ACTE III, SCÈNE IX
lui auquel vous me destinez. Eh bien ! j'ai senti qu'il serait toujours un étranger pour moi. C'est mon devoir de vous le dire : mon père, si vous m'aimez, ne me livrez pas au malheur. Mon père, si vous estimez votre fille, n'en faites pas une mauvaise épouse !
LE BARON
Ecoutez-moi, Christel... Vous êtes arrivée à l'âge où ilfautquitter le roman pourle monde. Si vous manquez du pauvre courage qu'il faut pour renoncer aux sottes rêveries de l'enfance, et accepter la vie telle qu'elle est , si vous n'avez pas ce courage, ma fille, c'est à moi de l'avoir pour vous. C'est mon devoir, je leremplirai. Je vous marie d^une façon assez digne de vous, je crois, le vous achète une couronne ducale avec une dot de reine. Vous vous plaindrez ensuite ; vous m'appellerez un tyran, un mauvais père, si cela vous plaît ; peu importe ! Cela sera ainsi !
CHRISTEL
Je vous ai dit, mon père, que je n'aimais pas ce jeune homme.
LE BARON
C'est donc que vous en aimez un autre, Christel?
CHRISTEL
Un autre! je n'aime personne.
LE BARON
Prenez garde que je ne voie plus claire dans votre cœur que vous ne voulez y voir vous-même, ma fille !
Je ne vous comprends pas, monsieur !
LE BARON
Je le souhaite. Ce mariage aura lieu dans deux jours, soyez-y préparée.
CHRISTEL
Tout ce que vous voudrez, mon père, tout, exceptez cet odieux mariage !
LE BARON
Cet odieux mariage se fera, je le veux!
Archives de la Ville de Bruxelles Archief van de Stad BrusseL
0t> PALMA.
christël, à genoux.
Mon père, je me mets à genoux pour vous le dire ; mais je n'épouserai pas un homme que je hais. le baron, avec colère.
Restez, restez ainsi, c'est la posture qui convient pour ce que vous avez à m'avouer... Vous aimez quelqu'un?
CHRISTEL
Quelqu'un?
LE BARON
Vous aimez l'homme qui sort d'ici ?
CHRISTEL
Qui? mon Dieu!
Ce meurtrier!... Osez-vous dire que vous ne l'aimez pas?
christel, se levant.
Mon père, Dieu seul et moi, nous le savions.
LE BARON
Misérable enfant! Vous déshonorez mon nom... Christian et Franz rentrent.