CINQUIEME LIVRE
Histoire de la Palestine et des
JUIFS, DEPUIS l'exil DE BABY- LONE jusqu'à la DESTRUCTION DE JÉRUSALEM PAR LES ROMAINS.
La guerre dévastatrice des Clialdéens, la déportation en Babylonie des principaux habitants de la Judée.
et les diverses émigrations en Egypte avant et après la prise de Jérusalem (p. 353), avaient dépeuplé le pays de Judaet en avaient fait un désert ( Jérém. 44, G et 22). Nous ne connaissons rien de particulier sur les destinées de ce pays depuis la dernière déportation, <|ui eiitlieu cinq ans après la destruction de Jérusalem (en 583), jusqu'à la première année de la monarchie de (]yrus (536). Quelques passages du livre d'Ezra nous laissent deviner que des habitants des pays voisins étaient venus s'y établir à côté de quelques faibles débris de l'ancienne population de souche hébraïque ; les frontières du midi, à ce qu'il paraît, furent envahies par les Iduméens'. Le pays du nord, qui avait formé autrefois le royaume d'Israël , dut être mieux peuplé, et, par sa position géographique , il dut même se maintenir dans un état de prospérité sous la domin?^ion chaldéenne. A la chute de la dynastie assyrienne, le nord delà Palestine ne fit quechanger de maître, et sa position
' Voy. Ezra, 3 , 3 ; G, 2i , et le livre apocryplie d'Ezra Ht , i , 5o.
dut rester telle que nous l'avons indiquée précédemment'.
Quant aux Judéens qui avaient été déportés dans diverses contrées de l'empire babylonien, ils n'avaient à regretter que leur indépendance nationale; car ils furent traités avec bonté par les vainqueurs. On les établit dans certaines localités , où ils demeuraient ensemble; il y avait de grandes colonies d'Hébreux à Tell- Àbîb, sur le Chaboras (Ézéch. 3, 15), et dans plusieurs autres endroits (Ezra, 2, 59), et il résulte d'un passage de Jérémie(29, 5) qu'on leur abandonnait des propriétés et des terres à cultiver. Les Hébreux y formaient en quelque sorte un petit État à part, sous la surveillance du gouvernement babylonien ; ilsétaient régis par leurs anciens (Ézéch. 8, 1; 14, 1), et à leur tête se trouvait probablement un prince ou gouverneur général portant le titre de nâsî(Ezra, 1 , 8). S'il faut ajouter foi à l'histoire apocryphe i!e Susanne, les anciens exerçaient en Babylonie, comme autrefois en Palestine", les fonctions de juges et prononçaient en dernier ressort, même dans les accusations capitales. Sous le rapport religieux , la colonie ne pouvait observer qu'en partie les anciens usages de la patrie; car les sacrifices , qui formaient la partie essentielle du culte mosaïque, ne pouvaient avoir lieu que dans le sanctuaire central de la Judée. Les prêtres comme tels étaient sans fonctions, mais on se réunissait chez les prophètes pour entendre leurs discours; c'est aiiisi que nous voyons les anciens et le peufile se rendre auprès d'Ézéchiel pour le consulter et pour interroger Jé/iova (Ézéch. 20, 1 ; 33, 30). Certaines heures de la journée étaient consacrées à la dévotion et à la prière (Daniel, 6, II); il y avait probablemtat des réunions oii on faisait la prière en commun , et peut-être faut-il faire remonter à cette époque l'origine des synagogues».
' Voy. ci-dessus, 354 et 355.
' Une tradition rapportée dans le Thalmud de bui)vlone, Menhitta, fol. -2» « , attribue
Cependant les Judéens, àqui on laissait le libre exercice de leur religion,, ne restèrent pas pour cela entièrement séparés des autres habitants de l'empire babylonien. Dès la première prise de Jérusalem , qui eut lieu sous le règne de Joïakîn (p. 345), Nébuchadnessar, ayant fait emmener comme otages un certain nombre de jeunes gens de distinction, voulut les attacher a son service , et les fit instruire pendant trois ans dans la langue et la littérclare des Chaldéens (Daniel, 1, 4).
