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DE LA VIE INTELLECTCELLE DES HEBREUX

Chez les Hébreux, comme chez les autres peuples de l'ancien Orient, la vie intellectuelle était tout entière dans la religion. L'instruction se bornait généralement à quelques préceptes religieux et moraux nécessaires dans la vie sociale, et à quelques traditions nationales, qui devaient entretenir le sentiment patriotique et rappeler la protection toute particulière que Jéhova avait accordée au peuple hébreu (p. 206 et 377). La science plus élevée, privi-

' Voy. ci-dessus, pages 246, 26G, 267, 275, 312, 344. 386, 387; Juges, 20, 20; Ps. 35, 13 , et passim.

^ Voy. surtout i Rois, ch s, v. 30 et suiv.; Isaïe, ch. l, v. ià

L'UNIVERS

lége de queiqiipsélus, était elle-même le produit de l'imagination et de l'inspiration plutôt que de la méditation et du raisonnement; aussi trouvons-nous chez les Hébreux à peine les premiers éléments des sciences exactes qui demandent une méthode sévère, et nous ne rencontrons que quelques connaissances empiriques, quelques notions vagues dues à la tradition et à un certain instinct, et dans lesquelles il ne faut pas chercher les règles d'une école. Tout était dominé par la poésie et par le sentiment religieux. La crainte de Jéhova est le principe de toute science ; telles sont les paroles que le sage hébreu met en tête de ses maximes de sagesse et de morale (Prov. 1, 7). Par leur croyance religieuse, basée sur le monothéisme le plus pur, les sages des Hébreux s'élèvent au-dessus de tous les philosophes de l'antiquité; mais ils ont été conduits à la connaissance de Dieu par une révélation spontanée, par les inspirations de la foi.

La divinité n'est pas chez eux le résultat d'une série de syllogismes, ii n'existe dans leurs livres aucune trace de ces spéculations métaphysiques que nous trouvons chez les Indous et chez les Grecs; il n'y a chez eux ni théologie savante, ni philosophie dans le sens que nous attachons à ce mot, et pour faire connaître Dieu ils s'adressent au cœur de l'homme, à son sentiment moral, à son imagination.

L'Hébreu croyait au Dieu créateur qui s'était révélé à ses pères, et dont l'existence est au-dessus du raisonnement des hommes, La morale des Hébreux est celle de la conviction , du sentiment intime d'un Dieu juste et bon; les maximes de leurs sages et de leurs prophètes ont jailli "d'une source divine, elles se sont manifestées tout à coup par un sublime élan et ne sont pas les résultats d'une froide réflexion et d'un orgueilleux stoïcisme. — Les Hébreux ne pouvaient pas non plus briller dans l'art plastique, qui est l'imitation et la déification de la nature, et qai appartient essentiellement au paganisme; pour l'Hébreu la nature s'effaçait entièrement

devant le Dieu créateur, et il ne contemplait la nature que pour y voir un reflet ae la divinité. Mais dans la poésie lyrique , et probablement aussi dans la musique , arts -qui reproduisent les sentiments et qui ne s'arrêtent pas au culte de la beauté matérielle, les Hébreux ont surpassé tous les peuples de l'antiquité.

On jugera maintenant quel devait être le caractère général de la vie intellectuelle des Hébreux. Nous allons rechercher les traces qu'elle a laissées dans les écrits bibliques, et, après avoir donné quelques détails sur les différentes classes de savants chez les Hébreux, nous parlerons successivement des sciences, des lettres et des beaux arts.

A. Les savants.

On peut distinguer chez les anciens Hébreux trois classes de savants :

celle des prêtres et lévites, celle des prophètes et celle des sages.

Les prêtres et les lévites étaient les savants de profession , mais leurs connaissances obligatoires se bornaient aux lois de ^îoïse et à quelques notions scientiûques qui étaient en rapport avec ces lois. Ainsi , par exemple, les règlements du Lévitique (ch. 12 à 1 5) , concernant certaines infirmités sexuelles et les signes diagnostiques de la lèpre, obligeaient les prêtres d'avoir au moins quelques connaissances traditionnelles sur certaines parties de la médecine ; ils devaient avoir aussi quelques notions superficielles du cours de la lune et du soleil, pour régler les époques des fêtes '. Mais, renfermés dans leurs attributions spéciales, il ne paraît pas qu'ils aient cultivé avec succès une science quelconque. Au reste, l'étude des lois, ainsi que des sciences qui s'y rattachaient, était pour la tribu de Lévi un devoir, mais non pas un droit exclusif. Le législateur avait voulu qu'il y eût une classe d'hommes obligés, par leur naissance, de se consacrer au service du sanctuaire et à l'étude,

' Voy. Genèse , 1 , 14, et ci-dessus, p. 179 et suivantes.

ettJont le peuple pût toujours réclamer les conseils; mais il n'avait pas eu l'intention de confisquer la science au profit d'une caste, qui, par des mystères, pût en imposer au reste de la nation, et chaque Hébreu avait la faculté d'acquérir les connaissances des prêtres, ou même de les surpasser '.

On a vu en effet qu'il s'établit, à côté des prêtres , une autre association d'hommes instruits, qui, par la mission qu'elle se donna , sut s'élever audessus du sacerdoce, et qui recevait dans son sein tous ceux qui s'y sentaient appelés par une vocation intérieure. Nous voulons parler de r ordre des prophètes , dont il a été question précédemment et dont on a pu apprécier le rôle important et la haute mission ». Nous ajouterons ici quelques observations générales sur le prophétisme et les prophètes , en les considérant surtout sous le rapport moral et intellectuel ^.

Sous les prophètes on se figure ordinairement des hommes capables de révéler les choses cachées et de soulever le voile de l'avenir. Tel paraît être en effet le sens qu'exprime le mot prophète ; mais nous avons fait voir que le mot hébreu nabi, que les versions rendent par prophète , ne désigne autre chose qiïiinorateur inspiré,

• Voy. ci-dessus, pages I69 — I7[.

* Voy. ci-dessus , page 247, p. 326 , col. 2, ctpassim; nous rappellerons nolamnient les détails que nous avons donnés sur Isaïe et Jéréniie.

^ Il a été beaucoup disserté sur le prophétisme.par les Pères de l'Église, les rabbins péripatéliciens du moyen âge , les philosopnes et les théologiens modernes. Mais il n'y a que peu d'ouvrages dont les auteurs aient su se placer sur le véritable terrain de l'histoire ; parmi les meilleurs nous citerons Eichhorn, Einleitung, e/c. (Introduction à l'ancien Testament ). 4^ édition ( I82i), tome IV. — Un ouvrage spécial et très-complet sur le prophétisme des Hébreux a été publié, il y a quelques années, par M. Auguste Knobel, professeur de théologie à l'université de Breslau, sous le titre suivant : Der Prophetismiis der Hebrœer, voUstaixlig dargestellt. Breslau , 1837, 2 vol. in-8. Dans cet excellent ouvrage le prophétisme est considéré du point de vue purement historique et rationnel , et l'auteur a su éviter aussi ce langage nébuleux et prétentieusement philosophique qu'on ne rencontre que trop souvent dans les ouvrages allemands de nos}oiirs.

un interprète des lois divines '. Anciennement il avait existé parmi les Hébreux des hommes appelés voyants {roim ou hozlm)^ et auxquels le peuple attribuait le don de la diolnattun. Nous trouvons un tel voyant dans Samiuel lui-même, que Saiil alla interroger, pour savoir ca qu'étaient devenues les ânesses de son père (p. 249). Plus tard nous ne trouvons guère d'exemples de cette nature que dans le royaume d'Israël , très-rarement dans celui de Juda , où le prophétisme fut considéré sous un point de vue bien plus élevé^ Les prophètes , tels qu'ils nous apparaissent dans leurs propres écrits , sont des hommes doués d'une haute intelligence, pleins de zèle pour Jéhova, le Dieu unique, et pour sa doctrine ; ils puisent leurs inspirations divines dans leur enthousiasme pour la vraie religion, et ils se mettent constamment en rapport avec Jéhova, dont ils s'appellent les seryzïewr.î et les messagers^ . Dieu , la religion , la morale, sont les principaux objets de leurs discours; même lorsqu'ils se présentent comme orateurs politiques, ils rattachent leurs paroles à un ordre d'idées purement religieux. La religion qu'ils prêchent est leculte tout spirituel de la Divinité; les sacrifices et les autres pratiques du culte sont des manifestations extérieures du sentiment religieux, qui n'ont aucune valeur sans la pureté des intentions et la piété intérieure ( Isaïe, 1, 11-17). La gloire de l'homme ne consiste ni dans les richesses , ni dans la force matérielle, ni même dans le savoir, mais uniquement dans la connaissance de Dieu, dans la pratique de la vertu , de la charité et de la justice (Jérém. 9, 22). En un mot, propager la connaissance et le culte du vrai Dieu, spiritualiser la loi de Moïse, en faire ressortir la tendance morale, ' tel était le principal but des prophètes; ils sont constamment les précepteurs du peuple, auquel ils prêchaient

' Voy. ci-dessus, page 247, col. I , note i>.

