrie, donna à ses alliés devant Samarie (I Rois, 20, 16). Dans le livre de Ruth, nous voyons les moissonneurs s'assembler à Hheure durepas, puis continuer leur travail jusqu'au soir (Ruth, 2, 14 — 17), d'où il résulte que les gens du peuple du moins prenaient leur repas au milieu de la journée , lorsque la chaleur les obligeait d'interrompre leur ouvrage'. Le prophète Isaïe (5, 11) se plaint de ceux qui commencent leurs festins de bon matin et qui les prolongent jus qu'aucrépuscule. — Avant de se mettre à table on se lavait les mains ; du moins les Évangiles font remonter cet usage aux temps anciens; on le retrouve aussi

' Voicicommentsaint Jérôme s'exprime à ce sujet: Sicera hubrœo sermonc omnis polio, quœ inehriare potest , sive illa quce frumcntn conficilur, sive pomorum succo, aut cum/uyi dccoquinitur in dulcem et barbaram pot>o- )iem,aut palmarumfructus expi-imuntur in liquorem, coctisque 'fruyihus aqua pinyuior coloratur. Hieron. Opéra, éd. Âlartianay, t. IV, col. 364.

2 Comparez Actes des ApôfFes, en. lO, v. 0 et 10, où il est question de Pierre prenant son repas vers la sixième heure, c'est-a-dire à midi.

chez d'autres peuples de l'antiquité '.

Dans les premiers temps, les Hébreux se tenaient assis à table ^ ; plus tard les prophètes parlent des riches voluptueux qui s'étendaient sur des divans moelleux (Amos ,6,4). La table et les sièges étaient probablement assez bas ; nous pouvons en juger par les dimensions de la table du sanctuaire (p. 157). — Avant de commencer le repas, le chef de la famille, ou le principal convive prononçait une courte prière ou formule de bénédiction (I Sam. 9, 13). Les usages de la table étaient probablement analogues a ceux de l'Orient moderne ^ : on apportait la viande coupée et les autres mets dans de grands plats (çallahath); chacun mettait la portion que lui présentait le chef de la famille (I Sam. 1 , 4) , sur le pain rond qu'il avait devj^nt lui , et on se servait des doigts pour porter les morceaux à la bouche. Un plat de sauce servait à toute la société en commun, pour y tremper du pain (Matth. 26,23). Les cuillers et les fourchettes n'apparaissaient pas sur la table; on ne s'en servait que pour faire la cuisine. Outre les couteaux, qu'on mentionne rarement (Prov. 22, 2), nous ne trouvons chez les Hébreux d'autre vaisselle de table que des plats de différentes formes (en bois ou en métal) et les ustensiles qui servaient à boire , tels que la çappahath (cruche de terre) , le gabîa (cratère , calice), lecôs (coupe, gobelet), le sÉ- PHEL (espèce de tasse), le mizrak (grande coupe). — Avant de se lever de table on rendait des actions de grâces à Dieu pour la nourriture qu'il avait donnée (Dent. 8,10).

iSous avons parlé dans un autre endroit des préceptes de la loi de Moise concernant la nourriture 4. En parlant de la vie de famille et des mœurs sociales, nous aurons l'occasion de

' Voy. Évang. de MaUh. 15,2; Marc, 7 , 3 ; Luc , 1 1 , 38 ; compar. Homère , Odyss. I , 136; IV, 21(3.

2 Genèse , 27 , 1 9 ; 37 , 25 ; I Sam. 20 , 25 , eipnssim.

i Voy. Jalin , 1. c. , p. 217 et suiv.

» Voy. ci-dessus , page 166 et suivanlea.

donner quelques détails sur les festins et les repas solennels.

D.La vie de famille.

On connaît déjà la constitution légale de la famille chez les Hébreux '; ici nous jetterons un regard dans l'intérieur de la famille, pour considérer les mœurs domestiques et les usages observés dans les circonstances heureuses ou malheureuses qui venaient interrompre la monotonie de la vie journalière.

Nous avons démontré par un grand nombre de passages bibliques combien est grande l'erreur de ceux qui assimilent les femmes des Hébreux à celles des Arabes et d'autres peuples de l'Orient moderne; on a vu que, dans toutes les classes de la société hébraïque, la femme jouissait d'une grande liberté. Si quelquefois les grands et ks riches, imitant les mœurs des nations voisines, se sont livrés à la polygamie et ont voué leurs femmes à la vie oisive et dégradante des harems , le grand nombre a toujours conservé les mœurs simples des temps anciens; la femme était, comme s'exprime la Genèse , une aide pour l'homme et semblable à lui. Tandis que l'homme se livrait aux travaux des champs ou à toute autre industrie, la femme s'occupait du soin de la maison , de l'éducation des enfants et de la surveillance des domestiques. Elle cherchait de (a laine et du lin et travaillait selon la volonté de ses mains.

Elle se levait lorsqu'il faisait encore nuit, distribuait la nourriture à sa maison et donnait à ses servantes leur tâche. Elle mettait ses doigts au fuseau ; ses mains tenaient la quenouille. Elle tendait ses mains au pauvre et les avançait au nécessiteux.

Elle ouvrait sa bouche avec sagesse, et ■une doctrine pleine de grâce était sur sa langue. Elle surveillait les allures de sa maison et ne mangeait point le pain de la paresse (Proverbes, ch. 31). Les femmes riches, même ceilesd'un rang élevé, ne dédaignaient pas de se livrer aux travaux nécessaires

• Vov. pages 261 à 210.

L'UNIVERS

à la famille, de tisser les étoffes, de faire les vêlements (I Sam. 2, 19), ou même de préparer les aliments (Gen.

18, (J; II Sam. 13, 8).

Ce qui préoccupait le plus l'esprit de la femme , c'était de donner à son mari une nombreuse postérité , dans laquelle consistait le plus grand bonheur de la famille , et qui était considérée comme la meilleure bénédiction que le ciel pût accorder à l'homme pieux , comme le dit le poète sacré (Ps. 128) : Bienheureux est celui qui « craint Jéhova et qui marche dans ses « voies ! Quand tu te nourris du tra- « vail de tes mains, bonheur à toi ! tu « seras heureux. Ta femme sera comme « ne vigne fructiUante dans Tintérieiir n de ta maison ; tes enfants seront " comme des plantes d'oliviers autour « de ta table; car c'est ainsi que sera '• béni l'homme qui craint Jehova. »

La stérilité était considérée comme un châtiment céleste et comme un sujet d'opprobre pour la femme (Gen. 30 , 23). La mallieureuse était exposée par là à se voir supplantée par une autre femme qui pouvait l'accabler de son dédain et de ses outrages (I Sam., 16) , et souvent la femme stérile préférait partager ses droits d'épouse avec sa propre servante , qui devait la remplacer auprès de son mari et dont elle adoptait les enfants (Gen. IG, 2 ; 30, 3).

La naissanced'un enfant était donc un des événements les plus joyeux qui pût arriver dans la famille , surtout si c'était un enfant mâle , dans lequel le père voyait une garantie pour la conservation de son nom qui restait attaché à la propriété de la famille. On se réjouissait beaucoup moins de la naissance d'une fille , dont l'éducation causait beaucoup de sollicitude'.

Quand la femme était dans les douleurs de l'enfantement, on la plaçait dans un siège ^-i elle était assistée' de

' Voy. Ecclésiastique, ch. 42, v. 9 et 10. Les anciens Arabes manifestaient la plus grande tristesse à la naisssance d'une fille , et quelquefois ils l'enterraient vivante. Voy. Pococke, Spécimen hist. Ar. p. 334.

'Tel est le sens que presque tous les com- Biculaleurg juifs donnent traditionnellexnenl

l'accoucheuse , mentionnée dès les temps des patriarches ( Gen. 35, 17 ; 38, 28), et dont les soins étaient partagés par quelques autres femmes ( I.

Sam. 4 , 20). L'accouchement accompli, on coupait le nombril à l'enfant, qui était baigné , frotté avec du sel ( pour rendre la peau plus solide ) et enveloppé dans des langes '. Le père, absent pendant l'accouchement, accourait a la joyeuse nouvelle (Jér. 20, 15) et adoptait probablement l'enfant en le prenant sur ses genoux ; ce que faisait aussi quelquefois le grandpère (Gen. 50, 23). Le même mode d'adoption se pratiquait , à ce qu'il paraît , de la part de la femme qui avait cédé ses droits d'épouse à sa servante ( Gen. 30, 3 ). Si l'enfant était un garçon, on opérait la circoncision le huitième jour après la naissance. La femme accouchée était considérée comme impure pendant sept jours pour un garçon et pendant quatorze pour une fille: après ce temps elle restait retirée encore trente-trois jours pour un garçon, et soixantesix pour une fille, et ne pouvait s'approcher des choses saintes. Ce temps expiré, elle allait au Temple, où elle offrait un agneau en holocauste , et un pigeon ou une tourterelle comme sacrifice de péché ; la femme pauvre prenait pour les deux sacrifices des pigeons ou des tourterelles ( Lévitique, ch. 12).

Dans les temps anciens, le nom était donné à l'enfant immédiatement après la naissance, et le plus souvent par la mère ; plus tard on attendait pour les garçons le jour de la circoncision. — Chez les Hébreux, comme en général chez les peuples de l'Orient, les noms propres ont une étymologie et un sens bien précis qu'il est généralement facile de reconnaître. Dans l'origine le nom devait rappeler tantôt une certaine circonstance qui avait eu lieu

au mot olnaïm ( Exode, I, ic) et au mol î/ifl.sc^iètr ( II Rois , 19, 3; Isaïe, 37,3). Compar. Larrey , dans la Description de l'Égvpte , État mod. , t. I , p. 519-

' Voy. Ézéch. 16, 4, et les commentaires de Raschi , de Kimchi et de aaiut Jérôme.

lors de la naissance de l'enfant, tantôt un vœu formé par les parents au sujet du nouveau-né, ou une espérance qu'ils y rattachaient '. Il se forma de cette manière un grand nombre de noms, qui se reproduisaient plus tard, sans qu'on eût toujours égard à leur sens primitif. Très-souvent les noms ont un caractère religieux et sont formés des différents noms de Dieu {El, Yak, Yeho) , usage qu'on trouve aussi chez les Phéniciens, les Syriens, les Arabes et chez d'autres peuples de l'Orient et de l'Occident- Tels sont, par exemple , les noms de Hanniel (Grâce de Dieu) et d'.^::rie/ou Azaryah (Secours de Dieu) , dont nous trouvons les analogues chez les Phéniciens, savoir : Hannibaal {Knmhîx\), Azroubaal (Asdrubal) ; Yelioriathan ou Jonathan (donné par Jéhova) correspond à Théodore et à Dieu-donné; Yedidyah (II Sam. 12,25) à Théophile. On donnait quelquefois aux jeunes filles des noms d'animaux , de plantes etd'autres objets représentant la douceur et la grâce, par exemple :

Rachel (brebis), Thamar (palmier) , Déborah (abeille), Naomi (agréable), Peninnah (perle), etc. — Nous trouvons quelquefois , dans la Bible , les mêmes personnes désignées par des noms différents ; car l'enfant pouvait recevoir deux noms dès la naissance, l'un par le père et l'autre par la mère (Gen. 3.5, 18); souvent aussi on changeait de nom dans certaines circonstances importantes de la vie ^

Généralement les mères nourrissaient elles-mêmes leurs enfants ; il n'y avait guère que les jeunes princes qu'on confiât quelquefois aux soins d'une nourrice ( Il Rois, 11, 2). On nourrissait les enfants jusqu'à l'âge

• Voy. par exemple , l'étymologie des noms d'iMac, de Jacob, de Moïse et de Samuel, cidessus , page 105 , p. 1 li , note i , p. 1 18 et p. 244, col. 1 , note I. De même les noms des douze lils de Jacob , dont cliacun^ est raotivé par une circonstance particulière; Genèse , ch. 29 , v. 32-35 ; cli. 30 , v. 6-24 ; ch. 35 , V. 18. La Bible nous offre beaucoup d'autres exemples de cette nature.

^Comparez ci-dessus, p. 235, col. I; p., 275, col. i; p. 310, col. 2, note: p. 346, eoJ.2.

de deux ou de trois ans '; en les sevrant on donnait un festin (Gen. 21,8), et les mères pieuses offraient un sacrifice (i Sam. 1,24). —Pendant la première jeunesse, les enfants des deux sexes étaient élevés par leur mère; dans les maisons riches on leur donnait des gouvernantes (U Sam. 4,4).

Les jeunes garçons étant assez avancés en âge pour pouvoir se passer des soins des femmes, le père se chargeait lui-même de leur éducation , on leur donnait quelquefois un gouverneur appelé Omên (II Rois, 10, 1 et 5), qui était chargé probablement des soins matériels (Nombres , 11,12), tandis que l'éducation morale se faisait par le père ou par un précepteur, qui usait souvent d'unegrandesévérité ( Prov. 23, 13 et 14). Nous ne trou- .vons pas de traces d'écoles publiques chez les Hébreux avant l'exil; et nous connaissons fort peu les détails de l'instruction qu'ils donnaient à leurs enfants; il paraît que généralement on se bornait à l'enseignement prescrit par la loi mosaïque (voy. p. 206) et à celui de la morale présentée par le père ou la mère en sentences courtes qui se gravaient facilement dans la mémoire , ou sous la forme de paraboles et d'énigmes ^. Peu de jeunes gens, notamment les lévites, et plus tard les prophètes, se livraient à des études un peu plus étendues, que nous ferons connaître plus loin, en parlant delà vie intellectuelle des Hébreux. A mesure que les garçons grandissaient, ils aidaient leur père dans les travaux de la campagne ; on leur apprenait tout ce qui concerne l'agriculture et on les habituait aussi à quelques exercices militaires. Les jeunes filles étaient employées par la mère aux soins du ménage et apprenaient les travaux auxquels se livraient habituellement les femmes , ainsi que nous l'avons dit plus haut. Elles vivaient généralement très-retirées (II Maccab. 3, 19); dans les classes moins élevées

' Voy. ci-dessus, page 244, col. I, note 2.