On nomme surtout quatre jeunes Hébreux qui sedistinguèrent par leur pieté et leur savoir , et dont la science surpassa celle de tous les mages ; ce furent Daniel et ses trois amis , Hanania , Misaëlet A7a>'ia,qui restérenlàlacour de Nébuchadnessar, oii ils portèrent des noms babyloniens (ib. v. 7)»
Daniel , dit-on , par l'interprétation miraculeuse d'un songe qu'avait eu le roi deBabylone, parvint à une des plus hautes dignités de la cour et fat nommé chef des Mages, et sur sa demande, le roi confla aussi à ses trois amis des cliarges importantes. Daniel sut se maintenir dans sa haute position sous les successeurs de Nébuchadnessar; il survécut à la chute de l'empire babylonien, et. fut un des principaux satrapes sous Darius le Mède (Cyaxarell) et peut-être aussi sous Cyrus (ib. ch. 6, v. 3 et 29). La tradition populaire exaltait Daniel et ses trois amis , en les montrant protégés par la Divinité d'une manière miraculeuse ; tout le monde connaît les récits des trois hommes sauvés de la fournaise par un ange et de Daniel délivré de la fosse aux lions. Quelques siècles plus tard, à l'époque des Maccabées, un écrivain recueillit ces traditions et se servit du nom de Daniel pour présenter , sous la forme de symboles et de visions , les grands événements historiques depuis l'exil jusqu'à la lin de la domination gréco-raacédo-
aux exik^s qui avaient accompagné le roi JolachiD la fondation d'une synagogue, bâtie avec. des pierres de la Terre sainte. Comparez Benjamin de Tudèle , édit. de l'Empereur, p. 81.
nienne, à laquelle, après de longs malheurs , devait succéder le règne messianique. Nous ne voyons pas de motifs suffisants pour mettre en doute , avec quelques savants modernes', l'existence de Daniel. Il n'est pas invraisemblable que quelques Hébreux de distinction aient pu jouer un rôle à la cour des rois de Babylone , et s'il est vrai que les livres purement historiques de l'Ancien Testament ne font aucune mention de Daniel et de ses trois amis , les traditions populaires que l'auteur du livre de Daniel dut mettre à profit, nous paraissent au moins suffisantes pour constater l'existence de ces hommes. Au reste, le prophète Ézécbiel (14, 14; 28, 3) fait mention d'un certain Daniel , aussi célèbre par sa science que par sa piété ; on a prétendu que leprophète, ennomm.nijt Daniel à côté de Noé et de Job, a voulu parler d'un ancien sage qui nous est inconnu; mais pourquoi donc aurait il hésité h citer comme modèle un jeune contemporain qui, par ses hautes qualités et sa position éminente, dut attirer sur lui tous les regards?
Le fils et successeur de N'^liuchadnessar montra encore plus df ■ lemence pour les captifs hébreux; à son avènement au trône ( en 502 ) , Évilmérodach fitsortirde prison le roi Joïachîn; il ie combla d'iionneurs, et le mit audessus de tous les autres princes vaincus qui vivaient à Babylone. Joïachîn futau nombredes commensaux du roi, qui lui accorda une pension p^^ur tout le resta desa vie. Lemalheureux Sédékia était mort en prison ( Jérém. 52, 11).
Les exilés ne perdirent pas l'espoir de retourn.;- en Judée et de voir le Temple de j ^' .uva se relever de ses cendres. Cet espoi se fortifia de plus en plus par la décadence de l'empirt ba'oyionien, et à l'approche des victorieux Mrdes et Perses, les prophètes annoncèrent hautement que le temps de la délivrance n'était pas éloigné. Ézcchiel ne vit point luire l'aurore de la nouvelleliberté; il la pressentit et l'annonça
' Voy. Lengerke, Das Buc/t Daniel, préface.
dans ses visions (cii. 36 et 37 ); niais cette époque heureuse lui paraissait encore éloignée, et il blâmait les faux prophètes, qui nourrissaient dans les Hébreux de vaines espérances (ch. 13).
Il mourut sur la terre étrangère, nous ne savons à quelle époque, ni à quel âge'. L'auteur de la seconde partie du livre d'Isaïe présente comme très-prociiaine la délivrance des Hébreux , et les oracles de ce prophète inconnu nous permettent aussi déjuger de l'état religieux des captifs de la Jufiée vers la fin de l'exil.
