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liiiij^i dans la prétendue « rélorme » de la miisi- <|ue religieuse, du moins le fait de l'augmentalion de sa pension, et les termes dans lesquels <etle faveur était motivée, montrent en quelle estime étaient dès lors tenues ses compositions. Il n'est pas inutile de rechercher quelles étaient, a la même époque, les conditions matérielles de son existence.
Sa femme, Lucrezia de Goris, lui avait donné plusieurs enfants. On connaît les noms de trois fils : Ridolfo, né vers i55o; Angelo, de deux ans plus jeune, etigino, né vers 1057. Palestrina les élevait dans linlention de faire, de l'aîné au moins ou des deux aînés, des musiciens. Quelques documents qui subsistent aux archives de la ville de Palestrina concernent la gestion de ses propriétés ou de celles de sa femme; en I 558 et 1559, il vend ou achète des pièces de terre, une vigne. Devenu chef de famille par la mort de son père et de sa mère, et mis en possession de ses biens patrimoniaux, il constitue en i562 une dot à sa sœur Palma, qui épouse un bourgeois prénestin. En i566, il s occupe de tleux neveux de sa femme, Angelo et Rodolfo Veccia, qu'il fait entrer au séminaire romain, nouvellement inauguré.
En dehors de sa fortune personnelle, ses revenus se composaient de sa pension à la dut-
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pelle pontificale, de ses appointements à Saintc- Maiio-Maj(>iire, et de sa part dans les « distributions extraordinaires » occasionnées en cette église par les offices spéciaux. Il faut y joindre le produit^ assez aléatoire, de la vente de ses ouvrages : et Ton ne doit pas tenir peu de compte des bénéfices qu'un compositeur pouvait réaliser par des dédicaces habiles. C'était chose à laquelle Palestrina s'entendait fort bien.
.\u moyen Age, on avait vu les seigneurs émerveillés jeter en don aux ménestrels ou aux jongleurs leurs bourses, leurs chaînes d'or, leurs manteaux fourrés. Un souvenir de ces générosités brutales subsistait dans la manière dont les hautes classes entendaient, au xvi* siècle, les rapports réciproques d'un Mécène et d'un artiste. Vne somme d'argent récompensait l'offre d'un livre ou la composition d'un morceau de circonstance, et lors même qu'il ne figurait pas parmi les « officiers domestiques » d'un souverain, et qu'il ne s'abaissait pas jusqu'au point de jouer, — comme Lassus, et, plus tard, Lullv, — le rôle de bouffon pour faire rire son maître, le plus illustre musicien n'éprouvait alors aucune humiliation à solliciter par de serviles dédicaces la protection morale et surtout le secours pécuniaire des grands. Presque aucune
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publication ne sortait alors des presses sans t^tre précédée d'une épître de l'auteur ou de l'éditeur à quelque riche et puissant personnage, et l'armoriai de l'Europe pourrait ôtrc dressé à l'aide des exemplaires d'oeuvres littéraires ou musicales. A Rome en particulier, il était facile de s'enrôler parmi les clients d'un prélat ou d'un prince. « Rome, disait en i5G3 un ambassadeur vénitien, est belle par elle-même, mais surtout belle par sa cour; car c'est certainement une grande chose que de voir affluer dans une ville une multitude de personnes de toutes les nations et de tous les rangs et catégories de la société, ce qui naît de l'espérance qu'a chacun de parvenir à ses lins. Celui qui est né riche, mais qui ne se satisfait pas des honneurs auxquels il peut atteindre en son pays, peut avec de l'argent s'ouvrir le chemin des hautes dignités; tel autre, gentilhomme pauvre et chargé de famille, choisit entre ses fils le plus intelligent, et l'envoie à Rome, dans l'espoir de lui procurer ainsi une existence aisée et honorable; tel autre, né dans l'obscurité et la gène, mais se sentant de la valeur, soit dans les lettres, soit dans les allaircs, se dirige vers cette cour; et quicon([ue aime l'indépendance et ne prétend qu'à ce qui est accessible à tous, choisit encore Rome pour sa résidence. Ce concours universel, s'il
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donne parfois Ikmi à (|iirl([ii(> scandale jinr l'excès <lu liixo, tourne néanmoins d autre j)art au grand avanla<^e de l'Italie, à cause des carrières honorables et lucratives qu'il ouvre à tant d'individus...' » Entre les personnages désignés par leur situation jiour servir de protecteurs aux artistes, les cardinaux tenaient naturellement le premier rang, et Palcstrina ne manqua pas de choisir, à diverses reprises, plusieurs d'entre eux j)our destinataires de ses dédicaces. Ce fut au cardinal Rodolfo Pio (ju'il oflVif on i5(î.i son j)rciiii(M- livre de motets à quatre voix, au cardinal de Ferrare, ilippolyte d'Esté, qu'il dédia en 1569 son premier livre de motets à cinq, six et sept voix. Très influent déjà au temps de Paul III, j)lein de zèle religieux, en même temps (jue de goût pour les livres, les manuscrits, les médailles, Ilodolfo Pio, devenu en 1 ')():> le doyen du sacré collège, pouvait être (|uel<|ue jour en mesure de proléger ellicacement Paleslrina ; sa mort, qui arriva le > mai i5G4, fut donc pour celui-ci une perle sensible.
