I. KirrhrnnKi» Jahrhuch, lSi)J, p. j
on 157^»., le duc clo MantoLie récompensait Thomma^e du second livre de motels par un don do 25 scudi, soit 876 francs; en 1578 et 1579, pour dos compositions non désignées, il faisait renie lire au musicien 100 écus d'or, environ •.>..5oo francs. Aussi est-ce vers ce prince qu'en i583, las de ses emplois à Rome, on vit Pales- Irina tourner ses espérances.
Il s'agissait d'aller remplacer à Mantoue Francesco Soriano. Avec de grandes protestations de désintéressement, et tout en assurant qu'il servirait le duc gratis bien volontiers, si sa situation do fortune le lui permettait; qu'en tous cas il s'en remettait à lui et se contenterait de ce (|ui lui serait accordé, pourvu qu'il pût vivre et nourrir sa famille, Palestrina indiquait le chifi're de ses appointements à Saint-Phîrre, et mentionnait sa pension pontificale, dont il espérait pouvoir conserver la jouissance hors de Rome; il faisait connaître que sa maison comprenait sept personnes : lui, sa femme, son fils, (Igino), sa bru, son petit-fils, un serviteur et une servante; il demandait que le voyage leur fût payé, et qu'on mît à sa disposition une habitation convenable. 11 offrait en môme temps les services de son fils, qui était sur le point d'obtenir le diplôme de docteur en droit.
Le duc, au([uel on proposait en même temps
Pulcslrina. 7
pour niaîfro do chapolle le composifoiir Giaches Wert, hésitait, et char«^eait entre autres choses son afjfent de s'informer si Palestrina jouissait d'une bonne santé, et s'il supporterait aisément les fatigues de la vie de cour <>t des voyages obligatoires à hi suit»- du prince, pendant lesquels il se trouverait souvent et assez longtemps éloigné de sa famille; il voulait aussi que le musicien se prononçât nettement sur ses exigences pécuniaires; et quoique « par modestie » Palestrina ne voulût donner surcc j)()inl iiucune réponse formelle, on sut par des tiers (juil ne quitterait pas Rome , s'il ne trouvait ailleurs les mêmes avantages, et les frais de voyage et d'entretien pour sept bouches. La dépense parut à Guillaume plus considérable que ne le permettait l'étal de ses finances, et les négociations furent abandonnées, sans que le musicien cessât de correspondre avec lui, de lui envoyer des ouvrages, et d'en recevoir des présents'.
Pierluigi avait en même temps toujours grand soin de se ménager d'autres protections et de se procurer d'autres subsides, par le choix attentif des personnages auxquels il adressait ses dédicaces. « Les courtisans de Rome, écrivait un ambassadeur vénitien, aiment qu<' \n roue
I. Uabcrl, Das Arcliiv der Gonzaga, dans le Kiiclteniutn. Jnhrb. 188G. p. 41 et suiv.
tourne souvent, car chacun peut espérer gagner à la loterie. Ils accordent un lustre par pape, et trouvent mauvais que le bail soit renouvelé ^ » Le bail de Grégoire XIII dura treize ans, et Palestrina s'efTorca d'en profiter jusqu'au bout. N'ayant pas obtenu de sa tentative de 1077 avec- Zoilo le gain qu'il espérait, il était revenu à la publication d'ouvrages plus conformes à son talent et avait cherché dans la famille du pape un nouveau destinataire à ses hommages. Dans la môme année i58i, il dédia deux ouvrages à Giacomo Buoncompagni, duc de Sora : un premier livre de madrigaux spirituels à cinq voix et un second livre de motets à quatre voix. Le duc de Sora était un fils que Grégoire XIII avait eu avant d'entrer dans les ordres. « Jeune homme élégant, doux, agréable, fort léger et généralement aimé », il faisait « le bonheur et le tourment du pape. » Il était « criblé de dettes, et menait grand train au palais Colonna, qu'il occupait avec sa femme, Constanza Sforza' ». Déjà Dragoni et Ferretti lui avaient ofïert des livres de madrigaux. A son tour, Palestrina venait l'assurer de sa « dévotion » à son service, de sa « gratitude » pour les « bienfaits » reçus : en flattant le fils, il s'adressait indirectement au
I. Hubner, Sixte-Quint, édit. fr., t. I, p. 143. a. IbiJ., p. iJp.
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père, et il était probablement du nombre de ces « musiciens » que, sur la fin de sa vie, Grégoire XIII accueillait en son palais, et au sujet desquels s'exerçait la malveillance d'ennemis toujours prêts à signaler chez un poiililV' octoirénaire le moindre affaiblissement de la santé ou do l'esprit.
