LETTRE VIII
Vérets , le n Cévrier iSîo.
MoirSTRUR ,
Vous vous fâchez Contre M. Decazes, et je crois que vous avez tort* Il nous méprise, dites-vous. Sans doute cela n'est pas bien. Mais d'abord, je vous pne, d*où le pouvez-vous savoir, que M. Decazes nous otéprise? quelle preuve en avez- vous? Il Ta dit. Belle raison! Vous jugez par ce qu'il dit de ce qu'il pense. En vérité vous êtes simple. Et s'il disait tout le contraire, vous l'en croiriez? Il n'en faudrait pas davantage pour vous persuader que M. le comte nous honore, nous estime et révère, et n'a rien tant à cœur que de nous voir contens. Uu homme de cour agit-il, parle-t-il d'après sa pensée? Il Ta dir, je le veux, plusieurs fois, publiquement et en pleine assemblée , à la droite, à la gauche ; eh bien ! que pi*ouve cela ? qu'il entre dans ses vues , pour quelque combinaison de politique profonde que nous ignorons vous et moi , de parler de la sorte , de se donner pour un homme qui fait peu de cas de nous et de nos députés ; qui craint Dieu et le congrès et n'a point d'autre crainte; se moque également de la noblesse et du tiers , n'ayant d'égard que pour le I. 8
clergé. Voilà cerUioement ce qu'il veut qu'en croie de lui; mais de là à ce qu'il pense , vous ne pouvez rien conclure, ni même former de conjectures, fussiez-vous son intime ami , son confident , oa mieux , son valet de chambre. Car il n'est pas donné à l'homme de savoir ce que pense un courtisan, ni 8*il pense. O cUdtudo!
Vous n'avez donc nulle preuve , et n'en sauriez avoir, de ces sentimens que vous attribuez au premier ministre; mais quand vous en auriez, quand nous serions certains (comme, à vous dire vrai, j*y vois de l'apparence) que M. Decazes au fond n'a pas pour nous beaucoup de considération , faudrait-i I nous en plaindre et nous en étonner ? Il nous voit si petits de ces hautes régions où la feveur remporte, qu*à peine il nous distingue ; il ne nous connaît plus; il ne se souvient plus des choses d'ici-bas, ni d'avoir joué à la fossette. Et, en un autre sens , M. Decazes est de la cour ; il n'est pas de Paris, de Goneaseou de Rouen , comme, par exemple, nous sommes de notre pays; par exemple, nous sommes de notre pays, chacun de son village, et tous Français; mais lui : la cour est mon pays , je nen connais point eTautre; et, de fait, y en a-t-îl d'autre? On le sait; dans l'idée de tous les courtisans, la cour est l'univers; leur coterie, c'est le monde ; hors de là, c'est néant. La nature, pour eux, se borne à l'œil-de-bœuf. La faveur, la disgrâce, le lever, ledéboUer, voilà les phénomènes. Tout roule là-dessus. Demandez-leur la cause du retour des saisons , du flux de Pocéan , du mouvement des sphères;. cVst le petit coucher.
