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C. Relations extérieures des rois. — Gue7Tes

Nous avons traité plus haut des principes mosaïques sur le droit des gens et des dispositions légales concernant l'armée et la guerre (p. 198-201), On a vu aussi quels furent les progrès militaires des Hébreux sous Saiil, et tout ce que fit David pour l'organisation d'une véritable armée (p. 280). Salomon la compléta en organisant un corps de cavalerie et des chariots de guerre qu'il distribua dans différentes places pourvues de munitions *. Plus tard nous rencontrons souvent, dans les deux

» Voy. Juges, 3, it»; U Rois , 20, 12; Isaïe, 39, I.

' Voy. I Rois , 5, 6 (4, 26) ; 9, 19 ; 10, 2e , comparez ci-dessus pages 3o et 287.

royaumes, des armées parfaitement organisées, notamment sous Asa (II Chron. 14,7 ), sous Josaphat (ib. 17, 12-18), sous Amasia (ib. 25, 5), sous Ouzia (ib. 26, 11) et sous Joachaz , roi d'Israël (II Rois, 13,7). Mais il ne paraît pas qu'il y eût des armées permanentes , entretenues aux frais de l'État; en temps de paix, les hommes soumis , par leur âge, au service militaire (p. 200), faisaient probablement le service et les exercices nécessaires à tour de rôle, selon le règlement que l'auteur des Chroûiques fait remonter à David (p. 280). Le dénombrement se faisait sous ies auspices du général en chef (II Sam. 24, 2), par son premier Sophsr ou secrétaire (Jér. 52,25) et par le grand Schoter (p. 196), assistés d'un des principaux capitaines (II Chron. 26, 11). Ces fonctionnaires levaient, en temps de guerre, les troupes nécessaires, sauf les exemptions admises par la loi (p. 200). Lors d'une attaque imprévue, on convoquait les contingents par des messagers, par le son des trompettes', et par des signaux donnés du haut des montagnes ^ Depuis Salomon , on distinguait toujours dans l'armée trois divisions principales, l'infanterie, la cavalerie et les chariots (II Rois, 13,7); ces derniers portaient, outre le conducteur, un ou plusieurs combattants (I Rois, 22, 34). Les troupes étaient divisées, selon les armes , en deux classes : l'une portait le grand bouclier {cinnah) et la lance ; l'autre, portant le petit bouclier {maghên) et l'arc, formait la troupe légère (II Chron. 14, 7); l'armure seule faisait distinguer le soldat, car nous ne trouvons pas de trace d'uniforme chez les Hébreux. Chaque corps se composait de plusieurs légions de mille hommes, subdivisées à leur tour en bandes de cent et de cinquante hommes, et les différentes divisions, dont chacune avait son drapeau particulier , étaient commandées par des chefs de divers grades ,

' Voy. Juges, 3 , 27; 6, 34 ; 7, 24 ; l Sam. II, 3 ; Isaïe, 18, 3; Jérém. 4, 6: 6, i; oi, 27.: Ézéch. 7,14.

L'UNIVERS

qui portaient le titre de s ab ' . Le général en chef ( sar ha-chail ou sah has-sala), ou le roi, avait sous ses ordres immédiats des généraux commandant de grandes divisions de plusieurs légions *. Le roi et les officiers supérieurs étaient accompagnés d'un écuyer, ou porteur d'armes (1 Sam. 17, 39). Les chariots, à ce qu'il paraît , formaient deux divisions , dont chacune avait son capitaine (I Piois, 16 , 9 ). Les ofûciers supérieurs formaient leconseil de guerre (1 Chron., 13, 1), et il paraît que ce conseil, en temps de guerre, s'érigeait en tribunal pour juger ceux qui étaient accusés d'un crime politique; car ce sont là, sans doute, les capitaines dont il est souvent parlé dans l'histoire de Jérémie, et dont le prophète dut mainte fois subir les rigueurs (p. 349).

Les troupes , qui ne quittaient leurs foyers que pendant la guerre, ne recevaient pas de solde régulière; l'entretien des soldats était d'abord à la charge de leurs familles respectives (I Sam., 17, 17). On voyait quelquefois de riches particuliers amener à l'armée des provisions abondantes (IlSam. 17,27-29). Depuis Salomon il y avait des magasins dans différentes villes, oîi l'on amassait des provisions pour les temps de guerre 3.