()ii pouri'a rcmar(|uer qu'en aucun moment Pierluigi de Paleslrina n'eut l'idée d'attacher à l'un»' d(; ses œuvres les noms des deux cardinaux \'il( Ilo/./.o Vitidli et Horromé»', (pii avaient en
I. (>ilc jjur llnliiior, Sijrte-Quin/, cdil. fraiiruise, l. I, p. 78.
i565 opéré la revision des statuts de la chapelle pontificale et, a-t-on prétendu, décidé du sort de la musique religieuse. En i56o et 1570, il adressa à Philippe II, « Roi Catholique et Invincible », son second et son troisième livres de messes. Selon Baini, la première de ces deux dédicaces lui aurait été suggérée par le cardinal Pacheco; il redoubla d'humilité dans la seconde, que, dit Baini, « il faut croire écrite de bonne loi », et dont, somme toute, le langage adulateur ne sortait pas sensiblement des formules accoutumées. Peut-être une arrière-pensée avait-elle guidé Palestrina dans cette insistance à mettre aux pieds de IMiilippe II son talent et sa personne : il était à la veille d'un nouveau changement de position à Rome, et devait, à quelques années de là, négocier avec la cour de Mantoue les conditions d'un engagement qui lui eût lait quitter la capitale de la chrétienté. Mais il n'v avait point de place pour un compositeur italien à la cour tout espagnole et flamande de Philippe d'Autriche.
La simple nomenclature des messes imprimées dans les deux livres de 1067 ^* 1^70 contredit encore une fois la légende du « sauvetage » et de la « réforme » de la musique religieuse : car si, dans le désir de vaincre l'hostilité des cardinaux à l'égard de la musique polyphonique, Pier-
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lui^l avait créé les modèles d'un art nouveau et ol)lenu pour eux une aj)j)rol)ation (jui eût été du niùine coup la condanination de tous les « abus » anciens, on ne l'aurait pas vu continuer ilécrire et de publier des messes sur des t;liansons, et placer dans son troisième livre la messe de L'homme armr, à cinq voix, avec son titre en toutes lettres, et celle De Bcata Vir^inCy qui contenait des intercalalions de textes, ou tropes, contraires aux prescriptions litur^icjues du Concile de Trente. Sous ce dernier rapport, une réforme était cependant à la veille de s\i< complir, (jui allait avoir une répercussion directe sur les œuvres musicales où s'observait encore cet usage séculaire.
