LETTRE PREMIERE
TércU, la lo juillet 1619.
Vous vous trompez, monsieur, voas avez tort de croire que mon placet imprimé (it), dont vous faites mention dans une de vos feuilles , n'a produit nui effet. Ma plainte est écoutée. Sans doute , comme vous le dites, il est fâcheux pour moi que Fionocence de ma vie ne puisse assurer mon repos; mais c'est la faute des lois , nou celle des ministres. Ils ont écrit à leurs a^ens comme je le pouvais désirer, et plût à Dieu qu'ils eussent écrit de même aux juges, quand j'avais des procès , et à l'Académie, quand j'étais candidat. <^la m'eût mieux valu que tous les droits du monde , pour avoir 1j fauteuil et pour garder mon bien. Il faut en convenir, de trois
(i) Lo placet aux roiotslTcs. Voycs tome It.
sortes de gens auxquels j'ai eu affaire depuis un certain temps, savans, juges, ministres, je n'ai pu vraiment faire entendre raison qu'à ceux-ci. J*ai trouvé les ministres incomparablement plus amis des belles-lettres que Tacadémie de ce nom , et plus justes que Injustice, Ceci soit dit sans déroger à mes principes d'opposition.
Vous nous plaignez beaucoup, nous autres paysans , et vous avez raison , en ce sens que notre sort pourrait être meilleur. Nous dépendons d'un maire et d'un garde-champêtre qui se fâchent aisément. L'amende et la prison ne sont pas des bagatelles. Mais songez donc , monsieur, qu'autrefois on nous tuait pour cinq sous parisis. C'était la loi. Tout noble ayant tué un vilain devait jeter cinq sous sur la fosse du mort. Mais les lois libérales ne s'exécutent guère , et la plupart du temps on nous tuait pour rien. Maintenant il en coûte à un maire sept sous et demi de papier marqué pour seulement mettre en prison l'homme qui travaille , et les juges s'en mêlent. On prend des conclusions , puis on rend un arrêté conforme au bon plaisir du maire et du préfet, Vous parait-il, monsieur, que nous ayons peu gagné en cinq ou six cents ans? Nous étions la gent corvéable^ taillabU et tnable à volonté; nous ne sommes plus qu'incarcérables. Est-ce assez , direzvous? Patience; laissez faire; encore cinq ou six siècles , et nous parlerons au maire tout comme' je vous parle; nous pourrons lui demander de l'argent s'il nous en doit, et nous plaindre, s'il nous en prend , sans encourir peine de prison.
AU RÉDAGTEfJB DU CBKSBUR. 55
Toutes choses ont leurs progrès. Du temps de MoDlaigDC , un vilAÎn , son seigneur le voulant tuer, s'avisa de se défendre. Chacun en fut surpris , et le seigneur surtout, qui ne s'y attendait pas , et Montaigne qui le raconte. Ce manant devinait les droits de rhomme. Il fut pendu , cela devait être. Il ne faut pas devancer son siècle.
Sous Louis XIV, on découvrit qu'un paysan était an homme, ou plutôt cette découverte, faite depuis long-temps dans les cloîtres par de jeunes religieuses, alors seulement se répandit, et d'abord parut une rêverie de ces bonnes sœurs , comme nous l'apprend Labruyèr*. Pour des filles cloifmes, dil-il , unpaysan est un homme. Il témoigne là-dessus combien cette opinion lui semble étrange. Elle est commune maintenant, et bien des gens pensent sur ce point tout comme les religieuses, sans en avoir les mêmes raisons. On tient assez généralement que les paysans sont des hommes. De là à les traiter comme tels , il y a loin encore. Il se passera longtemps avant qu'on s'accoutume, dans la plupart de DOS provinces , à voir un paysan vêtu , semer et recueillir pour lui ; à voir un homme de bien posséder quelque chose. Ces nouveautés choquent furieusement les propriétaires ; j'entends ceux qui pour le devenir n'ont eu que la peine de naître.
56 LETTâES
PROJET D*AMéL10AAT10N DE L'AGRICVLTURE , PAR J. ^V- JAULT, AVOCAT A MELLE , pÉPAiV^EUENT Jif.S DEVX- SÈVRES.
Baochubb de cinquante pages où l'on trouve dea calculs, des remarques, des idées dignes de Tattentîon de tous ceux qui ont étudié cette matière. L'auteur aime son sujet, le traite en homme instruit, et dont les coonaissances s'étendent au-delà. Il ne tiendrait qu'à lui d'approfondir les choses qu'il e£^ iieure en passant; plein de zèle d'ailleurs pour le bonheur public et la gloire de l'Etat, il conseille au %o\3i\evnetïien\.d^ encourager C agriculture. Il veut qu'on dirige la naiion vers ^économie rurale , (ju^on instruise les ^cultivateurs, et il en indique les moyens. Rien n'est mieux pensé ni plus louable. Mais, avec tout cela , il ne contentera pas les gens, en très-grand nombre, qui sont persuadés que toute influence du pouvoir nuit'à riodustrie, et qui croient gouvernement synonyme à^ empêchement , ei;i( ce qui concerne les arts. Ils diront à M. Bujault : Laissez le gouvernement percevoir des impôts et répandre des grâces y mais, pour pieu, ne l'engagez poin.t à se mêler de nos affaires. Souffrez, s'il ne peut nous oublier, qu'il pense à nous le moins possible. Ses intentipns
AU B^DACTBITR DO CSlfSEUR. Sj
à Dotre égard Bont sans doute le» meilleures du monde, ses vues toujours parfaitement sages, et su tout désintéressées ; mais , par une fatalité qni ne se dément jamais , tout ce qu*il encourage languit , tout ce qu*il dirige Ta mal , tout ce qu'il conserve périt, hors les maisons de jeu et de débauche. L'Opéra , peut-être , aurait peine à se passer du gouvernement; mais nous, nous ne sommes pas brouillés avec le public. Laboureurs , artisans, nous ne l'ennuyons pas, même en chantant | à qui travaille , il ne faut que la liberté.