On ne payait de solde qu'aux mercenaires étrangers (II Chron. 2.5, 6).

Quant au chiffre des troupes actives, il dut varier selon les circonstances ; mais nous n'avons pas de donnée certaine à cet égard, car les nombres qu'on trouve dans plusieurs passages de la Bible sont souvent exagérés, ou se rapportent aux levées en masse 4.

Les armes des Hébreux étaient, comme celles des autres peuples de l'antiquité, de deux espèces : défensi-

• Voy. 1 Sam. 8, 12; 17, 18; Il Sam. 18, i; II Rois, 1,9; 1 1, 4 et 15; I Chron. 13, I ; 28 , i ; U Chron. 25, 5. Comparez ci-dessus, page 200, col. 2.

2 Voy II Sam. I8, 2; II Chron. 17 , H-I7.

3 Voy. I Rois , 9 , la ; U Chron. 17 , 12 ; 32, 28.

* Comparez ci- dessus, pages I5 et in.

ves et offensives. Comme armes défensiues on mentionne les suivantes :

V ciJVNAH (scutum), ou le grand bouclier (IRois, 10, 16), ayant probablement la forme ovale et couvrant tout le corps. 2° maghèn {clypeus), le petit bouclier (ib. v. 17 ), de forme ronde, couvrant la poitrine '; il est très-ancien (Genèse, 15, 1), tandis que le grand bouclier n'est mentionné que depuis l'époque de David. L'un et l'autre étaient faits en bois , comme il résulte d'un passage d'Ézéchiel (39, 9), et couverts d'une peau qu'on graissait quelquefois d'huile (II Sam. 1, 21).' Par exception, on en faisait quelquefois en airain (I Piois, 14, 26); Salomon avait même des boucliers en or (ib., 10, 16 et 17), suspendus comme ornements dans son palais (p. 294).3°koba, le casque, ordinairement d'airain (I Sam. 17, Set 38). 4" siRYON, la cuirasse, égalementd'airainetfaite à écailles (ib).

5° Miç'ha, la jambière d'airain, qui n'est mentionnée qu'une fois, dans l'armure de Goliath (ib. v. 6). — En fait cTarmes offensives nous trouvons : 1" HÉREB, le glaive ou l'épée, qu'on portait dans un fourreau attaché à une ceinture particulière (II Sam. 20, 8) 2. 2° Différentes espèces de lances, de dards et de javelots désignées par les mots bomach, ha- NiTH,KiDÔis, KAÏ-\(ib. 21, i6), dont il est difflcile de préciser les nuances. 3° KÉscHETH, l'arc, ordinairement d'airain ^ , avec les flèches qu'on portait dans le carquois ( teli ou aschpah ) sur le dos; les flèches étaient quelquefois empoisonnées (Job, 6, 4).

4° KÉLA, la fronde, arme des pasteurs (p. 358) , mais dont on se servait aussi dans la guerre (Juges, 20,

' On trouve encore deux autres mots désignant des boucliers , savoir, le pluriel SCHE- LATiM ( Il Sam. 8 , 7 et passim) et le mot poétique SOHÉRA (Ps. 91, 4).

2 Sous le nom de héreb, qui désigne des glaives de différentes formes, on comprend aussi le poignard à deux tranchants. Voy. ci-dessus, page 308, col. I.

•' Voy. Ps. 18, 35; Job, 20, 24. L'arc étant très-lourd, il fallait se servir des pieds poup le tendre ; c'est pourquoi on dit en hébreu : fouler l'arc.

16; 2Rois, 3, 25). A ces armes il faut ajouter les machines de guerre , dont nous parlerons plus loin. — A Jérusalem et dans d'autres villes fortes il y avait des arsenaux pour les besoins de l'armée ■.

Quant à l'art militaire, il n'a jamais atteint chez les Hébreux un haut degré de perfection ; leur tactique était toujours très-simple, et encore à la glorieuse époque des Maccabées, se trouvant en face delà stratégie grecque, les Juifs suppléèrent par le courage et l'enthousiasme patriotique qui les distinguait au manque d'habiles tacticiens. Voici quelques détails sur la guerre, qui résultent de la combinaison de divers passages de la Bible : la campagne s'ouvrait ordinairement au printemps (II Sam. 11, 1); avant de se mettre en marche, on consultait, dans ks temps anciens, le sort sacré des Ourim et Thummîm (p. 176) ; plus tard on demandait l'avis des prophètes 2.