^ Voy. Proverbes , ch. I , v. 4 et 8 ; ch. 4 , V. 4-6 et 20; ch. c, v. 20; ch. 22, v. 6; ch. 31 , V. I et suivants.

L'UNIVERS

elles sorlaient quelquefois pour gar- (Jer les troupeaux , ou pour chercher de l'eau (i Sam. 9, 11),

Pour marier les enfants , on n'attendait que l'âge de puberté, qui, dans les pays méridionaux, arrive de bonne heure. Pour en citer quelques exemples dans les temps histori- (jues (car, selon les traditions de la Genèse, on se mariait quelquefois très-tard à l'époque patriarcale ) , nous rappellerons que Joram, roi de .Juda, mort à quarante ans, laissa un Gis de vingt-deux ans (page 320); A mon à vingt-quatre ans laissa un fils de huit ans, qui, à son tour, devint jière à l'âge de quatorze ans ( p. 340 ) ; .loïakîm, à trente-six ans, avait un fils âgé de dix-huit ans (p. 345). Ce qui était d'usage dans la famille royale , rétait sans doute aussi dans les autres classes de la société; car la constitution et la manière de vivre des Hébreux dispensait les pères défaire une position à leurs fils avant de les marier, et les fils restaient sous la dépendance du père jusqu'à sa mort (p. 20G).

Selon la tradition rabbinique, les jeunes gens doivent se marier à l'âge de dix-huit ans ' ; les -jeunes filles sont déclarées nubiles à l'âge de douze ans».

Rarement le jeune homme suivait, dans le choix de sa future compagne, la seule impulsion de son cœur. Il pouvait arriver quelquefois , dans les campagnes, qu'une connaissance s'établît entre un jeune pasteur et une bergère; quelquefois aussi une jeune lille , allant puiser de l'eau, pouvait attirer les regards d'un jeune citadin; enfin un voyage ou une autre circonstance quelconque pouvaitfaire trouver à un jeune homme celle qu'il croyait devoir signaler au choix de ses parents, comme nous le voyons dans l'exemple de Sinison (Juges , 14 , 2). Mais c'étaient là des cas exceptionnels; généralement les parents choisissaient une épouse à leur fils ; et souvent les ma-

^Mischnn, 4« partie, traité Ahoth ( senl<aces des Pères) , ch. 5 , § 21.

2 MaiinoDide, Abrégé du Thalmud, liv. IV, Sl'Ct. I, ch. 2, § [.

riages se concluaient sans que les futurs époux se fussent jamais vus (Gen. 24, 3 ; 38, G). Les parents ou le fils ayant arrêté leurs vues sur une jeune personne, le pèredujeune homme allait trouver les parents de la jeune fille, afin de faire la demande en mariage et de stipuler les conventions nécessaires, notamment pour ce qui concernait le mohar, ou le prix de la fiancée, et les cadeaux que cette dernière devait recevoir (Gen. 34, 12).

Nous avons déjà parlé du mohar , qui variait selon les circonstances (p. 203). 11 se payait en argent, en troupeaux, en objets de consommation, etc. ; le prophète Hoséa (3,2) nous offre l'exemple d'un mohar coinposé de quinze sicles d'argent et d'une certaine quantité d'orge.

Quelquefois le père de la jeune fille acceptait comme mohar les services de son futur gendre ( Gen. 29 , 20 et 24 ) ; le guerrier donnait sa tille comme prix de quelque exploit, comme le firent Caleb (Jos. 15, 15) et Saiii (1 Sam. 18, 25). Si la jeune fille avait des frères majeurs, ils participaient avec le père et la mère aux négociations du mariage de leur sœur (Gen. 24, 50 et 55 ; .34 , 1 1 ) ; et , tout étant terminé , on demandait à la jeune fille son consentement, dont la loi traditionnelle, s'appuyant de l'exemple de R-Cbecca (ib. 24', 57 ) , fait une condition nécessaire. Dans les temps anciens on se bornait à une convention orale, qui se concluait en présence de témoins et était confirmée par un serment (Ézéch. 16, 8 ; Malach. 2,14); le contrat écrit et scellé (ïobie , 7 , 16 ) ne remonte probablement qu'à l'époque de l'exil. Les fiançailles liaient les futurs époux ( p. 203^) ; mais on accordait à la jeune fille un certain temps pour faire ses préparatifs, avant de célébrer son mariage et d'aller habiter avec son mari ' .

• Selon la loi traditionnelle, il devait y avoir , entre les Cancailles et le mariage , un intervalle de douze' mois; voy. Mhchna , troisième partie , traite Kelhouhotk ( des contrats de mariage), ch. 5, § 2. La tradition s'appuie sur un passage de la Genèse [ 24 ,

Au jour ûxé pour la noce , la flancée, baignée, parfumée et ointe d'huiles odoriférantes , était parée de tout ce qu'elle possédait de plus magnifique en vêtements et bijoux et portait une couronne sur la tête' ; d'où probablement elle est appelée, en hébreu , c ALLAH (couronnée). Entourée de ses parentes et de ses amies, elle attendait le coucher du soleil; le fiancé , également paré et couronné ( Is. 61 , 10 ; Cant. 3 , 1 1 ) , et entouré de ses compagnons ou paranymphes (Juges, 14, 11), se rendait le soir dans la maison de son beau-père , pour chercher sa jeune épouse , qui quittait la maison paternelle , sous les bénédictions de ses parents (Gen. 24, 00). Les jeunes mariés, placés sous un dais et accompagnés de leurs parents et amis, se mettaient en marche, à la lueur des lampes et aux softs bruyants des tambours et autres instruments; on se rendait à la maison du fiancé en chantant et en faisant éclater la joie la plus vive ^. Un festin ioyeux, préparé par le fiancé ou par ses parents , attendait les gens de la noce ( Juges ,14 , 10 ) ^ ; on s'abandonnait à une joie bruyante, et, si nous pouvons faire remonter les traditions thalmudiques aux anciens Hébreux , les hommes les plus graves ne dédaignaient pas de faire leurs compliments à la fiancée , en dansant devant elle 4. On s'entretenait aussi par des jeux d'esprit et des énigmes (ib. v. 12). Il n'est

55 ); compar. Juges , I4 , 8 ; Évang. de Matlh. I, 18.

' Voy. Ézéch. 16,9-13; Jérém. 2 , 32 ; Isaïe , 61,10; Apocalypse , 21 , 2.

^ Voy. Jéréiriie , 7 , 34 ; 16 , 9 ; 25 , lo ; l Maccab. 9, 37 et 39 ; Évang. de Matth. 25 , I. Les détails des cérémonies de noces résultent de la combinaison de ces différents passages et des usages de l'Orient moderne. Voy. Hartmann , JJie Hehrœerin etc. t.- II , p. 625 et iuiv. , t. 111 , p. 393 et suivantes-

^ Simson , qui se maria hors de sa ville natale , célébra le festin de noces chez sa liancée ; mais généralement le feslio avait lieu dans la maison du liancé , comme nous le voyons dans le Nouveau Testament et dans le Thalmud. Voy. Évang. de Jean , ch. 2 , v. 9 et 10; Thalm. deBabyloue, t. I, Berachoth , fol. 30 6 et 31 a.

* Thalmud de Babylone , traité Kethouloth M. 16 b.

question, dans la Bible, d'aucune cérémonie religieuse pour le mariage; les jeunes époux recevaient, à ce qu'il paraît, la bénédiction de leurs pères et les assistants appelaient sur eux les faveurs du ciel'. Après le repas on conduisait le fiancé dans la chambre nuptiale, où déjà sa jeune épouse l'avait précédé*. Le lendemain les festins recommençaient et se continuaient jusqu'au septième jour ^.

Après avoir assisté aux fêtes et aux réjouissances des familles hébraïques , considérons-les dans leurs moments d'affliction et de deuil. Chez les Hébreux , comme chez tous les anciens , les démonstrations de la tristesse n'étaient pas moins énergiques que celles de la joie. Dans les circonstancesjoyeuses, ils chantaient, dansaient, se paraient, se couronnaient la tête et se livraient à la bonne chère ; dans l'affliction ils poussaient des cris lugubres , se roulaient par terre, déchiraient leurs vêtements , et mettant de la poussière ou de la cendre sur leur tête, ils jeûnaient, etc. David, pendant la maladie de son enfant, reste couché par terre et refuse de manger ( II Sam. 12, V. 15 et 16 ); Thamar , * outragée par Amnon , couvre de cendre sa tête, déchire sa robe, porte la main sur sa tête et s'en va en poussant des cris ( ib. 13, 19); Job, dans son malheur , s'assied sur la cendre , et ses amis qui viennent le consoler , pleurent et gémissent à haute voix , déchirent leurs manteaux et restent assis à terre avec lui , pendant sept jours et sept nuits (Job, 2, 8-13).

On faisait éclater la douleur la plus vive quand la mort venait frapper un membre de la famille; tes femmes surtout s'abandonnaient, sans con^

' Voy. Tobie ,7,15; Ruth ,4,11.

* Voy. Joél, 2 , 16 ; Ps. 19 , 6 ; Tobie , 8 , i. Un passage du Deutéronome (22, 15) peut faire présumer que les parents de la liancée attendaient, avec des témoins, les preuves de l'innocence de leur tille , comme cela se pratique encore maintenant chez quelques peuples de l'Orient , notamment chez les Arates. Voy. Michaëlis, Mor. Rccht , t. H , § 92 , p. 153 ; Jahn, Archœologic , [ , 2 , p. 254. Didot , notes d'un voyage au Levant en isio.

•' Voy. Genèse , 29 , 27 ; Jages , 14 , 12.

L'UNIVERS

trainte, aux démonstrations les plus bruyantes et poussaient des gémissements qui se faisaient entendre au loin ( Jér. 9, 19 ; 31 , 15). C'était au milieu des cris et des lamentations que se faisaient les préparatifs des funérailles, qui étaient considérées comme un pieux devoir et dont se chargeaient les plus proches parents '.

Les prêtres eux-mêmes ( à l'exception du grand prêtre) pouvaient remplir ce devoir, quoiqu'il leur fût défendu d'ailleurs de se souiller par le contact d'un cadavre (p. 173 ). On regardait comme une malédiction terrible d'être privé de la sépulture ^. Au reste , la Bible nous offre à peine quelques indices sur les usages suivis par les anciens Hébreux pour ce qui coucerne l'appareil de la sépulture, et nous devons profiter de quelques renseignements que nous fournit le Nouveau Testament ; mais il est douteux qu'on puisse faire remonter tous ces usages aux temps anciens.

Il semble résulter d'un passage de la Genèse (46,4) combiné avec un autre du livre de Tobie ( 14 , 15 ) , que les plus proches parents fermaient les yeux à celui qui venait de mourir.

Immédiatement après le décès, le corps était lavé et placé dans la chambre fuiute^ (Actes des Ap. 9, 37), où devaient se faire les autres préparatifs; les mains et les pieds étaient liés par des bandes ; la tête était couverte d'un suaire ( Év. de Jean , 1 1 , 44 ) et tout le corps enveloppé de bandages, ou d'un linceul , était parfumé d'aromates (ib. 19, 40 ; Matth.

27, 59). On plaçait les morts dans un cercueil ouverl, ou plutôt sur une bière, appelée Mittah (lit) 4, qui était portée, par plusieurs hommes ^, au lieu

» Voy. Genèse , 23, 19; 25 , 9 ; 35 , 29 ; Juges, 16, 31; Amos, e, lo; i Maccab. 2 ,70.

^ Voy. I Rois , 14 , 1 1 ; IG , 4 ; 21 , 24 ; Jérémie, 7, 33 ; 8 , 2 ; 9 , 21 ; 14 , 16 ; 16 , 4; 25 . 33 ; Ps. 79 , 3.

3 Voy. ci-dessus , page 3fi4 , col. i.

^Voy. II Sarn. 3, 31; Évang. de Luc, 7, 14. Les princes étaient étendus sur des lits magnifiques remplis de parfums. II Chron. If), 14; Josépiie, Jntiqu. XVII, 8, 3; Guerre des Juifs , 1 , 33 , 9.

' Voy. Actes des Apôtres , ch. 5 v. g et

destiné à la sépulture; les parents et les amis suivaient le convoi en pleurant et en se lamentant à haute voix (II Sam. 3 , 32) ; a leurs gémissements se mêlaient les chants des pleureuses ( Jérém. 9, 17 ) et le son lugubre des fliJtes (ib. 48, 3G; Matth. 9, 23)'.

Les Hébreux enterraient leurs morts et ne les brûlaient jamais , à l'exception des corps des suppliciés, auxquels on refusait quelquefois la sépulture et pour lesquels la combustion devait être un surcroît d'ignominie (Josué,7, 25). Si les habitants de Jabès brûlèrent les corps de Saûl et de ses fils (I Sam. 31, 12), ce fut sans doute pour les mettre à l'abri des outrages des Philistins (voy. p. 266), et c'est probablement à dessein que l'auteur des Chroniques (I, 10, 12) passe sous silence ce fait, qui, dans ridée d'un Hébreu , était une ignominie ^.

Les demeures des morts , appelées chez les Hébreux maisons de l'éternité (Ecclés. 12 , 5), se trouvaient généralement hors des villes, et, selon la tradition, elles devaient être éloignées du mur de la ville de cinquante coudées au moins ^.

liCS sépulcres étaient ordinairement des caveaux plus ou moins grands,

10; Mischna, première partie, Berac/jo/A, ch. 3, § I.

'Selon les docteurs juifs, le plus pauvre dans Israël devait faire accompagner le convoi de sa femme par une pleureuse et deux flûtes. A/isc/(«a, troisième partie, traité A' uthnuhoih, ch. 4 , S 4.