Voilà ce que Ton pourra dire , et que certainement diront à M. Bu}ault les partisans du libre exercice de Tindustrie. Mais les mêmes gens l'aprouveront, lorsqu'il reproche aux oisifs, dont abondent la ville et la campagne, aux jeunes gens, et, chose assurément remarquable, aux grands propriétaires de terres, leur dédain pour l'agriculture , suite de cette fureur pour les places, qui est un mal ancien chez nous, et dont Philippe de Comines, il y a plus de trois cents ans, a fait des plaintes toutes pareilles. Ils n'ont, dit-il, souci de rien 9 parlant des Français de son temps, sinon d'offices et états , que trop bien Us savent faire vaioir^ cause principale de mouvoir guerres et rebellions. Les choses ont peu changé ; seulement cette convoitise des ojjpces et états (curée autrefois réservée à nobles limiers) est devenue plus âpre encore , depuis que tous y peuvent prétendre, et ne donne pas peu d'aflfeires au gouvernement. Quelque multiplié que paraisse aujourd'hui le nombre des emplois , qui ne
se compare plus qu'aux étoiles du ciel et aux sables de la mer, ilii'a pourtant nulle proportion avec ce* lui des demandeurs, et on est loin de pouvoir con> tenter tout le monde. Suivant un calcul modéré de M. Bujault , il y a maintenant en France , poar chaque place, dix aspirans, ce qui, en supposant seulement deux cent mille emplois, fait un effectif de deux millions de solliciteurs actuellement dans les antichambres, le chapeau dans la main, se tenant sur leurs membres^ comme dit un poète (i) : accordons qu'ils ne fassent nul mal (ainsi la charité nous oblige à le croire), ils pourraient faire quelque bien, et par une honnête industrie, fuir les tentations du malin. Cest ce que voudrait M. Bujault, et qu'il n'obtiendra pas , selon toute apparence : l'esprit du siècle s'y oppose. Chacun maintenant cherche à se placer, ou , s'il est placé, à se pousser. On veut être quelque chose. Dès qu'un jeune homme sait faire la révérence, riche ou non , peu importe , il se met sur les rangs; il demande des gages, en tirant un pied derrière l'autre : cela s'appelle se présenter ; tout le monde se présente pour être quelque chose. On est quelque chose en raison du mal qu'on peut faire. Un laboureur n'est rien ; un homme qui cultive , qui bâtit, qui travaille utilement, n'est rien. Un gen-^ darme est quelque chose; un préfet est beaucoup ; Bonaparte était tout. Voilà les gradations de l'estime publique,, l'échelle de la considération suivant laquelle chacun veut être Bonaparte, sinon préfet^ ou
(i) Bégnier, Satires.
AU EiDACTSUB OU CBSSEUR. $9
bien gendarme. Telle est la directioii générale des esprits, la même depuis long-temps , et non prête à changer. Sans cela, qui peut dire jusqu'où s'élancerait le géoîe de l'invention? où atteindrait avec le temps l'industrie humaine, à laquelle Dieu sans doute voulut mettre des bornes, en la détournant vers cet art de se faire petit pour complaire , de s'abaisser^ de s'effacer devant un supérieur , de s'ôter à soi-même tout mérite; tonte vertu^ de s'anéantir, seulmo^^en d'être quelque chose?
6o ]:.ETTnEs
Véreiii le lo seplrmbro 1819.
Monsieur ,
Quelqu'un se plaint, dans Une de vos feuilles, que, sous prétexte de vacancjes, on lui a refusé rentrée de la Bibliothèque du Roi. Je vois ce que c'est; on Ta pris pour un de ces curieux, comme il en vient là fréquemment , qui ne veulent que voir des livres, et gênent les gens studieux. Ceux-ci n'ont point à craindre un semblable refus , et la bi- . bliothèque pour eux ne vaque jamais. Aux autres on assigne certains jours, certaines heures, ordre fort sage ; votre ami , pour peu qu'il y veuille réfléchir, lui-même en conviendra. S'il m'en croit, qu'il retourne à la bibliothèque , et , parlant à quelqu'un de ceux qui en ont le soin , qu'il se fasse connaître pour être de ces hommes auxquels il faut, avec des livres, silence, repos, liberté; je sui^ trompé, s'il ne trouve des gens aussi prompts à le satisfaire que capables de l'aider et de le diriger dans toutes sortes de recherches. J'en ai fait l'expérience; d'autres la font chaque jour à leur très-grand profit. Après cela, s'il a voyagé, s'il a vu en Allemagne les livres enchaînés, en Italie purgés ^ c'est-à-dire bifles, ralu-
AU BHDACTBUR DU CESSEUR. 6f
rés, mutilés par la cagoterie^ enfermés le plus souvent, ne se communiquer que sur un ordre d*eD haut y il cessera de se plaindre de nos bibliothèques, de celle-là surtout; enfin il avouera, s'il est. de bonne foi , que cet établissement n'a point de pareil au monde pour les facilités qu'y trouvent ceux qui Traîmenl veulent étudier*
Quant au factionnaire suisse qu'il a vu à la porte, ce n'étaient pas sans doute les administrateurs qui Pavaient placé là. Rarement les savans posent dèssentinelles , si ce n'est dans les guerres de l'École de droit. Je ne connais point messieurs de la BibIîo« tbèque assez pour pouvoir vouà rien dire de leurs seotimens; mais je les crois Français , et je me persuade que, s'il dépendait d'eux, on ferait venir d'Amiens des gens ffour élre suisses y puisque enfin il en faut dans la garde du roi.
Vérets, i8 oelobre 1819.
MOBSIEÛIi f
Le hasard m'a fait tomber entre les mains une lettre d*uD procureur du roi à un commandant dé gendarmes. En voici la copie, sauf les noms que je supprime.