Au Saint-Père lui-nicine, Palestrina dédia en i582 son quatrième livre de messes, en 1 584 son quatrième livre de motets à cinq voix, composés sur le Cantique des cantiques. Dans ce quatrième livre de messes, il se bornait, — pour la première fois, — à numéroter ses compositions, au lieu de les désigner par les premiers mots des mélodies sur lesquelles elles étaient écrites. Si toutes avaient pu s'abriter sous des titres d'hymnes ou de motels, le maître naui'ait point dérogé à l'ancienne coutume : la présence d'œuvres écrites sur des thèmes profanes explique seule une décision motivée par le désir de cacher l'origine de certaines compositions, que rendaient suspectes les scrupules inspirés par le Concile de Trente. La Missa (jiKirtd de ce livre n'était autre, en efTcl, (ju'une seconde inesse de L" homme armé. En présentant le livrt; à Grégoirtî XllI, Palestrina disait l'avoir formé de messes choisies dans le grand nombre de celles qu'il avait écrites. Quelques-unes, et probablement celle
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nouvelle messe de Vhomme armé, étaient assez anciennes dt\jà. En i585, fut imprimée à Venise une messe à huit voix, Confiiebor. Vers le même temps, l'on copia dans les livres de chœur de la chapelle sixtine les messes Dilexi quoniain, Diini complerentur. Te Deiim laudamus, Vestiva i colli, Viri Galilei et Bealiis Laiirentius.
La dédicace à Grégoire XIII du quatrième livre de motets à cinq voix accentue la disposition révélée par Tomission des titres dans le quatrième livre de messes. Ici, le musicien fait une sorte d'amende honorable pour ses œuvres mondaines, en déplorant l'immoralité des poésies mises en musique non par lui seul, mais par la généralité des musiciens'. On pourrait découvrir un lien entre ces humbles déclarations et les démarches qu'il fit un peu plus tarti, — et que peut-être il avait déjà ébauchées, — pour se faire attacher de plus près au service de la cour pontificale.
Une contradiction semble exister entre ces
I. n ...Il y a trop de poèmes qui no chantent que des amour.s étranglerez â la profession et au nom même de chrétien. A ces poèmes, oeuvres d'hommes visiblement éparés, un prund nombre de tausicicns ont consacré tout leur talent et tous leurs artifices. Ainsi, bien qu'ils aient recueilli la gloire due à leur génie, ils ont, par le vice de pareils sujets, offensé les hommes honnêtes et graves. D'avoir clé moi-même au nombre de ces musiciens, je rougis et je m'afQigo aujourd'hui. Mais, puisque le passé ne peut être changé, et que ce qui est fait ne saurait pas n'être pas fait, j'ai changé de dessein. . . v
loi l'ALI-SrniNA
j)ar(»li'> il<" .eqi'el cl la publication à Venise, tii i586, d'un serond livre do madrigaux à qualre voix, dédié à Giulio Cesare Colonna, prince d»' Palestrina. Celte coiitiMcliclioii, dont tiiudquos écrivains ont fait reproche à Pierlui<^i, résulte d'une erreur (ju'il est nécessaire de relever. Déjà M. Haberl s'y est employé, en faisant remarquer que les fautes d'impression contenues dans cette édition indicjuent la non participation de iaiiteur, et en supposant (jue l'ouvrage avait été olïert en manuscrit, plusieurs années auparavant, à Giulio Cesare Colonna ' : le meilleur argument pour antidater l'œuvre est tout simplement la date de la mort de ce prince, qui arriva en i58i. Ce Giulio Cesare, lîls de Stefano, était depuis la mort de son père, en i548, le chef de la branche aînée des Colonna, la branche palestrinienne. Ce fut le 22 février iSji que Pie V le créa « prince de Palestrina », en môme temps qu'il conférait à son cousin Marc Antonio, le vaiii((iieui' (!<> Lepaute, le titre de (( princt^ de Paliaiio- ». Bien (|ue les (pilonna n'eussentjamais «onipté à Home parmi les protecteurs des arts, l'auteur de la Messe du Pape Marcel, propriétaire d'immeubles à Palestrina, n'avait garde de
I. Préface du tome XXVIII tlos (Mùivrcs compMrs de Paleslrinn. ■1. Pour Ibisloire et la géin-alogie de la faniillc Colonna, voycï Kcumont, Dciliàge zur italienischen Geschichte, t, Y.