2 Comparez ci-dessus, page 303, et la vie d'Elie et d'Élisa , p. 309 et suiv., p. 315, 317 et suivanles.

5 Voy, Il Rois , 9,7 ; Jérémie, 25 , 4; 26, 5, et fiissim; Isaïe, 44 , 2fi; Haggai , 1 , 13.

L'UNIVERS

leurs doctrines sur la place publique ou dans le parvis du Temple , et en même temps ils se font les représentants du peuple auprès des rois, aidant de leurs conseils les bons souverains , blâmant les méchants avec une franchise par laquelle souvent ils s'attirent de cruelles persécutions.

L'expérience du passé et une profonde intelligence du présent leur font jeter dans l'avenir un regard pénétrant ; tantôt ils font entendre les menaces de Jéhova, tantôt ils donnent , en son nom, des promesses consolantes. C'est surtout lorsque le peuple hébreu, divisé en deux fractions , est déchiré par des luttes intestines et menacé par des ennemis puissants, c'est lorsque la corruption des mœurs et l'intiJélité envers Jéhova menacent de détruire l'indépendance et la liberté, c'est alors que les Nehiim, les orateurs inspirés, se font prophètes dans le vrai sens du mot (p. 326); mais plus l'avenir dont ils parlent est éloigné, et plus leurs prédictions restent dans les généralités. Les prophètes, en général, se tiennent dans leur temps et dans leur sphère ; lorsqu'ils s::" transportent dans l'avenir, ce sont toujours des pressentiments, des craintes ou des espérances vagues , et non pas des prédictions positives se rapportant à une époque flxe. Jamais un Isaïe , un Micha , un Jérémie , ne se sont abaissés à jouer le rôle de devins. Si çà et la vous trouvez, dans les prophètes, desprédictionsdefaits positifs, des dates, des noms propres , et en (juelque sorte une histoire de l'avenir, sovez sur qu'il y a là interpolation ou supposition. Analysez avec le scalpel de la critique , et vous en trouverez les preuves évidentes. Si, par exemple , dans un livre prophétique portant le nom d'Isaïe, on vous parle du retour de l'exil de Babylone, si on va jusqu'à nommer Cyrus , qui est postérieur a Isaïe d'environ deux siècles , soyez sûr que ce n'est pas Isaïe qui parle. Présentez-vous un orateur, qui, pour consoler ses frères dans les moments de découragement, leur débite des oracles obscurs et leur dit, dans

un moment oii Babylone est encore sans importance, que l'empire chaldéen sera détruit et que leurs arrièrepetits-flls reviendront de l'exil. Belle consolation! Encore faut-il que l'orateur soit intelligible pour ses auditeurs; il fallait au moins leur dire qu'il y aurait un jour un empire de Babylone trè^-puissant, et que les Juifs y seraient conduits, ce dont Isaïe a pu avoir un vague pressentiment (p. 338), mais ce qu'il n'a jamais annoncé, comme un fait positif, dans ses discours publics. Si , au contraire, c'est un orateur de l'exil qui parle à ses coexilés, tout est intelligible, tout est sublime. Examinez le texte hébreu de la partie suspecte des discours d'Isaïe, et le prophète de l'exil, quelque pur quesoitson langage, se révélera par quelque chaldaïsme , ou par quelque allusion aux idées babyloniennes ou parses ■. — Pour citer encore un exemple d'une époque plus récente, si, au nom de Daniel, on prédit, avec une admirable précision, l'histoire dessuccesseurs d'Alexandre , soyez sûr que ce n'est pas Daniel qui parle; cherchez, et vous trouverez plusieurs mots grecs ' , qui vous révéleront un auteur de l'époque macédonienne.

Toutes les fois que les prophètes prédisent positivement ce qui doit arriver dans un avenir prochain, ils puisent leurs prédictions dans les circonstances du présent , dont ils pré-

' Nous prenons cet exemple parce que la discussion nous parait être close sur ce point; après l'argumentation lucide et profonde d'Eicliliorn , Gesénius et autres , aucun critique sérieux , aucun vrai connaisseur du langage et de Tesprit des prophètes , ne voudra plus se compromeUre, en soutenant rautlienticité du livre d'Isaïe dans son ensemble. Les chap. 40 a 66 du livre d'Isaïe, appartenant à un ou a plusieurs proptiètes inconnus, ont été placéà, par les auteurs du canon, sous le patronage du nom d'Isaie, dont ils sont si dignes par Télévalion des idé^s et par la beauté du langage. Voy. Eichhorn, 1. c. p. 82-li'8; Gesénius, Commentaire sur Isaïe, t. Il , p. 1-35; Knobel , 1. c, t. II, p. 197, 332-349.

^ Par exemple : Kith^ros ( y.îOapiç ), sab- EECHA (caiJLoûxri), PSANTHEKiN ' <iia).-:r,piov ), SLMPHONU ( r7'j}A?wv:2 )• Daniel , ch. 3, v. 5,

7 et lô.

volent les conséquences nécessaires.

Sous un seul rapport ils franchissent les limites ordinaires et se transportent dans un avenir éloigné qu'ils désignent par des expressions indéterminées, telles que : à la fin des jours, en ce temps-là, il viendra des jours, etc. ; c'est lorsqu'ils parlent du règne messianique, de l'âge d'or qu'il amènera, et du triomphe de la croyance monothéiste qui sera adoptée par tous les peuples de la terre. Ce tiiomphe ils rannoncent avec une profonde conviction, comme le terme où doit aboutir le développement progressif des idées religieuses du genre humain.

C'est là l'avenir idéal qu'ils ont constamment devant les yeux et que çà et là ils présentent sous l'image 'd'un Messie [roi sacré) de la race royale de David.

Les prophètes improvisaient leurs discours, qui avaient ordinairement une forme poétique et se distinguaient de la prose élevée par l'élan de l'imagination, par des Images sublimes et souvent par un certain rhythme et par le parallélisme propre à la poésie hébraïque et dont nous parlerons plus loin. Ils s'inspiraient quelquefois au son des instruments de musique (2 Rois, 3 , 15), et, pour mieux agir sur leur auditoire, ils joignaient souvent à leurs paroles des images en action , ou des actes symboliques , comme on en a vu des exemples dans ce que nous avons rapporté d'Isaïe (p. 333) et de Jérémie (p. 347 ). Les discours écrits qui nous restent des prophètes ne remontent pas au delà de l'époque d'Ouzia; depuis cette époque les prophètes rédigeaient en partie les discours qu'ils avaient improvisés , afin de les faire parvenir à la postérité. 11 est probable que quelques-uns des discours que nous possédons ne furent jamais prononcés publiquement , mais seulement écrits par le prophète, ou sous sa dictée , et ensuite lus dans les assemblées par le secrétaire du prophète , ou par quelque autre personne qu'il en avait chargée' ; peut-

' Voy. Eiciihorn, I. c. p. 40-4S, et ci-dessus , p. 34» et 3i-'>.

être furent-ils répandus quelquefois par des copies, comme d'autres œuvres littéraires.

On voit que les prophètes formaient la classe la plus 'éclairée de la nation et la plus avancée par rapport aux idées religieuses et morales. Tandis que les prêtres , en général, ne connaissaient que la lettre de la loi, les prophètes en saisissaient le véritableesprit, et savaient l'interpréter dans le sens de leurs idées de progrès et d'avenir.

A côté des études spéciales que demandait leur haute vocation, ils cherchaient sans doute à cultiver leur esprit par d'autres connaissances, et ils embrassaient, à ce qu'il paraît, tout le savoir qui était accessible alors à un Hébreu. Ainsi ils connaissaient , jusqu'à un certain point, les forces secrètes de la nature, et l'usage qu'ils faisaient, de temps à autre, de leurs connaissances physiques, les fit considérer , par les gens du vulgaire, comme des thaumaturges. A travers l'enveloppe mythique qui cache quelquefois, les faits historiques dans les traditions populaires que la Bible nous a conservées sur plusieurs prophètes, on entrevoit souvent des faits qui se basent évidemment sur des procédés naturel-s et sur certaines notions de physique, bien que nous ne puissions pas nous en rendre un compte exact.