Monsieur le commandant ^ veuillez faire arrêter et conduire en prison un tel de tel endroit.
Voilà toute la lettre. Je crois , si vous Timprimez , qu*on vous en saura gré. Le public est intéressé dans une pareille correspondance; mais il n'en connaît d'ordinaire que les résultats. Ceci est bref, concis; c'est le style impérial , ennemi des longueurs et des explications. Feiùllez mettre en prison, cela dit tout. On n'ajoute pas : car tel est notre plaisir. Ce serait rendre raison, alléguer un motif; et, en styie de l'empire, on ne rend raison de rien. Pour moi f Je suis charmé de ce petit morceau.
Quelqu'un pourra demander ( car on devient curieux, et le monde s'avise de questions maintenant qui de se faisaient pas autrefois;, on demandera peut-être combien de gens en France oui le droit ou le pouvoir d'emprisonner qui bon leur semble '
AU RSD ACTEUR DU GBKSBUR. 63
sans être tenus de dire pourquoi. Bst-ce une prérogative des procureurs du roi et de leurs substituts ? Je le croirais, quant à moi. Ces places sont recherchées ; ce n'est pas pour Targent. On en donnait ja* dis, on en donnait beaucoup pour être procureur du roi. Fouquet vendit s|i charge dix-huit cent mille francs, 'cinq millions d'aujourd*hui , et elles coûtent à présent bien plus que de Targent. Ce qu*achètent si cher ^honnêtes gens, c'est Thonneur ( l'honneur seul feut flatter un esprit généreux) ^ ce sont les privilèges attachés à ces places. En est-il en effet de plus beau, de plus grand que de pouvoir dire : Gendarmes , qu'on l'arrête» qu'on le mène en prison* Cela ne sent pas du tout le robin , l'homme de loi. On ne voit rien là-dedans de ces lentes et pesantes formalités de justice que le cardinal de Retz reproche , avec tant d^ raison, à la magistrature, et qui, tant de fois, le firent enrager, comme lui-même le ra« conte.
Il ne se plaindrait pas maintenant : tout a changé iU'delà même de ce qu'il eût pu désirer alors. Notre jurisprudence» nos lois sontprévôlales; nos magistrats aussi doivent être expéditifs et le sont. Vite , tôt, emprisonnez, tuez; on n'aurait jamais fait s'il fallait tant d'ambages et de circonlocutions. Tout chez nous porte empreint le caractère de ce héros , le génie du pouvoir, qui faisait en une heure une constitution , en quelques jours un code pour toutes les nations , gouvernait à cheval , organisait en poste* et fonda, en se débottant, un empire qui dure encore.
64 LfiTTHES
Tout bien considéré, le parti le plas sûr, c'est de respecter fort les procureurs du roi, leurs substituts et leurs clercs ; de les éviter, de fuir tonte rencontre avec eux , tout démêlé; de leur céder non-seulement le haut du pavé» mais tout le pavé , s*il se peut. Car enfin , on 1^ sait , ce sont des gens fort sages , qui ne mettent en prison que pour de bonnes raisons , exempts de passions, calmes, imperturbables^ dea
' hommes éprouvés sous le grand Napoléon, qtdf cent fois éfans le coups âe sa gloire passée, tenta leur patience et ne Va point lassée. Mais ce ne sont pas des saints ; ils peuvent se fâcher. Un mot avec paraphe, le com-
' mandant est là. Veuillez..,, et aussitôt gendarmes de courir, prison de s'ouvrir;- quand vous y serez, la Charte ne vous en tirera pas. Vous pourrez rêver à votre aise la liberté individuelle. Non , respectons les gens du roi , ou les gens de L'empereur, qui happent au nom du roi. C'est le conseil que je prends pour moi , et que je donne à mes amis.
^ Mais je me suis trompé, monsieur, je m'en aperçois; ce n'est pas là toute la lettre du procureur du roi : avec ce que je vous ar transcrit , il y a quelque chose encore. Il y a d'abord ceci : Le. procureur du roi, à M, le commandant de la gendeumerie. Monsieur le commandant; et puis, /'tu C honneur ft^ti'e. Monsieur le commandant, avec considération, votre très-luanbU et trèS'obéiss€Lnt serviieur.
Le tout s'accorde parfaitement avec veuillez mettre en prison, Veuillez, c'est comme on dit : faites-moi l'amitié, obligez- moi de grâce, rendez^moi ce service , à la charge d'autanL Je suis votre serpiteur, cela
AU RÉpACÏirUft DfT GBirSBUH. 6$
a'entend. Ilest serviteur du gendarme qui,, au be* soto , sera le sieu ; ik sont serviteurs l'un de l'autre centre Vadnùnistré qui les paie tous deux; car l'homme qu'on emprisonne est un cultivateur. Cest un bon paysan qui a déplu au maire en lui demandant de l'argent. Celui-ci , par le moyen du procureur du roi , dont il est serviteur, a fait juger et condamner Tinsolent vilain, que ledit procureur du roi, par son serviteur le gendarme, a fait constituer ès-prisons. C'est l'bistoire connue ; cela se voit partout.
Ohf que nos magistrats donnent de grands exemples! quelle sévérité! quelle exactitude scrupuleuse dans l'observation de toutes les formes de la civilité ! Celui-ci peut-être oublie dans sa lettre quelque chobe, comme de faire mention d'un jugement; mais il n'oubliera pas le très-humble serviteur, l'honneur d'être, et le reste, bien plus important que le jugement, et tout, pour monsieur le gendarme. Au bourreau , sans doute, iV écrit : Monsieur le bourreau , veuillez tuer, et je^suis votre serviteur. Les procureurs du roi ne sont pas seulement d'honnêtes gens, ce sont encore des gens fort bonnétes.> Leur correspondance est civile comme tes parties de M. Fleurant. Mais on pourrait leur dire aussi comme le malade imaginaire , ce n'est pat tout d^étre civil, ce n'est pas tout pour un magistrat d'être serviteur des gendarmes; il* faudrait être bon et ami de Péquité.
