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PREMIÈRE PÉRIODE

LA PALESTINE SOUS LA DOMINATION PERSANE, DEPUIS LA BENÏBÉE DES JUIFS, jusqu'à ALEXANDRE

LE GRAND (de 536 à 332).

1 . La première colonie juive soiisZéroiibabel et le grand prêtre Josué.

De nombreuses familles des tribus de Juda et de Benjamin et plusieurs centaines de prêtres, de lévites et de serviteurs du sanctuaire, appefés Ne- /Amîwi', répondirent immédiatement à l'appel deCyrus et se préparèrent à partir pour la Judée. Us formèrent une

' Voy, ci-dessus, page 416 , col. 2.

grande caravane de près de 50,000 individus, y compris 7,337 esclaves des deux sexes et 200 chanteurs et chanteuses ' . Ils avaient à leur tête le prince Zéroubabel, petit-fils de Séalthiel , fils du roi Joïachîn (I Chron. 3, 17-19), et Josué, fils de Josadak; ce dernier était le fils du grand prêtre Séraïa (ib. 5 , 40) , qui fut mis à mort lors de la conquête de Jérusalem par les Chaldéens, et par conséquent Josué était l'héritier direct du pontificat. Sur l'ordre de Cyrus, le trésorier Mithridate remit à Zéroubabel * les vases d'or et d'argent que Nébuchadnessar avait fait enlever du temple de Jérusalem 5.

La caravane reçut aussi de riches cadeaux des Juifs *qui restaient en Babylonie. Elle se mit en marche avec 736 chevaux , 245 mulets , 435 chameaux et 6,720 ânes. Le départ de la caravane dut avoir lieu à l'entrée de la belle saison, dans le courant d'avril; car il fallut environ quatre mois pour arriver en Judée (Ezra, 7, 9), et dès le sixième mois de l'année (août-septembre) nous voyons les différentes familles de la nouvelle colonie établies dans leurs villes respectives (ib. 2, 70; 3,1). — On ne nous dit pas que les colons aient éprouvé la moindre difficulté à prendre possession du pays de leurs aïeux. A la vérité, Cyrus n'avait pas fait la conquête de la Palestine; mais après la chute de Nabonnède, les gouverneurs babyloniens de la Syrie se soumirent sans doute volontairement à la nouvelle dynastie.

Dès l'arrivée de la colonie sur le sol de la Judée , Zéroubabel et Josué s'occupèrent à organiser la nouvelle communauté conformément aux lois

' Voy. Ezra , 2 , C4 et 65 ; Néhémia ,7,60 et 67. Le nombre total , sans compter les esclaves , fut, selon les deux passages, de 42, 360 ; en faisant l'addition des nombres de détail , (|ui d'ailleurs ne sont pas toujours les mêmes dans les deux documents, on trouve à peinn 30,000. Selon les anciens docteurs Juifs, il faut voir, dans le surplus , des Israélites des dix tribus. Sédcr Olam rabba, oh. 29.

^ Le texte d'Ezra ( i , 8 ) dit à Sc'hcsch 6açar, ce qui est très-probablement le nom babylonien ou persan de Zéroubabel.

3 Selon le livre d'Ezra ( l , 1 1 ) , ils étaient au nombre de 5,400, ce qui parait être exagéré.

i;umvERS.

mosaïques, autant que les circonstances le permettaient. Les prêtres ne furent admis à exercer leurs fonctions qu'après avoir produit leurs titres; certaines familles, n'ayant pu retrouver ieurs documents généalogiques, furent exclues des fonctions et des droits du sacerdoce (Ezra,2, 61-63).

On recueillit des dons pour la constructiondu nouveau Temple; la somme présentée par les chefs de famille se monta à 61 ,000 dariques d'or et 5,000 mines d'argent ' , et ils offrirent en outre cent tuniques pour l'habillement des prêtres (ib. 2, 69).

Une assemblée nationale tut convoquée à Jérusalem pour le septième mois, ou le mois sacré ; on établit \m autel provisoire, et dès le premier jour du mois, qui était un jour de fête (p. 184), on commença à offrir les sacrifices prescrits par la loi.