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iu\i,4iger les occasions de s'assurer leur bienveillance ; il se déclare expressément, dans cette dédicace, le « vassal » de Giulio Gesare.
Le madrigal relatif aux noces d'Isabella Bonelli limite en un sens à iSyS la formation du livre, que d'autre part la mort du destinataire ne permet pas do placer après i58i; non seulement il devient par là certain que le second livre de madrigaux de Palestrina est antérieur au livre de motets dans lequel il exprimait son repentir de s'être livré à la composition profane, mais on doit même supposer qu'une première édition en avait paru avant celle de i586; aucun exemplaire, il est vrai, n'en a été retrouvé ; mais c'est le cas pour beaucoup d'autres publications du même temps, dont la réalité est admise, quoique la preuve matérielle ait disparu.
En (584, Palestrina avait offert au cardinal André Bathory son cinquième livre de motets à cinq voix, imprimé à Rome par Alessandro Gardano. Le premier morceau du recueil était un chant à la louange du prélat et de son frère, Etienne Bathory, roi de Pologne. Deux autres motets se rapportaient à la translation des reliques de saint Grégoire de IS'azianze, qui avait été, en i58o, lune des plus grandes solennités du pontificat de Grégoire XIII.
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Le moment approchait oii la tiare, pour la huitième fois depuis la naissance de Pierluigi, allait ceindre un front nouveau. A Gréi^oire XIII, décédé le lo avril i585, lo conclave donna pour successeur Sixte-Quint (cardinal Felice Peretli). Immédiatement, Palestrina essaya de se rendre le nouveau papi^ favorable ; dès l'année de son élection, il lui offrit une messe. Tu es pasLor oviiini, dont le titre était, — comme jadis celui de la messe Ecce Sacerdos magniis, dédiée à Jules III, — une flatterie personnelle. Cette œuvre, et les deux autn^s messes Eccc ego Johannes et Assumpta est Maria, copiées à la même époque dans les manuscrits de la chapelle Sixline, furent probablement composées pour appuyer les démarches que faisait le musicien, et qu'il avait peut-être commencées sous le pontificat précédent, pour se faire nommer maîtnî de la chapelle pontificale. Ces démarches échouèrent devant les volontés réformatrices de Sixte V, qui prirent une forme définitive dans la bulle /// supcr/ia, promulguée le i""^ septembre i586. Par ce document, le nombre des chanteurs do la chapelle était réduit de vingt-quatre à
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vinf^t ot lin ; leur admission devait être précédée (Tiin examen portant sur leur instruction musicale et sur la qualité de leur voix; et il était ordonné que l'emploi de maître de chapelle serait occupé par un membre du chœur ayant quinze années de services, ou se trouvant le premier par rang d'ancienneté.
Ce fut sous l'impression de cet échec et de <elui qu'il avait éprouvé dans ses pourparlers avec la cour de Mantoue, que Pierluigi rédigea la dédicace à Sixte V du livre des Lamentations publié chez Alessandro Gardano, à Rome, en 1 588. Cette dédicace était « elle-même une lamentation » ; c'est en s'y référant que Baini et ses successeurs ont tracé le pathétique tableau de la pauvreté de Palestrina. Il faut, avec M, Haberl, donner de ces « plaintes indignes d'un homme qui n'était nullement dans la misère », une interprétation moins littérale. Elles se rapportaient aux dépenses nécessitées par de nombreuses publications. Palestrina ne voyait pas sans humeur, tranchons le mot, sans jalousie^ quelques confrères plus heureux ou plus aventureux affronter les frais considérables des éditions de grand format ; Tomaso Lodovico da Vittoria avait, en i58i, dédié à (Irégoire XIII un volume splendide, en format grand in-folio, de ses Hymnes pour toute l'année liturgique; en i583,