I. Cilti par Daini, t. I, p. i
Selon Cecconi, le jeiiiio Picrluigi n'aurait pas même eu besoin d'ouvrir la bouche, et ce serait en marquant de la tète la mesure d'un morceau, (ju'il aurait conquis les sympathies du même maître de chapelle '.
L'artiste qui dirigeait alors le chœur de Sainte- Marie-Majeure, s'appelait Giacomo Coppola, et il était en fonctions depuis le 26 juin i SSg. L'histoire n'a conservé de lui aucun souvenir, et personne n'a cru devoir le présenter comme le maître de Palestrina ; — personne, pas même Pitoni, qui djins une autre partie du même écrit, s'est au contraire rangé, non sans la modifier, à la version différente de Liberati.
Celle-ci est une phrase écrite en passant dans une brochure de controverse théorique, en 1684, c'est-à-dire quatre-vingt-dix ans après la mort de Palestrina. L'auteur, Antimo Liberati, organiste et compositeur de l'école romaine, consulté sur le mérite des morceaux présentés à un concours, accompagna ses observations d'un court exposé historique, dans lequel il entreprit (le tracer une sorte de généalogie artistique des compositeurs de musique religieuse. Au milieu de ce travail, d'ailleurs très défectueux, on relève le passage suivant :
a Parmi les nombreux maîtres iiltramontains qui foiul«Tent des écoles de musique en Italie et à Rome (comme étant les premiers à posséder l'art du chant et de la musique harmoni(jue figurée), se trouva Gaudio Mell, flamand, homme de grand talent et de style très cultivé et agréable, lequel fonda à Rome une noble et excellente école de musique, d'où découlèrent plusieurs ruisseaux de vertu ; mais le torrent principal et supérieur qui absorba et dépassa tous les autres fut Gio. Pierluigi Pelestrina [sic), etc *. »
Pitoni, en résumant le sens de ces lignes, y ajouta une variante du nom: « Gaudio ou Claudio Mell », et les fit suivre d'un détail nouveau: ce musicien, laissant Palcstrina à Rome, serait allé remplir les fonctions de maître de chapelle du roi de Portugal, « d'où, par curiosité, dit il, il revint en i58o pour voir Palcstrina, tant il avait de chagrin de ne pas le voir ; et il en fut tout réconforté * ».
Quel pouvait être ce musicien, dont évidemment le nom n'était cité que sous une forme
1. Lellfra scritta del Sig. Anlinio l.iherali in riposta ad iina Je. Sig. Ovidio Pcrsapeggi, etc. Roniu, Mnsc-ardi, iGSj, in-4. La ielln est datée de it»84. Le passage cité se lit à la page aa. — Un exem» ])lairc ù la Bibliothèque du Conservatoire de Paris.
a. L'ouvrage inédit de Pitoni, Notizie de conlrappunlisli e rompoMtlori de niusica, est conservé aux archives du Vatican. Il en existe une copie parmi les papiers de La Fage, ù la Hil)liothèque nationale (ras fr. nouv. acq. aG6). Pitoni, né en itiS;, mourut en •743.
altérée ? Pitoni songea bien à Claude Goudimel, mais sans oser s'y arrêter, faute d'avoir trouvé de lui une trace quelconque à Rome. Burney proposa Rcnalo de Mel', sans pouvoir étayer sa traduction d'aucun raisonnement vraisemblable. Baini, partant de ce principe si souvent démenti, qu'un compositeur illustre doit avoir eu pour maître un musicien lui-même célèbre par ses ouvrages, revint à Claude Goudimel et s'y attacha avec opiniâtreté. Son opinion, au fond faiblement soutenue, fut acceptée sans objection par tous ceux auxquels les mérites réels et l'aspect imposant de sa grande monographie avaient inspiré une confiance sans bornes. Bientôt Goudimel fut partout représenté comme « le maître de Palestrina », et par le simple résultat de la transmission de main en main, l'assertion de Baini se développa jusqu'aux plus incroyables proportions. Sous prétexte que tel ou tel artiste avait appartenu à la même famille musicale que Palestrina, on en fit son condisciple dans « l'école » de Goudimel, qui se trouva finalement avoir eu pour élèves des musiciens plus àgC'S que lui, ou d'autres qui venaient à peine de naître à l'époque supposée de son séjour à Rome. Le pasteur O. Douen voulut y ajouter Roland
r. Burney, Hislory of music, l. III, p. 186.
4o PALESTIUNA
(le Lassus et so laissa emporter jusqu'à dôpcin- (Iro renseignement « laïque » de Goudimel romme un afTranchissement de l'art, un antipode de l'enseignement des maîtrises ; à quoi, dans le parti opposé, un auteur non moins excessif, Super, répondit en basant une suspicion contre la catholicité de la musique de Palestrina sur le prétendu fait qu'il aurait été dirigé dans ses études par un maître huguenot : le brave abbé Baini n'avait assurément pas prévu ces conséquences surprenantes de l'explication du texte de Liberati, qu'il avait mis tant de zèle à faire prévaloir.
Nous avons exposé dans un travail antérieur ^ les raisons pour lesquelles on doit abandonner la version de Baini : Goudimel n'a pas pu être le maître do l'alestrina, parce qu'il n'est jamais allé à Rome. Aiiciiiic preuve de son séjour en Italie n'a pu être produite. Les archives de la chapelle pontificale sont muettes sur les fonctions que l'on a assuré y avoir été remplies par lui. Les œuvres manuscrites que Baini, sans en donner d'ailleurs la dcscrij)tion, prétendait exister sous son nom dans les églises de Rome, semblent se réduire aune dizaine de motets, que possédait vers i83o la congrégation des Pères