Quelquefois des négociations précédaient le combat ^. On ouvrait la guerre par un acte religieux, de là l'expression .9a?î,c^ï^er la guerre (Joël, 4, 9) pour dire s'y préparer ; sous Samuel et Saiilon mentionne expressément le sacrifice offert avant le combat (I Sam. 7, 9; 13, 9-12). Outre le discours obligatoire du prêtre (page 201), le roi lui-même prononçait quelquefois une allocution (II Chron. 20, 20). Pour l'attaque, comme pour la retraite, le signal était donné au moyen des trompettes 4; après le signal de l'attaque, toute l'armée faisait retentir le cri de guerre ^ et marchait sur l'ennemi. La bataille s'engageait ordinairement sur trois

' n Rois, 20, 13; n Chron. 26 , 14 ; 32 , 5 ; Isaïe, 22, 9 ; 39, 2.

* Juges, 1,1; 20, 18 et 27 ; I Sam. 14 , 37 ; 23, 2; 28, 6,- 30, 8; I Rois, 22, 6; II Rois, 19, 2.

2 Juges , II , 12 et suiv.; i Rois, 20 , 2 ; Il Rois, 14, 8. Voy. ci-dessus , page 199 , col. 2.

■» Juges, 7, 18; II Sam. 2, 28; 18 , 16; 20, 22. Selon 2 Chron. I3 , 1-2 et 14 , des prêtres qui accompagnaient l'armée étaient chargés de sonner des trompettes; comparez Nombres 10. 9.

5 I Sam. 17, 20 et 52; Isaïe, 42, i3; Amos, ï, 14. Comparez ci-dessus, page 236, col. i .

points , îcar l'armée était rangée en trois divisions, savoir, le corps de bataille et deux ailes '. On employait, selon les circonstances, certains stratagèmes, tels que l'embuscade, l'attaque à l'improviste ou par derrière, et autres ruses semblables ^.

Nous ne savons rien de particulier à l'égard de la forme des bataillons et de leurs évolutions. Pour ce qui concerne le camp et la marche , nous ne connaissons que les dispositions établies par Moïse, dans le désert, pour le voyage et les campements des Hébreux, etdont nous trouvons les détails au livre des Nombres ( ch. 2 et 10); mais le camp des Hébreux nomades, ayant pour centre le tabernacle entouré de la tribu de Lévi , ne pouvait guère servir de modèle dans ses détails, au camp de guerre de la Palestine. Le mot maagal ou maa- GALAH, qu'on emploie quelquefois pour désigner le camp de guerre ( I Sam. 17,20), etdont la racine a le sens de rond, paraît indiquer que ce camp avait-la forme circulaire; le roi et son état major occupaient le centre, et la troupe campait à l'entour (ib. 26, 5) ^. Deux fois après Josué nous trouvons l'arche sainte au milieu du camp : ce fut dans le malheureux combat livré aux Philistins du temps d'Éli ( I Sam. 4, 4), et plus tard dans une e.xpédition de Saùl (ib. 14, 18).

11 reste à faire connaître une partie essentielle des opérations militaires : les travaux de fortification , la défense des forteresses et les sièges.

Presque toutes les villes de la Palestine et des pays voisins étaient des places fortes par leur position et en-

' Juges, 7, 16; 9, 43; 1 Sam. n. II; Il Sam. 18, 2 ; voy. ci-dessus, pages 235, 236 et 277. 11 est fait allusion aux ailes de l'armée par Isaïe ( 8, 8 ) et par Ézéchiel ( 12, I4 ; 38, 6 ).

= Voy. Josué, 8, 4 et suiv.; Il, 7; Juges, 7, 16-22; 9, 31 et suiv.; 20, 29; U Sam. 5 , 23 ; cidessus, pages 221, 229, 235, 236.

^ Selon Gesénius et d'autres, maagalah serait dérivé du mot aç/alah (chariot ) et désignerait la place des chariots et des bagages; mais cette interprétation est peu probable et convient très-peu au passage cité, où il est question d'une petite excursion de SaOl.

