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L'UNIVERS
Les Samaritains, qui, depuis leur défaite sous Vespasien(p. 590), s'étaient presque entièrement effacés et avaient traversé, sous la domination romaine, quatre siècles d'humiliations, furent enfin poussés à bout par l'esprit persécuteur du clergé chrétien; et une violente révolte éclata vers la fin du règne de Zenon (490). Ayant choisi pour chef un certain Justus, ils tombèrent sur les chrétiens, en firent un grand carnage , et détruisirent leurs églises. Il avait fallu , sans doute, des excès de tyrannie de la part des chrétiens, pour pousser un petit peuple à une rébellion aussi hardie, et le désespoir seul a pu les rendre insensibles au danger auquel ils s'exposaient. Les troupes de Zenon n'eurent pas beaucoup de peine à dompter la rébellion.
Les Samaritains furent expulsés de IVéapolis (Sichem), et sur le mont Garizim, lieu de leur culte, on vit s'élever une église consacrée à la Vierge '.
Les Samaritains se révoltèrent de nouveau sous Justinien, qui persécuta, avec une égale cruauté, les Juifs, les Samaritains , les païens et les hérétiques chrétiens. Un certain Julien , qui prenait le titre de roi , se mit à la tête des Samaritains révoltés, qui massacrèrent les chrétiens, brillèrent les églises , ravagèrent le pays et se livrèrent à des excès de cruauté. Justinien fut obligé d'envoyer une armée contre les rebelles. Un combat sanglant eut lieu , dans lequel les Samaritains furent défaits; Julien et les principaux chefs furent tués (530). On dit, que dans cette lutte il périt de part et d'autre cent mille hommes, et une des plus belles contrées de la Palestine fut changée en un désert. Après le combat, on égorgea les vaincus, à
divisée en trois parties : T Palœslina prima, comprenant l'ancien pays de Samarie, ff^lui de Juda et le territoire des Pliilistins; •i" Palœstina secunda, qui renfermait l'ancienne Galilée et la Trachonilide; 3" Pa~ lœslina icriia, ou saliitaris , comprenant l'ancienne Pérée et l'idumée.
' Voy.BarhebrœusouAboulfaradj, Chron.
sur., p. 79 V vers, lat., p. 77 ) ; Chron. ar. ou Hist. dynastiarum , p. H7 'vers, lat., p. 93). — Comparez Jo^t, I. c, t. \", p. I6I-I63.
l'exception de ceux qui firent une profession de foi mensongère et cherchèrent un refuge dans le sein de l'Église. Dans l'opinion de Justinien, ce n'était point un crime que de massacrer les infidèles, et il mettait tcut à feu et à sang pour établir l'unité de la foi chrétienne '. Arsénius, ami de Julien, homme habile et éloquent, se rendit à Constantinople, pour implorer la justice et la clémence de l'empereur, en montrant que les chrétiens étaient la première cause des troubles. Le clergé de Palestine , redoutant les effets de cette démarche, s'adressa à Sabas, supérieur général des monastères de Palestine, et le pria de se rendre auprès de l'empereur pour défendre les chrétiens; quoique plus que nonagénaire, Sabas partit pour Constantinople. Justinien vint à sa rencontre et se jeta à ses pieds. La mission de Sabas fut couronnée d'un succès complet; sur son conseil, Justinien condamna à mort les chefs de la révolte qui avaient survécu, ordonna aux Samaritains de rétablir les églises qu'ils avaient détruites, et poussa l'iniquité jusqu'à leur 6ter la faculté de laisser leur fortune à leurs héritiers naturels, à moins que ceuxci n'eussent embrassé le christianisme =■. Les synagogues des Samaritains furent détruites. Arsénius, tremblant pour sa vie, embrassa le christianisme. — Quelque temps après (536), un nouveau décret de Justinien imposa aux Juifs et aux Samaritains toutes les charges curiales sans exception , mais les dépouilla de tous les honneurs et privilèges qui y étaient attachés \ Plus tard (541), sur l'intervention deSergius, évêque
' Voy. Gibbon, eh. 47, page 832, et les auteurs qui y sont cités.
2 Voy. Jost, 1. c, t. V, p. 166. M. Poujoulat , dans son Histoire de Jérusalem (t. II, p. 274) . parle aussi du voyage que Sabas lit a Constantinople, pour y remplir, dit-il, une mission de charité; mais la révolte des Samaritains n'est pas mentionnée dans cet ouvrage. En général , on doit regretter que le célèbre auteur de l'Histoire de Jérusalem se soit moins préoccupé des événements historiques que des traditions de l'Eglise.