Quinze jours après, on célébra la fête des Tabernacles avec toutes les solennités d'usage. On prit ensuite les mesures nécessaires pour hâter la construction du Temple; on s'adressa aux Sidoniens et aux Tyriens, pour faire couper des cèdres sur le Liban; comme autrefois sous Salomon , le bois de construction arriva par mer à Joppé. Tout l'hiver se passa dans les préparatifs , et ce ne fut qu'au deuxième mois (avril-mai) de l'année suivante (535) qu'on put commencer les travaux de construction ; les lévites furent spécialement chargés de présider aux travaux. On posa les fondations au son des trompettes et des cymbales et en entonnant les chants de David . Le peuple poussa des cris de joie; mais les vieillards qui se rappelaient encore l'ancien Temple, et qui, après plus d'un demi-siècle passé dans l'exil, foulèrent de nouveau le sol sacré de la

* ' La darique( ôapsixéç ), OU, comme l'appellent les auteurs hébreux, darkemôn, monnaie persane en or, valait deux drachmes ûttiques d'or, ou vingt drachmes d'argent. En donnant à la drachme atlique la valeur de 90 centimes , les 61,000 dariques d'ov font I million 98,000 francs; les 5,000 mines, faisant 300,0(X) sicles, valent 930,000 francs ( Voy. p. 400 et 403 ). Ainsi la somme totale offerte par les chefs de famille s'élève à 2 millions ;i8,O0O francs.

patrie, ne purent à ce spectacle contenir leur émotion , et mêlèrent leurs sanglots aux transports joyeux de la nouvelle génération.

Le repeuplement de la Judée et la réédification du Temple de Jérusalem durent produire une grande sensation dans toute la Palestine; on dut être jaloux d'appartenir aune communauté à laquelle le grand conquérant avait témoigné tant de faveurs. Dès lors probablement les restes des Hébreux, demeurant dans l'ancien pays d'Israël, se séparèrent des Cananéens, avec les quels ils s'étaient confondus, pour se rattacher à la communauté de Jérusalem , en retournant sincèrement à la religion de leurs pères; les Juifs ne firent pas de difficultés à accueillir ces débris des anciennes tribus d'Israël'. Mais du côté de Samarie un orage éclata sur Jérusalem, et entre lesdeux villes jadis rivales nous verrons naître une haine implacable, qui survivra à leur ruine totale et que les siècles ne pourront effacer. On a vu plus haut quelle était la population mixte du pays de Samarie, désignée, par les Juifs, sous le nom de Couthéens ^ ; le culte de celte population était un sacrilège aux yeux des Juifs, car le nomdeJéliova y était profané par des rites idolâtres. Les Couthéens, ou, comme on lesaappelésdepuis,lesi'ama/'<7ams,se disantvrais adorateurs de Jéhova, prétendirent participer aux faveurs du roi de Perse, et envoyant une députation auprès de Zéroubabel et du prêtre Josué, ils demandèrent à faire partie de la nouvelle communauté juive et à se placersous l'égide du Temple de Jérusalem. Cette prétention fut repoussée par les chefs des Juifs, et dès lors les Samaritainsrésolurentd'employertous les moyens pour empêcher le rétablissement du Temple. Bien convaincus de l'impossibilité d'obtenir le retrait de l'éditdeCyruSjilsnecraignirentpasd'a-

' C'est là ce que nous laissent deviner quelques mots du livre d'Ezra ( 6 , 21 ) et de celui de Néhémia ( 10, 29 ) ; dans ceux qui s'étaient séparés de l'impureté des peuples du pays , il faut voir, sans doute , les restes des anciens Israélites.

* Voy. ci-dessus, pages 354 et Sôr,.

gir parles voies de lait; en attaquant sans cesse les ouvriers qui travaillaient à la construction du Temple, ils cherchèrent a les intimider et à les dégoûter de leur ouvrage. En même temps ils employèrent les intrigues et gagnèrent des personnages influents, pour empêcher que les plaintes des Juifs ne parvinssent jusqu'à Cyrus'. Probablement l'administration de la Palestine n'avait pas encore été changée et les autorités babyloniennes, qui , par la force des choses, avaient reconnu la souveraineté de Cyrus, durent se montrer disposées à favoriser les intrigues des Samaritains. Cet état de choses dura jusqu'à la mort de Cyrus (529).

Dès le commencement du règne d'Ahasvéros, ou Cambyse^, les ennemis des Juifs , devenus plus hardis , tentèrent une démarche directe auprès du^ nouveau roi, pour l'engager à retirer' aux Juifs la permission que son père leur avait accordée. Les membres de l'administration du pays de Samarie rédigèrent une supplique, dans laquelle ils accusèrent faussement les Juifs de rétablir les fortiflcations de Jérusalem, cité rebelle, disaient-ils, dans laquelle de tout temps on avait tramé des ^conspirations contre les rois et les pays, c'est pourquoi on avait dû la détruire; le roi pourrait s'en convaincre, en faisant faire des recherches dans les archives. Nous faisons savoir au roi , dirent-ils en terminant, que si cette ville est rebâtie et ses murailles rétablies, il n'aura plus de part au pays en deçà du fleuve (de l'Euphrate). — Cette" démarche eut un succès complet; le roi de Perse ordonna que les travaux des Juifs fussent suspendus jusqu'à nouvel ordre,

' Cet état de choses nous parait être indiqué dans les paroles peu explicites du livre d'Ezra, eh. 4 , v. 4 et 5; il n'y est point dit que les Samaritains aient calomnié les Juifs auprès de Cyrus , et que celui-ci ait retiré sa permission, ce qui d'ailleurs est dénué de toute probabilité. Comparez Josèphe, ^nti(j[u. , XI, 2 , I.