AU RSDACTBUR DU CBUSSUB. 87
Ainsi M. Decazes, absorbé toat entier dans la contemplation de l'étiquette, des présentations, du tabouret, des préséances, ne nous méprise pas, à proprement parler , il nous ignore. , ' Mais soit, je veux, pour vous satiafaii^e, qu'il ak ilit sa pensée, comme un homme du commun, naïvement, sans détour, ainsi qu'il eut pu faire avant d'être ce qu'il est; qu'enfin, il nous méprise dans le vrai sens du mot, ayant pour nous ce dédain qu'à sa place montrèrent pour la gent gouvernée Mazarin, Bonaparte , Alberoni , Dubois; je lui pardonne encore, et comme moi, monsieur, vous lui pardonnerez , si vous faites attention à ce que je vais vous dire.On juge par ce qu'on voit de ce que l'on ne voit pas; du tout par la partie qu'on a sous les yeux. Faiblesse de nos sens et de l'entendement humain ! 00 juge d'une nation , d'pne génération, de tous les hommes par ceux avec qui l'on déjeune; et ce voyageur disait, apercevant l'hôtesse: Les femmes ici sont rousses. Ainsi fait M. Decazes, ainsi faisons-nous tous. Cette nation qu'il méprise, nous Testimons; poorquoi? c'e^t qu'à nos yeux s'oQVept des gens dont la vie tout entière s'emploie à des choses louable^, et de qui l'existence est fondée sur le travail, père des bonnes mœurs, la foi dans les contrats, la confiance publique, l'observation des lois. Je vois des laboureurs aux champs dès le matin, des mères occupées du soin de lejur famille, des enfans qui apprennent les travaux de leur père, et je dis (supposant qiuls jeûnent le carême) : il y a d'honnéies gens. Vous voyez à la ville des savàns, des
88 LETTBBS
artistes, Thonnëur de leur patrie, de riches fabrîcans, d'habités artisans , dont l'industrie chez nous, secondée par la nature, lutte contre les taxes et les encouragemens ; une jeunesse passionnée pour tous les genres d*étude et de belles connaissances, instruite , nop par ses docteurs , de ce qui importe le plus à rhomme de savoir, et mieux inspirée qu'enseignée sur le véritable devoir: vous n'avez garde , je crois, de mal penser des Français, de mépriser cette nation ; la connaissant par là. Mais le comte pecazes, par où nous connait-il? et que voit-il? la cour.
Mazarin, étant roi, disait familièrement aax grands qui l'entouraient : « ^éffe ( dans son langage âemX'trcuteQertn ) , vous m'aviez bien trompé , sîgnori Francesi, avant que j'eusse l'honneur de vous voir, comme je fais. Que je sois impho , si je me doutai d'à bond de votre caractère. Je vous trouvais un air de fierté , de courage , de générosité. Non , je ne plaisante point; je vous croyais du cœur. Je m*ea souviens très-bien , quoiqu'il y ait long-temps. » Ceci est dit notable, et \ient à mon propos. Jules Mazzarinif arrivant de son pays avec peu d'équipage et petit compagnou , estime les Français, parce qu'il voit la nation : devenu cardinal, ministre, il les méprise, parce qu'il voit la cour, et cependant U cour alors était polie.
Je ne la vois pas, moi; de ma vie je ne l'ai vue, ni ne la verrai ,J'espère> mais j'en ai ou? parler à des gens instruits. Les témoignages s'accordent , et par tous ces rapports , autant que par calcul, méthode -
AV RÛDXCTRVR DU CEUSEUR, 89
géodésicfiie el Irigonométrique, je suis parvepu, looosieur, à connaître la cour mieux que ceux qui n'en bougent; comme on dit que Danvilie, n'étant jamais sorti» jeqroîs, de son cabinet, connaissait mieux l'Egypte que pas un Égyptien ; et d'abord , je vous dirai , ce qui va vous surprendre et que je, pense avoir le premier reconnu : la cour est un lieu bas, fort bas, fort au-dessous du niveau de la nation. Si le contraire parait» si chaque courtisan se croit, par sa place, et semble élevé plus ou moins, c'est erreur delà vue, ce qu'on nomme proprement illusion optique, aisée à démontrer. Soit A le point où se trouve M. Décades à cette heure ( haut selon l'apparence , pomme serait un eerf- volant dont le fil répondrait aux Tuileries, à Londres ou à Vienne, peu importe); C le point le plus bas appelé point de chute, ou git M. Benoit avtc tfièàfi de Piwe^ entendez bien ceci , car le reste en dépjend : le rayon visuel passant d'un rpilieu rfireet pur, celui où nous vivons , dans un milieu plus dense, l'atmosphère fumeuse et chargée de miasmes de la cour , nécessairement il y a réfraction; ce qui parait dessus est en effet dessous Vous comprenez maintenant; ou , s'il vous demeurait quelque difficulté, consultez les savaos, le marquis de Laplace, le chevalier Cuvier; ces gentilshommes, à moins qu'ils n'aient oublié tonte leur géométrie , en apprenant le blason et l'étiquette , vous sauront dire de combien de degrés la cour est au«dessous de l'horizon national; et remarquez aussi, tout notre argent y va, tout, jusqu'au moindre sou ; jamais n'en revient à nous rien. !•
QO LETTHES
VOUS le demande; notre argent, chose pesante de soi , tendante en bas ! M. Decares , quelque adroit et soigneux qu'on le sap|>ose de tirer à soi tout, sa a» rait-il si bien faire qu'il ne loi en échappe entre les doigts quelque peu , qui , par son seul poids, nous reviendrait naturellement si nous étions au-dessous? telle chose jamais n'arrive, jamais n'est arrivée. Tout s'écoule, s'en va toujours de nous à lui : donc il y a une pente; donc bous sommes en haut, M. Decazes en bas, conséquence bien claire ; et la cour est un trou , non un sommet, comme il parait aux yeux du stupide viilgaire.