3 Voy. Justin. Novelles, 45, i.
nu
de Césarée, \es lois sévères contre les Samaritains furent modifiées et adoucies sur plusieurs points ' ; cependant les lois exceptionnelles et oppressives causèrent encore une fois des troubles très-graves à Césarée, oîi, selon quelques auteurs , les Juifs et les Samaritains, en 555, se jetèrent avec fureur sur les chrétiens, détruisirent les églises et tuèrent le gouverneur dans son palais. Les révoltés furent punis avec la plus grande sévérité, et la tranquillité tut bientôt rétablie ». Justin II, successeur de Justinien , rétablit les lois oppressives contre les Samaritains, dans toute leur sévérité (vers 570) ; on parle encore de réactions sanglantes dont cependant nous ignorons les détails ^.
Depuis cette époque, les Samaritains disparaissent presque entièrement de l'histoire, quoique leur communauté se soit conservée jusqu'à ce jour. La plupart, sans doute, pour se soustraire aux persécutions, embrassèrent le christianisme; plus tard l'islamisme aussi aura fait, parmi eux, de nombreux prosélytes , et les croisades leur furent également funestes.
Au douzième siècle. Benjamin de Tudèle ne trouva à Sichem que cent Samaritains, c'est-à-dire probablement cent pères de famille; mais il y en avait deux cents à Césarée, trois cents à Ascalon et quatre cents à Damas 4. Un autre voyageur juif, qui visita la Palestine en 1217 , fait monter le nombre des Samaritains à environ mille hommes *. Maintenant cette secte se réduit à une quinzaine de familles vivant à Nablous (Sichem) ^.
' Voy. Novelle 120.
* Voy. Baronius, Annal, ecclés., h l'an- Dée 555.
3 Voy. en général Jost, I. c. , l. V, p. Hi3- I9f.
* Itincrarium, éd. de l'Empereur, p. 37 , 38, 52 et 57.
^ lehouda Al-Hari/.i. Thahkemoni, ch. 17. S'il faut en croire l'auteur arabe Jlakrizi , il existait encore au 15' siècle un grand nombre de Samaritains dans les villes de la Syrie. ( Voy. la Chrestoniathie arabe de Silv. de Sacy, t. I, p. •3'i4.) Le même auteur mentionne une synagogue samaritaine au Caire.
•- Sur les Samaritains, sur leurs doctrines t't usages, et sur les lettres qu'ils ont échangées
Quant aux Juifs de Palestine, nous les voyons encore au sixième siècle , au milieu des plus cruelles persécutions, contin uer avec ardeur leurs études sacrées. Il nous reste de cette époque un monument grandiose de l'académie deTibériade; c'est le texte hébreu de la Bible, irrévocablement fixé d'après les manuscrits les plus authentiques et accompagné d'un travail critique, indiquant l'orthographe exacte et un certain nombre de variantes qui méritaient d'être notées. Ce travail reçut le nom de Masora (tradition); il est fait avec le soin le plus minutieux, et, pour garantir le textede toute altération, les auteurs indiquent le nombre des versets, des mots et même des lettres contenus dans chaque livre.
C'est problablement aussi de cette époque que datent les points-voyelles et les accents qui accompagnent le texte biblique '.
Sur la physionomie que présentait la Palestirie chrétienne à la fin du sixième siècle et sur les croyances populaires de cette époque , on trouve quelques détails curieux dans l'Itinéraire de saint Antonin et de ses deux compagnons de voyage. Nous en reproduisons ici quelques traits d'après l'analyse donnée par un écrivain de nos jours ».
'< Partis de Plaisance, ils vont à Constantinople, s'arrêtent en Chypre , à Salamine ou Constance , jolie cité ornée de palmiers , et arrivent aux côtes de Syrie. Ils remarquent les femmes juives de Nazareth qui passaient pour les plus belles de la Palestine; ces femmes doivent leur beauté à Marie , dit naïvement le pieux narrateur; elles étaient bienveillantes et charitables envers les chrétiens. Nos pèlerins appellentia Galilée un paradis
depuis le seizième siècle avec plusieurs savants d'Europe, on peut voir Grégoire, Hist. des sectes religieuses, t. III , et Silv. de Sacy, dans les Notices et extraits des manuscrits, t. XII.
' Sur les détails de la Masora on peut voir Jean Buxtorf , Tiberias , sive commentarius masorethicus, Basileae, 1665, in-4°.
^ Poujoulat , Histoire de Jérusalem , t. II , p. 276 et suiv.