Le prophète parle de gens qui , non contents de transgresser les lois céréinonielles concernant les aliments, s'abandonnaient à toutes les abominalions de l'idolâtrie et de ses rites impies et barbares; ils méprisaient les proj)liètes et les maltraitaient même quand ils leur reprochaient leur infidélité envers le Dieu de leurs pères \ D'autres continuaient à professer la religion de .léhova, mais ils croyaient servir Dieu par des observances extérieures et notamment par le jeune, tandis qu'ils opprimaient leur prochain, refusaient de secourir les malheureux et commettaient toutes sortes d'iniquités; le prophète leur reproche de retarder, par leur impiété, la délivrance d'Israël 3. Mais les vrais fidèles avaient augmenté en nombre depuis que la Providence avait instruit Israël par de graves châtiments. C'est ce parti que le prophète désigne souvent par la dénomination collective de serviteur de Jckova; ce sont ces hommes pieux qu'il encourage, lorsqu'ils désespèrent de leur salut et qu'ils sont accablés par la raillerie des païens et des infidèles Hébreux ; c'est à eux qu'il adresse
' Les Pères de l'Église, qui aiment à présenter comme martyrs les propliètes célèbres dont lu lin est inconnue, prétendent (|u"K/.échiel mourut assassiné par un chef du peuple, à qui il avait reproche son idolâtrie. Voy. St. Epipliane, De vitis prophetnritm, c. 6. — Au moyi'11 âge on montrait son tomlieau prés de l'i"uplirate, a quek[ues journées <!e Bagdad. Voy. Benjamin de Tudèle, p. 78; compar. Niebiihr, foyai/e , t. II, p. -ilt).
'' Isaïe, 50, 6; 57, 3-1 1; 65,2-7 et 11 ; GO, 5 et 17.
^ Ib. 48 , I ; 58, 2 el suiv. ; 59, I-I6.
ses consolantes promesses, en leur annonçant que le temps des souffrances est fini pour Jérusalem et que son péché est pardonné (Is. 40, 2).
Nabonnède (connu dans le livre de Daniel sous le nom de Belsassar ou Baltasar ) était assis sur le trône chancelant de Babylone , lorsque les armées des Mèdes et des Perses envahirent l'empire naguère si puissant du fier Nébuchadnessar. Notre prophète proclama hautement que l'exil de ses compatriotes était arrivé à son terme, et désigna Cyrus comme roint de Jéhova destiné à soumettre les nations et à devenir le libérateur du peuple hébreu (Is. 45, 1 ). On se demande naturellement ce qui a pu inspirer aux prophètes cette intime conviction de la générosité de Cyrus à l'égard des Hébreux, et ce qui a pu porter le monarque de Perse a réaliser si promptement leurs espérances. Peut-être, dans les provinces déjà conquises, les Hébreux avaient-ils fait des démarches auprès du vainqueur et obtenu des promesses de sa part. Peut-être aussi , ce qui est plus probable, les Hébreux fondaient-ils leurs espérances sur les opinions religieuses de Cyrus, qui, sur beaucoup de points, étaient conformes aux croyances des Hébreux '.
La religion de Cyrus dut être semblableà celle qu'enseigne le Zend-Jvesta ; car quand même Zoroastre serait postérieur à Cyrus (ce qui n'est nullement démontré), il n'a été que le réformateur d'un système religieux qui remonte bien plus haut '. Or la religion du Zend-Avesta est aussi hostile à l'idolâtrie que celle du Pentateuque, quoiqu'elle n'enseigne pas, comme cette dernière , l'unité absolue de Dieu^.Lesvraisadorateursde Jéhova, loin de montrer de la répugnance pour les dogmes religieux des Perses , leur
' Vov. Gesénius , Commentaire sur Isaie , ch. 4l", V. 2.
2 Voy. Jalin, Archœologie , t. III, p. 148 et suiv."
' Le prophète de l'exil (Is., 45, 7) parait faire allusion aux deux principes de la doctrine de Zoroastre et combattre ce dualisnte en proclamant que Jéhova seul est le créateur des lumières et des ténèbres, du bien et du mal. Comparca ci-dessus, page 145.
'ini
empruntèrent certaines croyances concernant les anges , les démons, le paradis, l'enfer, etc., croyances qui plus tard devinrent très-populaires parmi les Juifs. Cyrus pouvait donc, de son côté, être attiré par la spiritualité de la religion des Hébreux,, et témoigner à ceux-ci plus de sympathie qu'aux autres populations du vaste empire babylonien.