2 On peut comparer ce que Tacite dit en parlant des Juifs { Hlst. V, 5 ) : Corpora conclure , quam cremare , e more œf/yplio. C'est par une grave erreur que plusieurs savants ont cru trouver le bûcher dans le passage ou il est question des funérailles du roi Asa ( Il Chron. 16, I4); non-seulement on dit expressément, au même endroit, que le roi Asa fut e«sew/i, mais les mots du texte, qui signifient littéralement : et combusserunt ei cotnbustionem magnnni, ne peuvent guère s'appliquer au bûcher. Ici, comme dans deux autres passages , où on trouve la même construction grammaticale (Il Chron, 21, 19; Jérém. 34, 5) , il est évident qu'il s'agit des parfums qu'on brûlait aux funérailles des rois. Comparez les passage.s de Josèphe cités à la colonne précédente, note 4. '

"Mischna, 4« partie, Bava bathni , ch.

taillés dans le roc et ayant de chaque côté un certain nombre de compartiraents servant à y déposer autant de corps'. Presque chaque famille avait des caveaux semblables dans sa propriété, et tous les membres delà famille désiraient y reposer après leur mort '. On trouve encore maintenant en Palesti ne, et notamment dans les environs de Jérusalem , un grand nombre de ces anciens sépulcres taillés dans le roc (p. 54 et 55). Pour les rois on dérogeait à l'usage général , en leur accordant des tombeaux au milieu de la ville de Jérusalem sur le mont Sion ; le prophète Samuel eut une semblable distinction, car il fut enseveli à Rama, dans sa maison (l Sam. 25, t ; 28, 3). Les Hébreux , à ce qu'il paraît, n'avaient guère de cimetières communs que pour les gens du bas peuple et pour les étrangers^ ; mais toutes le& tombes étaient inviolables , et c'était une horrible profanation que detroubler le repos des morts et de retirer les ossements hors de leur sépulcre 4.

— Dès la plus haute antiquité on élevait des monuments en pierres sur les tombeaux; le patriarche Jacob dressa un monument sur le sépulcre de Rachel ( Gen. 35, 20). C'étaient généralement de simples pierres, ornées probablement d'une inscription (Ezéch. 39, 15) ; les grands personnages mettaient un certain luxe dans la construction des mausolées; quelquesuns même, par orgueil , s'en faisaient construire de leur vivant, comme nous en trouvons des exemples dans Absalom (2 Sam. 18, 18) et dans Sebna , intendant dif'palais d'Ézéchias (Isaïe, 22, 16). On attacha plus tard une grande importance à la conservation des tombeaux des prophètes et autres hommes célèbres par leur piété;

ils'étaient restaurés de temps à autre (Matth. 23, 29).

Nous devons observer encore que la religion n'intervenait pas plus dans les funérailles et le deuil que dans les mariages; du moins il n'y avait pas de cérémonie religieuse ordonnée par la loi , bien qu'if existât certaines observances que l'usage avait consacrées. Les chants funèbres accompagnés de flûtes, qui retentissaient dans la maison mortuaire pendant les préparatifsde la sépulture, se continuaient aux funérailles et à l'enterrement. Il paraîtrait qu'il y avait pour cet usage des chants consacrés qui, selon la circonstance, commençaient par les mots:

Hélas, mo7i frère! ~ Hélas, ma sœur !

— Hélas, seigneur, et hélas sa gloire!

etc. Quelquefois un parent ou un ami du défunt improvisait sur la tombe des paroles que lui dictaient ses sentiments, comme le fit David sur la tombe d'Abner (p. 269). Outre les pleureuses , il y avait aussi des poètes qui faisaient le métier d'improviser des complaintes , pour servir d'oraisons funèbres (Amos, 5, 16). — Les parents du mort déchiraient leurs vêtements (Gen. 37 , 34), étaient leur turban et leurs sandales, et s'enveloppaient le menton , jusqu'aux lèvres, dans leur manteau (Ézéch.24,17), ou se couvraient toute la figure (2 Sam. 19, 5). Après les funérailles, les amis de la famille offraient un repas (ib. 3, 35), qu'on appelait le pain de deuil (Hos, 9^ 4 ) et /a coupe de consolation ( Jér. 16, 7); c'est là ce qu'Ézéchiel appelle , en parlant du deuil : manger le paifi des autres (Éz.24, 17). 11 y en avait qui jeûnaient le jour des funérailles , et qui n'acceptaient le repas funèbre que le soir (2 Sam , 3, 3.5). Le grand deuil durait sept jours ^; on restait

' Mischna. 1. c. ch. 6, § 8. Comparez Tsaïe, 22, 16; Évang. de MaUh. 27. 60; Luc , 2a , 53 ; Jean , 1 1 , 28.

'Voy. Genèse, 23. 20; 47 , 30; 50 , 5 ; Ja«es , 8 , 32 ; J6 , 31 ; II Sam. 2 , 32 ; I9 , 38 ; I Rois, 13, 22.

3 Voy. II Rois, 23 , 6 ; Jérém. 26 , 23 ; Matlh. 27, 7.

* Voy. Isaïe , it , I9 ; Jérém. 8,1; Baruch ,

•Voy. I Rois, 13, 30; Jérémie,22, I8 ; 34, 5.

^ Voy. Genèse , 50 , 10 ; I Sam. 31 , 13 ; Ecclésiastique, 23, I2 ; Zo^è'phQ , Antiqu . XVII , 8,4; Guerre des Juifs , II , I , I. Dans les deux passages de Josèphe , il est question de repas splendides que, du temps d'Hérode , on avait coutume de donner après les sept jours de deuil et dont le luxe devenait quelquefois ruineux pour les familles

L'UMVERS.

assis à Icrre (il). 13, 31), on néf^Iigeait de se laver et de s'oindre (ib.

14, 2), les cheveux et la barbe restaient en désordre (Lévit, 10, 6), ou étaient raséseomplétement (Jér. 16, 6; Amos 8, 10). Eu général, on quittait ses vêtements ordinaires et tous les objets de toilette, pour prendre le vêtement de deuil (2 Sam. 14, 2), qui, dans la Bible, porte presque toujours le nom de sac. C'était un vêtement d'une étoffe grossière , probablement de poil, très-étroit, sans manches et sans plis , et ressemblant en effet à un sac, tel que des voyageurs en ont vu dans l'Orient moderne '; une simple corde servait de ceinture (Isaïe, 3, 24). La couleur de ce sac était probablement noire , ou du moins d'un brun très-foncé; car l'homme en deuil est appelé Koder (Ps. 35 , 14), et ce mot vient d'un verbe qui veut dire se noircir, s'obscurcir^.

Après les sept jours, le deuil était moins strictement observé, quoiqu'il se prolongeât souvent bien au delà de ce terme. Il paraît que pour les [;ère et mère le deuil était porté au moins pendant un mois (Deut. 21 , 1 3) ; mais chacun suivait , sous ce rapport, ses sentiments individuels, et on parle quelquefois de deuils prolongés pendant un long espace de Irmps (Gen. 37 , 34; 2 Sam. 14, 2).

T ,es veuves, à ce qu'il paraît, portaient le deuil toute leur vie (Gen. 38, 14; .1 udith, 10, 2).— Nous donnerons plus loin quelques détails sur le deuil public.

E. Mœurs sociales.

Une des premières vertus sociales des anciens Hébreux, et qui est commune aux peuples de l'antiquité, c'était l'hospitalité, que l'homme pieux ne refusait jamais à l'étranger ( Job , 31 , 32). Le voyageur qui arrivait dans un endroit était toujours sûr de trouver un accueil hospitalier , soit chez un ami , soit même chez quelque habitant qui lui était étranger. Aussi

' Voy. Jahn , 1. c. pages I54 et 457. 2 Comparez i Rois , is , 46 ; Jérémie, 4 , 25 Job , 30, 28, et passim.

n'est-il jamais question d'hôtelleries dans les \illes des Hébreux; il n'y en avait que sur les routes et dans les lieux déserts; là les voyageurs trouvaient un abri , pendant la nuit, sans payer aucune rétribution ^ Rencontrait-on, dans les rues, un voyageur qui n'avait pas de gîte, on l'emmenait chez soi ; l'eau lui était offerte pour laver ses pieds, on se chargeait de le nourrir lui, ses serviteurs, ses montures et ses bêtes de somme, et rétranger recevait sous le toit hospitalier toute la protection dont il avait besoin. Tels étaient les usages des Hébreux nomades etagriculteurs ', et tels sont encore aujourd'hui les usages des Bédouins arabes. Quand le luxe faisait cesser l'ancienne simplicité des mœurs et que le développement du commerce augmentait le nombre des voyageurs , on se montrait probablement moins empressé à accorder une hospitalité désintéressée au premier venu 3; mais on ne la refusait jamais à celui qui en avait besoin , et elle occupait toujours un des premiers rangs dans les bonnes œuvres.

— La bienfaisance, en général , était un trait dominant du caractère des Hébreux. La loi qui renfermait à cet égard des dispositions spéciales n'oubliejamais de recommander l'étranger à une protection égale à celle dont jouissait l'Hébreu 4.

Dans le commerce de la vie , nous remarquons chez les Hébreux un haut degré de civilité , et ils usaient de tout temps, même à l'époque de la république, d'une politesse extrême dans leurs rapports mutuels. Les démonstrations de politesse et les locutions qu'on employait, variaient selon la

' Ce sont là probablement les lieux que la Bible désigne par le mot malon , qui si^^uibe //tte de 7iuit (Vov. Genèse , 42 , 27 ; Exode;, 4 , 24 ; Jérémie ,9, l ), et une fois par le mot «uÉROUT» (Jér. 41, 17), dérivé de guir (étranger). Dans l'Orient moderne, on les appeUe Khân ou Caravanseraï. .

2 Vov. Genèse, ch. 18, v. i et suiv ; ch. i!>, v.i et suiv.; ch. 24, v. 23-3-3; Juges, ch. 19, V. IG et suivants; II Rois, ol». 4, V.8 10.

3 Comparez Ecclésiastique , ch. 29, y. 29-3... «Voy. ci-dessus, pagcvs 147, 211 et 212.

position respective des personnes. Les salutations qu'on se faisait , en se rencontrant, contenaient ordinairen)ent une bénédiction , et le mot 6eni?' correspond souvent, dans la Bible, à notre mot saluer (II Rois , 4 , 29 ). Le plus ordinairement on disait Jéhova {soit) avec toi! et l'autre ré- {)ondait : Que Jéliova te bénisse '.

Mais on saluait aussi par d'autres formules, telles que : Dieti te soit propice ( Genèse . 43 , 29 ) ; to bénédiction de Jéhova sur toi ! — Je te bénis au nom de Jéhova ( Ps. 1 29, 1 8 ) ; ou bien on s'informait de la santé et du bienêtre de celui qu"on rencontrait en disant HASCHALOM LACH , c'est-à-

dire : Te portes-tu bien? ou littéralement : Nuni salus tibi (II Sam. 20 , 9 ; II Rois, 4, 26). Les geus d'un rang égal , notamment les amis, s'embrassaient quelquefois, en se saluant, surtout quand ils ne s'étaient pas vus depuis longtemps , ou qu'ils se quittaient pour un certain temps; les parents qui se voyaient pour la première fois agissaient de même». — En rencontrant des gens d'un rang élevé, ou en les quittant, on faisait une profonde révérence , ou , comme dit l'Hébreu , un se prosternait la face en terre ^ ; l'inférieur se bâtait même de descendre de sa monture, dès qu'il voyait arriver l'homme de distinction à qui il voulait présenter ses respects (I Sam.

25, 23). Dans la conversation l'inférieur donnait au supérieur le titre de seigneur, et s'appelait lui-même serviteur , et, dans ce cas , il parlait quelquefois de lui-même et de son interlocuteur à la troisième personne.

• Voy. Ju?es , 6 , 12; Ruth, 2, 't. La formule Saldm aléik { la paix sur toi ! ) qui est très-Qsllée chez les Arabes , ne se trouve pas dans l'Ancien Testament ; les Juifs ne s'en servaient qu'à une époque plus- récente ; on la trouve souvent dans le Thalmudet quelquefois dans les Évangiles. Voy. Luc , 24 , 36 ; Jean , 28, 26.

2 Voy. Genèse, 29, Il et 13; 33, 4; 45, I5; 48, 10; Exode, 4 , 27 ; 18, 7; Ruth, I, 9 et 14 ; 1 Sam. 20 , 4 1 ; 2 Sam- 20 , 9.

3 C'est ce que la Vulgate appelle adorare , ou adorare promis in terram. Voy. Genèse , 19, I ; 23 , 7; 33, 3; 42, 6 ; Exode, 18 , 7; I Sam. 24 , 9 ; 25, 41 ; II Sam. 9 , 8 ; 18 , 2I ; 19 , 19 ; I Rois , I , 16 , et pasxim.

Ainsi , par exemple , Juda dit à Joseph (Gen.44, 18) : «Pardon, seigneur; que « ton serviteur dise un mot au.\ oreilles « de mon seigneur , et que ta colère ne « s'enflamme point contre ton servi- « teur.... Mon seigneur a demandé à ses " serviteurs, etc '. » Les femmes aussi se donnaient l'épithète de servante en parlant à des hommes supérieurs * ; mais il paraît queles hommes n'usaient pas de la même déférence à l'égard des femmes ; dans un passage du premier livre de Samuel (2.5, 14-17), nous voyons un domestique parler à sa maîtresse, sans circonlocution, et sans se servir d'aucune de ces formules de politesse dont on était si prodigue à l'égard des hommes. Les vieillards étaient l'objet d'un respect tout particulier ; la loi ordonnait de se lever devant les cheveux blancs (Lév. 19 , 32). La gloire des jeunes gens , dit le sage , est dans leur force , et les cheveux blancs sont la majesté des vieillards (Prov. 20, 29).

