‹ PalestrinaChapitre 16 sur 32 · Ibid., p. ijy · texte numérisé non relu

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père, et il était probablement du nombre de ces « musiciens » que, sur la fin de sa vie, Grégoire XIII accueillait en son palais, et au sujet desquels s'exerçait la malveillance d'ennemis toujours prêts à signaler chez un pontife octogénaire le moindre affaiblissement de la santé ou de l'esprit.

Au Saint-Père lui-même, Palestrina dédia en i582 son quatrième livre de messes, en 1 584 son quatrième livre de motets à cinq voix, composés sur le Cantique des cantiques. Dans ce quatrième livre de messes, il se bornait, — pour la première fois, — à numéroter ses compositions, au lieu de les désigner par les premiers mots des mélodies sur lesquelles elles étaient écrites. Si toutes avaient pu s'abriter sous des titres d'hymnes ou de motets, le maître n'aurait point dérogé à l'ancienne coutume : la présence d'œuvres écrites sur des thèmes profanes explique seule une décision motivée par le désir de cacher Torigine de certaines compositions, que rendaient suspectes les scrupules inspirés par le Concile de Trente. La Missa quarta de ce livre n'était autre, en effet, qu'une seconde messe de L'homme armé. En présentant le livre à Grégoire XIII, Palestrina disait l'avoir formé de messes choisies dans le grand nombre de celles qu'il avait écrites. Quelques-unes, et probablement cette

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nouvelle messe de Vhomme armé^ étaient assez anciennes déjà. En i585, fut imprimée à Venise une messe à huit voix, Confitehor. Vers le même temps, l'on copia dans les livres de chœur de la chapelle sixtine les messes Dilexi quoniam^ Dura complerentur^ Te Deum laudamus, Vestiva i coin, Viri Galilei et Beatus Laurentius.

La dédicace à Grégoire XIII du quatrième livre de motets à cinq voix accentue la disposition révélée par l'omission des titres dans le quatrième livre de messes. Ici, le musicien fait une sorte d'amende honorable pour ses œuvres mondaines, en déplorant l'immoralité des poésies mises en musique non par lui seul, mais par la généralité des musiciens ^ On pourrait découvrir un lien entre ces humbles déclarations et les démarches qu'il fit un peu plus tard, — et que peut-être il avait déjà ébauchées, — pour se faire attacher de plus près au service de la cour pontificale.

Une contradiction semble exister entre ces

I. « ...Il y a trop de poèmes qui ne chantent que des amours étrangères â la profession et au nom même de chrétien. A ces poèmes, œuvres d'hommes visiblement égarés, un grand nombre de musiciens ont consacré tout leur talent et tous leurs artifices. Ainsi, bien qu'ils aient recueilli la gloire due à leur génie, ils ont, par le vice de pareils sujets, offensé les hommes honnêtes et graves. D'avoir été moi-même au nombre de ces musiciens, je rougis et je m'afflige aujourd'hui. Mais, puisque le passé ne peut être changé, et que ce qui est fait ne saurait pas n'être pas fait, j'ai changé de dessein. . . »

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paroles de regret et la publication à Venise, en i586, d'un second livre de madrigaux à quatre voix, dédié à Giulio Gesare Colonna, prince de Palestrina. Cette contradiction, dont quelques écrivains ont fait reproche à Pierluigi, résulte d'une erreur qu'il est nécessaire de relever. Déjà M. Haberl s'y est employé, en faisant remarquer que les fautes d'impression contenues dans cette édition indiquent la non participation de Fauteur, et en supposant que l'ouvrage avait été offert en manuscrit, plusieurs années auparavant, à Giulio Gesare Colonna ^ : le meilleur argument pour antidater l'œuvre est tout simplement la date de la mort de ce prince, qui arriva en i58i. Ce Giulio Gesare, fils de Stefano, était depuis la mort de son père, en i548, le chef de la branche aînée des Colonna, la branche palestrinienne. Ce fut le 22 février 1571 que Pie V le créa « prince de Palestrina », en même temps qu'il conférait à son cousin Marc Antonio, le vainqueur de Lépante, le titre de « prince de Paliano" ». Bien que les Colonna n'eussent jamais compté à Rome parmi les protecteurs des arts, l'auteur de la Messe du Pape Marcel, propriétaire d'immeubles à Palestrina, n'avait garde de

1. Préface du tome XXVIII des Œuvres complètes de Palestrina.

2, Pour l'histoire et la généalogie de la famille Colonna, voyez Reumont, Beitràge zur itaiienischen Geschichte^ t. V.

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négliger les occasions de s'assurer leur bienveillance ; il se déclare expressément, dans cette dédicace, le «vassal » de Giulio Gesare.