6(> I.ETTRJBS
Véreti, IX novembre :i8ig^.
MOHSIEUR ,
Dans ces provinces, nous avons nos bandes noîrest^ comme vous à Paris, à ce que j'entends dire. Ce sont des gens qui n'assassinent point , mais ils détruisent tout. Ils achètent de gros biens pour les revendre en détail, et de profession décomposent les grande^ propriétés. C'est pitié de voir quand une terre tombç dans les mains de ces gehs-là ; elle se perd , disparaît. Château, chapelle, donjon, tout s'en va, tou^ s'abime. Les avenues rasées, labourées de ça de là , il n'en reste pas trace. Où était l'orangerie s'élève une métairie, des granges, des étables pleines de vaches et de cochons. Adieu bosquets , parterres , gazons, allées d'arbrisseaux et de fleurs; tout cel£| morcelé entre dix paysans , l'un y va fouir des haricots, l'autre de la vesce. Le château , s'il est viçux. §e fond en une douzaine de maisons qui ont dfs portes et des fenêtres; mais ni tours, ni créneaux « ni ponts-levis, ni cachots, ni antiques souvenirs. Le parc seul demeure entier, défendu par de vieilles lois, qui tiennent bon contre l'industrie; car on ne permet pas de défricher les bois , dans les cantons
AU BEUACTBPR DU CBITSEVR. 67
les mieux cultivés de la France, de peur d'être obligé d'ouvrir ailleurs des routes , et de creuser des canaux pour l'exploitation des forêts. Enfin , les gêna dont je vous parle se peuvent nommer les fléaux de b propriété. Ils la brisent, la pulvérisent, Téparpil^ lent encore après la révolution , mal voulus pour cela d'an chacun. On leur prête, parce qu'ils rendent, et passent pour exacts; mais d'ailleurs on les hait, parce qu'Us s'enrichissent de ces spéculations ; euxmêmes paraissent en avoir honte, et n'osent quasi se montrer. De tous côtés ou leur crie heppï hepp! Il n'est si mince autorité qui ne triomphe de les sur* vtiUer. X^eurs procès ne sont jamais douteux ; les juges se font parties contre eux. Ces gens me senif blent bien à plaindre , quelque succès qu'aient , dit-on, leurs opérations, quelques profits qu'ils puissent faire.
Un de mes voisins, homme bizarre, qui se mêle de raisonner, parlant d'eux l'autre jour, disait : Ils ne font de mal à personne, et font du bien à tout le monde; car ils donnent à l'un de l'argent pour sa terre, à l'autre de la terre pour son argent ; chacun ace qu'il lui faut, et le public y gagne. On travaille mieux et plus. Or, avec plus de travail , il y a plus de produits, c'est-à-dire plus de richesse, plusd'aisa|^ commune, et, notez ceci, plus de mœurs, plus d'ordre dans l'État comme dans les familles. Tout vice vient d'oisiveté, tout désordre public vient du manque de travail. Ces gens donc , chaque fois que simplement ils achètent une terre et la revendent, font bien , font une chose utile ; très-utile
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et très -bonne, quand ils achètent d'un pour re- Tendre à plusieurs; car, accommodant plus de gens^ iU augmentent d'autant plus le travail , les produits, la richesse, le bon ordre, le bien de tous et de chacun. Mais > lorsqu'ils -revendent et partagent cette terre à des hofpmes qui n'avaient poipl de terre , alors le bien qu'ils font est. grand ; car ils font des propriétaires, c'est-à-dire, d'honnêtes gens, selon Côme de Médicis, auee irais aunes de drap fin, disait-il, je fais un homme de bien; avec trois quartiers de terre il aurait fait un saint. Eu effet, tout propriétaire veut l'ordre, la paix, la justice, hors qu'il ne soit fonctionnaire ou pense à le devenir. Faire proprié*taire, sans dépouiller personne, Phomme qui n'est que mercenaire, donner la terre au laboureur, c'est le plus grand bien qui se puisse faire en France, depuis qu'il n'y a plus de sgrfs à affranchir. C'est ce que font ces gens.
Mais une terre est détruite; mais le château, les souvenirs, les monumens, Thistotre..... Les monnmens se conservent où les hommes ont péri , à BaU bek , à Paimyre, et sous la cendre du Vésuve; mais ailleurs, l'industrie, qui renouvelle tout, leur fait une guerre continuelle. Rome elle-même a détruit ses antiques édifices, et se plaint des Barbares. Les Gôths et les Vandales voulaient tout conservei^Il n*a pas tenu à eux qu'elle ne demeurât, et ne soit aujourd'hui telle qu'ils la trouvèrent. Mais , malgré leurs édits portant peine de mort contre quiconque endommageait les statues et les monumens, tout a disparu , tout a pris une forme nouvelle. Et où en
AU RÉDACTBITR DU CSirSEUB. 69
serait-OD ? que deviendrait le monde, si chaque âge respectait, révérait, consacrait, à tilre d'ancienneté^ toute œuvre des âges passés, n'osait toucher à rien , défaire oî mouvoir quoi que ce soit ? scrupule de madame de.Harlai qui, plutôt que de remuer le fauteuil et lea pantoufles du feu chancelier, son grand-père, toute sa vie vécut dans sa vieille, incommode et malsaine maison. M. Marcellus chérit , dans les forêts, le sou¥enir des druides, et, pour cela , ne veut pas qu'on exploite aucun bois., qu'on abatte même un arbre., le pius-creu\, le plus caduc, tout , de peur d'oublier, les sacrifices humains et les dieux teints de sang de ces bons Gaulois nos aïeux, II défend tant qu'il peut, en mémoire du vieux âge, les ronces , les broussailles , les landes féodales , que d'ignobles guéréts chaque jour envahissent. Lessour venir&I dit-on. Estrce par les souvenirs que se re-* commandent ces châteaux et ces cloîtres gothiques? Autour de nous , Cheoonceaux, le PlessistlezaTourst Bloisy Amboise, Marmoutiers, que isetracentrils à l'esprit ? de honteuses débauches, d!infam^. trahir sons , des a^aasinats, des mas^cres , des supplicea, des torturea, d'exécrables forfaits, le luxe et la luxure, et la crasse ignorance des abbés et des moines, et pis encore l'^hypocriaie. Les monumens, il faut l'avouer, pour la plupart ne rappellent guère que des cfrimes ou des superstitions , dont la méf moire, sans eux, dure toujours assez ; et, s'ils ne sont utiles aux arts comme modèles , ce qui se peut dire d'un petit nombre, que gagne-t-on à lea conv server I lorsqu'on en peut tirer parti pour TavanUge
7© IKTTRES-
de tans ou de quelqu'un seulement? Les pierres d'un couvent sont-elles pro€Einéf>s , ne sont-elles pas plutôt purifiées, lorsqu'elles servent à élever les murs d'une maison de paysan, d'une. sainte et chaste demeure , où jamais ne cesse le travail ^ ni par con*> péquentla prière? Qui travaille prie.
