ACTE i, SCÈNE V
romaine... à laquelle je commençais de prendre goût... moi qui n'ai de goût à rien !... N'ai-je pas abandonné cette pauvre Fiorella, dont vous avez présentement le portrait... la plus séduisante danseuse dont les Elats du pape gardent la mémoire !
CHRISTIAN
Franz !
FRANZ
Permettez, monsieur, n'ai-je pas quitté tout cela, sans murmurer... pour vous suivre dans votre route dangereuse? N'ai-je pas échangé, sans me plaindre, contre ces sombres montagnes, les collines romaines et leurs couronnes de jardins parfumés?... Je vous ai suivi... Que voulez-vous de plus?
CHRISTIAN
Je n'aime pas à me plaindre, Franz ; mais vous me connaissez assez pour ne pas prendre mon silence pour de l'aveuglement. Dans cet abîme où votre père est descendu, sous le poids du soupçon et de la haine publique, pensez-vous que tout votre devoir envers lui se réduise à cette insouciante docilité?... Est-ce à vous, dites, d'ajouter votre glaciale ironie au mépris du monde... à vous qui pouvez lire sur le revers de toutes mes actions le mot qui les justifie... Tandis que je m'efforce de racheter par l'austérité de ma vie ces fautes... ces crimes mêmes, où me pousse un juste ressentiment... vous ne voyez dans ce fatal désordre de mon existence, qu'un prétexte à vous souiller sans vergogne... à épuiser dans la débauche le peu de courage avec quoi vous étiez né... Vous faites si bien, que je ne puis voir en vous un fils, monsieur, je n'y vois qu'un complice ! franz, avec amertume.
Mon père... quand on est forcé, comme vous et moi, de cacher au monde son nom de famille; quand on n'a qu'un nom de baptême à lui donner... le monde se défie et vous repousse... Ma vie est donc demeurée oisive... vous vous en êtes emparé pour vos desseins; c'était votre droit... un jour, vous m'avez mis une épée à
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la main... et, vous m'avez dit : « Ferme les yeux, et frappe... » Je vous ai obéi!:.. Mais, j'étais jeune, vous ne m'aviez pas transmis, d'ailleurs, votre indomptable fermeté d'âme... Bref, ce souvenir me troublait... il fallut me distraire : je me grisai... je ne voulais qu'assoupir ma conscience... un matin, je la trouvai noyé... Depuis ce temps, que voulez-vous?... je vis, non comme un homme... car je n'ai des hommes, ni les peines, ni les joies, ni les craintes, ni les espérances... je vis comme une ombre condamnée à errer sur vos pas, une ombre vide, en effet, de tout sentiment humain... et cela est heureux pour elle, peut-être... je ne m'en plains pas... mais, degrâce, monsieur, ne vous en plaignez pas non plus.
CHRISTIAN
C'est bien!... vous pouvez me quitter, je vous le permets... Quand vous ne serez plus là, je n'en vivrai pas plus solitaire...
FRANZ
Nous nous sommes fait l'un et l'autre, monsieur, un devoir unique en ce monde : le vôtre est de vous venger, le mien est de ne pas vous jugeret de vous suivre. Christian, lui 'prenant la main.
Merci, mon fils... si je suis mauvais, ma cause est bonne...
FRANZ
Mais, ne craignez-vous pas que ces Italiens n'aient pris une autre route?... Il est près de minuit.
CHRISTIAN
Impossible!... Nous les suivons pied à pied depuis llome... et c'est moi qui leur ai fait indiquer ce chemin isolé.
FRANZ
Ces hommes sont innocens...
CHRISTIAN
Celui qui les a condamnés en répondra... Tenez... (Lui montrant un parchemin.) que ceci fasse (aire \os scrupules.