Le madrigal relatif aux noces d'Isabella Bonelli limite en un sens à 1073 la formation du livre, que d'autre part la mort du destinataire ne permet pas de placer après i58i; non seulement il devient par là certain que le second livre de madrigaux de Palestrina est antérieur au livre de motets dans lequel il exprimait son repentir de s'être livré à la composition profane, mais on doit même supposer qu'une première édition en avait paru avant celle de i586; aucun exemplaire, il est vrai, n'en a été retrouvé ; mais c'est le cas pour beaucoup d'autres publications du même temps, dont la réalité est admise, quoique la preuve matérielle ait disparu.

En i584, Palestrina avait offert au cardinal André Bathory son cinquième livre de motets à cinq voix, imprimé à Rome par Alessandro Gardano. Le premier morceau du recueil était un chant à la louange du prélat et de son frère, Etienne Bathory, roi de Pologne. Deux autres motets se rapportaient à la translation des reliques de saint Grégoire de Nazianze, qui avait été, en i58o, l'une des plus grandes solennités du pontificat de Grégoire XIIL

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Le moment approchait où la tiare, pour la huitième fois depuis la naissance de Pierluigi, allait ceindre un front nouveau. A Grégoire XIII, décédé le lo avril i585, le conclave donna pour successeur Sixte-Quint (cardinal Felice Peretti). Immédiatement, Palestrina essaya de se rendre le nouveau pape favorable ; dès l'année de son élection, il lui offrit une messe, Tu es pastor ovium^ dont le titre était, — comme jadis celui de la messe Ecce Sacevdos magnas^ dédiée à Jules III, — une flatterie personnelle. Cette œuvre, et les deux autres messes Ecce ego Johannes et Assumpta est Maria , copiées à la même époque dans les manuscrits de la chapelle Sixtine, furent probablement composées pour appuyer les démarches que faisait le musicien, et qu'il avait peut-être commencées sous le pontificat précédent, pour se faire nommer maître de la chapelle pontificale. Ces démarches échouèrent devant les volontés réformatrices de Sixte V, qui prirent une forme définitive dans la bulle In superaa, promulguée le i^*" septembre i586. Par ce document, le nombre des chanteurs de la chapelle était réduit de vingt-quatre à

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vingt et un ; leur admission devait être précédée d'un examen portant sur leur instruction musicale et sur la qualité de leur voix ; et il était ordonné que l'emploi de maître de chapelle serait occupé par un membre du chœur ayant quinze années de services, ou se trouvant le premier par rang d'ancienneté.

Ce fut sous l'impression de cet échec et de celui qu'il avait éprouvé dans ses pourparlers avec la cour de Mantoue, que Pierluigi rédigea la dédicace à Sixte V du livre des Lamentations publié chez Alessandro Gardano, à Rome, en i588. Cette dédicace était « elle-même une lamentation » ; c'est en s'y référant que Baini et ses successeurs ont tracé le pathétique tableau de la pauvreté de Palestrina. Il faut, avec M. Haberl, donner de ces « plaintes indignes d'un homme qui n'était nullement dans la misère », une interprétation moins littérale. Elles se rapportaient aux dépenses nécessitées par de nombreuses publications. Palestrina ne voyait pas sans humeur, tranchons le mot, sans jalousie, quelques confrères plus heureux ou plus aventureux affronter les frais considérables des éditions de grand format ; Tomaso Lodovico da Vittoria avait, en i58i, dédié à Grégoire XIII un volume splendide, en format grand in-folio, de ses Hymnes pour toute l'année liturgique; en i583,

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il avait publié dans les mêmes conditions ses Messes dédiées à Philippe II, en i585, son Office de La Semaine Sainte. Palestrina n'était pas sans connaître également l'édition de luxe de la seconde partie du Patrocinium musices d'Orlando de Lassus, imprimé à Munich et dont un exemplaire avait été apporté à la Sixtine. Son amour-propre souffrait de ne pas voir ses ouvrages égaler ceux de ses rivaux pour la perfection de l'exécution typographique comme ils les égalaient pour la perfection des formes musicales.

Il parvint à ce but accessoire en iSSg pour la publication d'un grand recueil d'Hymnes pour toute l'année, où il entrait, sous le double rapport du contenu de l'œuvre et de son apparence, en rivalité directe avec Vittoria, et qu'il dédia, comme les Lamentations, à Sixte V. L'impression en fut exécutée par Francesco Goattino, à Rome, pour Jacopo Torneris et Bernardino Donangelo ; dans la même année, l'œuvre reparut à Venise, chez Angelo Gardano, en petit format et en parties séparées. L'un des morceaux qui s'y trouvaient rassemblés, l'hymne Vexilla regis^ avait été exécuté trois ans auparavant, sous la direction du compositeur, dans une circonslance fameuse, l'érection de l'obélisque.