Nous rappellerons le prophète Elle, prédisant tantôt la sécheresse, tantôt la pluie (p. 309), Élisa rendant potable l'eau malsaine de Jéricho (p. 315) et adoucissant, au moyen d'une poignée de farine, un mets qu'on croyait empoisonné (p. 318). Dans leurs expériences des choses naturelles, ils puisaient aussi l'art de guérir certaines maladies; on a vu qu'Élisa guérit de la lèpre le général syrien iNaaman (ib.), et qu'Isaïe faisait les fonctions de médecin auprès du roi Ézechias, malade delà peste (p. 337).

La musique et la poésie étaient également cultivées par les prophètes; dans les associations fondées par Samuel, les jeunes prophètes improvisaient au son des instruments (1 Sam. 10,5).

Leurs paroles et leurs chants étaient

LXTNIVERS.

d'un effet bien puissant ; quand David se fut réfugié auprès de la confrérie de Rama , tous les messagers que Saùl y envoya pour se faire livrer son adversaire furent inspirés , et s'associèrent aux prophètes. Saùl y alla lui-même, et il fut lui-même inspiré ( 1 Sam. 19 , 20-24 ). ~ Les prophètes composaient aussi en prose , et ils écrivaient surtout l'histoire nationale; dans les Chroniques , on cite , depuis Samuel jusqu'à Isaïe, un certain nombre de prophètes qui avaiej^it écrit l'histoire contemporaine. Samuel , Gad et Nathan avaient raconté les événements du règne de David (1 Chron, 29, 29) ; dans le livre de îS'athan on trouvait aussi une oartie de l'histoire de Salomon (2 CÎiron. 9, 29). Les actes de Réhabeam furent consignés dans les livres de Sémaïah et d'Jddo (ib. 12, 15), et ce dernier écrivit aussi l'histoire d'Abiam (ib. 13, 22).

Le règne de Josaphat fut écrit par le prophète Jéhu ( ib. 20 , 34 ) et celui d'Ouzia par le prophète Isaïe (ib. 26 , 22). Le rôle politique que nous voyons jouer aux prophètes les rendait plus propres que qui que ce fût à écrire l'histoire contemporaine.

Sur la vie extérieure des prophètes nous n'avons que peu de donnée.N.

Depuis l'époque de Samuel jusqu'à celle d'Élisa, nous trouvons des confréries de prophètes vivant en communauté, et formant un ordre présidé par un prophète supérieur , qui , à ce qu'il paraît , était sacré par la cérémonie de l'onction (1 Rois, 19, lG),etqui réglait les exercices et les étudies des membres de la confrérie, appelés fils ou élèves de prophètes (p. 247 ). Tout Hébreu pouvait être reçu dans les confréries, qui étaient établies dans plusieurs endroits; les membres recevaient , en cas de besoin , les auniônes des gens pieux (2 Rois , 4 , 42 ). Mais , en général , ils ne renonçaient ni aux occupations ordinaires qui les faisaient vivre, ni à leurs liens de famille; les confréries n'étaient en quelque sorte que des écoles , où les jeunes prophètes apprenaient tout ce qui était nécessaire à leur vocation, et

qu'ils quittaient quand ils le jugeaient convenable. Il y en avait même qui étaient mariés (ib. 4, 1); c'est donc fort mal à propos que saint Jérôme les compare aux moines chrétiens'.

Au reste, on pouvait être prophète, sans avoir vécu dans l'une des confréries ; ces dernières n'existaient même pas dans le royaume de Juda, du moins il n'en est jamais fait mention dans la Bible ; et en effet ces établissements étaient devenus inutiles en présence du sanctuaire central de Jérusalem. Dans le pays d'Israël , on ne mentionne plus les confréries après le temps d'Élisa. — Les prophètes n'étaient soumis à aucune règle ; leur manière de vivre dut être simple et austère, comme l'exigeait la gravité de leur ministère, mais nous ne trouvons pas qu'ils se soient livrés à une vie ascétique. Il paraît qu'ils étaient revêtus ordinairement d'un manteau de poil ( p. 366 ) ; quelquefois ils portaient le vêtement de deuil appelé sac ( Isaïe , 20 , 2 ). Ils étaient généralement mariés , comme il résulte d'un grand nombre de passages bibliques, où il est question de femmes et d'enfants de prophètes, et comme on a pu le voir dans plusieurs endroits de notre histoire. Parmi les prophètes célèbres il y en a deux qui très-probablement vécurent dans le célibat ; ce sont Élie et Jérémie. Tout ce qu'on raconte des faits et de la manière de vivre du prophète Élie ne convient guère à un père de famille, et Jérémie nous fait entendre lui-même qu'il ne se maria jamais, à cause des grands malheurs dont son pays était menacé (Jér. 16, 1-4).

Il y eut aussi quelques femmes extraordinaires qui-, par leur enthou-

' Epist. 4 ad Rusticurn monach. , cap. 7 : Filii prophetarum^ quos monachos in V. T. legimus, œdificabaiii sibi casulas propter /liirnlaJordaiiis, el lurlis urblum derelictis , polenlù et herbis af/reslibiis viclitabant. De même Épist- 13 ad Pauiinum', cap. b : Et , ut itd scriplurarum anclnritah-m redeani , nos- Itr ( monar.iiorum ) princcps Helios , nosler Helisa-ua , nostri duces Jilh propheiarum , qui habitabiint in agris et soliliidinibus it faciebani sibi tabernacula propejluenla Jordan is.

siasnie patriotique et religieux joint à UQ grand talent oratoire et poétique, méritèrent le titre de pro/j/iétesses' .

On en a vu des exemples dans Débora (p. 233) et dans Hulda (p. 341), qui jouissaient l'une et l'autre de la plus haute considération.

Après les lévites et les prophètes viennent les sages; on appelait ainsi les hommes doiiés d'un esprit supérieur, qui puisaient dans l'expérience et la méditation une instruction qui les élevait bien au-dessus du vulgaire. Sans prétendre au sacerdoce moral qu'exerçaient les prophètes , sans se faire pul)liquemeat les champions de la théocratie et les propagateurs des idées religieuses et morales, ils cultivaient la poésie et cette sagesse pratique que les Orientaux aiment à présenter sous la forme de paraboles, de proverbes et d'énigmes (Prov. 1 , 2-G). Le type de ces sages est Salomon , qui, dit l'Écriture, surpassait tous les sages de son temps, tels qu'Éthan, Héinan, Calcol, Darda (1 Rois, 4, 31, ou 5, 11). Ce qu'on nous dit de la science de Salomon et des œuvres qu'il composa peut nous donner une idée de ce qu'on comprenait sous le nom de sagesse^. Il existait sans doute chez les anciens Hél>reux , comme chez les Arabes , des assemblées de sages, où Ton discutait en commun des questions de science et de morale, et où les beaux esprits faisaient briller leur talent par des improvisations poétiques et par des discours spirituels. Dans le livre de Job, par exemple, nous voyons une réunion de quelques sages qui essayent de résoudre les problèmes de la providence divine et de la destinée des hommes.

On a vu (p. 339) que le roi Ézéchias chargea une société de sages de recueillir les monuments littéraires de l'antiquité. Dans ces réunions, les jeunes gens avides d'une instruction supérieure pouvaient cultiver leur esprit; car, comme nous l'avons dit plus haut (p. 377) , l'instruction qu'on

' On donnait quelquefois ce titre à la femme du prophète (Isaïe, 8, 3)

'' Voy. ci-dessus, p. 285, col. I , et p. 297, col. I.

donnait aux enfants dans les familles se bornait à peu de chose et les écoles publiques n'existaient pas encore.

B. Les sciences.

Les notions scientiflques que nous rencontrons chez les anciens Hébreux paraissent être empruntées aux nations voisines, notamment aux Égyptiens; ces notions, en général, dépassent à peine les premiers éléments , car les Hébreux avant l'exil, loin dedévelopper et de perfectionner une science quelconque, négligèrent même, à ce qu'il paraît, les essais méthodiques que quelques-uns de leurs anciens sages leur avaient-transmis et qui sont déposés dans le Pentateuque. Ainsi, par exemple, nous trouvons rarement une allusion aux essais de cosmologie que IMoïse avait communiqués dans la Genèse ; le point de vue religieux faisait entièrement oublier les germes de science qui y étaient déposés.