Ne saiton pas d'ailleurs que c'est un lieu fangen^r^ oïl la vertu reSjpitx -un air empoisonné, comme dit le poète , et aussi ne demeure guère* Ce qui s'y passe Q-M connu; on y dispute des prix de différentes sortes et valeur dont le total s'élève chaque année à plus de huit cents millions. Voilà de quoi exciter l'émulation sans doute ; et l'objet de ces prix «tn* ciennement fondés , depuis peu renouvelés, accrufr, multipliés par Napoléon-le-Grand , c'est de favori» ser et de récompenser avec une royale muniflcenoe toute espèce de vice, tout genre de coiruption. Il y en a pour le mensonge et toutes ses subdivisions , comme flatterie , fourberie, calomnie, impostore» hypocrisie, et le reste. Jl y en a pour la bassesse beaucoup et de fort considérables , non moins poui* la sottise, l'ineptie, riguorance; d'autres pour l'adultère et la prastitution , les plus enviés .de tous^ dont un seul fait souvent la grandeur d'une famille. Mais pour ceux-là , ce sont les femmes qui ooncou-
AU REOACTEUH DU CElfSBUS. 9I
rent; on roaroone les maris; du reste, poiul défaveur, «le pi^éférence injuste; la paliseest au plus vil, l'hoDoeiir est au plîis rampant, saos distiactioa de naissance; aiesî le veut la Charte, el le rai Ta jurée. Cesl nn droii garanti par la constitution , acheté de toul le sang de la révolution ; le vilain peut prétendre à vivre et s'enrichir comme le gentilhomme sans industrie, talens, mœurs ni probité, dont la noblesse enrage , et sur cela rédame ses anlifues privilèges.
Tout le monde cependant use du droit acquis comme si on craignait de n'en pasjouir long-temps. Chacun se lance; non : à la cour, on se glisse, on s'insinoe, on se pousse. Il n'est fils de bonne mère qui n'abandonne tout pour être présenté, faire sa révérence avec l'espoir fondé, si elle est agréée, d'emporter piied ou aile, comme oa dit, du budget, et d'avoir part aux grâces. Les grâces à la cour pieuvent soir et maiin; et une fois admis , il faudrait être bien brouiUé avec Iç sort, avoir bien peu de sou- [Jesse, ou une femme bien sotte, pour ne rien attraper, lorsqu'cMi est alerte, à l'éprenve des dégoût^, et qu'on ne se rebute pas. Sans humeur, sans hon-^ neiur; c'est le mot, la devise: Quiconque na sait pas di^rtr un mffroni.,,.
Alerte, il le faut être. Bien des gens croient la cour un paysdefainéans, où, dès qu'on a mis le pied, la fortune vous cherche, les biens viennent en dormant; erreur. Les courtisans , il est vrai , aie font rien , nulle œuvre, nulle besogne qui paraisse. Toutefois, les forçats ont moins de peine, et le conilede
Sainte-Hélène dit que les galères, au prix, sont un ^lieu dé repos. Le laboureur, l'artisan , qui chaque soir prend somme , et répare la nuit les fatigues du jour , voilà de vrais paresseux. Le courtisan jamais ne dort , et l'on a calculé mathématiquement que la moitié des soins perdus dans les antichambres , la moitié des travaux, des efforts, de la constance, nécessaires pour seulement parler à un sot en place, suffirait, employée à des objets utiles, pour décupler en France les produits de l'industrie , et porter tous les arts à un point de perfection dont on n'a nulle idée.