La Bible nous fournit très-peu de renseignements sur les politesses et les usages observés dans les visites. En rendant visite à un grand personnage, on se faisait annoncer avant d'entrer (I Rois, 1,23); dans les maisons ordinaires on frappait probablement à la porte, et on attendait que le maître sortît, pour être introduit par lui , comme cela se pratique aujourd'hui en Orient 3. On se saluait nmtuellement par les formules ordinaires; on s'informait de la santé l'un de l'autre (Exode, 18, 7); on adressait aussi à celui qu'on recevait chez soi les paroles : Béni soit celui qui entre ; du moins les prêtres saluaient par ces paroles les fidèles qui se présentaient au Temple pour offrir un sacrifice (Ps.

118, 26). Dans l'Orient moderne on brûle quelquefois des parfums en l'hon-

' Vov. d'autres exemples , Gen. 18 , 3 ; 19 , 2 , 3 ; fg , 2 ; 33 , 14 ; Juges , 19 , 19 ; I Sam . 26 , 18 , et pasaim.

» Voy. 1. Sam. 1 , 16; 25, 2i et suiv. ; H Rois ,.4, 2 et 16. Celui qui s'adressait k un prophète, disait quel(|uefois mon père ( Il Rois ,6,21; 13, 14) et se désignait lui-même par le mot fils (ib. 8,9).

^ Comparez Cantique ,5,2; Exode , TR, 7

L'UNIVERS

neur des hàt.i\s , et la Bible offre quelques traces de cet usage '. On offrait aussi des rafraîchissements, tels que du vin mêlé d'aromates, du sirop de grenades, etc. (Gant. 8 , 2) , et un repas était offert à celui qui venait de loin (Gen. 18, 5 ; Il Rois, 4, 8). En congédiant son hôte on lui disait : fa en paix, et ces mots s'adressaientaussi à celui qui partait pour un voyage ^.

La politesse, chez les Hébreux , ne consistait pas seulement en paroles; elle se manifestait aussi par des actes , et notamment par des présents qu'on s'offrait mutuellement dans différentes occasions. Il est inutile dédire que les présents variaient seionla condition et la fortune de ceux qui les donnaient ou qui les recevaient ; ils se composaient de denrées de toute espèce , d'argent , de vêtements, d'armes, etc. Les amis échangeaient des cadeaux aux jours de réjouissances publiques (Esther, 9, 19); on offraitdesprésentsaux personnages haut placés , à qui on voulait faire sa cour (I Sam. 16, 20; 17, 18), aux prophètes dont on réclamait les conseils (ib. 9,7; I Rois , 14 , 3) , et les grands en offraient à leurs inférieurs , comme marques de faveur et de protection (II Sam. 11,8). Nous aurons l'occasion déparier des présents qu'on offrait aux rois et que ceux-ci donnaient à leurs sujets et à des étrangers de distinction.

Un autre genre de politesse consistait dans les repas et les festins qu'on donnait à ses amis et connaissances dans les circonstances joyeuses. Nous avons déjà mentionné les festins elles réjouissances qui avaient lieu à l'occasion de la tonte des brebis, des vendanges, du sevrage des enfants et des mariages. Ondonnnait aussi des repas aux anniversaires de naissance, notamment chez les princes ' ; de même en l'honneur d'un parent et ami de distinction qui venait d'arriver^, ou à

• Voy. Daniel , 2 , 46 ; Proverbes , 27 , 9 ; Exode , 30 , 37 et 38.

2 Voy. 1 Sam. i, 17; 20, 42; II Sam. 15, 9.

3 Genèse , 40 , 20 ; comparez Hoséa , 7, 5 ; Matth. 14, 6; Hérodote, I, 133.

•Vov. Exode , I8, 12; Il Sam. 3, 20.

l'occasion d'un sacrifice solennel qu'on offrait à la Divinité". Nous rappellerons encore les repas obligatoires des dîmes auxquels les Lévites, les pauvres et les esclaves devaient être invités (page t72). Dans les réjouissances publiques, les princes faisaient distribuer des vivres au peuple , comme le fit David lors de la translation de l'Arche sainte au mont Sion (II Sam. 6, 19). On faisait inviter les hôtes par des domestiques ou des esclaves (Prov. 9 , 3; Matth. 22, 3) ; on les plaçait dans un certain ordre , suivant leur rang (I Sam. 9,22). On remarquait quelquefois un grand luxe dans les ustensiles de la table et dans les mets qu'on y servait; les grands festins étaient ordinairement accompagnés de musique, et les convives , animés par le vin , mêlaient leurs chants joyeux au son des instruments ^. Il est probable que, dans les grands festins, les femmes se trouvaient dans une salle particulière; tel était du moins l'usage général en Orient (Esther, 1 , 9) ^

Les principaux plaisirs des anciens Hébreux étaient les festins et la musi(iue. Aux jours de fête les jeunes filles allaient danser dans les vignes, elles jeunes gens contemplaient leurs plaisirs innocents-*. Souvent , après le travail , on allait se distraire sur les places publiques , qui étaient aux portes des villes; là se traitaient toutes sortes d'affaires (page 363) et il y avait toujours un grand concours de monde.

On écoutait les plaidoiries (Job, 29, 7 — 12), les discours des prophètes et des orateurs publics (.1er. 17 , 19 ; Prov. 8,3); on s'entretenait des affaires publiques ou de toute autre chose ; tels étaient surtout les divertissements de l'âge mûr, tandis que les

' Voy. I Sam. 9 , 13; I6, .T; l Rois, 1,9; 3, 15.

2 Voy. Amos ,6,4-6; Isaïe , 5 , 12 ; Ps. C9 , 13 ; Ecclésiastique , 32 , 7.

3 Voy. cependant Évang. de Matth. 14 , G. ou il est parlé delà tille d'Hérodias, dansant en pleine salle , au festin de la naissance d'Hérode.

* Juges , 21 , 31 ; Jéréra. 3i , I3. Comparez Mischnn, r- partie, a la lin du traite Thaanil/i (du jeune).

jeunes gens se rôunissaient pour chanter et taire de la musique (Lament.

5, 14). Selon saint Jérôme, le prophète Zacharie (12, 3) ferait allusion à un jeu, ou plutôt à un e.xercice gymnastique des jeunes gens, lequel consistait à faire preuve de ses forces en soulevant, jusqu'à une certaine hauteur, des pierres extrêmement lourdes '. — Le même prophète (8, 5) parle de jeunes garçons et de jeunes filles jouant dans les'rues; un passage du livre de Job nous laisse deviner que les enfants avaient l'habitude de jouer avec des oiseaux apprivoisés ^.

Les conversations des Hébreux étaient mesurées et graves, comme le sont celles des Orientaux en général, et notamment celles des Arabes ; on ne parlait pas trop et on s'exprimait avec convenance (Prov. 10,19; 17, 27 et 28). Les mauvais plaisants , les* moqueurs étaient frappés de réprobation (ib. 21 , 24 ; 22 , 10 ; 24 , 9) ; ils sont assimilés par David aux pécheurs et aux impies (Ps. 1,1). — Nous citerons au sujet du langage de bonne compagnie, chez les Hébreux, quelques observations très-judicieuses de l'abbé Fleury^.''< Ils usaient volontiers, dans leurs discours , d'allégories et d'énigmes ingénieuses. Leur langage était modeste et conforme à la pudeur, mais d'une manière différente de la nôtre: ils disaient l'eau des pieds , pour dire l'urine; couvrir les pieds , pour satisfaire aux autres besoins , parce qu'en cette action , ils se couvraient de leurs manteaux, après avoir creusé la terre (Dent. 23, 14) ; ils nommaient la cuisse pour les partiesvoisi-

' Mos est, dit st. Jérôme, in urbibiis Patastinœ, et usque hodie per omnem Judœum vêtus consuetudo servatiir, ut in viculis, oppidis cl castellis rotunde ponantur lapides gravissimi ponderis , ad quos juvenes extrcere se soleant et eos pro varietate virium sublevare , alii usque ad genua, alii usque ad umhilicum, alii ad humeras et cnput , nonnulli super verticem , redis juiKtisque manibusmagnitudinem virium demonstrautes pondus extoUant.

2 Voy. Job, ch.40, V. 29 ( Vulg. v. 24). Comparez Catulle, II, l-4 : Passer deliciœ meœ puellœ, etc.; Plaute, Capliv. , act. V, 4 et 5.

^ Mœurs des Israélites •, § 12.

25' Livraison. (Palestine.)

nés que la pudeur défend de nommer. D'ailleurs ils ont des expressions qui nous paraissent fort dures , quand ils parlent de la conception et de la naissauce des enfants , de la fécondité et de la stérilité des femmes; et ils nomment sans façon certaines infirmités secrètes de l'un et l'autre sexe , que nous enveloppons par des circonlocutions éloignées. Toutes ces différences ne viennent que de la distance des temps et des lieux. La'plupart des mots qui sont déshonnêtes, suivant l'usage présent de notre langue, étaient honnêtes autrefois , parce qu'ils donnaient d'autres idées ; et encore aujourd'hui les Levantins , surtout les Mahométans, ont des délicatesses ridicules pour certaines saletés qui ne font rien aux mœurs , tandis qu'ils se donnent toute liberté sur les plaisirs les plus infâmes. Les livres de l'Écriture parlent plus librement que nous ne ferions de ce qui regarde le matériel du mariage, parce qu'il n'y avait personne parmi les Israélites qui y renonçât , et que ceux qui écrivaient étaient des hommes graves et des vieillards pour l'ordinaire. — Quant à la prudence, la politique bonne ou mauvaise, l'adresse, la souplesse, les ruses , les intrigues de cour , l'histoire de Saùl et celle de David nous en fournissent autant d'exemples , a proportion, qu'aucune autre que je connaisse. »

Au sujet des plaisirs des Hébreux , le même auteur s'exprime ainsi ' :

" Leur vie aisée et tranquille jointe à la beauté du pays les portait au plaisir; mais leurs plaisirs étaient simples et faciles : ils n'en avaient guère d'autres que la bonne chère et la musique. Leurs festins étaient , comme j'ai dit, des viandes simples qu'ils prenaient chez eux, et la musique leur coûtait encore moins , puisque la plupart savaient chanter et jouer des instruments. Le vieillard Berzellai ne comptait que ces deux plaisirs , quand il disait qu'il était trop vieux pour goûter la vie (Il Sam. 19, 36) , et l'Ecclésiastique (32 , G et 7 ) compare cet

'ihiil. g 13.

L'UNIVERS

assortiment à une émeraude enchâssée dans de l'or : aussi Ulysse, chez les Phéaciens , avouait franchement qu'il ne connaissait point d'autre félicité qu'un festin accompagné de musique.

On voit les mêmes plaisirs dans les reproches que font les prophètes à ceux qui en abusaient; mais ceux-là y ajoutent l'excès du vin, les couronnes de fleurs et les parfums, comme nous voyons qu'en usaient les Grecs et les

Romains Ils mangeaient

volontiers dans des jardins, sous des arbres et des treilles ; car il est naturel, dans les pays chauds , de chercher l'air et le frais. Aussi quand l'Écriture veut marquer un temps de prospérité, elle dit que chacun buvait et mangeait sous sa vigne et sous son Gguier , qui sont lesarbres fruitiers dontles feuilles sont

les plus larges le ne vois

chez eux ni le jeu, ni la chasse, que l'on compte parmi nous c.itre les plus grands divertissements, rour le jeu, il semble qu'ils l'ignoraient absolument , puisque le nom ne s'en trouve pas une seule fois dans toute l'Écriture ' Pour la chasse, soit

des bêtes, soit des oiseaux, elle n'était pas inconnue aux Israélites'; mais il semble qu'ils s'y appliquaient moins pour le plaisir que pour l'utilité de fournir leurs tables et de conserver leurs blés et leurs vignes; car ils parlent souvent de filets et de pièges; et on ne voit ni chiens , ni équipages, même aux rois. Us se seraient sansdouterendusodieux , s'ils avaient voulucourir sur les terres labourées , ou nourrir des bêtes qui eussent fait du dégât. Les grandes chasses se sont (établies dans les vastes forêts et les terres incultes des pays froids. »

IS'ous terminons notre description des mœurs sociales par quelques détails sur les actes de contrition et d^ deuil usités dans les calamités publiques.

' Nons aiouterons qae, selon la loi traditionnelle , les jeux (le hasard sont expressément défendus , et ceux qui s'y livrent ne peuvent déposer comme témoins devant les tribunaux. Voy. les passades cités par Buxtorf , Lexicoii ihalmml., col. I98i.

' Voy. ci-dessus, pages 358 et 359.

Un malheur venait-il frapper une ville ou la nation tout entière, on se livrait en commun au jeûne et à la prière, et on observait d'autres cérémonies lugubres usitées dans le deuil des familles : on se dépouillait de tout ornement, on prenait le vêlement de deuil, appelé me, et on s'asseyait à terre, etc. La Bible nous of^re beaucoup d exemples de ces deuils nationaux, pris à l'occasion de la mort d'un grand homme, ou lors de l'inv lion des ennemis, d'une disette ou de quelque autre calamité publique. Ainsi tout le peuple hébreu prit le deuil , pendant trente jours, à la mort d'Ahron (rsombres,20 , 29) et à celle de i\Ioïse ( Deut., .34, 3). La mémoire de Samuel fut également honorée par le deuil (^2 tout Israël (I Sam., 2.5, 1 ; 28, 3^. .es habitants de Jabès, après avoir renOi. les derniers honneurs à Saùl et à ses fils, célébrèrent un jeune de sept jours (ib., 31 , 13), et quand la nouvelle du désastre de Gelboa arriva à Siclag , David et tous ses gens déchirèrent leurs vêtements, prient le deuil et jeûnèrent jusqu'au soir (2 Sam., 1, V. 11 et 12). Plus tard, David fit rendre les mêmes ;honneurs à Abner, assassiné traîteusement par .Ioab(ib., 3,31). — Ts'ous rappelerons les jeûnes publics proclamés par Samuel à Mispah (p. 246), par Josaphat lors de l'invasion des .Aloabites (p. 316), et sous Joïahim à l'arrivée des Chaldéens ( p. 344), Jérémie dit, en parlant d'une séchers, (Jér. , 14, 2) : « Juda est en deueil , et ses « portes sont désolées; on restes morne « gisant à terre, et le cri de Jérusalem « s'élève. » Lorsque Joël invites le peuple au jeûne 6t à la pénitence, pour détourner le terrible fléau des sauterelles, il s'exprime ainsi (ch. 1 et 2) : '< Gémis comme une vierge revêtue « d'un cilice pour (pleurer ) l'époux

'< de sa jeunesse Prêtres, ceignez

« ( le cilice) et lamentez-vous; poussez « des gémissements, serviteurs de « l'autel; venez, passez la nuit vêtus' « de sacs , serviteurs de mon Dieu, « car la maison de votre Dieu est « privée d'offrandes et de libations.