Une terre non plus n'est pas détruite ; c'est pure façon de parler. Bien le peut être un marquisat» un titre noble quand la terre passe à des vilains. Encore , dit-on qu'il se conserve et demeure au sang ^ à la race; tant qu'il y a race; je m'en rapporte..... Prenez le titre, a dit Lafontaine, et kùsséz-moi la rente. C'est y je pense , à peu près le partage qui a lieu ^ lorsqu'un fief tombe en roture , malheur si commun de nos jours î Le gentilhomme garde son titre, pour le faire va loi/ à la cour. Le vilain acquiert seulement le sol, et n'en demande paa davantage; content de posséder la glèbe à laquelle il fut attaché, il la fait valoir à sa mode , c'est-à-dire par le travail. Or, plus la glèbe est divisée, plus elle s'améliore et prospère. C'est ce que l'expérience a prou vékTel le terre, vendue il y a vingt-cinq ans,, est à cette heure partagée en dix mille portions , qui vingt fois ont changé de mains depuis la première aliénation, toujours de mieux en mieux cultivée ( on le sait : nouveau propriétaire, nouveau travail , nouveaux essais); le pro* duit d'autrefois ne paierait pas l'impôt d'aujourd'hui. Recomposez un peu l'ancien fief par les procédés indiqués dans le Conservateur^ et que chaque portion retourne du propriétaire laboureur à ce bon seigneur adoré de ses vassaux dans son château, pour
AU ASDACTBUA DU CBHSSUH. y\
être tuhsAtué à lui et à ses hoirs, de mâle en mdie» à perpétuité: ses hoirs ne laboureront pas, ses vassaux peu. Plus d*îndastrie. Tout ce qui maintenant travaille se fera laquais, bu mendiant, ou moine, ou soldai, on Toleur. Monseigneur aura ses pacages et ses iodset ventes, avec les grâces de la cour. Bientôt reparaîtront les créneaux, puis les ronces et les épines, et puis les forêts , les druides d^ M. de Marcellus ; et la terre alors sera détruite.
Us ne songent pa%, les bonnes gens qui veulent maintenir toutes choses intactes , qu'à Dieu seul appartient de créer; qu'on ne fait point sans dé&ire ; que ne jamais détruire , c*^t ne jamais renouveler. Celni-ci, pour conserver les bois , défend de couper une solive ; un autre conservera les pierres de la carrière ; à présent , bâtissez. L'abbé de la Mennais conserve les ruines, les restes de donjons, les tours* abandonnées, tout ce qui pourrit et tombe. Que l'os construise un pont du débris délaissé de ces vieilles masures, qu'on répare une usine, il s'emporte, il s'écrie : V esprit de la révolution est éminemment destructeur. Le jour de la création , quel bruit n'eût-il pas fait! il eût crié : Mon Dieu, conservons le chaos.
En somme, ces gens-ci, ces destructeurs de terres, font grand bien à la terre, divisent le travail, aident à la production , et, faisant leurs affaires, font plus pour l'industrie et l'agriculture que jamais ministre, ni préfet, ni société d'encouragement , sous l'autorisation du préfet. Le public les estime peu. En revanche, il honore fort ceux qui le dépouillent et
7 a liBTTKBS
Pécrasent; toute fortune faite à ^es dépens lui parait belle et bien acquise.
Voilà ce que me dit mon voisin. Mais, moi, tons ces discours me persuadent peu. Je ne suis pas né d'hier, et j*ai mes souvenirs. J'ai vu les grandes terres, les riches abbayes; c'était le temps, des bonnes œuvres. J'ai vu mille pauvres recevoir mille écuelles de soupe à la porte de Marmoutiers. Le couvent et les terres vendues ; je n'ai plus Vu ni écuelles, ni soupes,' ni pauvres > pendant quelques années , jusqu'au règne brillant de l'empereur et roi, qui remit en honneur toute espèce de mendicité. J'ai vu jadis, j'ai vu madame la duchesse ,,marraîne de nos cloches, le jour de Sainte-Ândoche , donner à la fabrique cinquante louis en or, et dix écns aux pauvres. Les pauvres ont acheté ses terres et son château> et ne donnent rien à personne. Chaque jour la charité s'éteint, depuis qu'on songea travailler, et se perdra enfin , si la Sainte-Alliance n'y met ordre.
AV BSDACTBCa DU CBH8EUR. yi
LETTRE Vî;
Vètttfc, Ito 3b ndvcttibrb 1819.