La mort de Pie IV, en décembre i505, avait fait passer la tiare sur le front du cardinal Michèle Ghislieri, qui appartenait à l'ordre des frères |)récheurs et portait le titre de « grand in(juisiteur ». Elu le r janvier i5GG « par lo parti de la discipline rigoureuse », il prit le nom de Pie \', sous le(jiiel il a été canonisé. Dés son avènement, il excita parmi le j)cuple de Rome un très vif renouveau de piété, dont témoigne entre autres un pèlerin allemand, surpris tic l'alllueni-e extraordinaire et du recueillement des fidèles qui se pressaient sur les pas du pontife, et assistaient en foule à toutes les cérémonies c^ii il
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l)résiilait en personne'. Ce mouvement de ferveur eût été favorable à une orientation de la musique sacrée dans le sens le plus purement religieux. On ne voit pas que le pape s'y soit directement intéressé. La réforme dont il s'occupa le plus activement, et qui avait été préparée par Pie IV, comme une suite nécessaire des délibérations du Concile de Trente, fut celle du bréviaire, ou recueil complet du texte de l'ofiice. Remanié par une commission de cardinaux, pour remplacer le bréviaire de Quignonez, le nouveau bréviaire romain parut en i568 et fut bientôt rendud'un usageobligatoire". Lenouveaumissel, rédigé immédiatement après, et promulgué par la bulle du 12 juillet 1670, eut pour effet de repousser hors du service de FEglise, au moment môme où Palestrina la faisait imprimer, la messe De Beata Virgine, qui contenait des inlercalations de textes, et celle de son premier livre, Ecce sacerdos magnas, publiée en i554, où se trouvaient des passages à textes mélangés.
Le zèle de Pie V n'était pas moins ardent pour la défense de la foi contre les iufidèles. On ^ait quelle part la flotte pontificale, jointe à celles de
I. Ranke, l. I, p. 305 et suiv. — de Falloux, llisloiie de S. Pi» V, t. I, p. i58. llk>.
a. BaliiTuI, Histoire du bréviaire romain, p. aj'j, aj}.
PaU'slriiia. G
Venise et de l'Espagne, prit à la guerre contre les Turcs, et comment Marc-Antonio Colonne, son chef, ayant à ses côtés Don Juan clAutriche, remporta, le 7 octobre iS^i, la victoire de Lépante. Palestrina célébra cet événement glorieux par la composition d'un madrigal en deux parties, Le sch'^avea, exécuté probablement au cours des fêtes qui suivirent rentrée triomphale du vainqueur à Rome (4 décembre 1571) ou pendant cette entrée elle-même, sur quelque tribune élevée auprès de l'un des arcs que devait IVancliir Colonna. Les exécutions en plein air de morceaux de circonstance faisaient partie de ces cérémonies, et complétaient le sens des devises partout écrites sur le passage du cortège. Ce madrigal de Palestrina ne fut imprimé (|u'en i574i dans II quarto iibro délie Muse, où se trouvait une seconde pièce du môme compositeur relative à une autre victoire remportée sur les Turcs.
Quelques madrigaux de Palestrina paraissaient de temps en temps, isolément ou par petites séries, dans des recueils collectifs. 11 avait apporté sa collaboration au recueil imprimé à Venise, che/ Girolanio Scotto, par les soins de Giulio Bonagionta, en l'honneur du |ioètc Annibal Caro, mort en i5G6. « Il Caro » avait tenu une grande place dans la société romaine; ama-
leur de musique, se plaisant à chanter, à jouer de la lyre, — la lira di braccio, — à voir les madri^alistes composer des pièces sur ses vers, il entretenait avec les artistes, et peut-être avec Palestrina lui-même, des relations amicales, en même temps qu'il se faisait, avec eux, le courtisan de quelques Eminences, et notamment des cardinaux Gervini et Borromée. Toute l'Italie retentit, à sa mort, d'éloges funèbres et de poésies de circonstance, dont quinze furent distribuées par Bonagionta à quatorze compositeurs, pour former la Coroiia délia morte delV illustre Signoreil Sig. Comendator Anibal Caro, où figurait, sous le nom de « Zanetto da Palestrina », un madrigal à quatre voix, en deux parties : Il Caro è morte. Déjà auparavant, Bonagionta avait placé dans son recueil // Dcsiderio un mTidrigal nouveau de Palestrina, Vesliva i colli, que le musicien devait lui-même reprendre et traiter en forme de messe. En i568, Vincenzo Galilei transcrivit pour le luth et inséra dans son volume intitulé // Fronimo, quatre des madrigaux déjà connus de Palestrina. Dans l'année ijjo, on en vit paraître huit, anciens ou nouveaux, dans deux recueils publiés à Venise, chez Girolamo Scotto.