•• VAhasvéros ( Assuérus ) du livre d'Ezra . c 4, 6 ) ne peut être que Cambyse; car il est désigné comme le successeur immédiat de Cyrus. Il ne faut pas le confondre avec VAnstiérus du livre d'Esther, qui très-probablement est Xerxès.

3ti' Livraison. (Palestine.)

et les autorités samaritaines, munies du lirman royal, se hâtèrent d'aller à Jérusalem et forcèrent les Juifs d'interrompre la construction du Temple.

Dans le livre d'Ezra (4, 7-23), le roi qui donna cet ordre contre les Juifs est appelé Arthachsastha (Artaxerxès); or, comme précédemment (v.6) le successeur immédiat de Cyrus, c'està-dire Cambyse, a été désigné sous le nom à'Jhasvéros, on a pensé que le nom d'Jrthachsastha désigne ici le faux Smerdis , car celui-ci est le seul roi de Perse que nous trouvions entre Cambyse et Darius (fils d'Hystaspe), qui est mentionné après. Mais alors les menées sourdes des Samaritains se seraient continuées pendant tout le règne de Cambyse , et auraient duré en tout plus de treize ans , sans que les Juifs renonçassent à leur entreprise, et sans que la démarche auprès d'Ahasvéros (Cambyse) eût produit un résultat quelconque, ce qui est peu probable. Nous croyons donc, avec Josèphe, que le roi qui ordonna de suspendre les travaux du Temple fut Cambyse, et que celui-ci est désigné, dans le livre d'Ezra (ch. 4 , v. 6 et 7 ), par les deux noms d'Jhasvéros et à' Jrthachsastha, dont le premier paraît être un nom propre et le second un titre honorifique'.

Le roi de Perse n'avait pas absolument interdit la réédification du Temple; il n'avait ordonné que de suspendre, jusqu'à nouvel ordre {\h. v. 21), les travaux, qu^ selon le faux rapport des Samaritains, il croyait d'une

' Selon Hérodote ( VI, 98), Arlaxerxès signilie grandi guerrier. En zend, ce nom s'écrivait probablement Artha-Khschatra ( grand roi ). Voy. Silv. de Sacy, Mémoires sur diverses antiquités de la Perse, p. loo; Obry , dans le Journal asiatique, octobre 1836, p. 389. — Si, dans le livre d'Ezra ( ch. 4 , V. 6 ), on lit : sous le règne d'Ahasvéros, etc. , et immédiatement après ( v. 7 ) : El aux jours d'Arthachsastha, il ne faut pas conclure de là qu'il s'agit de deux rois différents; les versets 7 à 24 forment évidemment un document à part, qui a été intercalé ici pour servir de commentaire au verset 6. I^a première partie de livre d'Ezra ( ch. I a 6 ) n'est qu'un recueil de divers document» qui ne sont pas du même auteur.

bien plus liautp hnpoitance. Mais bientôt l'expédition que Cambyse entreprit contre TÉgypte, dut enlever aux Juifs tout espoirde plaider leur cause devant le souverain et d'obtenir une enquête impartiale. En outre, la marche de l'armée persane serendantenÉgypte dut imposer des charges à la Palestine, et, au milieu des troubles de la guerre , la colonie juive ne put guère penser à poursuivre son œuvre, déjà arrêtée par tant d'obstacles. Les travaux du Temple restèrent donc suspendus jusqu'après l'avènement de Dariavesch ( Ezra , 4 , 24 ) , ou de Darius , fils d'Hystaspe.

Quinze années s'étaient écoulées depuis qu'on avait posé les fondations du inouveau Temple. Cambyse était mort en revenant d'Egypte , le faux Smerdis avait payé de sa vie son usurpation, et Darius était monté sur le trône (521). La longue interruption des travaux du Temple avait découragé même les hommes les plus zélés; on se (lisait que le moment fixé par la Providence pour le rétablissement du sanctuaire n'était pas encore arrivé. Chacun s'occupait de ses intérêts particuliers; on construisait des maisons, et, négligeant le Temple , chacun employait ses moyens à augmenter son bien-être matériel. Dans la deuxième année du règne de Darius (520), au premier jour du sixième mois (aoûtseptembre), un prophète, nommé Haggaï (Aggée), se présenta devant Zéroubabel et Josué pour presser enfin la restaurati(îh du culte; l'année avait été stérile, et le prophète y voyait un châtiment céleste mérité par ceux qui laissaient en ruine la maison de Dieu, pour ne penser qu'à leurs propres maisons. Ses paroles firent une vive impression, et dès le vingt-quatrième jour du même mois , les travaux furent repris ( Hagg. ch. 1). Dans le courant de la même année, le prophète vint, à différentes reprises, encourager les deux chefs de la colonie, leur annonçant que la gloire du nouveau Tempfe surpasserait celle de l'ancien. Dans le même temps Zecharia, ou Zacharie, fils de Béréchia et petit-fils