Les connaissances mathématiques , bases de toute scieiice, étaient nulles chez les Hébreux. Les calculs dont il est question dans la Bible ne conduisent pas au delà des quatre premières règles de l'arithmétique ' ; on avait sans doute des méthodes pour arpenter, pour mesurer les dimensions d'un édifice, etc. , mais ce n'était là qu'une simple routine, sans principes géométriques ^.

Il ne saurait être question d'Astronomie; le calendrier fort imparfait , basé en partie sur des observations agronomiques (p. 180 ) , prouve qu'on n'était pas en état de déternn'ner exactement le rapport de l'année lunaire et de l'année solaire. On distinguait plusieurs constellations connues pa l'observation vulgaire des pasteurs et des gens de la campagne; les noms que nous trouvons dans la Bible sont : ASCH ou AïscH ( la grande Ourse) ^ ,

' Voy. par exemple, Lévit. eh. 25, v. 27 et 50.

^ Sur une grave erreur géométrique qu'on trouve dans la description du temple de Salomon , voy. ci-dessus , page 292 , col. l , note 2.

^ On lui attribue des enfant?, ( Job, .'58, 32 ), qui désignent sans douté les étoiles de la

L'UNIVERS

KESiL(l'Orionj, KiMAH(les Pléiades), NAHASCH (le Dragon), HÉLEL(/MC(/èr, Vénus ) , MAzzALOTH ( Ics signes du zodiaque)'. Quelques autres noms, tels que Nebo (Mercure), Kiyyoun ou Kéwûn (Saturne), etc., sont empruntés au culte des Chaldéens ou des Sabéens, et à leur astrologie ^. Mais il y a loin de la connaissance de quelques astres et constellations à une science astronomique, et cette science , alors inséparable des superstitions astrologiques, était trop peu en harmonie avec les doctrines mosaïques pour être favorisée par les prophètes, ennemis de toute superstition, et qui ne voulaient pas qu'on interrogeât les signes célestes et qu'on s'en épouvantât à la guise des païens (Jérémie , 10,2). JN'ous avons déjà observé plus haut que les prophètes possédaient probablement quelques notions de physique dont l'applicationles faisait considérer quelquefois comme des thaumaturges, et qu'ils pratiquaient aussi la médecine. On a vu aussi que les prêtres savaient traiter particulièrement certaines maladies et que Moïse prescrivit un traitement minutieux pour les personnes atteintes de la lèpre, dont le Lévitique expose en détail les signes diagnostiques. Des prêtres et des prophètes on distingue les médecins vulgaires ( bophéîm ) ^ , ce qui prouve qu'il existait une classe particulière cultivant la médecine ; mais ces médecins n'étaient probablement que des empiriques, la médecine ne s'étant pas encore élevée au rang d'une véritable science. On traitait principalement les maladies extérieures et les blessures; les remèdes consistaient surtout en fomentations, on

queue ; car les Arabes appellent le carré de l'Ourse naasch, et la qntm filles de naasch. ' Job , 9 , 9 ; 26 , 13 ; 38 , 31 et 32 ; Amos , S, 8 ; Isaïe, 14, 12; II Rois, 23, 5. Voy. sur ces différents noms, Gesénius, dans son Thésaurus ling. hebr. et chald. et dans son Commentaire sur Isaïe, t. I, p. 457 à 459 et 479 à 481.

2 Voy. Gesénius , Comment, sur Isaïe , t. II, page 327 et suivantes; comparez ci- dessus , page 91.

3 Voy. Jérémie, 8, 22; II Chron. 16, 12, et ci-dessus , page 307, col. 2.

employait le baume, l'huile d'olives et d'auires remèdes amollissants'. Il paraît cependant qu'on connaissait aussi quelques remèdes intérieurs désignés par les mots arbre de vie , c'està-dire ptort^e salutaire * ; dans un passage des Proverbes (13,12), ces mots sont opposés, dans le parallélisme poétique , à la maladie du cœur , et désignent évidemment des remèdes contre les maladies intérieures, dont on distingue plusieurs ( Deut. 28, 22 ).

Les Hébreux étaient un peu plus avancés dans l'histoire naturelle. Le livre de Job , plus que tout autre livre de la Bible , révèle des connaissances notables dans les trois règnes de la nature; nous avons déjà fait remarquer, en parlant des arts et métiers, qu'on trouve dans ce magnifique poème les traces de connaissances exactes touchant la génération des métaux et les travaux des mines (Job, 28, l,etc.), et ce que nous avons dit des travaux en métal suffit pour faire voir que les Hébreux, en fait de notions métallurgiques, n'en étaient plus aux premiers éléments , et qu'ils avaient su au moins s'approprier les découvertes et les observations de leurs voisins , les Égyptiens etles Phéniciens. Dans les images des poètes hébreux on peut découvrir des connaissances assez étendues par rapport aux plantes et aux animaux , et ces connaissances ne se bornent pas à l'histoire naturelle de la Palestine ; çà et là nous rencontrons des descriptions fort remarquables qui supposent, chez leurs auteurs, des études , sinon des observations propres. Nous citerons, par exemple, dans les Proverbes (6, 6-8), l'image de la fourmi, et dans le livre de Job, l'image qui fait allusion au .papyrus (8, H), la belle description de l'onagre(ch.39,v.5-8),dureé»i(v.9-t2)^

' Voy. Isaïe, i , C ; 38 , 21 ; Jérémie , 8, 22 ; 46 , Il ; 51 , 8 ; Ézéch. 30 , 21 ; comparez cidessus , p. 22 , col. 1 , et p. 337, col. I.

^ Voy. Proverbes, 3, I8; ll, 30; 13, I2; 15, 4.

3 Reèm ou rèm siguitie, selon plusieurs versions, monoccros ou licorne. D'après les rapports très-récents de M. Fresnel, l'existence de la licorne parait être mainleuant bien

de l'autruche (v. 13-18), du cheval (V. 19-25 ), de raigle(v. 27-30), de l'hippopotame (ch. 40, V. 15-24), du crocodile ( V. 25-32 ). Dans le i*^' livre des Rois ( 4 , 33 , ou 5 , 13)', on attribue à Salomon une description générale des plantes et des animaux, et, ce qui est plus positif, dans le Pentateuqiie nous trouvons un système de cosmogonie et des essais de classiflcation méthodique des plantes et des animaux. Dans la Genèse (ch. 1 , v. 1 1 ) , on divise les végétaux en herbes qui poussentspontanément, en plantes poi"tant de la semence et eu arbres portant des fruits. Le règne animal est divisé en quatre classes, savoir : les poissons, les oiseaux, les quadrupèdes et les reptiles ( ib. v. 26 ) ' . Nous trouvons de nombreuses traces d'une classification plus détaillée , selon la nature des animaux et leur organisation plus ou moins parfaite. Ainsi on distingue les cétacés des autres animaux aquatiques ( ib. v. 21 ); les quadrupèdes sont divisés en animaux sauvages et animaux domestiques (ib. v. 25 ).

On a vu, dans un autre endroit, que le législateur des Hébreux divise les animaux en purs et impurs et qu'il distingue, à cetteoccasiou, les poissons qui ont des nageoires et des écailles , les quadrupèdes ruminants et ceux qui ont le sabot divisé, et différents genres d'oiseaux, de reptiles et d'insecles (p. 167 ).

constatée; mais on peut douter que cet animal qui, selon les anciens , n'existait que dans les montagnes de l'Inde et dans l'intérieur de l'Afrique ( voy. Rosenmiiller, Bill. ISaiurgeschichle, t. Il, p. lOoetsuiv. ) ait été assez bien connu des Hébreux , pour figurer dans les images de leurs poètes. Un passage d'Isaïe (34, 7 ) indique évidemment un animal vivant dans les environs de la Palestine. Parmi les différentes conjeclures des savants, nous citerons encore celle qui voit dans le rem une espèce de gazelle que les anciens appellent or;/x {antilope leiicori/z de Linné) et qu'ils présentent comme un animal féroce, doué d'une grande force et très-dangereux. Voy. sur la licorne et Voryx, les détails communiqués.' par M. Fresnél, dans le Journal asiatique, mars 1844, p. 130 — 158.

* Comparez Genèse, 6, 20; 7, 23; 8, 17, où, en parlant des animaux qui entrèrent dans l'arche de Noé, on mentionne les mêmes classes, à l'exception (les poissons ; de même ch. 9, V. 2. où 0!) nomme les (lualrc classes.