Mais la patience surtout, la patience aux gens de * cour, est ce qu'est aux fidèles la charité, tient lieu de tout autre mérite. Monselgnmtr^ f attendrai^ dit l'abbé de Bernis au ministre qui lui criait : Vous n'aurez rien, et le chassait, le poussait dehors par les épaules. J'en sais qui sur cefa eussent pris leur parti , cherché quelque moyen de se passer de monseigneur, de vivre par eux-mêmes, comme le cocher de fiacre : La cour me blâme ^ je m'en.,.; c'est-à-dire , je travaillerai. Ignoble mot, langage de roturier né pour toujours l'être. J^e gentilhomme de Louis XVI, noble de TAce , d'il j'attendrai Le gentilhomme de Bonaparte, noble par grâce , dit /attendrons. Et tous deux se prennent la main, s'embrassent; ami» de cour!
Air BBDACTEUa DU CEJfSBUR. 98
•■«l%%%<%%'%>«%.'«i'fc*/«<'»*''«>'*'*<'*''^*''*'^*''*'^«i<'«'^^^<'^* «^•ir«/»/^«/%^%'«>'»«>'^>«%/^
ViretSj 10 mtrt tSso.
MOHSIEUR y
C'est rîroprîmerîe qui met le inonde à mal. Cest la \etlre moulée qni fait qu'on assassine depuis la création ; et Caîn lisait les journaux dans le paradis terrestre. Il n'en faut point douter; les ministres le disent; les minbtres ne mentent pas ^ à la tribune surtooL
Qae maudîè soit l'auteur de cette damnàble inven* tioD 9 et f avec lui , ceux qui en ont perpétué l'usage, ou qni jamais apprirent aux hommes à se commu-^ niquer leurs pensées I Pour telles gens l'enfer n'a point de cbaudièves assez bouillantes. Mais remarquez , monsieur, le progrès toujours croissant de la perversité.^ Dans Tétat de nature célébré par Jean- Jacques avec tant de raison , T homme , exempt de tout vice et de la corruption des temps où nous vivons , ne parlait point, mais criait , murmurait ou grognait , selon ses afTcctions du moment. Il y avait plaisir alors à gouverner. Point de pamphlets, point de journaux., point de pétitions pour la Charte, point de réclamations sur l'impôt. Heureux âge qui dura trop peu '
94 I^TTRBS
Bientôt des philosophes, suscités par Satan pour le renversement d'un si bel ordre de choses , avec certains mouvemens de la langue et des lèvres, articulèrent des sons, prononcèrent des syllabes. Où étais-tu, Séguier? Si on eût réprimé dès le commencement ces coupables excès de Tesprit anarchique f et mis au secret le premier qui s'avisa de dire 6a be bi bo bu , le monde était sauvé ; Tautel sur le trône , ou le trône sur Tautel , avec le tabernacle affermis pour jamais, ei) aucun temps il n'y eût eu de révolutions. Les pensions, les tra^temens, augmenteraient chaque année. La religion, les moeurs..* Ah ! que tout irait bien! Nymphes de 1 Opéra, vous auriez part encore à la mense abbatiale et au revenu des pauvres. Mais &it-oo jamais rien à t«rap6? Faute de mesures- préventives, il arriva que les hommes parlèrent , et tout aussitôt commencèrent à médire de l'autorité qui ne le trouva pas bon , se prétendit outragée , avilie , fit dés lois contre les abus de la parole^ la liberté de la parole fut suspendue pour trois mille ans , et , en vert|i de cette ordonnance , tout esclave qui ouvrait la bouche pour crier sous les coups ou demander du pain , était crucifié , empalé, étranglé, au grand €X>otenteinent de tous les honnêtes gens. Les choses n'ailaîent point mal ainsi, et le gouvernement était oonsidéfé.
