II AVANT-PROPOS
Baroche ; c'est Pheure où le parricide devient fou. Regardez-le, pris dans son crime, comme dans un piège, Tassassin de trois Républiques. Poussé par le vertige, attiré par Tabîme, ivre de sang, fou de terreur, il fait faute sur faute, sottise sur sottise ; il puise au hasard dans son arsenal de crimes, il choisît ceux qui doivent lui éclater dans les mains. Il lie et délie, fait et défait, jure et parjure, occupe et évacue, quitte à réoccuper et réévacuer, à la première alerte, pour apaiser quelqu'un ou éviter quelque chose, quelque chose d'inévitable qui suit partout les scélérats. Il ti-ahit son complice, il embrasse son ennemi ; il fait des armements et des congrès ; précipite la ruine d'un empire qu'il a fait, et favorise la formation de deux empires qu'on fait contre lui.
Ses discours sont décousus comme ses actions; il parle de liberté^ de licence, de gouvernements faibles et de points noirs ; il fait rire ses ennemis et trembler ses amis ; car tout le monde voit bien que son timbre est brouillé. De ses derniers crimes, quel est le plus grand? c'est sur quoi les avis peuvent se partager : le plus grand à mes yeux, c'est d'être encore là.
C'est l'agonie du monstre accroupi sur la France, ce sont ses dernières convulsions ; mais il ne peut se débattre ainsi, sans secouer violemment ceux qu'il tient sous ses griffes et ceux qui vivent sur sa peau ; un empire qui meurt, cela produit toujours une sensation ; de là un certain frisson à la surface des foules. L'opinion commence à retrouver la parole, et, comme il arrive toujours, ceux qui crieront le plus haut la veille de la catastrophe, seront ceux-là même qui, depuis quinze
AYAMT-FBOPOS III
ans, n'ont pas crié du tout ; il faut bien réparer le temp» perdu. Déjà M. Ha vin est très-positivement en colère; M. Guéroult est très-évidemment mécontent, et M. Ë. de Girardin a donné quelques signes d'impatience ; ces hommes sont des points noii*6 ; la tempête n'est pas loin. Notre faible voix sera bientôt couverte par le tonnerre d'indignations vraies ou fausses, anciennes ou récentes, qui va éclater sur la tête du pauvre empereur pantelant. Alors le ton de mes écdtè paraîtra modéré; je prie le lecteur d'excuser cette mqdération. Je parlerai le deiTiier jour de l'empire comme le premier, et je ne pourrai suivre le crescendo dé certains journaux. Je les prie de me pardonner et de considérer qu'ayant depuis 1 848 aimé la République et détesté lé despotisme de toutes les forces de mon âme, il m'est impossible aujourd'hui de mieux faire. Je puis seulement me réjouir en voyant que les autres font bien, et que la haine de l'empire gagne de proche en proche les masses indifférentes ou égarées et les couches profondes de la nation.
J'ignore l'opinion des officiers français depuis que le patriotisme intelligent du gouvernement impérial a fait d'eux, en Europe, des soldats du Pape, évêque italien , et en Amérique, des soldats du père Fischer, frocaillon allemand; j'ignore l'opinion des représentants de la force, depuis que ce gouvernement a montré qu'il ne («avait pas même se servir de la force , depuis qu'il a respectueusement incliné le drapeau fmnçais devant la Russie qui écrasait la Pologne , devant la Prusse qui écrasait le Danemai'k,et devant l'Angleterre que voulaient écraser nos colonels; depuis qu'il a sagement