ACTE III, SCÈNE VIII. 5î
LE BARON
On prétend vous avoir vu cette nuit-là dans une hôtellerie de la frontière à Borghetto, avec deux étrangers dont le signalement répond à celui des deux victimes. Cela est faux sans doute ?
PALMA
Non, monseigneur.
franz, à Christian.
Nous sommes perdus, il va parler.
LE BARON
Vous pouvez me dire au moins quel motif vous amenait dans cette auberge. ..et quels étaient ces hommes ? palma, après un mouvement d'hésitation.
Monseigneur... je ne puis!
Christian, à part.
Noble cœur !
christel, à part.
0 Dieu !
LE baron.
Mais vous vous avouez donc coupable ?
PALMA
Je suis innocent.
le baron.
Maître, comment puis-je vous croire? Tout s'élève contre vous. En ce moment même... votre trouble... l'altération de vos traits... tout confirme le bruit qui vous accuse.
palma, accablé.
Il est vrai... tout m'accuse!... Mais je suis innocent.
CHRISTEL
Maître Palma, se peut-il que vous n'ayez rien de plus à dire? Oh! mon père, attendez encore... s'il disait vrai... si votre terrible justice allait s'égarer! Ma fille!
christel, à Christian.
Monseigneur! de grâce... parlez pour lui!.., Si vous
52 PALMA
l'aviez vu comme moi auprès de sa mère, vous ne pourriez le croire coupable, monseigneur !
Christian, froidement.
Madame... (A part.) Elle aussi, elle l'aime...
LE BARON
Maître Palma, j'aurais voulu n'avoir contre vous que des préventions ; mais j'ai des preuves.
CHRISTIAN
Qu'est-ce donc?
PALMA
Des preuves?
LE BARON
Vous attendiez deux étrangers à l'auberge de Borghetto. Avant leur arrivée, vous leur aviez écrit un billet qui vient de m'être remis par le jeune maître de cette auberge. Voici ee billet... (Lisant.) « Je vous ai attendus, tous deux, jusqu'à dix heures. Dans huit jours je reviendrai. Si je ne vous trouve point, n'accusez que vous de ce qui arrivera. Je veux en finir avec vous, à tout prix. — Johann. » Est-ce votre écriture?
PALMA
Oui, monseigneur. Mais ce billet n'avait rien de commun avec les deux étrangers qui ont péri : ceux à qui s'adressait ce billet sont vivans.
LE BARON
En ce cas vous pouvez me dire leur nom, et les faire paraître devant nous ?
palma. Il hésite. Mouvement d'inquiétude de Fraz et de Christian.
Non, monseigneur.
LE BARON
Puisqu'il en est ainsi !...(// va à la table et écrit.)
christel, à part.
Perdu ! hélas !
Christian, à part, avec âme.
O généreux enfant ! Non, je ne puis le laisser mourir ainsi... (Au Baron.) Monsieur d'Arnheim, je vous demande la grâce de ce jeune homme. Le jour qui unit