L'UNIVERS

tourées de murailles (p. 362); mais depuis le règne de Sa lomon , un grand nombre de villes, notamment sur les frontières, furent fortifiées d'une manière plus solide et plus systématique '. Voici quels étaient généralement les ouvrages de fortification :

la ville était entourîe d'une ou de plusieurs murailles (llChron. 32, 5), garnies de parapets crénelés (pin- KOTH) et flanquées de tourss (ib. 26 , 15)'; de distance en distance il y avait des portes voûtées surmontées de tours et fermées par deux battants (Deut. 3, 5), qui étaient garnis de verrous de fer ou d'airain (ib. 33, 25) 3. A l'extérieur des murailles se trouvait le HÉL [antemurale) : c'est ainsi qu'on appelait le fossé qui courait le long des murailles et qui était protégé par une petite muraille ou par un rempart ^. Dans certaines villes il y avait des citadelles ou des forts détachés qui servaient de dernier refuge 5. Les assiégés se défendaient en tirant des flèches (II Sam. 1 1, 24) ; quand les ennemis s'approchaient de la muraille, on leur lançait de grosses pierres (ib. v.21; Juges, 9,53).

Sous le roi Ouzia,quifit faire aux Hébreux des progrès notables dans l'art militaire, on plaça sur les tours des machines d'une iiouvelle invention, au moyen desquelles on pouvait lancer des projectiles à une grande distance (H Chron. 26, 15).

En assiégeant une ville ennemie , les Hébreux devaient , avant de commencer les hostilités, faire des propositions de paix (p. 199). Les opérations du siège commençaient par les travaux du DAYEK ou de' la circonvallation ( II Rois , 25 , 1 ) , et par ceux des terrasses ou des bastions ( solelah ) qu'on élevait sur toute la ligne ( ib. 19, 32) et qui s'avançaient jusqu'aux

' I Rois, 9, 17 et 18; 15, 17 et 22 : Il Chron. 8, 3-0; 14, 6.

' Comparez la description des murailles de Jérusalem, ci-dessus, pages 45 et 46.

3 Voy. ci-dessus , page 363, col. I, et page 391, col. I,

* Voy. II Sam. 20 , 15; Isaïe , 26, l et le commentaire de Gesénius.

5 Voy Juges, 9 , 40 et 5i : Il Sam. 6 , 7 ; ii Chron. 27, 4.

fossés de la forteresse (II Sam. 20, 1 5). Les sièges duraient quelquefois trèslongtemps, et on se bornait d'abord à un simple blocus et à couper les vivres aux assiégés (II Ptois, G, 25), comme on en a vu des exemples dans les longs sièges de R.abbah ( p. 273 ) , de Samarie (p. 332 ) et de Jérusalem ( p. 350 ). Mais nous trouvons souvent des exemples d'attaques expéditives et d'assauts vigoureux; les assiégeants s'approchaient courageusement des murailles et cherchaient à pratiquer la brèche (II Sam. 20, 15); en même temps on tirait des flèches sur les assiégés qui se montraient sur la muraille. Les béliers (carîm) ne sont mentionnésqu'àl'époquedesChaldéens (Ézéch. 4, 2); on les plaçait surtout contre les portes (ib. 21, 27). Les places prises d'assaut furent ordinairement détruites de fond en comble et les habitants massacrés (Juges, 9, 45 ); en général, on avait coutume de dévaster le pays conquis ( II R^ois, 3, 25 ) , et on a vu dans différents endroits de cet ouvrage que les Hébreux usaient mainte fois du droit de guerre avec autant de cruauté que leurs voisins'. Mais après David, nous ne trouvons guère d'exemple, chez les Hébreux, de cette cruauté barbare dont les prophètes parlent avec tant d'horreur (Amos, 1, 3 et 13); les rois des Hébreux avaient même la réputation d'être généreux et cléments envers leurs ennemis ( I Rois, 20 ,31). On se contentait d'enlever le trésor public des ennemis, d'emmener des otages (II Rois, 14,14), d'occuper le pays conquis et de le rendre tributaire, comme le fit David lui-même (H Sam. 8, 6 et 14 ) à qui on ajustement reproché plusieurs actes cruels.