du prêtre Iddo' , prêcha comme prophète, et exaltant Zéroubabel et Josué, il leur fit sentir toute l'importance de leur haute mission et leur prédit un succès éclatant. Zacharie affectionnait la forme des visions et des actions symboliques; ses discours ont quelque analogie avec ceux d'Ézéchiel ; comme ce dernier , il fait intervenir des êtres surhumains qui rappellent les croyances babyloniennes , et il est le seul des prophètes qui mentionne Satan. Dans une de ses visions, il fait revêtir Josué, par un ange, du costume de grand-prêtre.

De même que Haggaï (2, 21-23), il fonde sur Zéroubabel les plus belles espérances, et il rêve un trône pour ce rejeton de David (Zach. 4, 7 ; 6, 13).

Les travaux poursuivis avec zèle éveillèrent l'attention de Tatthenaï, gouverneur des pays en deçà de l'Euphrate; il se rendit à Jérusalem accompagné des autres autorités de la province, et demanda aux Juifs qui les avait autorisés à exécuter ces travaux. Les Juifs invoquèrent l'édit de Cyrus; mais ils n'en avaient pas de copie," et le gouverneur ne le connaissait pas. Cependant Tatthenaï n'était pas défavorable aux Juifs; sans ordonner la suspension des travaux, il fit un rapport au roi Darius, et le pria de faire faire des recherches dans les archives du royaume, afin de voir s'il existait réellement un ordre de Cyrus en faveur des Juifs. L'édit fut retrouvé dans les archives d'Achmetha, ou Ecbatane, capitale de la Médie, et Darius ordonna qu'on se conformât strictement à la volonté manifestée par Cy-

' Zacharie, dans le livre qui porte son nom r ch. I , v. l et 7 ) , est appelé fils de Béréchia , Jils d'Iddo; dans le livre d'Ezra f 5 , I ; 6 , 14 ) , on l'appelle simplement^/» d'Iddo , de même que Zéroubabel est appelé fils de Séallhiel, quoiqu'il fût son petit-fils. Parmi les prèU-es revenus de Babylone avec Zéroubabel , nous en trouvons un qui porte le nom A' Iddo, et dont le fils, ou petit-fils, s'appelle Zacharie ( Kéhém. 12 , 4 et 16 ); il est donc plus que probable que Zacharie était issu de la race sacerdotale , et qu'il était encore bien jeune en prononçant ses oracles , comme il le fait entendre lui-méine ( Zach<

rus et qu'on accordât aux Juifs tous les secours dont ils pourraient avoir besoin. La construction du Temple avança donc avec rapidité; on commençait déjà à oublier les malheurs du passé, pour s'abandonner aux plus belles espérances, et dans la quatrième année du règne de Darius , il fut question , parmi les Juifs , d'abolir les jeûnes publics qui avaient été établis en commémoration des désastres de la Judée. Depuis la destruction de Jérusalem, quatre jours del'annéeavaient été consacrés au deuil et au jeûne, savoir : Ie9 du quatrième mois, jour de la prise de Jérusalem par les Chaldéens (Jérém. 52, G); le 10 du cinquième mois, jour de l'incendie du Temple et de la ville de Jérusalem (ib. v. 12); un jour du septième mois (selon la tradition, le 3), en commémoration ■ du meurtre de Guédalia (ib. 41 , 1); le 10 du dixième mois, jour auquel avait commencé le siège de Jérusalem (II Rois, 2.5, 1). —''Quelques Juifs s'adressèrent au prophète Zacharie, pour lui demander s'il fallait encore continuer à célébrer ces jeûnes; le prophète ne fit pas de réponse décisive, mais il profita de cette occasion pour faire comprendre à ceux qui l'interrogeaient, combien peu les cérémonies extérieures sont agréables à Dieu, lorsqu'on néglige les devoirs de la justice et de la charité. Il leur montra que le mépris des devoirs moraux avait été la principale cause des malheurs qui avaient frappé leurs pères, et que la pratique de la vertu pouvait seule leur assurer un heureux avenir. Les jours déjeune, dit-il, seront convertis en jours de joie et de fête; mais vous, aimez la vérité et la paix (Zach. ch.

7 et 8).

