‹ PalestineChapitre 82 sur 98 · GO · texte numérisé non relu

GO

^luit cents hommes. T/empereurDomitien persécuta les Juifs comme les chrétiens; ceux qui cherchaient à cacher leur origine juive furent soumis quelquefois aux enquêtes les plus humiliantes '. Il ordonna, dit-on, comme l'avait déjà fait Vespasien , de chercher avec soin tous les descendants de David, afin de s'emparer d'eux et d'oter au peuple tout espoir de voir s'élever dans cette famille royale le IMessie qui devait apporter la consolation et rendre l'indépendance à la malheureuse race de Jacob '. En effet, les Juifs ne cessèrent pas de nourrir des espérances chimériques, qu'ils crurent bientôt devoir réaliser eux- )nêmes par la force des armes. Sous le règne de Trajan , ils s'insurgèrent sur plusieurs points de l'empire. En 115, ou 116, une des plus violentes insurrections éclata dans la Cyrénaï- .

que, où la dureté du gouverneur romain avait aigri les Juifs au plus haut point; un certain André se mit à leur tête ^. Enhardis par un premier succès, ils ravagèrent tout le pays jusqu'à l'Egypte. Étant supérieurs à leurs ennemis par le nombre, ils commirent des cruautés inouïes ; on fait monter a deux cent vingt mille le nombre des Grecs et des Romains massacrés par les Juifs; ce qui paraît exagéré.

Trajan envoya contre les rebelles une forte armée , commandée par IMarcius Turbon , qui ne parvint à les soumettre qu'après bien des combats. L'esprit de rébellion gagna les Juifs d'Égyptc et de l'île de Cypre; mais ces insurrections, dans lesquelles beaucoup de milliers de Juifs perdirent la vie, ne servirent qu'à rendre pluscruel encore le sort de ceux qui échappèrent au glaive.

Adrien, à ce qu'il paraît, ne se montrait pas d'abord hostile aux Juifs. Selon une tradition rabbinique ,

» Voy. Suétone, Bomilianus , c. 12.

* Voy. Eusèbe, Hist. .ecclés, I. III, "ch. 12 it 19 ; Êutychii (Ibn-Bâtrik) Annales, pd. Pocock. (arab. lat.), t. I,.p. 344.

- '■> Voy. Dion Cassius, 1. LXVIII, ch. 32. Eiisèbe (iiist. ecclés., 1. IV, ch. 2) donne au chef (tes Juifs le nom de Luruas et le qualilie roi lie ceUe iialiori.

il aurait même donné la permission de rebâtir le Temple de Jérusalem ; mais les représentations des ennemis des Juifs lui ayant fait changer d'avis , et ne voulant pas néanmoins retirer sa promesse, il indiqua pour le nouveau Temple des dimensions que les Juifs ne pouvaient adopter'.

Bientôt l'esprit de sédition qui se faisaitremarquer parmi les Juifs changea les dispositions de l'empereur. Il renouvela un décret de Trajan qui défendit aux Juifs de pratiquer la circoncision, d'observer le sabbat ou même de lire les lois mosaïques; et, pour leur ôter tout espoir d'une restauration politique, il résolut de rebâtir Jérusalem et d'en faire une ville païenne, peuplée de Grecs et de Romains, Les malheureux Juifs alors firent un dernier effort pour reconquérir leur indépendance. Un homme hardi et entreprenant, nommé Bar- Coziba, qui se disait le Messie et prenait le nom de Rar-Cocheba (fils de l'étoile)', profita de l'absence des légions romaines pour rassembler des troupes nombreuses et s'emparer de Jérusalem', de cinquante places fortes et d'un grand nombre de villes ouvertes et de villages. Il se conduisit bientôt en roi et fit battre monnaie \ Akiba , un des plus illustres docteurs de cette époque, reconnut publiquement dans Bar-Cocheba le Messie annoncé par les prophètes, et déclara que c'était là Y Étoile de Jacob, sous la-

' Voy. Bercschith rabha, sect. 64; Jost, Hist. (les Isr. , t. III, p. 239.

2 Bar-Coziba, à ce qu'il parait, était son véritable nom , et non pas, comme on le drl communément, un sobriquet qu'on lui aurait donné plus lard , et signifiant ,/ils du mensonge. Dans le Thalmud de Jérusalem , Thaahilh, ch. 4, le célèbre Akiba, partisan de ce Messie, l'appelle lui-même Coziba ; comparez le Midrasch sur les Lamentations de Jérémie, ch. 2, v. 2. Mûnter- ( Ueber den jûdischen Krieg tinter Trajan und Hadrian , p. 57etsuiv.) et, d'après lui, Jost (1. c, p. 244) lui attribuent, sur la foi de quelques monnaies, le nom de Simon, qui me parait fort problématique.