* Cyrus, roi de Perse depuis l'an 560 ou 559 avant.!. C, conquit Babylone, en 539, ou 538, comme auxiliaire de son oncle et beau-père Cyaxare II , roi de Médie, qui, dans le livre de Daniel, est désigné par le nom de Darius le Mède ( Dan. 6,1). Les Babyloniens, au milieu des joies d'une fête, furent surpris par les troupes réunies des Mècies et des Perses , et le roi Nabonnède ou Baltasar fut mis à mort par, les vainqueurs". Après la mort de* Cyaxare II (en 536), la Babylonie passa, avec la Médie, sous la domination de Cyrus, et c'est de ce moment que date la vaste monarchie de Cyrus, qui réunit sous son sceptre la Perse , la Médie et la Babylonie. Dès la première année de son règne universel, Cyrus publia un édit, par lequel il accorda aux Hébreux qui vivaient dans ses États la permission de retourner en Palestine et de reconstruire leTemple de Jérusalem^. L'édit , selon le livre d'Ezra (1 , 2-4), était conçu eu ces termes : « Ainsi dit Cyrus, » roi de Perse : Jéhova, le Dieu du " ciel, m'a donné tous les royaumes de " la terre, et c'est lui qui m'a ordonné
■ Ces faits résultent de la combiaaisoQ des diverses relations d'Hérodote (1,191), de Xénophon ( Cymp. VII , 5 ) et du livre de Daniel (cil. 6 1. A la vérité, Hérodote et Ctésias ne connaissent pas Cyaxare II, roi de Médie et successeur d'Aslyage; d'un autre côté, Bérose, cité par Josèphe (c(>«<re Âpion, I, 20), rapporte que le roiNabonnède, s'étant retiré dans la forteresse de Borsippe , se rendit volontairement à Cyrus, qui le traita avec douceur et l'envoya en Carmanie. Mais l'accord frappant entre la Cyropédie et le livre de Daniel nous semlile mettre liors de doute la mort du roi de Baljylone et l'existence de Cyaxare ( successeur d'Astyage), ou Darius le Mède. 'Vov. Gesénius, 1. c, t. I, p. 4G8 et
^ Voy. Ezra, l , l; 5, I3; 6, 3; Il Chron. 36 , 22.
« de lui bâtir un Temple à Jérusalem « qui est en Judée. Quiconque d'entre « vous est de son peuple, — que son » Dieu soit avec lui, qu'il monte à « Jérusalem, qui est en Judée, et « qu'il rebâtisse le Teinple de Jéhova, « Dieu d'Israël ; c'est le Dieu qui est « à Jérusalem. Et tous ceux qui (faute « de moyens) resteront en arrière « dans les endroits otj ils sont éta- « blis, les gens de l'endroit les aide- « ront avec de l'argent, de l'or, du « bétail et d'autres biens, outre le don « volontaire pour le Temple de Dieu « qui est à Jérusalem. «
Cet édit parut cinquante-deux ans après la destruction de Jérusalem et soixante-trois après l'exil du roi Joïachin. Selon le prophète Jérémie (25 , 11), la servitude babylonienne devait durer soixante-dix ans; pour trouver ce nombre on a fait commencer l'époque lixée par Jérémie à dater de l'année 606, qui, selon les auteurs hébreux, est la première du règne de Nébuchadnessar' , et en effet ce fut dans cette même année que Jérémie parla, pour la première fois, des soixante-dix ans que devait durer l'empire de Babylone (ib. V. 26, ), ce qu'il répéta ensuite, en 599 , à l'époque de l'exil de Joiachîn (ch. 29,v. 10). IMais dans la première année de Nébuchadnessar, il ne fut pas encore question d'une servitude babylonienne. Il nous semble d'ailleurs puéril de vouloir faire plier les faits historiques aux paroles prophétiques de Jérémie; évidemment les soixante-dix ans du prophète ne sont qu'un nombre roua et indéterminé comme le sont en général les nombres septénaires chez les Hébreux '.
La proclamation de Cyrus , coinrae on vient de le voir , s'adressait à tous les Hébreux établis dans son vaste empire , où se trouvaient aussi les des-
' Voy. ci-dessus, page 344, col. 1 , note l.
^ Comparez deux passages du prophète Zacharie ( 1 , 12; 7,5 ), (^ui, à deux époques différentes, dans la deuxième et la quatrième année du. rèfjne de Darius, lils d'Hystaspe , seize et dix-huit ans après l'édit de Cyrus, parle de la désolation des villes deJuda et des jeûnes publics qui duraient depuis ioixanle-dixans.
L'UNIVERS
cendants de ceux qui , deux siècles auparavant, avaient été emmenés du pays d'Israël par les rois d'Assyrie.
