INTRODUCTION XXV
teinte douce et grave, cette physionomie naturellement railleuse et volontaire.
Au fond, Claude Tillier fut un très honnête homme. Les malheurs de sa vie, les persécutions dont il a été l'objet, la haine qui l'a poursuivi jusque dans la mort, furent les conséquences naturelles de son caractère indépendant, insouciant et insociable, de son humeur satirique et frondeuse contre toute supériorité qui lui paraissait surfaite, et enfin de l'extraordinaire liberté d'esprit qu'il avait montrée sur toutes les questions sociales, politiques et religieuses, agitées de son temps. On peut discuter ses principes (27), non mettre en doute sa sincérité et son désintéressement. Sorti du peuple, il en avait contracté les manières rudes et franches qui répugnent à l'hypocrisie mondaine, mais il en avait gardé avec les qualités morales l'esprit original et primesautier, le tour libre et franc, le don de l'image pittoresque et poétique, le sens inné du ridicule que son talent d'écrivain sut exprimer avec une fraîche nouveauté.
Tel était ce caractère précocement formé, reproduisant les traits saillants d'une race et d'une classe et sur lequel l'éducation eut peu de prise. En toute occasion, Tillier opposa son individualisme aux influences sociales qui tentèrent de contrarier son insouciance native, ses instincts d'indépendance, comme ses goûts de vie naturelle et simple. Ce primitif fut, si l'on peut dire, une
(27) Ses principes d'ailleurs sont simples : !• Au point de vue social, Tillier ne reconnaît qu'une classe d'hommes, la classe populaire. Pour lui, la bourgeoisie n'est qu'une difformité du peuple; 2' Au point de vue politique, il croit à la souveraineté du peuple, au suffrage universel, au progrès indéfini par les idées de liberté, d'égalité, de fraternité ; 3» Son patriotisme est tout démocratique ; il a pour fondement le respect des droits de Thomme et du citoyen et, pour corollaire, la défense des peuples opprimés; 4° Au point de vue religieux, Tillier est déiste, rationaliste ; il aime et admire en Jésus-Christ le « réformateur social », mais il répudie la hiérarchie, les dogmes et la liturgie de l'église romaine. — Sur ses idées politiques et sociales (Cf. nos Etudes sur C. Tillier, 1" série). — Sur ses idées religieuses (Cf. Pamphlets; notices et notes).