On célébrait la victoire par des réjouissances et des chants; à leur retour les guerriers recevaient les hommages des femmes, qui allaient au-devant d'eux avec des instruments de musique , en chantant et en dansant '.

' Voy. ci-dessus , pages 198-200 , 221, 223 , 272, 273.

^ Voy. Juge^, 5, I; II, 34; I Sam, IS, O; Judith, IC, 2 t't24.

On déposait quelquefois dans le sanctuaire les armes conquises sur les ennemis (I Sam. 21, 10), et on élevait des trophées en l'honneur des héros ( ib. 15 , 12 ). — La moitié du butin appartenait de droit aux soldats ( p.

201 ) , et pour éviter les contestations, David avait établi, comme une loi, que dans chaque expédition, ceux qui prendraient part au combat et ceux qu'on aurait laissés en arrière, pour garder le camp et les bagages, auraient des portions égales ( I Sam. 30 , 24 et 25 ). Sur l'autre moitié qui , selon l'ordre de Moïse , devait appartenir à la nation, le roi prenait sans doute une large part, notamment des métaux et autres objets précieux ( II Sam. 12, 30); une autre part servait à agrandir le trésor du sanctuaire ( ib. , 8, 11; I Chron. 26,27), auquel appartenait aussi tout le métal pris dan^ les villes qui étaient déclarées hérem ( anathème), comme nous l'avons dit ailleurs (p. 201 ).

D. Le culte.

Nous avons peu de chose à dire sur le culte légal des Hébreux , que nous avons fait connaître dans tous ses détails ( p. 150 - 191 ). Nous rappellerons brièvement les vicissitudes du culte mosaïque ; depuis la mort de Josué jusqu'à l'exil de Babylone , les anomalies et les écarts que nous remarquons à l'époque des juges et qui se reproduisent sous plusieurs rois , et les améliorations portées dans les formes extérieures du culte par quelques autres rois. Nous nous bornerons à quelques indications rapides, pour ne pas répéter des détails que nous avons donnés dans différents passages de notre histoire.

Josué avait fixé le Tabernacle à Siloh , qui devait être le lieu central du culte mosaïque et où les tribus devaient se réunir aux époques fixées par la loi (Jos. 18, 1). Mais pendant la période des juges il n'est jamais question du sanctuaire de Siloh et du culte national, et ce n'est qu'à la fin de cette période que le culte se relève un peu par le prêtre Éli (p. 242).

Les tribus n'étaient pas plus unies sou.s le rapport religieux que sous le rapport politique ; les Hébreux adoraient en partie les divinités cananéennes, et ceux-là même qui restaient fidèles à Jéhova ne pouvaient pas s'élever à l'adoration d'un être invisible , et, dédaignant les symboles de Siloh , ils adoraient leur Jéhova , dans différentes localités , sous une image visible. On en a vu des exemples dans l'idole de Michah (p. 227) et dans l'oracle établi par Gédéon à Ophra (p. 237). Le sacrifice de la fille de Jephté montre combien peu on était pénétré de l'esprit des lois mosaïques. Samuel chercha à refaire l'œuvre de Moïse, en faisant cesser toute espèce d'idolâtrie (I Sam. 7 , 3) et en rétablissant l'unité politique et religieuse; il développa le prophétisrae, dont les éléments étaient donnés dans les institutions mosaïques , mais nous ne voyons pas encore le culte sacerdotal régulièrement constitué. Une famille de prêtres dessert le sanctuaire de Siloh (ib. 14 ,3), mais ce sanctuaire reste privé de l'arche sainte , et Samuel lui-même préside à des sacrifices offerts dans d'autres endroits (ib. 7, 9; 9, 12). Nous trouvons des pratiques religieuses étrangères au mosaïsme , par exemple, le jeûne et les libations d'eau dans la grande assemblée de Mispah (ib. 7,6), et même dans la famille de Saùl nous rencontrons encore les theraphîm (ib. 19, 13), espèces d'idoles domestiques qui donnaient des oracles (Zachar. 10,2)'.— Sous David, enfin, la tribu de Lévi est établie dans les fonctions et les droits que lui attribue la constitution mosaïque ; du moins la Chronique fait remonter à David l'organisation complète des différents corps des lévites et des prêtres (p. 282). Dans les livres bibliques écrits après l'exil, on mentionne , à côté des prêtres et des lévites, une autre classe de serviteurs du Temple appelés iVe/Ainî»i (I Chron. 9,2), mot qui signifie donnés, voués; selon le livre d'Ezra (8 , 20) , ils furent con- ' Comparez, ci-dessus, page I76, col. 2.