Les deux premiers chapitres de la Genèse nous offrent deux systèmes de cosmogonie, ou pour mieux dire, de géogonie ; car, quoique dans le premier chapitre on parle aussi du ciel et des astres , ceux-ci ne sont présentés que comme les accessoires delà terre , qui est le but principal de la création. Peu nous importe que le commencement de la Genèse offre des analogies avec les cosmogonies des Chaldéens , des Perses, des Phéniciens, des Égyptiens , comme on l'a souvent répété ' ; quand même la cosmogonie des Hébreux aurait été empruntée en partie aux mythologies étrangères, toujours est-il qu'elle a pris , dans la Genèse, un caractère tout particulier. Il s'agissait moins d'imaginer un système scientifique, que d'établir comme principe fondamental , que Dieu est le créateur de toute chose. Aussi l'auteur de la Genèse n'a-t-il pas hésité à adn.ettre dans son recueil deux systèmes bien différents, mais qui tous deux répondaientau butqu'il se proposait ^. Dans le premier document, qui ouvre la Genèse et qui va jusqu'au verset 3 du deuxième chapitre, on voulait aussi rattacher à la création l'institut du Sabbat qui devait en être le symbole (p. 182). De là viennent les sept jour nées dont six sont consacrées à l'œuvre de la création et la septième au repos. Mais comme les journées ne peuvent être distinguées que par la variation de la lumière et des ténèbres, et que, dans le développement successif de la création, le tour du soleil et des autres astres ne pouvait arriver que le quatrième jour, il a fallu imaginer un fluide lumineux créé dès le premier jour et indépendant du soleil , dont il devait momentanément faire les fonctions. Ce trait suffit seul pour faire voir que nous avons ici un mythe religieux et non pas un récit historique ou un système purement scientifique. Dieu {Eloliim), dit la Genèse, créa d'abord le ciel et la terre dans

' Voy. Volney, Recherches nouvdles sur l'histoire ancienne, F' partie , ch. 17.

^ (Comparez ci-dessus, pages 106, 134 (note n et 142.

LUJSIVERS.

un état de chaos, tohou tvabohou (p. 145 ) ; puis , pour dissiper les lénè- Dres du chaos et pour éclairer l'œuvre qu'il allait accomplir, sa parole fit naître la lumière. Tel fut rouvrao;e du premier jour. La terre étant cachée dans l'eau qui remplissait l'espace, le second jour fut consacré à l'eu dégager; l'eau se divisa en deux portions, dont l'une, occupant le haut de l'espace, fut retenue par une voûte qui se forma ,à la parole du Créateur, et cette voûte fut appelée ciel. Le troisième jour, les eaux inférieures se retirèrent dans les cavités de la terre et formèrent les mers; ensuite la surface de la terre se couvrit de plantes. Au quatrième jour, le soleil, la lune et les étoiles apparurent à la voûte céleste. Dès lors la terre est propre à recevoir des habitants ; le cinquième jour est employé à la création des animaux aquatiques et des oiseaux, le sixième à celle de tous les animaux de la terre, et à la fin le premier couple humain sort de la main du Créateur '.

L'homme, destiné à tout dominer, est fait à l'image de Dieu. Cette cosmogonie est d'une simplicité enfantine; il ne faut y voir qu'un poème, renfermant bien quelques germes de science, mais où l'imagination l'emporte sur la réflexion, et qu'on aurait tort déjuger du point de vue scientifique.

— Dans le second document (ch. 2, V. 4 et suiv. ) , qui ne s'occupe que de la terre seule, on reconnaît, malgré son caractère mythique, une observation plus exacte de la nature.

Lorsque Jehova-Elohim (c'est ainsi que Dieu est appelé dans ce document) eut fait la terre et le ciel , il n'y avait d'abord aucune végétation sur la terre; car il n'y avait encore ni pluie ni aucun homme pour labourer la terre ( v. 4 et .5). Alors des vapeurs s'élèvent de la terre et y retombent sous

^ « Il les créa mâle et femelle. Et les bénit et leur dit : Croissez et multipliez, etc. «On voit (jue, selon ce premier document, la femme est créée en méiup temps que l'homme ; ce n'est qu'à force d'interprétations subtiles qu'on a pu faire accorder ce passage avec celui qui fait employer à Duu um- coït de l'homme pour en former la femme.

la forme de pluie, pour l'arroser et la fructifier ( v. 6). Ensuite Dieu forme l'homme de la poussière de la terre et lui donne lui-même le souffle de la vie(v. 7 ) '. Il plante un jardin dans Éden et y place l'homme pour le cultiver ( v. 8 et 15 ). Dieu trouvant l'homme trop isolé dans la nature, forma de la terre les différentes espèces d'animaux et les amena à l'homme, qui leur donna des noms ; mais comme, parmi tous ces êtres , il ne se trouvait point d'aide qui fût semblable à l'homme, Dieu, ayant fait endormir l'homme, prit une de ses côtes et en forma la femme (v. 18-22 ). — Sans nous arrêter aux idées philosophiques et morales que renfeiuie le mythe de l'arbre de la science et de la création de la femme, et que nous avons déjà fait ressortir dans d'autres endroits», nous nous contentons de faire remarquer les éléments de science physique déposés dans les versets 5 et 6, et qui concernent la genèse des plantes que le premier document , sek»n son caractère purement poétique et religieux, attribue à la seule parole de Dieu, sans faire intervenir une loi physique. Dans la description du jardin d'Éden ( v. 10- 14), nous trouvons quelques données obscures delagéopraphie des Hébreux que nous allons considérer dans son ensemble.

Il n'existe aucun passage, dans la Bible, qui exprime clairement ce que pensaient les anciens Hébreux de la configuration de la terre; cependant quelques expressions que nous trouvons çà et là nous laissent deviner que, dans l'opinion des Hébreux, la surface de la terre était un plan circulaire.

Nous lisons dans le livre d'Isaïe(40 ,22) que Dieu réside au-dessus du cercle (HOUG)rfe la terre; dans les Proverbes (8 , 26 et 27) la sagesse dit qu'elle existait avant que Dieu eût fait la terre, qu'elle était là lorsqu'il disposait les cieux et qu'il traçait wi cercle sur l'abîme^ Selon le livre de Job (2G , 7),

' Voy. ci-dessus, page l48 , col. 2, note 2. ^ Voy. page 145 et p. 201, col. 2.

^ Comparez aussi Job, 26, 10» Les quatre pins ; ou (ingles,) de la terre ( Isale ,11, 12.)

la terre , par la toute-puissance divine , plane dans l'espaceet n'est soutenue par rien' ; si dans ce même livre (9, 6), ainsi quedans les Psaumes (75, 4 ; 104, 5) , on lui prête des bases et des colonnes , ce ne sont là évidemment que des images poétiques. — Les points cardinaux sont appelés les quatre angles de la terre (Isaïe , 1 1 , 12 ) , ou fex quatre bouts des cieux (Térém . 49, 36.'), ou les quatre vents ( 1 Chron. 9, 24). L'Hébreu, en désignant les différentes régions, a le visage tourné vers l'orient, de sorte qu'il a derrrière lui l'occident, le midi à droite et le nord à gauclie (Job, 23, 8 et9) , ce qu'il est important de savoir pour bien comprendre certaines expressions géographiques de la Bible. Chacune des quatre régions du ciel a différents noms:

f L'orient (mizracii ) s'appelle^ aussi KÉDEM (devant) ; on dit souvent : Tel endroit est à la face ou en face de tel autre , pour dire à l'est. 2» L'occident (maabab, le maghreb des Arabes) est désigné par achor {derrière) ; derrière tel endroit veut dire à l'ouest (Juges, 18, 12). Souvent on désigne l'occident par la mer, parce quela Méditerranée étaitàl'ouestdela Palestine. 3" Le midi s'appelle tantôt WÉ&HEB (sécheresse), tantôt théman on YAMÎN (droite), tantôt darom (mot dont l'étymologie est incertaine).

4° Le nord s'appelle çapiion (lieu caché , obscur) , ou semol (gauche ,

ne sont autre chose que les quatre points cardinaux , et il serait hardi de conclure de cette expression que les Hébreux attribuaient à la terre une t'orme quadrangulaire, comme le fait entendre Gesénius , dans son dictionnaire hébreu , au mot canaph, et dans son commentaire sur Isaïe , t. II , p. 32G.