l'AJ.IiSTUI.NA
La mort do Giovanni Aninuiccia, siirvoniic \r [\i mars 1571, avait rendu vacant le poste de maître de la cliapelle Julia, à Saint-Pierre, ([iie Palestrina avait autrefois occupé. Il s'y fit nommer de nouveau, et en prit possession au mois d'avril, A la même époque et par refTeldes mômes circonstances se nouèrent ses relations avec saint Philippe de Néri, l'un des hommes de ce temps qui, par l'ascendant d'une foi profonde et d'une très douce piété, exercèrent le plus d'influence sur l'accroissement du sentiment religieux à Rome. Depuis i558, il réunissait quotidiennement, pour accomplir en commun des exercices de piété, une foule de gens de tout tige et de toute condition; le nom do la « chambre de prière » ou « oratoire » dans laquelle se tenaient les assemblées de cette congrégation servit bientôt à désigner la congrégation elle-même, et passa, au siècle suivant, dans la terminologie musicale, pour caractériser, sous le titre Oratorio, une l'orme de composition religieuse, mais non liturgique, dont l'origine remontait aux chants pieux en langue vulgaire exécutés dans ces réunions. Giovanni
Aiuinuccia, ([ue le saint avait gagné à sa cause, ('lait devenu le maître de (diapelle de l'association, dont il dirigeait les chants et pour lafjuelle il composait ou arrangeait des motets, des litanies et des laiidi. On appelait ainsi des cantiques en langue vulgaire disposés sur des mélodies connues, — selon les mômes procédés d'adaptation f|ui ont été en pareil cas employés à toutes les époques et dans tous les cultes*, — ou quelquefois composés tout exprès; et c'était à l'instar de ceux qu'autrefois Savonarole et d'autres moines prédicateurs avaient mis en vogue à Florence ([u'on les intitulait /r///f// ou laudi spirituali. Le premier livre de ceux qu'Animuccia lit paraître « pour la consolation et sur le désir de beaucoup de personnes pieuses, tant ecclésiastiques que laïques », fut imprimé à Rome par-Yalerio Dorico, en i563; le second, ([ui parut en iS^o, contenait à la fois des motets latins et des laudi italiens propres à « exciter la dévotion ». Animuccia, dans sa dédicace à l'abbé Podocatlaro, expliquait que « l'oratoire de San Girolamo ayant vu, grâce à Dieu, s'accroître le nombre de ses adhérents par l'entrée de prélats et de gentilshommes, il lui était devenu possible d'augmenter aussi l'intérêt harmonique de ses compositions, et d'en varier la musique de diverses manières, en y introduisant plus d'art, sans tou-
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tefois obscurcir le sens des paroles ». Il était naliirol (\ne Palestrina, successeur d'Animuccia à Saint-Pierre, le remplaçât aussi auprès de saint Philippe de Néri. Sa collaboration au répertoire de la congrégation est probable, et si l'on doit se garder de lui attribuer des pièces contenues dans divers recueils de laudi qui ne portent ni son nom ni la marque de son talent, on peut supposer que quelques-uns de ses madrigaux spirituels avaient été destinés aux réunions de l'oratoire.
Dans l'année qui suivit sa nouvelle installation à la chapelle Julia, en 1 572, Palestrina fit paraître à Venise, chez Girolamo Scotto, son second livre de motels à cinq, six et sept voix, dédié au duc de Mantoue, Guillaume Gonzague.
Depuis plusieurs années, il était en relations avec ce prince, ami des arts, musicien lui-même, étirés attentif à maintenir le renom et le luxe de sa cour. Tout d'abord, le duc avait fait demander à Palestrina une messe, que celui-ci lui avait envoyée le 2 février i568, en le priant, « si (;e travail ne répondait pas à ses désirs, de lui (lire une autre fois quel genre do messe il souhaiterait, et s'il fallait qu'elle fût de courtes ou de grandes dimensions, ou que l'on s'y attachât surtout à la clarté dans l'interprétation musicale du texte ». Dans les années suivantes, divers
ouvrages inédits de Palestrina, et entre autres, en 1570, un motet à liuit voix « composé pour le roi d'Espagne », furent envoyés au duc de Mantouepar quelques personnages qui connaissaient son goût pour la musique et « spécialement » pour celle de Palestrina. S'étant lui-môme amusé à composer un motet et un madrigal, Guillaume voulut les sou mettre au jugement du maître romain, qui, au milieu de paroles louangeuses, glissa dans sa réponse quelques conseils techniques : on songe, en les lisant, aux lettres où Voltaire, en couvrant d'hyperboliques louanges les odes du prince de Prusse, osait timidement en corriger les plus lourdes fautes d'orthographe.