3 Ses monnaies sont mentionnées dans les deux Thalmuds. Voy. Th de Jériis. , traité Maaserschéni, ch. 1 ; Th. dcBab., traité Bava Kamrna, fol. 97 b; Buxtorf Lexic. Thalmiid., coi I(i29.

L'UNIVERS

quelle Eileam avait désigné le futur rédempteur du peuple hébreu ' ; ce qui contribua beaucoup à augmenter les forces de Bar-Cocheba et le couragedeses partisans. Adrien, qui avait commencé par mépriser cette insurrection, dut bientôt en reconnaître toute la gravité. Tinnius Rufus, qui commandait alors en Judée , fut battu dans plusieurs rencontres. Pourdompter cette redoutable révolte, qui mettait en émoi tout l'empire romain ^, Adrien envoya en Palestine Jules Sévère, dont la bravoure et le talent guerrier venaient d'être éprouvés dans la Grande-Bretagne. Sévère se borna à liarceler les révoltés, à leur couper les vivres , et à leur prendre une à une toutes les places dans lesquelles ils s'étaient fortifiés, mais n'osa leur livrer bataille. Encore une fois Jérusalem fut prise et rasée. Bar-Cocheba s'étant enfermé dans Béthar ^ , les Romains l'y assiégèrent; ce siège, selon les rabbins , dura trois ans et demi. Bar-Cocheba fit mourir le pieux R. Éiiézer de Modéin, qui ne cessait de prier, pour lui , mais qu'on avait faussement accusé de trahison. La ville fut prise d'assaut par les Romains , après des efforts incroyables l'an 136 de l'ère chrétienne; et on vit s'y renouveler les scènes de carnage qui avaient eu lieu à la prise de Jérusalem par Titus. Selon la tradition juive, ce fut au jour anniversaire de la destruclion du Temple que les Romains entrèrent dans Béthar. Dans cette guerre , les Romains, comme les Juifs, combattirent avec un acharnement extrême; selon Dion Cassius, cinq cent quatre-vingt mille Juifs furent mas-

' Voy. Nomhres, ch. 24 , v. 17.

' Kivo'jjxÉvr,; nâfTV); oV/ou[X£vr,; , dit Dion Cassius,!. LXIX, ch. 13.

5 La position géographique de la ^ille de Béthar n'est pas bien connue. Eusèbe ( Hist. ecclés. , IV , 6 ) la place près de Jérusalem ; selon le Thalmud de Jéras ( Thaanith, ch. 4) , elle était à 4o milles de la mer. Il paraîtrait résulter d'un passage de la Mischna fF<= partie , Hallah , ch. 4 , S 10) qu'elle était située hors des limites de la Judée et peut-être dans le midi , non loin de Thécoa. Il y en a qui l'identifient avec Bethsour près de Hébron , ou l'on trouve encsore un village appelé Betùur.

sacrés par les Romains, qui, de leur côtp, essuyèrent des pertes immenses.

Les rabbins exagèrent encore bien davantage le nombre des victimes ; mais personne n'était en mesure d'en constater le chiffre exact. — Bar-Coc*iei»a ayant péri dans la mêlée, lors de la prise de Béthar, la conquête de cette ville termina la guerre. La Judée fut changée en un désert ; ceux des rebelles qui survécurent furent vendus publiquement sur les marchés, au même prix que les chevaux. L'illustre Akiba , qui avait été emprisonné dès le commencement de la guerre, fut écorché vif; les plus atroces douleurs ne purent lui arracher aucune plainte, et il expira en s'écriant : Écoute, Israël; l'Éternel est notre Dieu, F Éternel est tin {Benter., 6,4). D'autres docteurs de la synagogue subirent également le martyre.

Adrien fit bâtir ensuite , sur les ruines de Jérusalem , une nouvelle ville , qu'il appela yElia , de son nom de famille yElius. Il y fit aussi élever un temple à Jupiter Capitolin, sur la même place où s'était trouvé l'ancien sanctuaire des Juifs; c'est pourquoi la ville fut surnommée CapitoUna. Il fut défendu aux Juifs, sous peine de mort, d'entrer dans la ville, ou de s'en approcher jusqu'à une certaine distance. Sur la porte du chemin de Bethléem , Adrien fit placer un pourceau de marbre. Le décret d'Adrien frappait aussi les chrétiens issus des Juifs; les chrétiens gentils eurent la permission de s'établir à ^Elia, qui devint bientôt le siège d'un évêque.