« Sanctifiez le jeûne, publiez l'as- « semblée solennelle, assemblez les « anciens, tous les habitants (Ju.pays, « dans la maison de Jéhova votre

■ Dieu, et criez à Jéhova Et main-

« tenant, dit Jéhova, revenez à moi de « tout votre cœur, par le jeune, les « pleurs et les lamentations!.... Son- « nez de la trompette à Sion , sancti- « fiez le jeûne , publiez l'assemblée « solennelle. Réunissez le peuple, sanc- « tifiez la congrégation , assemblez « les vieillards, réunissez les enfants « et les nourrissons ; que le jeune « marié sorte de son cabinet, et la « jeune épouse de sa chambre nuptiale.

« Que les prêtres, ministres de Jéhova, « pleurent entre le portique et l'autel, « et qu'ils disent : Épargne, ô Jéhova, « ton peuple , et ne livre point ton « héritage à l'opprobre et aux insul- « tes des nations; pourquoi dirait-oil « parmi les peuples -. Oij est leur « Dieu ? »

Ces passages peuvent donner une idée de l'aspect que présentait la société hébraïque dans ses jours d'adversité et de deuil.

F. Arts et métiers.

La Genèse nous fait voir, dès le temps des patriarches, les arts et métiers parvenus à un certain degré de perfection chez les Cananéens , ou Phéniciens (voy. p. 8G); en Egypte , ils florissaient dès la plus haute antiquité, et les Hébreux, pendant leur long séjour dans ce pays, purent, du moins en partie, s'approprier la connaissance de plusieurs arts égyptiens (page 116). Il n'est donc pas étonnant que, dans le désert, Moïse ait pu trouver des hommes capables d'exécuter les travaux les plus variés ; car, quels que soient les doutes qu'on puisse élever sur les détails de la construction du Tabernacle, on devra toujours leur reconnaître une base historique qui plus tard aura pu être amplifiée par la tradition (p. 128). Mais les Hébreux entrés en Palestine , où ils se livrèrent entièrement à l'agriculture, négligèrent toute autre espèce d'industrie , à tel point que Salomon

dut faire venir dos artistes et des ouvriers étrangers pour les travaux qu'il fit exécuter. L'oppression et les luttes continuelles pendant ia période des juges durent aussi opposer de grands obstacles audéveloppementde l'industrie; on était très-heureux d'avoir ce qui était strictement nécessaire. Les agriculteurs et les gens de leurs maisons durent fabriquer eux-mêmes et acheter en partie chez les peuples voisins tous les objets nécessaires dans le ménage' , et même leurs instruments aratoires qui , dans l'occasion , servaient aussi d'armes (Juges , 3 , 31 ). Çà et là il y avait peut-être quelque aVtisan indigène ou étranger qui travaillait pour le public (ib., 17, 4), mais il est certain qu'en général les arts et métiers étaient très-peu cultivés. Nous savons positivement que, du temps de Saiil , les Philistins interdirent aux Hébreux d'avoir des forgerons dans leur pays, et que les laboureurs étaient même obligés d'aller chez les Philistins pour faire repasser leurs instruments aratoires (p. 2.52) ; cet état des choses n'aurait pu exister, si l'art de forger les métaux eût été alors très-répandu parmi les Hébreux. A mesure qu'au temps de David et de Salomon, la prospérité et le luxe augmentèrent parmi les Hébreux, les arts et métiers se perfectionnèrent, probablement sous l'influence des artistes et ouvriers phéniciens , qui , à cette époque , arrivèrent eu grand nombre en Palestine, et donnèrent aux ouvriers hébreux l'occasion d'apprendre les règles de l'art^.

Depuis lors beaucoup d'Hébreux embrassèrent divers métiers comme profession et comme moyen d'existence.

Nous allons donner quelques détails sur les différents arts et métiers qui ,

' Il en fui (le même dans l'antiquité grecque. Dans l'Odyssée (XIV, v. 8 etsuiv. ) nous voyons le porclier Èumée bâtir luimême les élables de ses troupeaux et faire des sandales à son usage. Ulysse avait luimême bâti sa maison et dressé son lit ( il). , XXill, 178-189).

' V oy. 2 Sam., ch. 5, v. Il ; l Rois, cti. r,, V. -20 (6) et 32 ( 18); Ch. 7, V. 13 et 14; I Chron., ch..i4, v. l; 2 Chron., ch. 2, v. 7 et vy

L'UNfERS.

selon la Bible , étaient exercés par les Hébreux , soit du temps de ÎMoïse , soit à l'époque des rois.

Lef/ageet la tlsseranderie, étant un besoin de premier ordre, faisaient partie généralement des occupations des femmes ( Prov. 31, 13 et 19).

Lors de la construction du Tabernacle, on parle aussi d'bommes occupés comme tisserands , selon l'usage de l'Egypte , où ce métier était exercé particulièrement par les hommes'. Les femmes, chez les Hébreux, filaient et tissaient les différentes matières textiles non-seulement pour l'usage de la maison, mais aussi pour la vente (ib., V. 18 et 24). La Bible nous offre peu de traces du mécanisme pour le tissage; c'était sans doute le même que celui des peuples anciens en général ; le métier était très-élevé, et l'ouvrière se tenait debout ^ Nous trouvons un certain nombrede mots techniques qui prouvent que l'art de filer et de tisser, de même que roeuvre du cordier et du passementier, étaient arrivés chez les anciens Hébreux à un haut degré do perfection ; tels sont les mots : triple fil (Ecclés. 4 , 12), cordon on fil tordu ^, lin retors (Exode, 20, 1, etc.), chaîne et trame (Lév., 13, 48); on mentionne \e fuseau et la quenouUle , ( Prov. 31, 19 ), Vensuble du tisseranc (l Sam. 17, l),\d. navette (Job, 7,6 et la cheville ou t'attache (Juges, 16 14).

On parle aussi de plusieurs tissus d'un art plus élevé, tels que le tasch lîÈs (Exode, 28, 4), espèce d'où vrage pommelé ou fait à petits car reaux (opus scutulatum) 4; de tissu:

' Voy. Exode, 35, 35; comparez Isaïe l!>. 9; Hérodote , II, 35; Heeren, Idien 11, 2, p. 368 (original allemand). — Nou trouvons aussi plus tard des traces de tisse ronds chez les Hébreux ( I Sam. 17,7; Sam. 21, 19).

* On trouve une description détaillée d tout le mécanisme et un beau dessin du nie lier dans l'ouvrage de Braun : De fcsiiu Sacerdol. Hebrteorum , 1. I, c. 16.

a PATHiL(Gen., 38, i8;Nomb., I5,.38)e GHEDiL (Deut., 22, 12 ), venant des verbe aralies/d/rt/ et djadttt ( tordre).

* Vov. Braun, 1. c, I. 1, c. 17, pa;j 289,

avec des figures ou des encadrements en fils d'or ( Ps. 45 , 14 ) ; d'ouvrages de broderie ou plutôt de tapisserie , appelés RiKMA, et où il y avait une grande variété de couleurs ( Juges , 5, 30). Celui qui faisait ces ouvrages s'appelait hoscheb (qui médite ou invente , artiste) '.

A la fabrication des étoffes se rattache naturellement l'art du foulon et celui du teinturier. L.e foulage servait non-seulement à donner aux tissus neufs la solidité convenable , mais aussi à nettoyer les vêtements et à les remettre à neuf. On employait pour cela plusieurs substances fortes, notamment le néfher et le borith (alcali minéral et végétal) *. Ce qui prouve que le foulage était exercé par des ouvriers particuliers, c'est que le prophète Malachi (3,2) parle du borith des foulons, et que, dans les environs de Jérusalem, il y avait un endroit appelé le champ du foulon ^ , où probablement on faisait sécher les étoffes et les vêtements nettoyés par le foulage. — Quoiqu'on ne trou ve pas dans la Bible les mots teindre, teinturier, etc., on parle trop souvent d'étoffes et de vêtements de différentes couleurs pour que nous puissions douter de l'existence de la teinture chez les anciens Hébreux 4 ; mais leurs procédés nous sont complètement inconnus.

Les couleurs qu'on affectionnait le plus étaient le pourpre rouge ou violet et le cramoisi ^.

Pour la confection de la chaussure, des ceintures ( 2 Rois , 1 , 8 ) et de différents ustensiles en cuir mentionnés dans la Bible (Lév., 13, 48 et 49), on avait besoin du tannage. Les cuirs fins, dont il est question quelquefois, tels que les peaux de béliers teintes en rouge et les peaux de thahasck

' Vov. Exode , 26, l et 31 ; 28, 6 ; 35 32 et 35; 36, 8; 39, 8. Comparez noire description du Tabernacle et des vêtements sacerdotaux.

' Vov. les passages cités ci-dessus , page 372, col. I , note I.

^ 2 Rois , 18,17,- Isaïe, 7, 3 ; 36 , 2.

< Voy. Hartmann, die Hebnecrm etc., t I , p. 175-186.

i Voy. ci-dessus, pages 26 et 28.

PALESLNE.

( Kxode , 25 , 5 ) , supposent même un certain progrès dans l'art de préparer le cuir, et nous ne saurions douter que les anciens Hébreux n'aient eu des tanneurs et des corroyeurs, bien qu'il n'en soit jamais question dans l'Ancien Testament.

La fabrication de toute espèce d'ustensiles de ménage, d'armes de guerre, etc., ainsi que la construction et l'ameublement des maisons, nécessitaient des travaux variés en terre , en bois, en pierres et en métal.

Parmi les travaux en terre nou> devons d'abord mentionner la fabrication des briques , qui remonte a la plus haute antiquité (Gen. 11,3; ille était d'autaut plus nécessaire aux Hébreux, que leurs niaisons etnieiit ordinairement construites en Im Les procédés généralement em, leur étaient connus; ils foulaient a\ci; les pieds la terre Cirasse ou l'argile (iNanum, 3, 14), et ils y mêlaient de la paille (Kxode, 5, 7); les bri(jues étaient cuites dans un four (.Nahum, I. c; 2 Sam. 12, 31). — Ils fabriquaient aussi les poteries (Ps. 2,9): ic [>>•" pliete Jéremie (18, 3) parle di! | faisant son ouvrage sur le tour :

machine , appelée obnaiin , se c sait de deux pierres rondes ou d roues de bois placées l'une suri la supérieure était plus petite (]u férieure ». Il paraît résulter d'un |) des Proverbes (2G, 23) qu'on .s donner le vernis aux vases de ttrre au moyen de la litharge '. — Le verre (zECHOUCHiTii), inventé par les Phéniciens, était connu des Hébreux; mais on n'en parle encore que comme d'une chose rare et très-précieuse (Job, 28, 17).

Des ouvriers en bois et en pierre sont envoyés à Jérusalem par Hiram, roi de Tyr, pour bâtir le palais de David (2 Sam. 5, 11), ce qui prouve qu'à cette époque les llébreux n'étaient pas bien avancés dans l'art de la char-

' Voy. le dictionnaire hébreu-allemand de Gi'st-nius, 4' édition (de ISM ) , préface , page XII , et son Thésaurus ting . hebr. et chald., t. I. p. 16.

' Voy. Jahu , Archéologie , I, I , p. 4i2.

oiilerie et de la maçonnerie. Salonjon (•rit lui-même au roi de Tyr '^ i.soin d'ouvriers phénicien^ dire couper des cèdres si ■t qu'il n'y a personne pai breux qui s'entende comme^ liens à couper le bois (1 Rois'l Mais, comme nous l'avons dé]!

(S Hébreux lirent, depuis cette^ l'u', de grands progrès daii> les| . rages en bois et en pierre. ( i \\è\ < s que les charpentiers, ! uclî ' «tfs , les maçons et les tai,i>.urs ! 'rre employés aux réparations l 'inple, sous"le règne deJoas (2 Ilois, IJ, 12 et 13)et souscelui de Josiis , ib., 22, G) fussent des étrangers. Les meubles et ustensiles de ménage, ainsi '[lie les outils de labourage dont il est iveiit question, même avant Da- ; , supposent plusieurs genres do, .1 a vaux en bois, notamment la menuiserie et le cliarronnoj;e. A toutes K-s époques de l'histoire des Hébreux il t'st fait mention des chariots et des voitures de voyage et de transport ', iiinsi que des ouvrages de vannerie '.

' s instruments mentionnés dans la 'le, |)0ur ces différents travaux, it : diverses espèces de haches, de ^nées, de scies et de marteaux, le inpas, le cordeau, le 111 à plomb, la lie rouge, le rabot, etc. ^.

(juant aux travaux en métal , ils lent très-variés. Un chapitre du li- • de Job renferme des traces de tra- ^.liix des mines, et nous y trouvons (juelques termes techniques fort remarquables qui révèlent une coimaisance exacte des procédés de la métal-

' Voy . Nombres ,7,3-8; l Sam . , 8, 1 1 ; 2 .Sam., 0, 3; 15, 1; I Rois, 12, IH; 18, 9; 2-2 , 35; 2 Rois. 8, 21 ; 9, 27 ; 10 , 15 ; 13, 7 ; Amos, 2, 13.

' Vov. Exode, "29, 3 et 32 ; Nombres, 6, 15-19; Deut., 20, 2 et 4; Juges, 0, lo; Amos, «, I et2.

