‹ Palma, ou La nuit du vendredi saint, drame en cinq actesChapitre 2 sur 70 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

BRIGITTE, filant à son rouet, près de la cheminée; ROSCHEN, assise à sa gauche ; quelques femmes à sa droite, travaillant ; JUSTUS, fils de Brigitte 7 assis dans l'âtre, sous le manteau de la cheminée,

BRIGITTE

Ah ! c'est une effrayante histoire, mes petites, et je n'aime pas à la conter. Mon mari... pauvre homme ! la contait souvent ; mais il en était malade toutes les fois, et c'est un souvenir qui a avancé sa fin.

ROSCHEN

Ah ! contez-nous-la, dame Brigitte, contez-nous-la...

BRIGITTE

Oui... oui... ma petite Roschen, j'ai été comme toi dans mon temps : je voulais toujours entendre à la veillée des histoires terribles... parce qu'alors on tremble... on a peur... et on se rapproche des jeunes garçons!...

ROSCHEN

Oh î ce n'est pas pour cela, dame Brigitte... puisqu'il n'y a pas de garçons ici.

justus, de son coin.

Bon ! Et moi donc, Roschen , pour quel animal me prenez-vous, mademoiselle ?

O PALMA

ROSCHEN

Vous, M. Justus!... Tenez, dame Brigitte , j'ai peur que ma mère ne veuille jamais de votre fils Justus pour gendre. Elle me disait encore hier qu'il passe sa journée à brusquer les voyageurs, et le soir à dormir sous la cheminée, comme un grillon ; et c'est vrai.

JUSTUS

Sûrement, c'est vrai... Le jour, je brusque les voyageurs, parce qu'ils m'ennuient, et le soir, je m'assieds sur l'âtre pour écouler jaser les femmes, parce que cela m'amuse.

ROSCHEN

Quel bourru !

JUSTUS

Vous me tourmentez... je réponds !

ROSCHEN

Dormez... je ne vous parle pas !... Quel temps ! encore un éclair... il me semble que l'orage approche. Est-ce que c'est vrai, dame Brigitte, qu'on voit toujours les éclairs, même quand les volets sont fermés?

BRIGITTE

Oui, ma fille... {Baissant la voix.) On dit que les morts même voient les éclairs dans leur tombeau.

JUSTUS

Ah ! pour ça, personne ne le sait !

ROSCHEN

Impie! fi! Justus... un homme qui tient Pau-berge de la Passion... une auberge... dont le nom est saint ,'ne pas montrer plus de respect pour les choses saintes... et pour sa mère quand elle en parle!

BRIGITTE

Bien, ma Roschen... Pour vous punir, vous, Justus, et pour te récompenser, toi, petite, je vais vous dire cettehistoire.il est temps que tu saches, mon fils, d'où est venu son nom à cette auberge, qui est la tienne.

ROSCHEN

Oh! quel bonheur! le nom de l'auberge et de l'histoire, cela ne fait qu'un... je m'en doutais !

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