L'intention de lutter à tous les points de vue contre les plus célèbres musiciens de son temps se révèle encore dans la résolution que prit Palestrina vers la môme époque, de dédier une œuvre au duc de Bavière. Guillaume V, comte palatin du Rhin, duc régnant en Bavière depuis 1079, avait à son service, à la tête d'une brillante et nombreuse chapelle, l'illustre Orlando de Lassus. Déjà en i586, Giovanni Guidetti lui avait dédié son édition des chants liturgiques de la Passion, à laquelle on prétendait que Palestrina n'était pas resté étranger ; en iSgo, celui-ci lui offrit son cinquième livre de messes, imprimé en grand format comme ses Hymnes^ chez Goattino, à Piome, « aux dépens de Jacopo Berichio ». Le maître y avait réuni huit messes soigneusement choisies pour donner sous plusieurs aspects la plus haute idée de son talent. Aucun document ne nous renseigne sur le résultat matériel de cette démarche.

La renommée de Palestrina et ses ouvrages avaient commencé déjà depuis plusieurs années de pénétrer en Allemagne. En i583, le compositeur Léonard Lechner réunissant en un recueil, imprimé à Nuremberg, un choix de « chants sacrés des meilleurs musiciens de ce temps », y avait placé trois motets du maître romain. En i585, Frédéric Lindner en inséra sept dans une

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collection réservée aux plus célèbres musiciens italiens ; en 1090, le même musicien, dans deux recueils publiés à Nuremberg, reproduisit une messe et douze motets de Palestrina.

Une publication d'un genre alors tout nouveau, le Diletto spirituale de Simon Verovio, qui parut à Rome en i586, renferme trois motets de Palestrina, présentés chacun sous trois formes différentes ; pour les voix, pour le clavier (cembalo) et pour le luth. Une deuxième édition du même recueil fut faite en 1090. Dans l'intervalle, deux autres motets de Palestrina avaient paru dans un recueil formé par Antoine Barré, et pour la quatrième fois son livre de motets sur le Cantique des cantiques avait été tout entier réimprimé, chez Giacomo Vincenti, à Venise, par les soins d'un religieux, le P. Cipriano, tandis qu'à Rome Jacopo Berichio se chargeait de la réimpression, chez Goattino, du premier livre de motets à quatre voix, dont c'était la sixième édition. Ces diverses reproductions et d'autres dont la liste à cette place fatiguerait inutilement le lecteur, n'apportaient point à Palestrina les gains auxquels il se montrait particulièrement sensible ; elles attestaient cependant le succès de plus en plus étendu de ses ouvrages et pouvaient, sous ce rapport, lui procurer une légitime satisfaction.. Ses madrigaux, comme ses

œuvres pour l'Église, continuaient de figurer dans des recueils dont ils devenaient l'un des meilleurs attraits. Nous ne nous arrêterons qu'à un seul de ces recueils, celui que Felice Anerio fit paraître en 1589 en l'intitulant « les joyaux», — le Gioie, — et qui rassemblait les œuvres de « divers excellents musiciens de la Compagnie de Rome ».

La fondation de cette « compagnie » — qui devint beaucoup plus tard la célèbre « Académie de Sainte-Cécile », — remontait à Tannée i583 et avait, à l'origine, suscité parmi les artistes romains des intrigues sur lesquelles les historiens sont mal renseignés ; pour des motifs inconnus, les chanteurs pontificaux s*y étaient montrés hostiles au point de prendre, le 7 septembre i584, une résolution condamnant à l'amende quiconque d'entre eux viendrait à s'y faire associer. Cependant, à l'époque de la publication d' Anerio, cette « malignité » du collège des chantres avait cessé, car trois d'entre eux, Giovanni-Maria Nanino, Orazio Griffi et Arcangelo Crivelli, ainsi que Giovanni Pierluigi « Pelestrino », compositeur de la chapelle, figuraient parmi le^ membres de la Compagnie dont les œuvres étaient réunies dans le recueil le Gioie. Les autres musiciens représentés dans la même collection étaient Felice Anerio, Luca

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Marenzio, Annibale Stabiie, Ruggiero Giovanelli, Giovanni de Macque, Paolo Quagliati, Annibale Zoilo, Giovanni Trojano, Gio-Andrea Dragoni, Paolo Belasio, Cristoforo Malvezzi. Bartolomeo Roy, Bernardino Nanino, Gio- Battista Lucatelli et Francesco Soriano : en tout dix-neuf compositeurs formant assurément alors Télite de la profession musicale à Rome. Felice Anerio dédiait ce recueil à l'évêque de Spolète. Don Pietro Orsino, en le remerciant du patro nage accordé à la « vertueuse Compagnie des musiciens de Rome », et particulièrement à luimême, Anerio, que ce prélat avait désigné pour servir de « maître de chapelle » à l'association. Nous ne saurions affirmer, avec M. Haberl, que le but de la Compagnie était « en première ligne de mettre à exécution les réformes exigées par le Concile de Trente^», car rien ne décèle une telle intention dans un recueil uniquement formé de madrigaux profanes.

Sixte V étant mort le 27 août 1090, eut pour successeur Urbain VII, qui mourut douze jours après son élection, sans avoir été couronné. Un inouveau conclave éleva au trône pontifical, le 5 décembre iSgo, le cardinal Sfondrato, qui se fit appeler Grégoire XIV. A cette époque, l'im-

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