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L'intention de lutter à tous les points de vue contre les plus célèbres musiciens de son temps se révèle encore dans la résolution que prit Palestrina vers la même époque, de dédier une œuvre au duc de Bavière. Guillaume V, comte palatin du Rhin, duc régnant en Bavière depuis 1079, avait à son service, à la tète d'une brillante et nombreuse chapelle, l'illustre Orlando de Lassus. Déjà en i58G, Giovanni Guidetli lui avait dédié son édition des chants liturgiques de la Passion, à laquelle on prétendait que Palestrina n'était pas resté étranger ; en iSqo, celui-ci lui offrit son cinquième livre de messes, imprimé en grand format comme ses Hymnes, chez Coatlino, à Rome, « aux dépens deJacopo Berichio ». Le maître y avait réuni huit messes soigneusement choisies pour donner sous plusieurs aspects la plus haute idée de son talent. Aucun document ne nous renseigne sur le résultat matériel de cette démarche.
La renommée de Palestrina et ses ouvrages avaient commencé déjà depuis plusieurs années de pénétrer en Allemagne. En i583, le compositeur Léonard Lechner réunissant en un recueil, imprimé à Nuremberg, un choix de « chants sacrés des meilleurs musiciens de ce temps », y avait placé trois motets du maître romain. En i585, Frédéric Lindner en inséra sept dans une
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collection rcscrvée aux plus célèbres musiciens italiens ; en 1090, le munie musicien, clans deux recueils publiés à Nuremberg, reproduisit une messe et douze motets de Palestrina.
Une publication d'un genre alors tout nouveau, le Diletlo spiriluale de Simon Verovio, qui parut à Uome en 1086, renferme trois motets de Palestrina, présentés chacun sous trois formes différentes ; pour les voix, pour le clavier (cembalo) et pour le luth. Une deuxième édition du même recueil fut faite en iSqo. Dans l'intervalle, deux autres motets de Palestrina avaient paru dans un recueil formé par Antoine Barré, et pour la quatrième fois son livre de motets sur le Cantique des cantiques avait été tout entier réimprimé, chez Giacomo Vincenti^ à Venise, par les soins d'un religieux, le P. Cipriano, tandis qu'à Rome Jacopo Berichio se chargeait de la réimpression, chez Coattino, du premier livre de motets à quatre voix, dont c'était la sixième édition. Ces diverses reproductions et d'autres dont la liste à cette place fatiguerait inutilement le lecteur, n'apportaient point à Palestrina les gains auxquels il se montrait particulièrement sensible ; elles attestaient cependant le succès de plus en plus étendu de ses ouvrages et pouvaient, sous ce rapport, lui procurer une légitime satisfaction. Ses madrigaux, comme ses
oeuvres pour l'Eglise, continuaient de figurer dans des recueils dont ils devenaient l'un des meilleurs attraits. Nous ne nous arrêterons qu'à un seul de ces recueils, celui que Felice Anerio lit paraître en 1589 ^^ l'intitulant « les joyaux», — le Gioie, — et qui rassemblait les œuvres de « divers excellents musiciens de la Compagnie de Rome ».
La fondation de cette « compagnie » — qui devint beaucoup plus tard la célèbre « Académie de Sainte-Cécile », — remontait à Tannée i583 et avait, à Torigine, suscité parmi les artistes romains des intrigues sur lesquelles les historiens sont mal renseignés ; pour des motifs inconnus, les chanteurs pontificaux s'y étaient montrés hostiles au point de prendre, le 7 septemJjre i584, une résolution condarffnant à l'amende quiconque d'entre eux viendrait à s'y faire associer. Cependant, à l'époque de la publication d'Anerio, cette « malignité » du collège des chantres avait cessé, car trois d'entre eux, Giovanni -Maria Nanino, Orazio Griffi et Arcangelo Crivelli, ainsi que Giovanni Pierluigi « Pelestrino », compositeur de la chapelle, figuraient parmi les membres de la Compagnie dont les uHivres étaient réunies dans le recueil le Ginie. Les autres musiciens représentés dans la même collection étaient Felice Anerio, Luca
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Marcnzio, Annibah* Stabile, Ruggiero Giovalu'lli, Giovanni de Macque, Paolo Quagliati, Annibale Zoilo, Giovanni Trojano, Gio-Andrca l)ragoni, J*aolo Bolasio, Crislol'oro Malvczzi. lîartolomeo Roy, Bernardine Nanino, Gio- P.attista Lucatelli et Francesco Soriano : en lout dix-ncul' compositeurs formant assurément alors l'élite de la profession musicale à Rome. Felice Anerio dédiait ce recueil à Tévèque de Spolète. Don Pietro Orsino, en le remerciant du patronage accordé à la « vertueuse Compagnie des musiciens de Rome », et particulièrement à luimême, Anerio, que ce prélat avait désigné pour servir de « maître de chapelle » à l'association. Nous ne saurions affirmer, avec M. Ilaberl, que le but de la Compagnie était « en première ligne de nieltre à exécution les réformes exigées par le Concile de Trente' », car rien ne décèle une telle intention dans un recunn'l uni- (jucment formé de jnadrigaux profanes.