MoHsixirs»
Il faut mettre de Tencre et tirer avec soin. Dîteà ~ cela y je vous prie, de ma part à votre imprimeur , s*il a quelque envie que ses feuilles sortent lisibles de la presse. Je déchiffre à peine la moitié d*un de vos paragraphes du aa, dans lequel je vois bien pourtant que vous louez les Français comme uo peuple rempli de senti meus chrétiens , et faites un juste éloge de noire dévotion , bonne conduite, soumission aux pasteurs de TÉglise. Nous vous en sommes bien obligés ; cela est généreux à vous, dans un tnoment où tant de gens nous traitent de mauvais sujets, et appellent pour nous corriger les puissances étrangères. Votre dessein, si je ne rtie trompe, est de faire voir que nous pouvons nous passer de missions, et que, chez nous , les bons Pères prêchent des convertis. Vous dites d*abôrd excellemment : La religion est honorée ; puis vous ajoutez quelque chose que j'eusse voulu pouvoir lire , car la matière m'intéresse. Mais, dans moq exemplaire, je distingue seniement ces lettres , lp-,p.e cro,t .tp„e; là-dessus, I. 7
quoi que nous ayons pu iaire^moi el tous mes amis , à grand renfort de besicles, comme dit maître Fran« çois, nous sommes encore à deviner si vous avez écrit en style d*Ata]a^ le peuple avit ft prie , ou moins poétiquement , le peuple croù ( circonflexe ) et paie. . Voilà sur quoi nous disputons , moi et ces messieurs, depuis deux jour#. Ils soutiennent la première leçon ; je défends la seconde , sans me fâcher néanmoins , car mon opinion est probable ; mais » comme disent les jésuites, le contraire est probable aussi.
Mes raisons cependant sont bien bonnes. Mais je veux premièrement vous dire celles de mes adversaires, sans vous en rien dissimuler ni rîen diminuer de leur force. Le peuple croît, disent-ils, cela est évident. II croit qu'on songe à tenir ce qu'on lui a promis; que tout à l'heure on va exécuter la Charte, et il prie qu'on se hâte, parce qu'il se souvient de la poule au pot qu'on lui promit jadis , et qui lui fut ravie par un de ces tours ({ueteigneau enseigne à ceux de la Société (belle expression dil père Garasse ). Or, le peuple , en même temps qu'on lui présente la Charte , aperçoit dans un coin la société de l'agneau , et cela l'inquièlc.
Il croit que ses mandataires vont faire ses aiîaires. Il croit bien d'autres choses , car il est fort crédule. Il prie les gouvernans de l'épargner un peu , et il croit qu'on l'écoute. £n un mot, le peuple est toujours priant et croyant. Croire et prier, c'est son état, sa façon d'être de tout temps ; et le journaliste, homme d'esprit , ne peut avoir eu d'autre idée. C'est
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aiosî qa*ils expliquent et commenlent ce pa^sagie. Doctement !
Maïs je dis : le peuple croit ( avec un accent circonflexe). II croit à vue dœil, comme le fils de Gargantua , et paie. Ce sont deux vérités que le joamaiiste, en ce peu de mots, a heureusement exprimées. Le peuple croit et multiplie; se peut-il autrement ? tout le monde se marie. Les jeunes gens prennent femme dès qu'ils pensent savoir ce que c'est qu'une femme. Peu font vœu de chastet^y parce qu'un pareil vœu tent le libertinage, ou plutôt, on sait aujourd'hui qu'il n'y a de chasteté que dans le mariage. Aussi les filles n'attendent guère. Autrefois, dans ce pays, une mariée de village avait rarement moins de trente ou trente-cinq ans. A cet âge maintenantelles sont toutes grand'mères, et fort éloignées de s'en plaindre. On ne craint plus d'avoir des enfans, dès qu'on a de quoi les élever, et même de quoi les racheter quand le gouvernement s'en empare. Chaque paysan presque possède ce que nous appelons ^ii/8>^ ùenace, un ou deux arpens de terre en huit ou dix morceaux, qui, labourés , retournés , iraTaîllés sans relâche, font vivre la famille. C'est un grand mal que cela. Mais on y va remédier. On va recomposer les grandes propriétés pour les gens qui ne veulent rien faire. La terre alors se reposera. Chaque gentilhomi^ae ou chanoine aura , pour sa part, mille arpens, a charge de dormir ; et,, s'il ronfle, ie double.
Ce qui fait aussi que le peuple croit, c'est qu'en tout, on vit mieux à présent qu'autrefois. On est nourri ,
vêtu, logé mieux qu'on neTétait^et les mœurs s'améliorent avec le vivre physique. Moins de célibataires, moins de vices, moin3 de débauche. Nous n'avops plus de couvens : détestable sottise qui se pratiquait jadis^ de tenir ensemble enfermés, contre tout ordre de nature , des mâles sans femelles , et des femelles sans mâles , dans Toisiveté du cloître , où fermentait une corruption qui , se répandant au dehors , de proche en proche, infectait tout. Dieu sans doute ne permettra pas que ceu^ qui , chez nous, veulent rétablir de }iareils lieux d'impureté, réussissent dans leurs desseins. Nos péchés , quelque grands qu'ils soient, n'ont pas mérité ce châtiment ; notre orgueil, cette humiliation. Il en faut convenir pourtant ; ce serait une chose curieuse à voir parmi ce peuple actif, laborieux, <}ont chaque jour l'industrie aug* mente, les travaux se multiplient, et dont par conséquent la morale s'épure, car l'un suit l'autre ; ce sepait un bizarre contraste , qu'au milieu d'un tel peuple, une société de gens faisant vœu publiqucr ment de fainéantise et de mendicité , si l'on n^ veut dire encore et d'impudicîti^.
Parmi les causes d'accroissement de la population, il ne faut pas compter pour peu le repos de Napoléon. Depuis que ce grand homme est là où son rare génie l'a conduit, s'il eût continué de l'exercer, trois millions de jeunes gens seraient morts pour sa gloire , qui ont femme et enfâns , niaintenant ; un million serait sous Içs armes , sans femme, corrompant celles des autres. Il est donc force , en toute façon, aue le peuple croisse ^ ainsi fait-il , ayant re-
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pos , biens et chepances , peu de soldats et point de moines.