Mais, quand uuPhémcien (ce fut, je m'imagine, quelque manufacturier, sans titre, sans naissance) eut enseigné anx hommes à peindre k parole , et fixer par des traits cette voix fugitive , alors com^ mencèrent les inquiétudes vagues de ceux qui se
AU RBDjL€TBUA DV C8VSBUB. ^5
lassaient de Uravailkr pour autrui yetjen même temps le dévouement liioearchique de ceux qui voulaient à toute force qu'on travaillât pour eux. Les premiers mots tracés furent liberté^ ioi^drmt^ éfttUé, raison; et dès lors on vit bien que cet art ingénieux tendait directement a rogner les pensions et les appointe* mens. De cette époque daleol les soucia des gens en place 9 des courtisana.
Ce fut bien pis, quand l'homme de Mayence (aussi peu noble, je le crois , que celui de Sidon ) a son tovr eut imaginé de serrer entre deux ais la feoiUe qu'un autre fit de clHffî>os réduits en pâte; tant le démon est halràls à tirer parti de tout pour la perte des amcs! L'Allemand, par tel moyen, multipliant ces traits de ligures traeées qu'avait inventés le Phénicien , mukiplia d'autant les maux que fait la pensée. O terrible influence de cette race qui ne sert m Dieu ni le i>oî , adonnée aux scieuces mondaines, aux viles professi<Mis mécaniques! engeance pernicieuse , que ne ferait-elle pas si on la laissait Élire, abandonnée sans £reln à ce fatal esprit de connadtre, d'inventer et de perfectionner! Un ouvrier, un misérable ignoré dans son atelier, de quelques guenilles fait une colle , et , de cette colle , du papier qu'on autre rêve de gaufrer avec un peu de noir ; et voilà le n»oiide bonleversé , les vieilles monarchies éln^anlées, les canonîcats en péril. Diabolique industrie! rage de travailler, au lieu de chômer les saints et de faire pénitence l il n'y a de boos que les mornes , comme dit M. de Goussergue , la noblesse présentée, et messieurs les laquais. Tout le reste est
perverti , toat le reste raisonne, ou bien raisonner. 1^ pelitsenfanssavent qne deax et deux font quatre Otempon, ! é mores.' O M. ClauMl de Coussergue , 6 MarcassusdeMarcellus! ° .'
Tant il y a qu'il n'y a plus qu'on moyen de «touverner. surtout depuis qu'un autre émiss.i.J^ de lenfer a trouvé cette autre invention de distribuer chaque matin à vingt ou trente mille abonnés une feuille eu se lit tout ce que le monde dit et pense et les projets des gouvernans et les crainte. dJ gouvernés. Si cet abus continuait. q„« pourrai, en. treprendre la cour, qui „e fût coWrôlé d'avance
mêlerait de tout, voudrait fo„r«r dans tout son ^ petit intérêt , compterait avec la trésorerie , surveilkrait la haute police, et se moquerait de la diplomatie, La nation enfin ferait marcher le gouvenie. ment, comme un cocher qu'on paie, et qui doit «m,s mener non où il veut, „i comme il veut, mais ou nous prétendons aller, et par le chemin qu nous convient ; chose horrible àpenser, contràireau droi! divin et aux capitulaires.