Dès lors les observances religieuses du judaïsme s'effacèrent de plus en plus parmi les chrétiens. Les Juifs obtinrent, à prix d'argent, la permission d'aller à Jérusalem une fois par an, pour pleurer leurs malheurs '.

On raconte, sur la foi d'un écri-

I Voy. Eusèbe, Hist. ecclés-, IV, 6. Cet état de choses existait encore du temps de saint Jérôme ; voici ce que nous lisons dans son commentaire sur Sophonia , c. I : Usque in prœsenUm dieni prohibeniur ingredt Jérusalem, et utruinamsuœ eisjlere liceal civitatis, preiio redimunt.

Vain peu authentique « , qu'Aquila (le Sinope, parent de l'empereur et chargé par lui de présider à la construction d'jElia, se convertit au christianisme , mais que plus tard, exclu de rÉglise, à cause de sou gotlt pour l'astrologie, il embrassa le judaïsme.

La conversion au judaïsme à'Akilas ou Aquila, parent de l'empereur, est aussi racontée dans les Thalmuds et dans divers autres livres rabbiniques». Il se fit connaître plus tard par une version grecque de la Bible.

Depuis h défaite de Bar-Cocheba les Juifs ne firent plus de tentative sérieuse pour reconquérir leur indépendance et se tinrenttranquilles. Les Samaritains seuls embrassèrent la cause de Pescennius Niger, compétiteur de Septime Sévère, et prirent part à la guerre (194) ; ils eurent à subir les rigueurs de Sévère , qui , à c» qu'il paraît, punit aussi les Juifs d'une rébellion dont ils étaient innocents \ Renonçant à jouer un rôle politique , les Juifs dirigeaient tous leurs efforts vers un but moral et mettaient tous leurs soins à consolider leur unité religieuse. Convaincus enfin que leur mission, comme société politique, était finie , et que le sanctuaire de Jérusalem, avec ses prêtres et ses sacrifices , ne pouvait plus être le symbole autour duquel devaient se réunir les débris dispersés du peuple juif, ils déposèrent les armes et cherchèrent , par des voies pacifiques et par des moyens intellectuels , à se fortifier comme société religieuse. Ils ne combattirent plus pour posséder une patrie, mais ils savaient mourir pour leur religion , et des victimes innombrables tombèrent comme martyrs de leur foi. La Palestine resta encore quelque temps le siège principal des études religieuses ; les rabbins s'établirent dans plusieurs villes de la Galilée, notamment à Séphoris et à Ti-

' Saint ÉpipIianR , De ponderibus et mensuris , c. 14. La Chronique alexandrine a reproduit le récit d'Epiphane.

" *Voy. entre autres, Midrasch rabba sur TExode, sect. 30.

3 Voy. Jost, 1. c, t. IV, p. 83.

hériade. De l'académie de ïibériade, fondée vers l'an 180, sortit le célèbre Rabbi Juda , surnommé le saint, qui recueillit les codes partiels et les lois traditionnelles des écoles pharisieniies, et en forma , dans le premier quart du troisième siècle, un vaste corps de lois, qui est connu sous le titre de MiscH- NA (répétition, ou seconde loi) '. Ce code est divisé en six parties appelées Sedarim (ordres), savoir : 1° Séder Zeraïm (des semences), renfermant les lois et observances à l'égard de tout ce qu'on sème et qu'on plante; on y traite des semences hétérogènes, des dîmes , des prémices, de l'année sabbatique, etc. En tête de cette première partie se trouve un traité sur les prières journalières et celles qu'on doit prononcer dans différentes circonstances. 2° Séder Moëd (des fêtes), traitant du sabbat et des autres jours solennels , ainsi que des jours de jeûne. 3° Séder JSaschîm (des femmes) , traitant du mariage, du divorce, du lévirat et de tout ce qui se rattache aux rapports mutuels des époux; on y a inséré aussi les lois sur les vœux et sur le naziréat. 4" Séder Nezikin (des dommages), traitant des indemnités dues pour les dommages causés à autrui , et en général de tout ce qui a rapport au droit civil, au droit pénal et aux tribunaux. Cette partie, sur différents points, offre une grande analogie avec le droit romain.

On y a inséré un traité de morale , renfermant les sentences des Pères de la Synagogue. 5" Séder Kodaschim ( des choses saintes ) , renfermant les lois et règlements des sacrifices et des autres choses consacrées à la Divinité , les préceptes sur les aliments et la description du Temple de Jérusalem.