' Voy. Isaïo , lo , 15 ; 44 , I2 et 13 ; Juges , 4, 21; 5, 26; 9, 48; 2 Sam. , 12, .31; Ps. 74, 5 et r. , Amos , 7, 7 , et pa^sim. L'interprétation pliilolojjigue de tous les mots hébreux renfiriiK's dans les passages que nous venons d'iiidiquer ne saurait trouver place ici , mais ■ Ile ne manquerait pas de jeter quelque liiiiiicri' sur le degré de perfecUou qu'avaient l'ieiiil les travaux de ce geore.

L'UNIVERS

lurgie '. Mais on ne saurait conclure de ce passage unique que les anciens Hébreux se soient occupés de l'exploitation des mines ; il ne prouve autre chose si ce n'est que l'auteur du livre de Job , auquel toutes les merveilles de l'Arabie et de l'Egypte étaient si familières , et qui , sans doute , avait fait un long séjour dans ces pays, connaissait parfaitement les travaux des mines qui s'exécutaient dans les contrées voisines de la Palestine, et qu'il savait traduire en hébreu les termes de la métallurgie égyptienne ou arabe '. Les métaux que "les Hébreux employaient dans leurs travaux venaient de l'étranger ; on mentionne , dans l'Ancien Testament, l'or, l'argent, le cuivre ou l'airain, le fer, l'étain et le plomb. On connaissait ces métaux dès la plus haute antiquité, et nous les trouvons mentionnés tous ensemble dans l'énumération du butin fait par les Hébreux dans la guerre contre les Midianites (Nombres, 31 , 22). La Genèse (4 , 21) fait remonter avant le déluge l'art de forger le cuivre et le fer, ce qui prouve que l'antiquité de cet art était pour les Hébreux antérieure à toute histoire. Sous Salomon on employa une immense quantité de métaux aux ouvrages de tout genre que ce roi fit exécuter. On a vu (p. 295) qu'il entretenait des relations directes avec plusieurs contrées de l'Arabie heureuse, d'où il tirait de l'or, de l'argent et d'autres objets de prix (1 Rois , 10 , 22) ; l'or, à cette époque, abondait tellement en Palestine, que l'argent même n'avait que peu de valeur (ib. v. 21). Dans les temps suivants , ce fut sans doute le commerce phénicien qui put fournir aux Hébreux les métaux dont ils avaient besoin; l'or venait toujours d'Ophir, de Saba et d'autres contrées de l'Arabie méridionale-, l'argent, l'étain et

I Voy. Job, ch. '28, y. i-ll , et Rosenmulkr, Scholia in F et. Test. ( deuxième édition , ) 5« part. , pag. 662-676.

^ Voy. Hartmann, Die Hehrœerin, t. I, pages 93-95; Eiclihorn EinleUung in das elle 'Testament ( quatrième édition ), 1- V , p. 177 Comparez ci-dessus , page i7, col. 2.

le plomb venaient d'Espagne, et le cuivro de quelques contrées de l'Asie Mineureetdu midi du Caucase (Ézéch., 27, V. 12, 13 et 22). Le prophète Nahum (2 , 4) mentionne très-probablement Y acier sous le mot peladôth », et Jérémie (15, 12) paraît l'indiquer par les mots fer du nord; car on sait que les Chalybes , qui habitaient près de la mer Noire , étaient célèbres dans l'antiquité pour la fabrication de l'acier *. — Les Hébreux connaissaient l'art de la fusion des métaux, de l'affinage et de la coupellation; il en est souvent question dans les images des poètes hébreux ^. On savait aussi marteler, plaquer, souder et polir 4.

11 nous reste , dans là Bible , beaucoup de mots hébreux ayant rapport à la manipulation des métaux, et qui prouvent que les anciens Hébreux connaissaient parfaitement les différents travaux en métal et leurs procédés ; nous citerons les mots : fourneau, creuset (Prov., 17,3), soufflet (Jér., 6, 29), .scorie et alliage (Isaïé, 1, 25) , enclume, marteau (ib. 41 ,7), etc. — Pour ce qui concerne l'emploi des différents métaux, nous devons mettre en première ligne l'airain ou le cuivre, qui était employé de préférence pour la confection de toute espèce d'ustensiles et même des armes, notamment des casques , des boucliers, des cuirasses et des lances (1 Sam. 17, 5 et 6). En général, l'usage du cuivre, dans l'antiquité , est plus fréquent que celui du fer, dont la manipulation est plus difficile; les héros d'Homère n'ont que des armures de cuivre et on peut remarquer que partout l'emploi du cuivre a précédé l'usage du fer ^ On se rappelle

' Ce mot est le pluriel de palda onpaldd, qui est le nom de Vacier dans plusieurs langues orientales; les Persans disent poM?drf, les Arabes foutâdh oufâloudh, et les Syriens palda.

* Voy. Bochart, Geogr. sacra, part. 1,1. 3, c. 1-2.

3 Voy., par exemple, Isaïe, l, 22 et 25; Jérémie, 6, 29; Ézéch. , 22, 18.

* Vov. Exode , 39 , 3 ; Nombres , 17 , 4 (ou 16, 39); I Rois, 7, 45; Isaïe, 4i, 7, et passim.

^ Voy. le Monde primitif, par le docleur

PALESTmK.

aussi les nonibreux travaux en cuivre exécutés pour le tabernacle de Moïse et le temple de Salomon. Le fer s'employait pour la confection des chariots de guerre et celle des intruments aratoires et autres outils, tels que les marteaux, les haches (2 Rois, 6,7), les scies (2 Sam., 12, 31), etc.; on en faisait aussi quelquefois des armes (1 Sam. 17, 7) et des ustensiles de cuisine, tels que des poêles (Ézéch. 4 , 3). Les chaînes des prisonniers étaient tantôt de fer, tantôt de cuivre, et ,on disait le fer {Vs. 105, 18), ou les cuivres (Juges, 16, 21), dans le sens de chaînes, comme nous disons les fers. On trouve aussi des verrous de fer (Ps., 107, 16) et des verrous de cuivre (1 Piois , 4, 13). — L'or et l'argent étaient employés à faire toute espèce de parures et certains ustensiles, comme chandeliers, tasses, cou; pcs, etc.; on connaît l'immense quantité de vases d'or et d'argent que Salomon fit faire pour le Temple et pour son palais; ce roi avait même des boucliers d'or. Les idolâtres possédaient des images d'or et d'argent. — L'étain ' et surtout le plomb servaient a faire des poids (Zachar. 4 , 10 ; 5 , 8) ; le fil à plomb des maçons (Amos , 7, 7) était fait en ce métal". On écrivait aussi quelquefois sur des tablettes de plomb (Tob, 19, 24). En outre, le plomb était employé, dans le travail métallurgique , pour l'affinage de l'argent *. C'est ce qui résulte évidemment d'une image du prophète Jérémie (6 , 29) , qui , parlant de la corruption de son peuple, s'exprime ainsi : « Le soufflet est brûlé, le plon:ib ftst consumé par le feu ; l'ouvrage de purification a été en vain , les mauvaises parties n'ont point été séparées. » —

Link , traduit de l'aHemand par M. Cicment Mullet, t. II, pag. 388-390

' Le mot hébrea bedu, signifie bien certainement étain; mais quelquefois il désigne aussi la substance scoriacée qui coule la première dans la fusion des métaux ( Isaïe , I, 2b). Le mot latin stannum s'emploie dans le même sens. Voy. Link ,1. c. , page

^ Comparez Pline, Hist. nat., 1. 33, c. 31 : Excoqni argeiilum non potest, nisi citm plurnoo nigiv, aut cian vend plumbi.

Nous ajouterons que les différents travaux en métal constituaient déjà chez les Hébreux plusieurs métiers bien distincts ; il y avait des fondeurs, des forgerons ou des ouvriers en fer, des ouvriers en cuivre, des serruriers et des orfèvres '.

Il nous reste à parler de quelques ouvrages de fantaisie et de luxe , notamment de la joaillerie et de la parfumerie , qui chez les Hébreux, dès les temps les plus anciens , atteignirent une grande perfection. — Quoique la Palestine ne fournît pas de pierres précieuses, nous en trouvons une grande variété chez les Hébreux , qui les tiraient principalement de l'Arabie, soit directement (1 Rois, 10,2 et 10), soit par l'intermédiaire des commerçants phéniciens (Ézéch. 27, 22). Les espèces connues aux Hébreux sont renfermées dans les douze pierres précieuses qui se trouvaient sur le pectoral du grand prêtre (page 176) ^ Les mêmes pierres , à l'exception de trois , sont nommées par Ézéchiel (28, 13) lorsqu'il décrit la magnificence du roi de Tyr. Il faut y ajouter le diamant, qui manque dans les ornements sacerdotaux, soit qu'il ne fût pas connu aux Hébreux du temps de Moïse, ou qu'il ne pût trouver place parmi les pierres du pectoral , qui toutes devaient être gravées. Le diamant est mentionné parles prophètes (sous

• Voy. Isaïe, 40, I9 ; 44, 12 ; l Rois, 7, I4, 2 Rois, 24, 14 ; Jérémie, 29, 2; Prov. 25, i ; et prjssim.

2 Nous ne pouvons ici donner place à l'explication des douze espèces éoumérées dans l'Exode (ch. 28, v. i7-20, et cli. 39, v. lO- 13 ), d'autant moins que les opinions varient sur l'interprétation ;'es mots hébreux. Le meilleur guide esi Josèphe, qui devait connaître les douze pierres pour les avoir vues, et qui est presque toujours d'accord avec la version des Septante que saint Épipbane a expliquée dans un écrit particulier (itepl twv ip' Xî9ti)v); mais l'interprétation des mots grecs eux-mêmes présente quelquefois des difficultés. Nous nous contentons d'observer que dans l'original hébreu on trouve les deux mois sa ppir (saphir) et ijaschphé (jaspe) , sur lesquels il ne peut y avoir aucun doute. Au reste, nous renvoyons à l'ouvrage de Braui), De Feslitu sacerdotiim, I. Il, c. 8, et à Rosenmûller, Biblische Naturgesckichte , t. I , p. "-'3 cl suivantes.

L'IJxMVERS.

le nom de schamîb) , comme un objet extrêmement dur '. Ou a déjà vu dans Ja description des ornements du grand prêtre que les Hébreux connaissaient l'art de monter les pierres précieuses et de les graver ; il y avait pour ces travaux des artistes particuliers, appelés o«i77'e/-5 en pierreries (Exode, 28, II). ?*ous trouvons les pierreries employées comme ornement dans les couronnes royales (2 Sam. 12, 30); il est probable qu'on s'en servait aussi pour les bagues et les cachets ^. On employait aussi les coraux (bamoth) et les perles (pexinîm) , et dans un passage de Job (28 , 18) , où on mentionne les uns et les autres, on paraît faire allusion à la pêche des perles par le mot méschech (extraction). — :\ous rappellerons encore ici les travaux en ivoire qui ornaient les appartements et les meubles 2; les travaux en corne , tels que certains instruments de musique (Jos. 6, 5), et les cornes dans lesquelles on mettait l'huile (1 Sam. 16, 1) et le stibiinn .(p. 370).

La composition des huiles odoriférantes , des onguents et des parfums , tant pour l'usage profane (p. 372) que pour les fumigations du sanctuaire (page 163), et la composition de l'huile sainte (p. 174), exigeaient un art particulier. En effet", nous trouvons , chez les Hébreux , une classe d'artistes qui portaient le nom de BOKÉACH (parfumeurs), et qui 6'occupaient spécialement de la préparation des huiles et des onguents •» ; quelquefois on employait les femmes esclaves comme parfumeuses (1 Sara. 8, 13). Parmi les prêtres il y avait aussi une division de parfumeurs pour le service du sanctuaire (1 Chr. 9, 30). — L'huile sainte se composait d'huile d'olive et de quatre espèces d'aromates, appelées :

MOB-DEBÔB (myrrhe franche, qui coule spontanément et sans incision } ,

' Voy. Jérémie ,17, l ; Ézéch. , 3, 9; Zacharie, 7, 12.

* Voy. Harlmann, I. c, t. I, p. 290.

^ Voy. ci-dessus, pages ."564 et 305.

* Voy. Exode , .3o, 25 et ih ; Ecclésiaste , (0,1; 1 chron. , a, 30; 2 Cbron. , iG, i4.

INKAAMÔIN (cinnamomeou cannelle) ; KANÉ B0SE5I (roseau aromatique, calauMs), et kidda , la même chose que KÉC1A {cassia , casse aromatique). Le parfum servant aux fumigations du sanctuaire se composait également de quatre substances aromatiques , qu'on appelle : nataph (gomme de: storax, ou stade), scHEHÉLETH (l'opcrcule d'un coquil iage odoriférant, appelé onyx mariîius ), HELBENA (galbanuiiî) et LEBOXA ZACCA ( euceus pur); on y ajoutait du sel '. Il était défendu par la loi mosaïque d'employer ces deux compositions pour l'usage commun , mais on faisait un fréquent usage de plusieurs des substances que nous venons d'énumérer, et de quelques autres , telles que l'aloès, le nard, le safran, le baume, leladanum^. Le plus grande partie de ces substancea aromatiques venaient de l'étrangers notamment de l'Inde et de l'Arabie; les Hébreux les tiraient principale, ment de Saba , sans doute par le commerce phénicien ^■

Pour ce qui concerne l'histoire desarts et des métiers en général, on peut observer qu'ils prirent de grands développements sous les derniers rois de Juda. Plusieurs ouvrages, qui d'abord s'exécutaient par les mêmes ouvriers (2 Chron. 2, 13), constituèrent plus tard des professions distinctes; de même, nous voyons surgir des métiers particuliers ayant pour objet les ouvrages qui d'abord se faisaient dans l'intérieur des familles , surtout par les femmes. JN'ous citerons comme exemples les serruriers, dont il n'est fait mention que vers l'époque de l'exil (2 Rois, 24, 14) et qui précédemment étaient sans doute compris dans la classe des forgerons. On a vu ( pages 363 et 373 ) qu'à Jérusalem du moins il y avait des personnes exerçant la profession de boulangers ; le

I Voy. Exode, ch. 30, v. 23, 24, 34, et 35.