Sixte V étant mort le 'w^ août 1090, eut pour successeur Urbain VII, qui mourut douze jours après son élection, sans avoir été couronné. Un nouveau conclave éleva au trône pontifical, le r> décembre 1690, le cardinal Sfondrato, qui se fit appeler Grégoire XIV. A celte époque, l'im-
I hii rhriiniitxihalischet Jalii bitcli fhr \^<)\, p- 'iy.
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pression d'un livre de Magnificat de Palestrina était vraisemblablement commencée chez Alessandro Gardano : le maître les dédia au nouveau pontife, en témoignage de reconnaissance pour raugmentation d'appointements que dès son .ivènement Grégoire XIV avait accordée aux t lianteurs de sa chapelle et à Palestrina, qui, en vertu de sa pension, en demeurait le compositeur ordinaire. De cette période date la messe Paiiem nostrum, copiée dans un manuscrit aux armes du même pape, une autre composition du Magnificat copiée également dans un manuscrit de la Sixtine, et le célèbre Stabat mater à huit voix. En 1591, une messe nouvelle de Palestrina, Pro defunctis, fut ajoutée à la suite de la quatrième et de la cinquième éditions de son premier livre de messes.
Un hommage éclatant lui fut rendu en iSgy par l'un de ses pairs, le compositeur vénitien Giovanni Matteo Asola, qui lui dédia, dans les termes llatteurs d'une véritable vénération artistique, et comme au chef reconnu de tous les musiciens de son temps, « l'Océan vers lequel aboutissent tous les fleuves », un recueil de psaumes à cinq voix de quatorze compositeurs*.
I. Vovez, dans le Catalogo... det Liceo musicale de Bologna. t. II, p. 170. In description de ce recueil et le texte de la dédic:icu d'Asola.
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Il est impossible de dire dans quelle mesure un onsci^niement distribué par Palestrina avait contribué à asseoir son autorité et à créer autour de lui cette atmosphère d'admiration et de respect. Baini a dressé tout un catalogue des élèves de Palestrina, dans lequel, faute de preuves, il n'a guère pu affirmer que l'influence générale de l'œuvre du maître sur la majorité de ses contemporains. En réalité; l'on n'est en état de désigner en toute certitude comme ses disciples directs que deux musiciens: l'un est Giovanni Andréa Dragoni, (|ui, dans la dédicace de son premier ouvrage, — un recueil de madrigaux, imprimé en i574, — parle de « l'excellentissime Giovanni Palestrina », son maître; le second est Francesco Soriano, que dans un entretien avec le mandataire du duc de Mantoue, en i583, Palestrina lui-même appelle son élève. 11 n'existe aucune preuve positive en ce qui concerne les autres compositeurs cités çà et là comme ayant partagé le même enseignement. Le fait que Giovanni Maria Nanino remplaça en iSji Palestrina à Sainte-Marie-Majeure, et le caractère romain et « palestrinien » de ses com|)ositions, sont les seuls argunu^nls que l'on puisse invo- (juer pour l'inscrire dans une liste hypothétique, où Baini place Annibale Stabile, peut-être toul simplement parce qu'il était l'ami de Giovanni-
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Maria Nanino, et qu'il publia avec lui, en i58i, un recueil de madrigaux. Quant à Felice Anerio, Bernardino Nanino, Antonio Brunelli, ils se déclarent rormcUement les élèves de Giovanni- Maria Nanino, sans faire allusion aux leçons de Palestrina, dont, à cause au moins de sa grande (notoriété, ils n'eussent pas manqué de se recommander, s'ils les avaient reçues. Giovanni Maria Nanino comptait de nombreux élèves; peut-être, comme on l'a supposé, dirigeait-il à Rome une école de composition ; peut-être Palestrina s'y intéressait-il; mais cette question reste jusqu'à présent un problème non résolu.
