ACTE 11, SCÈNE I
que vous venezde voir, assez de chefs-d'œuvre pour orner le palais de l'empereur, entendez-vous, vieille barbe. ben-samuel, mystérieusement.
Voyons, entre nous, mon cher ami, ne trouvez-vous pas que le talent de maître Palma a baissé?
hermann, sur le même Ion de confidence. Dites-moi, entre nous, mon frère, dans le pays d'où vous venez... pleut-il des coups de bâton ?
BEN-SAMUEL
Comment, mon cher enfant ?
HERMANN
C'est qu'il en pleut dans ce pays-ci. ..etdeterribles... sur les épaules faites de ce modèle.
BEN-SAMUEL
La, la, mon fils, ne nous fâchons pas ; votre maître a du talent, sans doute...
HERMANN
Du génie, frère ; le plus fameux coloriste de notre temps, après Rubens.
BEN-SAMUEL
Coloriste, soit ! mais il ne finit pas... il ne dessine pas... il n'arrête pas ses lignes.
HERMANN, furieUX.
Il n'y a pas de lignes!
BEN-SAMUEL
Comment, il n'y a pas de lignes !
Il n'y a pas de lignes, vous dis-je; avez-vous jamais vu des lignes, vous, dans la nature! Ah ! vous voulez du style byzantin, vous; vous voulez des découpures de papier, collées sur de la toile! Vous voulez des lignes? Qu'est-ce que vous entendez par lignes, absurde vieillard? montrez-m'en une?
BEN-SAMUEL
Ma foi! mon enfant, sans aller bien loin, votre nez est une ligne!
HERMANN
Mon nez n'est pas une ligne, ce n'est pas même un
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nez; c'est de la couleur dans la couleur, comme tout ce qu'il y a sous le ciel ! Celui qui est là-haut, entendez-vous, Ben- Samuel?... ce grand coloriste qui a le soleil pour palette, si vous ne savez pas pourquoi il a créé l'air et la lumière, je vais vous le dire, moi : c'est pour qu'il n'y eût pas de lignes... voilà!