L'UNIVERS

sacrés , par Davi.l et par ses capitaines , au service des lévites. C'étaient sans doute des prisonniers de guerre qui avaient adopté la religion de Moïse (Néliém. 10 , 29) , et qu'on employait au plus bas service du Temple, a l'égal des Gabaonites, qui furent condamnés par Josué à faire le service de coupeurs de bois et de porteurs d'eau dans le sanctuaire (p. 222). — Salomon couronna l'œuvre de Samuel et de David par la construction du temple (le Jérusalem ; mais l'unité du culte fut de courte durée. Salomon luimême, à la fin de ses jours, accorda des autels aux dieux étrangers, et bientôt la division du royaunïe amena un schisme religieux. A -la vérité, le culte national, dans les deux royaumes , était celui de Jéhova ; mais dans le pays d'Israël on adorait Jéhova sous une image visible, un nouveau sacerdoce fut établi et les époques solennelles furent changées arbitrairement (p. 302). Outre le templeroyal (leBéthel (Amos,7, 13) et l'autel de Dan, établis l'un et l'autre par Jéroboam, il y avait un certain nombre de hauts lieux, ou de temples privés, dans différentes localités (I Rois, 13, 32) , sans parler des autels et des temples consacrés au culte phénicien et qui étaient tolérés par la plupart des rois d'Israël. Ce fut contre l'idolâtrie phénicienne que sévirent les prophètes Élie et Élisa et le roi Jéhu ; mais le culte des images de Jéhova , le péché de Jéroboam , subsistait toujours comme culte oational (II Rois, 10, 31).

Dans le royaume de Juda, le culte reconnu par l'État était celui du sanctuaire de Jérusalem , conforme aux préceptes de Moïse. Malgré la faveur que plusieurs rois de Juda accordèrent au culte phénicien , qui trouva aussi de nombreux partisans parmi le peuple, le temple central resta presque toujours ouvert au culte de Jéhova ; Athalie elle-même ne put l'en bannir, et sous son règne impie le grand prêtre Joïada sut maintenir l'ordre du service et l'organisation des prêtres et des lévites (II Chron. 23, 4 - 8). Sous Achaz seulement le

Temple resta fermé pendant quelque temps (ib, 28 , 24 ; 29 , 7) , et Manassé osa le souiller par la plus abominable idolâtrie (II Rois, 21,4-7). Mais presque tous les rois de Juda , même ceux dont l'Écriture loue la piété, tolérèrent le culte des hauts lieux » , qui étaient desservis par des prêtres de Jéhova , de la race d'Ahron (ib.

23 , 8 et 9) , et il fallut le zèle d'un Ézéchiaset d'un Josiaspour faire cesser ce culte illégal. Les prophètes font allusion quelquefois à un culte d'images (de Jéhova) célébré dans quelques villes de Juda, telles que Guilgal et Beërséba ^\ le culte du serpent , comme symbole de Jéhova , dura jusqu'au temps d'Ézéchias (p. 331). — Les détails du culte cananéen ou phénicien , auquel se livrèrent beaucoup d'Hébreux dans les deux royaumes , ont été exposés plus haut (p. 89 - 94).

On voit qu'il ne suffit pas de lire les lois du Pentateuque pour se former une idée exacte de l'état religieux des Hébreux avant l'exil. Il est probable que le culte mosaïque pur, avec toutes ses observances, ne fut établi dans toute son étendue que sous le règne de Josias ; l'Écriture elle-même nous dit que dans la dix-huitième année de Josias , on célébra pour la première fois le rite de la Pâque selon toutes les prescriptions de la loi (H Rois, 23, 21 - 23). Mais nous sommes bien loin de conclure de là , avec quelques critiques modernes d'Allemagne, que les prescriptions du culte attribuées à Moïse ne sont que le résultat du développement successif des cérémonies religieuses depuis les temps anciens jusqu'à l'époque de Jo-

1 Voy. I Rois, 15 , 14; 22,44; 11 Rois , 12 , 4; 14, 4. On désignait les autels privés , ou les chapelles, par le mot bamoth {hauteurs ou hauts lieux ), parce que , dans les temps anciens, on dressait ordinairement les autels sur les hauteurs ; mais plus tard les hnmôih des Hébreux se trouvaient au milieu des villes ( Il Rois, 17 , 9)«tdans les vallons ( Jérém. 7, 31). C'étaient qfuelquefois des chapelles portatives, comme parait l'indiquer un passage d'Ezéchiel (16, 16).