Mais les habitants du royaume d'Israël n'avaient jamais eu un grand attachement pour le culte de Jéhova et notamment pour le Temple de Jérusalem; leurs descendants, pendant un si long séjour parmi les païens, a valent dû devenir encore plus indifférents pour la religion mosaïque, et le souvenir de l'ancienne patrie dut être entièrement effacé. Il existait probablement peu de relations entre eux et leurs frères de ,Iuda , et des deux côtés on se montrait sans doute peu disposé à faire cause commune pour la restauration de .Jérusalem et de son Temple. En effet, ce ne furent généralement que des descendants des tribus de Juda et de Benjamin qui proGtèrent de la permission de Cyrus; çà et là peutêtre quelquesfamilles d'^ autres tribus se joignirent aux Judéens, mais la masse des /^raeV^ïM continuait à rester dans les différentes provinces de l'empire persan'. Ce sont les Judéens^ ou les anciens habitants du royaume de .Tuda, qui travaillent seuls à la restauration des institutions mosaïques et à l'accomplissement de la mission des Hébreux; depuis lors le nom de Yehoudim (Judéens) que, par corruption, on a changé en celui de Juifs, désignait en général ceux qui professaient la religion de Moïse. C'est donc du nom de Juifs que nous nous servirons dorénavant, en parlant des membres de la nouvelle société hébraïque en Palestine et de leurs coreligionnaires dans les pays étrangers.
L'histoire de îa Palestine et des Juifs, depuis la fin de l'exil jusqu'à la destruction de Jérusalem par les Romains, peut se diviser en quatre périodes : r la domination persane, depuis la rentrée des Juifs en Palestine jusqu'à la conquête de la Phénicie et de la Palestine par Alexandre le Grand ( de 53G à 332); 2" la domination gréco-macédonienne , sous Alexandre et ses successeurs, les rois
' Voy. Josèphe, Antiqu. XI, 5, 2.
d'Egypte et de Syrie, jusqu'à Antiochus Épiphanes et le soulèvement des Maccabées (de 332 à 167 ); 3^ guerre de l'indépendance et époque du gouvernement national et libre sous les rois de la famille des Maccabées, jusqu'à la conquête de Jérusalem par Pompée (de 167 à 63) ; 4° les Juifs sous la dépendance romaine, et leur lutte héroïque jusqu'à la destruction de Jérusalem et du Temple par Titus (de l'an 63 avant l'ère chrétienne jusqu'à l'an 70 de cette ère).
Si chez les anciens Hébreux le culte de Jéhova et les institutions mosaïques n'ont jamais pu s'établir d'une manière solide, nous rencontrerons dorénavant chez les Juifs plus de zèle pour la religion nationale; car les colonies qui quittent le pays de Babylone pour se rendre en Palestine, ne se composent que des hommes les plus attachés aux doctrines mosaïques et qui sont bien convaincus que l'infidélité de leurs ancêtres était la cause principale de leurs malheurs. Mais les idées religieuses se modifient peu à peu sous l'influencede certaines croyancesétrangères et de doctrines philosophiques empruntées à l'Orient. La réflexion soutient ses droits à côté de l'inspiration ; le raisonnement l'emporte souvent sur le sentiment; les cérémonies dégénèrent en une foule d'observances minutieuses , et pour rattacher les nouvelles doctrines et les nouveaux usages aux textes anciens, on a recours à l'interprétation. Il se forme une théologie savante et des écoles ; les prophètes sont remplacés par des scribes et des docteurs; les opinions se divisent, et la division fait naître différentes écoles ou sectes, d'où sortira enfin la doctrine chrétienne, qui devient le symbole sous lequel le judaïsme se répandra parmi les gentils. Sous le rapport civil , l'agriculture ne pouvait plus être l'unique base de la constitution , les Juifs ayant pris le goût de diverses industries et se livrant plus qu'autrefois aux spéculations commerciales.
INéanmoins, nous voyons dans cette période les lois mosaïques qui ont rapport à l'agriculture plus strictement
observées que dans les temps anciens.
L'ancienne constitution des pouvoirs ne put être rétablie sous la domination étrangère, et même à l'époque de l'indépendance, sous les Maccabées, il Jie put être question de revenir aux institutions primitives, qui déjà s'étaient très-sensiblement modifiées de- Kuisles temps de David et de Salomon.
[ous retracerons les différentes phases des nouvelles doctrines et institutions, autant que nous le permettront les documents authentiques qui nous restent. Les livres d'EzraetdeNéhémiaet les prophètes Haggai et Zacharie ne nous fournissent que des détails incomplets sur les premiers établissements des Juifs en Palestine, sous Zéroubabel et sous Ezra et Néhémia ; sur le reste de l'époque persane , ainsi que sur l'époque gréco-macédonienne, nous manquons presque complètement de documents historiques. Les livres des Maccabées renferment des détails sur le règne d'Antiochus Épiphanes et sur la guerre de l'indépendance , et 1.1 cessent les documents bibliques.
Mais nous avons dans l'historien Josèphe un guide excellent pour l'histoire des Juifs depuis les Maccabées jusqu'à la destruction de Jérusalem. Le Nouveau Testament et le Thalmud renferment également des données précieuses sur l'époque romaine, mais dont il faut user avec circonspection.