Un voyage que Guillaume Gonzague fit à Rome, en 1572, permit à Palestrina de se faire personnellement connaître de lui, et ^ans les années suivantes se continua un commerce épistolaire qu'arrêta seulement la mort du prince, en 1587. Une lettre du musicien « au duc de Mantoue et de Montferrat », du 9 février 1575, fait allusion au nouveau titre ducal qui venait d'être conféré à Guillaume Gonzague par l'empereur Maximilien ; la même lettre parle d'une Canzone composée sur des vers choisis ou désignés par le duc. En 1578 et 1379, d'autres lettres remercient le prince d'un généreux présent et
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font mention de l'envoi de quatre messes. 'SI. Ilaberl ' a supposé qu'il s'agissait de messes en plain-chant, parce qu'il croyait Pierluigi occupe alors presque uniquement de la revision (les livres de chant lilur^'-i(juc : mais il av(MH' toutefois que le texte ne donne à cet égard aucune certitude, si bien qu'il est loisible de présumer, avec autant ou plus de vraisemblance, quil s'agissait de messes polyphoniques, telles que le duc les recherchait et s'en était déjà fait envoyer. Le nombre considérable des messes publiées après cette date par Palestrina et celui plus considérable encore, des compositions de même genre qu'il laissa en manuscrit, rendent celte hypothèse tout à fait plausible.
Dans tous les genres de composition, il se montrait fort actif. En 1575, il réunit trente-trois motets à cinq, six et sept voix, pour en former un Liber t cri lus moleltoruni. En le dédiant au ducde Fcrrare, Alphonse II d'Esté, il rappelait le souvenir du cardinal de Ferrare, llippolyte d'Esté, « de bienheureuse mémoire », auquel il avait offert le Liber primas, six ans auparavant, et dont il était d'une adroite politique d'attester les bienfaits passés, en sollicitant ceux à venir d'un prince de la même lignée.
1. liuberl, Dix Aichiv der Gonzaga, etr., dans lo KircheninwêHaliachea Jahrbuch fur 188G, p. 3i et suiv.
Entre ses messes, on tient pour composées vers 1571, ou à coup sur copiées à ce moment dans le manuscrit 07 tic la chapelle Sixtine, celles intitulées O magnum mysterium et Veut Creator Spiritus. Entre ses madrigaux, l'on date assurément de 1 373 le morceau relatif au mariage d'Isabella Bonelli avec Pomponio Torelli, et de i;')78 celui qui se rapporte aux noces do Bianca Capello et Francesco de Medici.
Cette date nous amène à l'un des épisodes de la vie de Palestrina qui ont suscité les plus ardentes discussions : il s'agit de la revision du Graduel romain^ et de la part attribuée à Palestrina dans la préparation de l'édition dite Médicéenne, publiée à Rome en i6i4-i6i5. On sait que cette édition a servi de « prototype » à celle publiée par la maison Pustet, de Ratisbonne, et qu'il était avantageux de pouvoir placer sous l'autorité d'un nom illustre, tel que celui de Palestrina. Rien n'a donc été ménagé pour y parvenir ; mais des études récentes ont jeté tout à coup une lumière nouvelle sur des événements mal connus, et ramené à ses véritables proportions le rôle joué un moment en l'affaire par Palestrina.
