ACTE V, SCÈNE TH
CHRISTIAN
Cet homme, monseigneur , est celui que vous avez fait châtier lâchement comme un valet , quand il a osé vous demander compte de son honneur perdu , de sa vie brisée... Cet homme, vous croyiez , n'est-ce pas , que la honte Pavait tué ? Eh bien ! non ! la honte l'a fait vivre pour se venger... et le voilà.
LE BARON
Je ne puis comprendre... vous m'êtes inconnu. Christian , prenant violemment Gertrude par la main et l'amenant devant le Baron. Et cette femme, vous est-elle inconnue aussi, dites?
LE BARON
Je ne connais pas cette femme.
CHRISTIAN
Sa mémoire est donc plus fidèle que la vôtre, car elle a reconnu cette voix, et vous méconnaissez son visage, baron d'Arnheim, qui vous appeliez, à Prague^ Wilhelm, duc d'Erstal!
LE BARON
Gertrude !...
CHRISTIAN
11 paraît, madame, que vous l'aimiez plus qu'il ne vous aimait, au moins...
PALMA
Ma mère, que dit-il donc?
GERTRUDE
Wilhelm ! Christian ! n'ai-je pas assez souffert? Oh ! grâce, pitié, devant mon fils !
CHRISTIAN
Maître Palma, soyez mon juge maintenant!... Johann, pendant quinze ans je vous ai cru mon fils !... je vous ai élevé, aimé comme mon enfant. Un jour, une preuve qu'on n'a même pu contester, est venue me dire que ma tendresse s'était égarée... que j'avais, durant quinze ans, entendez-vous, serré dansmes bras l'enfant d'un étranger, le témoignage de ma honte.
82 PALMA
Monsieur!...
CHRISTIAN
Comprenez-vous bien , Johann ?...ona, pendant toute sa vie, à force de patience, de courage, de vertu, conservé son nom honorable, conquis l'estime publique ; et cet édifice laborieux, cet ouvrage de toute une noble existance... voilà que la main d'une femme vicieuse et le souffle d'un débauché le renversent en un moment... présent, avenir, tout s'écroule ! le passé même, car on doute de ses enfans.
PALMA
O ma mère !
gertrude, à gauche de Christian.
Grâce, Christian ï
le baron, de Vautre côté.
Monsieur, grâce devant ma fille !
Christian, se trouvant au milieu et les amenant sur le devant.
Osez-vous demander grâce devant cette œuvre de misère et d'infamie qui est la vôtre, et que Dieu déroule à cette heure sous vos yeux? A qui demandez-vous grâce? est-ce à moi qui, par votre faute, n'ai pudonneràmon fils que le pain de l'exil et de l'oppropre? est-ce à lui, ombre misérable d'un homme qui n'aura pas vécu? A qui demandez-vous grâce? est-ce à ces deux enfans dont la vie douloureuse est couronnée par un amour criminel? est-ce au frère ou à la sœur?
CHRISTEL
Mon Dieu! mon Di^u!
CHRISTIAN
Point de grâce, vous dis-je! Si le ciel donnait plus souvent en spectacle aux épouses et aux mères des malheurs comme ceux-ci, les épouses et les mères se respecteraient mieux, et seraient mieux respectés! Baron d'Arnheim, Dieu te maudit, Dieu est juste...
LE BARON
Misérable!... tu lui rendras compte aujourd'hui de
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