' Bacon de Verulam n'a pas hésité à conclure de ce passage que l'auteur du livre de Job connaissait la forme sphérique de la ferre. Voici comment s'exprime ce célèbre philosophe {De aiigmentis scicntiariim, lib. ]) : Si qtiis eximium illum Jobi libruni dUiqcnter evolverit, plénum eum et ianqiiam gravidum naturaiis philosophiœ mysteriis de'prehcndet. Exempll (jratia, circa cosmographiam et rotunditatdm terrœ, illo loco : qui exlendit aquilonem super vacuum, et appcndil terrani super nihilum. Ubi pensilis terra, polit^ arcticus, et cœli convexitas in exlimis, haud obscure iusinuantur. Compar- Brucker, Hist. crit. philosophiœ, t. I, p. 98.

Gen. 14,15). —La terre sèche, opposée à la mer (Jona, 1,9), se divise en un grand continent et en beaucoup d'îles (Ps. 97 , 1). On plaçait le centre de la terre dans la ville sainte de Jérusalem. Dieu dit, dans le livre d'Ézéchiel (5,5) : « C'est Jérusalem que j'ai placée au milieu des nations, et autour d'elle , des pays. » C'est dans ce sens que, dans un autre passage, le même prophète (38 , 12 ) dit que le peuple hébreu habite le nombril de la terre. Cette même opinion est en vogue chez les rabbins et les Pères de l'Église => , qui y font souvent allusion ; ce qui a fait dire au Dante :

Già era '1 Sole ail' orlzzonte giunto Lo cui meridian cerchio coverchia Jérusalem col suo più alto punto ^.

Dans la géographie fabuleuse des anciens peuples de l'Asie , on parle d'une haute montagne qu'on place tantôt au milieu des zones terrestres, tantôt à l'extrémité septentrionale de la terre habitée, et qui est considérée comme la résidence des dieux. Pour les Indous cette montagne est le Mérou , qui, dans le monde réel , paraît désigner le haut paysdelaTartarie, au nord de l'Himalaya 4. Pour les Parsis c'est le sonamet le plus élevé du Caucase , désigné dans les livres de Zoroastre sous le nom à'Albordj. Dans le livre d'Isaïe (14 , 13), on fait allusion à cette montagne ; le prophète, s'adressant au roi de Babylone, lui dit : « Tu disais en ton cœur : Je monterai aux cieux, j'élèverai mon trône au-dessus des étoiles divines, je serai assis sur la inontagne de réunion, à l'extrémité du noî-d. » Mais ici le prophète parle , comme il devait le faire , dans le sens

' Celte expression est aussi employée par les Grecs et les Romains. Dans Tite-Llve ( I. 38, c. 48) Uelplios est appelée umbilicus orbis lerrarum. Cicéron dit en parlant du bois sacré près d'Enna, en Sicile (/« Ferrent, act. II , 1. 4, c. 48) : Qui locus, quod in média est insuld situs, umbilicus Sicili<e nominatur.

^ Voy. les commentaires dos rabbins et de saint Jérôme sur Ezéch. 5, 5 , et Ps. 74, 12,

^ Divina romedia, Purgat., csnto II.

* Voy. Wilsou, Dictionnanj in, Scmsoii and English, 2« édition , p. 67t.

LTJNIVERS.

de la mythologie babylonienne ' , et il ne faut pas conclure de là que cette idée d'une montagne divine, à l'extrémité du nord, ait été familière aux Hébreux ; lorsque les poètes hébreux parlent allégoriquenieiit de l'apparition de Jéhova, ils font émaner sa lumière du mont Sinaï ou du mont Sion.

Si la géographie fabuleuse des Hébreux présente quelques rapports avec celle d'autres peuples de l'Asie, c'est dans la description à\i jardin cC Édeti ( délices ), ou du paradis terrestre.

Voici comment s'exprime la Genèse ( 2, 10-14) : « Un fleuve sortait d'É- « den pour arroser le jardin, et de là « il se divisait pour former quatre ft bras^. Le nom de l'un est Phison; « c'est celui qui parcourt tout le pays « de Havila, où se trouve l'or. Et for « de ce pays-là est bon; là est aussi « le bedolach { bdellium) et la pierre « de schoham (onyx).Le nom du se- « cond fleuve est Guihon ; c'est celui « qui parcourt tout le pays de Cousch. « Le nom du troisième fleuve est Hid- « dékel; c'est celui qui coule à l'orient « de l'Assyrie; et le quatrième fleuve « estlePhrâth( Euphrate). » C'est en vain qu'on s'est efforcé d'adapter cette description à un point connu du globe terrestre; car il n'existe aucune contrée dont on puisse dire qu'elle donne naissance à l' Euphrate et à trois autres grandes rivières sortant d'un même point. Il faudrait faire un livre volumineux pour énumérer et discuter toutes les hypothèses qu'on a faites sur la topographie d'Éden, dans le but d'établir l'existence réelle des lieux décrits dans la Genèse ^ ; la multi-

' Vov. Gesénius, Comment, sur Isaïe, t. II , 1" appendice, p. 316 — 326.

■ - Le texte dit quatre têtes; le fleuve principal se divisant en quatre brancties est présente comme un corps à quatre têtes. MichaÈlis , Jahn et d'autres , dans le vaiji intérêt d'appliquer ia description d'tden à quelque c^onlrée réelle de l'Asie, expliquent le mot têtes par sources et prétendent qu'il s'agit du confluent de quatre rivières venant de quatre sources différentes; mais le texte n'adinet nullement cette interprétation.

3 Les principales hypothèses et les difticultéï qu'elles présentent ont été exposées par VViner, daus sou Bibl. Realicarterbiœh, U 1, p. 333-341.

tude même de ces hypothèses , parfois très-bizarres, et qui n'ont conduit à aucunrésultat ,estla meilleure preuve que le jardin d'Éden est une création de l'imagination poétique et appartient à la géographie mythique de l'ancien Orient. C'est ainsi que , selon quelques Pourânas , le Gange, tombé du ciel près de la cité de Brahma, sur le mont Mérou, s'y divise en quatre grands fleuves coulant dans diverses directions, et dont les noms présentent autant de difflcultés que ceux des fleuves d'Éden '. C'est ainsi encore que, selon les livres des Parses, Ormuzd, par l'amour extrême qu'il a pour les hommes, a fait couler d'auprès de son trône deux eaux qui circulent sur la surface de la terre ^ I\Iais quoique le jardin d'Éden et la source commune des quatre fleuves soient une fiction poétique, les quatre noms désignent, sans aucun doute, des fleuves réels , connus des anciens Hébreux. Pour le troisième et le quatrième il ne peut y a voir aucune doute. Le nom de Hiddékel, qui se trouve aussi dans le livre de Daniel (10, 4), désigne le Tigre , que les Syriens appellent Deklath ; seulement le texte de la Genèse s'exprime d'une manière peu exacte, en le faisant couler à l'est de l'Assyrie. Phrâili est l'Euphrate, très-souvent mentionné sous ce nom dans les livres hébreux. Sur le premier et le second , les opinions varient beaucoup chez les auteurs anciens et modernes. îsous dirons, avec Yolney ^ , qu'il n'y a point de raison solide à prendre le Phison pour le Phase de Colchide, opinion qui, depuis Reland, a été adoptée par beaucoup de savants. Les quatre fleuves paraissent se suivre de l'orient à l'occident; le Phison était sans doute un grand fleuve vaguement connu des Hébreux, qui le plaçaient à l'extré-

' Voy. The fFishnu PuranJi, translated from tlie original sanscrit and illustraled bij notes, by H. H. fnison. London, l84o, gr. in-i", pages 170 et I7(.

^ Voy. Zend-Avesta , par AnquetlUDuperron. t." II, page 36i.

■* Recherches nouvelles sur Vhistoire an* vienne, V partie, ch. 16.

mité de l'orient, et nous ne voyons aucun inconvénient à le prendre , avec Josèpiie, pour le Gange '. Dans ce cas , le pavs de /lavila, qui , dans tous les cas, doit être différent des deux pays du même nom, mentionnés au ch. 10 (v. 7 et 29), désignerait l'Inde, qui de tout temps était immensément riche en or et en pierres précieuses ^. IVaturellementleGwîAow désigne alors un des grands fleuves de l'Asie, entre le Gange et le Tigre, ei; n'est autre que V Inclus; le pays de Cousch , dans l'acception la plus vaste de ce nom, embrasse, comme Y Ethiopie des Grecs, tout le midi de l'Asie et une partie de l'Afrique ^.