Mais, comme si c'ét»it peu de toutes cesma«««,. Uons contre les bonnes mosni-s, la grande propriété et les privilèges des hautes dasses.'voici bLT« ' chose On mande de Beriin que le docteur KîrJn sen , fameux ma,hén.aticien . a depuis peu fmZ;
n-able. légère, mobile, portative, à mett«s dan,
a poche . ex,,édiiive surtout, et dont l'usage Z
tel. quon écrit comme on parle, aussi vite, aisé-
AU aBDACTBir& DU ciursBua. 97
ment : c'est une tackUyjne, On peut » dans an-aalon , uns que personne s'en doute, imprimer tout ce qui se dit, et, sur le lieu méme^ tirer à mille exem* plaires toute la cdnversatibn , à mesure que les acteurs parient. La plume, de cette façon, ne servira presque plus) va devenir inutile. Une femme, dans son ménage, au lieu d'écrire le compte de son linge à laver, oii le journal de sa dépense, l'impi^i* mera , dit-on , pour avoir plus tôt fait. Je vous laisse à penser, monsieur, quel déluge va nous inonder, et ce que pourra la censure contre un pareil débordement. Mais on ajoute , et c'est le pis pour quiconque pense bien ou toucbe un traitement , que la combinaison de ces nouveaux caractères est si simple # si claire, si facile à concevoir, que Thomme le plus grossier apprend en une leçon à lire et à écrire. Le docteur en a fait publiquement Texpérience avec un succès elfrayant; et un paysan qui , la veille, savait à peine compter ses doigta, après une instruction de huit à dix minutes , a composé et distribué auxassistans un petit discours, fort bien tourné, en bon allemand, commençant par ces mots : Ùespotét ko nomos; c'est-à-dire, comme on me l'a traduit : la loi doit gouverner. Où en sommesnous, grand Dieu! qu*allons-nous devenir! Heureusement l'autorité avertie a pris des mesures poui' la sûreté de l'État : les ordres sont donnés; toute la police de l'Allemagne est à la poursuite du docteur, avec un prix de cent mille florins à qui le livrera mort du vif, et l'on a^end à chaque moment la nouvelle de son arrestation. La chose n'est pas de I. y
gS LSTTRSS
peu d'importance; nne pareille invention» dans le siècle où nous sommes, venant à se répandre, c'en serait fait de toutes les bases de l'ordre social; il n'y aurait plus rien de caché pour le public. Adieu les ressorts de la politique : intrigues , complots , notes secrètes; plus d'hypocrisie qui ne fàt bientét démasquée, d'imposture qui ne fût démentie. Comment gouverner après cela?
AU BEDAGTBVB DU GEHSBUB. 99
Véreti, 10 avril i8ao.
Je trouve comme vous, moBsîeury que nos (M'atears ont fak merveille pour la liberté de la presse. Rien ne se peut imagifier de plus fort ni de mieux pensé que ce qu'ils ont dit à ce sujet, et leur éloquence me ravit, en même temps que sur bien des choses j*admire leur peu de finesse. L'un, aux mi* nîstres qui se plaignent de la Ucence des écrits , répond que la famille royale ne fut jamais si respectée, qu'on n'imprime rien contre le roL En bonne foi , il faut être un peu de son département pour croire qu'il s'agit du roi , lorsqu'on crie : vendez le roL Ainsi ce bonhomme , au théâtre, Voyant représenter le Tartufe, disait : Pourquoi donc ks dévots haïssent-' ib tant cette pièce? il n'y a rien contre la religion. L'autre , non moins naïf, s'étonne , trouve que partout tout est tranquille, et demande de quoi ou s'inquiète. Celui-là certes n'a point de place , et ne va pas chez les ministres ; car il y verrait que le monde ( le monde, conopie vous savez, ce sont les gens à places ) , bien knn d'être tranquille, est au contraire fort troublé par Tappréhension du plus grand de tons les désastres, la diminution du budget, dont le monde en effet est menacé, si le gouvernement n'y
apporte remède. Cest à éloigner ce ftéaii que teadent ces soins paternels , bénis de Dieu jusqu'à ce jour. Car, depuis cinq ou six cents ans, le budget, si ce n*est à quelques époques de Louis XII ejt de Henri IV, a continuellement augmenté, en raison composée, disent les géomètres, de Faviditédes gens de cour et de la patience des peuples.
Mais, de tous ceux qui ont parlé dans cette occa- ' sion, le plus amusant, c*est M. Benjamin Constant , qui va dire aux ministres : Quoi? point de journaux libres? point de papiers publics ( ceux que vous cen* surez sont à vous seuls ) ? Comment saurez-vous ce qui se passe? Vos agens vous tromperont, se mo* queront de vous,'vous feront faire mille sottises, comme ils faisaient avant que la presse fôt libre. Témoin l'affaire de I^yon. Car, qu'était-ce, en deux mots? On vous mande qu'il y a là une conspiration. £h bien! qu*^on coupe les tétça, répondites-voqs d'abord , bonnement L'ordre part ^ et puis , par r^ flexion , vous envoyez quelqu'un savoir un. peu ce que c'est. Le moindre journal libre vous l'eût appris à temps, bien mieux qu'un maréchal et à bien moins de frais. Que sûteskvous par le. rapport de votre envoyé? peu de chose. A la fin on imprime, tout devient public, et il se trouve qu'il n'y a point eu de conspiration. Cependant les têtes étaient coupées. Voilà un furieux pas de clerc, une bévue qui coûte cher, et que la liberté des journaux vous eût certainement épargnée. De pareilles âneiûes font grand tort , et voilà ce que c'est qued'enchainer la presse.