Dans la sixième année de Darius (516), au troisième jour du douzième mois (février-mars), tous les travaux se trouvant achevés, on procéda solennellement à l'inauguration du nouveau Temple. De toute part le peuple se rendit à Jérusalem pour assister à cette solennité; on offrit un grand sacriflce composé de cent taureaux, deux cents béliers et quatre cents agneaux.

En outre, un sacrifice expiatoire de douze boucs fut offert au nom des douze tribus d'Israël ( Ezra, G, 17), et le Temple fut ainsi consacré symboliquement par toute la nation des Hébreux. Dans le mois suivant (le premier de l'année), on célébra le rite pascal et les sept jours de la Pâque ou des azymes, conformément aux prescriptions mosaïques (p. 186).

Nous ne possédons aucune description du Temple construit par Zéroubabel, et nous en ignorons même les dimensions. Selon le décret de Cyrus , rapporté dans le livre d'Ezra (6, 3), il devait avoir soixante coudées de haut et autant de large; il aurait été, par conséquent, bien plus vaste que le temple de Salomon, à moins que par le mot largeur on n'entende ici la distance de l'est à l'ouest, on\d, longueur, ce qui en effet est plus probable. Dans tous les cas la hauteur indiquée est le double decelle du Temple de Salomon ; mais il paraît certain qu'on ne suivit pas à la lettre le décret de Cyrus, et que le Temple de Zéroubabel était bien loin d'offrir l'aspect imposant de celui de Salomon (Haggaî, 2,3). S'il faut en croire Hécatée d'Abdère, contemporain d'Alexandre, toute l'enceinte au milieu de laquelle se trouvait le Temple, avait environ cinq plèthres (ou cinq cents pieds grecs ) de longueur et cent coudées de largeur'. Selon un discours que Josèphe met dans la bouche d'Hérodes , l'édiOce de Zéroubabel était beaucoup moins élevé que celui de Salomon'. Au-dessus de la porte orientale de l'enceinte extérieure, on voyait, selon une tradition juive , la ville de Suse représentée en bas-relief, ce qui était un hommage rendu aux rois de Perse 3. Le grand

' Voy. le fragment d'Hécatée , cité par Josèphe , Contre Apion, 1. 1 , ch. 22.

■' Voy. Josèphe, Anliqu,, XV, II, I. Selon le texte imprimé, il manquait a la hauteur du Temple de Zéroubabel soixante coudées , pour égaler celle du Temple de Salomon , ce qui est incompréhensible , nous préférons la leçon de plusieurs manuscrits , qui portent SEPT coudées. Voyez l'édition deHavercamp, 1. 1, p. 778, note 2.

5 Voy. Mischna , 5* partie, traité Middôlhn ch. I , § 3 , et les commentaires.

L'UNIVERS

autel du parvis était bâti en pierres blanches non polies; il avait, selon Hécatée, vingt coudées en long et en large et une hauteur de douze coudées'. Dans l'intérieur du sanctuaire, il n'y avait que les objets prescrits pour le Tabernacle de Moïse , savoir :

Tautel des parfums , le chandelier et la table, qui étaient en or>. Le Saint des Saints était vide ; car l'arche sainte avait disparu lors de la destruction de Jérusalem \ — L'oracle des Ourim et Thummîm (p. 176) ne fut point rétabli.

Le rétablissement du sanctuaire central fut l'unique résultat delà mission deZéroubabel et du grand prêtre Josué. Nous sommes dans une complète ignorance sur les destinées ultérieures de la colonie juive, pendant les règnes de Darius et de Xerxès, et jusqu'à la septième année d'Artaxerxès Longuemain (458). Le silence absoluquegardent les documents historiques des Juifs sur cet espace de cinquante-huit ans, prouve qu'il ne se passa enPalestinerien qui intéressât particulièrement la colonie juive. Celle-ci, après la mort de Zéroubabel, manqua probablement de chefs influents et énergiques qui pussent continuer l'œuvre de la restauration , et, au lieu d'avancer, elle ne fit que rétrograder, en négligeant le sanctuaire et en s'alliant de nouveau avec les autres habitants du pays.

L'avidité des pachas pesait durement sur le peuple (Néhém. 5, 15), et la cour de Perse , préoccupée par de graves événements, ne put prêter aucune attention aux affaires de la petite colonie juive. De grands mouvements durent avoir lieu dans toute la Palestine, pendant la longue guerre entre les Perses et les Grecs. Les ports de mer de la Palestine acquirent une grande importance; une grande partie de la flotte de Xerxès sortit de ces

' Voy. Hécatée , 1 . c. , et I Maccab. 4 , 44-46.

» 1 Maccab. 1 , 23; 4, 49; Hécatée, 1. c.