6° Séder Tohorôth (des purifications), traitant des choses pures et impures et de la purification des personnes et des choses. — Chacune des six parties est subdivisée en différents traités

' Dans les Novelles de Justlnien la Mischna est désignée sous le nom de SsuTÉpMffK; (voy. Nov. 146, 1) ; de même par saint Augustin , Contra adversar. legis et prophetarum, II , 1,

LUNIVKRS.

et chaque tr.iité en chapitres '. — Ce code fut sueeessiveinent nnnoté, discuté et amplifié par les écoles de Palestine et de Babylone, et dans chacune des deux académies, on fit plus tard un recueil de ces annotations et discussions; ces recueils, beaucoup plus volumineux que la Mischna , qui leur sert de texte, reçurent le nom de GuEMARA (complément). La Mischna et la Guemara ensemble forment le Thalmud {doctrine). Il y a, parconséquentjdeux Thalmuds : l'un, émané des écoles de Palestine et appelé le Thalmml de Jéruaalem , fut achevé probablementdans la seconde moitié du quatrième siècle; l'autre, appelé le Thaïmud de Babylone, fut rédigé, au cinquième siècle, par Asché, célèbre docteur de l'académie de Sora, et par son disciple Piabina, et terminé l'an 500 par Rabbi José. La Guemara de Babylone, plus complète et plus claire que celle de Palestine, est aussi celle dont l'autorité a prévalu parmi les Juifs.

A mesure que l'esprit de sédition disparaissait du milieu des Juifs , les Romains les traitaient avec plus de douceur; ils formaient une société religieuse, protégée par l'État, et dépendaient d'une hiérarchie sanctionnée par le gouvernement romain. Ils étaient administréscivilement par leur Nasl, ou patriarche, qui résidait à Tibériade, et par leurs primats ou juges. Ils avaient des synagogues dans les principales villes de l'empire et célébraient publiquement leurs fêtes, jusqu'à ce que la puissance croissante du christianisme leur prépara de nouveaux malheurs.

Constantin ayant fait monter la religion chrétienne sur le trône des Césars, elle célébra son triomphe dans le pays qui fut son berceau. L'empereur et sa mère Hélène couvrirent la Palestine d'édifices magnifiques , con-

' La Mischna a été publiée , avec une version latine du texte et des commentaires de Maïmonid? et de Bartenora , el accompagnée des notes de plusieurs savants, par Surenhiisius, en six volumes in-fol. , Amsterdam, if)98-l/u:J

sacrés au culte chrétien et dont le plus 'îélèbre est l'église du Saint-Sépulcre ' , achevée en 335. L'arrogance et la barbarie des chrétiens réduisirent au désespoir les malheureux Juifs.

On parle d'une nouvelle tentative de rébellion de la part des Juifs et d'une sévérité barbare déployée contre eux par l'empereur'. Le règne de Constance ne fut pas plus heureux pour les Juifs; ceux-ci se révoltèrent contre Gallus, beau-frère et corégent de Constance , qui opprimait cruellement les provinces d'Orient (352). La vengeance que Gallus exerça contre les Juifs fut terrible; au 'massacre il ajouta l'incendie ; et les principaux sièges des écoles juives, les villes de Tibériade, de Diocésarée (Séphoris) et de Diospolis ( Lydda ) , devinrent la proie des flammes '.

Depuis cette époque les pèlerinages de Jérusalem devinrent de plus en plus fréquents parmi les chrétiens.

Les pèlerins arrivaient en foule des contrées les plus lointaines de l'Orient et de l'Occident , pour contempler les monuments de leur rédemption et notamment la vraie croix, qu'on prétendait avoir été retrouvée par Hélène. Mais saint Jérôme fait un triste tableau des vices que la foule des fidèles étalait alors dans la sainte cité 4.

L'avènement de Julien, surnommé l\4posto.t, inspira aux Juifs de nouvelles espérances. Cet empereur correspondait avec le patriarche de Tibériade ; il déchargea les Juifs des impôts dont Constance les avait accablés, et alla jusqu'à leur donner la çermission de rebâtir le Temple de Jéru-

' Voy . sur les lieux appelés le Calvaire et le Saint-Sépulcre, ci-dessus , page 5-2. Dans la description des gravures i, on trouvera quelques détails surl'églisedu Saint-Sépulcre.

2 Eutychii Annales, p. 466 et suiv . ; Fabricii Lux evang. , p. 124 et 125. — Voy. en général Gibbon , History oj the décline and fall of the roman empire, ch. 23, éd. de Paris (en un volume), p. 356 , et les autorités qui y sont citées.