Pie V était mort le 1" mai 1072 et le conclave lui avait « par adoration » donné pour successeur le cardinal l'go Buoncompagni, couronné
sous le nom de Grégoire XIII. Parmi les premiers actes de son pontificat, figura l'établissement d'une imprimerie destinée à fixer et à répandre des textes corrects pour les livres liturgiques et les écrits des Pères. A l'instigation de conseillers non désignés et de musiciens ({ue Ton peut supposer avoir été Pierluigi de Palestrina et Annibal Zoilo eux-mêmes, Grégoire XIII, par un bref du 25 octobre 1577, chargea ces deux compositeurs de reviser le chant de l'Eglise. Se partageant aussitôt la besogne, ils choisirent dans le Graduel, l'un, Pierluigi, le Temporale ou « propre du temps », l'autre, Zoilo, le Sanctoralc, ou « propre des saints ». A peine étaient-ils à l'œuvre, que la hardiesse de leurs procédés à l'égard des mélodies traditionnelles du culte catholique inspirait aux musiciens versés dans ce répertoire les plus vives inquiétudes. L'un d'eux, le compositeur espagnol Fernand de Las Infunlas, s'en ouvrit à son souverain, Philippe II, dans une lettre fort explicite : « Quoiqu'ils prétendent, écrit-il, m; vouloir changer que peu de chose, savoir : ce qui est contraire à l'accent ou au mode, et supprimer seulement un grand nombre de ligatures (groupes de notes) pour éviter la prolixité, ils finissent néanmoins par détruire tout ce qui existe. La chose mo chagrine fort, car je vois
avec quel aveuglement ils s'égarent, et combien insensé et irréfléchi est tout ce que l'on projette contre le chant liturgique*. » Le Roi Catholique, <lont l'ingérence en de pareilles matières était parfaitement conforme aux traditions religieuses et diplomatiques de l'époque, s'émut sans doute des agissements signalés par son fidèle sujet, et dut appuyer de quelque manière le mémoire que bientôt après Fernand de Las Infantas présenta au pape à ce sujet : car l'on sait que ce mémoire fut bien accueilli, et que promesse fut faite de n'autoriser aucun changement dans les mélodies.
Une corrélation existe entre cette réponse et le fait, rapporté par im autre témoin, que Palestrina et Zoilo avaient compté sur un paiement de leur travail, et que, n'obtenant. rien, ils l'abandonnèrent. Le Graduel était achevé : ils ne s'occupèrent ni de le publier, ni de rédiger, à sa suite, l'Antiphonaire. Palestrina se remit avec ardeur à la composition polyphonique et laissa Zoilo emporter avec lui, en quittant Rome, tous les papiers relatifs au Graduel. On songeait si peu à l'imprimer, et à l'imprimer sous le patronage du pape, que d'autres musiciens se
I. Ce document, signalé par M. Dejob {De l'influence du Concile de Trente, p. a34) a élé publié par Dom R. Molitor (Die nach- Iridentinische Choral-Refurm, t. 1, p. aç)^) et par M*'' Hespighi (Suovo studio, etc., p. lai.)
ga PALESTIU.NA
proposaient pour la nir-iuc besogne, ou des besognes analogues : de 1079 date une proposition confuse et singulièri» adressée par Ciniello au cardinal Sirleto, en vue d'une transformation (le la notation des mélodies liturgiques, et d<' leuieonstruclion ^ En 1682, Giovanni Guidetli, < hapelain de Grégoire XIII, (il imprimer à Rome, par Robert Granjon, son Directorium chori, auquel était jointe en première page une re<-ommandation de Palestrina. — son maître de composition, disent (|U('l{|U(>s-uns, ou simj)l<'iiicu! son ami ou son confrère, — (]uj, en qualifiant le livre d' « excellent », paraissait bien renoncer personnellement à toute entreprise sembla})le : et, en effet, de i586 à i588, Guidetti publia le (allant don Passions, des Lamentations, de V Office (le la Semaine Sainte, et des Préfaces, sans qu'aucune réclamation survînt, ni do la part de Zoilo et de Palestrina, ni de celle de l'autorité ecclésiastique, qui, a-t-on justement remarqué, « n'aurait pas manqué de s'y opposer, si le dessein (riiiiprimer des livres de chœur officiels l'eût encore occupée en (juelque manière ». Grégoire XllI. dii(|U('l avait émané le bref de i')-^, mourut le lo aviii i585 et ses successeurs ni- iiiaiiifc^stèrent aucun intérêt pour l'airaire.