La mort de Grégoire XIV, — i5 octobre iSgi, — amena coup sur coup les deux élections d'Innocent IX, qui régna pendant deux mois, et de Clément VIII (cardinal Ippolito Aldobra*idini), élu le ao janvier i59'.>. Ce fut le dernier pape que connut Palestrina. On ne voit pas que des rapports personnels les aient rapprochés ; mais, comme autrefois sous Grégoire Xlll, le musicien s'empressa de chercher un appui dans la famille de Clément VIII, et dédia, au mois de décembre 1093, son sixième livre de messes au cardinal Pietro Aldobrandini. Neveu du pape, ce prélat de vingt-deux ans, dont l'éducation avait été dirigée par Philippe de Néri, avait reçu le chapeau dès la première promotion de cardi-
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naiix de ce pontifical, au mois de s(îptembre ijgi^ : Palestrina ne perdait pas de temps pour s'inscrire parmi ses courtisans. Le grand nombre de dédicaces que reçut par la suite le cardinal Aldobrandini laisse présumer qu'il était un amateur de Tart musical, et que Palestrina, s'il eût vécu, eût rencontré en lui un protecteur éclairé. Quelques mois auparavant, ses deux livres iVOffcrtoires à cinq voix avaient paru sous le patronage de l'abbé de Baume, le seul Français dont on puisse relever le nom dans la liste de ses dédicaces. Antoine de La Baume Saint- Amour, descendant d'une famille noble de Franche-Comté, avait succédé en i583 au célèbre Guillaume de Poupet dans la dignité d'abbé du monastère de Baume-les-Mcssieurs (qu'il ne faut pas, comme l'ont fait Baini et M. Haberl, confondre avec le couvciil de loin nies établi à Baume-les-Dames). Avant d'être en possession de ce titre, et tandis qu'il était seulement « protonotaire apostolique », Antoine de La Baume avait reçu de Gio-Leonardo Primavera la dédicace d'un livre de Canzoni Napolitaiic, imprime à Venise en i5^4- Peut-être, lors d'un de ses voyages à Rome, avait-il eu roccasion de connaître Palestrina et de lui témoigner une admiration dont à la môme épo(juc des preuves arrivaient au maître de toutes parts.
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Encouragé par le succès, Palestrina multipliait ses publications. Après ses Offertoires il avait fait paraître des Lila/iies dont la première édition, placée par Baini à Tannée i5c)3, n'a pas été retrouvée. Le second livre de madrigaux spirituels qu'il oflVit le i" janvier 1594 à la grandeduchesse de Toscane, et qui fut imprimé à Rome par Coattino, devait être, selon l'expression consacrée, son « chant du cygne ». Un mois s'était a peine écoulé depuis ([u'il en avait signé la dédicace, que la mort le frappait, en plein travail, pendant l'impression d'un septième livre de messes. Aucune relation contemporaine ne nous a conservé le récit de sa dernière maladie, et les détails qu'on en lit dans le livre de Baini sont le produit de sa féconde imagination. Giovanni Pierluigi expira dans la matinée du 2 février 1394, assisté, dit-on, par Philippe de Néri, dont il était l'ami et le collaborateur à la Congrégation do l'Oratoire.
Sa mort fut mentionnée dans les livres-journaux de la chapelle pontificale et de la basilique de Saint-Pierre, ainsi que, le 5 février, dans les Ai'visi di Roma^ d'une façon d'ailleurs inexacte : u le musicien Palestrina, fameux maître de chapelle du pape, est passé à l'autre vie, et a eu pour successeur son fils ». A ses funérailles assistèrent tous les musiciens de Rome et « une multi-
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Unie (le peuple ». On i,n'ava sur la j)lacju(* de plomb fixée au couvorrle tlo sou cercueil les mots :
JOA.NNES PETRUS ALOYSIUS P«.ENESTINUS MUSIC.i: PRINCEPS.
Mais le cercueil lut déposé sans autre soin dans la fosse ordinaire et commune de la chapelle de Saint-Siméon et Sainl-Jude, dite alors chapelle Neuve, à Saint-Pierre : en sorte (juc douze ans plus tard, en 1606, pendant des travaux effectués dans cette partie de la basilicpu', les restes du « prince de la musique » furent confondus avec ceux de la foule anonyme que l'on transporta dans une autre sépulture.
Quelques jours après riiihumalion, le 14 février i594i les chanteurs de la chapelle j)()ulilicale chantèrent une messe de Requiem pour le repos de Tâme de leur confrère « Gio Pierloisci da Paleslrina, eccellentissimo musico ». La dernière mensualité de ses appointements à la Sixtine et à Saint-Pierre fut payée à son fils Iffino, et ses deux |)()stos furent attribués, celui de compositeur de la chapelle pontificale à Felice Anerio, (jui en fut le dernier possesseur, celui de maître de la chapelle Julia, à Ruggiero Giovanelli.