3 Selon une tradition , elle avait été mise en sûreté, par le prophète Jérémie, dans une caverne du mont Nébo; mais on ne put retrouver l'endroit où elle avait été placée. II Maccab. 2 , 4-7.

ports, car, sur les douze cent sept trirèmes dont elle se composait , les Phéniciens et les Syriens de la Palestine, comme le dit Hérodote (VII, 89), en avaient fourni trois cents.

Les documents juifs ne relatent de cette époque qu'un événement qui concernait toute la race Israélite disséminée dans les provinces du vaste empire persan. Le roi sous lequel se passa cet événement est appelé communément Ahasvéros ou Jssuérus ; mais les consonnes hébraïques dont se compose ce nom, sans avoir égard aux voyelles qu'on leur a données , peuvent se prononcer Jchschersch ou Kschersch, nom dont les Grecs , en ajoutant une terminaison, ont fait Xerxès. A cette ressemblance des noms se joignent plusieurs traits caractéristiques, pour nous faire reconnaître dans Xerxès l'Assuérus de la Bible.

Assuérus, dit le récit biblique, qui commandait à cent vingt-sept provinces, depuis Hoddou (l'Inde) jusqu'à Cousch (l'Ethiopie), donna, dans la troisième année de son règne , une longue série de festins aux grands de sa cour et aux habitants de Suse. Un jour il s'avisa de faire inviter au festin la reine Vasthi, afin de faire voir a ses hôtes combien elle était belle ; Vasthi refusa de paraître , et, avec l'assentiment des sept principaux conseillers ou ministres, elle fut répudiée par le roi. Pour la remplacer, des commissaires furent chargés, dans toutes les provinces, de faire choisir les plus belles filles, pour les envoyer au harem royal de Suse. Au nombre des jeunes filles amenées au palais se trouvait une juive nommée Hadassa (myrthe) et en persan Esther (astre); elle était orpheline et fille adoptive de son cousin Mardochée, descendant d'un certain Kîs de la tribu de Benjamin, et qui était établi à Suse. Esther présentée au roi sut gagner son cœur; ce fut elle qu'Assuérus choisit pour reine, dans la septième année de son règne, sans savoir quelle était sa famille , ni à quel peuple elle appartenait. Peu de temps après, Mardochée, chargé

PALESTIJNE.

d'un emploi à la cour, eut l'occasion de découvrir un complot formé contre la vie du roi; Estlier, avertie par Mardochée, en informa le roi, qui fit punir de mort les coupables. — Plus tard, le roi ayant élevé un certain Haman aux plus hautes dignités, donna ordre à tous ses sujets de fléchir le genou et de se prosterner devant son favori , toutes les fois qu'il se montrerait.

Mardof^hée, probablement par des scrupules religieux , ne voulut point s'incliner devant cet homme orgueilleux , et Haman , ayant su à quelle nation appartenait le fier Mardochée, résolut de le perdre ainsi que toute sa race. 11 dénonça au roi, cette nation répandue dans tous ses États, se distinguant, par ses mœurs, de toutes les autres nations , et qui, ne voulant reconnaître d'autres lois que les siennes, refusait d'observer celles* de l'État. Assuérus , sur la demande d'Haman , consentit à ordonner l'extermination de toute la race juive, et le 13 du premier mois, dans la 12'' année du règne d' Assuérus, Haman fit rédiger le décret royal qui ordonna aux gouverneurs de toutes les provinces de faire massacrer les Juifs et de s'emparer de leurs biens. Le jour de l'exécution devait être le 13 du douzième mois ; ce jour avait été indiqué par le sortqu'Haman avait cru devoir interrogera cet égard, et grâce à sa superstition, l'arrêt barbare ne devait être exécuté qu'au bout de onze mois. La publication du décret répandit la consternation parmi les Juifs. Mardochée, par l'entremised'un eunuque, informa la reine Esther d ce qui se passait, et la supplia d'intercéder pour son peuple auprès du monarque. Esther hésita d'abord; car la loi punissait de mort quiconque se montrait dans la cour intérieuredu palais, sans l'ordre du roi, et depuis trente jours elle n'avait pas été invitée à se présenter chez le monarque. Mardochée lui fit comprendre que, dans une pareille circonstance, elle ne devait pas hésiter à exposer sa vie; Esther alors lui demanda de faire proclamer parmi les Juifs de Suse un jeiine de trois jours, et promit de se

rendre chez le roi, après s'être préparée elle-même par le jeûne et la prière. Le troisième jour, elle se présenta à l'entrée de l'appartement du roi ; en la voyant, Assuérus lui tendit son sceptre , comme signe de sa bienveillance. Esther pria le roi de venir, avec Haman, au festin qu'elle leur avait préparé; Assuérus s'y étant rendu avec son favori, la reine les invita à un autre festin, pour le lendemain. Haman, fier de l'insigne honneur que lui faisait la reine, fut d'autant plus irrité du profond dédain que lui manifestait le juif Mardochée, qu'il rencontrait toujours aux abords du palais. Il s'en plaignit amèrement à sa femme et à ses amis, et ceux-ci lui conseillèrent de se débarrasser de Mardochée en demandant au roi l'autorisation de le faire pendre dès le lendemain matin.