A présent , je dis le peuple paie , et nol ne me contredira. Si ce n'est là , monsieur, ce que vous avez écrit, c'est ce qu'il fallait écrire, pour n'avoir point de dispute. Le peuple prie est une thèse un peu sujette à examen. Le peuple paie est un auLiome de tout temps, de tout pays, de tout gouvernement. Mais le peuple français sufr ce point se distingue entre tous, et se pique de payer largement , d'entretenir magnifiquement ceux qui prennent soin de ses afiàires , de quelque nation, condition, mérite ou qualité qu'ils soient; aussi n'en manqne-t-il jamais. Quand tous ses gouvemans s'en allèrent un jour, croyant lui faire pièce et le laisser en peine , d'au* très se présentèrent qu'on ne demandait pas , et s'impatronisèrent; puis les premiers revenant comme on y pensait le moins (avec quelques voisins), grand conflit, grand débat , que le peuple accommodiT, en es payant tous , et tous ceux qui s'étaient mêlés de l'afiaire; tant il est de 'bonne nature; peuple charmant , léger, volage , muable , variable , changeant, mais toujours payant Qui l'a dit? Je ne sais, Bonaparte ou quelque autre : le peuple est fait pour payer; et lisez là -dessus, si vous en êtes curieux , un chapitre du testament de ce grand cardinal de Richelieu, dans lequel il examine, en profond politique et en homme d'État , cette importante question : Jusqu'à quel potnt on doit pennettre que te peuple soit à son aise. Trop d'aise le rend insolent; il faut le faire payer pour lui ôter ce trop d'aise* Trop peu l'cm-
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pêche de payer ; il faut lui kiisser quelque chose , comme aux abeilles on laisse du miel et de la cirew II lu4 faut même encore, sans quoi il ûe travaillerait , o*amasserait , ni ne paierait , ud peu de liberté. Mais eombien ? c*esi là le poiot. M. Decazes nous le dira. £n attendant nous lui payons , bon ao mal an , neuf cents rarUtons , et s*iL payait comme nous tout ce qu*on lui demande» il aurait bien moins de querelles. A vrai dire aussi, ou le chicane sur l'emploi de ces neuf cents millions. Le meilleur usage qu'il en pût faire, ce serait, selon moi, de les jouer au biribi , ou d'en entretenir des nymphes d'Opéra , à Tinsu de madame la comtesse. Cela serait tottt«à-fait dans le bel air de la cour, et vaudrait BÛtfUx pour nous que de le voir donner notre argent à des soldats qui commuoient et nous iiwcM^A/dans les rues, qui escortent la prooession et nous coupent le née en passant; à des juges qui appliquent la loi si rudement aux uns , si doucement aux autres; à (te prêtres qui ne nous enterrent que quand nous mourons à leur guise et en restituant. H arrrvepait que bientôt, ne comptant plus sur ces gens-là , nous essaierions de BOUS en passer, de nous garder, de nous juger, de noUs eolerrer les uns les autres, et , en un besoili , de nous défendre nous-mêmes sans soldats ; seul moyen, ce dit-on, d'étrie bien défendus» et tout en irait mieux. La cour passerait le temps gaiement, sans s'embarrasser de contenter les puissances étrangères. Voilà le conseil q^e je donne à M. Decazes, par la voie de votre journal. Mais Itf. Deeazes ne vous lit poiot ; il travaille avec Mademoiselle.
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Au reste , il est bien vrai , monsieur, et vous avez raison de le dire , que bous sommes un peuple religieux « et plus que jamais aujourd'hui. Nous gardoos les Gbmmaodemens de Dieu bien mieux depuis qu'on nous prêche moins. Ne point voler, ne point tuer, ne convoiter la femme ni Tâne , honorer père et mère, nous pratiquons tout cela mieux que n'ont fait nos pères, et mieux que ne font actuellement, non tous DOS prêtres, mais quelques-uns revenus de lointain pays. Rarement à courir le monde devient'on plus homme de bien; mais un ecclésiastique , dans la vie vagabonde, prend d'étranges habitudes. Messire Jean Chouart était bon homme, tout à son bréviaire, à ses ouailles ; il élait doux et humble de cœur, secourait l'indigent , confortait le dolent^ assistait le mourant ; il apaisait les querelles , pacifiait les familles : le voft.ic revenu d'Allemagne ou d'Angleterre , espèce de hussard en soutane , dont le hardi regard fait rougir nos jeunes filles , et dont la langue sème le trouble et la discorde; hardi , querelleur, cherchant noise ; c'est un drôle qui n'a pas peur, tout prêt à faire feu sur les bleus, au premier signe de son évêque. Tels sont nos prêtres de retour de l'émigration. Ils ont besoin de bons exemples et en trouveront parmi uous. Mais si nous sommes plus forts qu'eux sur les commandemens de Dieu, ils nous en remontrent à leur tour sur les commandemens de l'Église, qu'ils se r^ippellent mieux que nous, et dont le principal est, je crois, donner tout son bien pour le Ciel. Vous me demandez , disait ce bon prédicateur Barlette , convnent on va en paradis ?
J^s cloches du coupent vous le disent : donnez , donnez , donnez. Le latin du moine est joli. Fos quœritis a me ^ fratres carissimi , quomodo Uur ad paradisum ? Hoc di" çuntvoùis càmpanœ monasterUy dandOf danJo, dando»
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JLETTRE VII.
yérets, Ifi so décerobfe 1819.