^ Voy. Ps. , 45 , 9 ; Prov. ,7,17; Cant. , 4 , 14 , et ci-dessus , pages 2i et 22.

^ Aoy. Isaîe , 60 , G ; Jérémie , 6 , 20 ; Ézc-

cliiel , 27 , 22

PALESTIJNE.

prophète Ezéchiel (5,1) mentionne les barbiers. Après l'exil , les professions furent encore bien plus nombreuses parmi les Juifs ; les métiers étaient en grand honneur, et les savants eux-mêmes considéraient comme un devoir d'apprendre un métier qui pût les faire vivre. Les anciens docteurs juifs déclarent que toute érudition qui n'est pas accompagnée d'un métier finit par se perdre et conduit au péché; si quelqu'un, disent-ils, ne fait pas apprendre un métier à son fils, c'est comme s'il lui apprenait le brigandage'.

G. Commerce. — Mesures et poids.

— P'oyages. — Navigation.

La constitution mosaïque n'était nullement favorable au commerce, dont les développements non-seulement pouvaient déranger l'équilibre social et l'égalité que Moïse voulait maintenir parmi les citoyens , mais aussi conduire à de trop fréquentes relations avec les nations étrangères et établir des liaisons dont le législateur voulait préserver son peuple.

Aussi le commerce actif eût été à jamais impossible parmi les Hébreux , si la lettre de la loi avait toujours été observée fidèlement; en effet, il ne put jamais s'établir d'une manière durable et prendre cette importance que la situation géographique de la Palestine aurait dû lui donner. Voici comment s'exprime à ce sujet l'historien Josèphe 2 : « Pour nous , nous « habitons une contrée qui n'est pas « maritime; nous ne cultivons pas « les affaires commerciales, ni les re- « lations qu'elles servent à établir « avec les étrangers. Mais nos villes « sont situées loin de la mer, et ayant « en partage une bonne terre, nous « la cultivons avec soin. Plus que tous '< les autres , nous aimons à nous « occuper de l'éducation des enfants ,

' Voy. Mischna , quatrième partie , traité Aboth (sentences des Pères), ch. 2, § 2; Thalmud de Babylone, traité Kiddouschin , loi. 29.

* Contre Apion, I. I, c. 12, édition de Havercamp, t. II, p. 4i3.

" de l'observation des lois, et nous « faisons de la piété qu'elles inspi- « rent la tache la plus nécessaire de « toute notre vie. De plus, notre ma- « nière de vivre étant toute particu- « liére , rien dans les temps anciens ne « pouvait nous faire contracter avec « les Grecs des rapports tels qu'en « avaient les Egyptiens , par l'échange « avec eux d'objets exportés ou im- « portés. Ceux qui habitent le littoral « de la Phénicie s'appliquent , par « cupidité, au trafic et aux affaires « commerciales , etc. » 11 ne faut pas cependant prendre ces paroles de Josèphe dans un sens trop absolu ; car, placés entre deux peuples commerçants , les Phéniciens et les Arabes , et se trouvant en possession d'une des grandes routes des caravanes , les Hébreux ne restèrent pas toujours oisifs spectateurs des grandes opérations commerciales dont ces deux peuples leur offraient sans cesse le spectacle séduisant. Depuis David, les Hébreux entretenaient des relations suivies et toujours amicales avec les Phéniciens (l Rois, 5, 15), et Salomon , ami du luxe et des richesses , ouvrit aux entreprises navales de ses habiles voisins le portd'Asiongaber, et faisant construire des vaisseaux, il s'associa lui-même à leur vaste commerce d'Ophir et de l'Inde (page 295). En retour de l'or et des autres objets de prix et de curiosité .qu'il faisait chercher à Ophir, il donna probablement de l'huile et du blé, ou peut-être des articles qui , en échange de ces denrées , lui furent procurés par les Phéniciens. jNous savons positivement que Salomon fournissait chaque année au roi de Tyr une grande quantité de froment et d'huile fine d'olives , ( I Pi ois , 5 , 25 ) , et que bien plus tard on exportait pour Tyr ces articles , ainsi que le miel , lebaume et le pannag , qui est probablement une espèce de pâtisserie ( Ézéch. 27 , 17 ). On a vu aussi (p. 295) que Salomon faisait exercer comme monopole, par des viarcJiands royaux ( 1 Rois ,10, 28), le çomnîerce des chevaux qu'il tirait d'Egypte. Si nous ajoutons

L'UNIVERS

qu'il est question d'impôts payés à Saloraon par les marchands en gros et en détail ( 1 Rois, 10, 15), on restera convaincu que le commerce avait pris de grands développements sous ce roi , et que la magnifique Jérusalem, par son luxe et par raffluence qu'attirait son temple central , était devenue un lieu de rendez-vous pour de nombreux négociants étrangers'.

Après la mort de Salomon, le commerce maritime d'Ophir fut négligé par les rois de Juda; Josaphat essaya vainement de le relever (p. 314) et son fils Joram perdit les ports du golfe Élanitique , lorsque les Iduméens se rendirent indépendants. Mais les relations commerciales avec les Phéniciens continuèrent dans les deux royaumes de Juda et d'Israël , comme le prouve surtout le passage d'Ézéchiel (27, 17) que nous venons de citer, et on exportait aussi de l'huile d'olive pour l'Egypte (Hos. 12, 2), qui n'était pas riche en oliviers, tin verset d'Isaïe(2, 16) nous fait présumer que, du temps de ce prophète, les Hébreux prenaient part à la navigation des Phéniciens dans la Méditerranée , ou bien qu'ils avaient encore des vaisseaux de Tharsis , c'est-àdire des vaisseaux de long cours , dans le port d'Élath, que le roi Ouzia avait reconquis sur les Iduméens (p. 325).

Au même chapitre ( v. 7) , Isaïe parle de l'immense quantité d'or et d'argent et des trésors sans bornes qui remplissaient alors le pays de Juda; d'aussi grandes richesses ne pouvaient provenir que d'un commerce florissant. De même qu'Isaïe, les autres firophètes voyaient avec déplaisir le uxe et les richesses acquises par le commerce, qu'ils accablaient de leur mépris et qu'ils considéraient comme un métier de fourbes et comme dangereux pour le peuple , qui était souvent sacrifié à l'intérêt des spéculateurs. Parlant des péchés d'Israël ,

I Comparez Hartmann , dans ses Recherches historiques et critiques sur le Pentateuqiie, p. 751 et suiv. (^Vov. ci-dessus, page lyj.note.)

Hoséa s'écrie (12, 8) : « Phénicien (marchand), tenant en sa main des balances trompeuses , aimant à faire violence, Éphraïm dit : Je suis devenu riche, j'ai acquis de la fortune, etc. » « Écoutez cela, dit Amos (8, 4-6), vous qui absorbez le pauvre, qui ruinez les gens humbles du pays , et qui dites : Quand sera passée la néoménie, pour que nous vendions du blé ; le sabbat, pour que nous ouvrions ( la vente ) du grain , en faisant Vépha plus petit, augmentant le sicle et falsifiant la balance pour tromper ; afin que nous achetions les pauvres pour de l'argent, et le nécessiteux pour une paire de chaussure, et que nous débitions la criblure du grain. »

Ces reproches nous tont voir la classe pauvre manquant de pain par les fréquentes exportations de blés ; l'existence des accapareurs maudits par le peuple nous est révélée aussi par les Proverbes (11 , 26). Les fréquentes relations avec les marchands phéniciens se révèlent aussi dans la belle description de h femme forte, qui fait du linge et le vend , et fournit des ceintures au Cananéen , ou Phénicien (Prov. 31 , 24). Même encore vers l'époque de l'exil , Jérusalem, située sur la route qui conduisait de l'Arabie aux ports de mer phéniciens , et consommant par son luxe beaucoup de marchandises étrangères , dut voir affluer sur ses marchés, nonseulement les Tyriens que nous y rencontrerons mêiiie à une époque oià la capitale de la Judée, renaissant de ses cendres , n'était habitée que par quelques pauvres colons (Néhémia, 13 , 16 ) , mais aussi de nombreux négociants de l'Arabie et d'autres pays étrangers , et elle dut trouver, dans ce grand concours , des avantages que l'opulente Tyr elle-même^ voyait avec jalousie; car le prophète Ézéchiel (ch.

26 ) , en prédisant la chute de cette marchande des peuples ( ib., 27 , 3 ) , lui reproche la satisfaction qu'elle avait manifestée de la destruction de Jérusalem , et lui met dans la bouche cette exclamation : À h ! elle est brisée , la porte des peuples ; on se tourne

vers moi; je serai remplie, car elle déserte.

Il résulte, ce nous semble, de tous les passages cités précédemment, que les Hébreux prenaient une part assez active au commerce des peuples voisins; mais nous ne saurions recueillir dans la Bible aucune donnée certaine sur le bilan du commerce des Hébreux.

Nous dirons seulement que les prophètes , rigides censeurs de tous les abus et ennemis du commerce , loin de jamais se plaindre d'un délabrement de la fortune nationale , parlent au contraire bien souvent des grands trésors et du luxe sans bornes ; on doit donc supposer que les produits de la terre, seule ressource réelle des Hébreux , suffisaient bien au delà aux besoins de la population, ou bien que les trésors conquis par les armes victorieuses de plusieurs rois et les contributions des peuples vaincusservirei'it à augmenter considérablement les ressources nationales , à rétablir l'équilibre entre l'actif et le passif et à faire face aux exigences du luxe. Dans cet état des choses , ce qui devnit blesser les prophètes et tous les vrais partisans de la constitution mosaïque, c'était l'inégalité des fortunes particulières et le débordement de tous les vices que le luxe et les spéculations de la cupidité commerciale amènent à leur suite.

Le commerce de l'intérieur, notamment le petit commerce de détail dans les différentes localités , est une chose indispensable dans toute société civilisée ; les lois des Hébreux l'approuvaient implicitement, en prescrivant la plus stricte probité dans les poids et les mesures'. Le petit commerçant qui va de ville en ville et qui détaille ses marchandises sur les marchés , paraît être désigné plus particulièrement par le mot rochel ^ , tandis que le mot socHEtt désigne le

• Lévit., ch. 19 , V. 35 et 36 ; Deiit., ch. 25 ,

» Voy. 1 Rois, 10, 15; Gant, 3, 6;Néhéinia , 3, 32. Comparez Mischna, V^ partie, trailé Maascrôth ( des (limes), cil. 2, § 3, et le commentaire de Maîmonicle.

négociant qui fait le commerce en gros et expédie des marchandises d'un pays à l'autre , par terre ou par mer ■. Le commerce en détail dut être particulièrement favorisé par le pèleri' nage ordonné pendant les trois grandes fêtes, et qui réunissait un immense concours de monde près du sanctuaire central. Dans les livres sacrés il est fait assez souvent allusion au petit commerce , par exemple dans ce proverbe : Mauvais! mauvais! dit l'acheteur ; mais quand il l'emporte, il s'en' loue (Prov., 20, 14); de même dans le blâme qu'on verse souvent sur ceux qui cherchent à s'enrichir par des gains illicites, qui prêtent à intérêt, ou qui falsifient les poids et les mesures '. Le commerce était cependant entre les mains d'une classe relativement peu nombreuse, et même après l'exil , lorsque les spéculations commerciales prirent plus d'importance et furent favorisées par la dispersion et les fréquents voyages des Juifs, la grande majorité s'appliquait à l'agriculture, comme on le voit clairement par le passage de Josèphe cité plus haut. L'esprit commercial des Juifs modernes n'est point un héritage de leurs pères, mais une suite de l'oppression qu'ils éprouvèrent et de leur exclusion de toute autre industrie.

A la question du commerce se rattache naturellementcelle des mesures, des poids et de l'argent qui avaient cours chez les anciens Hébreux. La Bible nous fournit bien quelques données pour fixer la valeur relative des différents poids et mesures ; mais leur évaluation absolue est sujette à de grandes difficultés. Josèphe est le seul auteur ancien qui puisse nous servir de guide; car il indique souvent le rapport des mesures des Hébreux à celles des Grecs , qui nous sont mieux connues. Le Nouveau Testament et le Thalmud nous fournissent également quelques renseignements utiles.

■ Voy. Genèse , 37, 28 ; Isaïe , 23 , 2 ; Prov., 31, 14.

^ Voy. Isaïe, 33, 15; 56, H ; Mictia, 6, II ; Ézéch. , 18, 13 ; 22, 12 ; Ps., 15, 5 ; Prov.»

li, 1 ; 20, 10; 28, 8.

LUINIVKRS.

11 pourrait sembler, à la vérité, que tous ces ouvrages sont trop modernes pour que leurs données puissent s'appliquer sans 'réserve aux temps anciens ; mais si l'on réfléchit que les mesures et les poids, chez les Hébreux, étaient considérés en quelque sorte comme une chose sacrée, à cause de leur application aux dimensions du sanctuaire et de ses ustensiles , ainsi qu'aux offrandes, aux libations (page 163) et aux impôts sacrés (page 178), on ne trouvera pas invraisemblable que les Juifs après l'exil aient cherché à connaître exactement les mesures anciennes pour se conformer strictement aux prescriptions de la loi mosaïque. Le caractère sacré qu'on attribuait aux poids et aux mesures résulte aussi de ce verset des Proverbes (16,11): Le peson et les balances justes appartiennent à Jéhova : toutes les pierres du sachet {les poids ) sont son œuvre. Pour l'évaluation des poids en particulier, nous avons une base à peu près sûre dans quelques monnaies macabéennes qui nous restent encore, et dont on connaît assez exactement la valeur intrinsèque, comme on le verra plus loin.