AU REDAGTCvUR DU OBlfSECfR. lOt
Là-clessusy dit-on, le ministère eut peine à se tenir de rire ; et M. Pasqoier, le lendemain, s'égaya aux. dépens de Thonorable membre, non sans cause. Cajr on pouvait dire à M. Benjamin Constant , oui , les têtes sont à bas, mais monseigneur est duc; il n'en faut plus qu^autiint, le Yoilà prince de plein droit. Les bévues des. ministres coûtent cher, il est vrai , mais, non pas aujc ministres. Mieux vaut tuer un marquis y. djsent les médecins, que guérir cent vilains ; cela vaut mieux pour le médecin ; pour les ministres non; mieux vaut tuer des vilains, et, selon Içuts conséquences, les fautes changent de nom. Contenter le public , s'en faire estimer est fort bien ; il n'y a nul mal assurément, et Laffitte a raison de se conduire comme il fait, parce qu'il a besoin, lui, de l'estime, de la confiance publique, étant hoipme de négoce, roturier, non pas duc. Mais le point pour tin ministre, c'est de rester ministre, et, pour cela, il faut savoir, non ce qui s'est fait à Lyon , mais ce qui s'est dit au lever, dont ne parlent pas les journaux. La presse étant libre, il n'y a point de conspiration, dites-vous, messieurs de gauche. Vraiment on le sait bien. Mais , sans conspiration , comment sauver l'État, le trône, la monarchie? et que deviendraient les agens de sûreté , de surveil* lapoe ? Comme le scandale est nécessaire pour la plus grande gloire de Dieu , aussi sont les conspirations pour le maintien de la^aute police. Les faire naître, les étouffer, charger la mine, l'éventer, c'est le grand art chi ministère ; c'est le fort et le fin de la science des hommes d'État; c'est la politique tranacepdanle
10 s LBTTRBS f
chez nous perfectionnée depuis peu par d'excellens hommes en ce genre, que FÂnglais jaloux veut imi* ter et contrefait, mais grossièrement. N*y ayant ni complots, ni machinations, ni ramifications, que voulez-vous qu'un ministre fasse de son génie et de son zèle pour la dynastie ? Quelle intrigue peut-on. entamer avec espoir de la mener à bien , si tout est affiché le même jour ? Quelle trame saurait-on mettre sur le métier? Les journaux apprennent aux minîs'*> très ce que le public dit , chose fort indifférente; ils apprennent au public ce que les ministres font, cfaoae fort intéressante, ou ce qu'ils veulent faire, encore meilleur à savoir. Il n'y a nulle parité; le profit est tout d'une part. Outre que les ministres, dès qu'on sait ce qu'ils veulent faire , aussitôt ne le Veulent ou ne le peuvent plus faire. Politique connue, politique perdue ; affaires d'État, secrets d'État, secrétaires d'État !.... I.e secret, en un mot, est l'ame de la politique, et la publicité n'est bonne que pour le public.
Voilà une partie de ce qu'on eût pu répondre aux orateurs de gauche, admirables d'ailleurs dans tout ce qu'ils ont dit pour la défense de nos droits, et forts sur la logique autant qu'imperturbables sur la dialectique. lueurs discours seront des monumens de l'art de discuter, d'édaircir la question , réfuter les ^ sopbismes , analyser , approfondir. Courage , mes amis, courage, les miliistres se moquent de nous; niais nous raisonnons bien mieux qu'eux. Ils nous mettent en prison , et nous y consentons; mais nous les mettons dans leur tort, et ib y consentent aussi.