MONSIBUB ,
Chacun ici commente à sa maDÎère le discours royal 4'ouverture. Il y a des gens qui disent : On ne restaure point un culte. Les ruines if une maison ^ c'est le mot du bonhomme, se peuvent réparer , non les ruines d'un culte. Dieu a permis que Téglise romaine , depui» 'le temps de Léon X , déchût constamment jusqu'à ce jour. Elle ne périra point , parce qu'il est écrit : Les portes de V enfer.,, ; mais sont-ce nos ministres qui la doivent relever avec le télégraphe, ou M. de Marcellus avec quelques grimaces ? Pour restaurer le paganisme à Rome , les empereurs firent tout ce qu'ils purent, et ils pouvaient beaucoup; ils n'en Tinrent point à bout. Marie , en Angleterre , et d'autres souverains , essayèrent aussi de restaurer l'ancien culte ; ils n'y réussirent pas, et même, comme on sait, mal eu prit à quelques-uns. En matière de religion , ainsi que de langage, le peuple fait la loi, le peuple de tout temps a converti les rois. Il les a faits chrétiens de naiens qu'ils étaient , de chrétiens catholiques ,
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schismatiques^ hérétiques ; il les fera raisonnables s'il le devient lui-même ; il faut finir par-là.
D'autres disent : Il y aurait moyen , si on le voulait tout de bon, de rallumer le zèle dans les cœurs un peu tièdes pour la vraie religion ; le moyen serait de la persécuter : infaillible recette, éprouvée mille fois, et même de nos jours. La religion doit plus aux gens de gS qu'à ceux de i8i5. Si elle languit encore, et s'il faut un peii d'aide au culte dominant , comme Rassurent les ministres , la chose est toute simple. Au lieu de gager les prêtres , roet- <ez-]e» en prison et défendez la messe ; demain le peuple sera dévot, autant qu'il \0 peut être à présent qu'il travaille ; car l'abbé de La Mennais a dit une vérité : Le mal de notre siècle, en (ail de religion , ce n'est pas l'hérésie, l'erreur , les fausses doctrines ; i:'est bien pis, c'est 1* indifférence. La froide indilférence a gagné toutes les classes , tous les individus» sans même en excepter l'abbé de La Menoaîs et d'autres orateurs de la cause sacrée, qui ne s'en soucient pas plus , et le font assez voir. Ces amis de l'autel ne s'en approchent guère : J0 ne remarque point qu'il» hantant les églises. Quel est le confesseur de M. de Chateaubriand? Certes ceun qui nous pré-^ chent ne sont pas des Tartufes, ce ne sont pas des gens qui veuillent en imposer. A leors^ œuvres on voit qu'ils seraient bien fèehés de passer pour dévots» d'abuser qui que ce soit : ils oot k masque à la maio.
C'est toi qni l'as nommé » docte abbé : notre mal et le tieu, l'iodiffiÊrence pour la religion. Il en a fait
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nn lÎTre , comme ces médecins qui composent des traités sur noe maladie dont eux-mêmes sont atteints, et en raisonnent d'autant mieux. Il dit en pn endroit y et j'ai bonne mémoire : Est-ce faute de zèle qu'on ne dispute plus, ou faute de disputes qfCUjCj a pUks de zèUPifà trouve, quant à moi, que Ton dispute assez et que le zèle ne manque pas ; mais depuis quelque temps il a changé d'objet : car, même dans ce qaî s'écrit sur la religion maintenant , de quoi est-îl question? De la présence réelle? en aucune £içon. De la fréquente communion ? nullement. De la lomière du Thabor, de l'immaculée conception, deFaccesstbilité, de la consubstantialité du père et du fils? aussi peu. De quoi donc s'agit-il ? du revenu des prêtres, des biens vendus, de ta dime et des bois du clergé , soit futaies ou taillis : voilà de quoi l'on dispute. Ajoutez-y les donations , les legs par testa*^ ment , l'argent, l'argent comptant, les espèces ayant cours : voilà ce qui enflamme le zèle de nos doc^ teurs, voilà sur quoi on argumente ; mais de Caron, pas un mot. Du dogme , on n'en dit rien ; il semble que là-dessus tout le monde soit d'accord; on s'embarrasse peu que les cinq propositions soient ou ne soient pas dans le livre de Jansénius. Il est question de savoir si les évêques auront de quoi entretenir des chevaux , des laquais , et des...
On demandait naguère au grand-vicaire de S... : Quels sont vos sentimens sur la grâce efficace , sur le pouvoir que Dieu nous donne d'exécuter les commandemens? Comment accordez-vous , avec le libre arbitre, le mandata impossibilia volentibus et conati'
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tièus? Que pensez-vous de la suspension du sacrement dans les espèces j et croyez-vous qu'il en dé- '^nde, comme la substance de l'accident? Je pense, iiipondit-il en colère » je pense à ravoir mon prieuré, et je crois que je le raurai.
C'est un homme à connaître que ce grand-vicaire de S..., homme de bonne maison et d'excellente compagnie. On dit bien ; l'air aisé ne se prend qu'à l'arraéè. Il a tant vu le monde ! sa vie est un roman. Cest lui dont l'aventure , à Londres , fit du bruit , quand sa jeune pénitente, belle fille vraiment, épousa le comte d*''*, officier de cavalerie. Au bout de quinze jours « la voilà qui accouche. Le mari se fâcha ; demandez-moi pourquoi ? et Tabbé s'en alla, par prudence, en Bohême. Là, on le fit aumônier d'un régiment de Croates. Cette vie lui convenait. Sain, gaillard et dispos , se tenant aussi bien 9. cheval qu*à table, il disait bravement sa messe sur Un tambour, et ne pouvait souffrir que de jeunes ofticiers restassent sans maîtresse , lorsqu'il connaissait des filles vertueuses qui n'avaient point d'amant ; obligeant, bon à tout; le quartier-maitre un jour le prend pour secrétaire. Fort peu de temps après , la caisse se trouva, non comme la pénitente. Bref,' l'abbé s'en alla encore celte fois ; et de retour en France, depuis quelques années, il y prêche les bonnes mœurs et la restitution.
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