Mais il arriva que, dans la nuit, le roi Assuérus ne pouvant s'endormir, se fit lire les annales de son règne. Le lecteur étant arrivé au passage où l'on parlait de la conspiration découverte par Mardochée , le roi demanda quelle récompense on avait accordée à celui qui lui avait sauvé la vie. On n'a rien fait pour lui , répondirent les serviteurs du roi. Dans ce moment, Haman s'étant présenté pour obtenir un arrêt de mort contre Mardochée , le roi le fit entrer et lui demanda ce qu'il fallait faire pour un homme qu'il voulait honorer d'une manière éclatante.

Le favori, pensant qu'il ne pouvait être question que de lui , proposa de revêtir cet homme du manteau royal, de le mettre sur le cheval que le roi avait monté au jour du couronnement, et de le faire conduire, à travers les rues de la capitale, par l'un des grands dignitaires de la cour, eu proclamant que c'était l'homme que le roi voulait honorer. Assuérus lui ditabrs que cet homme n'était autre que le juif Mardochée, et lui ordonna d'exécuter luimême à la lettre tout ce qu'il venait de proposer. Après cet incroyable revers, Haman, rentré chez lui tout consterné, fut invité à se rendre aussitôt au festin d'Esther. Assuérus ayant.

exprimé à la reine combien il désirait combler tous ses voeux, dilt-elle même lui demander la moitié du royaume, Eslher demanda grâce pour elle-mémeetpourtoutesa nation qu'un ennemi avait vouée à l'extermination.

Le roi n'hésita pas à sacrifier son favori au ressentiment de la reine; un des eunuques ayant parlé de la potence (|ui avait été élevée pour le supplice de Mardochée, le roi ordonna qu'Haman y fdt suspendu lui-même. JMardo^'.bée "prit auprès d'Assuérus la place d'Haman, dont le roi lui donna aussi la maison. Les décrets des rois de Perse ne pouvant être révoqués, Mardochée, pour neutraliser l'effet du décret d'Hanian , en rédigea un second, dans lequel Assuérus autorisa les Juifs de son royaume à prendre les armes contre leurs ennemis, au jour qui avait été fixé pour le massacre ordonné par Haman. On espérait sans doute, par l'effet moral du second décret, empêcher l'effusion de sang, et, en effet, les autorités prêtant main-forte aux .Juifs , ceux-ci purent facilement vaincre un certain nombre d'ennemis qui avaient persisté dans leurs projets sanguinaires. Selon la relation du livred'Esther, les .luit'sde toutes les provinces s'étant armés le 13 du mois d'adar (févriermars), firent un grand carnage parmi leurs ennemis, et le nombre total des morts se monta à 7.5,000, sans compter les cinq cents qui tombèrent dans la capitale même. Les dix fils d'Haman se trouvèrent au nombre des morts.

Esther, n'écoutant que ses sentiments de vengeance, pria le roi d'autoriser les .Tuifs de Suse à s'armer de nouveau le lendemain 14 du mois, et il y eut encore ce jour-là trois cents morts. Les nombres sont peut-être exagérés, ainsi que quelques autres détails du récit; mais le fait de la victoire des .luifs est mis hors de doute par les jours (le fête que, selon le récit bibli- (|ue, Mardochée et Esther ordonnèrent cmx Juifs de célébrer chaque année, le 14 et le 15 du mois d'adar, fêtes que les Juifs célèbrent encore maintenant, et dont on peut historiquement constater l'exiilcuce depuis les temps an-

ciens «.Ces fêtes furent n'^pe'iées Jours de Pcurim , ou des sorts, à cause du sort qui avait été interrogé par Haman (Esther, 3,7; 9, 26).

Quant au livre d'Esther, qui rein ferme la relation de cet événement, on n'en connaît pas l'auteur ; il ne fut composé, sans doute, que bien longtemps après l'événement, de sorte que l'auteur, accueillant les traditions populaires, a pu quelquefois charger son tableau. Si tous les critiques sensés s'accordent à reconnaître que ce récit ne peut être une simple fiction, et que les faits principaux sont histo^ riques, les opinions varient pourtant sur l'époque qu'il faut assigner à cette histoire et sur le roi désigné sous le nom à'Jhasveros , ou Assuérus, qu'on ne rencontre pas dans les auteurs profanes. Nous avons montré plus haut que ce nom peut être idenlilié avec celui dsXerxès, et en effet plusieurs données historiques viennent confirmer cette identité.

