INTRODUCTION
Une des prérogatives des poètes est de pouvoir impunément attenter à la vérité de l'histoire, en lui substituant leurs propres visions, qu'ils réalisent en des verbes magnifiques. Nul n'a usé plus que Victor Hugo de ces libertés orgueilleuses, et nulle part peut-être il ne les a portées aussi loin que dans la pièce fameuse du recueil Les Rayons et les OmbreSy où il a affirmé « que la musique date du xvi" siècle », et fait de Palt'strina le créateur du monde vivant des
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Puissant Palestrina, vieux maître, vieux génie,
Je vous salue ici, père de 1 harmonie,
Car, ainsi qu'un grand fleuve où boivent les humains.
Toute cette musique a coulé de vos mains !
Car Gluck et Beethoven, rameaux sous qui l'on rêve,
Sont nés de votre souche et faits de votre sève I
Car Mo/art, votre lils, a pris sur vos autels
Cette nouvelle lyre inconnue aux mortels,
l'Ius tremblante que l'herbe ausoudlc des aurores.
Née au seizième siècle entre vos doigis sonores !
Palestrina. i
a l'ALKSiniNA
Si, dans cette apostrophe célèbre, rinjuslice — ou l'i^morance — tlii ( <)iij)lt'l de Boileaii : c ICiilin .Ma'jurljC vint ". se trouve encore (lépassco, Hugo, pas plus que l'auteur de VArt pocliqiic, ne peut ôtre accusé d'erreur volontaire, (^.oninie l'oracle du classicisme, le chef des roiiKuitiijucs reflétait, loul en paraissant les comballrc, les o-oùls, les idées et les préjugés de ses contemporains. Sa j)réface pour l'édition première des /idi/ons et des Ombres érij^eait en dogme « que tout poète véritable, indépendamment des pensées qui lui viennent de son organisation pro|)re et des pensées (jui lui viennent de la vérité éternelle, doit contcMiir la somme des idées de son temps ». Cette préface était datée du 4 "ifii 1840, et la pièce sur Palestrina, de mai i83;. A celte époque, le gros livre de Baini sur la vie et les œuvres de Palestrina était presque enccn'c dans sa nouveauté, — il avait paru en i8.>.S, — ou plutôt, il commençait à faire partout autorité, et à servir de modèle unique à tout<^s les notices, à tous les jugements des biographes et des esthéticiens ; la substance en était docilement et élogieusement résumée en articles do revues, de journaux et de dictionnaires, à l'usage des lecteurs pressés : et coniment les autres, les studieux, qui tenaient entre leurs mains l'ouvrage original, et qui pouvaient