* Voy. Hoséa, 4, 15; 9, 15; 12, 12; Âmos, 4, 4 ; 5, -•; S, 14. Coraparez Vulg. Juges , 3, 19.

sias. S'il est vrai que les livres des Rois ne parlent pas souvent des cérémonies et des solennités mosaïques, il ne faut pas oublier que ces livres ne sont que les abrégés fort incomplets des anciennes chroniques de Juda et d'Israël, et que le silence qu'ils gardent sur certaines institutions ne peut nullement servirde preuve de l'absence de ces institutions. Noustrouvonsd'ailleurs des traces suffisantes des cérémonies mosaïques observées par les Hébreux avant l'époque de Josias , et s'il est vrai que ces cérémonies n'ont pu s'établir, dans tous leurs détails, au milieu d'un peuple qui comptait un grand nombre d'idolâtres et d'indifférents , et qui était peu instruit dans la loi , il est certain du moins que les partisans du culte national observaient les principales pratiques prescrites dans la loi de^Ioïse. Ainsi, par exemple, ou mentionne expressément la célébration du sabbat et des néoménies >', et même dans le royaume d'Israël , les prophètes consacraient ces jours solennels à l'instruction du peuple; les hommes et les femmes venaient écouter leurs discours (II Rois, 4, 23). Les trois grandes fêtes étaient célébrées , sans aucun doute , dans le sanctuaire de Jérusalem , aux époques fixées par la loi ; le roi Salomon, lors de la dédicace du temple, fit célébrer avec beaucoup de solennité la fête des Tabernacles , et il se rendait toujours au Temple, aux trois fêtes , pour y offrir ses sacrifices (p. 296).

Sous Ézéchias, la fête de Pâques fut célébrée avec beaucoup d'éclat, comme le rapporte l'auteur des Chroniques (voy. p. 331).

Parmi les pratiques religieuses des Hébreux nous devons signaler particulièrement les jeûnes et les prières.

I^ loi mosaïque n'établit qu'un seul jeûne public, et elle ne prescrit rien à l'égard des prières (p. 164). Dans les livres historiques postérieurs à Moïse, ainsi que dans les prophètes, il est souvent question de jeûnes ex-

' A. la cour de Saù!,on célébrait lesnéomér./es par des repas solennels (J Sam. clî. 20 , V. 5, 18 et 24).

2T Livraison. (Palestine.)

traordinaires , tant publics que privés, qu'on s'iinposait comme expiation, ou comme signe de deuil et de contrition , dans les calamités qui frappaient la nation tout entière ou les familles ; on en a vu beaucoup d'exemples dans le courant de cet ouvrage '.

La prière est mentionnée très-fréquemment avant l'exil , mais elle n'était pas encore régulièrement introduite dans le culte public; on ne mentionne que les chants des lévites (I Chron. 16,4 ; 23 , 30) et des prières de circonstance, dont nous trouvons des exemples dans beaucoup de psaumes et dans la grande prière de Salomon (p. 293). La prière était une partie essentielle de la dévotion privée ^, mais il n'y avait pas de formules fixes et chacun priait selon ses inspirations. Cependant un verset des Psaumes (.55, 18) peut faire présumer que déjà avant l'exil les hommes pieux priaient régulièrement trois fois par jour, usage établi plus tard dans les synagogues et dont il est parlé dans le livre de Daniel (6, 11). On faisait la prière debout ou agenouillé et les mains étendues vers le ciel (I Rois , 8 , 22 et 54). Quelquefois on se prosternait à terre (Néhém. 8,6), comme nous le trouvons déjà dans les prescriptions mosaïques (p. 164^.

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