' Saint Jérôme , dans ses additions à la Chronique d'Eusèbe.

* Comparez Gibbon, History, etc. 1. c, éd. de Parus , p. 357.

salem (3G3). Alypiusd'Antioche, ancien gouverneur de la Grande-Bretagne , fut chargé de l'exécution des travaux et soutenu par le concours le plus actif du gouverneur de Syrie. Les J uifs se mirent à l'œuvre ; mais , après de vains efforts, ils renoncèrent à l'entreprise. Les ouvriers, en creusant la terre pour poser les fondements du nouveau Temple, furent subitement arrêtés par des tourbillons de flammes qui sortirent de la terre avec un bruit de tonnerre; ce phénomène , dont ils ignoraient la cause physique, se répéta plusieurs fois, et leur imagination en fut frappée à tel point qu'ils n'osèrent continuer le travail '. Quelques Pères de l'Église ont rapporté ce fait simple avec des circonstances dans lesquelles on reconnaît la superstition de ces temps et une imagination exaltée par la foi religieuse. Le feu, disent-ils, en atteignant les vêtements des ouvriers, prit la forme d'une croix ; au milieu des flammes on aperçut un cavalier formidable, et les ouvriers, effrayés, voulant se sauver dans une église, une force surnaturelle retint les portes fermées en dedans. Cependant le fait en lui-même doit être considéré comme historique; il y eut probablement une forte explosion, causée par l'air inflammable longtemps comprimé dans les souterrains. Le même phénomène arriva aussi sous Ilérode , lors de l'ouverture des sépulcres de David et de Salomon*. Il n'est pas étonnant que le phénomène le plus naturel ait été considéré comme un miracle par des hommes qui en ignoraient la cause 3.

Au reste, la cessation définitive des travaux s'explique aussi par la mort de .Julien, qui tomba , bientôt après , dans un combat contre les Perses.

Sous les empereurs suivants, jus-

î Ammien Marcellla, I. 23, ch. i.

» Josèphe, Antiqu- , XVI, 7, I.

2 Voy. Gibbon , 1. c, page 358. Le silence gardé "sur cet événement par saint Jérôme, qui , quelques années après, vint en Palestine , prouve , selon Gibbon , que sur les lieux mêmes le prétendu miracle avait fait Iieaucoup moins de sensation que dans les contrées éloignées.

39" Livraisoti (Palestine).

qu'à Théodose, l'importance politique des .luifs de Palestine diminue de plus en plus ; le gouvernement les protégeait contre les persécutions des chrétiens, et de longtemps il n'est pas question de collisions sanglantes. Le partage définitif de l'empire romain par Théodose (396) fit de la Palestine une province de l'empire d'Orient. Le patriarche juif, quoique protégé par Arcadius et honoré de l'épithète aillustre , perdit de plus en plus son influence, à mesure que la liberté accordée aux synagogues dans toutes les p.'irties de l'empire diminuait l'importance de la hiérarchie palestinienne '.

Une circonstance qui dut contribuer également à diminuer l'influence du patriarcat fut l'introduction d'un calendrier uniforme à l'usage des Juifs dispersés dans tous les pays. Jusque- . là les néoménies et les fêtes avaient été fixées par le Synédrium de Palestine, selon l'ancien usage (p. 183 et 1 84) ; mais, vers 360 , le patriarche HiU lel convoqua un synode qui eut pour mission d'établir "un calendrier fixe qui pût servir de guide à tous les Juifs. On adopta pour base le calendrier grec de Méton , avec son cycle de dix-neufans, aûndemeltred'accordles années lunaires avec les années solaires; la durée de l'année solaire, selon le calcul des Juifs, tient le milieu entre l'année Julienne et l'année Grégorienne.

Sous Théodose II (vers 420), le patriarcat de Tibériade s'éteignit dan« la personne de Gamaliel, qui, étant mort sans héritier, ne fut pas remplacé. — Au commencement du règne de Marcien, successeur de Théodose, le concile général tenu à Chalcédoine éleva l'église de Jérusalem à la dignité patriarcale, en reconnaissant le titre ào, patriarche, adopté par Juvénal, évêque de Jérusalem ^. Les métropolitains des trois parties de la Palestine \ résidant à Gésarée, à Scythopolis et à Petra, dépendaient du nouveau patriarcat.

' Voy. Jost, 1. c.,t. IV, p. 223 et suiv. - Voy. Le Quien, Oriens chrisiianus, t. III, p. 113 et suiv.

^ La Palestine , depuis Constantin , était

Page 1