‹ Palma, ou La nuit du vendredi saint, drame en cinq actesChapitre 25 sur 70 · GERTRUDE, PALMA · texte numérisé non relu

GERTRUDE, PALMA

(Palma s'appuie sur le fauteuil de Gertrude, lui prend la main et la regarde avec une douloureuse tendresse.)

GERTRUDE

Mon fils, vous avez à me parler ; vous avez pris ma main comme vous la prenez lorsque quelque malheur s'abat sur nous.

PALMA

Pauvre mère! vous commenciez à vous plaire dans ce pays ; — vous aimiez cette retraite, vous y viviez tranquille.

GERTRUDE

Nous allons la quitter, Johann, n'est-ce pas?

II le faut.

GERTRUDE

Qui donc nous y force?

PALMA

Ceux qui nous ont forcés de quitter Prague il y a sept ans , — Anvers il y a six ans , — puis Worms , — puis Francfort.

GERTRUDE

Ainsi, vous les avez revus, Johann?

PALMA

Tous deux, oui.

GERTRUDE

C'est bien, mon enfant, nous partirons.

palma, avec désespoir.

Oh ! ma mère! quand celte vie finira-t-elle ?

gertrude. avec dignité, Johann, pardonnez-moi !

PALMA

Pardonner à vous ! à vous !

54 PALMA

gertrude, gravement.

Ayez pitié de moi, mon fils !

Du pardon , de la pitié pour vous , ma bonne mère ! Pour vous, sainte femme; pour vous que le ciel a privée de sa lumière , et qui n'avez eu que des prières et des larmes pour répondre à sa rigueur, pieuse victime ! Oh ! c'est à eux de me demander pardon et pitié !... (Mouvement de Gertrude.) Oh! ne craignez rien, ma mère... je ne manquerai pas au serment que je vous ai fait... Je vous ai juré de répondre à leurs plus cruelles poursuites par le silence et le respect... Je vous ai juré de ne résister à aucune de leurs exigences , si injuste qu'elle pûtêtre.... Soyez tranquille, ma mère... ce serment, je le tiendrai, quoi qu'il m'en coûte d'amertume et d'affronts...

gertrude, à genoux devant Palma.

Mon fils, mon fils, pardonnez-moi !

palma, la relevant avec tendresse.

A genoux ! vous à genoux devant moi !

gertrude, toujours grave et triste.

Ne vous ai-je pas dit, Johann, quoi qu'il vous arrive, quelque malheur qui vous accable , n'accusez que moi, mon fils, c'est moi seule qui en suis la cause. palma.

Vous me Pavez dit; mais c'est impossible ; une raison, un devoir que j'ignore, vous a fait parler ainsi! Vous ! vous coupable ! et de quoi ! mon Dieu ! Comment espérez-vous me tromper? Oh ! vous qui parlez de pitié, c'en serait une grande, ma mère, que de me tout avouer !

GERTRUDE

Vous dites, mon enfant , que vous avez perdu à jamais le repos?

PALMA

A jamais, grâce à ces hommes.

GERTRUDE

Que vous avez perdu le courage?

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