D'abord il est certain qu'il faut chercher Assuérus parmi les rois de Perse, successeurs de Cyrus. Le livre de Daniel (9, 1) mentionne un Assuérus , roi de Médie , père de Darius le Mède (Cyaxare II), et par conséquent le même qu'Astyage ; mais aucun des rois de Médie ne peut être l'Assuérus du livre d'Esther, car celui-ci est désigné comme roi de Perse et de Médie, régnant sur cent vingtsept provinces, depuis l'Inde jusqu'à l'Ethiopie , et résidant à Suse , ce qui indique bien clairement un des souverains du vaste empire fondé par Cyrus.

On a vu que, dans un passage du livre d'Ezra (4, G), Cambyse porte le nom d'Assuérus; mais Cambyse mourut dans la huitième année de son règne, et, selon le livre d'Esther, l'ordre d'exterminer les Juifs ne fut publié que dans la douzième année du règne d'Assuérus,et celui-ci, par conséquent, nepeutêtreCambyse. D'ailleurs Darius fut le premier roi de Perse qui fit des conquêtes dans l'Inde', et ce fut encore lui qui introduisit les impôts réguliers

1 Vov. 11 Maccab, i5 . 37.

2 Vay. Hérodote, I. IV, ch. 41.

dont il est question dans le livre d'Esther ( 10, 1 ), et qui n'avaient pas existé sous les rois précédents'. Les sept conseillers, ou ministres, qui voyaient la face du roi (Esther, 1 , 14), c'està-dire qui étaient toujours admis sans se faire annoncer, ne remontent pas non plus au delà du règne de Darius^. — Il se présente , en apparence, unQ difficulté chronologique, qui semblerait s'opposer à ce qu'on cherchât Assuérus parmi les successeurs de Cambyse. Un passage du livre d' Esther (ch. 2, v. 5 et 6) semble dire que Mardochée fut parmi les compagnons d'exil du roi Joïachin (en 599); ce qui suppose qu'il était né environ un siècle avant l'avènement de Darius , flls d'Hystaspe, et par conséquent il n'a pu jouer un rôle sous ce roi et encoç.e moins sous un de ses successeurs. Mais rien ne s'oppose à ce que les mots ; qui avait été transporté de Jérusalem, etc.

( V. 6), soient appliqués à Kîs, bisaïeul de Mardochée, ce qui nous permet de placer Mardochée sous les règnes de Darius, de Xerxès, et au besoin même d'Artaxerxès Longuemain. Ce sera donc dans l'un de ces trois qu'il faudra chercher notre Assuérus. Mais la noblesse de caractère, la justice et la bonté que les auteurs grecsattribuent à Darius etàArtaxerxèsne permettent pas de les confondre avec l'insensé et barbare Assuérus. On a vu aussi que Darius était très-favorable aux Juifs ; en lisant le décret qu'il envoya au pacha de Syrie en faveur du Temple de Jérusalem (Ezra, ch. 6), il est impossible d'admettre que le roi qui avait ordonné la restauration de ce Temple, par respect pour le Dieu du de/ qu'on y adorait, ait pu, dix ans après, ordonner le massacre général des Juifs.

On verra plus loin qu'Artaxerxès Jjonguemain montrait encore plus de bienveillance pour les Juifs; comment donc aurait-il prêté l'oreille aux calomnies d'un Haman.!* Xerxès seul était assez cruel et assez stupidepour jouer le rôle que le livre d'Esther attribue à Assuérus. Xerxès, qui fit fouetter

' Vov. ci-dessus, page4lo, col. 2 note I. ' Hé'rodole , I. III, cli. U et 1 18.

la mer parce qu'elle avait désobéi à sa, majesté, qui fit décapiter ceux à qui la tempête n'avait pas permis de construire un pont de bateaux sur l'Hellespont , qui fit publier un édit pour promettre une récompense à celui qui inventerait une nouvelle espèce de volupté, Xerxès, enfin, à qui l'histoire reproche tant d'actions cruelles et insensées, est bien digne de l'ignoble rôle d'Assuérus. Observons encore en terminant, que quelques dates du livre d'Esther s'accordent également bien avec l'époque de Xerxès. Le grand festin donné par Assuérus , dans la troisièmeannée de son règne, peut être mis en rapport avec l'assemblée des grands de l'empire réunis à Suse pour délibérer sur l'expédition contre la Grèce. Ce ne fut que dans la septième année de son règne qu' Assuérus choisit Esther, parmi le grand nombre de jeunes filles qui avaient été envoyées au harem royal; car à cette époque il reviut de Grèce couvert de honte, et chercha à oublier sa défaite iguomiuease au milieu des belles de son harem.

Ces preuves nous paraissent suffisantes pour établir l'identité d'Assuérus et de Xerxès*; nous allons voir quel fut le sort de la Palestine sous le règne suivant.

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