Après ce que nous venons de dire on ne nous demandera pas de renseignements sur !e pays de Nod, où s'établit Caïn, ni sur la ville d'Hénock, qu'il y bâtit ( Gen. 4, 16 et 17 ), et qui appartiennent l'un et l'autre à la géographie mythique. Nôcl signiGe erremenf , exil; mais peut-être l'auteur de la Genèse a-t-il eu quelque vague connaissance d'un pays de Hanod ou IJind ( Inde ), à l'orient d'Éden , dont le nom , par un léger changement, a été mis en rapport avec l'exil de Gain 4. La fondation de la ville (ÏHénoch est peut-être un symbole, indiquant le commencement de la civilisation, suivi de l'invention des arts ( v. 21 et 22 ); ce serait vraiment absurde de s'attacher

' Antiqu., 1 , 1,3. — Une des hj'pothèses les plus récentes nous conduit mùme plus loin à l'est; selon Buttmana (.Vi/t/wlogiis, I, p. «2 etsuiv. ). les quatre lleuv'es sont, de l'est à l'ouest, VIrabalU, dans le pays d'Ava , le Gange, Vlndits et le Schal al-Arab ou le confluent de l'Euphrate et du Tigre.

* Voy. Bohlen , Das alte Indien , t. II, p. 118 etsuiv.

3 Volney (1. c. ) et Gésenius pensent que Guihon est sans contredit le Nil, ce qui est aussi l'opinion de Joséphe; mais il n'est nullement probable que l'auteur hébreu ait mis le Nil en rapport avec trois fleuves de l'Asie. D'autres, comme Rosenmûller, Winer, etc., prennent le Guihon pourTOcMs, que les Arabes appellent Djihoun ; mais ce fleuve ne peut être mis en rapport avec le pays de Coiisch des auteurs bibliques.

* La Yuigate rend les mots : il hnhita dans le pai/s de Nod par ceux-ci : hahilavil profugus in terra. La version chaldaïque les rend d'une manière analogue.

au sens littéral, et d'attribuer à Caïn , qui était alors seul avec sa femme et son lils, la construction d'une ville.

Mais après les symboles du jardin, de délices , de la chute de l'homme, de la lutte morale et physique, celui de la cité se trouve bien à sa place.

Si jusqu'ici nous n'avons trouvé que quelques données vagues puisées dans les traditions mythiques de l'antique Asie, le 10^ chapitre de la Genèse nous transporte dans la sphère de la réalité historique et nous présente, sous la forme d'une table généalogique, le résumé du système géographique et ethnographique des anciens Hébreux. Sous les noms des trois fils de Noé et de leurs descendants, ce tableau présente , dans un ordre systématique , les trois parties de la terre connue, ainsi que les différents peuples qui habitaient chacune d'elles, du moins ceux dont les noms étaient connus aux Hébreux. L'auteur luimême indique très-clairement qu'il entend donner un tableau ethnographique; car au milieu des noms qui , en apparence, désignent des individus, nous en rencontrons quelques uns qui ont la terminaison du pluriel, ou celle des noms patronymiques, et désignent évidemment des peuples. Tels sont , par exemple , les noms de Misraïm ( Egypte ou Égyptiens ) , Pelischthim ( Philistins ), Caphihorim ( Cretois ), Yebousi ( le Jébusite ) , Einori ( l'Amorrhéen ), etc. Les autres noms, qui paraissent appartenir h des individus , sont également empruntés aux peuples alors connus; delà mêmemanière les Grecs imaginèrent un ^o^Ms, père des Éoliens , un Dorus, père des Doriens, un Ion, père des Ioniens, etc. L'auteur nous en avertit lui-même , lorsqu'à la fin de la seconde et de la troisième division , il ajoute ces mots : ce sont là les enfants de Cham ( de Sem ) , selon leurs familles , selon leurs langues , dans leurs pays et leurs nations. — Ce tableau suppose des recherches savantes; l'auteur paraît avoir recueilli les traditions de différents peuples qu'il a combinées ensemble. S'il eût voulu

i;UNIVERS.

inventer, ii aurait mis une certaine symétrie dans les subdivisions ; mais comme ii ne veut nommer que les peuples sur lesquels il a pu avoir des notions exactes , il n'entre dans quelques détails que sur les branches chamites et sémites établies dans des contrées peu éloignées de l'Egypte et de la Palestine. Les peuples lointains, tels que les Chinois , les Indous , manquent entièrement. — A la vérité, Tauleur donne quelquefois une origine commune à des peuples qui , à en juger par leurs langues respectives, paraîtraient appartenir à des soushes différentes, comme, par exemple, les Assyriens et les peuples araméens '; d'un autre côté, il fait venir de souches différentes plusieurs peuples dont les langues appartiennent aune même famille, comme, par exemple, les Phéniciens et plusieurs peuplades couschites qu'il fait venir deCham et qui cependant parlaient des dialectes sémitiques. Mais les langues ne sont pas toujours un guide sûr pour fixer, d'une manière absolue, la filiation des races ; dans les migrations des peuples, les familles de souches différentes peuvent se confondre et adopter les langues les unes des autres, et il serait téméraire de vouloir juger par les langues seules, sur quels points les données de la Genèse s'écartent de la vérité historique *. Au reste, nous n'avons pas a discuter ici la valeur historique de ces données; nous devons montrer seulement l'état des connaissances ethnographiques et géographiques chez les anciens Hébreux, et il ne s'agit pour nous que d'indiquer aussi exactement que possible les peuplades comprises dans le tableau de la Genèse , en résumant brièvement les faits les plus probables qui résultent des recherches critiques de Bochart et de ses continuateurs 3.

' Voy. Gesénius, Geschichte der hehrœischen Spraclie uiid Schrifl, p. 62.

'■' Compare/, ci-d&ssus', page 88.

^ Les premiers essais d'expliquer les noms liébreux par (le.< noms plus récents se trouvent rlans les antiquités àeJosëpheil, 6,1, dans la paraphrase chaldaiciue attribuée a Jonathan, et dans la version arabe de Saadia;

On peut considérer les noms de Japheth, de Cham et de Sem, comme analogues à ceux d'Europe, d'Afrique et d'Asie ; mais la division n'est pas exactement la même. Japheth embrasse le midi de l'Europe, l'Asie Mineure et les pays du Caucase ; à Chain ( dont le nom" signifie chaleur) appartiennent le nord et l'est de l'Afrique et le sud-ouest de l'Asie , le long de la côte de la mer Rouge ; Sem embrasse les pays du milieu de l'Asie, entre la Méditerranée et le golfe Persique. Mais quelques branches de ces trois races se trouvent déplacées de bonne heure par des migrations, comme on le verra parle tableau suivant , dans lequel nous conservons l'ordre du îO"' chapitre de laGenèse :

Japheth.

î. GOMER ( Ézech. 38, 6), les Cimrné riens , ou \es Cimbres , au nord de la mer Noire, dans les environs de la Chersonèse Taurique ou de la Crimée. Leurs descendants ou colonies sont :

1° Askenaz , nom obscur, qui, selonBochart, désigne les Phrygiens; et, en effet, le mot ^/iA-f^nasressemble à Ascaniens , ancien nom des Phrygiens '. Mais un passage de Jérémie ( 51 , 27 ), qui met Askenaz en rapport avec Ararat , semble indiquer une contrée de l'Arménie ; ce serait , selon Volney, la province appelée par Strabon Asikinséne.

2" Biphatk , selon quelques-uns les monts Riphéens , que les anciens placent à l'extrémité du nord ; mais nous

mais ces auteurs, loin de se livrer à un examen critiffue , tenaient surtout à donner des noms connus aux lecteurs de leur temps. Le premier et pres()ue l'unique travail critique que nous possédons sur celte matière est celui du célèbre Bochart qui lui a consacré la première moitié de sa Geographia sacra, portant le litre de Phaler/. Les recherches de Bochart furent complétées et rectifiées sur quelques points par Michaëlis, dans son Spicilegium Geographiœ Hebrœorum cxlerœ post Bochartum. On peut aussi consulter les Recherches nouvelles de Volney, I" partie, ch. 18 et 19, et le Cours d'histoire ancienne par M. Ch. L-enormant, Paris, 1837, ch. b et suivants.

' Voy. Bohlen, Die Gencsis , p. 118.

préférons, avec Volney, y reconnaître les monts Niphates en Arménie.

3° Thogarma ( Ézécli. 27, 14; 38 , G ) , peuple de la jurande Arménie. Selon ï Histoire arménienne de iMoïse de Chorène (p. 24 ) , les Arméniens , Géorgiens, etc., descendirentdeïhargamos, petit-fils de Noé.