Nous ne pouvons nous livrei ici à une discussion détaillée sur cette matière, et nous nous contenterons de résumer les données puisées dans la Bible, dans les œuvres de Josèphe et dans les renseignements combinés de quelques autres documents artiques '. iSous parlerons successivement des mesures de longueur, de distance

' Parmi les auteurs modernes qui ont traite ce sujet nous signalerons : Bernard Larai, dans l'ouvrage cité ci-dessus, page 288, col. 2, noie I ; — Eisenschmid, De Ponderib. et Mensiiris Romaitor., Grœcor. et Hehrœor., édit. sec, Argenlor. 1737, in-«, inséré aussi dans le Thésaurus d'Ugolini , t. 28 ; — Ernst Bert- Iheau , Zur Geschichte der Israœliten , zwei Abhandluiif/en (Deux dissertations, pour servir à l'histoire des Israélites) , Goltingue , 1842, in-8. — La dissertation de M. Bertheau est entièrement basée sur \e savant ouvrage que le célèbre Bœkh a publié récemment sous le titre de Mctrologische Untersuchtiii- (jen , etc.' (Recherches métrologiques sur les poids , les titres des monnaies et les mesures de l'antiquité, dans leurs rapport? mutuels), Berlin, IS^S, in-b".

et de capacité, des poids et des monnaies.

J. Les mesures de longueur, appelées MiDDÔTH , sont généralement empruntées à la main et au bras; on mentionne les suivantes : 1° eçba.

(.1er., 52. 51 ), le doigt, c'est-à-dire la largeur du doigt ou du pouce ; 2" té-

PHACH ( 1 Rois, 7, 26), ou TOPHACH

(Exode, 25, 25), le palme, c'est-àdire la largeur de quatre doigts ou de la /^a«me; 3" zéreth (ib., 28, 16), la distance de l'extrémité du pouce à celle du petitdoigt, ou Vempan; 4° am- MAH, toute la longueur de l'avantbras , ou la coudée. La valeur relative de ces mesures n'est indiquée nulle part dans la Bible ; pour la fixer, il faut consulter Josèphe et la tradition rabbinique. Dans l'Exode (25, 10) on donne à l'arche sainte deux coudées et demie de long, une et demie de large et une et demie de hauteur ; Josèphe, dans ses Antiquités ( III, 6 , 5), traduit les deux coudées et demie par cinq empans, et pour une coudée et demie il met tî'ois empans, d'oii il résulte que l'empan était la moitié de ia coudée. Les rabbins sont d'accord avec Josèphe : selon eux aussi, le Zéreth est une demi-coudée ; la coudée moyenne, disent-ils, él^il Aq six palmes • , et chaque palme de quatre doigts. Nous avons tout lieu de croire ces données exactes , puisque nous retrouvons les mêmes proportions dans d'autres, systèmes anciens; ainsi, par exemple, les Grecs avaient des coudées d'un pied et demi, ce qui fait six aimes (TraXawTa't), OU vingt-quatre doigts; Hérodote (II, 149) parle aussi d'une coudée de six palmes, en usage chez les Égyptiens. Nous aurions donc pour .la valeur relative des mesures hébraïques le tableau suivant :

Ammah 1.

Zéreth 2. 1.

Téphach 6. 3. 1.

Eçba 24. 12, 4. 1.

' Voy. le Dictionnaire de David Kimclù, aux mots Zéreth et Téphach; Maimonide, Commentaire sur la Mischna , cinquième partie , traité Middolh , oh. 3, § I ; sixième partie , traité Kelim , cl». 17, § '•>.

Il suffirait de savoir la valeur absolue d'une de ces mesures pour connaître les autres; mais comme nous ne trouvons, à cet égard, aucune donnée positive, ni dans les écrits de Josèphe, ni dans ceux des rabbins, nous devons nous contenter d'une estimation approximative, en nous aidant des mesures égyptiennes, que les décou vertes modernes ont permis de déterminer avec assez de précision. Il est trèsprobable que Te système des Hébreux fut emprunté aux Égyptiens. — Les rabbinsdéterminent les mesuresdelongueur d'après la largeur degrains d'orge placés les uns à côté des autres, comme le font aussi les Arabes et d'autres peuples de l'Orient; on comprend ce

3u'il y a de vague dans cette manière e mesurer, vu l'inégalité des grains d'orge. Maïmonide, qui s'est livré h ce sujet à des calculs minutieux, *a trouvé que Veçbade la Bible était égal à la largeur de sept grains d'orge moyens % ce qui donne pour l'amwmA 168. Or on a trouvé, par des calculs assez exacts, que la coudée arabe, qu'on estime h 144 grains d'orge (c'est-àdire à 24 doigts de six grains chacun), réduite en lignes et décimales de ligne, en faisait 213,058 *, ce qui donnerait pour Vamniah hébraïquede 168 grains d'orge 248,567, ou environ 560 millimètres. Nous ne prétendons pas donner ce résultat pour strictement exact , mais on verra qu'il ne s'écarte pas trop de la valeur très-probable des mesures égyptiennes; il peut du moins servir à constater les rapports qui existaient entre les mesures des Hébreux et celles des Égyptiens. Mais il se présente une autre question : les savants ont attribué aux anciens Hébreux plusieurs espèces de coudées^, ettout en rejetant des conjectures qui n'ont aucune base solide, nous devrons

' Voy. Maïmonide , Mischné Thorah , ou Abrégé du Thalmud, liv. II , troisième section ( Sépher Thorah ) , cli. 9 , § 9.

2 Voy. les Recherches métrologiqucs de Bœkh , page 247 ; BerUieau , I. c. , page GO.

^ Voy. Leusden , Philologus hebrœornixtus, p 211 , ou on parle de quatre espèces de coudées, savoir, la coudée vulgaire, la sacrée, la royale et la géométrique.

toujours admettre chez les Hébreux deux espèces de coudées, l'une ancienne ou mosaïque , usitée pour les choses sacrées, l'autre moderne, pour l'usage vulgaire. Dans le 2^ livre des Chroniques (3, 3), on parle d'une coudée première ^ ou aiiciome, dont on se servait pour les mesures du temple de Salomon, ce qui fait supposer l'existence d'une coudée moder'ne ou vulgaire. Le prophète Ézéchiel (40,5,; 43, 13 ) , dans une vision où il voit les dimensions du temple futur, parle évidemment d'une coudée ayant un palme de plus que la coudée vulgaire, d'où il résulte qu'il y avait entre les deux coudées la différence d'un palme, ce que le Thalmud entend dans ce sens que la petite n'avait que cinq palmes de la grande ' ; mais il serait peutêtre plus convenable de leur donner le même rapport qu'avaient les deux diverses coudées égyptiennes , qui étaient environ comme 7 à 6. Il est probable, du reste, que l'une et l'autre étaient divisées respectivement en six palmes ; le Thalmud parle positivement de palmes plus ou moins longs ^. L'ancienne coudée mosaïque était sans doute la coudée royale égyptienne, et les diverses échelles qui uousrestentde celle-ci, combinées avec les mesures de pi usieurs monuments égyptiens, donnent pour terme moyen, à peu près 525 millimètres ^. Ce résultat nous paraît d'autant moins douteux, qu'il ne diffère que de 35 millimètres de celui que nous avons trou vé par le calcul si vague de la largeur des grains d'orge. Ceci admis , nous trouverons pour la coudée vulgaire 450 millimètres, ou bien 433,5, selon qu'on admettra le rapport égyptien, qui est de 7 : 6, ouïe rapportthalmudique, qui est de 6 : 5. Chacune des deux coudées était divisée proportionnellement en

' Voy. Maïmonide, Comment. surlaMischna , traité Middoth ,3,1; -Mischna , traité Kétim, 17, 10; les commentaires de Rascbi et de Kimchi à Ézéch. 40, 5.

^ Thalmud de Babylone, traité Siicca , fol. la. Comparez Buxtorf, Le-Tico/i thalmudicum , col. 900 et 2370.

3 Bœkh a trouvé 524 ,687 millimètres ou à peu près 232,55 ligues. Vov. Berlheau, 1. c. page 83.

L'UNIVERS

deux empans, six palmes et vingt-quatre doigts. — Nous ne croyons guère possible d'aller plusloin dans l'évaluation des mesures de longueur des Hébreux sans se perdre dans de vagues conjectures. — Quant à la mesure appelée gomed, qui n'est mentionnée qu'uue seule fois , dans le livre des Ju • ges (3, 16), pour fixer la longueur de l'arme avec laquelle Éhoud tua le roi de iMoab, elle est entièrement inconnue; mais comme il est dit qu'Éhoud cacha l'arme sous ses vêtements , et qu'elle entra avec la poignée dans le corps d'Églon, on ne pourra guère admettre , avec quelques savants, que le gomed était une coudée plus longue ', et on préférera, avec la version grecque , y voir un empan , de 'sorte quel'arme, quiavait'f/eMo; tranchants.

serait une espèce de poignard. — Le K.VNÉ (roseau, verge) était un long bâton de six coudées servant à mesurer les bâtiments (Ézéch., 40, 5; 41, 8), ce qu'on faisait aussi avec une corde (ib., 40 , 3 ; Amos , 7, 17 ).

Aux mesures de longueur se jrattachent celles des distances , ou les mesures itinéraires; mais les anciens Hébreux mesuraient les chemins d'une manière tres-vague. Nous trouvons dans r AncienTestament deux mesures itinéraires , dont l'une est appelée ki- BRATH ABEÇ ( cipacedc pays ) ^, l'autre DÉBECH YÔM (chemin d'un jour, journée ) ^. Il paraîtrait que la première étaitune mesure déterminée; du moins les Septante durent la considérer ainsi, car ils conservent , dans leur traduction, le mot hébreu, qu'ils prononcent c/iaôrn^/m. La version syriaque le rend toujours par parasange , ce qui ferait environ une lieue de France. Le dérech yôm, c'est-à-dire le chemin qu'on peut parcourir à pied en une

» Telle est l'opinion de Jahn, Archœolor/ù- , 1 , 2 , p. 37 , et de Gesénius , dans son Dictionnaire.

* Cette expression.se trouve dans trois passages : Genèse, 35, 16; 48, 7; 2 Rois. 5,

3 Voy. Nombres, n, 3i; on trouve de même : chemin de trois jours ,de sept jours, etc : Genèse, 30, :{fi; 31 , 23; Deut. , 1 , 2, et passim.

journée, esl une mesure également vague ; mais on la trouve chez plusieurs peuples de l'antiquité ■ , et elle est souvent employée par les géographes arabes du moyen âge. En comparant les différentes données des auteursanciens et des Arabes, on trouve pour la journée moyenne environ sept lieues '. — Plus tnrd, à l'époque gréco-romaine , les Juifs comptaient par stades et par inities ; ces mesures se trouvent dans le Nouveau Testament et dans le Thalmud , ainsi que le chemin sabbatique ( Actes, 1, 12), qui était de deux mille coudées. — Pour l'arpentage, la mesure ordinaire était le cémed ( page 360 ) , dont on ne saurait indiquer la valeur précise.

B. Les mesures de capacité^ appelées Mesourôth, étaient de deux espèces.

I. Pour les liquides on mentionne trois mesures différentes : 1° le ba.th contenait, selon Josèphe 3, 72 xestes ( sextarii ), qui font un métrète attique, ou 38 litres et 843 millilitres; 2° le Hix, queTosèphe comparée deux choiis ou congés attiques 4; or, comme le congé est un douzième du métrète, le hin sera un sixième du bath, ou H litr. 474 mill. ; 3° le log, qui n'est déterminé nulle part par Josèphe, forme, selon les rabbins, la valeur de six oeufs, ou un douzième du hin % ce qui fait juste un xeste, ou environ 539 millilitres.

II. Pour les choses sèches nous trouvons les mesures suivantes : 1° le chômer (Lév., 27, 16 ), selon le prophète Ézéchiel ( 45, 11 et 14 ) égal à 10 bath. La même mesure est aussi appelée cob ( Ézéch., ib. ) 6, et sa moitié léxhech

> Hérodote la fixe tantôt à deux cents stades ( IV , lOl ) , tantôt à cent cinquante (V , 53 ).

2 Voy. Edrisii Jfrica; curavit Joannes Melchior Hartmann; edit. att.,Gotting., 17%, prtcfat. , p. cxvni.

■^ Voy. Antiqu. , VIII ,2,9.

4 Voy. ib. III, 8, 3.

* Voy. le dictionnaire de Kirachi au mot ///'«; Mat monide. Comment, sur la Mischna, cinfjuième partie, préface au traité Menachoih.

« Josèphe ( Antiqu. , XV, 9 , 2) fait une grave erreur en fixant le cor à dix médimnes atliqueji ; au lieu de médimnes il faut Vire métr^tr.1. Btt'kh cite à ce sujet un pas-

( Hos. 3, 2) ; c'est ainsi du moins que ce dernier mot est interprété par les rabbins et par saint .Jérôme. 2° L'É- PHA, un dixième du chaîner, et par conséquent, égal au batli (Ézécb. , 45, 1 1 ). 3° La sÉAH, selon les rabbins, un tiers à'épha ; de même selon Josèphe, qui dit que le saton (séa/i) est égal à im tnodius et demi d'Italie ' , ce qui fait 24 xestes ou un tiers du bath et de Vépha. 4° Le omer ( gomoi' ) est la dixième partie de Yéplia (Exode, 16, 36 ) ; c'est pourquoi on l'appelle aussi issARÔN (dixième). 5° Le kab, selon les rabbins, un sixième de la séah , ou un dix-buitièmede Vépha, c'est-à-dire quatre xe^toattiques ^. — Pour montrer d'un coup d'œil la valeur relative de toutes les mesures de capacité, tant pour les liquides que pour les choses sèches, nous les représentons dans le tableau suivant, en prenant la plus petite, qui est \elog, pour unité de mesure commune:

Chômer 1 .

Bath 1

Epha P^- '•

Séah 30. 3. I.

nin 60. 6. 2. 1.

Omer loa. 10. 3^. 1;. 1.

Kab 180. 18. 6. 3. 1^,. 1.

Page 1