II. MAGoa, nom collectif désignant, comme celui de Scythes, plusieurs peuplades barbares au delà du Caucase , entre la mer Noire et la mer Caspienne. En effet, Josèphe interprète le nom de Magog par Scythes , et saint Jérôme dit que c'était l'opinion générale des Juifs de son temps '. Leur roi est appelé Gog ( Ézéeh.

38, 2 ) , nom qui, dans l'Apocalypse (20, 8 ) , est considéré comme celui d'un peuple; les traditions arabes parlent également des peuples caucasiens Yâdjoudj et Mâdjouclj.

III.Madai, nom qu'on rencontre souvent chez les auteurs bibliques, vers l'époque de l'exil , et qui désigne \ës Mèdes et la Médie.

IV. YAVAN,les Ioniens ouïes Grecs en général ; leurs branches ou leurs colonies sont :

1° Élisa, lÉlide ( Elis ) , ou plutôt tout le Péloponèse. Selon Ézéchiel (27,7), les îles ou pays maritimes (ÏÉlisa apportaient la pourpre aux marchés de Tyr, et nous savons aussi par les auteurs grecs et romains que les côtes du Péloponèse, et notamment de la Laconie , étaient riches en coquillages à pourpre =>. D'autres comparent le nom d'Élisa avec celui à'Hellas ( Grèce).

2° Tharsis est , sans aucun doute, Tartessus en Espagne , et en général le pays d'Andalousie , où se trouvaient en abondance les métaux que , selon Ezéchiel ( 27 , 12 ), les Phéniciens tiraient de Tharsis ^. Il va sans dire

' Comment, in Ezech. 38, 2 : Magog esse gentes Scytliicas immanes et iniiumera Iules, quœ trans Caucasum monlem et Mœntidem paludem, et prope Caspiummare ad Indiavi usque tendantur.

2 Voy. Pliii. IX, 3G; XXI, 8; XXXV, 6; compar. les Odes d'Horace, 1. II, 18, v. 7 et 8.

3 Voy. Bochart, I. c. I. Itl, c. 7 ; Michaëlis, Spicilegittm, part. 1, p. 82 et suiv.; Geséaius,

qu'il faut entendre ici par Tliarsis la population ibérienne indigène et non pas la colonie phénicienne de Tartessus.

3° Kitthîm, l'île de Cypre ; plus tard le nom de Kilthim fut étendu aussi sur quelques autres îles et on disait les îles deKitthlm ( Jér. 2, 10; Ézéch. 27, 6)'. Dans le premier livre des Maccabées ( 1, 1) , ce nom désigne même la Macédoine, et tel paraît être aussi le sens de Kitthîm dans le livre de Daniel ( 11 , 30)

4°Dodanim, ou mieux Rodanîm , comme le portent le texte samaritain et le passage parallèle du premier livre des Chroniques ; ce nom désigne les Rhodiejis, ou les habitants de l'île de Rhodes.

V. Thoubal, selon Bochart, Michaëlis et tous les modernes, désigne les Tibaréniens , sur le rivage sudest de la mer Noire.

VI. MÉSECH, les Moschi, sur les montagnes du même nom, entre la mer Noire et la mer Caspienne. Hérodote mentionne plusieurs fois les Moschi à côté des Tibareni, comme le fait aussi le prophète Ézéchiel , qui nous apprend que, de son temps, Mésech et Thoubal étaient soumis à Gog, roi de Magog, et qu'ils apportaient des esclaves et du cuivre sur les marchés de Tyr =*.

Viî. Tiiiras, qui n'est mentionné que dans ce tableau ethnographique , paraît désigner les Thraces.

Comment, sur Isaïe , t. I, pages 719 et 720. Josèphe et la paraphrase chaldaïque de Jonathan rendent Tharsis par Tarsiis en Cilicie, et Volney est du même avis; mais, malgré les arguments allégués , en faveur de cette opinion, par M. Lenormant (p. 3i7-3i9),et dont nous reconnaissons toute la gravité , nous ne saurions voir la Cilicie dans la Ttiarsis des prophètes, florissante par son commerce et riche en métaux. Pour l'hébraïsant il est évident aussi, par le livre de Jona ( I , 3), que, pour aller à Tharsis, on naviguait vers l'occident , tandis que , en partant cle Joppé pour Tarsus eu Cilicie , il fallait se diriger vers le nord. Il faudrait donc supposer que la Tharsis de la Genèse est différente de celle des prophètes, ce qui n'est pas probable. Sur l'expression i/'aisôCi/f/.'C de Tharsis, voy. ci-dessus, p. 295, col. I, note 2. ' Voy. Gesénius , 1. c. p. 72i — 724. ^ Voy. Hérodote, III, 94; VII, 78; Ézéchiel , 27, 13; 32, 26; 38 , 2 et 3 ; 39, K

L'UNIVERS

Cham.

I. Cot;scH désigne ordinair ement r Ethiopie proprement dite . ou le pays qui s'étend au midi de l'Egypte , 1e long du golfe Arabique. Mais le nom de Cousch se prend souvent , comme celui d'Ethiopie chez les Grecs ■ , dans un sens plus vaste , et désigne en général les pays chauds du midi , dont les habitants ont la peau noire ( Jérém. 13, 23), et notamment le midi de TArabie. Des auteurs syriens du cinquième siècle désignent encore les Arabes himyarites par le nom de Couschites^. En effet, les peuples que la Genèse signale comme descendants de Cousch étaient établis , pour la plupart , dans l'Arabie méridionale ; ce sont les suivants :

i° Seba , rÉtat qui plus tard portait le nom de Méroé^ , et qui , situé sur une île, entre deux bras du ]Xil, formait la partie septentrionale de l'Ethiopie.

2° Havila , probablement les Chaulatxi de Strabon et Chavelxi de Pline 4 , entre les Nabatéens et les Agréens ou Agaréens. Le pays de ces derniers, dit Volney, doit être leHiJar ou Hagiar moderne , par le 27° de latitude, dans le Hedjaz, à environ 40 lieues est de la mer Rouge.

3° Sabtha, probablement'la Sabafha de Pline (VI, 32), dans l'Arabie heureuse , non loin de la mer Rouge.

4" Raama ou Ragma, chez les Grecs Rhegma , sur la côte arabe du golfe Persique ^ Ses colonies étaient, selon la Genèse, Scheba ou Saba ( qu'il ne faut pas confondre avec Seba, n" I ) et Dedan. Saba est la Sabée, dans l'Arabie méridionale ; sa population, à ce qu'il paraît, se composait de Chamites et de Sémites, car nous retrouvons^encore un Saba parmi les descendants de Sem (Gen. 10,

' Voy. les passages cités par Ludolph, Comment, ad historiam œthiopicam, p.

'' Voy. Assemani , Bihliotheca orientalis, t. m, part. 2, p. 56S et suiv.

■^ Joséphe, Antiqu.W, 10, 2.

* Strabon , 1. XV [ , di. 4 , g 2.

=" Voy. la Géographie de P'tolémée . 1. VI, cà. 7.

28) , et rien ne nous oblige d'y voir une autre province portant le même nom. Dedan est probablement la petite île de Daden près de la côte arabe du golfe Persique '.

•5° Sabthedui , nom douteux , dans leiquel Bochart a cru reconnaître une ville du Kerman , située près du golfe Persique, et nommée Samydaké par quelques auteurs grecs.

6° De Cousch la Genèse (10, 8) fait aussi descendre IMmrod, qu'elle présente comme le fondateur du royaume de Slnéar (la Babylonie et la Mésopotamie), dont les principales villes furent Babel, Érech ( Édesse ) , ^ccad{ selon les an'^iennes versions, Nésibis) et Cainé (Ctésiphon).

II. J\IisBA.ï5i , nom sémitique des Egyptiens. Leurs descendants sont :

1" Les Louditn, peuple inconnu dAfrique.

2° Les Anamim, également inconnus.

3° Les Lehab'im, probablement les mêmes que les Loubim (Nahum, 3, 9) ou Libyens.

4° Les Naphthouhlm , selon Bochart les habitants du district de Nephtys, dans le nord est de l'Egypte.

.5° Les Pafhrousim , ou les habitants du district de Pathourès, près Thèbes.

6° Les Caslouhim, selon Bochart les Colchiens , qu'Hérodote présente comme une colonie égyptienne.

7" Les Caphthoriin, les Cretois, au milieu desquels vécut, à ce qu'il paraît , une partie des Caslouhim, dont descendirent les Philistins (Vov.

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